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Full text of "Revue d'Alsace"

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rriLAS  WRIGHT  DUNNING  "^ 
î  BEQUEST 

UNIVERSITY  oi^MICHIGAN 
4;  CÏEN£RAL  LIBHARY 


REVUE  D'ALSACE 


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REVUE  D'ALSACE 


-»■+■ 


NOUVELLE    SÉRIE 

TOME  W 


TOME  XLVIIP  DE  LA  COLLECTION 


NEUILLY-SUR-SEINE 

Villa  Blanche,  30,  rue  du  Nord,  30 

et 

BELFORT 

IMP»RIMKRIK       rsiOUVKUl-l 

SI,  Faubourg  de  France,  âl 

1897 


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LES 


MANUSCRITS  ALSATIOUES 


DE   LA 


BIBLIOTHÈQUE  DE  LA  VILLE  DE  STRASBOURG 


Pour  les  historiens  de  TAlsace,  pour  tous  ceux  qui  ont  eu 
jamais  k  cœur  d'approfondir  un  point  quelconque  de  son 
histoire,  depuis  les  temps  du  moyen-âge  jusqu'au  siècle 
actuel,  la  destruction  des  bibliothèques  de  Strasbourg  par  le 
bombardement  de  1870  a  été  Tun  de  ces  désastres  que  rien 
ne  peut  faire  oublier  parce  qu'ils  sont  absolument  irréparables. 
La  plus  riche  collection  de  documents  historiques  en  tout 
genre,  chroniques,  mémoires,  correspondances,  constitutions, 
rhistoriographie  presque  loute  entière  de  notre  province, 
des  milliers  et  des  milliers  d'incunables,  de  plaquettes  et  de 
feuilles  volantes  rares  et  souvent  uniques,  ont  été  engloutis 
dans  l'immense  brasier  allumé  par  les  obus  incendiaires 
durant  la  nuit  du  24  août.  Depuis  plus  d'un  quart  de  siècle,  il 
n'est  pas  une  étude  entreprise  sur  un  sujet  d'histoire  locale, 
politique,  littéraire  ou  religieuse,  qui  ne  nous  ait  rappelé 
d'une  façon  plus  ou  moins  directe,  les  trésors  dont  disposaient 
nos  prédécesseurs  et  dont  il  ne  nous  reste,  à  nous,  que  le 
vague  et  désespérant  souvenir,  pas  un  sujet  de  travail  dont 
les  éléments  n'aient  été  diminués  ou  appauvris  par  la  catas- 
trophe d'alors. 

Sans  doute,  au  point  de  vue  des  études  scientifiques  en  gé- 
néral, les  richesses  dévorées  par  les  flammes  ont  été  largement 
reconstituées;  le  théologien  et  le  jurisconsulte,  le  botaniste, 


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6  RIVUE  d' ALSACE 

le  philologue  et  le  médecin  rencontrent  actuellement  k  la  bibli- 
othèque de  rUniversité  des  ressources  autrement  considéra- 
bles pour  leurs  études  pratiques  qu'ils  n'en  trouvaient,  il  y  a 
trente  ans,  aux  bibliothèques  de  Strasbourg.  Ses  six  cent  cin- 
quante mille  volumes,  réunis  aux  cent  dix  mille  de  la  Biblio- 
thèque de  la  ville  représentent,  en  chiffres  ronds,  plus  du  dou- 
ble peut-être  des  deux  collections  détruites  en  4870.  Mais  com- 
bien insignifiant  encore  est  leur  fonds  de  manuscrits  relatifs  a 
l'Alsace,  et  combien  peu  de  chancesy  a-t-il  qu'il  soit  jamais  assez 
considérable  pour  qu'on  ose  le  comparer,  ne  fut-ce  que  de  loin, 
à  tous  ces  milliers  de  volumes  inédits  que  nous  avons  vus  et 
touchés  autrefois,  sans  songer,  hélas  î  h  les  exploiter  avec  une 
activité  fiévreuse,  sans  le  moindre  pressentimentqu'ils  n'exis- 
teraient plus  demain  ) 

Cependant  le  deuil  profond  que  nous  a  laissé,  que  nous 
laissera  toujours  ce  douloureux  souvenir,  aussi  vivace  après 
un  quart  de  siècle,  que  le  jour  où  nous  errions  parmi  les  dé- 
combres encore  fumants  du  Temple-Neuf,  ne  doit  pas  nous 
rendre  injustes  pour  ce  qui  a  été  fait,  et  nous  porter  à  né- 
gliger le  peu  qui  nous  reste  aujourd'hui  de  manuscrits  alsati- 
ques,  en  dehors  de  nos  dépôts  d'archives. 

Après  les  avoir  réunis  dans  les  collections  nouvelles,  fon- 
dées en  1871  et  en  1872,  en  tâchant  de  les  augmenter  lentement 
dans  la  mesure  du  possible,  il  s'agit  avant  tout  de  les  signaler 
k  l'attention  de  ceux  qui  s'occupent  de  l'histoire  de  notre 
passé,  afin  qu'il  puissent  les  étudier  et  les  exploiter,  les 
publier  même  s'ils  en  valent  la  peine,  et  leur  assurer 
ainsi  une  existence  moins  précaire  que  celle  que,  dans  nos 
préoccupations  fondées  sur  une  triste  expérience,  nous  accor- 
derons seule  désormais  h  des  collections  manuscrites.  La  Bi- 
bliothèque du  pays  et  de  l'Université,  après  avoir  vu  retracer 
ses  débuts  et  les  vingt-cinq  premières  années  de  son  existence 
dans  les  substancielles  monographies  de  M. M.  Hottinger(1875) 
et  Hausmann  (1896)  vient  de  donner  récemment  un  exemple 
que  nous  désirerions  voir  suivi  par  les  préposés  de  toutes  les 
bibliothèques  publiques  d'Alsace.  Son  éminent  directeur,  M. 
le  professeur  Barack,  a  fait  mettre  au  jour  le  catalogue  rai- 


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MANUSCRITS  ALSATIQtJSS  OE  LA  BIBLIOTHEQUE  DE  STRASBOURG        7 

sonné  de  ses  manuscrits  alsatiques  (i),  dont  une  bonne  partie 
provient,  on  le  sait,  de  la  belle  collection  délaissée  par  M. 
Charles-Frédéric  Heilz  en  1867  et  acquise  en  bloc  par  le  gou- 
vernement d'Alsace-Lorraine  en  1871.  Je  voudrais  donner 
ici,  de  même,  mais  d'une  façon  nécessairement  plus  sommaire, 
l'inventaire  abrégé  des  manuscrits  de  la  nouvelle  bibliothèque 
municipale  de  Strasbourg,  pour  autant  qu'ils  se  rattachent, 
d'une  manière  quelconque,  au  passé  de  notre  province,  me 
réservant  d'en  écrire  quelque  jour  l'histoire  authentique 
plus  détaillée,  tâche  infiniment  moins  urgente,  depuis  la  pu- 
blication de  l'excellente  monographie  de  M.  Thiaucourt  sur 
les  bibliothèques  de  Strasbourg  et  de  Nancy  (2).  Appelé  k 
siéger,  dès  le  début,  dans  la  commission  provisoirement  char- 
gée de  la  reconstitution  de  la  bibliothèque  de  la  ville,  désigné 
bientôt  après  pour  en  être  le  premier  administrateur,  j'ai 
^  tenu  entre  mes  mains  les  tout  premiers  éléments  d'une  collec- 
tion sans  doute  assez  modeste  encore,  mais  qui  n'en  comptait 
pas  moins  déjà  près  de  cent  dix  mille  volumes  et  brochures, 
dont  environ  vingt  cinq  mille  alsatiques,  quand  j'ai  quitté  la 
bibliothèque,  en  avril  1896. 

J'ai  eu  la  satisfaction,  plus  grande  encore,  d'y  réunir  durant 
les  vingt-trois  années  de  ma  gestion,  une  série  relativement 
considérable  de  manuscrits,  anciens  et  modernes,  relatifs  k 
l'histoire  d'Alsace.  Des  dons  généreux,  des  legs  considérables, 
quelques  heureux  achats  ont  fait  entrer  dans  ce  fonds  nouveau 
l'ensemble  des  dossiers  d'érudits  de  marque  et  de  travailleurs 
infatigables  ;  les  seuls  papiers  de  Louis  Schnéegans,  l'érudit 
archiviste  de  la  ville  (décédé  en  1856),  de  Timothée  Roehrich, 
le  savant  historien  de  l'Eglise  d'Alsace,  (déc.  1860)  deDagobert 
Fischer,  de  Saverne  (déc.  1878),  plus  récemment  encore  ceux 
qui  provenaient  de  la  succession  de  M.  André  Jung,  l'un  de 
nos  plus  érudits  prédécesseurs  (déc.  1864)  constituent  pour  tous 
ceux  qui  s'occupent  actuellement  de  l'histoire  d'Alsace  une 
mine  féconde  de  renseignements  précieux.  Les  débris  de  la 
succession  scientifique  de  l'archéologue  André  Silbermann, 

{i)  Katalog  derLandes-und  Univeraitœts  bibliothek  inStrassburg. 
Elsass-Lothringische  Handschriften  und  Handzeichnungen  bear- 
beitet  Ton  Prof.  Dr  fiarack.  Strassburg,  Heitz,  1895,  Y,  227.  p.  8»  . 

(2)  Les  bibliothèques  de  Strasbourg  et  de  Nancy.  Paris,  Berger- 
Levrault,  1808, 117  p.  8<» . 


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8  REVUE  d'ALSÀGB 

(déc.  1783)  offerts  gracieusement  par  son  petit-neveu,  M. 
Gustave  Silbermann  ;  l'abandon  des  papiers  du  baron  de  Bu- 
tré,  le  physiocrate  tourangeau,  mort  h  Strasbourg,  en  1804, 
fait  par  M.  Auguste  Schoop  ;  le  don  des  papiers  du  célèbre 
médecin  Thomas  Lauth,  (déc.  1824)  fait  par  M.  Charles 
Lauth,  le  dernier  survivant  de  ses  fils;  les  legs  de  M.  Frantz- 
Ilerren Schneider  et  de  M.  Geoffroy  Stromwald,  les  dons  de 
MM.  E.  Dietrich,  Alexandre  Rœhrig,  Charles  Schmidt,  et  de 
bien  d'autres  encore  qui  figurent  parmi  les  donateurs  de  nos 
collections  municipales,  y  ont  fait  entrer  successivement  des 
centaines  de  volumes  ou  de  dossiers  de  documents  alsatiques. 

Beaucoup  d'entre  eux  ont  été  consultés  et  utilisés  déjii  dans 
les  vingt  dernières  années;  j*ai  moi-même  mis  au  jour  plus 
d'un  des  manuscrits  confiés  à  mes  soins  et  j'ai  toujours  regar- 
dé comme  le  premier  de  mes  devoirs  de  signaler  leur  exis- 
tence et  leur  contenu  k  tous  ceux  qui  pouvaient  en  tirer  quel- 
que profit  pour  leurs  études.  On  a  pu  voir,  pour  ne  citer 
qu'un  seul  exemple,  tout  ce  que  la  précieuse  collection  des 
Fragments  des  chroniques  d'Alsace,  publiée  par  M.  le  cha- 
noine Dacheux  a  glané  dans  les  papiers  des  Schnéegans,  des 
Rœhrich,  des  Jung,  etc. 

Mais  il  n'en  reste  pas  moins  beaucoup  de  volumes  curieux 
et  de  pièces  inédites  qui  mériteraient  d'être  connus,  de  ceux- 
là  surtout,  qui,  loin  des  grandes  villes,  sont  parfois  en  quête 
d'un  sujet  restreint  à  traiter  ou  de  matériaux  facilement 
accessibles  sur  lesquels  ils  exerceraient  volontiers  leurs  forces 
scientifiques. 

Sans  doute  le  Catalogue  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
municipale  existe  depuis  plusieurs  années  pour  le  service  de 
la  bibliothèque  elle-même,  où  il  forme  le  dernier  de  la  longue 
série  des  quarante  volumes  in-folio,  comprenant  le  catalogue 
général  et  systématique  dès  collections  municipales.  Mais  il 
importe  que  son  contenu  soit  rais  k  la  portée  de  ceux-lk  même 
qui  ne  peuvent  venir  le  consulter  en  personne  k  Strasbourg. 
C'est  pour  faciliter  leur  tâche  aux  érudits  d'Alsace  et  du 
dehors,  leur  fournissant  des  indications  vraiment  authenti- 
ques et  actuelles  sur  le  fonds  des  manuscrits  alsatiques  de 
la  Bibliothèque  de  la  ville  de  Strasbourg,  que  j'ai  groupé  sys- 
tématiquement, dans  les  pages  qui  suivent,  les  dossiers  et  les  - 


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MANUSCRITS  ALSATIQUES  DB  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG        9 

volumes  plus  ou  moins  précieux,  qu'il  m'a  été  donné  d'y 
réunir,  pendant  près  d'un  quart  de  siècle  d'efforts  persévé- 
rants et  soutenus.  Assurément  je  ne  m'en  exagère  pas  l'im- 
portance ;  personne  aujourd'hui  —  c'est  un  triste  privilège 
de  l'âge  —  ne  peut  mieux  que  moi  rendre  témoignage  de 
toute  la  différence  qui  existe  entre  les  richesses  que  nous  pos- 
sédions autrefois  et  les  faibles  débris  qui  nous  restent 
aujourd'hui  ;  mais  force  nous  est  bien  d'imiter  le  sage  et  de 
nous  contenter  de  peu,  tout  en  engageant  ceux  de  nos  com- 
patriotes qui  détiennent,  en  les  négligeant  souvent,  des  sou- 
venirs écrits  du  passé,  chroniques,  mémoires,  livres  de  rai- 
son, correspondances,  chartes  et  contrats  de  vente,  autogra- 
phes d'Alsaciens  célèbres,  h  les  déposer  a  la  Bibliothèque  de 
la  ville  de  Strasbourg,  afin  de  sauvegarder  l'existence  de  ces 
documents  eux-mêmes  et  de  s'assurer,  pour  eux-mêmes,  la 
reconnaissance  des  générations  futures. 


CATALOGUE 

DES 

MANUSCRITS    ALSATIQUES 

DELA 
BIBLIOTHÈQUE    DE    LA    VILLE    DE     STRASBOURQ 


A .  Histoire  générale  d'Alsace. 

No  4.  Recueil  de  l'histoire  d'Alsace.  Manuscrit  anonyme  du 
XVIlIe  siècle,  (cent  soixante  dix  neuf  feuillets  in-i6;. 

N»  2.  Histoire  d'Alsace  par  questions  et  réponses,  en  finan- 
çais et  en  allemand.  Manuscrit  du  XVIII®  siècle,  (cent  soi- 
xante quatorae  pages  in-4o). 

N»  3.  J.  J.  Frantz  (prof,  en  droit  (déc.  1818).  Epoques  de 
l'histoire  civile,  ecclésiastique  et  littéraire  de  l'Alsace,  et  par- 
ticulièrement de  Strasbourg,  jusqu'à  l'an  1780.  Un  vol  in-18. 


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iO  REVUE  d' ALSACE 

N»  4.  A.  W.  Strobbl.  Geschichte  des  Elsasses.  Manuscrit 
original  de  la  Vaterlœndische  Geschichte  des  Elsasses,  écrit 
de  1840-1846.  4  vol.  gr.  fol. 

B,  Périodes  diverses. 

N<>  10.  Dagobbrt  Fischer,  Documents  sur  la  guerre  des  pay- 
sans en  Alsace  (1525).  Manuscrit  autographe  in-4o. 

N»  11 .  Merkwûrdige  Scenen  aus  dem  Bauernkriege  von  1525 
nach  der  ungedruckten  Handschrift  des  Grafen  Ulrich  von 
Rappolstein.  Nach  einer  Copie  von  Butenschœn  gemacht 
von  D.  K.  von  Sankt-Ingbert,  1811.  Manuscrit  de  80  feuillets 
in-80. 

N»  11*.  Thomas  Murner,  Ad  rempublicam  Argentinensem 
Germania  nova.  Oratio  eiusdem  ad  capitulum  provincie,  etc. 
Manuscrit  moderne  in-folio. 

N<^  15.  Ein  new  Klaglied  der  Bauern  in  dem  undern  Elsass 
und  dem  Kochersperg  ûber  denjetzigentyrannischenDurch- 
zug,  etc.  (1587).  Copie  moderne  de  13  feuillets  in-4o. 

No  18.  Georgius  Scherius,  Gigantomachia  Mansfeldiana, 
Moguntise,  1629  ^Siège  de  Saverne  par  Mansfeld  en  1622). 
Copie  moderne  in-4o. 

No  25.  Mémoire  concernant  rétablissement  de  la  Chambre 
Souveraine  d'Alsace  où  sont  rapportés  les  droits  du  Roi, 
rétat  de  la  préfecture  des  dix  villes  impériales  et  quelques 
remarques  sur  les  limites  de  la  Basse-Alsace,  dressé  par  ordre 
de  M.  Colbert  de  Croissy,  intendant  d'Alsace  en  1661.  (Manus- 
crit de  la  fin  du  XVIII«  siècle,  trois  cent  cinquante  cinq  pages 
in-folio. 

N®  26.  Extrait  de  la  négociation  de  Ryswick,  au  sujet  des 
réunions  faites  par  le  Roy  Louis  XIV  en  Alsace  et  <lans  les 
Trois-Evôchés  de  Lorraine.  Manuscrit  du  XVIII*  siècle,  in-fol. 

No  28.  (Jacques  de  La  Grange),  Mémoire  sur  TAlsace  en 
1697.  Manuscrit  du  XVIÎI«  siècle,  cinq  cent  soixante  dix  huit 
feuillets  in-folio. 

No  29.  Même  mémoire.  Manuscrit  du  XVIII*  siècle,  quatre  cent 
dix  pages  in-12o  . 

No  30.  Mémoires  sur  l'Alsace  en  1697,  par  M.  Ch. 
R.  de  L.  envoyé  du  Roy,  en  Dannemarck  (sic),  quatre 
cent  quatre  vingt  sept  pages  in-4o  . 


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MANUSCRITS  ALSATIQURS  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG      11 

No  31.  Description  de  la  province  d'Alsace  dressée 
par  ordre  du  Roy  pour  Tinstruction  de  Mgr  le  Duc 
de  Bourgogne,  1698.  —  Copie  faite  en  1779  et  annotée  par 
Phil.  Xav.  Horrer,  Vauieur  du  Dictionnaire  d'Alsace  avec 
nombreuses  cartes  et  plans,  trois  cent  vingt  sept  pages  in-fol. 
Avec  un  mémoire  abrégé  sur  TAlsace,  composé  en  1707, 
trente  neuf  pages  in-folio. 

N^  31»  Mémoire  sur  la  province  d'Alsace,  1702.  Mémoire 
sur  la  province  de  la  Franche-Comté.  Mémoire  sur  les  Trois 
Evéchés.  Manuscrit  de  cent  quarante  trois  feuillets  in-folio. 

No  35.  Etat  alphabétique  des  villes  et  communautés  qui 
composent  la  province  d'Alsace,  distinguée  par  bailliages, 
seigneuries  et  prévotés,  avec  le  nom  des  seigneurs,  le  nombre 
de  feux,  celuy  des  laboureurs  etc.  Manuscrit  du  XVIII*  siècle 
cent  quarante  deux  pages  in-S®  . 

No  36.  Villes  fortes,  forts  et  retranchements  de  la  Haute  et 
Basse-Alsace  au  XVI1I«  siècle  Manuscrit  in-folio,  avec  nom- 
breux plans  coloriés. 

No  37.  Mémoires  sur  les  limites  de  la  Basse-Alsace  sur  les 
affaires  de  Seltz,  etc.  Manuscrit  du  XVIIIe  siècle  renfermant 
cent  quinze  pièces  diverses,  de  mille  quatre  vingt  quatorze 
pages  in-folio. 

No  38.  Mémoire  sur  les  bailliages  de  la  Basse-Alsace  que 
l'on  appelle  encore  bailliages  contestés,  etc.  Manuscrit  de  la 
fin  du  XVI1I«  siècle,  in  folio. 

No  39.  Mémoire  concernant  les  Oberlandvogt  ou  glands- 
baillis  de  la  landvogtey  d'Haguenau  et  leurs  lieutenants. 
Manuscrit  du  XV11I«  siècle  in-folio. 

No  40.  Mémoire  sur  l'Alsace  et  dénombrement  du  Sundgau, 
1752,  un  vol.  de  cinq  cent  soixante  dix  huit  pages  in-folio. 

No  41.  Mémoire  sur  l'ancien  gouvernement  de  l'Alsace  et  de 
la  ville  de  Strasbourg  avant  1789.  Copie  moderne  in-4o  . 

No  42.  Recueil  des  minutes  des  dépêches  et  ordres  du 
général  de  division  Falck,  etc,  adressés  en  1792-1793  k  des 
officiers  commandant  dans  l'armée  du  Rhin.  Volume  in-folio. 
No  43.  Correspondance  du  citoyen  Banset,  ordonnateur  des 
transports  à  l'armée  du  Rhin,  avec  le  citoyen  Hervé,  trésorier 
de  la  commune  de  Strasbourg,  durant  les  années  V-VHI. 
Pièces  originales  en  un  vol.  in-4o  . 


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42  REVUE  d' ALSACE 

N»  43».  Etat  de  l'organisation  de  Tambulance  k  la  suite  de 
Tarmée  de  Rhin-et-MoselIe,  6^  campagne,  fait  k  Strasbourg  le 
4  germinal  an  V.  Vol.  de  huit  feuillets  gr.  in-fol. 

N®  45.  Registre  de  la  correspondance  officielle  de  différents 
fonctionnaires  du  Haut-Rhin  avec  le  pouvoir  exécutif,  des  an- 
nées V-XII,  et  de  1847.  Vol.  in-folio. 

N<»  47.  Chronick  von  1814.  (Description  de  la  situation 
d'une  ville  de  la  Haute-Alsace,  non  nommée,  lors  de  l'entrée 
des  alliés  en  1814).  ManuscrU  contemporain  de  douze  pages 
in-4«  . 

N»  55.  Dagobert  Fischer.  Notices  d'histoire  et  d'archéologie 
alsaciennes.  Manuscrit  autographe  en  deux  vol.  in-4o  . 

No  56.  Dagobert  Fischer,  Notices  sur  divers  châteaux  d'Al- 
sace. Manuscrit  autographe  in-4o  . 

N®  56».  JuLius  Rathgeber,  Varia  Alsatica,  Handschriftliches 
und  aus  alten  Drucken.  Un  vol.  in-4<»  . 

N®  57.  Jean-geoffroi  ScHWEiGHiEusER,  Notcs  sur  les  anciens 
châteaux  et  autres  curiosités  de  la  partie  des  Vosges,  com- 
prise dans  le  déparlement  du  Bas-Rhin.  Manuscrit  autogra- 
phe in-4o  . 

N»  58.  Louis  Schnéegans,  Notices  et  extraits  sur  des  églises 
d'Alsace.  Manuscrit  autographe  in-folio. 

N«>  59.  Dagobert  Fischer,  Notices  sur  divers  couvents  et 
abbayes  d'Alsace.  Manuscrit  autographe  in-4o  . 

N®  60.  J.  J.  Frantz,  Notices  alsatiques  diverses.  Manuscrit 
autographe  in-4®  . 

No61.  Sabourin  de  Nanton,  Opuscules  historiques  divers, 
relatifs  principalement  k  l'Alsace.  Manuscrit  in-folio. 

N<>  62.  Louis  Schnéegans,  Notices  alsatiques,  travaux,  mé- 
moires et  notices  diverses.  Manuscrit  autographe  in-folio. 

N*»  53.  Varia  alsatica,  1525-1867.  Pièces  diverses,  originaux 
et  copies,  lettres,  comptes,  rapports,  relatifs  k  l'histoire  poli- 
tique et  économique  de  l'Alsace.  Un  vol.  in-folio. 

C.  Localités  de  la  Basse-Alsace. 

N^  70.Bereinigung  des  Rheinwuhrs  bei  Bantzenheimb,  etc. 
1688.  Manuscrit  contemporain  de  douze  feuillets  in-folio. 
N«  71.  Pièces  diverses  relatives  k  l'écusson  de  Benfeld^  par 


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MANUSCRITS  ALSATIQUKS  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURO      13 

MM.  Fr.  Schœll,  Mûller,  etc.  Manuscrit  moderne  in-folio  arec 
planches. 

N»  72.  Kirchendisciplin  und  Ordnung  nach  welcher  zu  Dett- 
weyler  und  Dossenheim  die  christl.  burgerschafft  sich  zu 
verhalten,  vermehrt  1692.  Manuscrit  contemporain  in-4o  . 

N®  73.  Des  Gottes-Hauses  Ebersheimmûnster  Ernewerung 
des  dorffes  Grussenheim  von  anno  1559.  Manuscrit  de  qua- 
rante pages  in-folio. 

No  74.  Procès  de  la  commune  d'Eckwersheim  contre  les 
barons  de  Berstelt,  1651-1777.  Pièces  originales,  (plus  de  200) 
sur  papier  et  parchemin  en  un  carton  in-folio. 

No  75.  Akten  und  Kaufbriefe,  Gûltbriefe  auf  Gûter  der 
Stiffter  St  Marx,  St-Niclaus-in-undis,  St-Arbogast  im  Banne 
von  Fegersheim.  Pièces  originales  du  XVII*  et  XVIII®  siècle 
en  un  volume  in-folio. 

N®  76.  Ordnung  und  Polizey  des  fleckhens  Geispoltzheim 
und  auch  die  recht  des  dinghofs  unserer  gnœdigen  herren 
(1522  und  1772).  Manuscrit  in-folio. 

N<>  77.  Notice  sur  le  castrum  gallo-romain  duGross-Limers- 
berg,  avec  un  plan.  Manuscrit  moderne,  in-folio. 

No  77a,  Kaufbriefe  iiber  Grundstiicke  in  und  bei  Hangen- 
bieten  (XV-XVII*  siècles)  dix  pièces.  (Ladula.  I). 

No  77  b.  Kaufbriefe,  11.  s.  w.  ûber  Giiter  in  Hagenau 
Schlettstadt  u.  s.  w.  Dix  pièces  (XVI-XVIII®  s.). 

N<>  77  <*.  Fragmentum  libri  anniversariorum  monaslerii 
cuiusdam  prope  Hagenoam,  sœculi  XV  et  XVIII.  Un  vol.  parch. 
in-folio. 

No  78.  Pièces  et  documents  relatifs  à  des  constructions 
d'édifices  publics  exécutées  à  Illkirch  et  Graffenstnden. 
(1779-1793)  Un  vol.  fol. 

N»  79.  Weinschlagregister  in  Mittelhergheim  von  1456- 
1762.  Un  vol.  in-12o  . 

No  79».  Beschreibung  (iber  das  Meyer-Gueth,  u.  s.  w.  zu 
Schilttgheim,  1683,  un  vol.  in-folio. 

No  80.  (H.  Audiguier)  Mémoire  sur  Ohersteigen,  son  église, 
ses  antiquités  romaines,  le  Sattelfels,  etc.  Manuscrit  in-4o  . 

No  81 .  Andr.  Silbermann  Beschreibung  von  Hohenburg  oder 
dem  St-Odilienbevg,  etc.  Manuscrit  autographe  de  Tauteur, 
cent  vingt  deux  pages  in-folio. 


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14  REVUB  d' ALSACE 

N^'  85.  BoNAv.  Camille  Schoell,  Notices  sur  les  communes 
de  rarrondissemenl  de  Saverne,  trois  vol.  in-folio,  avec  nom- 
breuses planches  dessinées  et  gravées. 

N<>  86.  Dag.  Fischer,  Inventaire  des  archives  de  Saverne, 
avec  plusieurs  pièces  y  relatives.  Un  vol.  in-fol. 

No87.  Documenta  Tabernensia,  Sammlung  vonAktenstû- 
cken,  Originalien  und  Abschriften,  zur  Geschichte  von  ElsabS- 
Zabern  (1393-1819).  gesammelt  von  Dagobert  Fischer.  Un 
vol.  in-fol. 

N^  88.  Dag.  Fischer.  Histoire  de  Saverne,  (avant-derniére 
rédaction).  Manuscrit  autographe  inédit,  in-4o  . 

N®  89.  Dag.  Fischer,  Histoire  de  la  ville  de  Saverne  d'après 
les  documents  originaux.  Man.  autographe,  in-4°  . 

N®  90.  Dag.  Fischer.  Le  vieux  Saverne,  description  de  cette 
ville.  Manuscrit  autographe,  in-4<»  , 

N<>91.  Dag.  Fischer.  Même  ouvrage,  (Rédaction  définitive). 
Man,  au  t.  in-4o  . 

No  92.  Dag.  Fischer.  Das  alte  Zabern,  Beschreiburg,  u.  s. 
w.  Man.  aut.  4°  . 

N®  93.  Dag.  Fischer.  Geschichte  Zaberns,  Man.  autogra- 
phe in-4o  . 

No  94.  Dag.  FiscHER.Traits  historiques  ei}IL(RX)X%savernoises. 
Man.  aut.  in-4o  . 

No  95.  Dag.  Fischer.  Documents  historiques,  latins,  alle- 
mands et  français  relatifs  à  Saverne  (copies  faites  par  Dag. 
Fischer)  (1170-1817),  deux  vol.  in-4o  . 

No  95».  Jarspruch  od.  Ërkantnus  der  rechten,  gebrœuch,  u. 
s.  w.  zwischen  dem  stifît  und  der  statt  Selts,  datum  anno 
1310.  Man.  du  XVI»  siècle,  in-4o  . 

No  97.  Statuta  et  jura  collegiatœ  Ecclesiœ  S.  Pétri  et  Pauli 
in  oppido  PT^^môur^^n^t,  attestata  22  juh  anno  1520,  etc. 
Man.  cinquante  quatre  pages  parch.  in-folio. 

D.  Localités  de  la  Haute-Alsace. 

No  100.  Procès  fait  à  M.  Nicolas  Kœchlin,  député  du  Haut- 
Rhin,  à  Colmar,  1822,  un  vol.  fol. 

No  100».  J.  Rathgeber.  Die  kleine  Colmarer  Chronik, 
mit  Ëinleitung  und  Ërleuterungen.  Man.  aut.  in-4o  . 

N^  100^  .  Mémoire  contenant  les  raisons  du  Magistrat  ca- 


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MANUSCRITS  ALSATIOUBS  DB  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG      15 

tholique   de   la   ville  de  Calmar  contre  la  prétention  des 
luthériens  de  la  même  ville  (XVIII®  siècle),  un  vol.  in-fol. 

N®  lOi .  Pièces  diverses  relatives  au  banquet  électoral  de 
Colmar  (1847)  et  à  la  révolution  de  1848  dans  le  Haut-Rhin, 
un  vol.  in-folio. 

N®  102.  Registre  des  recettes  et  dépenses  du  bailliage  de 
Délie,  et  pièces  diverses  relatives  à  ce  baillage,  1730-1792, 
un  vol.  in-folio. 

N«  105.  Ensisheimer  Rathsordnungen  (1589-1623),  un  vol. 
in-folio. 

N^  106.  Copialbuch  der  œstreichischen  Regierung  von  En- 
sisheim  (1600),  un  vol.  de  cinq  cent  quatorze  pages  in-folio. 

N«  107.  Der  Statt  Ensisheim  Poliçey-Ordnung,  Raths-Ord- 
nung,  u.  s.  w.  (XVII  Ihdt),  un  vol.  in-folio. 

N®  110.  Ernewerung  von  Marx  Thurner,  Schultheiss  zu 
Habsheim,  Landserischer  Herrschaft,  mitBilrgei*n  von  liabs- 
heim  fur  die  von  Ratzburg  auf  Schloss  Reinweyler  (1589), 
un  vol.  in-fol. 

N<>  112.  Correspondance  officielle  du  citoyen  Ritter,  com- 
missaire du  Directoire  exécutif  du  canton  à'Huningue  pour 
les  années  1795-1798,  un  vol.  in-folio. 

N®  113.  Correspondance  officielle  du  citoyen  Ritter,  com- 
missaire du  pouvoir  exécutif  à  Huningue  (1789-1797),  un 
vol.  in-folio. 

N<»  114.  Correspondance  officielle  de  J.  Ritter,  ancien  dé- 
puté à  la  Convention,  à  Huningue,  pendant  les  années  V-VII, 
trois  vol.  in-4o  . 

N®  116.  Pièces  et  documents  divers  relatifs  a  Huningue  au 
XVIII  et  XIX«  siècle,  un  vol.  in-folio. 

N<>  116.  Arthur  Benoit,  Notes  sur  Huningue,  1815.  Man. 
autogr.  de  l'auteur,  in-8®  . 

N®  118.  Schriftstûcke  ûber  die  Reichsvogteien  in  den  Stœd- 
ten  des  Elsasses,  besonders  in  Kaysersherg  (XVI-XVII*  s.), 
un  vol.  in-folio. 

N*>  120.  Abraham  Muslin,  Beschreyburg  der  gelegesheitt  der 
statt  Mulhusen  u.  s.  w.  (guerre  de  1587).  Manuscrit  du 
XVlIe  siècle,  cent  cinquante  quatre  feuillets  in-folio. 

N®  121.  ZwiNGER,  David,  Wahre  Beschreibung  und  griind- 
tlicher Bericht  von dem  Ursprung...  anstellung und  endschaift 


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16  REVUE  d' ALSACE 

der  wTinderbaren  rotterey,  tumult,  u.s.w.  der  siàUMulhausen 
im  obern  Elsass,  anno  1586  angefangen.  Mao.  du  XVII<^  s., 
cent  cinquante  huit  feuillets  in-folio. 

N<>  124.  J.  Ratrgeber,  Varia  Mûnsteriana,  besonders  zur 
Kirchengeschichte  Munsters  im  Gregorienthal,  un  volume 
in-folio. 

N^  126  Beschi'eibung  der  Rechte,  Polizei-und  Gerichts 
orduung  der  Stadt  und  Herrschaft  Pfirdt  aus  einem  alten, 
Manuskriptgezogen  von  A.  G.Zimberlin,(XIX'^8iècle)deuxcent 
treize  pages  in-folio. 

N®  127.  Documents  relatifs  au  Haut-Rhin,  principalement 
aux  hôpitaux  de  Saint-Amarin  et  de  Thann,  1768,  à  Blotz- 
heim,  Ferrette,  etc.(r4unis  par  M.Sabourin  de  Nanton),un  vol. 
in-folio. 

E.  Localités  de  la  Lorraine: 

N®  130.  Dag.  Fischer,  Die  chemalige  Grafschafl  Dagsburg 
lopographisch  u.  historisch  geschildert.  Manuscrit  autogra- 
phe in-4o  . 

N®  131.  Des  Amtes  Lûtselstein  Beschreiburg  (XYII®  siècle). 
Copie  moderne  in-4o  . 

N®  132.  Dag.  Fischer,  Le  comté  de  Saarwerden.  Manuscrit 
autogr.  in-4o  . 

N®  133.  Urkunden-Repertorium  der  Reichsgrafschaft  Saar- 
M;tfrrfen(Abschriftvon  Archivar  Eltester,  1870)  un  vol.  in-folio. 

N®  134.  Dag.  Fischer,  Le  comté  de  Réchicourt  et  la  seigneu- 
rie de  Morimont.  Man.  autogr.  in-4o  . 

N®  135.  Dag.  Fischer,  Notices  sur  diverses  seigneuries  lor- 
raines. Man.  autog.  in-4*'  . 

N®  140.  Frère  Paul  Bernet,  capucin,  Recherches  sur  This- 
ioxvQ  &q\^  Petite-Pierre,  Phalsbourg  etc.  Man.  du  XVIIl^ 
siècle,  in-4<>  . 

No  141.  (Haas,  pasteur?)  Histoire  de  la  paroisse  protestante 
de  Fénétrange.  Man.  in-folio,  du  XIX^  s. 

F.  Noblesse  alsacienne. 

N»  150. Extractus  desH. Rœm.  Reichsohnmittelbarer  Ritter- 
schaft.im  TJndern  Elsass,  anno  1651.- Verzeichniss  der  alten 


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MANUSCRITS  ALSATIQt'«S  BK  LA  BIBLIOTHEQUE  DS  STRASBOURG       17 

chen  GeBchlechier..  nachdem  Alphabet.-Nieder-Elss^&ssische 
Malricul,  1676,  un  vol.  in-folio. 

N^  152.  Louis  ScHNKEGANS,  Papiers  divers  relatifs  à  des 
familles  nobles  alsaciennes,  notices  généalogiques,  écussons, 
etc.,  un  vol.  in-fol. 

G.  Biographies 

N<>  169.  JuL  Rathgeber,  Ëlssessische  Btographien.  Noti/.en 
tu  alphabetischer  OiYinung,  deux  vol.  iîi-4o. 

N®  160.  Blessig,  loh.  Lorenz,  EigenhœndigeBriefeaTi  seine 
Ffau,  aus  dem  Gefœngni^s  (1793  1794),  trois  boîtes  in-S®. 

N<>  161.  Papiei'S  et  correspondances  originales  du  baron 
Charles  de  Butré,  physiocrate  tourangeau,  avec  Mirabeau, 
le  père,  Dupont  de  Nemours,  le  margrave  de  Bade  etc. 
(1767-1804)  deux  vol.  in-folio. 

N»  162.  Butré,  Ch.  de,  Écrits  alchymiques  divers.  Mnn. 
aut.,  un  vol.  in-folio. 

N®163.Butré.  Ch.de,  Manuscrits  économiques  aut.  divers, 
(1776-1790),  in-folio. 

No  164».  Oberlin  J.  J.,  Notitice  ad  Jacobi  WifnpheUngii 
Selestadiensis  vitam  collectée.  Man.  aut.  in-folio. 

N*»  165.  Lettres  originales  de  Jean  de  Dietrich,  banquier  a 
Strasbourg,  à  Jean-Ulrich  GolU  de  Colmar  (1756-1775)  un 
vol.  in-4<»,  (papiers  d'affaires). 

No  167.  Lebep.sgeschichte  von  Heinr.  Ernst,  ehemal. 
FreypredigeT  und  Professor  am  Gymnasium  von  Buchsweiler, 
von  ihm  selbst  aufgesetzt.  Tome  L  (unique).  Man.  de  quatre 
oe^t  cinquante  neuf  pages  in-4o. 

No  168.  Correspondance  de  Dag.  Fischer,  maire  de  Saver- 
Ao,  archéologue  alsacien,  avec  divers  (1861-1878).  Un  vol. 
in-folio. 

No  169.  Papiers  divers  relatifs  u  la  famille  de  Guillaume 
Frits,  architecte  k  Strasbourg,  (dit  Millionefriiz)  1773-1879. 
Un  vol.  in-folio. 

No  169  Excerpta  ex  litteris  ad  Mag.  Samuelem  Glonerum, 
professorem  Argentinensem  mandatis  (1620-1642)  ex  archivis 
S.  Tbomani  a  Rodolpho  Reussio  descripta,  un  vol.  in-8o  . 

Nol7i.  Acta  Kampmanniana,  recueil  de  papiers  divers, 


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18  R£VUE  d'ALSAGK 

relatifs  k  F.  Kampmann^  pasteur  h  Schwindratzheim,  et  h  sa 
famille  (4750-1850),  un  vol.  in-folio. 

N0M71»,  171  b,  171s  171^  171«,  17lM71»,171h,171i.  Cor- 
respondance.  Journal  et  autres  papiers  de  famille  de 
Jean-Georges  Kœmmerer,  libraire  à  Strasbourg,  1792-1842, 
onze  vol.  in-4<>  et  in-folio. 

No  172.  Album  de  Salomé  Kastner  (1831-1856).  Un  vol. 
in-8o  oblong. 

No  173.  Papiers,  diplômes,  etc.  de  la  famille  Lauth  (Tho- 
mas Lauth,  Charles  Lauth,  Gustave  Lauth,  etc  1758-1860). 
Un  vol.  in-folio. 

No  173*.  Papiers  du  citoyen  Massenet,  (P.  L)  député  du 
Bas-Rhin  k  TAssemblée  l<^gislative,  tribun  et  prof,  a  Stras- 
bourg (1748-1824),  un  vol  in-fol. 

No  173*^  .  Papiers  du  chevalier  de  Mahéde  Conrart  de  la 
Richerie  ofiicier  vendéen,  gouverneur  du  château  royal  de 
Strasbourg  (1794-1828).  Un  vol.  in-folio. 

No  174.  Tagebuch  des  Stud.  theol.  Rudanger,  1817-1818, 
un  vpl.  in-32o  . 

No  174».  Rod.  Reuss,  Xavier  Mossmann,  archiviste  de 
Colmar,  1893.  Man.  aut.  in-4o  . 

No  175.  D.  Pichler,  (Arzt  in  Strassburg).  Funken  vom 
Heerde  der  Freundschaft,  Tagebuch  (Mystisches)  yon  1788- 
1789.  Deux  vol.  in-8o  . 

No  175».  Jul./îa^^^e6er(déc.  en  1893)  Briefwechsel  (1869- 
1892)»  Deux  vol.  in-8o  . 

No  175  *».  Jul.  Rathgeber,  Varia  zur  elsœssischen  Geschich- 
le,  besonders  der  Famille  Pfeffinger,  Un  vol.  in-fol. 

No  1776.  Papiers  divers  relatifs  à  la  famille  Reisseissen 
(1692-1833).  Un  vol.  in-folio. 

No  177.  Papiers  d'affaires  de  la  famille  Rilter  k  Huningue 
(XVIII-XIXs.).  Un  vol.  in-folio. 

No  178.  Louis  Schnéegansy  archiviste  k  Strasbourg,  Corres- 
pondance originale  et  papiers  officiels,  trois  vol.  in-folio. 

No  179.  Notice  biographique  anonyme  sur  Schwilgué  (J. 
Bapt.)  mécanicien.  Un  vol.  in-folio. 

No  179  ».  J.  W.  Baum,  Notizcn  ûber  /.  Georg.  Stuber, 
Pfarrer  im  Steinthal.  Un  vol.  in-folio. 

No  179  *>.  Briefe  und  Papiere  aus  dem  Nachlass  von  Adam 


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MANUSCRITS  ALSATIQUBS  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG      19 

Walter  Strobel,  Professer  am  prot.  Gymnasium  (décédé  en 
4850),  un  vol.  in-folio. 

N*»  180.  Documents  concernant  le  fief  des  Zeyssoîff,  vas- 
saux des  comtes  de  Hanau-Lichtenberg  (1359-1787)  Investi- 
tures, réquisitions,  comptes,  etc.  Une  grosse  liasse  in-folio. 

N«  181.  Correspondance  originale  entre  Louis  Schnéegans, 
archiviste  à  Strasbourg,  et  Auguste  Stœber,  bibliothécaire  h 
Mulhouse,  (1842-1856),  un  vol.  in-S»  . 

No  182.  Papiers  divers  relatifs  h  la  famille  et  k  la  personne 
à*  Aug. 'Edouard  Ct/nzVr,  professeur  de  théologie  k  Strasbourg 
(décédé  en  1886),  un  vol.  in-folio. 

N<*  183.  Fréd.-G.  Bergmann,  ancien  doyen  de  la  Faculté  des 
Lettres  de  Strasbourg  (décédé  en  1887).  'Notes  biographiques 
et  bibliographiques.  Varia).  Un  vol.  in-folio. 

H.   Argentoratbnsia 
i.  Topographie: 

No  200.  Andréas  Silbermann,  Lokal-Geschicte  der  Stadt 
Strassburg.  Manuscrit  autographe  de  la  première  rédaction,  un 
vol.  in-folio. 

No  201.  A.  S.,  Lokalgeschichte  etc. ,  Manuscrit  autographe 
de  la  rédaction  définitive  (avec  appendices),  un  vol.  in-folio. 

No  202.  J.-J.  Frantz,  Mémoi'^e  sur  Strasbourg.  —  Notizen 
zur  Geschichte  Strassburgs.  Man.  aut.  in-4o  . 

No  203.  DE  Morlbt.  Notice  sur  Tenceinte  d'Argentoratum, 
1860,  un  vol.  in-folio. 

No  202  *.  Plan  manuscrit  de  Strasbourg  et  des  environs, 
dressé  vers  1840.  Collé  sur  toile,  en  porte-feuille  in-4o  . 

No  203  *>.  Umrisse  der  Umwallung  Strassburgs  im  XVi- 
XVII»«»  lahrhdt  gezeichnet  von  K.  Lessing  (1887-1890).  Trois 
cartes  en  un  carton  gr.  in-folio. 

No  203  «.Umwallung  Strassburgs  nach  Specklins  Umrissen, 
gezeichnet  von  K.  Lessing,  (1890),  une  carte  in-4o  . 

No  204.  Reflexions  sur  les  fortifications  de  Strasbourg  par 
M.  le  Maréchal  de  Vauban,  1681.  Un  vol.  in-folio. 

No  205.  Verzeichniss  der  Kirchen,  Klœster,  Capellen,  Spitaîl- 
ier  und  andrer  Gebeugen  so  von  Christi  geburtbissaufTjetzige 
Zeit  in  der  Statt  Strassburg  aufgericht  worden  (écrit  après 
1686).  Un  vol.  in-folio. 


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iO  UMVVR  U*ALSAGI 

S^  208.  loh.  ScHAOfus,  Summum  Argentoratensium  (em- 
plum  d.  i.  ausfûhrliche....  Beschreibung  des  viel  kûnstlichen 
Munsters  zu  Strassburg.  Texte  copié  sur  Timprimé,  avec  errata 
et  additions.  Cent  quatre  vingt  quatorze  p.  av.  gravures  in-i*» . 

N®  209.  I.  ScHAD^us,  Texte  imprimé  en  1617  avec  appendice 
manuscrit  sur  les  pasteurs  de  la  cathédrale  du  XVi«  au  XVU« 
siècle   Un  vol,  in-i®  . 

N^'  210.  Abbé  A.  Ph.  Gr\ndidibr,  Supplément  aux  Essais 
historiques  et  topographiques  sur  Téglise  cathédrale  de  Stras- 
bourg ;  copie  manuscrite  moderne  in-4<>  . 

N<»  211 .  A.  W.  Strobel,  Das  Munster  zu  Strassburg,  Man.  ori- 
ginal, in-folio. 

N<>  212.  Loi  is  ScHNéBGANs,  Essais  historiques  sur  la  cathé- 
drale de  Strasbourg,  1836.  Imprimé  avec  de  nombreuses 
notes.  Man.  aut.  de  Fauteur.  Un  vol.  in-folio. 

N^  213.  Louis  Schnébgans,  Documents  divers  relatifs  h  la 
cathédrale  de  Strasbourg,  à  rOKuvre  Notre-Dame,  etc.  Un 
vol.  in-folio. 

No  214.  LoL'is  ScHSÉBGANS,  Das  Pflngstfest  und  der  RoralTe 
im  Munster  zu  Strassburg,  1851.  Imprimé  avec  nombreuses 
additions  manuscrites  de  Tauleur.  Un  vol.  in-S*»  . 

N®  215  Louis  ScHNéGGANs,  Erwin  von  Steinbach  und  seine 
Kinder,  Beilrag  zur  Kunstgeschichte  des  Mitlel-Alters.  Man. 
aut.  in-folio. 

N<>  216  Louis  Sghn^îegans,  Urkunden  und  Auszûge  ûber  die 
aîten  Werkmelster  am  Slrassburger  Munster.  Un  vol.  in-folio. 

N<>  217.  Louis  Schnbegans,  Etudes  sur  la  cathédrale  de  Stras- 
bourg. Notes  diverses,  un  vol.  in-folio. 

No  220.  Louis  ScHNÉBGANs,  Notcs  divers  sur  les  églises  de 
Strasbourg,  un  vol.  in-folio. 

N«  221.  Louis  ScHîîKEGANs,  Noticcs  et  extraits  sur  Téglise  St- 
Thomas,  un  vol.  in-folio. 

N<»  222.  Louis  ScHNÉGGANs,  L'église  St-Thomas,  1841.  Im- 
primé avec  de  nombreuses  notes  manuscrites  de  Tauleur,  un 
vol.  in-8o  . 

No  222  ».  A  FETTri,  Rapport  k  M?*"  Tévéque  Rœss,  sur  Télat 
et  les  restaurations  a  faire  a  Tcglisc  de  St-Étienne  h  Stras- 
bourg, (nov.  1860).  Un  vol.  in-folio,  planches. 

No223.  Liber  variarum  rerum  uti  bonorum  venditorum. 


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MANUSCRITS  ALSATIQUKS  D«  LA  BIBLfOTRlkQUK  DE  STRASBOURG      21 

emptorum,  donatorum,  etc.,  una  cum  colligendis  praelatura- 
rum,  canonîcatorum,  etc.  Capituli  S.  S.  Michselis  et  Pétri 
vulgo  Senioris  dicti.  (Man.duXV<^  siècle)  un  vol.  grand  in-folio. 

N<>  224.  Excerpta  ex  cartulario  Sancti  Stephani  Argentinen- 
sis  anni  i604.  Man.  du  XVII«  siècle,  in-folio. 

No  225.  Jos.  ScHWEiGH^usBR,  Historia  Commendœ  S.  Johannis 
Hierosolymitani  intra  Argentinam,  (XVIII«  siècle).  Un  vol.  Ae 
cent  soixante  dix  huit  pages  in-4®  . 

N®  230.  Pièces  relatives  à  la  construction  du  théâtre  de 
Strasbourg,  i804-18ii.  (devis,  comptes,  etc.)  Un  vol.  in-folio. 

N«  231 .  Pièces  diverses,  manuscrites  et  imprimées,  relatives 
au  théâtre  de  Strasbourg,  depuis  la  Révolution.  Carton 
in-folio. 

N^'  232.  Louis  Sghnéegans,  Documents  historiques  relatifs  a 
l'Hôpital  civil  de  Strasbourg,  un  vol.  in-4o  . 

No  232  *.  Aktenslucke  und  Excerpte  den  Strassburger  Spi- 
tal  betrefîend  (XVIIl*  sièclei,  un  vol.  in-folio. 

N®  233.  Pièces  relatives  aux  hospices  de  Strasbourg,  corres- 
pondances, comptes,  délibérations,  etc.  (1791-1845),  un  vol. 
in-folio. 

No  234.  J.  J  Fhantz  u.  T.  W.  Roehrich,  Excerpte  u.  Aktens- 
tûcke  zur  Geschichte  des  Strassburger  Waisenhauses  ,un  vol. 
in-40  . 

No  235.  Louis  ScHNéEGANs,  Notice  sur  la  Maison  des  Orphe- 
lins à  Strasbourg,  un  vol.  in-folio. 

No  239.  Aktenstûcke  den  Kupferhammer  bei  Strassburg 
und  seine  Wasserrechte  betreffend.  Actes  originaux  de  1632- 
1773.  Un  vol.  in-folio. 

No»  240  *,  240*.  Documents  divers,  chartes,  actes  de  vente, 
etc.  relatifs  à  des  maisons  de  Strasbourg,  pièces  sur  parche- 
min dans  deux  boites  (XIV-XV1II«  siècle). 

No  243.  Prolokolle  ûber  neue  Steinsetzungen  im  Strassbur- 
ger Stadtbann,  1613-1696.  Man.  orig.  in-folio. 

No  245.  RuD.  Reuss,  Geschichte  des  Neuhofs,  man.  original, 
un  vol.  in-40  . 


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22  RBVUE  d'alsagb 

2.  Histoire  de  Strasbourg 

N®  250.  Fritsghe  Closenisr,  Strassburgische  Chronik,  copie 
de  Strohel  faite  sur  le  manuscrit  de  Paris,  un  vol.  in-folio. 

N<*  351.  Jacob  VON  Koenigshoven,  Strassburgische  Chronik. 
Man.  du  XV«  siècle,  complété  au  XV1«  siècle.  Quatre  cent 
quatre  vingt  cinq  feuillets  m-\^  .  Les  pages  1-58  manquent, 
ainsi  que  la  fin.  Le  récit  s'arrête  à  Tinvasion  des  Anglais  de 
Coucy." 

N<^  252.  KûE.siGSHovEN,  J.  de,  Chronique  strasbourgeoise,  tra- 
duction française  destinée  primitivement  au  Coe/e  rfip/oma^i- 
qutdcla  ville  de  Strasbourg,  (par  Strobel?)  un  vol.  in-folio. 

No  253.  KoENiGsiîovEN,  édition  Schilter,  1698,  in-4o  .  Avec 
de  nombreuses  notes  historiques  manuscrites  de  Jean-André 
Silbermann. 

M  255.  Louis  Schnébgans,  Notice  sur  Closener  et  Kœnigsho- 
ven  et  leurs  chroniques.  Strasbourg,  Silbermann,  1842, 
in-4o  .  Avec  de  nombreuses  notes  manuscrites  additionnelles 
de  Tauteur. 

No  256.  Louis  ScHNBEGANS,  Extraits  de  chroniques  alsacien- 
nes (Relatio  de  conflictu  in  Husbergen,  Maternus  Berler,  etc  ) 
Un  vol.  in-folio. 

No  257.  Louis  ScHNÉEG.iNs,  Notices  sur  Ellenhard  etGodefroi 
d'Ensmingen  et  texte  de  leurs  chroniques.  Un  vol.  in-folio. 

No  258.  GoDRFRoi  d'Ensmingen,  Chronique  de  Strasbourg, 
1132-1371,  tirée  des  papiers  de  Grandidier.  Copie  de  M.  J. 
Liblin.  Un  vol.  in-folio. 

N'o  258  *.  Schriflstûcke  des  Strassburger  Rathes  und  Ande- 
rer  die  Burg  Lœwenstein  im  Elsass  betrefTend  (1386-1387). 
Pièces  originales.  Un  vol.  in-folio  oblong. 

No  258  ^.  Aktenstilcke  und  Eicerpte  zur  Geschichte  des 
Schwœbischen  Stœ:ltebundes  und  Strassburgs  (1422-1424). 
Un  vol.  in-4o  . 

No  259.  Ausziige  aus  den  sogenannten  Annalen  Sébastian 
Brants,  aus  der  verbrannten  Handschrift  der  ehemaligen 
Sladtbibliolhek  ton  T.  W.  Rœhrich,  un  vol.  in-4o  .  (Publié  par 
M.  le  chanoine  Daclieux,  Strasbourg,  1892). 

N"  259  *.  Auszûge  aus  Seb.  Brants  Annalen,  aus  den  Jahren 
1517-1.>36,  gemacht  von  Andréas  Jung.  Un  vol.  in-folio. 


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MANUSGBITS  ALSATIQUES  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG      23 

N^  260.  Strassburgische  Chronik  aus  den  Imlinschen  Fami- 
lienpapieren  (1500-1593).  Abschrifl  der  Originalhandschrift 
auf  derUniversitgctsbibliothek.  Un  vol.  in-4*>  . 

N'o  260*  J.  Rathgeder,  Beilagen  und  Anmerkungen  zu  dem 
Werke  :  Slrassbuï'gim  XV.  Jahrhundert.  Man.  aut.  in-4o  . 

N<>261.  Sebald  Bueheler,  Chronique  strasbourgeoise  de 
1506-1586,  fragments  extraits  et  traduits  par  Grandidier.  Co- 
pie de  M  J.  Liblin,  un  vol.  ïn-A^  . 

N<»  262.  Strassburgische  Cronic...  biss  1610.  Manuscrit |ino- 
nyme  du  XV1I«  siècle,  un  vol.  d'environ  neuf  cents  pages 
in-folio. 

X<>  263.  Denkwûrdige  Sachen  allhie  in  Strassburg  vorgelof- 
fen  (1424-1615).  Man.  du  XViI«  siècle,  de  vingt  cinq  feuillets 
in-folio,  (publié  par  M.  Rod.  Reuss,  Strasbourg,  1889). 

N»  264.  J.  J.  Meybr.  Strassburgische  Chronik  (bis  1599). 
Man.  du  XVII^  siècle,  rédaction  plus  sommaire  que  celle  de 
la  chronique  de  Meyer,  conservée  k  la  bibliothèque  de  TUni- 
versité  et  publiée  par  M.  Rod.  Reuss  a  Strasbourg  en  1873. 

N°  265.  J.  J.  Mbteu,  Strassburgische  Chronik,  copie 
moderne  du  manuscrit  de  la  Bibliothèque  de  TUniversité,  par 
extraits.  Un  vol.  in-4o  . 

N<>  236.  Daniel  Spegxlin,  Excerpta  e  Collectaneis,  a  Joh. 
Andréa  Silbermann,  1760.  Man.  aut.  de  Tauteur  de  la 
Lokalgeschichte  Slrassburgs.  Un  vol.  in-4<*  . 

N®  267.  Danielis  Spegklini  Collectaneorum  ad  usum  ChrO' 
nici  Argentoratcnsis  tomi  I  partem  maximan  descripsit  An«- 
dreas  Jung.  Un  vol.  in-4o  . 

N®  268.  Danielis  Spegklini  Colleclaneorum  fragmenta  quot- 
quot  reperiri  potuerunt  collegit  Rodolphus  Reuss.  Trois  vol. 
in-4«  . 

N®  269.' Excerpta  e  Danielis  Specklini  Collectaneis  ab  ano- 
nymo  sœculî  XVllI  collecta.  Un  vol.  de  quarante  six  feuillets 
in-4®  . 

N»  270.  Strassburgische  Chronik  nach  Kœnigshoven,  mit 
vielen  Kiirtzungen,  von  Verschiedenen  fortgcsetzt  bis  1607. 
Man.  du  XVII  siècle,  de  76'J  p^igcs  in-folio. 

No  270  *.  Leurs  ScnN»iEG\NS  et  Rod.  Reuss,  Analecta  Speck- 
liniana.  (Extraits  relatifs  a  la  vie  de  Specklin  et  à  sesœuvres) 
Un  roi.  Mai"  . 


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t4  BKUm  D'AL9iGS 

N^»  272.  ScHADJ^tii,  Oseas,  Strassburgisehe  Chroaica  bi3t 
4618,  mit  gereimter  Vorrede  voa  Michœl  Kleiolawel.  Man. 
du  XVII®  siècle  in-folio.  Écussobs  et  armoiries  peintes.  Cette 
chronique  désignée  d*ordinaire  par  le  nom  du  pasteur  Schad 
qui  la  possédait,  a  été  en  réalité  compilée  par  Kleinlawel 
lui-même. 

No  27.3.  (Michel  KLBiNtAWEt),  Strassburgisehe  Chronik  oder 
Kuilze  Beschreibung,  etc.  von  einen  Liebhaber  der  teutstchen 
Poëterey.  Man.  du  XVII«  siècle,  de  cent  quatre  vingt  dix  huit 
pages  in-folio,  contemporain  du  texte  imprimé  h  Strasbourg 
en  1623,  in-4o  . 

X<>  274.  Chi*onik  von  Strassburg  und  vom  Elsass,  aut 
Kœnigshoven  und  Andern  zusammengestellt  biss  1660.  Man. 
du  XVII®  siècle  de  mille  deux  cent  quatre  vingt  deux  pages 
in-folio-.  J*ai  proposé  de  l'appeler  «  Chronique  de  Stœdel  »,  le 
volume  ayant  appartenu  h  la  famille  de  ce  nom  et  y  ayant 
peut-être  été  compilé. 

N<>  275.  Adam  Sciiebtz,  Strassburgisehe  Chronik.  Man.  du 
XVII*'  siècle,  vingt  deux  pages  in-folio,  renfermant  les  pre- 
miers chapitres  de  cette  chronique  perdue  dont  l'original  a 
péri  on  1870. 

N*»  296.  Johann  Jakob  Walter,  Chronicon  Argentoratense, 
dus  ist  Kurtze  Beschreibung,  u.  s.  w.  1674.  Man.  aut.  du  pein- 
tre J.  J.  Walter,  avec  dessins  et  gravures,  trois  cent  un  feuil- 
lets in-folio-  Le  texte  en  a  été  en  partie  publié  par  M.  Rod. 
Reuss  d  Strasbourg  en  1879  (1618-1648)  et  h  Nancy  en  1897 
(1672-1676). 

N"  277.  Johann  Jakob  Walter,  Chronicon  Argentoratense, 
vXc  Première  rédaction,  plus  abrégée,  en  partie  également 
autographe,  de  la  chronique  précédente,  deux  cent  quarante 
neuf  pages  in-4o  . 

N"»  278.  Joseph  IIeinr.  Gambs  (?).  Ëttliche  namhaflTte  Histo- 
rien von  der  Statt  Sliasburg  und  dem  landt  umb  die  stat. 
Man.  du  XVII*  siècle,  deux  cent  dix  sept  pages  in-folio.  Le 
nom  de  Gambs,  qui  se  trouve  dans  le  volume  est  peut-être 
seulement  celui  de  son  possesseur. 

\o  279.  Kleine  Strassburgisehe  Chronik  (1672-1682).  Copie 
d'un  manuscrit  de  la  fin  du  XV^ÎI*  siècle,  k  la  bibirotbèque  dt 


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MANUSCRITS  ALSÀTIQUBS  DK  LA  BIBUOTHÈQUE  DE  STRASBOURG      25 

i 

rUpiyerjBité,  cent  di:i:  sept  pa^es  in-8<> .  (Ce  texte  a  été  pubKé 
par  M.  Rod.  Reuss  k  Colmar,  en  1873J. 

N®  280.  Frangisci  Rbisseissen  Mémorial  allhiesigen  Staat 
belreffend  (1670-1710).  Copie  du  man.  aut.  de  la  Bibliothèque 
de  l'Université,  un  vol.  ïn-A^  .  Ce  texte  a  été  publié  par  M. 
Rod.  Reuss  à  Strasbourg  en  1877. 

No  281.  Francisgi  Reisseissen  AUerhandt  guete  bericht  und 
observationes  angefangen  anno  1657.  Copie  du  man.  aut. 
ayant  appartenu  à  M.  Charles  Œsinger,  un  vol.  in-4o  .  Le 
texte  a  été  publié  par  M.  Rod.  Reuss,  a  Strasbourg,  en  1880. 

No  290.  Ll'dwig  Schnéegans,  Strassburgische  Geschichten 
und  Sagen,  un  vol.  in-folio.  Man.  aut.  de  Touvrage  publié 
dans  \esFeuilleis  d'Affiches  de  Dannbach,  et  tiré  k  un  petit 
nombre  d'exemplaires. 

No291.  LuDwiG  ScHNÉEGAN's,  Die  Schlacht  bei  Hausbergen 
(1262).  Man.  aut.  de  Fauteur,  un  vol.  in-folio. 

No  29^.  Friedrich  Johann  Schmidt,  Stadtadvokat,  Summari- 
cher  Bericht  und  Erzehiung  wass  von  dem  Jahr  1518  biss 
auff  gegenwaertige  Zeit  wegen  Abschafîung  des  bapstums 
und  sonstens  der  Religion  halben  in  der  Stadt  Strassburg 
denckwiirdigen  vorgelofTen,  1628.  Man.  du  XVI1I«  siècle» 
cent  quarante  deux  feuillets  in-folio. 

No  293.  Prolokolle  der  Silzungen  des  Hohen  Capitels  des 
Stifftes  Strassburg  in  den  Jahren  1557-1558.  Manuscrit  ori- 
ginal de  trois  cent  quarante  neuf  feuillets  in-folio, 

No  294.  Georg  Keller,  Wahrhafflige  und  eigentliche  Be- 
schreibung  der  gliicklichen  Schiffart...  eines  tags  von  Zurich 
gen  Strassburg  von  eltlichen  herren  vollbracht,  1576.  Copie 
faite  par  M.  Georges  de  Wyss  sur  Toriginal  k  Zurich,  dix 
feuillets  in'4o  .  Le  texte  a  été  publié  par  M.  Rod.  Reuss  dans 
les  Affiches  de  Strasbourg,  en  1878. 

No  295.  Auszûge  aus  den  Rathsprotokollen  der  Stadt  Strass- 
burg, aus  den  Jahren  1576  (Freischiessen)  und  1587  (Diebs- 
krieg),  un  vol.  quatre  vingt  feuillets  in-folio. 

No  296.  Prôtocollbuch  des  Capitels  der  Hohen  Stifft  Strass^ 
burg,  de  anno  1586-1587.  Man.  original  in-folio. 

No  297.  Ordcntliche  Beschreibungwelchergestaltdienach- 
barlichen  buendtQuss  der  drey  stœdt  Zurich,  Bern  upd  Strasa- 
burg  dl^  gêi^eûwœrtige  1588  iabr  beslaeii^  ui4  ToU«[)gep 


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26  BKTUS  d'alsacb 

worden.  Uanuscrit  du  XVIIl^  siècle^  soixante  et  une  pages 
in-folio. 

No  298.  Relalio  belli  Alsatici,  Beschreibung  des  bischoff- 
lichen  Krieges  anno  i592.  Copie  moderne  de  Toriginal  con- 
servé aux  archives  de  Saint-Thomas.  Le  texte  a  été  publié 
par  M.  Rod.  Reuss  h  Strasbourg,  en  1878. 

No  299.  Lettres  de  Louis  XIII,  Louis  XIV,  etc.  tirées  des 
Archives  de  Strasbourg  (1642-1647).  Copies  modernes,  un 
vol.  in-4o  .  Le  texte  a  été  publié  par  M.  Rod.  Reuss  d^ns  la 
Revue  (TA  Uace,  1873. 

No  299  '.  Christophori  Fokstneri  Consiliarii  Montispeligar- 
densis  Epistolœ  varias  ad  Math.  Berneggerum,  Joh.  Freinshe- 
mium,  Scipionem  Scaligerum,  etc,  (1633-1647;.  Man.  du 
XVII«  siècle,  soixante  quatorze  feuillets  in-4o  . 

No  300.  Schœffenvorlrag  (zu  Strassburg)  puncto  homagii 
(1662)  etc.  Documents  rédigés  par  Gaspard  Bernegger. 
Manuscrit  du  XVII«  siècle,  quarante  neuf  feuillets  in-4o  . 

No  301.  J.  Frantz  (?).  Kurtze  jedoch  grûndliche  Erzehlung 
wie  und  auss  was  Ursachen  die  Statt  Strassburg  sich  der 
Cron  Franckreich  gewalt  und  protection  un tergeben,  1681, 
manuscrit  du  XVII®  siècle  in-4  o. 

No  302.  Lettres  de  M.  Obrerht,  T.  I  (uniquej.  Correspon- 
dance officielle  du  préteur  royal  de  Strasbourg,  Ulrich 
ObrechI,  avec  le  syndic  royal  J.  B.  de  Klinglin  (1688-1701). 
Copie  certifiée  conforme,  du  XVII1«  siècle.  Un  vol.  in-4o  . 

No  303.  Correspondances  parisiennes  de  Christophe  Gûnt- 
zer,  syndic  royal  de  la  ville  de  Strasbourg,  1681-1685.  Un  vol.  de 
cent  quatre  vingt  cinq  pages  in-4o  .  Le  texte  a  été  publié  par 
M.  Rod.  Reuss  k  Paris,  en  1890. 

No  308.  Description  du  catafalque  que  le  maftre  des  céré- 
monies a  fait  faire  dans  TÉglise  cathédrale  (de  Strasbourg) 
pour  les  pompes  funèbres  de  Mgr  le  Dauphin,  1765.  Man. 
contemporain  de  quatre  pages  in-folio. 

No  309.  Joh.  Jak.  Frantz  (déc.  1818)  Anmerkungen  zu  llerrn 
Profesfior  Blessigs  Jubelrede,  1781.  Man.  aut.  in-4o  . 

No  310.  Agenda  et  notes  autographes  de  M.  Gérard,  prêteur 
royal  de  la  ville  de  Strasbourg,  1781-1784,  un  vol.  gr  in-8o  . 

No  312.  Ilistorisoher  Versuch  ûber  die  erste  Begrûndung 
und  Eimreiteruug  der  Siadt  Strassburg  aus  den  alteû  Gescbicbl- 


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MANUSCRITS  ALSATIQUBS  DB  LA  BIBLIOTHKQUE  DC  STRASBOUBO      27 

schreibern  erwiesen.  Manuscrit  anonyme  de  la  fin  du 
XVIll*  siècle,  in-folio. 

N«  312  *.  Varia  Collectanea  den  Ursprung,  die  Freyheilen, 
die  Regierungsform  und  vornehmlichen  Schicksale  derheuli- 
gen  Reichstœdle  in  Deuischlaud  wie  auch  der  Stadt  Strass- 
burg  insbesondre.  Man.  anonyme  de  la  fin  du  XVIII^  siècle, 
deux  vol.  in-folio. 

N®  315.  Correspondance  des  députés  de  Strasbourg  k  l'As- 
semblée nationale,  et  autres  pièces  tirées  des  Archives  munici- 
pales, (1789-1793).  Copies  modernes  endeux  vol.  in-4».  Le  texte 
a  été  publié  par  M.  Rod.  Reuss,  h  Paris  en  1881  et  1895. 

N«  317.  Strassburger  Beschwerdeheft,  bei  Gelegenheit  der 
Reichstagswahlen  (Zunft  zurSteltz),  1789.  Manuscrit  contem~ 
porain  in-folio. 

No  318.  Procès-verbaux  de  la  Société  de  la  Révolution  éta- 
blie à  Strasbourg  (15  janv.  1790-18  mars  1791).  Man.  orig. 
de  deux  cent  quatre  vingt  huit  pages  in-folio. 

N®  319  Lettres  autographes  de  Théophile  Schweickhardt, 
pasteur  h  Téglise  St-Nicolas  de  Strasbourg,  relatives  k  son 
abjuration  pendant  la  Terreur  (1795),  un  vol.  in-18o.  Publiées 
par  M.  Rod.  Reuss  dans  le  Progrès  Religieux,  1890. 

No  324.  Geschichte  der  Blokade  von  Strassburg,  1814.  Man. 
anonyme  in-folio,  avec  appendice  de  pièces  imprimées. 

No  324  *.  JoH.  GEOBG  KAMMERER,  Beschrcibung  der  Blokade 
von  Strassburg  im  Jahr  1814.  Man.  aut.  un  vol.  in-4o  . 

No  325.  Pièces  diverses  manuscrites  et  imprimées  relatives 
k  la  souscription  faite  pour  ériger  une  statue  k  Kléber,  k 
Strasbourg  (1818),  un  vol.  in-8o  . 

No  325  *.  Diplôme  du  roi  Charles  X  octroyant  k  la  ville  de 
Strasbourg  le  droit  démettre  les  fleurs  de  lys  sur  son  écusson, 
27  déc.  1828.  Parchemin  dans  une  bofle  en  fer  blanc. 

No  326.  Statuts  du  Cercle  patriotique  de  Strasbourg,  et 
procès-verbaux  des  séances  du  Comité  (1832-1834),  un  vol. 
in-folio. 

No  327.  Ch.  Schutzexbbrger,  (prof,  a  la  fac.  de  méd  j  Lettre 
sur  la  suppression  de  la  municipalité  de  Strasbourg  en  1873. 
Man.  aut.  de  quatorze  pages  in-4o  . 

No  328.  Papiers  officiels  relatifs  a  la  Garde  Nationale  (?)  de 


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18  RBTGI  d'aLSAGB 

Strasbourg,  i  830-1851,  registres  d'ordre,  correspondanees* 
registre  dVcrou,  neuf  vol.  in-folio. 

N<»  329.  Varia  Argentoratensia  historico-polilicaetecclesias- 
tica  sœculonim  XVII-XIX.  Documents  originaux  et  copies 
françaises  et  allemandes  en  un  portefeuille  in-folio. 

3.  Constitution 

N*  330.  Stadtrechte  von  Strassburg  ;  «  Diss  sint  der  slalt 
recht  »  Man.  du  XVIeetXVIIe  siècle.  Un  vol.  de  deux  cent 
quarante  deux  feuillets  in-folio. 

No  331.  Stadlrechle  von  Strassburg,  gesammelt  von  D'Otto 
Tabor,  Stadtadvokat.  Man.  du  XYIl®  siècle,  un  vol.  in-folio. 

X^  332.  Jus  statutarium  Civilaiis  Argentoralensis  ex  collec- 
tione  Johannis  Schilteri.  Man.  du  XVIII®  siècle,  de  cinq  cent 
trente  sept  feuillets  in-folio. 

N®  333.  Ein  Land-and  Polizeyordnung,  so  in  zwei  Ordnun- 
gen  kann  getheilt  werden,  angestellt  von  D' Georgio  Obrgchten 
J.  C,  anno  Christi  1611.  Man.  du  XVII®  siècle  de  trente  sept 
feuillets  in-folio. 

N<>  335.  Collection  des  Ordonnances  de  Strasbourg,  formée 
par  M.  Gorard,  prêteur  royal  de  la  ville  de  Strasbourg  ('1482- 
1769)  avec  une  double  table  des  matières  manuscrite,  cinq 
volumes  in-folio.  (Le  texte  des  Ordonnances  lui-même  est 
imprimé). 

N»  336.  R\THSBUCH,  collection  factice  de  pièces  imprimées 
et  manuscrites  relatives  aux  ordonnances,  règlements  du 
Magistrat,  etc.  Man.  du  XVI«-XVni«  siècle. Un  vol.  in-fol. 

N<>  337.  Ordnungen  und  Mandate  des  Raths  von  Strassburg 
vom  XVIP«"  zum  XVIII*«n  Jahrhundert.  Un  .vol.  manuscrit 
in-folio. 

N»  338.  Strassburger  Rathsordnungen,  Man.  du  XVIII" 
siècle  in-folio. 

N»  339.  Designatio  der  Statt  Strassburg  kayserl.  und  kœnigl. 
Freyheiten,  auch  andrer  Kays.  Diplomata.  Man.  du  XVUI*^ 
siècle,  de  dix  neuf  feuillets  in-folio. 

N®  340  Der  Stadt Strassburg Raths-undRegiments-Ordnung 
de  anno  1660.  Man.  du  XVIII^siècle,  dedBui^cBQt  soixante  troi» 
liiagesiii-folit). 


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MANUSCRITS  ALSATIOUBS  DB  LA  BfBLiOTUÂQUK  lil  STRASBOURG      S^ 

No34i.  Raths-Ordnung  eines  ehrsamen  Kleinen  Rathes 
de  anno  1653.  Man,  du  XYIII»  siècle,  in-foliô. 

N®  342.  Kleine  Ralhs-Ordnung  und  deroselben  Vorbericht, 
de  anno  1654,  Man.  du  XVIIl»  siècle,  de  cent  soixante  quinze 
pages  in-4*  . 

N«  343.  Artickhell  des  Kleinen  Raths,  (de  anno  1609?;.  Un 
vol.  man.  du  XVI1«  siècle,  in-4»  . 

No  344.  Beschreibung  der  bei  E.  E.  Kleinen  Rath  der  Stall 
Strassburg  eingefûhrten  gerichllichen  Form.  Man.  du  XVIIl* 
siècle  de  soixante  neuf  feuillets  in-folio. 

No  345.  Id.  Man.  du  XVIIle  siècle  in-folio. 

No  346.  Raths-und  Regiments-Ordnungen  der  Stadl  Strass- 
burg vonXV.  zum  XVIII.  Jahrhundert.  Man.  divers  du  XVI1« 
et  Xyill®  siècle,  en  un  vol.  in-folio. 

N'o  347.  Nolizen  ûber  die  Rathsverfassung  Strassburgs  mit 
philologischenAnmerkungen  iiber  Seneca,  u  .s.  w.  (wahrschein- 
lich  von  Prof  Malbias  Bernegger,  gest.  1610),  un  vol.  in-4o  . 

No  348.  Varia  Argentoratensia  sœculi  XVIII.  Notizen  einer 
Strassburger  Magistratsperson  ûber  verschiedene  Angelegen- 
beiten  aus  den  Jahren  1760-1789,  un  vol.  in-4o  . 

No  349.  Beilacht  den  Gassenbettel  betreffend.  Man.  du  XVn« 
siècle,  buit  feuillels  in-folio. 

No  351.  Description  du  Magistrat  de  Strasbourg  qui  est  en 
partie  perpétuel,  etc.  Man.  du  XVlll*  siècle,  de  trente  cinq 
feuillets  in-folio. 

No  352.  Mémoire  de  M.  Nefî,  procureur-général  au  Conseil 
souverain  d'Alsace,  touchant  la  question  du  ressort  sur  les 
bailliages  de  cette  ville  et  réponses  du  Magistral.  Man.  du 
XV1IL«  siècle,  quinze  feuillets  in-folio. 

No  353.  Établissements  et  changements  dans  la  ville  de 
Strasbourg,  pour  le  bien  de  TÉlat,  de  la  Religion  et  du  Public, 
1772.  Man.  de  trois  cent  soixante  trois  pages  in-folio. 

No  354.  Pièces  relatives  îi  retendue  de  la  juridiction  du 
Magistrat  de  Strasbourg,  1779.  Man.  de  quatre  vingt  huit 
pages  in-folio. 

No  355.  Papiers  et  correspondances  originales  concernant 
Valternative  dans  la  composition  du  Magistrat,  1687-1760, 
un  vol.  in-folio. 


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30  HEVUR  d'aLSACK 

No  360.  Ammeister-Bûchlein,  was  so  wohl  anfangs  bey  des- 
selben  wahl,  etc.  zusammengetragen  1658.  Un  vol  in-4<> . 

No  361.  Ammeister-Bûchlein,  Oiricium  consulis  circa  elec- 
tionem,  etc.  Man.  de  cinquante  neuf  feuillets  in-4o  ,  de  la 
deuxième  moitié  du  XVI1I«  siècle,  avec  armoiries. 

No  362.  Strassburgisches  AmmeisterbQchlein.  Man.  du 
XVlUe  siècle,  un  vol  in-folio. 

No  363.  Wappenbuch  der  Stœtt-und  Ammeisler  der  Sladt 
Strassburg  (angeblich  vom  Strassb.  Maler  Sebald  Bûheler). 
Copie  moderne  par  M.  de  Neuenstein,  à  Carlsruhe,  avec  ar- 
moiries coloriées,  un  vol.  in-folio. 

No  364.  Verzeichniss  der  RathsmitgUeder  von  Strassburg 
von  1190  bis  1333,  nebst  historischen  Notizen.  Man.  de  qua- 
rante huit  feuillets  in-folio,  du  XVI«  et  du  XVIl«  siècle. 

No  365.  Verzeichniss  aller  Ammeysler  der  Stalt  Strassburg 
zusammengebracht,  etc.  (La  liste  cesse  en  1603).  Manuscrit 
du  XVII«  siècle  in-folio. 

No  366.  Alphabetisches  Verzeichniss  von  Strassburger 
Magistratspersonen  bis  Beginn  des  XVIII.  Ihdts,  von  Stadt- 
Advocaten  und  Rathsverwandten,  u.  s.  w.  Manuscrit  du 
XVIII«  siècle  in-folio. 

No  367.  Strassburgischer  Hoher  Regimentsstand  theilweise 
geschrieben  und  gesammelt  von  Johann  Georg  HoltdorfT, 
1735.  Fragments  d'un  manuscrit  du  XVII*  siècle,  avec  armoi- 
ries peintes,  un  vol.  in-folio. 

No  368.  Regiments-Verfassung  der  Stadt  Strassburg  in  anno 
1757.  Manuscrit  de  quarante  deux  pages  in-18o  . 

No  369.  Etat  de  la  Magistrature  de  Strasbourg  en  1765, 
trad.  de  Tallemand.  Manuscrit  de  quatre  vingt  trois  feuillets 
in-12o  . 

No  376.  JoH.  Phil.Braun,  Notariatsbuch  von  letzten  Wiilen, 
wie  auch  Sterbefœllen,u.s.w.Strassburg  1671.  Man.  du  XVIIl* 
siècle,  de  cinq  cent  soixante  et  onze  pages  in-folio. 

No  377.  J.P.BaAUN,Memeouvrage.  Manuscrit  du  XVlIl«siècle. 
Un  vol.  in-folio,avec  registre  détaillé. 

No  377  *.  Strassburger  Notariatsbuch  aus  dem  XVIIl.Ihdt. 
Un  vol.  de  trois  cent  quatre  vingt  onze  pages  in-folio. 

No  378.  Franz  Heinr.  Dautel,  Nœtige  Anmerkungen  ûber 
die  Verordnungen  des  Strassburger  Magistrats  vom  22  April 


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MANUSCRITS  \LSAT1QUBS  DB  LA  BIBLIOTHÈQUE  DB  STRASBOUBG      31 

1765  ûber  die  zwoteEhe,  4772.  Man.  aut.  de  cent  soixante 
quatre  pages  in-4®  . 

N®  379.  TituU  bey  Gerichlen,  auch  hohen  und  Privatperso- 
nen,  von  Notariis,  u.  s.  w.,  ûblich  zu  Strassburg.  Man.  du 
XVllI»  siècle,  vingt  sept  feuillets  in-4®  . 

N»  380.  Diplom  als  Notarius  publicus  ausgestellt  durch 
den  Cornes  Palatinus  Joseph  Phit.  Bœckler  fur  Wolfgeng 
Courtz,  im  Nov.  1703.  Document  original  sur  parchemin, 
avec  armoiries,  relié  en  un  vol.  in-folio. 

(A  suivre)  Rodolphe  Rbuss. 


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NOTES  &  DOCUMENTS 

POUR  8ERVIB  A 

L'HISTOIRE     DE     LA     PRESSE 
EN    ALSACE-LORRAINE 

(Suite)  (i) 


Les  deux  listes  de  Journaux  et  autres  Écrits  périodiques 
réunis  a  la  Bit)liothèque  nationale  et  à  la  Nouvelle  biblio- 
thèque de  la  Ville  de  Strasbourg  (2),  sont  élémentaires  et  en 
quelque  sorte  improvisées.  Les  indications  sommaires  de  ces 
listes  disent  assez  que  chacune  des  publications  périodiques 
désignées  attend  des  informations  complémentaires  qui  cons- 
titueront les  véritables  élémenls  de  notre  histoire  de  la  Presse 
en  Alsace-Lorraine.  La  Direction  de  la  Revue  a  pensé  qu'au 
lieu  de  perdre  du  temps  k  délibérer  longuement,  il  valait 
mieux  entrer  en  matière,  même  gauchement,  et  agir,  sauf  k 
discuter  ensuite  !...  s*il  y  a  lieu. 

Aux  listes  dont  il  s'agit  se  joindront  naturellement  les 
Périodiques  qui  manquent  k  nos  collections  et  que  de  nou- 
velles recherches  auront  fait  découvrir*. 

Voici,  pour  commencer,  un  absent  qui  ne  doit  pas  demeu- 
rer plus  longtemps  dans  l'oubli.  —  J.  Liblin. 

(i).  Voy.  Juillct-Aoùt-Scptcmbre  p.  i89  et  suiv.  —  Octobre- 
Novembre-Décembre,  189J,  p.  433  et  suiv. 

(2)  Voy.  p.  434  et  suiv.  de  la  Revue,  an.  1896. 


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IIISTOnu:  l)K  LA  PUKSSK  KN  AI.SA<:K-L<mHAlXR  X\ 

IV 

LE  WOCHKNBLATT 

•  Journal  lirlKlomadaire  do  (loliiiar) 
Voué  il  rinslruction  du  peuple  des  campagnes  par   une 
société  de  vrais  amis  de  la  lii)erlé  el  de  Téi^iililé,  édile  et  im- 
piimé  h  Colmar  par  Jean-Henri  Decker,  17î)2-179î^ 
Texte  allemand,  une  demi-feuille  in-8»  par  semaine. 
Le  premier  numéro,  puJilié  le  jeudi   l*^""  novembre  17î):2, 
porte,  comme  épigraphe,  cet  extrait  des  Considérations  sur 
LES  iNTxnÈTs  DU  TiKRS  État,  par  Ral)aut-S*-Klienne  : 

<i/I  en  est  deVEcangile  des  droiU  de  /'/lonune  comme  de 
VÉi^angile  des  Chrédena:  il  doit  .souffrir  la  persécution 
puisqu'il  est  une  bonne  nouvelle  pour  les  humbles  et  une 
folie  aux  yeux  du  monde.  Il  eut  démontré  jusqu'à  l'évi- 
dence que  riivangile  n'est,  au  fond,  que  la  déclaration  des 
droits  de  rhomme  :  ses  mystères  furent  longtemps  tenus 
secrets,  parce  qu'ils  étaient  contraires  aux  prêtres  et  aux 
yrands.yy 

L'initiative  de  cette  publication  populaire,  écrite  en  langue 
allemande,  puisqu'elle  était  exclusivement  destinée  aux  popu- 
lations de  la  campagne  parlant  Tidiome  alsacien,  a  été  prise 
par  M.  Blanchard,  secrétaire  du  District  de  Colmar,  au  nom 
de  la  Société  des  amis  de  la  liberté.  Sur  l'avis  du  Procureur- 
général -syndic,  le  Directoire  départemental  du  Ïlaut-Rhin, 
par  décision  du  liO  octobre  1792,  a  autorisé  toutes  les  munici- 
palités a  s'abonner  au  Wochenblatt  dont  le  prix  était  fixé  à 
six  livres  par  an. 

Cette  décision  est  signée  du  président  Resch  et  du  secrétaire 
général  Jourdain. 

Le  texte  du  journal  helxlomadaire  est  écrit  en  forme  de 
dialogue  où  l'un  des  inti'rloru leurs  enseigne  à  l'autre  les 
droits  et  les  devoirs  du  citoyen,  les  causes  (pii  ont  îimené 
l'éclosion  des  idées  révolutionnaires,  la  chute  de  Louis  XVI 
et  de  la  noblesse,  l'émigration  et  le  triste  rôle  qu'elle  a  joué 
dans  rinvasion  de  la  France  par  l'armée  du  duc  de  Bruns- 
wick. Et  à  ce  propos,  il  pubUe  dans  son  premier  numéro  un  ex- 
trait traduit  en  allemand,  d'une  lettre  du  docteur  Morel,  deCol- 


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34  KEVIK  n'ALSACK 

mar alors  chinirgieu-niajt)!'  h  l'armée  centrale  (1),  dont  voici  la 
reproduction  qui  en  donne  le  sens  sinon  le  texte  littéral  : 

«  Longicy,  23  ocfobre  1792.  l'an  premier  de  la  Ré- 
publique française. 

«  Nous  avons  investi  Longwy  hier. 

«  En  arrivant  ici  de  Verdun,  on  rencontre  k  chaque  pas  le 
spectacle  le  plus  triste  et  le  plus  terrible.  On  ne  voit  partout 
que  dévastation  ;  partout  la  mort  a  laissé  ses  traces  sanglan- 
tes. Des  cadavres  d'hommes  et  de  chevaux  en  décomposition, 
couvrent  les  bords  de  la  routo  nationale,  et  indiquent  dans 
la  campagne  le  chemin  suivi  par  les  barbares.  Mais  c'est  a 
Longuyon,  à  tnns  lieues  d'ici,  que  l'abomination  de  la  désola- 
tion a  atteint  le  plus  haut  <legré  :  c'est  la  que  l'angoisse  devient 
navrante,  que  h'S  clieveux  se  dressent  sur  la  léle  et  que  les 
yeux  pleins  de  larmes  détournent  leur  regard,  aussi  vite  que  . 
possible,  de  ces  horreurs  de  la  guerre.  On  a  transporté  cent 
quarante  sept  morts  hors  de  la  foret  de  Longuyon  ;  parmi  ces 
cadavres,  quehjues  malheureux  luttant  avec  la  mort,  nous 
tendaient  leurs  bras  déjà  à  moitié  raidis,  et  d'une  voix  qui 
semblait  sortir  de  la  tond)e,  imploraient  un  adoucissement  à 
leur  triste  situation.  Deux  d'entre  eux  n'avaient  rien  mangé 
depuis  neuf  jours  et  luttaient  ainsi  pendant  ces  neuf  journées, 
épuisés  par  la  terrible  dysenterie,  avec  une  mort  inéluctable. 
Dans  un  rayon  de  trois  lieues  sont  couchés  plus  de  deux 
mille  chevaux  morts,  dont  les  émanations  vicient  l'air  et  em- 
poisonnent lentement  les  malheureux  habitants  du  pays. 
L'ennemi  a  abandonné  <iix  canons  et  par  suite  du  manque  de 
chevaux,  s'est  débarrassé  de  tout  son  attirail  de  guerre. 

«  Épuisement,  mauvais  temps,  manque  de  vivres,  conduite 
insouciante  et  inhumaine  des  officiers  et  chirurgiens,  sont  les 
principales  causes  qui  ont  réduit  \\  vingt  mille  hommes  envi- 
ron l'armée  prussi(;nne  qui,  lors  de  son  invasion  en  France, 
s'élevait  a  soixante  dix  mille  hommes. 


(i)  Le  dortcur  Miïfcl,  Louis-Gabriel,  une  «los  éminentes  person- 
nalités du  corps  médirai  de  l'Alsace,  fondaiour,  avecPaira,  de  S^e- 
Marie-aux-Mines.  de  l'école  déparlenientale  d'accouchement,  fut 
maire  de  Cohnar  sous  le  premier  eujpire  el  plus  tard. 


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HlSnmiK  1»K  I.A   l'UK^SK  KN  ALS.UlK-LonilAINK 


:j:; 


ce  Je  termine  ici  le  douloureux  récit  do  nelbi  indescriptible 
misère  dont  l'aspect  toujours  présent  îi  mes  yeux  me  déchi- 
re le  cœur.  Hier  soir  a  i  heures  sont  arrivés  ici  ie  fils  du 
roi  de  Prusse  et  son  cousin  ie  lils  du  prince  Ferdinand,  auprès 
du  général  Kalkreuth  qui  a  commande  jusqu'ici  la  forteresse. 
Kellermann  leur  a  fait  une  visite.  Les  princes  ne  pouvaient 
assez  admirer  la  belle  tenue  do  nos  carabiniers  et  de  nos 
chasseurs,  ainsi  que  celle  de  deux  bataillons  de  grenadiers, 
qui  se  trouvaient  en  ordre  de  bataille  sur  la  Place  d'armes, 
lis  repartirent  vers  six  heures.  Les  Prussiens  se  retirent  au- 
jouid'hui  et  ne  laissent  ici  (pi'nn  petit  détachement  pour 
accompai^ner  leurs  malades. 

K  Nous  recevons  à  l'instant  la  nouvelle  de  la  mort  de 
l'empereur  François  11  ». 

Dans  ce  premier  numéro  du  VVochenblatt  nous  trouvons 
une  traduction  en  vers  allemands  de  la  Marseillaise,  faite  par 
un  patriote  Colmarien.  L'allure  classicjue  de  ce  morceau  alle- 
mand révèle  un  écrivain  de  race  et  raj)pelle  la  manière  de 
Pfeffel  qui  habitait  alors  Golmar. 

Voici,  du  reste,  cet  alsatique  curieux  : 

La  Marseillaise  traduite  en  vers  allemands  par  un  patriote 
Colmarien. 

Auf,Jirffder,  auf,  dem  Ta  y  entgegen, 
Der  unser  Volk  unslerhlic/i  macht  ! 
SehL  wiv  so  yrimmig  un  ri  rerweffen 
Die  Tyramipy  aufs  neu  ertrnchl  !  (fnsj 
lloert  ilir  (las  Hase  a  ihrer  H  or  de  n, 
Der  wilden  Brut,  (iehriill  und  Spoft  i 
Sie  wolle?!.  0  (jerechter  (Joli  ! 
Eurli  Weih  und  Kind  ini  Ami  ermorden  ! 
Auf,  Burr/er,  au f  sur  Wehr! Erletjt  diefloellenbrutî 
frlurk  ru  (his).  Es  duuf/e  hald  dus  Feld  iiir  scliwar- 

[ses  Blut  ! 

W'em  drohl  mit  ihrer  Moerderbande 
Die  raenckenvolle  Fûrslenzunft  i 
Wcm  dièse  Ketten  ?  Weni  sur  Schande 
Soil  wieder  herrschen  Unvernunff  ?  (bis) 
rns,  Franken,  uns  f  O  fern,  ihr  Lieben. 


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•^6  «EVL'E  D'Ar.SACE 

Fern  von  uns  m/  die  Schande  dock  ! 
Uns  sollten  sie  das  alte  loch 
Nun  tvieder  aiif  den  i\acken  schiebe?i  I 
Auf,  Bûrger  etc. 

Uns  Ehr  und  Gut  und  ailes  nehmen, 

Hiesz  ihnen  hald  gerechter  Raub, 

Und  hergettùebene  Knechte  kaemeny 

Uns  hinzutreten  in  den  Staub  !  (bis) 

Dann  hienges  ab  von  Sclnven-Haenden, 

Zu  beugen  unseï'  frètes  Haupt, 

Und  ihren  Treibern  waers  erlaubt, 

Uns  gnaedigstWeib  und  Rulim  zu  schaenden  ! 

Auf,  Bfwgery  etc. 

Despoten  sittert  und  ihr  Schlangen, 
Verhaszt  sogar  an  Franzens  Thron, 
Verraether  zittert  !  denn  empfangen 
Empfangen  sollt  ihr  euren  Lohn  !  (bis) 
J)as  Vol/i  ist  da,  euch  zu  bekriegekn, 
Und  wrnn  im  Kampf  oin  lûngling  faellt, 
So  sind  in  unsre.rneuen  Welt, 
Statt  Fines,   Tausend  zu  besiegen  ! 
Auf,  Jifirger,  etc. 

Dock,  Brîider,  tnenschliches  Erbarmen 

Seg  unsi^er  Herzen  liebster  Drang  f 

Schlagt  und  rersrhont  !  —  verschont  des  Armen, 

Den  sein  Tyrann  sur  Trommel  zwang ;(bis) 

Des  Unthiers  nie,  das  seinem  Helden, 

Das  Bouille  gleich,  ausfrevler  Lust, 

Nur  sucht  die  Treu  der  Mutterbrust 

Mit  Natter  Bissen  zu  vergelten  ! 

Auf,  Bûrger,  etc. 

Grûnd,  0  Beglûckerin  der  S  ta  a  te  n. 
Du  Gottheit  unsrer  Republik  t 
Fruchtbare  Mut  ter  groszer  Thaten 
Grûnd  auch,  O  Freyheit,  unser  Gluck  (bis) 
Lasz  jedem  Volk  es  wohl  ergehen, 


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HISTOIRE  DE  LA  PRBSSE  EN  ALSACE-LORRAINE 


37 


Dus  deine  Huid  mit  uns  vereint  ! 
Und  sterhend  noch  mûss'unser  Feind 
Die  Freyheits-Fahne  glori^eich  sehen  ! 
A  nf,  Brader,  etc. 

Je  ne  possède  que  les  cinquante  deux  numéros  de  la  pre- 
mière anné«  de  ce  recueil,  reliés  en  un  seul  volume.  A  partir 
de  la  deuxième  année  le  prix  de  l'abonnement  a  été  porté  à 
10  livres  et  par  la  poste  h  12  livres.  Les  abonnements  étaient 
reçus  k  Cohnar,  chez  Georges  Neukirch,  libraire,  et  à  Stras- 
bourg chez  Georges  Treuttel. 

Sans  prétendre  attribuer  k  Pfeffel  lui-môme  la  paternité  de 
cette  traduction  libre,  qui  a  probablement  été  faite  dans  son 
entourage,  nous  sommes  la  en  présence  d'une  énigme  histori- 
que qu'il  serait  intéressant  de  résoudre.  Avis  aux  chercheurs 
sagaces.  C'est  déjk  un  fait  curieux  et  remarquable  que  cette 
éclosion  presque  simultanée  sur  le  soi  alsacien  de  l'original 
d'un  hymne  martial  qui  a  fait  le  tour  du  monde  et  de  sa  tra- 
duction allemande,  publiée  le  !«"•  novembre  1792  dans  une 
feuille  populaire  de  Colniar  destinée  h  en  répandre  le  texte 
vibrant  dans  les  campagnes  où  elle  pénétrait. 

Le  capitaine  du  génie  Kouget  de  Tlsle,  en  garnison  k 
Strasbourg,  a  raconté  lui-même  les  origines  de  son  hymne 
patriotique,  dans  un  recueil  publié  en  1825  : 

«  Je  lis  les  paroles  et  l'air  de  ce  chant  à  Strasbourg,  dans 
la  nuit  qui  suivit  la  proclamation  de  la  guerre,  lin  avril  1792; 
intitulé  d'abord  Chant  de  Varmée  du  Rhin,  il  parvint  k  Mar- 
seille par  la  voie  d'un  journal  constitutionnel  rédigé  sous  les 
auspices  de  l'illustre  et  malheureux  Dietrich  (1)  Lorsqu'il  Ût 
son  explosion  quelques  mois  après,  j'étais  errant  en  Alsace, 
sous  le  poids  d'une  destitution  encourue  k  lluningue  pour 
avoir  refusé  d'adhérer  k  la  catastrophe  du  10  août,  et  pour- 
suivi par  la  proscription  immédiate  qui,  l'année  suivante,  dès 
le  commencement  de  la  Terreur,  me  jeta  dans  les  prisons  de 
Kobespierre  d'où  je  ne  sortis  qu'après  le  9  thermidor. 


(1)  Le  baron  Philippe-Frédéric  de  Dietrich,  premier  maire  de 
Slrasbourg  et  minéralogiste  distingué,  dans  le  salon  duquel  Tau- 
leur  chanta  son  œuvre  pour  la  première  fois. 


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38  HKVi  E  d'alsace 

Quand  les  volonlaiivs  (le  Marseillo  Iraversèimt  In  France 
en  juillet  1792,  pour  se  rendre  à  Paris,  ils  chantèrent  tout  le 
long  de  la  route  l'hymne  de  Rouget  de  l'Isle  el  ce  fut  alors 
que  le  Chant  de  Varmée  du  Rhin  prit  le  nom  i\v.  MAnsEiLLAisE. 

Tout  ceci  est  une  page  d'histoire  dont  le  Worhenhfatt  de 
Colmar  évoque  le  palpitant  souvenir. 

Cette  publication  a-t-elle  été  continuée  ?  Il  serait  facile  de  le 
vérifier  k  la  Bibliothèque  de  la  ville  do  (lolniar  qui  doit  possé- 
der tous  les  exemplaires  parus. 

Toujours  est-il  que  la  première  anné<'  se  lerinine  par  un 
avis  des  éditeurs  ainsi  conçu  : 

«  Le  piibHc  est  prévenu  que  la  publication  de  ce  journal 
restera  suspendue  jusqu'à  ce  <|ue  nous  ayons  reçu  la  subven- 
tion attendue  de  la  Convention  nationale,  ou  le  nombre  de 
souscriptions  suffisant  pour  faire  face  aux  frai^d'imprrssion  ». 

Charli's  (ùutzwu.leu. 


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ÉMEUTE  DE  LA  PIQUETTE 


OCTOBRE     1833 
t  Suite j  (1) 

II 

....   Aux  bords  riants  de  l'Ell, 
Dans  les  champs  plantureux  où  croit  la  Kissibell, 
Parmi  les  bois,  les  l)lés  et  les  blanches  usines, 
(lolmar  (2j  vivait  en  paix  et  d'un  Riesling  gentil, 
D'une  bière  écumante,  en  son  étroit  baril, 
.\rrosait  ses  patôs,  ses  nouilles,  sa  choucroute 
Près  du  poêle  géant  qui  se  dresse  à  la  voûte... 

La  Uévolution  de  1830  vient  interrompre  cette  douce  quié- 
tude des  liabitants  de  (]olmar  en  excitant  peu  à  peudesiakMi- 
sies  et  d^s  haines  particulières. 

Les  actes  du  gouvernement  et  surtout  ceux  du  ministre  des 
finances  ne  furent  pas  faits  p^mr  les  éteindre.  Le  nom  de   M. 

(1)  Vuir  p.  p.  hXTi  du  dernier  trimestre  1896. 

(t)  Colmar  réunit  tous  le»  avantages  de  la  fertilité  du  sul,  de  la 
beauté  du  site  et  de  la  pureté  de  lair.  (Schgepflin-Ravenez,  V.  1?<5a 
Le  territoire  qui  entoure  la  ville  est  riche  dn  champs,  vignes^  jar- 
dins, l'ahri(iucs  (id;. 

Kii ivi''s-M»''nrourt  dans  sa  Relation  du  voyage  du  roi  Charles  X 
en  Alsarc(S(rasb')iu'^'  IHJOp.dS?;  fait  aussi  im  grand  éloire  de  la  ville  : 
«  Elle  est  sihiée  au  milieu  d'une  plaine  fertile;  la  cour  royale,  un 
bcirreau  nombreux  et  crlôbre  depuis  long-temps,  un  grand  nombre 
d'emplf)yés  cl  d'nlliriers  en  retraite,  mais  surtout  la  beauté  re- 
nia niual)le  des  IVmnu's  font  de  cette  ville  un  séjour  charmant  où 
l'on  trouve  la  s:)ciété  la  jnieux  choisie  ».  Voir  aussi  re  que  dit  des 
Colinarienncs  le  marquis  de  Pezay  dans  ses  soirées  Alsacien- 
nes (17). 


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40  IIEVIK  d'aLSACF. 

Humana  fui  bientôt  dans  toutes  les  l)ouches  et  en  bien  mau- 
vaise part. 

Après  avoir  été  injurié  par  les  journaux  républicains,  il 
eut  h  supporter  les  caricatures  des  feuilles  satyri({uer.. 

Le  Charivari  (J7  février  18î{:2)le  reprétcnla  en  petit? mar- 
chande de  balais  alscienne,  costume  (|ue  l'on  voyait  alors  sur 
les  boulevards,  et  dont  le  d(»ssin  était  de  Daumier.  Grandville 
l'installa  dans  sa  «  (irande  ména.uprie  royale  »  sous  les  traits 
d'un  nmlet  costumé  en  paysan  du  Kochersberg  et  avec  cette 
légende  passablement  mordante  :  «  Mllet  impiorluclor,  in- 
humanus,  minislrator  (mïm^ivah  tort)  »  Deux  pains  de 
sucre  rappelaient,  croyon^-nou*^.  une  mésaventure  de 
Douane  (1). 

On  aurait  vile  oublié  res  méchancetés  si  M.  lïumann  ne 
s'était  pas  souvenu  trop  souvent  do  ses  intérêts  privés  en 
balance  avec  le  bien  de  l'Etat.  Il  était,  entre  autres,  un  dvii 
principaux  actionnaires  de  la  compa.â^nie  des  salines  royales 
et  dans  sa  haine  contre  la  concurrence  des  comjjaLcnies  pri- 
vées, il  ne  craiiinit  pas  d'user  de  toutes  les  iduci'ies  adminis- 
tratives pour  tenter  de  les  délniire  entièrement  1:2).  Il  foula 
aux  pieds,  lui  ministre,  les  plus  élémentaires  réi^les  du  droit 
et  n'agit  que  par  la  force.  Les  propriétaires  des  salines  de  la 
la  Lorraine,  de  la  Franche-Comté  et  du  re&te  de  la  France,  un 
instant  abattus,  se  relevèrent  et  continuèrent  à  faire  travailler 
leurs  ouvriers  grùce  a  la  loi  et  aux  tribunaux. 

l'n  exemple  pris  dans  le  département  du  lias  Rhin,  sullit 
pour  démontrer  la  mesure  de  ce  que  lit  faire  M.  llumann 
dans  le  reste  du  royaume. 

Un  puits  d'eau  salée,  (aujourd'hui  entièiement  condjiéj 
faisant  partie  de  la  commune  d'Ilerbilzheim  (canton  de  Saar- 

{{)  En  18â6  c'était  <uni  protestant  (î),  homme  de  bien,  grand  dé- 
fenseur du  tabac,  qui  fait  des  discours  avec  des  chifTrcs  et  vote  en 
conscience  ». 

Son  discours  sur  le  tabac  fut  imprimé  ave<'  Iraductinn  en  alle- 
mand par  Khr.  St(el>er.  Strasbourg',    Schulor,  182:2,  in-8«   13  p.  p. 

f2)  Il  est  fâcheux,  dit  la  Revue  dee  Deux  Moufles,  pour  la  répu- 
tation de  M.  Huraann,  et  de  tous  ses  amis  MM.  Saglio,^  licrmann 
et  autres  qu'ils  soient  si  indirectement  intércs?}ôs  à  lîi  niiae  de 
ceux  qu'ils  poursuivent  avec  tant  de  vôbpmen^c. 


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l'émeute  de  la  piquette  41 

Union),  était  compris  dans  la  saline  de  Salzbronn  près  Sar- 
ralbe  (Moselle;  le  préfet,  conseiller  d'Etat,Chapuis  d'Arnon- 
ville,  en  verlu  des  ordres  du  ministre  des  finances,  enjoignit, 
le  31  août  1833,  au  sous-préfet  de  Saverne,  Théophile  Feb- 
vrier,  décoré  de  Juillet,  d'aller  le  faire  fermer  manu  militari. 
O  fonctionnaire  arriva  sur  les  lieux  avec  la  brigade  de 
gendarmerie  du  canton  et  le  notaire  Chaslelain,  maire 
de  Saar-Union.  On  prétendait,  ii  tort  ou  à  raison,  que 
le  père  de  celui-ci  était  un  des  actionnaires  de  la 
compagnie  Humann.  Après  lecture  faite  de  Tarrèté,  le  sous- 
préfet  demanda  au  directeur  s'il  voulait  fermer  le  puits  ;  le 
directeur  de  la  Société  Schmidt  et  Compagnie,  en  présence 
de  tous  ses  ouvriers,  répondit  qu'il  continuerait  de  travailler 
romme  par  le  passé  pour  donner  de  l'ouvrage  aux  habitants 
du  pays.  Après  cette  réponse  énergique,  M.  Febvrier  ne 
jugea  pas  h  propos  de  pousser  les  choses  à  la  rigueur  en 
imitant  la  conduite  de  son  collègue  de  Sarreguemine,  l'ex- 
nulaire  (loinze.  Il  retourna  h  Saar-l'nion  par  Kekastel  où  il 
[)ut  faire  signer  dans  ce  village  le  procès-verbal  au  maire 
d'Jlerbitzheim  qui  l'avait  suivi  à  pied.  Inutile  de  dire  que  les 
huées  des  ouvriers  des  salines  saluèrent  le  départ  de  «  Mon- 
sieur le  sous-préfet  »  qui  se  tira  de  ce  mauvais  pas  en  homme 
d'esprit. 

Tous  les  fonctionnaires  de  Juillet  n'agirent  pas  de  même, 
entre  autres  en  1833,  à  Colmar, le  nouveau  directeur  des  con- 
tributions indirectes,  le  vicomte  de  Croismare(l),  remplaçant 
un  homme  fort  modéré,  M.  Condenhoven,  qui  avait  demandé 
son  changement.  Le  vicomte  crut  bien  faire  en  changeant  le 
mode  de  perception  des  droits  sur  la  piquette,  le  Trinckwein 
que  Charles  Gérard  dit  être  du  vin  qu'on  boit,  mais  qu'on 
aimerait  mieux  du  meilleur  (:2'. 


(1)  Le  vicomle  de  Croismare  appartenait  à  une  famille  noble  de 
Normandie  pour  laquelle  Louis  XV  érigea  en  17G7  la  seigneurie  de 
Croismare,  près  de  Lunôville,  eu  uiarquisal.  Un  Croismare,  lieute- 
nant-général des  Armées  du  roi,   fut  gouverneur  de  l'École  mili-. 
taire  à  Paris,  etc. 

(2)  L'ancienne  Alsace  à  table,  Nancy,  1877,  324.  La  Revue  d'Al- 
sace a  publié  poitT  la  première  fois  ce  charmant  livre  interrompu 
un  instant  par  la  critique  qui  avait  cruellement  blessé  l'auteur. 


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42  REVUE  d'alsace 

Ce  changement  dans  le  droit  sur  la  piquette  amena  la  fa- 
meuse émeute  de  la  piquette  chantée  par  Laurent. 

Colmar,  qui  n'avait  pas  eu  d'émeulo  pendant  la  grande 
Révolution  et  qui  était  resté  tran(]uiih'  on  1830,  fut  dans  les 
les  journées  du  20  cl  du  28  octobre  \>VM\,  le  théâtre  d'une 
sérieuse  émeute  qui  aboutit  h  la  dévastation  d'une  maison 
d'un  paisible  citoj^en  et  h  rpielques  blessés,  tant  de  l'armée 
((ue  des  habitants.  I']t  tout  cela  par  la  faute  du  directeur  des 
contributions  indirectes,  répétons-le  encore  une  fois. 

Le  professeur  Laurent,  dans  son  poème  déjii  cité,  n'a  garde 
de  ne  pas  nous  faire  connaître  ce  qu'est  la  piquette  : 

Le  reste  de  la  ville  était  f/iit  d'artisans. 

De  modestes  bourgeois,  de  bons  petits  marchands. 

Et  tous  ces  ouvriers  aux  champs  et  dans  leurs  chambres, 

Quand  le  vin  leur  manquait,  adoraient  la  piquette. 

Pour  la  bourse  indigente  et  le  pauvre  gosier, 

Pour  l'enfant  plébéien  qu'on  berce  dans  l'osier, 

Il  est  une  boisson  légère  et  piquante 

Qui  ne  parut  jamais  sur  la  table  opulente. 

Mais  qui,  chez  l'ouvrier  rustique  et  citadin, 
Chez  le  vigneron  même  a  remplacé  le  vin. 
Pour  l'obtenir  il  faut  quand  la  grappe  écrasée, 
A  sous  le  lourd  pressoir  dégorgé  sa  rosée. 
Émietter  r\cc  soin  ce  lourd  et  sec  gâteau. 
Verser  a  plein  broc  l'eau  d'un  clair  ruisseau. 
Puis,  laissant  reposer  le  tout  dans  la  feuillette. 
Soutirer  h  loisir. ...  et  voilîi  la  piquette. 

La  piquette  eut  fait  fuir  Horace,  Anacrêon. 
Le  fisc  moins  délicat  daigne  y  tremper  les  lèvres. 
Car  de  tout  déguster,  vous  connaiss<v.  sa  (lèvre. 
Kh  quoi  !  la  France  entière  (ist  sujette  ;i  mes  lois. 
Dit-il,  vigne,  houblon,  prune,  cerise  et  noix. 
Tout  ce  que  l'on  distille  a  besoin  de  licence 
Et  ce  liquide  seul  narguerait  ma  puissance  î 
Dit  bâtard  de  la  treille  et  dun  canal  impur. 
Et  voudrait,  abusant  de  son  état  obscur, 
Se  soustraire  à  l'impôt  et  de  la  populace 


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l/ÉMElTE  DE  L V  Piyi ETTE  VA 

Abreuver  sans  payer  IMnsatiable  race. 
Mais  si  par  mes  refus  je  ine  laissais  fléchir. 
Le  vin  même  bientôt  essaierait  de  s'affranchir. 
Cela  ne  sera  point,  j'en  jure  sur  ma  vie! 
.le  m'en  vais  lui  lancer  ma  fille,  la  Régie. 
Kl  le  y  mettra  bon  ordre  ! 

On  voit  h  son  appel  accourir  un  essaim 
De  commis  acharnés,  de  receveurs  avides. 
Aussi  Kirsch  el  Trois-Six,  Cidre  ou  Clairet, 
Hien  ne  peut  échapper  à  leur  aiïnnix  carnet. 
Tous  se  pressent  arm^s  d'une  lon^up  éprouvette 
Kt  leur  œil   scrutateur  fait  pAlir  la  piquette. 
Ils  ne  prévoyaient  pas  (jue  cette  hund)le  liqueur 
Dans  Colmar  trouverait  un  ardent  défenseur  (1  ). 

T«mt  N»  monde  sait  que  prescjue  tous  los  vi.irnrrons  font  de 
la  picjuette  pour  leur  propre  consomma  lion.  Sur  le  restant 
des  marc<^  déjà  pressés,  ils  nu'llentd^^  l't'au  et  le  liquide  qui  en 
sort  forme  ce  qu'on  appelle  la  piquette.  Tous  les  directeurs  des 
droits  réunis  (2j  avaient  ad(q)lé  un  modiis  ricendi  qui  ne 
frappait  pas  de  droit  ce  pseudo-vin  et  les  commis  percevaient 
le  droit  sur  les  vins  sans  (»xciter  aucune  réclamation.  Le  con- 
seil municipal,  içardien  zélé  des  droits  de  la  cité,  était  rallié  à 

(i)  En  i8:W,  l'adminislraliou  des  contributions  indirectes  était 
représentée  îi  Colmar  par  le  directeur,  le  vicomte  de  Croisniare 
le  contrôleur  de  comptabilité  (iranduionta^nie,  le  commis  Schnei- 
der, le  contrôleur  Keguard,  rentreposeur  du  Teil,  les  commis  à 
pied  Arnoux,  Leprosse,  Heiiriot,  Cuenat,  Girard  et  Mioche. 

Kn  1S38,  tout  ce  monde  aval!  disparu  de  Colmar,  sauf  le  com- 
mis de  direction  Schneider. 

(t)  De  4815  à  18:20,  le  département  fut  représenté  par  un  député 
ministériel,  M.  Moll,  directeur  des  contributions  directes  qui  de- 
manda inutilement  à  la  Chand)re  que  les  polices  d'assurance  au 
dessous  de  2000  fr.  soient  exemples  des  droits  de  timbre  et  d'en- 
registrement. Otle  manjue  de  jdiilautropie  n'empêche  pas  Tau- 
tetir  de  la  Biographie  des  députés,  Paris  18:^0,  d'en  faire  le 
portrait  suivant  :  «  M.  Moll  bredouille  en  parlant,  porte  son  cha- 
"  peau  enfoncé  sur  les  yeux,  sa  figure  sans  finesse  a  une  sorte 
«  d'expression  matoise.  M.  de  Lacépède  trouverait  peut-être  qu'il 
"  ressemble  à  une  orfraie  de  la  petite  espù'e  o.  Le  flirecteur  M«)II 
n  en  était  pas  moins  un  brave  homme. 


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44  REVUE  d' ALSACE 

un  exercice  à  domicile  qui  ne  faisait  pas  crier.  C'était  parti- 
culièrement Tœnvre  du  directeur,  M.  de  (^ondenhoven,  homme 
prudent,  tranquille  et  humain. 

.\vec  M.  de  Groismare  tout  changea,  la  rigueur  remplaça 
les  bons  procédés  et  malgré  une  décision  ministérielle  dn  17 
avril  1819,  il  ordonna  h  ses  commis  de  prendre  en  charge  la 
piquette  dite  Trinckwein  et  il  imposa  cette  véritable  tisane  à 
22  sols  l'hectolitre  tandis  qu'elle  ne  se  vendait  alors  que  la 
somme  de  2  francs  (1).  On  faisait  donc  payer  un  tonnelet  de 
vin  fait  avec  du  cidre  ou  avec  de  l'eau  autant  que  l'impôt 
mis  sur  les  vins  de  Bordeaux  ou  de  Bourgogne  !  Cette  année 
la  récolte  avait  été  abondante,  le  vin  n'était  pas  du  Bubberi, 
et  malgré  son  bon  goût,  il  ne  se  vendait  pas,  et  le  prix  n'allait 
qu'à  5  francs  l'hectolitre.  Ainsi  le  vigneron  qui  avait  fait 
vingt-cinq  hectolitres  devait  payer,  outre  les  contributions, 
soixante  francs  d'impôt  pour  une  denrée  dont  il  ne  pouvait  se 
débarrasser. 

On  peut  juger  de  la  colère  des  vignerons  en  apprenant  la 
décision  de  M.  de  Croismare.  Après  avoir  bien  pesté  et  bien 
juré  contre  lui,  ils  virent  avec  stupéfaction  les  commis  péné- 
trer dans  leurs  caves,  môme  dans  celles  dont  les  propriétaires 
étaient  absents  ou  travaillaient  dans  leurs  vignes.  De  là, 
quelques  coups  portés  aux  commis  que  le  directeur  avait  fait 
venir  pour  aider  ceux  de  la  ville  et  quelques  procès-verbaux 
qui  ne  firent  que  re^^  ubler  la  mauvaise  humeur  des  vignerons. 

liC  samedi  27  octobre,  après  avoir  bien  réfléchi  pendant  la 
nuit,  quelques  vignerons  du  faubourg  de  Bàle  (la  Krau- 
lenau)  pensèrent  avec  raison  qu'il  valait  mieux  boire  le  vin 
nouveau  avant  l'exercice  que  de  payer  un  droit  qui  en  repré- 
sentait la  valeur.  Aussitôt  dit,  aussitôt  fait.  On  exposa  le 

(i)  Foltz  dit  que  la  régie  exigeait  un  droit  de  40  centimes  par 
mesure  de  piquette^  le  tiers  de  ce  qu'on  payait  alors  au  fisc  pour 
la  même  quantité  de  vin  (Le  vieux  Colmar,  233). 

Colmar  est  citué  dans  une  plaine  agréable  et  fertile,  entourée 
de  collines  chargées  de  vignes,  de  villages  etc.,  écrit  en  1(>85  un 
missionnaire  de  Porrentruy. 

J^a  culture  des  vignes  et  le  commerce  des  vins  sont  deux  bran- 
ches d'industrie  des  plus  importantes  pour  les  habitants  de  Colmar. 

11  y  a  da,as  le  cantqii  de  CQllPar  (Colmar  et  Sainte-Croix)  559 
hectares,  52  ares  de  vigne  (Auisculager). 


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L  KMFXTK  I)K  l\  l'IgUKrrR  i.> 

liquide  devant  les  maisons  et  tous  les  voisins,  hommes, 
femmes  et  enfants,  tous  les  passants  furent  invités  k  boire 
gratuitement.  On  pense  bien  qu'ils  ne  refusèrent  pas.  Ce  bon 
vin,  pris  à  ration  immodérée,  ne  tarda  pas  k  faire  son  effet. 
D'une  franche  gafté  on  passa  aux  cris  et  a'ux  discussions  dans 
lesquelles  lesrats  n'étaient  pas  épargnés.Cependant  jusque  la 
le  désordre  n'était  pas  grave  et  l'ordre  public  n'était  pas 
troublé.  En  ville  on  ne  s'en  inquiétait  pas,  on  avait  confiance 
dans  l'autorité  municipale  pour  maintenir  l'ordre. 

Mais  l'autorité  militaire,  avertie  par  je  ne  sais  qui,  crut 
devoir  montrer  à  la  Krautenau  un  petit  détachement  du  26* 
régiment  de  ligne.  Les  buveurs,  pris  de  vin,  devinrent  furieux 
k  la  vue  des  baj'onnettes  et,  sans  aucune  provocation,  lancè- 
rent des  pierres  aux  soldats.  La  scène  devint  tragique.  Le 
commissaire  de  police,  Goll,  crut  devoir  faire  les  sommations; 
on  y  répondit  par  des  cris  en  faisant  des  barricades  dans  les 
ruelles  latérales  du  faubourg  et  en  continuant  h  lancer  des 
pierres,  un^oldat  fut  alors  grièvement  blessé.  Le  chef  de  la 
troupe,  que  le  massacre  d'Oberhergheim  avait  rendu  prudeiit, 
ne  jugea  pas  qu'il  fallut  pousser  les  choses  k  l'extrême  et 
malgré  l'avis  du  commissaire  de  police,  il  lit  rentrer  son 
monde  au  quartier. 

Dès  que  les  soldats  se  furent  retirés,  la  petite  fête  continua 
k  la  Krautenau  ;  on  continua  de  boire  k  même  en  chantant 
des  airs  bachiques  et  en  hurlant  contre  les  gabelous.  La  plus 
grande  partie  de  la  nuit  se  passa  ainsi.  La  municipalité 
avait  agi  avec  prudence  et,  malgré  l'arrivée  intempestive  de 
la  troupe,  la  journée  du  26  avait  été  relativement  tranquille. 
Ce  fut  le  premier  jour  de  l'émeute. 

Le  lendemain  dimanche  27,  les  vignerons  (1)  encore  plus 

(i)  Ils  ne  pouvaient  plus  s'assembler  dans  le  poêle  de  leur  tribu 
Zum  rothen  Loëven,  rue  des  Clefs,  établissement  vendu  en  1799 
pour  la  somme  dc^risoire  de  i200  fr.  Une  rue  avait  été  percée 
derrière  la  maison  dans  ses  dépendances,  à  un  vigneron  nommé 
llœrter.  C'est  aujourd'hui  une  brasserie  avec  la  même  enseigne 
vis-à-vis  la  caserne.  Metzger,  le  charivarisé  de  4832,  était  avant 
4790,  le  lieutenant  du  Steltraeistcr  Woltz,  président  alors  de  la 
tribu  et  c'est  peut-être  à  cause  de  ce  titre  qu'il  fut  nommé,  pour 
son  malheur  sous  l'Empire,  Directeur  des  Contributiors  indirecle* 
du  département. 


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4()  nEviE  d'af.sack 

irrités  que  la  veille,  quittèrent  brusquement  leurs  quartiers 
favoris,  la  Kraiitenau,  le  Sleinbruckerthor,  les  environs  «le 
la  rue  Turenne  et  le  faubourg  de  Bâle  et  pénètrent  en  ville 
aux  cris  de  :  Vive  le  Roi  !  A  bas  les  Droiis-réunis  !  Ils  furent 
bien  accueillis  par  rbs  liabitants  qui  discutaient  en  groupe 
sur  l'arrêté  du  vicomte  de  Croismare.  Les  vignerons  avaient 
choisi  un  chef,  un  des  leurs,  nommée  Béat  Pauli  dit  le  Feld- 
marescbal,  homme  d'un  caractère  énergique  qui  les  avait  en- 
gagés à  ne  pas  céder  sur  leurs  droits  et  îi  maintenir,  même  par 
la  force,  les  commis  loin  de  leurs  caves.  Tl  devait  en  outre  ])or- 
ter  la  })arole  lorsqu'ils  se  présenteraient  devant  le  maire.  Il  esl 
à  remarquer  ([ue  le  préfel  llret  qui  avait  remplacé  M.  Renaul- 
don  (I)  ([ui  laissait  les  meilleurs  souvenirs,  était  parti  depuis 
la  veille  pour  Strasbourg  aver  le  général  Meyer  de  Scbau- 
eusée.  Le  maire,  les  adjoints  et  les  conseillers  municipaux 
devaient  donc  aviser  à  la  situation;  car  le  secrétaire  général 
Gudimar,  homme  très  aimé,  ami  du  préfet  Renaulden,  était 
gravement  malade  et  mourut  quelques  jours  après  les  jour- 
nées d'octobre. 

Le  maire,  à  la  tète  de  son  conseil  municipal,  reçut  avec 
bonté  les  vignerons,  les  engagea  à  se  calmer  et  en  les  assu- 
rant qu'il  était  pour  le  changement  du  nouveau  droit  de  per- 


Les  vignerons  ont  loujours  ôtô  resperlôs  à  Cobnar;  en  18:^3.  on 
voit  Stoil,  Laurent  et  Kirchnor  Jean,  inonibres  du  mnsoil  nniniri- 
pal  ;  en  iSOi,  c'est  Wuest  et  (ininingor,  rue  des  <!lnclu»s,  est  ilu 
Conseil  de  fabrique  de  l'église  Saint-Martin. 

Ils  n'eurent  pus  à  se  louer  rn  \i\\\'l  de  rnccMjialion  <lo  Cobnar 
par  les  suédois  :  «(^e  retour  au  [louvoir  de  ceux  qui  triomphaient  ». 
dit  Dillemanu  dans  V Annuaire  de  1838,  ne  fut  pas  exempt 
d'égoïsme,  de  secte  et  de  mauvaises  passions.  Le  j)remier  magis- 
trat, un  Stettmeister,  le  Bourgemeistre  catholique,  Laurent 
Ohrerhl,  déchu  de  ses  fonctions  par  ordre  de  Gustave  Uorn,  voulut 
rcprendn;  son  nu'dier  de  vigneron,  et  vivre  du  travail  de  ses  mains; 
les  protestants  lui  fermèrent  leurs  portes,  tous  lui  refusèrent  de 
l'ouvrage  et  cet  honnne,  sorti  d'une  importante  adminrstralion, 
pauvre  et  n'emportant  que  sa  serpe,  fut  réduit  à  mendier  son  pain. 

(1)  Le  préfet  Renauldon,  fils  du  maire  de  Grenoble,  s'était  rendu 
très  populaire  en  Alsace.  M.  Bret  qui  venait  d'arriver,  avait  laissé 
une  détestable  réputation  ii  Montbrison. 


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l-'KMErTK  DR  LA  l'lUl>nTK  47 

cepliun  et  en  loiir  oronielUint  pleine  >alislaction  ;  il  assura 
qu'il  assislerail  lui-mcnie  auxTisitcs  foiles  par  les  commis. 

Le  docteur  Morcl,  ne  pouvait  parler  autrement,  il  atten- 
dait le  préfet  qu'il  avait  fait  prévenir  par  dépêche,  et  il  avait 
écrit  au  vicomte  de  Croismare,  cause  de  tout  le  tapage,  ce 
qui,  du  resèe,  devait  lui  coûter  cher,  car  ii  perdit  sa  place 
à  ce  bel  exploit. 

Le  maire  le  priait  donc  d'interrompre  l'exercice  sur  la 
piquette  ;  mais  le  directeur  avait  répondu  d'une  manière 
négative  et  il  usa  de  même  a  l'appel  chaleureux  que  le 
colonel  de  la  garde  nationale  (i)  l'avocat  Baillet,  avait  fait  en 
faveur  de  ses  concitoyens. 

Opendant  les  libations  i^ratuites  continuaient  à  lo  Krau- 
tenauetles  vignerons,  acconij^agnés  d'individus  plus  ou  moins 
entre  deux  vins,  parcouraient  les  rues  en  proférant  les 
mêmes  cris  que  le  matin.  Le  maire  fit  faire  quelques  patrouil- 
les de  police  et  la  nuit  arrivant,  tout  rentra  dans  l'ordre  et 
rien  ne  fit  présae^er  ce  «jui  allait  arriver  le  lendemain 
lundi  28. 

On  vit  dès  le  matin  deicette  triste  journée  des  gens  ivres 
dans  la  rue,  continuant  h  maudire  la  régie  et  le  gouverne- 
ment. On  savait  (jue  le  directeur  n'avait  pas  voulu  changer 
le  mode  de  perception.  Cela  donnait  lieu  k  des  menaces  sur- 
tout contre  les  commis  s'ils  osaient  se  présenter  dans  les 
caves,  ce  dont  ils  n'avaient  garde. 

On  remarquait  comme  la  veilh»  les  hommes  piis  de  vin, 
parcourant  la  ville  m  lés  aux  vignerons,  des  gens  sans  aveu 


(1)  La  garde  nationale  était  forte  de  deux  bataillons,  l'un  de 
grenadiers,  commandant  Scliniilt  C5i3  hommes)  et  l'autre  de 
voltigeurs  (471  h.)  et  Michel.  Le  major  se  nommait  Langlois.  La 
légion  était  commandée  parle  colonelBaillet  et  \o  lieutenant-colonel 
Guéprafte.  Les  capitaines  du  1er  IJon  riaient  MM.  Chappuis.  Srhœp- 
fler,  Fleurent,  Schnmlz,  Adurnc  el  Haussmaun  (Logolbacli)  ;  ceux 
des  voltigeurs,  2e  B'>n  :  MM.  Kœnig,  Rilter,  Karcher,  Schmitt  et  de 
Nejremand.  Citons  parmi  les  lieutenants  :  MM.  Eggerlé,  Harth, 
Antonin,  etc.  ;  parmi  les  snus-lieutenants  :  MM.  Kolb,  Mégard 
(depuis  premier  président  à  Caen),  Yves.  Karclier,  Faudel  etc. 

Le  petit  peloton  de  cavalerie  élait  connuandé  [tar  le  lieutenant 
Eggcrlé;  les  ponqiiers  par  Hirtschlcr. 


48  UKvrK  d'alsack 

que  Ton  ne  voit  que  ces  jours  là,  et  des  ouvriers  de  fabrique 
faisant  le  lundi,  citoyens  prêts  k  tout  faire  comme  on  le  sait. 
On  continuait  L  distribuer  le  vin  nouveau,  lorsqu'on  vint 
annoncer  l'arrivée  du  préfet  qui  commença  h  réclamer  un 
escadron  du  l®""  dragons  dits  d'Orléans,  colonel  Thomas,  de 
Xeuf-Brisach.  On  ne  savait  pas  ce  qui  pouvait  arriver. 

L?  général  était  arrivé  vers  d3ux  heures  avec  le  préfet  (pii 
consentit  enfin  h  recevoir  une  députation  des  vignerons  et 
des  habitants  auxquels  il  assura  avec  volubilité,  que  l'exercice 
serait  moins  rigoureux  ;  il  termina  son  discours  par  d'autres 
promesses  qui  semblèrent  illusoires. 

La  députation  quitta  la  préfecture  assez  mécontente  et  le 
soir  arriva  sans  que  Ton  ait  publié  aucune  des  promesses 
données  par  le  premier  magistrat  du  département.  Cela 
donna  lieu  h  des  murmures  de  plus  en  plus  violents  et  avant 
que  Ton  ait  pu  deviner  leur  intention,  on  letrouva  les 
vignerons  devant  la  maison  de  M.  Sandherr,  rue  des  Clefs  en 
face  de  la  préfecture  (la  mairie  actuelle)  où  demeurait,  dans 
un  logis  donnant  sur  une  cour,  M.  de  Croismare.  Les  vigne- 
rons ne  parlaient  rien  moins  que  de  mettre  le  directeur  dans 
une  hotte  remplie  de  piquette,  et  d'aller  jeter  le  tout  dans  le 
le  canal  de  la  Sinn.  Heureusement  que  le  propriétaire  avait 
eut  l'heureuse  idée  de  cacher  M.  de  Croismare  dans  un  pla- 
card. Les  émeutiers parcoururenttoutcsles chambres  lamenace 
à  la  bouche,  et  n'ayant  pas  t^'ouvé  ce  qu'ils  cherchaient,  ils 
abandonnèrent  la  partie,  non  sans  avoir  un  peu  houspillé  le 
commissaire  de  police  Goll,  et  avoir  tenté  de  désarmer  le 
factionnaire  de  l'hôtel  de  la  préfecture. 

Il  fallait  cependant  une  victime  aux  vignerons;  ils  étaient 
furieux  de  ne  pas  avoir  trouvé  M.  de  Croismare,  et  étaient 
incertains  de  ce  qu'ils  voulaient  faire;  la  nuit  s'avançait.  Une 
voix,  on  a  dit  que  c'était  celle  d'un  parent,  leur  persuada 
d'aller  manifester  devant  la  maison  d'Ulric  Metzger  qui, 
disait-on,  avait  donné  le  projet  d'imposer  la  piquette,  sans 
réfléchir  k  plus  et  en  suivant  les  meneurs  alors  nombreux  qui 
criaient  :  A  mort  Meteger  !  A  mort  Hartmann  !  (ce  qui  montre 
que  les  passions  politiques  poussaient  ces  inconscients).  La 
foule  se  précipita  de  la  rue  des  Clefs  au  commencement  de  la 
rue  des  Bleds,  (rue  Ignace  Chaufîour).  La  vue  de  la  maiso 


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L  EMEITE  DE  LA  PIQUETTE 


49 


hermétiquement  fermée,  lit  redoubler  les  cris  sauvages  et 
toutes  les  rues  avoisinantos  furent  envahies.  On  commença 
alors  ;i  assiéger  la  (icnieurc  du  vicllard  en  dépavant  la  rue; 
en  vain  des  fenêtres  du  premier  étage,  Metzgor  harangua  les 
forcenés  en  invoijuant  le  respt^ct  de  la  proprl<Hé  privée,  les 
mêmes  cris  lui  répondaient.  Enl«Mi(lanl  ces  sinistres  clameurs, 
il  s'empressa  de  quitter  ses  foyers  par  l'impasse  qui  se  trouve 
derrière  sa  maison. 

La  ville  de  Colmar  offrait  alors  un  lamentable  spectacle. 
Des  bandes  avinées  parcouraient  les  rues  au  milieu  des  ténè- 
bres profondes;  les  réverbères  brisés  n'éclairaient  plus  et 
l'émeute  semblait  maîtresse  La  maison  Metzi^er  venait  d'être 
la  proie  des  furieux;  un  volet  avait  cédé  et  la  foule  était  entrée 
par  la  fenêtre  et  commenrait  à  jeter  les  meubles  dans  la 
rue.  D'autivs  plus  enrag('»s  étaient  grimpés  au  grenier  pour 
tiécouvrir  la  toiture.  Le  tumulte  était  extrême. 

Lo  maire,  averti  du  désordre,  s'avanra  bravement  entre  le 
procureur-général  Kossée  e(  le  commissaire  de  police.  Mais 
que  pouvaient-ils  faire  comprendre  à  une  foule  avinée  et  ne 
sachant  plus  ce  qu'elle  faisait  1  Le  rappel  de  la  garde  natio- 
nale avait  été  battu  ;  i\i'^  malveillants  avaient  crevé  les  caisses 
des  tambours  malgré  que  ceux-ci  eussent  eu  une  escorte.  On 
voyait  bien  que  la  populali<»n  tenait  pour  les  vignerons  et  ne 
s'inquiétait  pas  du  sac  de  la  maison  M»»tzger.  malheur  auquel 
plusieurs  personnt^s  pouvai(Mit  elre  exposées. 

Aucun  garde  national  n'avait  paru.  Le  mal  était  à  son 
comble,  on  ne  savait  conmienl  y  remédicM'.  Les  gardes  requis 
a  la  maison  commune  avaient  refusé  de  niarclier  sous  prétexte 
que  c'était  une  aflViire  de  nabelous  qui  ne  les  regardait  pas  ! 

Le  maire  fit  battre  un  second  rappel  vers  dix  heures  du 
soir  (chacun  alors  tenait  à  garder  -a  maison:  ce  rappel  eut 
autant  de  succès  ((ue  le  premier.  On  ntî  vit  qu'une  vingtaine 
d'otïiciers  et  une  ciiupiantaine  de  gardes  nationaux  au  lieu 
(lu  rassiMnblemenl.  Que  poi:\ail-nn  faire  avec  ce  petit  groupe 
(l'iKunines  conln»  quelques  niillieis  d  émeutiers  ?  Le  colonel 
IJaillet  lit  luarcber  inulilemenl  sa  inMite  trou[)e;  il  ne  put 
percer  la  foule  compacte  dans  es  rues  étroites  du  vieux  Col- 
mar   Enfin,  après  mille  peints.  I"  maire  parvint  'a  la  maison 


50  RRVUE  d'ALSACK 

Metzger  et  la  fit  occupe  r  r:i  chassant  les  occupants.  11  faisait 
noire  nuit. 

La  troupe  n'avait  j^a^  »'\  »  nppoléo  cl  il  fallait  ro|)en(lanl 
rétablir  l'ordre,  l.c  j>n'IVl  arriva  oulin  avec  un  détachement 
du  26®  et  un  escadro!)  de  diauuns.  venus  de  Neuf-Brisach. 
On  avait  en  outre  envoyé  des  ex[)rès  pour  faire  venir  deux 
batteries  de  Schlesladt  el  de  la  troupe  do  li.^ne  de  Ikdforl. 

A  l'arrivée  des  draij;oiis  i\m  voulaient  (b'blaytM'  la  rue,  trois 
coups  de  fusil  partirent  i!u  cùlé  des  vii^nerons.  L^s  journaux 
dirent  qu'un  dragon  fuLbl'ssé  grièvement  (l),  el  mourut  le 
lendemain  à  rhùpital  de-;  Calherinettes  (2).  Il  dut  n'être  i\\io 
blessé.  L'avocat  Sandlii-r.'  dans  sa  relation  de  l'éuieut»'  au 
Courrier  du  Bas-fi/ii/f.  n'en  parle  pas. 

Enfin  la  lassitude  iraL;iia  tout  le  momie,  lesdrapm-  .ivaient 
déblayé  la  rue,  l«^s  vignerons  s'étaient  depuis  loiiiih'inps 
presque  tous  retirés  ;  les  gens  sans  aveu  l(^s  sr.ivirenl  cnlin. 
La  place  fut  libre.  Mais  avant  de  rentrer  cliez  eux.  !!•>  «  uiîmi 
tiers  allèrent  ravager  le  jardin  Metzger  près  la  porte  de  B de. 
('c  fut  leur  dernier  exploit:  force  resta  à  la  lui.  La  triste  jour- 
née du  28  octobre  était  finie,  l'ii  jeu:i(*  îioinmc  avait  été  blessé 
du  coté  des  vignerons. 

Le  mardi  29,  rm  se  leva  anxieux.  0;j\illail-il  se  passor  ?  On 
entendait  dans  les  rues  les  sourds  roul<  nii»nl>»  du  «anon  et 
l'infanterie  et  la  cavalerie  occupaient  Ins  pl.nrs.  Si  réjncido 
continuait  elle  serait  bien  rerue.  Le  lonscii  niuniri|Mi  s'^'lail 
déclaré  en  permanence.  A  sa  réunion,  piu-  d'un  ronseillor 
s'éleva  contre  la  conduite  vexatoin'  des  nnpîtiy^  s  tt  surtout 
contre  celle  du  directeur,  cause»  de  (oui  b'  d««.r-.lr(\  O.i  apprit 
tout  d'un  coup,  que  par  un  motif  faci'e  ;:  (  x;  iiqi  <'r.  il  'onsen- 
tait  enfin  k  l'abonneine  il.  Il  mellail  ainsi  \o  m  i.  h''  \  la  ni.iin 
du  conseil  qui,  sans  s'iiupiiéter  plu^  loin.  Il  (l(?  su.iie  ;  uMu  r 
l'heureuse  nouvelle  i)ar  le  commissjiii'e  de  ])ulire.  a.:euiiipagn''! 
d'un  détachement  «b^  la  ganle  nali(H)alc. 

(1)  Les  registres  de  la  mairie  no  .siiTiialciil  (ju'un  «Ircès  \v  \H 
novembre,  c'est  celui  de  (ili.'iliiuicls  rlaudc.  c'.ii'iUii'j'r  jhi  'M  tViw- 
tilleric,  âgé  de  27  ;;ns.  jié  à  IJMH'^'-Laslic  (Pny-dc-IN.uuv. 

(:2)  Courrier  du  Bafi-Hhin,  'M  orlubre  [KV.).  W  y  ûv.-iil  cmore 
uu  autre  journal  en  Alsace,  iulilulc  :  Journal  du  Ilnul  et  ./..•  /;..^- 
Rhin.  Il  était  officiel  et  rornplait  peu  d'abuunés. 


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L  EMRT'TE  DE  LA  PIQUETTE 


51 


Cette  nouvelle  causa  une  grande  joie  à  la  population  encore 
toute  abasourdie  de  l'ômeule  de  la  nuit.  L'aspect  de  la  ville 
avait  complètement  elinui^p.  les  \  iuinuTjus  qui  n'avaient  pas 
paru  dans  la  matinée,  liMuoiirnaioiit  leur  satisfaction  par  de 
n(ïuvelles  libations  auxquelles  étaient  conviés  les  passants,  et 
la  journée  se  termina  ain^i. 

Mais  le  lendemain,  on  commenr-a  à  réfléchir  sur  la  soirée 
du  27.  On  répétait  que  le  parquet  avait  été  saisi  et  qu'il  y 
avait  déjà  une  \\>[o  d'émeutiers  contenant  entre  autres  Béat 
PauJi  qui  allait  être  mis  en  prison.  Par  ciuitre,  on  sut  que  le 
directeur  vicomte  d»»  (j'oismare,  était  destitué:  digne  récom- 
pense de  sa  brutale  conduite. 

Sat  isfaction  avait  donc  été  doiuiée  complètement  à  Témeute. 
On  c'onlinuait  d'arréicr  d(»  prét<Midus  coupables,  entre  autres 
iinr  (ille  de  dix-neuf  ;in>.  prévenue*  de  recel  d'objets  de  la 
maison  Metziçer.  Les  [>ersonnes  arnHées  étaient  prévenues  de 
réunions  illicites  ayant  pour  but  de  pilier  et  d(»  détériorer  des 
elVets  et  iU^^  [U'opriétés  mobilières. 

Les  arrestations  maintenues  se  montèrent  h  trente  et  une. 
On  peut  juger  de  la  désolation  qui  régna  en  ville. 

La  conduite  des  dr.igons  (1)  fut  admirable  pendant  le 
cours  de  l'émente;  ils  ne  s<*  servirent  pas  de  leurs  armes  et 
se  contentèrenl  de  (b'blayer  l'^i.îenuMit  b^s  ru<»s  étroites  où  se 
tenaient  les  vign(M'ons.  Les  gronp.'s  disp(»rsés  un  moment  se 
refuimaienl  «le  nouveau  aux  cris  :  A  mort  Melzer!  à  mort 
Hartmann!  La  Iroupo  campa  en  paille  sur  le  tbéAtre  du 
désonlre  el  les  bourgeois  pureiil  dorniii'  Irauipiilles, 

(4>ll  arriva  à  Nenf-lîris.icli.  eu  ■.,\-\\\  liS  T.  nue  [lènihle  aventure  au 
preuiier  flniiîous  :  t'u  sous-  iiii:er  i\re.  uuuuié  t*  leliard  —  nom 
prédcbtiiu'  —  se  mit  à  «ricr  d^iis  tnir  brasTJCjic  :  \  ive  la  Républi- 
que î  lurarcêré  dans  h;  |>ris  »u  du  r'<rps,  il  eu  lut  extrait  et  conduit 
à  (>>bnar  au  IjouI  de  (jualre  j'turs  ..xecies  uienoles  et  la  chaîne  au 
C')l.  Après  Irnis  |')urs.  il  liil  Ir.i.isIV'r.'  a  S- ras}»)Ui';:  p;)ur  passer  au 
r.ousi'il  (le  «(uerro. 

Le  lendemain  (W.  rarresl;.!ioii  du  uian'eluil  des  I  'gi.s.  le  général 
de  Sfhaueusre  jieeourul  in<[ie('l«'r  le  r  \i:i!ueu! .  Après  une  allocu- 
tion Hsse/.  s»''v<'re.  il  teriuiii."  par  \c  (ri  de  :  \  ive  le  :i')i  î  Les  cavaliers 
vexi'S  d(»  la  uien-iui.il»'  r<'-irrei.l  uniei>.  et  îe  i^n'-u/ral  désappointé 
{<r.».Ljiui  e«'s  ui  /.s  ;  c(  Je  v  r  ;  l)i('ii  ([\ïc  P x'hard  u'csl  pas  le  seul  l  ». 
■M.  Liiss'.unie.  lieuleuùiil-col  ;.<'l  d  rli.t-ui.i [or  reuiplat^a  le  14 
novpiuh.'-e  \  :\i  M.  Gladv  dans  le  .  iiuuiauuiMn'^ir»  de  la  plaoe. 


A 


52  REVUE  D* ALSACE 

OÙ  se  réfugia,  dans  la  lurit  du  27,  le  vieillard  dont  on  avait 
dévasté  la  maison?  Joan  l'Iric  Metzger  était  né  a  (]olmar  le 
20  septembre  1752.  Son  p^e  était  médecin-physicien  de  la 
ville.  Après  avoir  cir.dic  la  théologie  à  Tubingue  (un  de  ses 
oncles  était  pasteur  dans  les  Indc-^  hollandaises)  et  le  droit  h 
Strasbourg,  il  revint  dans  sa  ville  natale  où  il  travailla  chez 
un  procureur,  M**  Braconnot.  Ennuyé  de  la  procédure,  il  se 
livra  aux  expériences  agricoles  à  la  mode  alors;  il  préconisa 
l'abolition  des  jachères,  l'élevage  des  bestiaux,  la  culture  de 
la  garance  (il  livrait  la  sienne  à  la  maison  llaussuianui  l'usage 
du  trèfle  et  des  plaides  fourragères.  Entre  temps  il  Hv-ju  Mi- 
tait fort  la  sociéh'  du  pn^'lr»  PfefTol  et  les  amis  de  celui-ci 
devenaient  ses  amis. 

Les  études  agronouii.|ues  firent  connaître  le  jeunr  lunnine. 
Il  fut  nommé  en  1784  du  consed  de  la  ville,  puis  au  mouuMd 
de  la  Révolution,  il  s'en  déclara  un  des  adeptes,  fut  clii 
député  suppléant  en  1789,  puis  membre  du  'lislricl,  du  con- 
seil général  du  département  (burctau  du  bien  public,  du 
déparlement),  juge  suppléant,  etc  ,  elc.  Il  était  encore  jeune, 
aimait  le  travail.  (>  fut  la  belle  épojpu^  do  son  existence.  On 
le  vit  éloigner  Euloge  Schneider  et  son  sombre  attirail,  pro- 
téger les  pasteurs  protestants,  etc.  L'amitié  de  Kevvbell  le  lit 
nommer  commissaire  du  gouvernemenl  pour  la  réunion  de 
Mulhouse  k  la  France  et  les  habitants,  connue  souvenir,  lu' 
offrirent  un  vase  en  vermeil  haut  de  40  ccntiuu''tres,  chargé 
d'ornements  ciselés  et  reposant  sur  un  plat  en  argent  et  por- 
tant cette  inscription  : 

La  RKPiBLigiE  de  Mi uioisk 

REMET     LES    CLEFS     DE     SA     VlLI.i: 

AU   crroYEX  Jean  -  Uliuc   Mefzueu 

COMMISSAIRE    DU    DlRECTOUtK    EXK:iTiK, 

EX  SUITE  DU  TRArrK  CONCLU  LE  0  PLUVIÔSE  AN  VI 

ENTRE  LUT  ET  LES  SIX  DÉPITÉS  SUIVANTS  DE  MuLIIOUSE  ! 

Jean  lloFKn,  Josué  Hofer, 

Paul  Hucuenin,  Jérémie  Kohxiilin, 

Jacques  Kiiechlin,  Sébastien  Sim*:ulln. 

Le  18  Brumaire  le  trouve  du  Conseil  des  Cinq-Cent*^.  Il  y 
adhéra  et  entra  au  Corps  législatif,  et  n'en  continua  pas 
moins  de  voir  Rewbell  et  Rapinat  alors  en  complète  dis- 


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l'kmevte  dk  la  piquette  o3 

grâce.  Ce  dont  se  plaignait  un  préfet,  l'ex-prctre  Marié  Noël, 
auteur  de  tant  de  compilations  classiques.  Nous  avons  déjà 
dit  que  Napoléon  Tappela  pour  son  malheur  à  la  direction 
des  contributions  indirectes  du  IJaut-Rhin.  Il  n*y  resta  que 
quatre  ans  et  retourna  à  ses  études  favorites  et  c*est  avec 
raison  que  Laurent  dit  de  lui  : 

II  était  dans  Colmar  \n\  citoyen  tranquille, 
Habitant  tour  à  tour  la  campagne  et  la  ville^ 
Riche  et  de  l'indigent  dans  les  temps  malheureux, 
Accueillant  la  prière  et  prévenant  les  vœux 

Et  c'est  ce  brave  citoyen  dont  la  maison  fut  saccagée!  Les 
haines  politiques  sont  quehjuerois  bien  injustes  !  L'Annuaire 
de  1833  disait  de  lui  :  «  Les  essais  de  culture  de  vers  h  soie 
«  et  spécialement  ceux  de  M.  Metzger  péro  h  Colmar  ont 
<(  prouve  que  cette  branche  d'industrie  pouvait  prospérer 
«  dans  le  département.  »  Son  fils  était  aussi  un  philan^ 
thrope;  il  s'occupait  surtout  de  la  race  ovine  et  de  son  perfec- 
tionnement par  les  mérinos. 

Le  vieillard,  forcé  de  quitter  précipitamment  sa  maison, 
par  une  froide  nuit  d'hiver,  ne  fit  plus  que  végéter.  Il  s'étei- 
gnit trois  ans  après  le  sac  de  sa  demeure  en  1836,  âgé  de 
quatre-vingt-quatre  ans. 

Il  a  publié  :  Observations  sur  la  nécessité  de  conserver 
a  Colmar  le  tribunal  d'appel  (sous  l'empire).  Paris,  Baudouin, 
in-80,  10  p.p. 

Son  portrait,  gravé  au  bistre  par  Lebert,  d'après  Casimir 
Karpf,  se  trouve  au  musée  des  Unterlinden. 

Comme  on  l'a  vu,  la  garde  nationale  avait  été  plus  que 
tiède  pour  répondre  à  l'appel  du  maire,  le  28.  Elle  avait  bien 
ir.arqué  sa  sympathie  pour  la  cause  si  juste  des  vignerons, 
mais  il  n'y  avait  rien  de  politique  dans  le  fait.  Des  esprits 
méchants  firent  cependant  accroire  au  docteur  Morel  que  la 
garde  citoyenne  avait  été  poussée  h  la  désobéissance  par  des 
meneurs  des  sociétés  secrètes!  Le  maire,  enchanté  de  se 
débarrasser  de  cette  cohorte  en  armes,  adressa  le  30  octobre 
le  rapport  suivant  au  Roi  : 

Sire, 
Des  désordres  ont  eu  lieu  a  Colmar,  l'action  de  la  loi  a  été 
interrompue.  La  voix  et  Texemple  des  magistrats  qui  appe- 


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*>4  HEvct  i}'al>ai:k 

laient  la  gard»»  nalionale  ;i  romplir  h*  juvinior  «le  ses  ilpvuiis. 
celui  (le  niainlt»nir  l'oljôissaiiei^  aux  \n\<  o[  «li*  ivlahiirla  paix, 
publique,  u'onl  rlo  cnlondus  (pu*  par  ronl  ,i.^•lr^l(^s  ualionanx 
sur  onze  ceiils  Honl  -«<'  «•omposf»  la  ^^anl«'  iialiniiali»  (h?  (ioluiar. 
Son  chef  iuulrrois,  M.  !«'  i  nUmel  Haill»*!,  a  (Irploy»'  un  cou- 
rage et  un  dévoueiinMit  (pii  cJicn  haicnl  «i  voiler  le  lort  (l(î  ses 
camanules.  Tout  en  lui  rendant  «•«•  lénioiirnai.^»  ainsi  qu'aux 
riloyens  qui  ont  répondu  à  rap;>f^i  do  la  lui,  j<'  n'iMi  dois  pas 
moins  aux  princip*'^  rons"rval<Mus  «l.»  .cite  insiilulion,  de 
signaler  à  Vfdre  Majc^lé  la  «un.hiilr  <l  ^  la  i:.ii(l(*  nationale  de 
('olmar  et  d«'  lui  propo^ci-  d'rn  ordonner  la  «li^^olulion. 

Sur  le  ra[>p()rt  du  niinihlre  de  l'intérieur  d'Aruoul,  Louis- 
Philippe  s'einpre^^sa  de  rendre  l'ordonnance  Miivanle  : 

«  La  garde  nationale  de  ('olniar  (llaiit-Hliin)  est  dissoute. 
«  Elle  sera  innnédia  terne  ni  réoriianisi'e.   o 

Cette  mesure.  hlAmée  par  ton  ^  le^  journaux  de  l'opposi- 
tion, déplut  énormément  aux  (iolniarirns  et  fit  de  nouveaux 
ennemis  au  docteur  Morel. 

Il  ne  resta  plus  en  ville  qnt^  les  sapeurs-pompiers  comman- 
dés par  le  capitaine  en  })remier  Hits,  hier  et  le  capitaine  en 
second,  l'hôtelier  des  l)^»ux-(!lefs.  Hieilenach. 

La  garde  nationale  de  (iolmjii"  el  le  directeur  des  contribu- 
tions indirectes  avaient  donc  été  piniis  à  caus(»  de  l'émeute 
des  ^6  et  28  octobre  d). 

Nous  avons  dit  que  les  arreslalions  maintenues  se  mon- 
tèrent à  trente»  et  une.  Treize?  incul|M's  durent  passer  le  :2S  dé- 
cend)re  dans  la  session  extraordinaire  de  ce  mois.  ||  y  avait, 
Jean-Daniel  Karcher,  43  ans.  ])ro}>riétaire   parent  de  Melzi^en; 

(I)  Dans  l'.ul  le  myauine,  «les  ImuMcs  avaieiil  éclaté  à  cause 
des  mesures  lisrales  sur  le  via.  A  Cii.-.lr;  r-î'.fiix.  'es  vi^Mierons  qui 
voulaieid  niei;n^  en  liher!»'  leurs  r?  m  r;.(l,s  dt  .fuus  en  pï'ison, 
furent  repouss-  .*•.  j  ;.r  ii  s  (.\\   liers  ,!ii    :.  iu. 

A  Aubiêrcs,  un  jour  de  niarcln',  «  n  piMidil  (ju.*  Ire  rats  fi  l'arlire 
de  la  Lil>crté  avec  celle  inscription  :  A  Iwis  l(^s  11;. Is!  S'ils  se  nion- 
treut  ici,  ils  seront  j)ondus  coiuiuc  leurs  Irèrcs.  \itiJà  la  condam- 
nation dos  l{ats!  etc. 

A  lJar-le-l)ur,  on  Vf.yail  au  i'.i-.ïr  (1«\^  Oiseaux,  d;ns  une  vilrir.e, 
trois  rats  en  train  de  jaui^or  un  tonnc.ai.  Le  cjuj)  d'i'Uat  do  18j1 
lit  disparaître  cette  innocente  cliariie.  La  terreur  blanche  était 
à  l'ordre  du  jour  en  ce  niomenl. 


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L*ÉMEUTK   DE    I..V    PiyiBTTE  55 

Nicolas  Wuesl,  35  ans,  vigneron;  Laurent  Mayer,  même 
âge,  maçon;  Ursule  Wendiing,  19  ans,  servante;  André  Dor- 
thaler,  33  ans,  vigneron;  Jean  (iralT.  55  ans,  teinturier; 
Antoine  Stockniever,  52  ans,  jardinier;  Jean  Siehert,  30  ans, 
vigneron;  Jean  Haller,  û'\  ans,  mémo  profession;  Frédéric 
Fischbach,  jardinier;  Hoeliret,  domestique  (fugitiO  ;  André 
Béat,  43  ans,  et  Jean-Benoît  Bastard,  :20  ans,  vignerons. 

Comme  Ton  voit  il  n'y  avait  (jiie  six  vignerons  prévenus, 
contre  un  propriétaire,  deux  jardiniers,  deux  domestiques  et 
un  maçon 

Quatorze  prévenus  passèrent  eu  police  correctionnelle. 
Beltzinger,  Mehr.  Kuehs,  A.  ilenVlé.  Dreise,  Kraptiell,  Dor- 
Ihal,  Ficlibach  et  cinc]  cpii  avaient  déjà  paru  devant  la  cour 
d'assises  :  Wuest,  Mayer,  Béat.  Ilaller  et  Bastard.  Ils  pas- 
sèrent le  6  janvier  183 i  devant  les  juges  du  tribunal  civil  qui 
durent  acquitter  les  prévenus  comme  avait  fait  le  30  décembre 
précédent  la  cour  d'assises  par  la  boucbe  du  jury.  Ces  der- 
niers étaient  prévenus  simplement  de  ne  pas  s'être  dispersés, 
après  les  sommations  faites,  ec  qui  était  assez  anodin. 

lI<\lons-nous  de  dire  cpi'à  la  lin  de  novendjre,  neuf  habi- 
tants de  Colmar  avaient  liéiiélicié  d'une  ordonnance  de  non 
lieu  :  les  trois  frères  Steiulé,  Cbaleaubodeau,  Joseph  Gril- 
ninger,  Jean  lleister,  J.  Buhl,  JeanEberlé  J.  Ilaumessel. 

Ainsi  de  tout  ce  long  procès,  il  ne  restait  plus  rien  que  la 
garde  nationale  dissoute  et  h)  directeur  des  contributions 
révoqué  net. 

Les  vignerons  étaient  vain([ueurs  sut  toute  la  ligne,  les 
juges  les  avaient  acquittéset  le  droit  sur  la  piquette  avait  été 
fortement  abaissé. 

Us  avaient  raison  de  se  plaindre,  car  le  notaire  Félix Ghauf- 
four  disait  déjà  au  roi  Charles  X  en  1828  : 

«  Une  grande  partie  du  peuple  gémit,  Sire,  sur  les  mesures 
tt  ([ui  entravent  généralement  les  vignobles  et  plus  particu- 
«  lièrement  le  nôtre  dont  les  produits  sont  privés  de  leur  seul 
«  écoulement  :  c'est  la  plainte  de  nos  montagnes;  tandis 
«  que  la  plaine  regrette,  de  son  côté,  une  autre  culture  jadis 
«  prospère  pour  elle.  » 

Et  maintenant  pour  résumer  en  quelfiues  mots  Témeute  de 
la  piquette,  citons  la  dernière  phrase  de  l'avocat  Charles 


.">()  KEVi  K  i»'al>aci: 

Saiidherr,  iiiHiuhrc  du  conseil  miini(ij)al,  lirée  do  sa  lelln* 
au  Courrier  fin  lUm-Rhin  du  5  noveud>re  :  ^  (lotte  révolte. 
«  écrit-il,  est  la  preuve  que  le  peuple  n'a  ju<(ju'à  présent 
a  rien  appris,  rien  obt^'iiu  de  la  Révolution  de  Juillet  que  la 
«  science  de  dépaver  et  de  harrieader  ses  rues  !  » 


APPENDICE 


COt  R    IVASSISKS    1)1     nAt'T-RlllN 


Andipncp  du  28  décnubro  IS3H. 

rHKSlDENfM-:    DE   M.    DE   GOLBÉRY,    CONSEILLEH    A    I.A   COUH 

Les  prévenus  Karcher,  Wuest,  Mayer,  Grafl",  Ursule  Wend- 
ling,  accusés  d'avoir,  dans  la  soirée  du  i!8  octobre  dernier, 
fait  pallie  de  réunions  ou  bandes  qui  se  sont  livrés  à  force 
ouverte  au  pillage  et  au  dégAt  d'elfels  et  de  propriétés  mobi- 
lières ; 

Karcher,  Maytîr,  Dort  ha  1er,  accusés  de  s'être  rendus  com- 
plices de  ces  |}illages  et  dégîUs  ci-dessus  qualifiés  et  pour 
avoir,  avec  c<»n naissance,  aidé  et  assisté  les  auteurs  et  dégtUs 
dans  les  faits  (jui  les  ont  préparés  ou  qualifiés. 

Ursule  Wenliing,  accus«'e  de  s'être  rendue  complice  des 
pillages  et  dé;:\:ls  ci-de>sus  qualifiés  ri  pour  avoir  sciemment 
recelé  tout  ou  pnrtic  des  objets  pillés  ; 

Stockmeyer.  Siebert.  accusés  de  s'elre  rendu-;  «'omplices  de 
pillages  et  dét'ùts  ri-de-sus  qualiliés  et  jxiur  avoir,  par  des 
discours  et  des  cris  proférés  dans  les  lieux  publics,  provoqué 
les  auteurs  de  ces  pi  lia  ij  es  et  dégî\ls  à  les  commettre  ; 

Wuest.  Mayer.  (iralV,  Stockmey(U\  Siebert.  Ilaller,  Fisch- 
bach,  Bœhrct.  Béat.  Rastard,  accusés  d'avoir  fait  partie  d'une 
réunion  de  vingt  personnes  armées,  qui,  dans  les  soirées  des 
-t3  et  28  octobre  derniers,  ont  résisté  aux  violences  et  voies 


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l.'h-MEUTE   DR    IJ^    PIUL'KTTE  57 

de  fait  à  la  lorce  publique  agissant  pour  Texécution  des 
lois  M), 

Karcher,  Béat,  Bastard,  accusés  de  s'èlre  rendus  complices 
de  la  rébellion  ci-dessus  qualifiée,  pour  avoir  provoqué  par 
des  discours  ou  des  cris  proférés  dans  des  lieux  publics  les 
auteurs  de  ladite  rébellion  à  les  commettre, 

Le  substitut  du  procureur  général  M.  Rielf  (depuis  premier 
président)  occupe  le  fauteuil  du  ministère  public.  11  a  parfai- 
tement reproduit  les  divers  faits  de  Taccusalion  (1). 

Les  témoins  à  charge  sont  au  nombre  de  57  qui  ont  tous 
comparu  sauf  le  lieutenant  Chavillard  et  un  sergent  du  26«. 
Ces  derniers  s'étaient  fait  particulièrement  remarquer  par 
leur  fermeté  et  leur  ménaiçement  envers  les  citoyens. 

Le  prennor  témoin  esl  le  préfet  Brel  dont  la  déposition,  Ibrl 
longue  sur  des  fails  icénéraux,  reconnaît  parmi  les  accusés 
un  homme  (jui  a  «Mupérhé  le  factionnaire  de  la  préfecture 
«rélre  désarmé,  M.  Bret.  a  toujours  été  très  convenable  et 
très  impartial.  Il  a  été  écouté  avec  beaucoup  d'attention. 

Le  docteur  Morel  a  également  raconté  les  diverses  phases 
de  rémeule,  il  a  principalement  appuyé  sur  les  causes  du 
marasme  du  peuple,  Pimpot  et  l'obstination  d'appliquer  aux 
Alsaciens  des  lois  (jui  ne  peuvent  convenir  à  notre  province. 
Les  droits  sur  la  picjuelte  ou  le  Tîunckwein  sont  moins 
fAcheux  en  Champagne,  à  Bordeaux  ou  en  Bourgogne,  où 
cette  boisson  se  prépare  tout  autrement,  mais  ne  peuvent 
s'api)li(|uer  sans  vexation  à  notre  pays  où  le  Trinckwein  se 
fait  avec  des  marcs  déjà  pressurées.  Le  gouvernement  avait 
autrefois  compris  cette  dilVérence,  si  bien  qu'il  existe  une 
circulaire  de  1819  qui  exempte  nos  picpiettes  de  toute  rede- 
vance; mais  depuis  on  en  est  revenu  aux  anciens  errements. 
Pour  prévenir  des  désordres  ultérieurs  le  préfet  et  le  maire 
avaient  offert  de  faire  accompagner  les  employés  par  un  offi- 
cier municipal,  mais  M.  de  Croismare  s'y  élait  opposé  avec 
beaucoup  d'humeur.  On  a  dit  au  maire  que  Mayer  et  Dor- 
thaler  avaient  crevé  la  peau  d'un  tambour;  quant  à  Karcher, 
il  se  trouvait  dans  la  maison  Metzger  et  ce  fut  lui  qui  apporta 
de  la  lumière  ijuand  il  put  y  pénétrer.  Le  colonel  Baillet  rend 
compte  des  scènes  des  2G  et  28  octobre.  Il  fit  d'inutiles  efforts 

(1)  Courrier  du  Bas-Rhin,  31  janvier  1833^  loret  2  janvier  1834. 


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58  KfivuE  d'alsacé 

pour  rétablir  Tordre  et  réunir  la  garde  nationale.  11  ne  sait 
rien  sur  le  pillage  de  la  maison  Metzg(M\  11  fait  môme  une 
observation  très  favorable  aux  accusés.  Il  prétend  (juc  l*is 
groupes  se  composaient  d'bonimes  que  l'on  voit  rarement, 
d'ouvriers  étrangers,  (jui  le  jour,  sont  renfermés  dans  divers 
ateliers. 
A  cinq  heures  un  quart  Taudience  est  levée. 

Audience  du  dimanche  29. 

A  onze  heures,  la  cour  entre  en  séance.  Une  foule  immense 
s'était  portée  au  palais  dont  les  avenues  sont  gardées  par 
50  hommes  de  la  ligne  alin  que  le  bruit  des  corridors  n'em- 
pôchàl  pas  la  cour  et  les  jurés  d'entendre  les  témoins. 

Le  commissaire  (jîoll  et  l'agent  de  police  Mussmann  char- 
gent quelques  accusés,  entre  autres  Jean  Ilaller  qui  aurait 
levé  le  poing  sur  le  commissaire  devant  la  maison  du  direc- 
teur. Les  accusés  s'agitent  et  répondent  avec  une  grande 
véhémence.  M.  de  Golbéry  leur  déclare  qu'il  ne  tolérera  aucun 
écart,  et  les  engage  dans  leur  intérêt  à  garder  une  attitude 
convenable.  Les  dépositions  deviennent  monotones;  le  sieur 
Seigy  tend  à  prouver  (jue  les  trois  coups  de  fusil  n'ont  pas 
été  tirés  dans  les  rangs  de  la  garde  nationale,  ni  dans  ceux 
de  la  ligne.  In  témoin,  Ohl,  déclare,  après  avoir  été  plu- 
sieure  fois  interpellé  et  (jue  sa  déposition  lui  a  été  lue,  qu'il 
a  vu  Karcber  jeter  une  pierre  contie  la  maison  de  son  parent 
Metzger.  Une  vive  discussion  s'engage  alors  avec  le  minis- 
tère public  et  les  déf(  nseurs,  et  le  président  discute  avec 
ceux-ci.  L(îs  débals  deviennent  lro>  .«nimés.  L'audience  est 
levée  à  quatre  heures  et  demie. 

Audience  du  :u>. 

Elle  est  ouverte  à  buit  heures  du  matin.  Après  avoir 
entendu  d<*s  témuiii.s  à  (b'cliarge,  le  substitut  llieiï  soutient 
l'accusation  avec  beaucoup  de  chaleur.  Un  défenseur,  M^^Belin, 
expose  avec  beaucoup  de  clarté  les  faits  généraux  et  justifie 
la  conduite  des  prévenus  Ilaller  et  Béat.  M«  Ignace  Chauf- 
four  a  parlé  avec  l'accent  de  la  plus  vive  conviction,  il  a 
comparé  l'état  de  la  législation  anglaise  sur  l'émeute  à  nos 
institutions.  Il  regrette  que  la  France  ne  possédât  pas  de 


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L  EMEUTE    DE    LA    PlQUETTa 


oy 


jury  d'Enquête  sur  les  causes  des  mouvements  po|)ulaires.  Sa 
plaidoirie  a  été  profonde,  forte  en  raisonnements,  belle  de 
di'-lion,  il  défendait  Mayer,  Siel)ert  et  GrafF. 

M** Gallel, défenseur  de  Fischbach.  Wuest  et  Behret,  insiste 
surtout  sur  la  mauvaise  assiette  de  l'impol,  cause  du  malaise 
içénéral  et  de  l'agitation  des  classes  inférieures. 

M^  Yves  parle  avec  cette  vivacité  d'esprit,  ses  brillantes 
saillies,  cet  entrafnement  d'élocution  qu'on  lui  connaît.  Il 
attaque  les  abus  demeurés  dans  toute  leur  forre,  malgré  la 
récenb»  Révolution,  et  parle  <li'*'  «onlributions  indirectes  et 
des  nombreus«'s  émeutes  occasionnées  sans  cesse  par  elles;  il 
y  en  a  eu  883!  Le  président  a  souvent  interrompu  sa  plai- 
doirie, prét(Mïdant  ({u'on  alta«piait  les  bases  mêmes  de  l'ordre 
social.  Une  fois,  1M<^  Yves,  pour  ('(!art(»r  le  reproche  de  s'en 
être  pris  au  eber  de  l'I-itat  Kpiant  aux  promesses  de  Juillet), 
lut  une  brorbiire  allemande  intitulée  :  Der  patriotischer 
Elsasser,  rédigé,  disait-il,  ^ur  les  instructions  de  deux  dépu- 
tée et  par  un  avocat  de  Colmar.  brocbure  dans  laquelle  on 
promettait  au  peuple  alsacien  la  diminution  de  toutes  les 
charges,  au  bonnes  femmes  du  café,  des  bestiaux,  du  sel,  etc. 
L'hilarité  du  public  a  été  réprimée  et  l'audience  levée  à  neuf 
heures  et  demie  du  soir. 

Audience  du  3J. 


Les  répliques  durèrent  toute  la  matinée,  le  ministère  public 
se  montre  encore  plus  virulent  que  la  première  fois;  il  s'élève 
contre  le  système  (h^s  avocats  ;  il  srMuble  reprocher  à  l'un 
d'eux  d'avoir  dit  que  l'émeute  est  légitime  si  rimpôt  est 
vexatoire.  A  ce  moment,  M^  Chaulfour  s'est  levé  et  demande 
acte  à  la  cour  de  ce  (jue  l'avocat  du  roi  lui  prétait  ces  mots. 
Il  développe  ensuite  sa  doctrine  et  donn<»  lecture  du  passage 
qui  faisait  l'objet  de  la  discussion.  La  cour,  après  avoir  lon- 
guement délibéié,  refuse  l'acte  demande  par  M*^  Chaulfour 
qui  dut  entendre  du  président  une  rude  mercuriale  à  son 
adresse. 

La  brochure  d'outre-Rhin  a  été  de  nouveau  discutée.  Elle 
Elle  beri^a  d'espoirs  vains  toute  une  population  tranquille. 
M^  Belin  eut  la  méchanceté  de  lire  une  lettre  du  députe  Hart- 
mann, lorsqu'il  siégeait  au  côté  gauche;  il  promettait  de  s'oc- 


60  REVUK    d'aLSACK 

cuper  de  l'amélioralion  matérielle  de  la  nation.  Le  président 
interrompit  alors  l'avocat  en  lui  disant  que  rien  ne  prouvait 
que  M.  Hartmann  se  soit  écarté  de  promesses  qu'il  avait 
faites  et  qu'on  ne  devait  pas  Texposer  à  devenir  Tobjet  de  la 
haine  publique. 

M.  de  Golbéry  monti^a  que  nos  députés  s'occupaient  de  la 
classe  laborieuse.  Ainsi,  il  y  avait  quelques  jours,  Nicolas 
Kœchlin  défendait  dans  le  conseil  du  commerce  la  cause  des 
vignerons  alsaciens. 

M.  de  Golbéry  fut  généralement  très  impartial  pendant  les 
débats  et  dans  son  résumé.  Après  avoir  semblé  demander 
un  acte  de  rigueur  au  jury,  il  a  déclaré  qu'il  ne  voulait  pré- 
venir par  ses  réflexions  qu'un  acte  de  faiblesse  ou  une  pro- 
testation politique.  «  L'ordre  public,  dit  le  magistrat,  n'a 
«  besoin  que  de  justice  et  de  vérité,  »  il  engagea  les  jurés 
a  éviter  les  éclats  bruyants  d'une  popularité  «  qui  serait  le 
plus  sanglant  outrage  si  elle  était  obtenue  au  mépris  de  l'ac- 
complissement des  devoirs.  » 

Puis,  il  lut  les  trente-sept  questions  posées  au  jury  qui  — 
à  ce  qu'il  paraît,  avait  une  conviction  toute  faite,  car  au 
bout  d'une  demi-heure  —  le  temps  juste  de  répondre  aux 
questions,  l'huissier  annonça  sa  rentrée  dans  la  salle  d'au- 
dience. Il  était  deux  heures  moins  un  quart  du  matin.  M.  de 
Golbéry,  après  avoir  recommandé  le  plus  grand  calme  au 
public,  donna  la  parole  au  chef  de  jury  qui  répondit  négati- 
vement à  toutes  les  questions. 

Le  président  prononça  alors  ces  paroles  : 

«  Je  dis  aux  accusés  que  sans  doute  le  jury  les  a  déclarés 
non  coupables  que  parce  qu'il  n'a  reconnu  en  eux  aucun  des 
véritables  auteurs  des  émeutes  des  20  et  28  octobre.  Rappe- 
lez-vous que  les  promesses  de  vos  magistrats  sont  exécutées, 
qu'ils  ne  s'engagent  jamais  en  vain.  Le  maire  de  cette  ville 
vous  avait  promis  la  cassalion  de  l'abus  qui  causait  tant  de 
maux;  le  préfet  avait  confirmé  cette  promesse,  un  seul  fonc- 
tionnaire (le  directeur  des  contributions  indirectes)  avait 
refusé  de  l'accomplir.  Il  a  été  sur  le  champ  révoqué.  Con- 
fiez vous  donc  a  vos  magistrats  et  sachez  surtout  que  les 
nombreuses  améliorations  que  réclame  la  triste  position  des 


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l'émbute  de  la  piquette  61 

vignobles  ne  pourra  jamais  être  le  produit  rémeule  et  de  la 
résistance  aux  lois.  » 

Des  applaudissements  s'étaient  fait  entendre  lors  de  la 
déclaration  du  jury;  le  président  les  fit  de  suite  cesser.  Puis 
il  déclara  Taudience  levée.  La  salle  retentit  alors  d'applau- 
dissements, des  groupes  se  formèrent  sur  la  place;  mais 
Tordre  ne  fut  nullement  troublé.  Ainsi  finit  l'Émeute  de  la 
Piquette. 


Artb.  Benoit. 


NOTES  SUR  INGWILLER 


AUX  17^  &  18^  SIECLES 


(le  qui  su  il  nVst  pas  un  travail  de  première  main.  Ce  n'est 
que  la  reproduction,  développée  par  enrJroits,  sommaire  ail- 
If^urs,  de  quatre  articles  parus  en  juin  dernier  au  Evnng  Prot. 
Klrchenbote.  liCur  aut«'ur  en  a  puisô  la  matière  dans  les 
documents  suivants  conservés  aux  archives  municipales. 

Ern?)r/.  Tauf-  iind  Ik'f/rœbnisbuch  (1570-1783). 

Eixiny,  IleirafaverzeichniH  (lo73-1613et  1652-1783). 

Kathol,  KirchenbCicher  (1095-1724). 

KnthoL  Taufbuch  (17  4()-I776j. 

État  des  comptes  de  la  ville  pour  les  années  1635,  1637  et 
1638. 

Rappelons,  en  fi^uise  d'introduction,  qu'Ingwiller,  situé 
à  20  kilomètres  nord-(^st  de  Savorne.  sur  la  Moder  et  sur 
la  roul<^  de  Wasselonno  à  Bitche.  est  le  chef-lieu  d'un  des 
cinq  consistoires  de  l'inspection  ecclésiastique  de  Rouxwiller. 
(le  consistoire  comprend  les  paroisses  de  PfalVenhofen,  Wei- 
terswiller,  Weinbourg,  Obermodern,  Zeitzcndorf  et  Schillers- 
dorf. 

D'autre  part,  Ingwiller  était,  avant  la  Révolution,  le  clu'f- 
lieu  d'un  des  10  hiiilliaiies  du  comté  de  ilanau-Lichtenherfç. 
On  sîiit  que  la  familh;  de  Lichtenherp:,  mentionnée  dans  les 
chroniques  dos  1206  et  représentée  par  trois  de  ses  meu)hres 
sur  le  siège  épiscopal  de  Strashonri^,  s'éteignit  (1480)  avec 
Louis  VIH,  (pii  portait  dcfMiis  I  î58  le  lilre  de  comte,  et  dont 
le  frère,  Jac(pies,  esl  enterré  ii  Rciporlswiller.  Ses  domaines, 
partagés  entre  les  seigneurs  de  Jlnnau  et  de  Dcux-Ponts- 
Bitche,  funnit  réunis  de\  nouveau  (1570)  sous  Philippe  V 
comte  de  llanau,  gendre  du  diTui^r  comte  de  Deux-Ponts. 


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NOTBS   SUR   rNGWILLER 


63 


Philippe  V  s'intitula  comte  de  llanau-Lichlenberg  et  intro- 
duisit la  Réforme  dans  ses  Ktats,  que  ses  descendants  possé- 
dèrent jus(iu'en  1736.  (l'est  h  celle  date  que  Jean-Reinhard, 
mori  sans  progéniture  niAle,  eut  puni*  héritier  son  gendre, 
prince  héréditaire  de  Ilesse-Darmstadl. 

Ajoutons  rjue  ce  comté  était  la  plus  vaste  seigneurie  d'Al- 
sace. Il  avait  plus  de  52,000  ijahitanls,  10  villes,  t30  vil- 
lages, etc.  {Voir  Anna fes  f/c  VEaf.  18i)l,  p.  M\\\).  Sa  capitale 
était  Bouxwiller,  dont  les  sires  de  Lichtenherg  avaient  déjà 
hîUi  le  chAteau,  qu'ils  tinrent  en  fief  des  évèques  de  Metz, 
('/est  ainsi  que  Bouxwiller  fui  ni  siècle  dernier  un  centre 
important,  siègr»  de  la  régence,  de  la  chambre  des  comptes  et 
du  consistoire  pour  l^s  possessions  alsaci(MUu»s  de  la  maison 
df  Hcsse-Darmstadt. 


I 


L*année  de  malheur  1637. 

Le  petit  pays  de  llanau,  comme  on  l'appelle  aujourd'hui 
encore  dans  la  hasse  Alsace,  oui  peu  à  soulîrir  de  la  première 
période  de  la  guern^  de  Iniito  ans,  parc(»  que  Jean  R  miî- 
hnrd  1,  son  suzerain,  avait  <  ii  soin  d(»  payera  Mansf^dd  miip 
forte  rançon.  Mais  lorsque  le  dang<M' devint  de  plus  en  plus 
grand,  Philippe  Wolfgang,  su«'i'«'sseur  di*  Reinhard,  se  vit 
réfjuit  à  placer  ses  ternv>  sons  li  doîninalion  de  la  France 
qui  avait  déj^  dans  la  ville  voisine  do  Sav(»rne.  un  puissaîit 
((Mitre  d'opérations  et  ini  solide  point  d'appui 

i'/est  ainsi  qu'en  n>3-4  |)lusieiirs  villes  du  comté,  et  Ing- 
willer  était  du  iioud)re.  reçnrenl  une  garnison  fiançaise  qui 
leur  épargna  les  horreurs  d(»  la  guerre  propriunent  dite. 
Toutefois  les  nombreux  j)assagesde  troupes,  (pji  éijuivalaieut 
à  prescju'aulant  de  pillages,  joints  à  la  détresse  générale  des 
contrées  environnantes,  eurent  bientiM  raison  de  la  prospé- 
rdé  du  pays.  La  sécurité  (îlle-meine  n'était  (jue  relative.  Wi^ 
163.'î,  un  bourgeois  de  Niedermodern  avail  été  tué  par  les 
soldats  à  Ingwiller,  et  un  autre,  de  la  ville  même,  eut  le 
même  sort  en  163;)   La  même  a:inée,  un   homme  de   Weiss- 


1 


64  RBVUB   d' ALSACE 

bourg,  poursuivi  par  des  soldats,  trouva  la  mort  en  se  jetant 
dans  les  fossés  des  fortifications.  En  août  1636,  le  régiment 
de  cavalerie  de  Callenbach,  de  l'armée  du  duc  de  Weimar, 
occupant  la  place,  un  aubergiste,  un  boulanger,  un  garçon 
brasseur  furent  tués  et  une  fille  d'auberge  lunltraitée  au 
point  qu'elle  expira  au  bout  de  deux  jours. 

Cependant  la  commune  était  si  riche  en  forets  et  en  terres, 
que  plusieurs  années  se  passèrent  avant  que  ses  finances 
fussent  complètement  épuisées.  En  1635,  elle  put  encore  payer 
une  contribution  de  140  livres  (1,800  fr./,  (pioiqu'elle  eût 
déjà  à  subvenir  h  l'entretien  des  nombreux  paysans  qui 
s'étaient  réfugiés  derrière  ses  remparts  (1),  et  quoique  la 
petite  vérole  sévit  en  même  temps  avec  une  intensité  telle 
(jue  la  mortalité  de  l'année  fut  trois  fois  plus  forte  que  celle 
de  la  moyenne  des  dix  années  précédentes  (111  décès  au  lieu 
de  35).  Mais  à  parlir  de  ce  moment,  la  situation  empira  rapi- 
dement. Dès  l'année  suivante,  pendant  laquelle  les  Français 
el  le  duc  de  Weimar  rapprenaient  Saverne  après  un  siège  de 
7  semaines,  on  compta  220  enterrements,  bien  qu'il  n'y  eût 
aucune  épidémie;  il  est  vrai  que  tous  les  villages  voisins 
sont  représentés  sur  cette  liste  nécrologique  Mais  c'est  en 
1637  que  la  détresse  fut  à  son  comble,  moins  comme  morta- 
lité, bien  qu'il  y  eût  encore  une  centaine  de  décès,  que  commr 
misère  matérielle  el  morale. 

Dès  le  début  de  cette  année  néfaslo,  le  lieutenant-colonel 
Français  Riva,  de  .  urmée  de  Weimar,  se  présenta  aux  portes 
de  la  ville  et  demanda  i\ey>  quartiers  pour  le  régiment  du 
r.olonel  Wurmbrandt.  Le  magistrat  cliereba  prudcmuKMil  .-i 
temporiser,  prétextant  la  nécessité  d'attendre  les  ordres  du 
prince.  Le  régiment  s'arrêta  provisoirement  h  Weinbourg, 
mais  les  officiers  s'établirent  dans  les  moulins  et  les  tanneries 
qui  étaient  dans  le  voisinage  immédiat  des  portes;  et  pour 
leur  faire  prenrlre  patience,  le  magistrat  dut  se  résigner  à 
leur  envoyer  un  muid  de  vin  rouge  et  pour  2  schillings  (2) 

(1;  Nous  voyons  mi^mr.  parmi  cos  iJii;itifs,  un  bourgeois  de 
Gebling  près  de  Metz,  une  veuve  du  cloilrc  d'Herbitzlieim  et  nii 
tisserand  de  Burbach. 

(2)  Le  schilling  valait  alors  (>5  rentimes  et  le  pfennig  environ 
ifâ  centime. 


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NOTES   Sia    INGWri.LKK  65 

de  pain.  Lorsque  l'ordre  vint  enfin  d'ouvrir  les  portes,  une 
partie  seulement  du  régiment  en  profita,  le  reste  campa  h 
Neuwillers.  La  ville  n'eut  pas  k  nourrir  toute  la  garnison, 
mais  seulement  les  émissaires  et  messagei^  envoyés  a  Neu- 
willers, Wœrtb  et  Wissembourg  et  les  délacluMuents  français 
ou  weiroariens  qui  passai(?nt  sans  cesse.  Les  frais  d'éclairage 
des  corps  de  garde  étaient  aussi  h  sa  charge  ;  ils  s'élevèrent 
h  11  livres  19  schillings  et  4  pfennigs  (près  de  150  fr.)  Puis 
elle  dut  fournir  du  plomb  pour  fairo  des  balles. 

Enfin,  comme  une  attaque  des  Impériaux  était  imminente, 
on  l'obligea  h  construire  un  pont-levis.  Pour  ce  travail,  qui 
dura  plus  de  quatre  semaines,  elle  ne  dut  pas  seulement  fournir 
les  matériaux,  mais  aussi  le  salaire  des  charpentiers  etmôme 
celui  des  soldats  qui  aidaient  les  ouvriers.  A  peine  était-il 
terminé  que,  dans  les  premiers  jours  d'avril,  le  colonel  impé- 
rial Bamberger  parut  avec  1 ,500  hommes  d'infanterie  et  de 
cavalerie.  H  trouva  a  qui  parler  et  fut  repoussé  avec  une 
perte  de  50  hommes,  dont  4  morts,  que  le  pasteur  Bœringer 
d'Obermodern  enterra.  Beaucoup  dbabitants  avaient  fui  h 
l'approche  de  l'ennemi  ;  cependant  une  partie  des  bourgeois 
prirent  part  au  combat  et  reçurent  comme  récompense  un 
muid  de  vin,  ainsi  que  les  soldats  qui  en  avaient  déjà  vidé 
trois  pendant  la  lutte.  Ils  n'eurent  que  deux  blessés. 

En  automne,  le  régiment  de  Wurmbrandt  fut  remplacé 
par  celui  de  Schmidtburg,  qui  était  depuis  deux  ans  à  la 
solde  de  la  France,  et  qui  se  conduisit  fort  mal,  au  point  de 
provoquer  des  plaintes  réitérées  de  la  bourgeoisie,  plaintes 
absolument  infructueuses  d'ailleurs.  C'est  un  soldat  de  ce 
régiment  qui  maltraita  tellement  la  veuve  du  pasteur  Muitcu- 
lus  d'Imbstreim,  retirée  à  Ingwiller,  que  la  mort  s'ensuivit. 
Cependant  le  nom  de  Schmidtburg,  alors  si  mal  famé,  ne 
devait  pas  tarder  à  devenir  populaire  dans  ces  mêmes  lieux. 
En  effet,  après  la  fin  de  la  guerre,  trois  barons  Schenck  de 
Schmidtburg,  originaires  de  l'électorat  de  Trêves,  vinrent 
s'établir  en  Alsace  et  s'allièrent  à  la  noblesse  du  pays.  C'est 
ainsi  qu'en  1662  l'un  d'eux  épousa  Marguerite  de  Waltmans- 
hausen,  qui  lui  apporta  en  dot  un  château  et  un  domaine  à 
Ingwiller  ;  ses  descendants  y  demeurèrent  jusqu'k  la  Révo- 
lution, servant  pour  la  plupait  dans  Royal  Alsace. 


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66  HKVIK  n'ALSAtiK. 

Uu  fait  qui  montre  que  les  soldats  de  Wuriiibrandt  ga- 
gnèrent dans  une  certaine  mesure  la  confiance  de  la  bour- 
geoisie, c'est  que  des  treize  baptêmes  de  Tannée,  trois  eurent 
uncaractère  militaire  et  que  tous  lestroisseproduisirentavant 
l'arrivée  du  régiment  de  Schmidtbourg.  Dans  Tun,  le  cuisi- 
nier-chasseur du  major  Noë  paraît  comme  témoin  ;  dans 
Tautre,  Tenfant  d'un  simple  soldat  eut  pour  parrains  et  mar- 
raines un  capitaine  et  un  enseigne  avec  leurs  femmes.  Enfin 
le  lieutenant-colonel  Riva  lui-même,  un  chef  d'escadron  et 
un  capitaine  furent  parrains  du  jeune  baron  Jean-Thierry 
de  Waltmanshausen,  dont  la  famille  appartenait  <i  la  no- 
blesse locale. 

Si  l'on  envisageait  le  simple  total  des  contributions  de 
guerre  qu'Ingwiller  dut  payer  en  1637,  on  trouverait  que 
cette  année  fut  moins  funeste  à  la  ville  que  les  deux  précé- 
dentes et  l'on  ferait  une  conclusion  fausse.  11  ne  faut  pas  ou- 
blier, en  effet.,  que  la  situation  générale,  la  misère  publique 
et  privée,  avaient  beaucoup  empiré.  La  famine  régnait  au  point 
que  dix-sept  personnes  y  succombèrent  dans  le  courant  de  cette 
unique  année,  parmi  elles,  la  veuve  d'un  greffier  municipal, 
un  garde-champêtre,  un  forgeron  avec  femme  et  enfants, 
enfin  le  comptable  même  de  la  ville,  qui,  ruiné  par  les  gar- 
nissaires,se  sauva  à  Strasbourg  dans  l'espoir  de  s'y  créer  quel- 
que ressource  et  y  trouva  promptement  la  fin  de  ses  maux. 
Une  vieille  femme  et  un  jeune  homme  mouinirent  de  faim  en 
prison. 

Joignez  a  la  famine  les  rigueurs  exceptionnelles  de  deux 
hivers  consécutifs.  Un  forgeron,  qui  allait  chercher  du  pain 
pour  les  siens  h  Strasbourg,  fut  trouvé  gelé  dans  la  forêt  de 
Brumath,  et  une  paysanne  de  Ffaffenhofen  eut  le  même  sort 
près  de  Ilûttendorff.  Un  tel  état  de  choses  dénoue  les  liens 
de  la  société  et  de  la  famille  et  ramène  la  barbarie  :  les  céré- 
monies du  culte  ne  se  faisaient  plus  faute  d'assistants,  les 
décès  n'étaient  plus  signalés  au  pasteur  et  les  cadavres  étaient 
enfouis  sans  appareil  religieux.  Au  milieu  des  chaleure  de 
l'été,  une  vieille  veuve  resta  toute  une  semaine  sang  sépulture, 
et  la  menace  de  prison  décida  seule  le  fossoyeur  k  creuser  une 
tombe.  A  l'enterrement  d'une  autre  pauvre  veuve,  une  seule 


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NOTES    SUH    INGWILLER  57 

personne  suivait  le  cercueil,  de  sorte  que  le  pasteur  ne  put 
dire  le  sermon  d'usage;  en  relatant  ce  fait,  il  ajouta  en  guise 
de  morale  : 
Dum  moritur  dives,  concurrunt  undû/ue  cives  : 
Si  morilur  pauper,  sequitur  cix  unus  et  aller. 
Les  travaux  les  plus  urgents  ne  se  faisaient  plus.  L'horloge 
de  la  porte  inférieure  ne  fut  pas  réglée  une  fois  de  Tannée, 
pas  un  puits  communal  ne  fut  curé,  les  fonctionnaires  muni- 
cipaux ne  furent  point  payés,  et  l'on  ne  put  réunir  les  4  livres 
d'indemnité  que  touchaient  d'ordinaire  les  magistrats  venus 
de  Bouxviller  pour  procéder  à  la  vériiieation  annuelle  des 
comptes.  Les  contributions  directes  (Beth)  qui,  en  1635, 
avaient  encore  rapporté  106  livres,  3  schillings,  11  pfennigs, 
ne  produisent  plus  rien;  pas  uu  vingtième  des  intérêts  échus  ne 
putétre  acquitté,  et  c'est  en  vain  que  les  autorités  essayèrent  de 
faire  un  emprunt  k  Bouxviller.  Aussi  les  frais  de  guerre, 
notamment  ceux  du  nouveau  pont-levis,  durent-ils  être  cou- 
verts par  une  collecte,  qui  ne  réalisa  d'ailleurs  que  34  livres 
et  8  schillings. 

Au  moment  de  l'entrée  en  fonctions  des  magistrats  annuels, 
il  était  d'usage  que  la  nouvelle  municipalité  offrit  à  ses  élec- 
teurs, aux  frais  de  la  ville,  un  h{\w(\\\Qi(Be,^efsungsschmaui). 
Cette  fois,  détail  bien  carartcristique,  il  ne  se  trouve  pas  un 
aubergiste  qui  fut  disposé  a  faire  crédit  au  trésor  public,  et 
le  bourgmestre  dut  fournir  lui-même  un  muid  et  demi  de 
vin.  De  la  sorte,  il  arriva  que  les  dépenses  ne  dépas- 
sèrent guère  les  recettes.  Ces  dernières  montèrent  a  90  livres, 
6  schillings,  tandis  qu'en  1635  elles  s'étaient  encore  élevées  à 
250  livres,  19  schillings. 

A  la  fin  de  cette  désastreuse  année,  la  ville  était  ruinée 
pour  un  demi-siècle,  et  sa  populatiou  décimée  au  point  que 
pendant  toute  la  génération  suivante  la  moyenne  des  naissan- 
ces, qui  avait  été  de  trente  sept  dans  la  précédente,  ne  dépassa 
pas  le  nombre  dequatorze,  puis  s'arrêta  kvingtjusqu'enl709. 
Les  registres  de  1638  signalent  quatre  naissances,  ceux  de  1639 
une  seule. 

Et,  dans  le  reste  du  comté,  les  choses  étaient  k  l'avenant. 
Le  bon  comte  Philippe  Wolfgang  en  eut  le  cœur  brisé  et 
mourut  dans  la  force  de  l'âge,  en  1641 . 


•■m 


H8  KKVI  K  i)*ALSVt:K 

m 
Coutumes  religieuses 

Les  registres  paroissiaux  qui  nous  renseignent  sur  ces  cou- 
tumes ont  une  valeur  très  inégale.  Avant  l'ordonnance  royale 
de  1685  qui  réglementa  la  tenue  de  l'élat-civil  et  exigea  que 
les  actes  fussent  signés  par  les  témoins  ou  les  intéressés, 
chaque  ecclésiasticjue  les  rédigeait  à  sa  guise,  plus  ou  moins 
brièvement,  selon  ses  ajouts  et  les  accompagnait  générale- 
ment de  réflexions  ou  d'explications  pouvant  intéresser  la  pos- 
térité. Souvent  les  registres  devenaient  de  véritables  chro- 
niques qui  reflétaient  non  seulement  le  caractère  de  leurs 
auteurs,  mais  aussi  leurs  craintes  et  leurs  espérances  secrètes, 
leurs  jugements  intimes  sur  les  événements  dont  ils  trans- 
mettaient le  souvenu'  h  leurs  sucesseurs. 

L'édit  de  1685  modifia  peu  les  actes  catholiques  qui,  rédi- 
gés en  latin,  pouvaient  être  soumis  h  la  signature  des  témoins 
sans  crainte  d'indiscrétion.  Les  pasteurs,  au  contraire,  usant 
de  la  langue  vulgaire,  furent  tenus  désormais  h  plus  de  ré- 
serve et  durent  s'astreindre  à  une  phraséologie  oflîcielle  qui 
leur  interdit  forcément  toute  observation  trop  personnelle. 
Aussi  plusieurs  d'entre  eux  prirent-ils  l'habitude,  peut-être 
sur  l'invitation  même  de  leurs  supérieurs  ecclésiastiques, 
d'avoir  un  double  registre,  d'abord  l'oiliciel,  sec  et  correct, 
prêt  à  être  mis  sous  tous  les  yeux,  puis  l'autre  qui  permettait 
aux  sentiments  intimes  de  se  donner  libre  cours  comme  par 
le  passé.  Cet  autre,  de  beaucoup  le  plus  intéressant,  n'a  pas 
existé  ou  du  moins  n'existe  plus  pour  Ingwiller,  aussi  peu 
que  les  procès-verbaux  des  assemblées  presbytérales.  Tou- 
tefois le  registre  officiel  nous  oflre  encore  une  assez  riche 
moisson  de  faits  curieux. 

Voici  d'abord  quelques  legs  pieux.  En  1588,  l'épouse  du 
noble  Stumplî  laisse  à  ses  pauvres  iO  florins  (430  fr.j,  deux 
quarts  de  blé  à  la  léproserie  et  un  quart  ii  chacune  des  dix-neuf 
familles  pauvres.  L'intendant  Guillaume  de  Sasspach,  victime 
de  la  peste  en  1596,  fit  distribueraux  indigents  huit  quarts  de 
blé  et  leur  légua  un  capital  de  70  fl.    A  la  demande   du   pas- 


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NOTBS    SUR    INGWILLKR  69 

leur,  un  sire  de  Waltmanshausen  donne  h  T^glise  un  grand 
Unceul  et  un  cercueil  si  bien  tail  que  quatre  hommes  pou- 
vaient le  porter,  chose  (jui  ne  s'était  pas  encore  vue  (1605. 
En  1638,  au  milieu  des  calamités  publiques,  10  fl.  (62  fr.) 
furent  répartis  en  aumônes  après  les  funérailles  de  Tinten- 
danl  de  cour,  baron  Jean  KratTt  do  Waltmanshausen. 

Puis  nous  relevons  deux  cas  d'adultère,  punis  de  bannis- 
sement selon  l'usage  de  l'époque,  et  suivis  du  divorce  légal. 
Deux  autres  divorces  furent  prononcés  par  la  chancellerie  de 
Bouxwiller  pour  cause  de  départ  d'un  des  conjoints. 

Pour  la  célébration  du  mariage,  disons  que  les  fiancés 
portaient  la  couronne  virginale  en  se  rendant  à  l'église. 
C'était  alors  la  coutume  générale.  Encore  k  la  veille  do  la 
Révolution,  les  demoiselles  de  Strasbourg  et  de  Metz,  h  quel- 
quelques  conditions  qu'elles  appartinssent,  ne  manquaient 
pas  de  s'en  orner.  Il  y  a  quelques  années,  la  couronne  se  por- 
tait encore  à  Engwiller;  aujourd'hui,  elle  ne  se  voit  plus 
qu'à  Mietesheim. 

Passons  aux  actes  de  décès,  qui  nous  renseignent  sur  les 
maladies,  épidémies  et  autres  causes  de  mort.  Il  est  fait  plu- 
sieurs fois  mention  de  la  lèpre,  non  seulement  h  Ingwiller, 
mais  aussi  à  Neuwiller  et  à  Donenheim.  La  première  de  ces 
localités  possédait  une  léproserie  (jui,  comme  partout  ailleurs, 
était  hors  des  murs.  Puis  nous  voyons  sept  épidémies  de  va- 
riole et  trois  de  dyssenlerie.  dangereuses  surtout  pour  les 
enfants,  tandis  que  la  peste  s'attaque  aussi  bien  aux  grandes 
persimnes.  En  1574.  elle  fait  quarante-neuf  victimes,  chiffre 
élo(|uent  lorsfpi'on  !<•  compare  avec  la  moyenne  de  la  morta- 
lité des  trois  années  [M'écédentes.  (letlf^  moyenne  n'est  ({ue  de 
seizf».  Dans  l'hiver  (h;  158i-8:j,  elle  cause  soixante-trois  décès 
à  Ingwiller  et  (Hiaranto-qualrc  dans  l'annexede  Meru-bhofen  : 
en  15!)7,  cent-dix-neuf  dans  loute  la  paroisse;  en  16011,  cent 
onzedppnisleâOacuM  «eulemenl.  A  celte  dernière  date,  il  y  eut 
jusqu'à  vingt-huit  cas  en  une  semaine  et  plusieurs  fois  six 
dans  la  même  journée.  Il  ne  fut  pas  rare  de  voir  trois  enter- 
rements simultanés,  et  souvent  la  même  tombe  recevait  les 
trois  bières.  Deux  fois  môme,  on  ne  creusa  qu'une  fosse  pour 
quatre  corps. 

-Vioulons  comme  détail  curieux,  que  c'esl  le  même  pasleur 
—  il  se  nonii!>ait  ll/.h'lii   —   qui  a  présidé  h  lous  ces  deuils  «M 


70  REVUE  D* ALSACE 

qui  nous  en  a  transmis  le  souvenir.  Il  fut  le  premier  pasteur 
(ringwiller  et  fonctionna  sans  interruption  de  1570  h  1614. 

Lorsqu'un  nourrisson  mourait  subitement,  le  pasteur 
était  tenu  de  faire  une  enquête  pour  savoir  s'il  y  avait  eu 
négligence  ou  môme  préméditation,  et  les  résultais  de  l'en- 
quèle  étaient  inscrits  sur  le  registre  paroissial. 

Dans  la  soirée  du  r»  novembre  166/J,  un  duel  îi  Tépée  eut 
lieu  entre  un  bourgeois  et  un  soldat  originaire  dr  Brumutb. 
Ce  dernier  succomba  h  ses  blessures,  son  adversaire  quinze 
jours  après.  En  octobre  1663,  deux  hommes  furent  mordus 
par  un  loup  enragé  et  moururent  quelques  semaines  après, 
lorsque  leurs  blessures  élaiciU  presque  guéries.  En  1586,  le 
porcher  se  noie  dans  Télang  de  Vollach,  en  voulant  sauver 
une  de  ses  bétes.  C'est  du  moins  ce  que  raconte  son  valet, 
seul  témoin  de  Taccident.  Mais  lorsque  le  cadavre  est  retiré 
de  Teau,  le  sang  s'échappe  du  nez,  et  le  même  phénomène 
se  reproduit  au  cimetière,  trois  jours  après  la  mort.  Le  pas- 
teur en  conclut,  selon  la  croyance  bien  connue,  que  le  valet 
et  la  veuve,  présents  dans  les  deux  cas,  ont  provoqué  l'acci- 
dent, et  vit  son  soupçon  se  confirmer,  lorsqu'au  bout  de 
trois  semaines  les  inculpés  déclarent  vouloir  s'épouser. 

Ce  peu  d'exemples  suffît  ?i  montrer  le  genre  d'intérêt  que 
les  registres  d'église  peuvent  offrir  a  l'historien.  Ils  nous 
apprennent  surtout,  et  jusque  dans  le  détail,  comment  les 
funérailles  se  célébraient  alors;  ce  qui  est  d'autant  plus  pré- 
cieux que  la  première  ordonnance  ecclésiaslique  du  comté 
(1573)  ne  fournit  que  de  rares  indications  sur  la  matière,  et 
que  les  sèches  notices  du  deuxième  règlement  (1659-  sont 
confirmées  et  complétées  par  les  développements  Jiuivanls. 

A  dire  vrai,  le  rite  funéraire  ne  s*est  pas  sensiblwnent 
modifié  depuis  trois  siècles.  Au  son  des  cloches,  le  cortège  so 
rendait  de  la  maison  mortuaire  au  cimetière,  où  le  sermon 
succédait  au  chant  des  enfants.  Cepentlant,  h  Menchhofen, 
l'allocution  du  pasteur  ne  fut  introduite  (ju'en  1615  sur 
l'ordre  des  conseillers  de  iiouxwiller.  Quand  le  défunt  était 
un  enfant,  la  cérémonie  était  abrégée.  On  enterrait  les  non 
baptisés  «  in  ailes  stille  ».  l'our  b^s  baptisés  non  confirmés, 
on  sonnait  la  petite  cloche;  et  seuls  les  plus  dgés  d'entre 
eux  avaient  droit  ;i  un  sermon    La  p^tit»*  riorhp  <«M"vait  éi>.M 


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NOTES    SUR    INOWILLER  74 

lement  aussi  h  rento»*rement  des  personnes  mortes  peu 
chrétiennement;  par  exemple  en  1597,  pour  une  servante 
qui  habilail  la  ville  depuis  dix-huit  mois,  sans  avoir  jamais 
assisté  h  Tinstruction  religieuse  et  a  la  sainte  Cène;  et  en 
lf>07  pour  le  vitrier  Fries,  de  llaguenau,  mort  sans  s*ètre 
réconcilié  ni  avec  Dieu  ni  avec  les  hommes. 

Au  contraire,  lorsqu'il  s'agissait  d'enterrer  quelque  per- 
sonne considérée,  les  écoliers  chantaient  depuis  la  maison 
mortuaire  jusqu'au  cimetière,  et  recevaient  alors  un  présent. 
Ainsi,  \\  la  mort  de  Jean  Krafît  de  Waltmanshausen  (1638), 
cet  intendant  de  cour  dont  nous  avons  déjà  eu  occasion  de 
parler,  chaque  chanteur  reçut  un  schilling.  Parfois  on  disait 
des  prières  funèbres  k  l'école,  en  mémoire  d'un  décédé,  el 
alors  la  famille  faisait  aussi  un  cadeau  aux  enfants.  Après 
l'enterrement  du  pasteur  Jean  Leitsch,  chacun  d'eux  reçut 
un  pfennig?!  c«»tte  intention. 

Les  non-lulhérions  morts  dans  la  commune  étaient  égale- 
ment enterrés  par  le  pasteur,  mais  sans  cérémonie  ;  ainsi  en 
1621,  un  étudiant  en  théologie  catholique  qui  se  rendait  au 
collège  des  Jésuites  de  Molsheim,  et,  en  1639,  sept  soldats 
français. 

On  agissait  de  même  à  l'égard  des  calvinistes.  On  ne  fît 
d'exception  que  pour  un  capitaine  hollandais,  mort  de  la  pe- 
tite vérole  pendant  une  visite  qu'il  faisait,  en  1607,  k  son 
cousin  de  Waltmanshausen  et  (jui,  s'élant  recommandé  aux 
prières  de  la  paroisse,  fut  enseveli  solenriollemenl,  porté  par 
quatre  échevins. 

Plus  lard,  d'autres  «exceptions  furent  encore  admises  :  «mi 
1675,  1679  et  1713  en  faveur  de  calvinistes  :  en  1682,  pu  fa- 
veur l'un  tanneur  catholique. 

Souvent  la  guerre  einpéfhait  l'observance  stricte  du  rituel. 
Dans  la  période  néfaste  de  1637-3i),  plusieurs  personnes  furent 
enterrées  sans  l'assistance  du  pasteur,  leurs  noms  ne  figurent 
même  pas  au  registre.  De  même  en  1674  et  1678.  Dans  l'un 
de  ces  cas  cependant,  le  sermon  d'usage  fut  prononcé  quel- 
ques semaines  plus  tard,  dès  que  la  situation  fut  redevenue 
normale.  C'est  en  1678  aussi  qu'un  enfant  tout  jeune  du  pas- 
leur  Luck  fut  enseveli  dans  l'église  même,  le  cimetière  étant 
occupé  parles  sfildals.  On  sait  f]u'»^p  tPinp«  r^rdinaire  Ip droit 


li  REVUE  D'ALSACR 

de  sépulture  dans  rniceinle  sacrée  était  réservé  aux  seuls 
nobles.  A  Ingwillor.  rVtaient  les  familles  Riitlel  de  ïreppach, 
de  Waltmanshauscn  et  de  Schmidtburg  (jui  jouissaient  de  ce 
privilège. 

Les  suicidés  ne  pouvaient  prétendre  à  aucune  cérémonie. 
Souvent  la  question  de  préméditation  faisait  Tobjet  d'une 
enquête  préalable,  dont  le  résultat  était  consigné  avec  soin 
sur  les  registres,  deux  qui  avaient  provoqué  leur  niuil  par 
imprudence  ou  témérité  étaient  traités  îi  Tinslar  des  suicidés. 
C'est  ce  qui  advint  (loi)i)  à  un  meunier  tué  h  l'auberge  par 
son  valet  le  lundi  \c  PAques.  Un  bourgeois  de  Schwindratz:- 
heim,  écrasé  par  une  voiture,  étant  en  état  d*ivresse,  eut  le 
cortège  et  les  cbants,  mais  point  de  sermon.  L'enterrement 
d'une  femme  qui  s'était  jetée  dans  un  puits  eut  lieu  sans  au- 
cune pompe  funèbre;  tandis  qu'une  autre,  morte  en  163f^, 
après  avoir  eu  une  jeunesse  légère,  avait  exigé  que  ses  éga- 
rements fussent  signalés  et  blâmés  publiquement  en  cliaii'e 
et  qu'une  mention  en  fut  faite  sur  le  registre. 

Le  lépreux  et  le  bourreau  (avec  tous  les  nuMnbies  <1p  sa 
famille)  étaient  enterrés  h  part,  au  lieu  dit  «  fiefi  Ghh- 
weyler  ». 

En  1725,  un  bourgeois,  meurtrier  de  sa  femme,  avoua  son 
crime  et  fut  condamné  parle  Conseil  souverain  à  être  roué 
vif  après  avoir  eu  la  main  droite  préalablement  coupée.  Son 
corps  resta  exposé  sur  la  roue  au  Galgenberg,  alin  que  relte 
vue  inspirât  une  crainte  salutaire.  Nous  n'avons  pas  besoin 
d'ajouter  qu'il  ne  fut  pas  question  d'une  c'réinonie  reli- 
gieuse. 

En  somme,  l'on  voit  que,  sauf  pour  ces  dt'rniers  cas,  el 
comme  nous  le  disions  plus  haut,  les  usag<»s  morli:aiies  n'ont 
guère  changé.  Le  si^rmun  formait  déjà  le  centre  du  ril(».  pour 
remplacer  l'appan'il  plus  sensible  o{  phisIhéAtra!  «b»s  |H)nipes 
catholiques. 


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NOTKS   SUR    INGWILLBR 


IV 


Prosélytisme 

Philippe  de  Hanau,  ayant  embrassé  la  Réforme,  la  fil  in- 
troduire, par  Bucer  et  Hcdion  (1545),  dans  la  partie  du  comté 
que  sa  famille  possédait  depuis  1480;  et  lorsqu'elle  hérita  du 
reste  de  la  seigneurie  en  1570,  la  messe  fut  abolie  aussi. 
Cependant,  malgré  la  règle  cujun  regio  ejus  religio,  il  sub- 
sista une  minorité  dissidente  que  la  révocation  de  Tédit  de 
Nantes  vint  sensiblement  renforcer,  grâce  aux  moyens  de 
propagande  que  Ton  sait.  Le  hameau  de  Hohatzenheim,  au 
canton  de  Hochfelden,  passa  tout  entier  au  catholicisme  en 
1688;  et  c'est  depuis  ce  moment  que  la  chapelle  voisine,  éle- 
vée il  la  place  d'un  château  féodal  et  mentionnée  dès  1180 
dans  une  bulle  d'Alexandre  lll  parmi  les  biens  de  l'abbaye 
de  Naswiller,  sert  de  lieu  de  pèlerinage.  D'autre  part,  le  cal- 
vinisme s'implanta  également  dans  la  région,  lorsqu'après 
1648  on  eut  recours  aux  étrangers,  surtout  aux  Suisses,  pour 
repeupler  le  comté  dévasté. 

Hâtons-nous  de  dire  que  ces  dilïérents  cultes  semblent  s'y 
être  toujours  bien  accordés.  Car  nos  documents,  durant  les 
deux  siècles  qu'ils  embrassent,  ne  font  allusion  qu'à  un  seul 
différend,  survenu  en  1699,  à  propos  d'une  vieille  femme 
protestante  qui  aurait  été  enterrée  dans  la  partie  catholique 
du  cimetière.  C'est  du  moins  ce  que  prétendit  le  curé  qui 
réclama  et  obtint  le  déplacement  du  cercueil  incriminé. 

ingwiller  appartenant  depuis  1480  à  la  maison  de  Deux- 
Fonts-Bilche,  le  luthéranisme  n'y  put  dominer  que  lorsque  la 
mort  du  comte  Jacques  eut  mis  son  gendre,  Philippe  IV  de 
Hanau-Lichtenberg,  en  possession  de  lout  le  comté.  Cepen- 
dant les  nouvelles  doctrines  semblent  avoir  pénétré  et  même 
s'être  propagées  dans  ses  murs  déjà  auparavant.  En  effet,  une 
notice  du  pasleur  Bœringer  d'Obermodern  (1636)  parle  du 
culte  évangélique  en  1570;  et  le  curé  Jean-Lambert  de  Jou- 
dainville,  dans  un  acte  de  baptême  (1697),  dit  que  le  baptis- 
tère fut  détruit  (eoersus  et  disruptus)  par  les  Luthériens  en 
1557. 


74  REVUE  d'alsace 

Quoiqu'il  en  soit,  une  fois  le  changement  officiel  de  reli- 
gion consommé,  on  ne  vil  plus  guère  de  conversions  isolées 
avant  la  grande  pression  exercée  depuis  1685  par  le  gouver- 
nement du  roi.  Nous  n'en  trouvons  que  trois  en  faveur  du  pro- 
testantisme :  en  i6if^,  celle  d'une  vieille  femme  et  d'un  au- 
bergiste, admis  à  la  Cène  luthérienne  peu  de  jours  avant 
leur  mort,  et,  en  1669,  celle  de  la  femme  du  vacher.  Quant 
aux  recrues  du  catholicisme,  nous  n'en  savons  rien  avant 
1695,  puisque  les  registres  antérieurs  sont  perdus.  Dans  les 
30  ans  qui  suivirent  cette  date,  trois  curés  surtout  eurent  des 
succès  de  propagande  :  de  Joudain ville  (1697-1702),  déjà 
nommé,  Adami  (1706-9)  et  Michel  Baldeck  (1718-21).  Le  se- 
cond étant  désigné  comme  curé  royal,  c'est-k-dire  salarié  sur 
la  cassette  particulière  du  souverain,  il  est  probable  que  set 
prédécesseui^s  et  ses  successeurs  le  furent  également,  ce  qui 
expliquerait  leur  zèle  missionnaire.  Le  premier  des  trois  con- 
vertit vingt-et-une  personnes  dont  une  veuve  avec  sept  en- 
fants. Un  habibitant  de  Menchhofen,  un  de  Weinbourg  et  un 
de  Douxviller.  Le  curé  Schott  eut  deux  prosélytes  en  1714. 
Des  dix  gagnés  par  Baldeck,  un  était  de  Houxwiller  et  un  de 
Weinbourg.  La  plupart  de  ces  conversions  étaient  occasion- 
nées par  des  unions  mixtes  ;  souvent  il  s'agissait  de  Suisses 
immigrés  qui,  étrangers  dans  le  pays  et  rompant  toutes  les 
atlnches  avec  leur  passé,  pouvaient  aussi  aisément  changer 
de  religion,  sans  que  cette  démarche  entraînât  pour  eux  les 
désagréments  auxquels  s'exposent  ceux  qui  continuent  k 
vivre  au   milieu  de  leurs  anciens  coreligionnaires. 

Une  seule  fois  il  est  question  de  contrainte  (coactaj  h  pro- 
pos de  la  convei*sion  d'une  femme. 

Trois  des  cas  mentionnés  sur  les  registres  catholiques  sont 
particulièrement  intéressants,  parce  qu'ils  rappellent  des  cir- 
constances qui  se  reproduisent  encore  de  nos  jours,  par  suite 
de  ta  prétention  habituelle  de  l'Eglise  romaine  de  considérer 
les  baptêmes  et  mariages  protestants  comme  nuls  et  non 
avenus.  En  août  1698,  un  mariage  mixte  entre  deux  per- 
sonnes de  Menchhofen,  béni  par  le  pasteur  de  Durstel,  fut 
annulé  par  le  vicaire  général  à  Strasbourg  en  vertu  de  l'or- 
donnance royale  qui  interdisait  absolument  ces  unions,  et  le 
roupie  fut  rebpni   par  le  cuip.  En  janvier  suivant,  l'pnfant 


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NOTBS   SUR   INOWILLBR  75 

d'un  luthérien  près  de  renier  sa  foi  fut  rebaptisé,  et  le  bap- 
tême protestant  qui  lui  avait  été  administré  plus  de  deux  ans 
auparavant,  est  qualifié  de  nefaria  temeritas.  Enfin,  le 
6  novembre  1710,  rédigeant  l'acte  de  baptême  d'un  enfant 
issu  d'une  union  mixte,  le  curé  Wunderlich  remarque  qu'à 
vrai  dire  sa  naissance  est  illégitime,  le  mariage  des  parents 
n'ayant  été  béni  que  par  le  pasteur  d'Asswiller  à  l'insu  du 
vicaire  général,  que  toutefois,  vu  la  gravité  de  la  question, 
il  préférait  la  laisser  en  suspens  et  remettre  la  solution  à 
celui  de  ses  successeurs  qui  serait  appelé  à  délivrer  un  certi- 
ficat de  ce  baptême  insolite.  Largeur  de  vue  rare  pour  cette 
époque  —  et  peut-être  même  pour  la  nôtre  ! 

Voici  le  pendant  de  cet  acte  de  tolérance  relative.  Invité  \i 
baptiser  un  enfiuit  du  berger  catholique  de  Waldolwisheim, 
(jui  pour  lors  se  trouvait  *en  fuite,  le  pasteur  procéda  a  la 
cérémonie  demandée  sans  formule,  ni  observations,  ni  res- 
triction. 

Le  cas  des  époux  Lorenz  (I707j  mérite  aussi  d'être  signalé. 
Le  mari  était  catholique,  la  femme  protestante.  Depuis  long- 
temps le  curé  Adami  réclamait  la  conversion  de  cette  der- 
nière, parce  que  son  père  avait  passé  au  catholicisme  avanl 
qu'elle  ne  fut  confirmée.  Elle,  repoussant  toutes  les  sollici- 
tations, le  maréchal  d'Huxelles^  gouverneur  d'Alsace,  et  le 
vicaire  général  lui  interdirent  la  participation  aux  sacrements 
luthériens  et  obtinrent  de  la  régence  à  Bouxwiller  que  l'ordre 
fut  adressé  au  pasteur  de  ne  prêter  aucun  appui  k  la  récalci- 
trante. Sur  ces  entrefaites,  celle-ci  donna  naissance  a  un 
♦•nfanl,  et  comme  elle  persistait  toujours  dans  son  refus,  le 
père  se  décida  h  baptiser  lui-miMne  son  enfant  selon  le  rite 
protestant,  avec  parrains  et  témoins  protestants.  L'acte 
figure  au  registre  prolestant  avec  une  citation  dogmatique 
destinée  h.  en  prouver  la  validité.  Le  registre  catholique  n'en 
fiiit  aucun  mention,  preuve  que  les  autorités  n'intervinrent 
pas,  soit  qu'elles  n'eussent  pas  connaissance  de  la  chose, 
soit  que,  fermant  les  yeux,  elles  usassent  d'une  mansuétude 
dont  elles  donnèrent  aLrs  peu  d'exemples. 

Le  succès  le  plus  important  pour  le  catholicisme  fut  l'abju- 
ration de  la  famille  Schenk,  de  Schniidtburg  (1730),  et  il  est 
regrottahle  cfiio  nous  n'«qyon«;  pins  les  notes  de   l'année   où 


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76  REVUE  d' ALSACE 

elle  eut  lieu.  C'est  après  la  mort  du  baron  Frédéric  Reinhard 
(7  juillet)  que  tous  ses  enfants,  ainsi  que  son  gendre  Mader, 
inspecteur  des  forêts  du  prince  de  Hohenlohe  à  Zinswiller 
(canton  de  Niederbronnj,  renoncèrent  publiquement  h  la 
religion  de  leurs  pères.  Cette  famille  est  aujourd'hui  éteinte 
en  Alsace;  mais  une  de  ses  branches  survit  en  Hesse-Darm- 
stad  et  une  autre  en  Autriche. 

Enfin,  en  vertu  du  fameux  édit  de  Louis  XIV,  dix-neuf 
enfants  illégitimes  de  mères  protestantes  re^-urent  le  baptême 
catholique  pendant  les  deux  périodes  qui  nous  sont  connues 
(4696-1719  et  1746-70).  Moyenne  :  un  tous  les  trois  ans. 

Disons  encore  un  mot  des  réformés.  On  admet  générale- 
ment que  leur  état  civil  était  porté  sur  les  registres  catho- 
liques, bien  que  les  ordonnances  d'Alsace  ne  renferment 
aucune  prescription  à  ce  sujet.  Tel  semble  en  effet  avoir  été 
l'usage,  à  en  juger  sur  le  fait  suivant.  En  1763,  le  pasteur 
Pétri  baptisa  un  enfant  réformé.  Huit  jours  après  il  fut  cité 
devant  le  maréchal  de  Contades,  (jui  édicta  que  les  pasteurs 
lulhériens  n'avaient  point  le  droit  de  s'occuper  des  réformés, 
du  moins  pour  le  casuel.  L'année  suivante,  d'autre  part,  un 
enfant  rélormé  d'ingwiller  ayant  été  baptisé  par  le  pasteur 
de  Baerenthal,  le  même  maréchal  ordonna  que  le  père  fil 
inscrire  la  naissance  sur  le  registre  catholique,  et  y  apposât 
s.i  signature  h  côlé  de  celle  du  curé.  Ce  dernier  toutefois  ne 
procéda  pas  à  un  nouveau  baptême  et  se  contenta  d'ajouter 
en  marge  la  mention  :  cafcinista.  Il  ne  semble  donc  point 
c|u'on  ait  appliqué  aux  réformés  une  règle  immuable  et  uni- 
forme. En  tout  cas,  l'ordonnance  du  maréchal  de  Coniades 
ne  fut  pas  observée  longtemps;  car  dès  le  19  mars  1769, 
nous  voyons  le  past<»ur  Pélri  baptiser  de  nouveau  un  enfant 
réformé. 

Ces  diverses  circonstances  firent  que  le  catholicisme  pro- 
gressa constamment  a  Ingwiiler  depuis  la  liu  du  17^  siècle, 
comme  on  peut  s'en  convaincre  par  les  chiffres  suivants.  De 
1696  à  1700,  la  moyenne  des  baptêmes  catholiques  est  de  sept 
par  an;  de  1747  a  1751,  de  treize;  de  1770  h  1774,  de  flix- 
huit.  De  nos  jours,  sans  doute,  d'autres  circonstances  ont  mo- 
difié sensiblement  cette  progression,  sans  ramener,  à  beau- 
*iv\\p  près,  la  proportion  (icsrnltes  à  l'état  d'avant  la  guerre  dr 


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Notes  suh  unowiller 


77 


Trenle  ans.  Tandis  qu'en  1849,  des  2,219  habitants,  549 
étaient  catholiques  et  486  Israélites,  on  y  compte  aujourd'hui 
502  catholiques,  soil  encore  plus  du  quart  de  l'ensemble  de 
la  population  chrétienne. 

Notre  conclusion  sera  celle-ci.  L'histoire  religieuse  d'Ing- 
willer,  comme  celle  de  tant  d'autres  de  nos  villages  d'Al- 
sace», vient  confirmer  ce  que  M.  Plistor  disait  naguère  en 
rendant  compte  des  études  de  M.  Reuss  sur  l'Eglise  protes- 
tante de  Strasbourg  en  1686  et  sur  la  situation  légale  des 
protestants  d'Alsace  au  18^  siècle  :  «  Après  avoir  lu  ces 
pièces,  l'on  ne  pourra  plus  répéter  cette  phrase  banale  :  Les 
protestants  ont  joui  en  Alsace,  sous  l'ancien  régime,  d'une 
pleine  liberté  de  conscience...,  ni  cette  assertion  qu'on  trouve 
dans  la  plupart  de  nos  histoires  de  France  :  Tandis  que  les 
calvinistes  de  l'autre  côté  des  Vosges  éUiient  en  butte  h  la 
persécution,  les  luthériens  d'Alsace  ont  continué  a  jouir  pai- 
siblement de  la  liberté  de  conscience,  garantie  par  les  traités 
de  Westphalie.  »  f Annales  de  l'Est,  1888,  p.  258,  et  1889, 
p.  448). 

Th.  Schoell. 


LA  VIE  A  STRASBOURG 


AU 


commencement  du  XVII®  siècle 


Rien  n'est  souvent  plus  difficile  que  de  pouvoir  se  faire 
une  idée  juste  de  la  vie  de  nos  aïeux  aux  siècles  passés. 
Une  tentative  de  ce  genre  absorbe  souvent  pendant  des 
années  la  patience  d'un  érudit,  obligé  de  glaner  de  tous 
côtés  de  menus  faits  dont  il  fera  plus  tard  un  ensemble  bien 
coordonné.  De  nos  jours  on  commence  a  s'intéresser  vive- 
ment k  la  vie  d'autrefois;  à  mesure  que  l'intelligence  s'affine 
on  se  plonge  de  plus  en  plus  volontiers  dans  l'étude  du 
passé.  On  est  curieux  de  savoir  comment  ont  vécu  ceux  qui 
nous  ont  précédé,  quelles  ont  été  leurs  habitudes  quoti- 
diennes^ leurs  mœurs,  leurs  pensées.  On  compare  tout  cela 
k  notre  vie  k  nous,  souvent  l'on  reste  étonné  en  constatant 
combien  l'homme  change  peu. 

A  cet  égard  il  n'est  pas  de  lecture  plus  captivante  que  celle 
du  gros  volume  laissé  par  maître  Daniel  Martin  qui  vivait 
à  Strasbourg  dans  la  première  moitié  du  XVII®  siècle.  Le 
titre  de  l'ouvrage  ne  semble  nullement  faire  prévoir  ce  que 
l'on  y  trouvera.  Le  Parlement  nouveau  est  simplement  un 
de  ces  manuels  destinés  aux  personnes  désireuses  d'ap- 
prendre le  français.  Ce  gros  in-i2  de  8i9  pages  est  divisé  en 
cent  chapitres,  chacun  consacré  k  un  détail  de  la  vie  k  Stras- 
bourg. Chaque  page  est  divisée  en  deux  colonnes;  k  gauche 
le  texte  français  surmonté  de  la  traduction  littérale  alle- 
mande en  petits  caractères,  k  droite  la  traduction  allemande 
correcte. 


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LA    VIE     A    STRASBOURG  79 

L'auteur  semble  avoir  vécu  pendant  assez  longtemps  dans 
la  vieille  cité  alsacienne  car  il  en  connaît  admirablement  les 
mœurs  et  coutumes  (1),  dont  beaucoup  se  sont  transmis  fidè- 
lement jusqu'à  nos  jours.  Il  était  originaire  de  Sedan  et  nous 
ne  savons  que  bien  peu  de  choses  sur  sa  vie.  Il  s'intitule 
linguiste,  ce  que  nous  traduirions  de  nos  jours  par  professeur 
de  langues  vivantes,  et  il  devait  tenir  une  école  dans  la  rue 
du  Dôme  et  avoir  des  pensionnaires  de  différents  pays,  venus 
H  Strasbourg  pour  apprendre  le  français.  Car,  c'est  là  un 
point  digne  de  remarque,  le  français  était  plus  répandu  en 
Alsace  du  XVI«  au  XV1II«  siècle  qu*on  ne  le  croit  générale- 
ment. Les  persécutions  religieuses  avaient  chassé  de  France 
de  nombreux  huguenots,  presque  tous  des  hommes  fort  dis- 
tingués et  qui  s'étaient  établis  dans  le  pays  ;  la  guerre  de 
Trente-ans  amena  en  Alsace,  à  diverses  reprises,  des  armées 
françaises  qui  finirent  par  y  rester  à  demeure  et  à  répandre 
la  connaissance  de  la  langue  française,  jusque-là  cultivée 
exclusivement  par  la  noblesse  et  la  haute-bourgeoisie  qui 
avaient  toujours  eu  des  rapports  très  étroits  avec  la  France. 

On  venait  donc  de  tous  côtés  à  Strasbourg  pour  y  apprendre 
le  français,  comme  le  fit  (Jœthe  un  siècle  plus  tard.  Mattre 
Daniel  Marlin  comprit  qu'il  y  avait  une  lacune  h  combler  et 
il  se  mit  à  parcourir  les  rues,  fréquenter  les  boutiques,  à 
causer  avec  Pierre  et  Jean.  Il  réunit  ainsi  une  foule  de  ren- 
seignements du  plus  grand  intérêt,  les  groupa  méthodique- 
ment et  nous  laissa  ainsi,  sous  la  forme  du  dialogue,  le  ta- 
bleau le  plus  vivant  qu'il  soit  possible  d'imaginer  du  Stras- 


(i;  Ferd.  Reiber  croit  qu'il  habita  Strasbourg  de  16i6  k  4637 
environ.  Le  privilège  de  sa  grammaire,  daté  de  162i,  énonce,  en 
effet,  que  depuis  cinq  ans  il  enseigne  le  français  à  la  jeunesse  stu- 
dieuse de  Strasbourg  ;  et  dans  la  préface  du  Parlement  nouveau 
de  1637,  les  éditeurs  disent  que  la  mort  l'empôcha  de  corriger  les 
épreuves  de  ce  livre.  Dans  ce  dernier  ouvrage,  Marlin  rapporte 
lui-même  qu'il  a  43  ans  en  l'écrivant.  —  (Kûchenzettel  und  Regeln 
eines  strassburger  Frauenklosters  des  XVI  Jahrhundert,  p.  47-48.) 


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f9f^  lavf  r  i^' %!.*%«> 

bf>Drg  à'ski*}r%.  l\  a  *ià  iuhf^ftr  àoo  traraii  T^n  mT  .»  l'àf  e 
de  i3  ai»  (f  . 

A  Tant  de  tracer  on  tahieaa  fie  la  rie  9trasboiirçe«>be  d'af^rès 
Daniel  Martin  iffTefqneH  remarques  préiimioaires  s«jDt  Of^ee^y- 
!4alre>4.  L>it:»>llent  maître  n'a  pas  seulement  l'intentioD  d'ap- 
pTf'ndre  le  français  à  *e^  él»^v^.  il  veut  aus«îi  en  faire  des 
bomrneSy  leur  ineulquer  le^  i*AÏnp^  maximes  d'à  ne  morale 
^lev^  et  de^  senti rrent^  d'indabrenee  envers  lears  coo»:^i- 
t/Aensi.  Il  leur  recommande  la  piét^  àincère,  mais  non  exté- 
rierire  et  de  fioacbe  seolemenî.  il  1^^  encooTa.sre  h  lire  plotùt 
la  Hihie  r(ij*a  «»'adonner  aax  jeux  de  cartes,  il  1^  engage 
h  oinerver  envers  leurs  semblables  une  p*>lîlesse  courtoi"***  et 
leur  donne  des  ex^*mples  tout  «-i  fait  exquis.  La  langue  qu'il 
leur  enseigne  est  d'une  rare  saveur  bien  faite  pour  faire  la 
joi^  de  f:eux  qui  ont  encore  gard^  de  nos  jours  le  culte  d'une 
langue  souple,  riche  et  harmonieuse.  Si  on  rencontre  parfois 
deji  traces  de  précicisit^^,  amenant  un  sourire  involontaire,  ou 
une  expression  d'une  verdeur  un  peu  trop  énergique,  il  ne 
faut  pas  oublier  que  nous  sommes  au  XVII*  siècle  et  que  nul 
n'y  faisait  alors  attention.  Nos  arrière-petils-neveux  souriront 
san»  doute  aussi  un  jour  de  l'aiïéterie  de  certaines  habitudes 
de  notre  langage. 

Le  titre  de  son  ouvrage  est  un  peu  long  comme  on  va  en 
juger.  Il  le  nomme  :  ParU'ment  nouveau  ou  Centurie  inter- 
linéaire de  devis  facétieusement  sérieux  et  sérieusement  facé- 
tieux, comprenans  sous  des  Tillres  do  Professions,  Charges, 
Artifices,  Mesliers  et  autres  Eslats  tous  les  mots  et  phrases 

(i)  Déjà  en  1022  Daniel  .Martin  avait  publié  à  Strasbourg  une 
curieuse  grammaire  française  et  allemande  à  l'usage  des  Alle- 
mands. Les  règles  y  sont  en  latin  et  les  exemples  en  français,  alle- 
*uiand  et  latin  (Favus  prœceptorum  linguœ  Gallicœ.  Argentinai 
anno  1021,  in-8o,  titre  gravé .>  Ce  livre  se  vendait  chez  l'auteur. 
Voiri  rommenl  débute  sa  préface  :  Amis  lecieurs,  mon  destin 
m'ayant  porl^';  en  ces  quartiers,  où  nostre  langue  est  autant  de 
requeste  que  chose  qui  soit,  j'y  ai  trouvé  les  esprits  ne  respirans 
que  Tesludc  d'icelle...  Et  le  vofume  est  de  1621  î—  M.  Reiber,  dont 
Tadinirable  collection  a  été  vendue  récemment  (1896)  possédait 
rexemplalrc  de  l'auteur  avec  40  ff.  de  notes  manuscrites  auto- 
graphes. Le  volume  net  in-8o  était  orné  d'un  titre  gravé  avec  6 
armoiries,  relié  en  parch.  ave.  pi. 


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L\    VIE    A    STUASBOURG 


8i 


nécessaires  en  la  convorsalion  humaine,  ol  par  ainsi  servant 
dî  Dictionnaire  et  ISomenclatiue  aux  amateurs  clo  deux  lan- 
gues Françoise  et  AUcmantle.  Ouvrage  non  moins  utile  pour 
le  public,  que  déleclahlc  pour  la  variété  dos  renronlrcs,  pleins 
de  doctrine  admirable  cl  de  moralité,  autant  qu'il  est  pos- 
sible, parsemé  de  Discours,  Histoires,  S(Milenres  et  Proverbes, 
non  moins  utiles  que  facétieux.  Ensemble  la  table  des  Tiltres 
et  ses  principales  martières  f-s'/V) y  traiclées.  Par  Daniel  Mar- 
tin, linguiste.  Dernière  édition,  reviie,  corrigée»  et  augmen- 
tée.— A  Strasbourg,  aux  despens  des  ]i(»reliersdefeuEverard 
Zetzner,  anno  1060.  —  En  regard  se  trouve  le  titre  allemand 
commençant  ainsi  :  New  Parlement  oder  bundert  kurlz  wei- 
lige,  docJi  nutzlicbe  Gespraech,  frantziesiscb  und  teutsch... 
La  première  édition  a  paru  à  SlraslxRirg  en  1637.  Les 
exemplaires  en  sont  aujourd'bui  introuvables.  La  collection 
de  Ferdinand  Ileiber  vendue  tout  récemment,  en  contenait 
un  (I).  La  nouvelle  édition  que  nous  publions  aujourd'bui 
est  faite  d'aj)rès  colle  do  itîliO.  Nous  n(*  donnerons  (jue  le 
texte  franeais,  nous  contiMitant  de  ne  rojjroduire  en  note  des 
fragments  du  texte  allemand,  (jue  lorscpi'il  olVie  des  particu- 
larités locales. 

Cbarles  NEnLiNCEii. 


{[)  II  parait  que  c'était  le  seul  coinvu.  Une  (iutrc  édition  se  trouve 
mcDlionnée  dans  la  (lalaloguc  do  la  collçcliou  Ilcilz.  très  briève- 
ment sous  le  no  ;ir>27,  connue  suit  :  Les  Coilociuos  français  et  alle- 
mands avec  unegraunuaire  iVai.raise.  Slraf>hour^»  H\l^,  in-li. 

Deux  autres  exemplaires  se  trouvent  dniis  la  riclic  collection  de 
M.  Charles  Mehl.  Ce  suit  : 

DasNcw  Pr.rlauient.  Parlement  nouveau, <.der(ieniein(iospnech, 
Teulseh  und  Frautzœsisch,  ^muIz  nuliîlicb  allen  denen,  so  diesc 
zwotpracbcu  recht  fcrtig  zu  lelir-neu  l)ei:oliien.  ou  Colloques  fa- 
miliers franoois  et  allemands,  fort  })roprcs  pour  tons  ceux  qui  dé- 
sirent parfaitement  apprendre  les  dcùs  la  niques.  Iteveues  et  corri- 
gés pour  la  scccmde  fois  par  S.  Telles,  â  Strasbourg  imprimé  par 
Th.  Paslori  lti63.  Vol.  iii-8o.  (IH  pa.-os  y  couqiris  le  titre;.  (Col- 
lection de  M.  Charles  Mehl). 

Parlcinonl  ou  Vocabulaire  frar.rois  cl  allemand  nouvellement 
inventé  pour  la  C'imiu'xlitc  di  s  viiya^cins  qui  désirent  apprendre 
l'une  on  Piiulre  langue.  A  licsar.*.'  ii  (I  S(^  \<m..1  à  Mrash  org  chez 
IvMiis  D'iussclol.  niarrbaud-lilra're  sous    les   an  ;  <[cs   a\i  U'tm  de 


82  REVUE  d'alsace 

Jcsiis.  s.  d.  iii-12  carl.  2[0  pngos  cl  5  (T.  (17^  siècle/  Colloclion  de 
M.  Charles  Mchl. 

Vax  oulrc.  la  Bihliollicciiie  Nationale  possède  de  Daniel  Martin 
les  trois  ouvrages  suivants  : 

io  —  Acheininenicr.t  à  la  hiuguc  allmande,  c(»ntenant  des  rèigles 
faciles  de  la  prononciation  expriuicc  par  le  moyen  des  lettres 
Franr(îises  c;:niinc  aussi  l'explication  de  chasque  partie  d'oraison, 
avec  un  Abrège  de  Syntaxe.  Item  le  Trucheman  des  François  et 
Allemands,  c'rst-à-dire,  devis  ou  colloques  franu)is  et  allemands 
pour  toutes  occurenccs,  dressez  à  l'usage  de  la  Soldatesque  Fran- 
(^oise  venant  en  reste  ville  ;  comme  le  contenu  le  monstre  en  la 
page  suYvante.  l^c  Tout  dcdiê  à  la  Noblesse  franu)ise  cbercbanl  de 
l'exercice  à  sa  vertu  en  la  (iuerre  d'Allemagne.  Par  Daniel  Martin, 
Linguiste.  Da.i  /x/  A'urfcp  Anlpifunf/  su  der  Teutschon  Sprach... 
—  Strasbourg.  Kverhnrd  Zetzner,  libraire,  l'an  1().*15,  in-i:2  C24G 
pages  ;  provient  des  Auguslins  de  Paris. 

IVibl.  Nal.  X  i49i0.  8o. 

—  C'est  une  grammaire  ;  les  règles  se  Irouvent  dans  la  pre- 
mière partie  et  les  cxcm|)les  suit  d'un  intérêt  alsatique  nïoindre 
dans  la  seconde.  Le  volume  se  termine  par  les  (îrûces  et  par  ce 
distique  : 

Au  commencemenl  et  au  bout 
Soit  l'.ué  (pii  de  rien  fit  tout. 

^.  Le  (luidon  Alleir.and.  enseignant  la  [«rononciation  allemande, 
cxprîmie  par  h?  moyen  du  son  des  lettres  Frauroises,  avec  l'expli- 
cation des  cb.ssjpic  [)artie  d'or?:is()n,  un  abbrégc  de  Syntaxes,  et 
des  Dialogues  ;  dédié  à  la  Jeunesse  Françoise  <Mirieuse  d'apprendre 
la  lî.ngue  allemande.  Pi.r  Dr.nicl  .Martin,  linguîfcte.  De  noveau  im- 
primé, reveu  et  cirri^é.  I>.*r  TeutscIieWegiceiser...  —  Strasbourg 
cbez  (irorge  André  Dolhopf;  Jean  Kverard  Zetzner,  marchands 
libraires,  l'an  de  grâce  16'J'î,  in-l:\  {/yMS  pages). 

Hibl.  Nat.  X  1  iOS.'f.  in-8o. 

(La  préface  est  identique  à  VArIttnninf'm^*iit...  de  hVMy.  Les 
exenqiles  sont  s  JUS  forme  de  conversation  et  se  rapprochent  du 
Parfef}i(*nf  noiir^nn  d.»nt  elles  forment  un  utile  complément  et 
que  nous  [»ublien»ns  également.  Il  est  terminé  aussi  par  le  même 
(listi({ue. 

il.  —  Le  l'arfî/it  (iuidon  aicmaud  rcveu  et  rcn'juvellé.  t'usei- 
gii.-.i.t  la  prononciation  alemande.  exprimée  par  le  miïen  du  s')n 
«les  Lettres  Fram.oises.  avc(^  ri'Ajilicalion  de  chaciue  partie  de 
l'Oraisfui,  un  Abrégé  de  Syntaxe,  et  des  Dialogues;  i\.  quoi  on  a 
ajoiMé  une  fort  belle  Nomenclature,  et  une  Instruction  pour  bien 
composer  lesLcllres,  suivie  de  quebpies  compliments  sur  ces  deux 
langues,  le  toute  fort  commode  à  la  Jeunesse  Fraui.oise,  curieuse 
d'apprenilre  la  Langue  Allemande  :  Par  Dcniel  Martin,  mr.ître  de 
langue,  i\i'  nouveau  revu  cl  corrigé,  par  II.  S.    P'r  Ifutsche  voll- 


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LA    VIE    A    STKASUOIIIG 


83 


PARLEMENT    NOUVEAU 

OU  discours  familier  sur  chaque  profession,  charge  et 
mestier,  contenant  tout  ce  qui  se  dit  ordinairement 
au  commerce  de  cette  vie. 


AVANT-Ii!:U  OU  PRKLUDE 

Bon  jour  et  bon  nouvel  an.  Monsieur  mon  pure.  Je  prie 
Dieu,  qu'il  vous  face  la  grâce  de  le  commencer  avec  ioye  et 
le  passer  en  sant(*  et  prostérilé  ;  et  non  seulement  celuy-cy, 
mais  aussi  plusieurs  autres  à  voslre  souhait. 

Dieu  vous  face  la  mesme  grâce,  mon  clier  fils;  et  vous  y 
face  croistre  tant  ei]  corps  et  esprit,  (ju'en  sa  crainte  et  vraye 
connoissance.  Ainsi  soil-i!. 

Bon  jour  mon  cousin. 

Et  h  vous  aussi,  mon  cousin 

Comment  vous  va  '! 

Je  me  porte  assez  hicn,  Dieu  in(M«*i,  ct)mine  vous  pouvez 
voir. 

Et  vous  ? 

Je  suis  encore  en  l)onniMli>.p()qli«)M,  Dirn  .soit  loué,  et  tout 
presl  à  vous  servir. 

Je  vous  remercie  de  vosln^  oiïiv:  mes  revenus  sont  trop 
petits,  pour  entretenir  un  tel  s<rvi((nir  (pie  vous. 

Dieu  vous  aide,  Dieu  vuu-  >(>il  m  .lide.  Dieu  vous  assiste, 
Dieu  vous  bénie. 

n  me  semble  cjue  vous  avez  (Hernuô  : 

Non  pas?  N'est-ce  pas. 

komnen  VVecQ-Weispr...  — A  CuloiMic  c'irz  l''i'aiiM)is  Mellernich, 
marchand-libraire,  l'an  \'\2,  in-k\    fis  p. 

Bibl.Nal.  \  \V.YX\,  in-go. 

(Ce  voliiino  irninv*  [tins  .Miciin  inUr.M  [rtjir  l'hisloire  des  mœurs 
cl  des  rouliiuM's  d,'  rA!s;.c<\  CVsl  iiiic  -rMiiinairc  banah^  comuic 
loiitos  1rs  aiilics,  nuis  îcinr;,»»'  i»;!i-  une  strie  do  formules  fort 
inlrressault'-;.  Nuis  iii(l!in»'is  à  v  \<",;i- une  (  idilrr-iaron  de  Daniel 
Marlin.  doul  le  sl\le  ne  se  rrcinii;,:!  i:iii!(^  pari.  Le  irrainl  succès 
dont  jouissiiil  .>b;rlin  au  \\  11'' s.  rxpli.pie  r-'jl  liieii  b:  loiilalive 
des  faussaires. y 


84  RSVLE  D* ALSACE 

Aussi  ay-ic,  j'ai  toussé  et  esterniié  en  mesme  temps. 

J'ay  un  grand'rhcunie,  et  une  forte  toux,  qui  m'escroulle 
tout  le  corps. 

Uui  est-ce  lî»,  qui  nous  vient  à  la  rencontre? 

(7est  le  iils  de  nostre  voisin. 

Dieu  vous  ganV. 

Et  vous  aussi.  Que  faites-vous  icy? 

Je  suis  en  chemin  pour  aller  chez  le  barbier  me  faire  tirer 
du  sîing(l). 

Dieu  vous  l)cnie  la  saignée  (2). 

Cïrand'merL'v.  Et  vous,  où  alloz-vous? 

A  l'estuve  H),  pour  suer  et  me  baigner. 

(\)  La  saignée  élail  1res  pratiquée  jr.dis.  KUc  élait  obligatoire  à 
<1(  s  (laies  fixes  (hms  les  ordres  monasliciucs.  Au  XVlle  siècle  les 
Alinanachs  publiés  M  Slrashi.urg  portaient  à  rerlaincs  dates  des 
doubles  croix,  ce  qui  signifiail  qu'il  fallait  se  faire  saig:ner  ces 
jours-îù.  On  se  rendait  h  ret  ellel  chez  le  barbier  dont  la  bouti(iue 
élî.it  reconuaissable  aux  bandelettes  <]ni  pendaient  h  ses  fenêtres. 
D'un  coup  de  iMiirctte  il  ouvrait  une  veine  du  bras  en  reconiman- 
dai:l  de  tuisscr  afin  de  mieux  faire  couler  le  sang.  (Juand  il  chan- 
gciiit  de  <M)uleur  on  meltail  du  coton  sur  la  plaie  et  on  serrait 
fortcincnl  avec  des  bandelettes  CVoir  pour  plus  de  détails  le  cbap. 
ti  fi-de:-sous) . 

(-1)  En  allemand  :  (riûff/c  im  L'rcklein. 

(.'{)  Les  (tuvcsrtaicnt  des  bains  chauds.  On  y  allait  non  pour 
entretenir  la  propreté  corporelle,  mais  pour  se  débarrasser  de 
|)ctit  malaises,  maux  de  dents,  maux  d'veux  ou  de  petits  malaises 
mal  définis.  Le  médecin  Mangue  n-  le  cette  habitude  encore  au 
début  du  XVIlIe  sièele.  11  dit  que  dans  ces  Badstuben  où  régnait 
\nw  ebr.lcur  excessive,  on  se  faisait  verser  une  grande  quantité 
d'eau  chaude  sur  le  corps,  puis  on  se  faisait  appliquer  sur  la  peau 
un  certain  nombie  de  petites  ventouses  de  cuivre  «  larges  comme 
un  <louble  et  scarifier  par  les  muuchcteures  d'une  Ibunmc  »  (Bibl. 

Du  temps  de  Daniel  Martin  celte  opération  coûtait  deux  sols, 
plus  deux  liards  (pfnn  donnait  au  gar(.oiH[ui  vous  tendait  un  linge 
au  s  ;rtir  do  l'étuve  pour  essuyer  les  pieds  et  vous  essuyait  la  lôte 
«  en  la  frottant  d'un  frottoir  blanc,  arrosé  d'eau  d'anis  ».  Généra- 
lement on  appliquait  au  moins  dix  ventouses,  cjuatre  sur  le  dos, 
deux  sur  les  reins,  deux  au-dessnis  des  coudes  et  deux  sur  les 
cuisses.  On  ne  chautTaiL  les  bains  que  trois  fois  par  semaine,  les 
lundi,  mercredi  et  samedi,  il  y  en  avait  doux  spécialemenl  afîeclés 
aux  liommcs,  celui  de  la  W  se  et  celui  de  Spire,  et  trois  aux  femmes 
ceux  de  la  \ÀQ{zum  Tims3n)  du  Cercle  (sum  ll^uf)  et  delà  Plante. 
Auparavant  hommes  et  femnx's  se  baigr.aient  ensemhle. 


LA    VIE    A    STUASBOIRG  Ho 

Dieu  vous  bénie  le  bain. 

Je  vous  remercie  de  bon  cœur.  A  Dieu. 

Il  m'en  faut  aussi  aller.  Bon  soir. 

Dieu  vous  donne  aussi  le  bon  soir,  et  la  bonne  nuit. 

Dieu  vous  donne  bonne  nuict,  et  bon  repos. 

J'ay  ouy  dire  que  vous  estes  fiance  avec  N. 

Vous  avez  ouy  la  vérité. 

A  vostre  bonne  santé  donc.  Dieu  vous  donne  toute  sorte  de 
félicité  en  vostre  mariage. 

Grand'merci,  Monsieur. 

Et  a  vous  toute  joye  en  Tenfanl,  que  Dieu  vous  a  donné  : 
car  (à  ce  qi.e  j'ay  entendu)  vostre  femme  est  accoucbée.  mais 
je  ne  sçay,  si  c'est  d'un  fils  ou  d'une  fille. 

C4'est  un  garçon.  Dieu  merci. 

Dieu  le  veuille  accroistre  en  corps  et  esprit,  et  le  combler 
de  ses  dons  tant  spirituels  que  temporels. 

Je  vous  remercie  très  affectueusement  de  sa  pari,  et  vous 
asseure  qu'il  augmentera  le  nombre  de  vos  serviteurs. 

Serviteur,  Messieurs.  Serviteur  à  toute  la  compagnie. 

A  vos  bonnes  grâces,  Monsieur. 

Avec  vostre  permission  je  saluerai  voi  bonnes  grâces. 

Grand  bien  vous  face.  Je  vous  baise  bien  humblement  les 
mains. 

Je  vous  remercie  de  très  bon  cœur. 

Dieu  soit  céans. 

Dieu  vous  conserve  en  bonne  santé. 

Dieu  vous  donne  bon  voyage. 

Dieu  vous  conduise,  et  ganl  ^  de  mauvaise  rencontre  en 
vostre  voyage. 

Soyez  le  bien-venu. 

Et  vous  le  bien-trouvé. 

CIIAPITIIE     PREMIER 

Du  maistrd  d'escola 

Où  allez- vous?  Où  est-ce  que  vous  allez? 
Je  vais  à  l'Escole  françoise. 
Où  la  tient-on?  Où  est-ce  qu'on  la  tient  ? 
En  la  riie  du  Monstier  (i). 

(i)  Rue  du  Dôme  arUiclle. 


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86  iiEviE  d'alsace 

En  quel  endroit  ? 

Joignant  le  boulengcr  (1),  du  costé  du  Monslier  on  vers  la 
grande  Eglise  (2). 

Que  donne-on  par  mois?  Qu'est-ce  qu'on  donne  par  mois  ? 

On  donne  seize  schillings  :  ou  un  risdale,  ou  bien  quatre 
schillings  par  semaine. 

Combien  de  fois  y  va- on  le  jour? 

Deux  fois  en  payant  seize  schillings  :ou  une  fois  seulement 
en  donnant  douze  schillings. 

Quelles  sont  les  heures  que  Ton  y  va  '? 

Le  matin  on  y  est  de  dix  heures  jusques  h  onze  :  et  Tapres- 
disnée  de  trois  jusques  à  quatre. 

Scavez-vous  bien  pounjuoy  le  mayslre  a  choisi  ces  heures 
plustost  que  d^autres  ? 

Ouy,  c'est  a  fin  que  les  csct)liers  de  classe  y  puissent  aller 
sans  empeschemeut  en  leur  eslude  latine;  car  en  s'en  allant 
de  leur  nagent,  ils  vont  tout  droil  à  leur  maislre  de  langue. 

Qu*apprend-on  en  cestc  escole  outre  la  lecture  Françoise? 

On  apprend  h  parler,  et  aussi  à  escrire,  qui  veut  :  et 
mesme  ceux  qui  ne  sont  pas  paresseux,  ne  se  contentent  pas 
de  sçavoir  peindre  les  lettres  Françoises,  conmie  on  les  escrit 
avec  la  plume  :  mais  s'exercent  deux  fois  la  semaine  h  com- 
poser des  thèmes  François. 

Qu'est-ce  que  vous  enlendez  p^ir  là? 

J'entends  que  le  maislre  leur  dicte  le  Mercredi  et  le  Samedi 
quelques  lignes  en  Allemand,  qu'ils  tournent  eu  lYançois,  la 
correction  desquels  fait  insensiblement  apprendre  la  syntaxe 
Françoise,  exerce  et  empesche  d'uublior  la  déclinaison  des 
noms  et  la  conjugaison  des  verbes. 

N'cst-il  pas  bon  d'exposer  ce  qu'on  a  Icu? 

Ouy,  et  très  utile  :  car  pour  bien  tost  estre  savant  en  la 
langue,  il  faut  lire,  exposer,  composer  et  parler  ô  toutes 
occasions  qui  se  présentent,  sans  estre  honteux  défaillir: 
car  qui  ne  parle  jamais  mal  ne  parlera  jamais  bien. 

Vous  avez  raison  :  apprenlif  n'est  pas  maistre  (3). 

(1)  Neben  dem  Weissbodon.  got;en  dcui  Munster  Ohor. 

(2)  La  cathédrale. 

(3)  En  alleuuuid  :  Der  Pajist  isl  auch  Sc/i:iier  f/eires.^n. 


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LA    VIE    A    STIlASHOir.G  li 

Où  avez-vows  appris  h  lire  en  allemand  ? 
En  Tescole  du  paysan  bleu,  à  la  placiî  d:  s  (lorJeliers   (i), 
près  (la  ponl  d'arche,  non  loing  de  l;i  Chouëltv 

Ce  niaislre  m'a  appris  à  connoislre  les  b'llre.>,  h  ospcllei  cl 
lire  couraniment  dans  un  livre  d'ahecé,  sans  me  servir 
de  louche. 

Combien  de  livrets  avez-vous  perdu  el  desebiré  en  tout  le 
temps,  (juc  vous  avez  esté  à  Tcscole  ? 

Je  n'en  ay  usé  ni  perdu  pas  un  :  car  j'avais  une  malelle 
d'escole,  dans  laquelle  je  le  serrois,  et  si  avuit  ledit  livret  du 
carton  en  la  couverture,  et  des  aiguillettes  (|uc  je  nouois  et 
fermois  soigneusement,  tellement  (pi'il  ne  s'y  faisoit  point 
d'oreilles  d'asne. 

Voyez  louchant  l'Escriture  au  chap-dc  rKscrivain. 

CHAPITRE     DEUXIÈME 


Du  Boulenger 

Voslre  pain  commence  à  se  moisir  (2J. 

Sa  moisissure  se  passera  bientôt  :  car  voilà  la  dernir^re 
miche. 

Il  nous  faudra  recuire  demain. 

La  servante  mettra  à  ce  soir  à  poinct  la  farine,  ou  appres- 
lera  le  levain  et  se  lèvera  de  grand  matin  pour  faire  et  pestrir 
la  paste,  et  chauffer  le  four. 

Cuisez-vous  donc  au  logis? 

Ouy,  nous  avons  esté  contraints,  d'y  faire  faire  un  four, 
parce  que  le  fournier  (3y  achevait  de  nous  desrober  ce  que 
le  larron  de  musnier  nous  avait  laissé  :  et  au  lieu  de  farine 
de  froment,  que  nous  lui  livrions,  nous  rendoit  du  pain  de 
seigle,  ou  de  mesteil  (4),  et- mesme  si  petit,  que  pour  luy 
faire  avoir  son  poids,  il  le  moiiilloit  de  telle  sorte,  qu'à  peine 
le  pouvions-nous  manger,  et  s'esmioit  au  potage  en  guise  de 
bouillie  ou  panade. 

[\]  Place  Klébcr  arluelle. 

[2]  Ewer  Drod  fangt  an  eu  sc/iimlen. 

[H]  Der  Schwarsbeck. 

[■i\  Rocken  oder  MMcprbvod. 


88  REVUE    d'aLSACE 

Avez-vous  tous  les  outils  ou  ustensiles  nécessaires  et  appar- 
tenantes à  un  four? 

Je  crois  qu'ouy. 

Car  nous  avons  une  paelc,  un  fourgon,  un  cscouvillon,  une 
maict,  un  racloir  et  un  plumail,  et  un  sas  ou  sassct  (1)  pour 
faire  de  la  fine  farine  h  faire  paslez,  flans  (2),    tartes,  etc. 

Je  me  suis  aussi  fourni  de  deux  cordes  de  bois  d'aulne, 
parce  que  le  chesne  ne  fait  pas  assez  de  flamme. 

IIé,^e  vous  prie,  faites-moy  un  gasloau.  je  vous  envoyeray 
du  beurre  et  un  œuf  pour  le  pestrir  avec.  Vous  en  mangerez 
vostre  part. 

Envoyez  donc  vistomcnt  :  aussi  bien  veux- je  cuire  un 
pasté  de  ménage,  fait  d'une  grasse  pièce  de  bœuf  bien  lardée 
de  lard,  et  picotée  de  doux  de  girofle. 

Quand  est-ce  que  vous  enfournerez  ? 

Incontinent  que  le  four  sera  assez  cband  :  car  la  paste  est 
desja  assez  levée,  le  levain  était  forl  aigre. 

Je  me  réjouys  de  manger  du  pain  tendre. 

Si  est-ce,  que  le  rassis  est  plus  sain. 

Pour  mon  regard  j'aime  le  pain  rivé  (3),  qui  a  beaucoup 
de  croûte  et  peu  de  mie. 

Je  le  croy  bien,  vous  avez  encore  toutes  vos  dens  affilées 
comme  le  rasoir  d'un  cbaslreur  :  mais  moy,  qui  suis  desja 
une  vieille  édentée,  je  cberclie  le  pain  (jui  a  beaucoup  de 
baisure   (i),  ou  que  les  autres  ont  escrouté. 

J'eusse  esté  une  bonne  paysane,  je  mange  volonlrôs  un  gui- 
gnon  de  pain  bien  frotté  d'ail  et  salé  (Ti ;. 

Oslez-moy  celle  paille  !  (Test  bien  le  tbériatjue  des  villa- 
geois, mais  je  ne  me  musqué  pas  Tbaleine  d'une  telle 
drogue. 

De  combien  de  sortes  de  pain  cui^ez-vous  ! 

[i]  Haï  fer,  /ù'ucke.   Biidcltriscfi    o(h*r    Wischet\    Rachtrag, 
Teiyscharvp,  Kf'hririscli,  Si<'h  odev  Iiruf/er. 
[2]  Fladen. 
[3J  Das  Orthrod. 
[4]  Das  vie/  stoss/uif. 

[5]  Coutume  encore  l'orl  en  usî.f:(»  dî.us  les  c'am[)îjgnes  aux  envi- 
rons de  Strnsbour:,'. 


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lUSBOURG 

farine  sas 
els  et  ser\'    i 
oinc  et  d'oi    • 
)ain  d'espe 


nais  non  p  ; 

? 

)mme  le  l  i 

fromage  j  : 

îin  d'yeux  i 

v'euglc,  co  I 
ris  du  Pai 

ine  pièce  ! 

r(4). 


SIÈME 

Dourvoy  ! 

pour  a  '. 

ne  srac 

entende  i 

je  le 


(f&r  me 


I 


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"èO 


REVUE   I)  ALSACE 


Je  sçay  un  garçon  de  dix-sept  à  dix-huit  ans,  qui  parle 
aussi  bien  François  qu'Allemand.  Ce  sera  iustement  votre 
fait. 

Vou'.ez-vous  que  je  l'envoyé  quérir? 

Guy,  s'il  vous  plaft  :  vous  m'obligerez  fuil. 

Le  voicy  desja. 

Suyvez-moy,  mon  amy,  et  m'aidez  a  acheter  force  petites 
choses  au  marché. 

Marchandez  ces  poulets. 

('ombien  faistes-vous  la  paire  de  ces  poulets  ? 

Je  les  vends  VII  quart  d'escu  la  paire. 

N'avez-vous  point  de  honte  de  faire  un  poullet  huit  sols? 

Soit  honteux  qui  desrobe  et  est  contraint  de  rendre,  comme 
dit  l'Allemand. 

La  rareté  cause  la  cherté. 

Les  soldats  n'ont  laissé  ni  riflle  ni  raffle  (1)  en  nos  villages 
et  hameaux. 

Ce  peu  que  vous  voyez,  a  este  couvé  et  escols(enclos)  en 
ceste  ville. 

Je  vous  en  donneray  six  bats  ou  douze  sols  de  la  paire  : 
et  prend ray  toute  la  volière,  ou  couvée. 

Ils  sont  petits  et  maigrets. 

Lardez-les,  ils  seront  plus  gras. 

Ils  ne  sont  pas  k  vendre  h  moins  de  six  bats  et  demi. 

Je  n'en  donnerais  par  un  liard  d'avantage  :  voyez  si  vous 
voulez  recevoir  de  l'argent. 

Vous  vous  morfondez  là  pour  néant  :  car  ie  suis  asseuré 
qne  personne  ne  vous  en  donnera  tant  que  moy. 

Prenez-les  :  il  m'en  faut  retourner  au  logis. 

Combien  de  paires  y  en  a-il? 

Il  y  en  a  six  qui  montent  à  deux  florins  et  six  bats,  ou 
vingt  quatre  schillings,  ou  trente  six  bats. 

Tenez,  voilà  un  florin  d'or,  qui  fait  deux  florins,  puis  deux 
pièces  de  trois  bats. 

Il  est  vray,  iustement  le  compte. 

Marchandez  ces  œufs. 

[i]  Stumpffnoch  StieL 


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LA    VIE   A   î^TRASHOCUG  91 

J'en  voudrois  bien  acheter  deux  ou  trois  douzaines,  s'ils 
estoient  frais  et  non  couvés. 

Femme,  combien  d'œufs  au  schillings,  ou  combien  donnez- 
vous  d'œufs  pour  un  schilling  (i)  ? 

Cinq  pour  trois  bats. 

N'est-ce  pas  horreur?  Cinq  œufs  pour  six  sols!  J'en  ay 
veu  souvent  donner  en  mon  pays  douze  pour  un  sol. 

Nous  ne  sommes  ni  en  vostre  pays,  ni  en  ce  temps-lk. 
Poulies  mangées  ne  pounent  plus. 

En  voulez-vous  donner  trois  pour  un  schilling  ou  un  pour 
un  sol? 

Je  prendray  toute  la  pancrée. 

Prenez-les,  que  ie  m'en  retourne  viste  au  logis,  donner  la 
mammelle  à  mon  enfant,  ou  allaicter  mon  enfant  qui  crie  au 
berceau. 

Si  ce  n'estoit  cela  vous  ne  les  aurioz  pas  pour  le  prix.  Je 
sçay  bien  que  vous  les  revendrez  deux  ou  trois  sols  la  pièce. 

Je  sçay  tel  qui  en  a  mangé  h  Savernc  ii  un  quart  d'escu  la 
pièce. 

Voilà  des  fromages  bien  passez,  ne  vous  en  faut-il  point? 

Guy,  toute  mangeaille  m'est  bonne.  Marchandez-les. 

Vous  le  pouvez  bien  faire  vous-mosme,  ces  coquetiers  et 
marchands  d'œufs,  de  fromage  et  de  beurre,  sont  Lorrains. 

Païs,  combien  la  pièce  de  cos  petits  fromages? 

Six  gros  :  ils  ne  son  pas  petits  pour  le  priex.  S'ils  estoient 
plus  gros,  ils  seroient  aussi  plus  chers. 

En  voulez-vous  quatre  gros,  ou  deux  bats  ?  Us  seront  bien 
payez. 

0  que  nenny. 

Je  ne  les  voudrais  pas  apporter  pour  le  prix,  quand  ils  ne 
me  cousteroient  rien  d'achai)t. 

Donnez,  donnez^  si  vous  pouvez,  j'en  prendray  une  demie 

douzaine. 

Quand  vous  les  prendriez  tous,  vous  n'en  auriez  pas  meil- 
leur marche. 

[i]  Fraiv,  icievieleyev  gebt  ilir  um  einen  SchilUng.  Cette 
locution  est  encore  employée  très  couramment .  Par  Schilling 
(schilli)  on  entend  aujourd'hui  une  pièce  <le  monnaie  (Iflivo  de  la 
valeur  de  quatre  sous. 


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92  REVL'E   D*ALSACE 

Je  n'ay  pas  le  loisir  de  beaucoup  barguigner,  ic  vous  en 
donneray  cinq  gros  ou  sols. 
Meltez-y  encore  un  demi-gros,  ou  deux  blancs. 
Je  n'en  feray  rien.  Voyez  si  vous  me  les  voulez  laisser 
pour  ce  prix. 
Prenez-les. 

Tenez,  voilà  un  ducalon  pour  les  six,  que  j'ay  mis  dans 
nostre  hotte. 
A  quel  prix  le  mettez-vous  donc?  a  deux  florins. 
Ouy-dà.  Ne  savez-vous  pas  bien  qu'ils  valent  autant  par- 
tout? 
J'aimerois  mieux  de  la  monnoye. 

Je  ne  vous  puis  pas  peindre  l'argent  (dit  rAllemand),  je  le 
vous  donne  tel,  que  je  l'ay  receu  d'un  autre. 

La  femme  au  beurre,  combien  vendez-vous  la  livre  de 
voslre  beurre  frais? 

Je  n'en  ay  point  de  liveres.  Ge  sont  tous  quarterons,  demi- 
livres  et  coins  de  beurre  (1). 
Que  faites-vous  donc  le  quarteron? 
Quatre  sols. 

Ce  seroit  seize  sols  la  livre.  Si  vous  en  voulez  rabbatre 
deux  sols  sur  livre,  ie  prendray  tout  ce  que  vous  en  avez  :*ce 
n'est  qu'un  demi-gros  sur  un  quarteron. 

Prenez,  que  je  m'en  aille  me  réchauffer  au  poile,  .ie  suis 
toute  transie  de  froid. 

Que  voulez-vous  encore  acheter?  N'avez-vous  pas  encore 
fait  toute  voslre  emplette? 

Il  s'en  faut  bien.  Il  me  faut  encore  acheter  cinq  ou  six  pots 
de  beurre  fondu  (2),  des  choux  cabu  (3j,  des  choux  verds, 
des  choux  surs  (i),  et  autres  choses,  que  le  lecteur  de  ce  dis- 
cours trouvera  es  chapitres,  du  jardinier,  coquetier,  marchand 
de  farine,  brasseur  de  bière  (5),  marchand  de  vin,  grais- 
sier  (()],  etc. 
[l]  Ks  seynd  lauter  vierling,  halb  pfund  und  butterwecklein, 
[2]  Fûnffoderscchs  Becker  Aiickpn  oder  Schmnltc, 
[3]  Krautkœpf, 
[4]  Sauerkraut. 
[5]  Biersiedpr. 
[G]  Krempen. 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  93 

CHAPITRE  QUATRIÈME 
Du  Cabaretier 

0  que  j'ay  soif  !  le  pasme  comme  un  poisson  hors  do  Teau. 
Ma  langue  s'Utache  quasi  îi  mon  palais.  Je  crache  blanc 
comme  coUon  de  Malle.  Si  je  rencontrais  maintenant  quel- 
qu'un qui  fust  altéré  comme  moy,  et  me  voulust  tenir  com- 
pagnie, j'entrerois  au  premier  cabaret  que  nous  rencontre- 
rions en  nostre  chemin. 

Bien  que  la  soif  ne  me  travaille  pas  autrexent,  si  ne  lais- 
serai-je  d'estre  de  la  partie,  et  vous  mener  en  bon  lieu,  pour- 
veu  que  vous  me  promettiez  de  m'en  sortir,  ou  de  me  des- 
frayer, et  pour  r'^compense  ie  vous  enseigneray  vne  recepte 
qui  vous  empcschera  d'avoir  iamais  soif. 

Declarez-moy  donc  ce  beau  secret,  vous  serez  franc  d'cscot. 

Beuvez  toujours  un  quart  d'heure  avant  qu'avoir  soif,  elle 
ne  vous  viendra  iamais. 

Il  y  a  longtemps  que  suis  desjeunc  de  telles  drolleries. 
Dites-moy  quelque  chose  de  nouveau. 

C'est  toutes  fois  une  ordonnance  de  Rabelais,  célèbre  doc- 
teur en  médecine,  qui  dit  aussi  que  pour  estancher  la  soif,  il 
n'y  a  point  de  plus  asseuré  expédient,  ni  plus  agréable  au 
patient  altéré,  que  de  boire  souvent  et  h  longs  Iraicts. 

Je  ne  lairray  pas  pourtant  de  payer  vostre  escot  :  menez- 
raoy  seulement  où  il  y  aye  du  vin  d'une  oreille.  Je  hais  le 
ginguet  (1),  le  vin  verd  et  de  deux  oreilles,  la  piscantine,  et 
la  piquette,  bien  qu'on  dise  qu'ils  désaltèrent  mieux. 

Je  vous  nommeray  une  bonne  partie  des  tavernes  ou  caba- 
rets et  hostelleries  de  cestc  ville... 

En  ceste  rue  des  pierres  (2;  il  y  a  le  poile  des  Gourmets 
que  je  say  mener  le  branle,  parce  qu'il  y  a  un  honneste  et 
aimable  homme  d'hoste  fourni  d'excellens  vins  et  de  bons 
morceaux,  n'cscorchant  pas  le  monde  mais  contant  raison- 
nablement. 

[1]  Reissdœj^Tne?%  saurer  Wein,  Trabenrein,  Leyer. 
[2]  Aujourd'hui  Faubourg  de  Pierre, 


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94  IIEVL'E  d'alsace 

Pli4S  avant  au  fauxbourg  est  riIomnie-Gris,  la  Charrue*, 
la  Corne-de-Ccrf  et  le  poile  des  Jardiniers  aux  Deux  Anges. 

Au  le  marché  aux  chevaux  (1;  TArbre  Vert,  et  le  Cercle 
d'Or,  dont  les  principaux  chalands  sont  paysans,  manou- 
vriers,  aides  à  maçons,  escorcheurs  etgadoùards. 

Devant  la  petite  houchcrie^  il  y  a  la  Ilautemontée. 

A  la  place  des  Deschaussez  ou  Cordeliers  est  le  trou  des 
naseaux  autrement  le  sep  do  vigne  (2). 

A  la  vieille  eslappe(3),  la  cave-profonde  et  l'Estable. 

En  la  rue  haute,  l'Aigle  noir,  le  Vigneron,  la  Croix  Rouge, 
le  Coq-Rouge  et  le  Lion  rouge  qui  a  pour  voisin  et  chaland 
l'Exécuteur  delà  Haute  justice. 

Au  marché  au  hlé,  il  y  a  le  Saumon  et  le  poile  des  Sei- 
gneurs. 

Au  Hameau  des  pinçons  (4),  il  n'y  a  que  TEspieu  et  la 
Mousche. 

A  la  Poissonnière  (5),  le  Bouc  et  le  Pied  de  Bœuf. 

Devant  la  Grand'  Boucherie,  la  Couchette. 

Devant  la  Douane,  la  Fleur  et  la  Hache'. 

En  la  rue  des  Corbeilles  (0)  devant  le  portail  du  Monstier, 
la  Cave  du  Faucon  et  un  peu  plus  bas  le  Vieux  Palais. 

Au  le  marché  aux  cerises,  ioignanl  l'hostel  Nostre-Dame 
(7)  il  y  a  le  Cerf. 

Vis  à  vis  de  l'Hoslel  l'Evesque,  le  Parc  des  bestes. 

A  la  Place  Sainct-Estienne,  la  Pucelle. 

Le  long  du  quay  et  es  environ  il  y  a  la  Couronne,  la 
Pomme  d'Or,  le  poile  des  Bouchers,  le  Poisson  de  la  Perche, 

li]  Rossfnajit't  au'].  Place  Broglic.  Los  noms  marqués  'désignent 
des  maisons  cxislaut  encore. 

[2]  Das  Ituhenfoc/i  oder  der  Rebstock  (Place  Klébor  acluollo). 

[3]  Auf  (lem  altcn  Weinmarckt. 

[4]  Im  Finclcireiler.  Il  doit  son  nom  aux  nombreux  pinsons  qui 
peuplaient  les  nombreux  jardins  (|ui  s'clendaicnt  jusqu'au  Hcirilz 
Il  était  habile  par  des  oiseleurs  (jui  vcndaicnl  le  produit  de  leurs 
chasses  devant  la  Pfalz  et  sous  les  Arcades  CVoir  jjIus  loin  rhapilrc 
02  et  Seyboth  Strasbourff  historiq(te\).  5Si*). 

[5]  Auffm  FiscfnnarcJct. 

[()]  In  dffr  Nivrbcntfassp  [i^uj.  dordnangassc]. 

[7]  OKuvre  Nnliv-Dauie  (J'napv  Fraudfn  Ifau<). 


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LA   VIE   A    STRASBOURG  95 

le  Bœuf,  le  Corbeau,  la  Pinte,  le  Bateau,  l'Espadon,  le  Loup, 
la  Rose,  la  Poule  Noire,  le  Cheval,  TAuge. 

Vers  la  Tour  blanche  (i),  le  Grand  poile  des  Jardiniers  et 
le  Tillet  (2). 

Vers  la  porte  qu'on  appelle  kronenburgertho»%  le  Mont  de 
TEstoile  et  le  Sauvage. 

En  la  ruelle  dite  Utzengessel  le  Tonnelet  rouge. 

Devant  le  Pont  Saint-Nicolas  il  y  a  l'Esprit. 

La  Tressure  est  en  la  rue  appellée  rue  de  la  Tressurc  (3), 
entre  la  Poissonnerie  et  la  rue  des  Tonneliers. 

Je  me  tiendray  au  premier  cabaret,  puisque  nous  en  som- 
mes  si  près. 

Entrez  le  premier,  et  parlez  pour  moy. 

Qu'est-ce  que  vous  demandez.  Messieurs  ?  Voulez-vous 
boire  une  pinte? 

Ouy,  Monsieur  l'hoste  ;  mais  mettez  la  main  en  bon  lieu, 
ou  tirez-en  de  la  bonne  broche  :  car  cet  honneste  homme  est 
entré  sur  ma  parole,  que  nous  aurions  céans  un  traict  de 
bon  vin. 

Quel  vin  vous  plaît-il  boire  f  J'en  ay  de  Ilambach  (4),  de 
Iloichenweyer  (5),  de  Reisfold  (Gj,  d'Andlau  (7),  de  Barre  (8), 

(1)  Weisse?'  Thurin, 

Ci)  Pour  le  Tilleul. 

(^)  Lnngengasse, 

(4)  Village  du  B.-Rh..  arr.  Savernc,  canton  Dnilingen. 

ff>)  Haut-Rhin,  arr.  Cohnar,  oant.  Kaysersbcrg.  Riqueurhr,  dit 
Ch.  Gérard,  le  Clos  Vougeot  de  l'Alsace,  qui  offre  son  vin  gris 
Eschgjnesler,  sou  gentil  qui  embaume  tout  un  appartement, 
son  Schœnberger,  si  moelleux  à  la  bouche^  mais  qui  excite  trop  le 
cerveau,  son  Sporeiiy  son  Sonnerxbei^g,  qui  était  aux  comtes  de 
Wurtemberg,  son  Lûppelsberger.  le  vin  favori  de  Jean  de  Man- 
dercheidt  [Ane.  Alsace  à  table  318], 

{Vi)  HeichsI'eld,  B.-Rh.,  arr.  Schlostadt,  cant.  Rarr.  —  Il  produi- 
sait jadis  le  meilleur  vin  de  la  Rasse-Alsace  que  les  Strasboupgeois 
se  disputaient  avant  la  récolte  [Ilid.  317]. 

[7]  B.-Rhin,  arr.  Schlcsladt,  cant.  Rarr.  Le  Kastelberg,  le  \Vi- 
belsberg  et  le  Statndes  clianoinosses  d'Andlau  étaient  particuliè- 
rement renommés. 

[8]  La  vallée  de  St-Ulrlc  à  Rarr  était  autrefois  un  vignoble  re- 
nommé, comme  le  prouve  ce  vieux  dicton  : 

Willst  du  haben  gitt  rothen   Wein, 
So  fa/n*  in  Si  i  Irkhsthal  hùicm. 


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yb  REVUE   D  ALSACE 

de  Dorlesheim  etc.  J'en  ai  de  toutes  couleurs,  du  blanc,  du 
clairet  (i),  du  rouge,  du  paillet  (2).  J'ai  aussi  des  vins  sophis- 
tiquez, du  vin  d'absynthe,  de  sauge,  du  vin  de  cerises,  de 
prunelles,  de  rosmarin,  de  fenouil,  d'eleinc,  du  vin  cuil,  de 
la  malvoisie,  du  vin  d'Espagne,  du  muscat  de  Lyon  (3). 

Je  ne  boy  pas  volontiers  ces  vins  brouillez  mais  le  vin  pur 
comme  il  vient  du  sep  de  la  vigne,  de  la  cuve  ou  du 
pressoir. 

Vous  beuvcz  donc  volontiers  le  moust  ou  le  vin  doux. 

Excusez-moy,  i'ay  horreur  d'on  avaller  une  goutte,  quand 
ie  pense  aux  araignes  et  autre  vermine,  qui  ont  esté  esca- 
chées  avec  les  raisins.  J'entends  et  attends  qu'il  aye  bouilli, 
et  soit  en  sa  boite,  comme  il  est  ordinairement  après  la  Sainct 
Martin,  selon  le  proverbî?,  à  la  Sanct  Martin  on  boit  le  bon 
vin. 

Avez-vous  encore  du  mousl,  monsieur  Thoste? 

Nenny,  tout  mon  vin  a  dosja  bouilli,  il  pique  sur  la  langue, 
la  douceur  on  est  passée. 

Tirez  nous  pinte  de  clairet  de  Rossheim,  pour  estancher 
la  plus  grande  ardeur  do  mon  altération.  Un  plus  grand  vin 
nous  y  enyvreroit. 

Voulez-vous  pas  aussi  un  espcron  de  vin,  comme  une 
langue  de  bœuf  salée  et  enfumée,  une  jambon,  du  rosti 
froid,  une  douzaine  d'alouettes,  un  demi-cent  d'escargots, 
un  demi  oison  rosti,  ou  bien  un  plat  de  saumonneaux. 

Nenny,  nous  sommes  assez  altérez  sans  cela. 

Apprestez  nous  seulement  un  quateron  d'escrevices  :  ou 
bien  au  défaut  de  cela,  une  salade  bien  huilée,  salée  avec 
peu  de  vinaigre,  mais  fort,  et  des  quartiers  d'œufs  à  Tentour. 

Bien,  Messieurs,  ie  m'en  vay  y  mettre  ordre. 

Revenez,  s'il  vous  plaît,  vous  seoir  auprès  de  nous,  pour 
nous  tenir  compagnie. 

Excusez-moi  pour  ce  coup,  Messieurs,  vrayment  il  ne  puis. 

(i^  Schieler  Wein. 

f2)  Gelber  Wein, 

(3)  Wermuthwein,  Salbeywehi,  Reps,  Kirsc/tenwein,  Schle- 
henwein,  Rosmarinwein,  Fenchclirein,  Alantwein,  Gesoitener- 
i4^ein,  Malrcisier,  Lyonhrher  Musaitollcr, 


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LA    VIE   A    STKASBOtnG  \)  t 

Tay  (les  hostes  la  haut  k  qui  il  me  faut  faire  le  conte  cl 
recevoir  les  escols. 

Serviteur  Messieurs,  voila  une  pinte  du  vin  que  vous  avez 
demandé,  et  une  couple  de  pains  blancs.  La  salade  sera 
incontinent  preste.  Quand  il  vous  prendra  envie  de  taster  de 
meilleur  vin,  ou  avoir  autre  chose,  heurtez,  si  je  ne  suis  icy 
haut,  et  demandez,  ou  conr.mandez,  vous  serez  ponctuelle- 
ment servis. 

En  bien  payant,  non  pas?  Valet. 

Cela  s'entend  :  car  la  récompense  doit  suyvre  le  service, 
comme  Fombre  le  corps. 

As-tu  bien  rincé  ce  verre  ? 

Non  seulement  rincé,  mais  frotté  de  cendres  et  de  papier 
mouillé,  il  n'y  a  rien  qui  nettoyé  mieux  le  verre  de  toute 
gi'aisse.  Vous  diriez  à  voir  cestuy-cy  qu'il  vient  de  la  verrerie. 

Verse  donc  plein,  mais  ne  respands  pas  car  je  suis  marry 
de  voir  perdre  une  seule  goutte  de  la  liqueur  du  bois  torlu 
ou  de  rhuile  de  septembre.    • 

N'ayez  peur  de  cela,  i'ay  achevé  mon  apprentissage  au 
meslier  de  valet  de  taverne. 

Faites-vous  gaillards,  messieurs  :je  reviendray  bien  tost. 

A  vos  bonnes  grâces,  Monsieur. 

Grand  bien  vous  face,  Monsieur. 

Excusez-moy  de  quoy  ie  boy  le  premier,  la  grande  soif  me 
fait  commettre  cette  incongruité. 

Hé,  Monsieur,  que  dites-vous,  n'avez-vous  pas  lapuissance 
de  tout  faire  a  vostre  plaisir  en  la  compagnie  de  vostre  ser- 
viteur. Et  même  sans  cela  ie  n'ay  pas  autrement  soif. 

Monsieur,  c'est  moy  qui  suis  vostre  serviteur. 

Mais  regardez,  si  ie  n'eusse  pas  este  une  fort  propre  ser- 
vante qui  tiens  ma  vasaillesi  nelte  ;  on  ne  diroit  pas  qu'une 
mousche  y  ait  beu . 

Je  le  croy  bien,  car  le  verre  ne  seroit  pas  vuide. 

Permettez,  ie  vous  prie,  que  ie  m'en  versée  a  moy-mesnie. 

Laissez  moi  faire,  ie  suis  mieux  en  main  que  vous  :  i'ay  le 
pot  à  ma  main  droicte.  Tenez,  Monsieur,  serviteur. 

Je  vous  baise  les  mains,  Monsieur.  le  vous  feray  tout 
incontinent  raison,  de  peur  qu'on  ne  m'apporte  un  réchaud. 

Pourquoi  donc  une  chaufferette? 


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98  REVUE  D* ALSACE 

Un  bon  drolle  d'altéré  voyant  en  une  compagnie  que  celuy, 
qui  devoit  boire  a  la  rondo,  lenoil  trop  longtemps  le  verre 
en  la  main,  s'amusant  h  devisor,  il  dit  tout  haut  au  valet 
qu'il  apportait  une  eschaufTetle  h  ce  Monsieur,  parce  qu'il 
voyoit  bien  qu'il  bevoit  volontiers  chaud. 

Tenez,  Messieurs,  voilà  une  excellente  salade,  elle  ne  sçau- 
roit  estre  meilleure,  quand  ce  soroit  pour  la  bouche  d'un 
Iloy  :  et  si  voilà  un  reste  de  rable  de  lièvre  froid,  qui  vous 
fera  grand  bien  à  la  jambe. 

Ne  feignez  point  d'en  manger. 

le  vous  asseure  qu'il  n'a  aucunement  esté  margoussé  par 
gens  malhonnestes  :  mais  découpé  sur  la  fourchette  par  uu 
galant  homme,  qui  a  aujourd'hui  disné  icy  avec  un  colon- 
nel. 

Vrayment  on  est  bien  et  habilement  servi  en  ce  logis. 

Vous  auriez  raison  de  le  louer. 

Si  l'hoste  ne  nous  donne  une  eslrillade  au  sortir  de  céans, 
ie  le  reviendray  voir  souvent. 

Il  le  faut  appeler  qu'il  vienne  conter. 

Holà  hau  Monsieur  de  céans,  venez  nous  reprocher  nostre 
vie. 

Que  demandez-vous,  Messieurs  ? 

Nous  voudrions  bien  sçavoir  ce  que  nous  avons  dépensé. 

Non  pas  ainsi,  Monsieur,  mais  dites  que  nous  voudrions 
volontiers  sçavoir  ce  que  nous  avons  gaigné  en  cet  attelier. 

Que  nous  donnerez-vous,  Monsieur  l'hoste,  et  nous  vuide- 
rons  vostre  logis. 

Vous  avez  bien  hasto.  Messieurs  :  pourqiioy  vous  en  vou- 
lez-vous si  tost  aller. 

Nous  voulons  regaigner  nos  logis  avant  qu'il  soict  nuict 
toute  close  :  vous  voyez  qu'elle  vient  à  force. 

Vous  avez  encore  une  demie  heure  de  bon  :  toutes  fois  à 
vostre  bon  plaisir.  Voilà  vostre  oscot  sur  le  Irenchoir,  il  n'est 
pas  grand. 

Comment  est-ce  que  vous  contez? 

Que  veuilent  dire  ces  zéros  (ou  nulles?) 

Veulent-ils  dirent  que  nous  ne  devons  rien? 

Chaque  zéro  signifie  un  schilling  d'icy. 


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LA   Vie  a   STRASÛOUIIG  1)1) 

Effacez  cela,  nons  ne  sommes  pas  paysans  :  escrivez  on 
chiffres  ordinaires  aux  arilmeticiens. 

Qu'est-il  besoin  de  beaucoup  d'escrilurc?  Vous  devoz  seize 
schillings.  le  vous  conteray  tout  par  pièces.  Vous  avez  eu 
pour  diz  batz  de  vin,  pour  deux  balz  de  pain,  pour  quatre 
balz  d'oiseaux  rostis,  un  demie-rable  de  lièvre  de  six  batz, 
et  une  salade  de  deux  batz.  Le  tout  ensemble  fait  vingt 
quatre  batz,  seize  schillings  ou  un  risdale.  Vous  no  vous 
sauriez  plaindre  de  ce  conte  en  ceste  cherté  de  vivres. 

Aussi  ne  faisons-nous.  Puisque  vous  estes  si  raisonnable, 
nous  n'en  rabbattrons  rien,  mais  vous  payerons  à  vostre  mot 
sans  grommeler. 

Et  moy,  pour  vous  donner  d'autant  plus  de  subject  de  me 
venir  bien  tost  revoir,  ie  vous  feray  présent  d'une  pinte  de 
vin  de  satin,  ou  de  veloux  (comme  l'appellent  les  bonnes 
gueules  fresches)  (1),  qui  coule  doux  comme  soye  bleue,  et 
qui  ne  se  vallette  pas.  Regardez,  je  vous  prie,  queile  belle 
couleur  il  a  dans  ce  cristalin  de  Venise  :  il  est  riant  h  l'œil,  et 
friand  a  la  bouche.  Tastez-le,  s'il  vous  plaît.  Monsieur. 

II  est  en  bonne  main. 

Posez  que  je  sois  un  Roy,  et  vous  mon  cscbançon,  quand 
vous  aurez  fait  l'essay,  ie  vous  feray  raison  sans  appréhen- 
sion d'estre  empoisonné. 

A  vous  bonnes  grâces  donc,  Monsieur  :  ie  commenceray 
puisque  vous  feignez  ou  faites  difficulté  de  boire  le  premier. 

le  vous  baise  les  mains,  M.  Thosle. 

Ce  que  i'en  ai  dit  n'est  pas  à  bon  escient,  ie  me  gausse  seu- 
lement. 

le  l'entends  bien.  Tenez,  faites  moy  bien  lost  raison,  et 
beuvez  à  Monsieur  que  voilà,  qu'il  en  dise  aussi  son  ad  vis. 

Encor  que  ma  soif  soit  passée,  si  vuideray-ie  encore  ces- 
luy-cy  par  curiosité,  pour  taster  s'il  est  tel  que  vous  le  qua- 
lifiez. A  vous  Pays. 

Dieu  vous  le  bénie. 

0  qu'il  est  délicat  et  gaillard. 

C'est  du  pur  Hambacher,  sans  aucun  moslange. 

(1)  Von  einem  Schleckicein  darûber  man  die  Knechte  nirht 
gehen  lœsst. 


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iOO  REVUE   d'aLSACE 

La  seconde  pinte,  que  nous  avons  beiie  sous  le  nom  de 
Hanibacher  estoit  plus  fort,  mais  plus  rude  et  non  si  ag- 
greable. 

Il  estoit  sans  doute  brouillé. 

Je  n'y  contredis  pas. 

Quand  vous  reviendrez  une  autre  fois,  ie  vous  donneray 
d'abord  de  cestuy-cy,  pour  en  boire  à  gogo,  ou  a  plaisir. 

Vuidez  tout,  Monsieur.  Ce  seroit  dommage  de  verser  une 
goutte  de  ce  vin  dans  le  baril,  ou  en  la  bouteille  au  vinaigre. 

Nous  vous  remercions  de  vostrc  bonne  boisson,  et  vous 
donnons  le  bon  soir. 

Bon  soir,  Messieurs.  Dieu  vous  donne  la  bonne  nuict. 

CHAPITRE  CINQUIÈME 
De  la  Cuisinière 

Il  est  temps  de  mettre  le  pot  au  feu.  Va  quérir  la  chair  qui 
est  en  cave,  et  la  lave  bien,  que  le  potage  ne  soit  pas  salé; 
car  je  Tay  salé  afin  d'estre  de  meilleur  goust  et  l'empescher 
de  corner  (i)  ce  pendant  je  feray  du  feu. 

Chambrillon,  donne-moy  la  boette  au  fusil. 

La  voilà.  Madame. 

Y  a-t-il  de  l'amorce,  des  allumettes  et  une  bonne  pierre  à 
feu  (2)? 

Ouy,  Madame,  mais  l'acier  n'y  est  pas. 

lia,  le  voilà  sur  le  ménager.(3). 

Va  quérir  des  chenovettes,  bourrées  et  des  busches  (4). 

Bien,  Madame.  Si  j'avois  la  clef  de  la  charbonnière,  j'ap- 
porterois  aussi  du  charbon. 

H  n'en  est  pas  besoin  jusqu'à  ce  qu'on  vueille  rostir.  Pends 

(1)  Das  es  îiicht  schmuttere. 

fè)  Diebuchs  zum  Feuerseuf/.  11  y  a  quarante  ans  on  se  servait 
encore  courauimenl  dans  nos  canipairncs  du  briquet  pour  allumer 
le  feu.  L'emploi  des  allunieltcs  ne  se  rq)an(lit  que  très  lentement. 

(A)DerIIafe?isc/taff,  csi)ère  de  dressoir  encore  en  usage  dans 
beaucoup  de  cuisines  alsaciennes  snrlout  à  la  campagne  où  l'on 
orne  les  rayons  d'assiettes  peinte? de  couleurs  criardes. 

(4)  Hanffstœnjel,  Hpis8ir?Uen  un<f  Scheiter. 


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Lk    VIE    A    STRASBOURG  101 

ce  chauderon  h  la  crémaillière  avec  de  l'eau  ne<te,  pour  en 
remellre  au  pot,  quand  l'autre  sera  esbouillie  :  que  nous 
n*a'yons  du  rosli  et  du  bouilli  en  un  inesme  pot.  Appresle 
aussi  Tescumoire  pour  escumor  le  pot  :  car  il  n'y  a  rien  qui 
me  desgousle  plus  que  de  voir  de  l'escume  sur  la  chair. 
Puisque  nous  cuisinons  sur  l'aire  et  non  dans  le  fourneau, 
mets  le  bois  de  travers  sur  les  deux  landicrs,  ou  chenets  (1), 
afin  qu'il  brusle  mieux.  Hache  ce  rosli  froid  tout  menu, 
comme  chair  a  paslé,  j'en  feray  un  hachis  avec  du  beurre 
frais,  des  espices,  et  un  oignon  coupé  en  rouelles  (2). 

La  graisse  de  rost  seroit  bien  aussi  bonne  que  le  beurre. 

Guy,  qui  en  auroit.  Ne  sçais-lu  pas  bien  qu'on  la  mangea 
hier  toute  en  une  sauce  faite  d'un  fil  de  vinaigre  et  de  mus- 
cade. 

Il  m'en  souvient  bien,  car  j'y  Irempay  aussi  mon  pain. 

Va  quérir  une  jatte  de  fer  blanc,  à  cause  qu'uned'estain  se 
pourroit  fondre  sur  le  rechaud  fait  h  gril,  où  les  charbons 
s'embrazent  comme  en  une  fournaise  :  on  n'a  que  faire  de 
souffler  pour  les  faire  brusler.  Attise  le  feu.  Agence  bien  ces 
tisons  avec  les  molettes  ou  tenailles  :  ne  vois-tu  pas  qu'ils 
sont  roulez  en  bas  des  landiers?  Puis  après  rolave,  etescure 
toute  celte  vaisselle  sale,  qui  est  sur  l'esvier,  ou  plus  tost 
aivier.  Plats,  escuelles,  cuilliers,  cuillicrs  à  pot,  assiettes, 
tailloirs  ou  trenchoirs,  bacins,  couloirs,  chandeliers  d'airin, 
casse  (3),  poiles  ou  paeles,  poïlons,  le  poilon  h  papin  (i),  ou 
bouillie,  mortier  et  pilon,  pots  de  fer,  d'airin,  de  cuyvre,  et 
de  terre,  la  bacinoire  (5),  les  pots  de  chambre,  les  couperets 
et  le  hacheret  ((>),  et  aussi  la  cassolette  d). 

Aiguise  ce  taille-i)ain  (H),  il  os[  mousse  connue  un  fleuret, 
il  coupe  tout  ce  qu'il  void. 

(1)  BrandreiteL 

(i)  Eine  rœdlecht  geschnitt^ne  Ziribel. 

(3>  V Yasser pfann. 

(4  )  Pœppenpfœn  ni 'fin. 

[3]  Bettpfanne. 

[0]  Das  /lackiTïP.'ispr  und /uuim:*ss  'r. 

[7]  Das  Ranchpfanmlcin. 

[8]  Das  Bi*odmesser, 


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102  REVUE  d'aLSACE 

Je  n'ay  point  do  queux  ou  pierre  h  aiguiser  (1). 

C'est  il  faire  a  un  liard,  Tesmoleur  qui  est  devant  noslre 
maison  Tesmoudra  :  aussi  bien  est-il  espoincié,  et  plein  de 
dcns. 

Porte  le  luy  donc  :  car  c'est  un  couteau  qui  a  une  fort 
bonne  alumelle  bien  acérée.  11  est  aussi  amanché  de  corne  de 
cerf.  Tire  ce  roU  de  la  broche,  il  ne  fait  plus  que  se  hazir  (2), 
et  le  laisse  en  la  lèchefrite  devant  le  feu. 

Ne  ielte  pas  les  relaveurcs  dehors,  j'en  veux  faire  de  la 
niangeaille  pour  nos  pourceaux,  avec  du  son  et  des  feuilles 
(le  choux.  Si  je  sçavoi  quelque  bonne  cuisinière,  qui  te  vou- 
lus! instruire,  je  te  incltrois  auprès  d'elle,  pour  apprendre  h 
appresterou  accoustrer  toutes  sortes  de  viandes,  faire  des 
sauces,  cuire  à  l'esluvée,  fiircir  ou  faire  des  farces,  fricasser, 
faire  des  paslez  en  pot,  cuire  du  poisson,  frire  des  poisson- 
nets  avec  du  beurre  et  de  la  farine,  faire  de  toutes  sortes  de 
bignets,  soupes  dorées  de  pain  blanc  et  de  pommes  coupées 
en  rouelles,  des  gaufres,  des  petits  choux,  faire  une  bonne 
aumelette,  des  œufs  brouillez,  des  œufs  pochez,  des  œufs  k 
la  Iluguenotte,  c'est  à  dire  des  moyeux  ou  jaunes  d'œufs 
bien  battus  et  versez  dans  le  jus  et  la  graisse  d'un  gigot  de 
mouton,  et  cuits  en  un  plat  sur  le  réchaud  (3). 

Et  piirce  que  nous  tenon?  des  pensionnaires  de  divers  pays 
ou  chasjun  fait  diversas  sortes  de  potage,  je  voudrais  que  tu 
en  appris>35  h  faire  Û2  toutes  façons  pour  leur  complaire  en 
temps  et  lieu. 

Comment.  Madame,  y  en  a  il  donc  d'autres  que  ceux-cy 
que  je  say  très  bien  faire?  Assavoir  :  Potage  au  beurre,  a  la 
chair,  au  lard,  au  laict,   aux  navenux,  à  l'avoine,   aux  oi- 

(\)  Vyptzstf»in. 

(i)  Verdorren. 

(3;  linihen  tnachen  rerdampffetiy  fîkUet  mnchen,  rœsien,  ha- 
tenpasteten  mac/ipn,  fisc/i  siffJen,  fischiein  fuit  butter  und  mœl 
backen,  allerhand  Kùchleiny  f/uldeîie  schnitteny  œppfelkûch- 
leiriy  tra/jTeln,  schneeballen,  ein  guten  eyerkucheny  gerûhrte 
^^!/^f*  1  (ffbac/iPtie  Eyer,  nie  auc/i  eyer  a nff  Huguenot tisch  (wie 
sie  es  nvui.?n)  rubeveiti?n,da8  eyer  dotter  Kloppfen,  diesclbigen 
in  eines  hamtnelschlegels  feiste  und  safft  mit  muscat  nuss  auff 
einer  glutpfnmien  sicischen  zweyen  schûsseln  kochen* 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  103 

gnons,  aux  poireaux,  aux  choux  blancs  aux  choux  verds,  k 
Toseille,  au  gingembre,  au  persil,  aux  cabus  seurs,  aux  bou- 
dins, k  charbonnier,  aux  pois,  au  riz,  aux  lentilles,  au  pavot, 
aux  amandes,  au  cumin,  au  fromage,  à  l'orge,  h  la  bière,  au 
vin.  Il  la  crème. 

Si  lu  sais  faire  tous  ceux  Ta,  lu  en  sais  une  bonne  partie, 
mais  non  pas  tout  :  car  en  quelques  lieux  on  fait  aussi  du 
potage  au  chanvre,  aux  harengs,  au  merlus  (1).  On  fait  aussi 
une  sorte  de  potage  qu'on  appelle  ragoust,  item  du  chan- 
desu  avBC  du  pain  esmié  (2),  du  sucre  pilé,  de  la  canelle 
baltueavec  de  bon  vin  froid.  Item  un  restaurant  de  nou- 
veaux mariez  fait  d'œufs  ballus  de  sucre,  de  beurre  cuits 
ensemble  avec  du  vin.  Ilem  un  polagc  pour  un  malade  et 
dcsgousté,  fait  d'un  œuf  ballu  avec  un  peu  de  verjus,  du 
beurre  frais  versez  en  l'eau  bouillante  et  salée,  que  ceux  de 
Strasbourg  appellent  kisselsuppeJe  voudrois  que  tusçeusses 
aussi  apprester  de  l'orge  mondé,  du  mil,  du  ris,  des  espi- 
nards,  des  arlichauds,  artifis,  toupinamboux,  asperges,  cham- 
pignons, polirons,  morilles,  phasioles  ou  fèves  de  Rome  (3), 
houblon,  poids  verts,  ou  p.is  en  gousses. 

Pour  estre  bonne  cuisinière  il  seroit  aussi  besoin  que  tu 
sçeusses  bien  accomoder  une  salade  de  laictues  pommées,  de 
pourpier,  chicorée,  endive,  câpres,  bettesiaves,  cresson,  re 
ponces  et  de  choux-blancs  découpez,  saupoudrez  de  poivre 
et  force  sel,  bien  huilez  et  environnez  de  quartiers  d'ceufs. 


(1)  Stockfisch. 

(2)  Ein  Kaltschal  mît  cerribemrhrosam. 

(3)  V  Velsch  e  boh  n  en . 


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A  TRAVERS  LE  PASSE 


SOUVENIRS  D'ALSACE 


POHTIIA ITS,    PAYSAGES 

(Sui/e  (i) 


XXXVI 


Antoinette  Lix.  —  Chemin  de  fer  de  Munster  au  Rhin.  — 
Le  Perruquier  de  Zellenberg.  —  Écoles  et  marchés.  — 
Monument  Bruat.  —  Cantate  et  festin..  —  Fêtes  d'inau- 
guration. 

L'Alsace  a  toujours  élc  une  terre  de  vaillance  et  d'héroïsme. 
La  rppublifjuc  et  l'Einpirc  ont  connu  ces  soldats  légendaires, 
ces  lîouinies  de  bronze,  (jui  ont  illustré  leurs  noms  sur  tous 
les  champs  de  bataille,  les  Kellennann,  les  Kléber,  les 
Lefévre,  les  Rapp  et  tant  d'autres  dont  l'histoire  a  buriné  les 
hauts  faits  sur  ses  tables  d'airain.  Il  lui  était  réservé  de  con- 


(l)Voy.  pp.  ^31-40?)  du  trinirslro  Oclobrc-Novcmbre-Décombre 
d8î>r);  pp.  l>i-5)  rlii  IrinK^sIre  JanYier-lVv!'ier-Mar.s,  pp.  15G-207  du 
Irinicslr»'  Avril-Mai-Juiu,  pp.  3i0-:n7  du  Irimcslrc  Juillel-Aoùt- 
SepltMubnî  i«Si)ô  cl  pp.  ")2î.)-r)V)  rhi  (riniestre  Orlobrc-Novembre- 
Défcnibre, 


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A   TRAVERS   LE  PASSÉ  105 

naître,  dans  les  jours  sombres,  une  femme  dont  Tinvraisem- 
blable  bravoure  deviendra  légendaire  aussi.  C'était  M"®  An- 
toinette Lix,  née  h  Colmar  le  31  mars  1839,  fille  d'un  ancien 
grenadier  de  l'armée  française.  N'ayant  point  de  patrimoine, 
elle  avait  dû,  toute  jeune,  se  créer  des  moyens  d'existence  en 
se  faisant  institutrice.  En  1860,  elle  revenait  de  Pologne  où 
elle  avait  fait  une  éducation  dans  une  famille  noble  et  riche  à 
qui  pesait  le  joug  de  la  Russie.  Dans  ce  malheureux  pays,  les 
ferments  de  révolte  grondaient  toujours  h  l'état  latent.  Le  peu- 
ple polonais,  excité  par  la  noblesse,  se  préparait  en  silence  k 
des  levées  en  masse.  C'est  dans  ce  milieu,  qui  sentait  la  pou- 
dre, qu'Antoinette  Lix,  imagination  exallée  et  cœur  brave, 
élevée  comme  un  garçon  par  son  père,  apprit  h  manier  les 
armes  et  k  monter  k  cheval.  L'insurrection  ayant  éclaté,  elle 
revêtit  un  costume  d'homme  et  y  prit  une  part  active  comme 
officier  de  partisans.  En  1860  je  lavis  k  la  Mairie  de  Colmar 
où  elle  était  venue  me  prier  de  lui  faire  obtenir  un  passe-port 
pour  retourner  en  Pologne.  Elle  comptait  traverser  l'Allema- 
gne sous  un  déguisement  masculin  et  se  faire  passer  pour  un 
voyageur  de  commerce. 

M.  Julien  Sée  (1),  qui  a  fourni  k  la  Chronique  d'Alsace  un 
fort  contingent  d'intéressantes  notices  et  traductions,  a  publié 
en  1884,  dans  la  Revue  Alsacienne,  une  biographie  très  bien 
écrite  d'Antoinette  Lix,  en  utilisant  les  renseignements  que 
notre  vaillante  compatriote  lui  avait  communiqués.  Il  me 
permettra,  j'en  suis  persuadé,  de  recourir  k  son  travail  pour 
compléter  mes  souvenirs  personnels. 

«  En  1863,  elle  était  en  l^logne  chez  Madame  la  comtesse 
Lubienska  qui  lui  avait  confié  Téducalion  de  sa  fille,  lorsqu* 
éclata  l'insurrection  que  la  Russie  eut  tant  de  peine  k  domp- 
ter. Elle  se  mit  k  la  tète  d'une  troupe  de  partisans,  sous  le 
nom  de  lieutenant  Tony  (diminutif  masculin  de  son  nom 
d'Antoinette).  Ses  compagnons  d'armes  ignorèrent  toujours 
son  sexe.  Frappé  un  jour  d'un  coup  de  lance  k  la  poitrine, 
elle  fut  reconnue  par  une  religieuse,  M'*e  Wolowska,  qui  la 
soigna  dans  sa  cellule  pendant  les  six  semaines  qu'exigea  sa 
guérison. 

[1]  Aujourd'hui  bibliothécjdre  à  la  bibliothèque  Forney,  rue 
Tilon  k  l^aris. 


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i06  REVUE  d' ALSACE 

«  Revenue  en  France  en  1866,  elle  va  soigner  les  cholé- 
riques dans  le  Nord  et  sa  belle  conduite  lui  valut  d'être 
nommée  receveuse  des  postes  à  Lamarchc  (Vosges)  où  elle 
assista,  comme  chef  d'ambulance,  au  combat  qui  eut  Heu  le 
11  décembre  1870.  Un  des  Vosgiens,  grièvement  blessé,  était 
resté  entre  les  mains  de  l'ennemi.  Elle  se  met  en  devoir  de  le 
délivrer. 

«  Pour  arriver  au  malheureux  que  nous  cherchions,  nous 
'dûmes  longer  dit-elle,  toute  la  colonne  prussienne  et  nous 
frayer  un  passage  k  travers  la  neige  qui,  à  certains  endroits, 
atteignait  80  centimètres  de  hauteur.  Enfin,  nous  trouvons 
celui  que  nous  cherchions,  étendu  sous  un  arbre  et  entouré 
de  médecins  militaires.  »  (Jui  ctes-vous,  me  dirent-ils?  — 
«  Aide-major,  répondis-je.  »  Ils  me  regardèrent  d'un  air  in- 
crédule, m'interrogea nt  sur  l'opportunité  de  l'application 
immédiate  de  perchlorure  de  fer  pour  arrêter  l'hémorragie. 
Je  conseillai  de  préférence  une  application  de  neige,  en  atten- 
dant que  le  blessé  fut  transporté  à  l'ambulance.  A  partir  de 
ce  moment,  ils  ne  m'appelèrent  plus  que  «  Herr  Doctor  ». 

La  paix  signée,  elle  quitta  l'uniforme  et  revint  à  son  bureau 
de  poste. 

«  Le  gouvernement  lui  a  décerné  la  médaille  d'or  de 
If®  classe  en  récompense  de  sa  belle  conduite  pendant  la 
guerre  et  de  son  dévouement  dans  les  ambulances.  Des 
dames  alsaciennes  lui  ont  offert  une  épée  d'honneur  d'un 
travail  remarquable.  Elle  vit  aujourd'hui  retirée  au  couvent 
des  dames  de  Notre-Dame-de-Sion,  dont  la  supérieure  géné- 
rale est  la  sœur  d'Edmond  Valenlin.  l'ancien  préfet  du  Bas- 
Rhin  qui  se  signala  par  son  héroïsme  au  siège  de  Strasbourg. 

«  La  Société  d'Encouragement  au  Bien  a  couronné  le  livre 
qu'elle  a  écrit  en  1872  sous  le  titre  :  Tout  pour  la  patrie, 
et  dédié  aux  Alsaciens  exilés. 


Comme  un  progrès  en  appelle  un  autre,  la  ville  de  Colmar, 
en  1861,  s'est  trouvée  lancée  dans  une  série  de  projets  im- 
portants qui  ont  sollicité  toute  mon  attention.   La   plume 


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A  TBAVBBS   LE   PASSÉ  107 

grinçait  sans  trêve  pour  élaborer  les  projets  qui  se  succé- 
daient sur  le  tapis  vert  du  conseil.  Après  le  canal  de  Colmar 
au  Rhin  est  venu  le  chemin  de  fer  de  la  vallée  de  Munster  h. 
Colmar,  puis  le  projet  de  prolongement  de  cette  ligne  jus- 
qu'au Rhin  et  au-delk.  La  ville  contribua  pour  21,000  francs 
aux  frais  des  éludes  de  cette  ligne  qui  furent  confiées  à 
M.  Degrand,  ingénieur  en  chef  du  département.  C'était  le 
germe  d'une  grande  idée  qui  devait  entraîner  d'importants 
sacrifices  de  la  part  des  communes  intéressées  et  qui  avait 
engagé  les  villes  de  Fribourg  et  de  Neuf-Brisach  a  voter 
600,000  francs  pour  leur  part  contributive  ù  l'exécution  de 
la  ligne  badoise  correspondante.  Mais  ce  projet  subit  des 
vicissitudes  diverses  :  il  resta  en  suspens  pendant  des  an- 
nées et  ne  fut  parachevé  qu'après  l'annexion. 


Les  hasards  de  la  vie  me  firent  faire  connaissance,  en 
1861,  avec  Lapoutroie  et  Zellenberg.  J'y  acquis  presque  droit 
de  bourgeoisie  par  mon  mariage  et  eus  ainsi  l'occasion  de 
visiter  souvent  cette  partie  de  la  montagne  qui,  de  Kaysers- 
berg  a  Sainte-Marie-aux-Mines,  offre  les  sites  les  plus  mer- 
veilleux et  les  plus  accidentés.  La  famille  de  mon  beau-père, 
alors  percepteur  k  Lapoutroie,  était  originaire  de  Zellenberg, 
petit  bourg  situé  sur  un  contre-fort  des  Vosges,  h  deux 
lieues  de  Colmar  et  dont  le  vignoble  partage  la  renommée 
de  celui  de  Riquewihr  situé  tout  près.  Il  y  possédait  l'an- 
cienne maison  russe  d'où  Ton  découvre  un  des  panoramas 
les  plus  splendides  de  l'Alsace.  Par  un  temps  clair,  on  y  voit 
Vieux-Brisach,  la  Forêt  noire,  la  ligne  blanche  du  Rhin  et 
dans  l'horizon  lointain,  estompé  comme  une  brume  violette, 
la  cathédrale  de  Strasbourg.  Dans  le  voisinage  immédiat,  les 
trois  châteaux  de  Ribauvillé,  ces  nids  d'aigles  suspendus  sur 
des  précipices,  complètent  le  décor  de  ce  paysage  unique. 
Ainsi  que  l'indique  une  inscription  gravée  sur  la  façade,  la 
maison  fut  consti'uite  dans  la  seconde  moitié  du  siècle  der- 
nier par  un  sieur  Joseph  Millier,  natif  du  village,  qui  était 
allé  exercer  sa  profession  de  perruquier  de  l'ancien  réçimç 


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108  REVUE  d' ALSACE 

en  Russie  où  il  avait  fait  fortune  en  poudrant  u  frimas  les 
jeunes  beautés  moscovites,  lières  comme  toujours  d'imiter  les 
modes  françaises.  Cet  ainiable  Figaro  séduisit,  par  l'élégance, 
de  ses  manières,  une  jeune  russe  d'origine  aristocratique, 
sinon  morganatique,  qu'il  épousa  h  Moscou  et  amena  en 
France.  Elle  s'appelait  Eudoxia  Dischkéwa  et  a  continué, 
longtemps  après  la  mort  de  son  mari,  à  habiter  la  maison, 
après  avoir  convolé  en  secondes  noces.  L'ancien  coiffeur,  qui 
possédait  de  nombreux  arpenls  de  vignes,  avait  eu  soin  de 
construire  sous  sa  maison  une  grande  cave  voûtée  pour  y 
loger  les  énormes  foudres  contenant  ses  récoltes.  Il  paraît 
que  la  très  consolable  Eudoxia  n'a  pas  fait  le  bonheur  de 
son  second  époux,  M.  Drolla.  Comme  certaine  princesse  de 
Wurtemberg-Montméliard,  elle  avait  la  passion  des  chiens, 
ce  qui  agaçait  le?  nerfs  do  Tirascible  mari.  Pour  se  les  atta- 
cher (les  chiens)  elle  les  nourrissait  de  saucisses,  donnant 
ainsi  une  entorse  au  proverbe  d'après  lequel  on  ne  doit  pas 
attacher  ses  chiens  avec  des  andouilles.  Le  mari  se  scandali- 
sait de  celte  prodigalité  un  peu  trop  moscovite.  N'importe; 
Eudoxia  devra  h  cette  luxueuse  fantaisie,  qui  m'a  été  certifiée 
par  un  témoin  oculaire,  de  figurer  sous  un  aspect  séduisant 
et  original  dans  ma  petite  galerie  de  portraits  alsatiques. 

Lapoutroie,  chef-lieu  de  canton  important,  est  situé  au 
fond  de  la  vallée  de  Kaisersberg  au  milieu  d'un  paysage 
monlueux  et  très  pittoresque  que  dominent  le  Seelbourg,  le 
Fodey  et  le  Brézouard.  Cette  région  vosgienne,  où  l'on  parle 
exclusivement  le  français  depuis  la  période  gauloise,  prend 
un  cachet  particulier  de  grandeur  sauvage  dans  la  partie 
qui  avoisine  le  lac  Blanc  et  Ui  lac  Noir,  situés  au  sommet  de 
la  montagne. 

Elle  gagne  énormément  il  être  connue  et,  chaque  été,  les 
touristes  y  aflluent  pour  admirer  ce  beau  décor  de  la  nature 
et  respirer  l'odeur  balsami^jue  des  sapins.  Sur  la  route  du 
Bonhomme,  a  deux  pas  de  Lapoutroie,  on  voit  une  de  ces 
bizarreries  de  la  nature  qui  semble  avoir  été  créée  par  la  main 
de  riioaime  ;  c'est  un  roclicr  énorme  dont  le  sommet  repré- 
sente h  s'y  méprendre  la  tête  de  Louis-Philippe  avec  son  lé- 
gendaire toupet. 


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A    TRAVERS   LE   PASSK  109 


Après  une  courte  échappée  dans  le  pays  des  bons  souve- 
nirs,-il  fallut  reprendre  le  harnais  des  occupations  munici- 
pales. Tous  les  projets  dont  j'ai  parlé  plus  haut  étaient  arrivés 
h  maturité  et  Texocution  de  plusieurs  d'entre  eux  commencée. 
Il  restait  à  mettre  au  point  celui  de  la  transformation  du 
quartier  de  la  Poissonnerie.  Toute  l'année  1862  fut  consacrée 
aux  préliminaires  de  ce  travail.  Il  y  avait  h.  acquérir  tout  un 
enclos  de  vieilles  bAtisses  et  de  jardins  ayant  appartenu  jadis 
h  la  Commanderie  de  Saint-Jean,  puis  à  construire  deux 
grandes  écoles,  un  maiché  couvert,  un  pont  sur  la  Lauch  et 
enfin  à  percer  deux  rue.3.  Il  fallut  pour  cela,  contracter  un 
emprunt  de  350,000  fr. 

On  continuait  aussi  à  s'occuper  beaucoup  du  musée.  Je 
préparais  la  refonte  du  catalogue  de  M.  Ilugot,  pour  le  mettre 
au  niveau  des  nouvelles  acquisitions.  On  aimait  à  passer  en 
revue  la  collection  des  gravures  anciennes  dont  le  fonds,  déjà 
très  important,  venait  d'être  enrichi  par  l'acquisition  de 
quelques  collections  particulières.  Parmi  les  dons  de  l'Etat  se 
trouvait  la  belle  œuvre  de  J.-B.  Pirancsi,  le  célèbre  graveur 
italien  du  XVIll*  siècle.  Celte  œuvre  qui,  à  juste  titre,  peut 
être  appelée  colossale,  se  compose  de  seize  volumes  grand 
in-fol.  représentant,  gravé  à  l'eau-forle,  tout  ce  que  Rome 
ancienne  et  moderne  oiïre  de  monuments  remarquables,  ce 
que  l'antiquité  a  laissé  de  plus  précieux  en  bas-reliefs,  vases, 
autels,  tombeaux,  etc.  On  est  confondu  d'admiration  devant 
un  pareil  talent  servi  par  une  pareille  persévérance. 

L'œuvre  des  Piranesi,  père  et  fils,  cgmprend  1733  planches 
d'un  très  grand  format,  parmi  lesquolles  les  sculptures  de  la 
colonne  Trajane  et  de  la  colonne  .Anlonine  sont  particulière- 
ment remarquables. 


Les  constructions  des  écoles  et  du  marché  couvert  se  pour- 
suivaient, en  même  temps  que  M.  BarthoUli  mettait  la  der- 
nière mnin  au  monument  de  l'amiral  Bruat.  La  ville  venait 
de  payer  150,000  fr.,  pour  l'acquisition  de  l'ancien  hôtel  de 
Préfecture  dont  elle  ne  pouvait  prendre  possession  que  deux 


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ilO  REVUE  D^LSACK 

ans  plus  tard,  après  l'achèvement  du  nouvel  hôtel.  Elle  versa, 
en  outre,  une  somme  de  26,000  fr.,  prix,  d'estimation  du 
mobilier,  plus  ou  moins  luxueux,  qui  garnissait  les  apparte- 
ments de  l'ancien  bâtiment. 

L'inauguration  du  monument  Bruat  fut  fixée  au  2t  août 
i86i.  Tous  les  détails  de  cette  solennité,  qui  devait  amènera 
Colmar  quelques  illustrations  de  l'armée  et  de  la  marine 
françaises,  étaient  réglés  k  l'avance.  J'ai  déjà  groupé  dans 
une  autre  partie  de  ces  mémoires  les  chiffres  réalisés  par  la 
souscription  :  ils  donnent  la  n>esure  du  sympathique  accueil 
qu'a  rencontré  la  pensée  créai rice  de  ce  monument  national, 
sur  tous  les  points  du  globe,  partout  où  flottait  le  pavillon 
françuis.  Il  ne  sera  pas  hors  de  propos  de  donner  ici  un 
aperçu  sommaire  de  la  dépense,  afin  deconserverle  souvenir 
du  sérieux  efl'ort  que  l'artiste,  d'une  part,  ot  la  municipalité 
de  l'autre,  ont  dû  faire  pour  consacrer  à  la  fois  la  mémoire 
d'un  grand  homme  et  d'un  grand  événement.  Vdici  les 
chiffres  : 

1.  Exécution  des  modèles  des  statues  .     .     .     Fr.    2,652» 

2.  Moulage  des  esquisses,  modèle  du  monu- 
ment, grandeur  d'exécution 5,529» 

3.  Sculpture  en  pierre  des  quatre  figures  allé- 
goriques      16,000  » 

4.  Fourniture  du  bronze  et  fonte  de  la  statue 

de  l'amiral .  10,000  » 

5.  Moulage  et  exposition  d'un  modèle  en 
plâtre  du  monument  au  Palais  des  Beaux- 
arts  (dépense  facultative  a  la  charge  de  M. 

Bartholdij 5,488  » 

6.  Achat  des  blocs  de  pierre  rose  de  Lulzol- 

bourg  (Bas-Rhin) 7,700  » 

7 .  Taille  des  pierres  et  construction  du  monu- 
ment       6,500  » 

8.  Transport  de  la  pierre  de  taille  et  des  sta- 

^"fs 2,874  » 

9.  Dépenses  diverses 1,810  » 

Total  général  non  compris  les  frais  d'inau- 
S^^^^^on Fr.  58,533  » 


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A   TRAVERS    LE   l'ASSK  111 

L'inauguration  fut  brillante  et  favorisée  par  un  temps 
splendide.  Les  contre-amiraux  Jurien  de  la  Gravière  et  Bo- 
nard,  anciens  frères  d*armes  de  Bruat,  y  assistèrent  avec 
d'autres  officiers  de  marine  et  prononcèrent  des  discours  qui 
furent  très  applaudis.  Les  sociétés  orphéoniques  d'Alsace, 
accompagnée?  par  la  musique  du  1«'  régiment  de  cuiras- 
siers, chantèrent  une  cantate  dont  les  paroles,  composées  par 
M.  Edouard  Fournier,  devenu  depuis  directeur  du  ThétUre- 
Français,  ont  été  mises  en  musique  par  le  compositeur  al- 
sacien J.-B.  Weckerlin,  alors  professeur  au  Conservatoire 
de  Paris.  M.  Weckerlin  et  un  autre  compositeur  alsacien, 
M.  J.  Ileyberger,  avaient  déjii  prêté  le  concours  de  leur 
talent  h  l'Orphéon  de  Colmar  pour  l'interprétation  musicale 
des  œuvres  du  patissier-pocHe  Mangold.  Œuvres  désopilantes, 
écrites  en  idiome  colmarien,  ces  petites  opérettes,  ffarts  und 
Grédele,  S'Lob  vom  ledige  Stand,  Dreifache  Hochzitt  im 
Baesethaly  etc  ,  ont  eu  un  succès  de  fou  rire  et  entretenu 
longtemps  la  gafté  dans  la  société  colmarienne,  alors  que 
V Académie  du  Dimanche  offrait  à  une  vaillante  jeunesse 
l'émulation  de  ses  jeux  athlétiques  ;  alors  que  l'avocat  Yves, 
rivalisant  avec  le  pâtissier  taciturne,  écrivait  pour  elle  en 
beaux  alexandrins,  des  vaudevilles  qui  affrontaient  gaîment 
le  feu  de  la  rampe;  alors  que  l'aimable  et  spirituel  notaire 
Richart  jouait  le  Carnaval  de  Venise  en  frottant  l'une 
contre  l'autre  ses  paumes  harmonieuses,  dont  il  parvenait 
h  tirer  des  variations  musicales. 

Une  compagnie  de  marins  commandée  par  un  lieutenant 
était  venue  de  Cherbourg  par  les  voies  rapides,  pour  suivre 
le  cortège  qui  s'était  formé  devant  l'ancienne  Mairie  rue  Tu- 
renne.  Le  défilé  de  ce  cortège  aux  brillants  uniformes,  enca- 
dré par  l'infanterie  et  la  cavalerie  delà  garnison  de  Colmar, 
offrait  un  fori  beau  spectacle.  Suivant  le  vœu  exprimé  par 
l'administration  municipale,  M'n«  l'amirale  Bruat,  gouver- 
nante des  enfants  de  France,  avait  demandé  îi  l'empereur  la 
décoration  de  la  Légion  d'honneur  pour  M.  Bartholdi,  qui  y 
avait  des  titres  incontestables.  C'est  le  jour  même  de  l'inau- 
guration de  son  œuvre,  le  jour  de  sa  trentième  année,  que 
notre  jeune  artiste  reçut  cette  distinction  :  les  acclamations 
de  la  foule  qui  le  salua  lui  allèrent  droit  au  cœur. 


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ai  REVTE  D^ALSACE 


Celte  pelile  chronique  d'une  solennité  inoubliable  doit  se 
compléter  par  la  reproduction  de  la  cantate  de  M.  E.  Four- 
nier.  La  voici  : 


L'Amiral  Bruat 


(]e  fut  un  bien  noble  courage  : 
Pour  guide  il  accepta  Torage, 
Pour  ennemis  il  prit  les  flots 
Et  les  Océans  pour  champ  clos. 

Partout  la  science  et  Tépée 
Ont  écrit  sa  fièrc  épopée 
En  traits  d'or  sur  le  triple  airain 
Qui  seil  d'armure  au  cœur  marin. 

Sur  ses  naissante  ondes 
J.e  Rhin  avait  bercé 
(]e  lutteur  que  deux  mondes 
Ont  sur  leurs  eaux  profondes 
Mourlri  mais  non  lassé. 

Un  long  cri  de  détresse 
Tout  il  coup  s'entendit 
Du  coté  de  la  Grèce; 
Son  cœur  y  répondit. 

Au  noble  bruit  ([ui  le  mieux  vibre 
A  travers  les  cchos, 
(Juand  la  Grèce  devenait  libre 
11  commença  d'être  un  héros. 

Par  d'insultants  ravages, 
Jusque  sur  nos  rivages 
Les  pirates  d'Alger, 
Vautours  aux  longues  serres, 
De  leur  nid  de  corsaires 
Venaient  nous  outrager. 


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A   TRAVERS    LE   PASSÉ  113 

Il  court  aux  forbans,  il  les  guelle. 
11  les  poursuit,  les  inquiète; 
Mais,  par  un  courage  emporté, 
Il  paie  avec  sa  liberté 
Le  fier  honneur  d'avoir  été 
Le  précurseur  de  la  conquôlo. 

O  n'est  que  pour  les  briser  mieux 

Ou'il  avait  connu  les  entraves. 

Nous  avions  encor  des  esclaves, 

One  le  ciel  d'Amérique  embrasait  de  ses  feux  ; 

Il  leur  porta  la  délivrance, 

Kt  leur  apprit  ainsi  qu'il  faut  bénir  la  France. 

Bientôt  un  nouveau  signal 
Lui  fait  tourner  sa  cnrône; 
(l'est  la  guerre  qui  l'entraîne 
Vers  le  ciel  oriental  : 
Il  l'avait  vu  capitaine. 
Il  le  revoit  amiral. 

Le  bruit  de  ses  canonnières. 
Comme  un  suprême  tocsin. 
Epouvante  les  plus  fières 
Des  villes  du  Pont-Euxin. 

Puis  la  mort  ferma  rilisloire. 
Mais  il  ne  revint  pas  seul  : 
Devant  lui  marchait  sa  gloire 
Oui  lui  donnait  pour  linceul 
Lu  pavillon  de  victoire. 


Est-il  étonnant  que  cette  fête  consacrée  à  la  mémoire  de 
Bruat,  évoquant  des  gloires  militaires  récentes  avec  les  fastes 
de  la  marine  auxquels  l'amiral  avait  une  si  grande  part,  ait 
éveillé  aussi  la  fibre  poétique  locale  ?  La  musique,  repré- 
sentée par  l'Orphéon,  et  s'appuyant  sur  la  poésie,  voulut 
offrir  son  bouquet  au  jeune  artiste.  Elle  trouva  un  interprète 
enthousiaste  dans  M.  L.  Standœrt,  le  rédacteur  des  Echos  du 
/Min,  petit  périodique  paraissant  alors  à  Colmar,  moniteur 


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il4  UEVL'E    D* ALSACE 

officiel  des  sociétés  chorales  alsaciennes.  Sous  ce  Ulre  :  Hom- 
mage à  M.  A,  Bartholdi,  voici  le  morceau  compose  par  M. 
Standœrt,  mis  en  musique  par  J.  lley berger  el  chanté  par 
rOrphéon  : 

Chœur 

0  toi  dont  le  ciseau  magique 

Lègue  un  panthéon  héroïque 

Aux  illustres  aïeux  î  Reçois  ici, 

Des  enfants  de  Colmar,  des  enfants  de  la  Franco, 

Les  chants  d'amour  et  de  reconnaissance  ; 

Au  nom  de  TAlsace  :  Honneur  et  merci  î 

Solo 

Regarde  au  ciel  natal  briller  ta  jeune  gloire 
Ombrageant  de  son  aile  un  chef-d'œuvre  applaudi  ; 
En  traits  de  bronze  et  d'or,  aux  marbres  de  1  histoire 
Un  jour  elle  inscrira  ton  nom,  ô  Barlholdi  ! 

Chœur 

Oui  ta  gloire  rayonne 
Au  front  de  la  cité, 
Te  tressant  la  couronne 
De  l'immortalité . 

Cette  feuille  volante  des  Echos  du  Rhin,  aux  allures  quel- 
que peu  fantaisistes  et  dont  il  ne  reste  plus  que  de  très  rares 
épaves,  ne  parlait  pas  toujours  la  langue  des  dieux,  mais  elle 
nous  a  conservé  le  texte  de  cette  cantate  en  mémo  temps 
qu'elle  consacrait  une  notice  h  un  autre  jeune  Colmarien.  M, 
Victor  Sieg,  qui  venait  de  remporter  le  prix  de  Rome  au  con- 
cours de  composition  musicale,  en  concurrence  avec  St-Saëns, 
et  qui  donnait  alors  de  brillanles  espérances.  Ces  fleurs  pré- 
coces ont-elles  donné  des  fruits"?  Je  consulte  en  vain  les 
Echos  d'alentour.  Musica  et  gloria  in  aëre.  (^est  la  devise 
d'un  violon  de  faïence. 

Le  même  numéro  des  Echos  (août  1864)  renferme  aussi 
une  revue  critique  des  œuvres  de  M.  Bartholdi  parues  jus- 
qu'alors :  elle  est  due  a  la  plume  élégante  d'Edouard  Rave- 


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A   TRAVERS    LE   PARSÉ  il 5 

laer  qui  possédait,  à  un  éminent  degré,  le  sens  arlistique 
nécessaire  pour  les  apprécier  (1). 

Ou  a  toujours  aimé,  k  Colmar,  les  cortèges  professionnels. 
C'est  une  réminiscence  des  anciennes  corporations  de  métiers 
qui,  au  moyen  âge  et  jusqu'à  la  Révolution,  étaient  divisées 
en  tribus,  jouissaient  d'importants  privilèges  et  avaient  voix 
au  chapitre  dans  la  vie  municipale.  Leurs  lieux  de  réunion 
ou  poêles  avaient  un  caractère  architectural  très  pittoresque 
dont  quelques  débris  ont  été  recueillis  au  musée.  Une  quin- 
zaine de  chars  enguirlandés  et  ornés  d'allribuls  des  diverses 
corporations  avaient  donc  pris  place  dans  le  cortège  de  la 
fête  Bruat.  C'étaient  à  peu  près  les  mômes  qui  avaient  figuré 
dans  celui  de  la  féteRapp  et  que  j'ai  décrits  en  quelques  mots. 

«  Dis-moi  ce  que  lu  manges,  je  te  dirai  ce  que  tu  es  »,  a 
a  écrit  Briilat-Savaiin  dans  son  Code  de  la  Gastronomie  élé- 
gante En  voyant  le  menu  du  banquet  servi  par  Landwerlin, 
a  l'hôtel  des  Deux-Clefs,  la  postérité  ne  se  montrera  pas 
indifférente  pour  les  fins  gourmets  qui  ont  dégusté  cette 
symphonie  culinaire.  Il  serait  injuste  de  la  priver  de  cet 
alsatique  précieux  dont  elle  se  pourléchera  les  babines  : 

Potage  riz  Crécy 

Hors-d'œuvre  d'office 

Filets  au  madère  à  la  flamande 

Saumons  sauce  aux  queues  d'écrevisses 

Suprêmes  de  volailles  à  la  Villeroi 

PAtés  chauds  de  perdreaux  aux  truffes  (conserves  Appert) 

Langoustes  en  mayonnaise  historiées,  bordures  de  gelée 

Ouartiers  de  chevreuil  (conserves  Appert) 

Dindonneaux  truffés 

Galantines  de  faisan  sur  socles  garnis  do  hAtelels 

Haricots  verts  à  l'anglaise 

Fromages  glacés,  panachés 

Gâteaux  d'Alsace  aux  avelines 

Pièces  montées 

Ananas 

[i]  M.  Julien  Sôe,  de  Colmar,  qui  possède  de  nombreux  alsa- 
tiques,  a  bien  voulu  me  coniniuniriuor  le  numéro  des  Echos  où 
se  trouvent  ces  renseignements.  Je  lui  en  exprime  (onte  ma 
re<*onnaissanco. 


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il6  REVUE   d' ALSACE 

Desserts  et  fruits  variés 

Vins  d'Alsace,  bordeaux,  bourgogne,  Champagne 

grandes  marques 

Café,  liqueurs 

A  cette  époque  déjà  bien  lointaine,  la  découverte  alors  toute 
récente  des  mines  d*or  n'avait  pas  encore  perverti  rhumanité 
ni  bouleversé  tout  le  système  économique,  ni  détruit  l'idéal 
et  les  vieilles  croyances.  Aujourd'bui,  h  notre  époque  de 
luttes  ardentes  pour  la  vie,  les  soins  matériels  priment  tout- 
Ne  demandez  plus  a  un  homme  s'il  a  un  idéal  social  ou  reli- 
gieux, s'il  croit  à  la  sainteté  du  travail,  de  la  bonté,  de  la 
charité,  s'il  a  le  respect  des  autres  et  de  lui-môme,  si  dans 
un  coin  de  sa  mémoire  il  a  conservé  le  radieux  souvenir  des 
légendes  qui*  ont  bercé  son  enfance  ;  mais  demandez  lui  seu- 
lement s'il  a  de  l'argent  et  quelle  est  la  cote  de  la  Bourse. 
L'argent  est  le  roi  du  monde,  le  souverain  dispensateur  do 
toutes  les  faveurs,  de  tous  les  honneurs,  en  un  mot  de  tout 
ce  qui  peut  s'acheter,  sans  que  le  mérite  personnel  y  soit 
pour  rien.  On  ne  s'enquiert  pas  de  son  certificat  d'origine, 
fût-il  le  produit  de  toutes  les  infamies,  de  toutes  les  compro- 
missions, de  toutes  les  bassesses,  de  toutes  les  trahisons. 
Chapeau  bas  !  c'est  un  dieu  qui  passe.  C'est  Mammon  offrant 
le  bras  à  un  rastaquouère  cosmopolite.  Vive  l'argent!...  et 
l'estomac!  au  rancart  l'idéal! 

«  Avez-vous  de  l'argent?  Oui.  C'est  bien  :  l'on  vous  aime; 
Vous  êtes  grand,  honnête  et  beau,  presque  heureux  même. 
Pauvres,  malheur  a  vous!  Malheur  h  vous,  petits! 
Refrénez  votre  soif,  domptez  vos  appétits; 
Osez-vous  réclamer  au  banquet  de  la  vie 
Une  place?  Sachez  que  ceux  qu'on  y  convie 
Sont  riches^  bien  vêtus.  N'êtes-Yous  pas  honteux 
De  vous  y  présenter,  infâmes  loqueteux?  » 

Ces  vers,  taillés  à  l'emporte-piêce,  sont  de  M.  Marcel  Fio- 
rentino  jeune,  auteur  dramatique  plein  d'avenir,  fils  de 
Pierre-Angelo  Fiorentino  qui,  sous  l'empire,  écrivait  de  main 
de  maître  dans  le  Moniteur  unicersei  la  critique  musicale 
et  dramatique.  {Premières  poésies ^  Paris,  Paul  Dupont, 
1895.) 


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A  TRAVERS   LE   PASSÉ  117 


XXXVII 


Au  lac  Blanc.  —  Guerre  du  Mexique.  —  Financiers  et 
gogos.  —  Le  saucisson  de  foie  gras.  —  Les  travaux 
publics  de  Colmar.  —  Simple  addition.  —  Les  Trois- 
Epis.  —  X.  Hossmann.  —  Bartholdi  à  San-Francisco. 


Après  avoir  passé  cinq  ans  a  Rome,  Tanii  Ilenner  rentra 
en  France  au  mois  de  septembre  1864.  Il  était  dans  la  force 
de  Vùge  et  du  talent.  Sa  réputation  l'avait  précédé  k  Paris  où 
ses  envois  de  Rome  avaient  été  très  remarqués.  En  venant 
nous  voir  à  Colmar  où  il  fit  la  connaissance  de  ma  femme  et 
de  notre  petite  Maria,  il  resta  quelques  jours  avec  nous. 
Nous  allâmes  ensemble  revoir  Zellenberg  et  Riquewihr  qui 
lui  rappelèrent  de  l)caux  souvenirs  dejeunesse,  entre  autres 
le  profil  aux  boucles  d'or,  rappelé  plus  haut,  puis  Lapoutroie, 
le  Bonhomme  et  le  Lac  Blanc.  Dans  cette  région  sauvage  des 
lacs,  un  des  frères  Petitdemange,  les  restaurateurs  attitrés  de 
la  monlagne,  venait  de  construire  un  chalet-hotel  assez  con- 
fortable pour  restaurer  les  nombreux  excursionnistes  qui 
viennent  la  visiter  pendant  la  belle  saison,  c'est-à-dire  de  juin 
a  septembre,  quand  les  neiges  ont  disparu.  Le  temps  était 
modiocremenl  encourageant  :  de  gros  nuages  s'amassaient 
sur  la  montagne  et  donnaient  au  paysage  déjà  sévère  un 
aspect  plus  triste  encore.  Nous  pûmes  cependant  nous  asseoir 
au  bord  du  lac  encaissé  dans  un  vrai  entonnoir  bordé  et  do- 
miné par  des  roches  granitiques  aux  formes  bizarres  :  on 
dirait  un  ancien  cratère  de  volcan.  Tout  autour  quelques 
rares  pAturages  où  des  vaches  clairsemées  ont  peine  àbrouter 
une  maigre  nourriture.  La  neige  séjourne  là-haut  jusqu'à  la 
Saint-Jean  et  donne  au  paysnge,  vu  de  la  plaine,  un  aspect 
tout-à-fait  alpestre.  Pendant  que  d'une  fenêtre  de  l'hôtel,  je 
travaillais  à  prendre  une  vue  de  ce  paysage  étrange,  et  que 
la  plaie  toinbail,  nous  eûmes  l'agréable  surprise  de  voir  ar- 
liver  iliN  daine.-;  (le  Colniîir,  iiilrépides  marcheuses,  qui  V(v 
nai  M)l  par  le  chr-min  d'Orbey.  Kn  (lé[)il  de  la  pluie  persistante 
et  cinglante  qui   estompait    1rs  vides  do   sa   froide  buée,   le 


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118  REVUE  D* ALSACE 

dîner  fut  lrè>  gai,  gràre  Ji  Taninialion  que  lui  donnait  celle 
société  aussi  aimable  qu*inattendue. 


Après  avoir  parlé  des  événements  de  famille,  des  travaux 
administratifs,  des  fêles  et  inaugurations  de  monuments  qui 
ont  absorbé  mon  attention  pendant  la  période  relativement 
calme  qui  s'est  écoulée  entre  1861  et  1864,  je  dois  rappeler 
aussi  certains  événements  extérieurs  qui  ont  assez  vivement 
passionné  l'opinion  publique.  Je  veux  parler  de  celte  guerre 
lointaine  du  Mexique  qui  a  exercé  une  influence  néfaste  sur 
la  situation  politique  et  financière  de  la  France.  Les  griefs 
que  l'Empire  avait  h  faire  valoir  contre  le  président  Juarèz , 
à  propos  de  ses  démêlés  avec  le  banquier  Jecker,  ne  justi- 
fiaient certainement  pas  tous  les  sacrifices  en  hommes  et  en 
argent  que  nous  imposa  la  Politiciue  impériale  pour  créer  en 
faveur  de  Maximilien  d'Autriche  un  empire  mexicain  dont  le 
besoin  ne  se  faisait  nullement  sentir.  Celle  création,  que  le 
ministre  Rouher  appelait  la  plus  belle  pensée  du  règne,  a 
abouli  a  la  sombre  tragédie  de  Qn^'rclaro,  h  la  folie  incurable 
de  rimpéralrice  Charlotte  et  à  l'exallalion  d'un  soldat  de  for- 
lune,  le  fameux  maréchal  Hazaine,  qui,  en  voulant  jouer  un 
rôle  <lynasliquo  à  Melz,  a  fait  cruellement  expier  k  la  l'rance 
sa  confiance  en  lui  ;  enfin  a  ougloulir  aux  dépens  de  milliers 
de  souscripteurs,  les  centaines  de  millions  de  l'emprunt  si 
follement  émis  au  commencement  de  la  guerre.  Je  vois  encore 
la  longue  filière  de  souscripteurs  se  pressant  aux  guichets  de 
la  Recelte  générale  k  Colmar  pour  y  porter  leur  argent  dont 
ils  n'ont  jamais  revu  une  obole.  Avec  le  flair  particulier  à 
leur  race,  Messieurs  les  agioteurs  s'étaient  ingéniés  k  acca- 
parer le  plus  grand  nombre  de  souscriptions  individuelles 
au  moyen  d'un  truc,  alors  tout  nouveau,  et  qui  aujourd'hui 
est  entre  tout  à  fait  dans  les  habitudes  financières  des  grands 
exploiteurs  de  la  fortune  publique.  Dans  sa  bonté  touchante 
pour  les  classes  laborieuses,  auxquelles  il  voulait  inculquer 
le  souvenir  inefi'açable  de  la  plus  belle  pensée  du  règne,  le 
gouvernement  impérial  avait  décidé  que  les  souscriptions  ne 
comporlant  qu'un    seul   titre    seraient    irréduclibles.   Cela 


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A  TRAVERS   LE  PASSÉ  119 

s'appelait  favoriser  la  petite  épargne  par  l'extraction  savante 
du  contenu  des  bas  de  laine.  Certains  gros  souscripteurs 
raccolèrent  alors  une  masse  de  malheureux  sans  sou  ni  maille 
qu'ils  chargèrent,  par  l'appAt  d'un  pourboire,  d'aller  sous- 
crire des  titres  qu'ils  empochèrent  pour  la  plus  grande  gloire 
de  la  ploutocratie,  l'ne  fois  que  ces  titres,  chauffés  par  la 
coulisse  internationale,  avaient  fait  prime,  ils  eurent  la  pré- 
caution d'écouler  tout  leur  stock  entre  les  mains  des  gogos 
avides,  de  sorte  que  ceux-ci  seuls  sont  été  échaudés  quand 
est  venue  la  débâcle  et  que  la  différence  tangible  s'est  en- 
gouffrée dans  les  coffres-forts  des  aigrefins.  Je  conserve 
encore,  comme  un  souvenir  très  cher  et  très  suggestif,  le 
titre  unique  que  j'avais  souscrit,  moyennant  le  versement  de 
350  fr.  ;  mais  cette  image,  souvenir  des  beaux  temps  de 
l'Empire,  m'est  restée  précieuse,  comme  un  enseignement 
moral . 

Et  quand  ceux  qu'on  appelle,  en  langue  académique,  les 
princes  de  la  fîi.iii.co  se  furent  lavé  les  mains  et  gargarisés 
dans  ce  Pc^lJj  malfaisant,  que  restait-il  du  grand  effort 
imposi  ù  la  nation  française  et  k  la  vaillante  armée  qui  s'est 
signal  :c  par  nombre  d'actes  d'héroïsme  et  d'abnégation  dans 
ces  parages  lointains^  Rien  (jue  des  ruines,  des  pyramides 
d'us  blanchis  de  nos  marins,  de  nos  soldats,  l'épargne  fran- 
çaise amoindrie  et,  par  delh  rA(lriati(iue,dans  le  château  prin- 
cier de  Miramar,  domaine  des  Habsbourg,  une  ombre  lamen- 
table trouée  de  balles,  parcourant  de  son  pas  de  fantôme  les 
galeries  désertes  et  rêvant  \\  son  bonheur,  à  celui  de  sa  com- 
pagne, di'lruits  par  l'ambition  d'un  seul,  aidé  de  celle  de  ses 
courtisans. 


C'est  Brillât-Savarin  qui  l'a  dit  :  «  La  découverte  d'un  mets 
nouveau  fait  plus  pour  le  bonheur  du  genre  humain  que  la 
découverte  d'une  nouvelle  étoile  ». 

('olmar  s'était  acquis,  de  longue  date,  une  réputation  in- 
ronlostée  dans  la  fabrication  (!«'s  pAlés  de  fuie  gras,  dont  l'in- 
venteur était  Henry,  le  savant  cuisinier  du  maréchal  de  Con- 
t:ide5,  Int^Tidant  d'Alsace  h  Strasbuursr.  en  1762,  It^  même  qui 


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120  nEVCE   D* ALSACE 

présida,  en  1777,  k  l'inauguration  du  mausolée  du  maréchal 
de  Saxe,  et  créa  la  magnifique  promenade  de  Contades.  Con- 
naissez-vous supplice  plus  cruel  que  celui  de  ces  pauvres 
palmipèdes,  qui  pourtant  sauvèrent  le  capilole  romain,  et 
que  de  barbares  mitrons  enferment  dans  des  cages  de  bois  on 
y  clouant  leurs  pieds  pour  les  empêcher  de  se  mouvoir  ;  quMls 
gavent  ensuite  <rune  pâtée  de  maïs  jusqu'à  les  faire  crever  de 
pléthore,  tout  cela  pour  accroître  le  volume  et  affiner  la  dé- 
licatesse de  leur  foie  destiné  h  la  table  de  LucuUus? 

Donc  la  réputation  des  pâtés  de  foie  trufi'és  deColmar  était 
grande  et  le  pîUissier  Scheer,  véNlable  artiste  dans  son  genre, 
en  expédiait  chaque  année  des  quantités  énormes  aux  quatre 
coins  de  l'horizon.  Sa  réputation  lui  avait  même  valu  la  clien- 
tèle d'Ismaïl  Pacha,  ce  prodigue  vice-roi  d'Egypte,  chez  qui 
les  préoccupations  du  gourmet  marchaient  de  front  avec  les 
soucis  du  gouvernement,  et  qui,  triste  épave  de  la  royauté 
amoindrie,  vient  de  mourir  en  exil  et  de  rentrer,  les  pieds  en 
avant,  dans  sa  patrie. 

Or  il  arriva  que  les  lauriers  de  ce  pâtissier  hors  ligne 
empêchèrent  M.  Bareis,  le  charcutier,  de  dormir.  Dans  toutes 
les  professions  sociales,  même  les  plus  humbles,  il  y  a  des 
hommes  de  génie.  M.  Barreis  était  du  nombre  de  cas  prédes- 
tinés. A  force  de  rêver  aux  moyens  de  détrôner  ce  fameux 
pâté  à  la  croûte  dorée,  mets  des  dieux,  que  les  riches  seuls 
pouvaient  se  payer,  une  idée  géniale  surgit  de  son  cerveau 
et  il  eiH  pu,  s'il  avait  connu  le  grec,  s'écrier  comme  Archi- 
Hiède  :  Eurèha^'ydi  trouvé!  Il  s'était  promis  de  démocratiser 
le  foie  d'oie  Irulîé  et  pistache  et  il  y  réussit  du  premier  coup 
en  créant  le  fameux,  l'incomparable,  le  savoureux,  le  divin 
saucisson  de  Colmar, 

Cette  rareté  alsatique  est  en  train  de  faire  le  tour  du  monde, 
tout  aussi  bien  que  le  roman  le  plus  pimenté  de  Zola,  sous 
son  appétissante  enveloppe  jaune  safran,  agrémentée  de  fa- 
veurs roses,  qui  tire  l'œil  des  amateurs  et  donne  un  regain 
de  gaîté  à  la  montre  alléchante  des  charcutiers.  Arrière  donc 
les  saucissons  vulgaires  de  la  vieille  charcuterie  de  nos  pères! 
A  côté  de  lui  le  saucisson  de  Francfort  jaunit  de  jalousie,  le 
cervelas  de  Strasbourg,  le  knackwurstetle  boudin  aussi  vieux 
que  le  monde,  pâlissent  de  rage,  et  l'illustre  saucissonde  Lyon, 


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A   TRAVERS  LE   PASSÉ  121 

SOUS  son  pardessus  gris  et  sa  feuille  argentée,  rougit  de  honte 
de  se  voir  supplanté  par  cet  intrus  en  robe  jaune  marchant 
fièrement  à  la  conquête  des  estomacs  prolétaires. 

En  donnant,  d'abord,  h  son  produit  le  tilre  de  Saucisson 
impérial,  M.  Bareis  se  montra  profond  politique.  Voulant 
conquérir  Ten  viable  clientèle  de  Tempereur,  il  fit  hommage 
au  souverain  d'une  caisse  de  charcuterie  de  haute  liesse. 
Oncques  n'ai  pu  savoir  ce  qu'en  pensa  celui-ci.  Il  est  plus 
que  probable  que  le  personnel  de  service  au  palais  des  Tui- 
leries s'en  délecta  dans  l'intimité  de  l'antichambre.  L'inven- 
teur qui  espérait,  à  bon  droit,  de  plantureuses  commandes, 
et  qui  sait?  peut-être  le  titre  honorifique  de  fournisseur  de 
l'empereur,  dut,  pour  cetle  fois,  rengainer  sa  légitime  ambi- 
tion. Mais  il  n'était  pas  homme  k  se  laisser  désarçonner  pour 
si  peu  et  sa  revanche  fut  bientôt  prise. 

Il  existait  k  Paris  une  Académie  dite  nationale,  délivrant, 
contre  finance,  des  brevels  d'académiciens  aux  inventeurs 
bien  avisés,  aux  poêles  incompris,  aux  pharmaciens  créa- 
teurs d'une  panacée  nouvelle,  voire  môme  aux  fabricants  de 
moutarde  et  de  poudre  insecticide.  Vous  voyez  d'ici  cet  aréo- 
page classique,  assis  autour  de  son  tapis  vert,  dégustant  une 
tranche  du  saucisson  impérial,  accompagné  d'un  apéritif  et 
prononçant  gravement  le  digntis  es  intrare.  Et  voilk  com- 
ment l'heureux  inventeur  pouvait  faire  imprimer,  sur  ses 
factures  ces  mots  magiques  :  Membre  de  V Académie  natio- 
nale. Loin  d'être  un  panache  vulgaire,  c'était  une  dignité 
dont  il  avait  le  droit  d'être  fier.  Voici,  en  effet,  un  extrait  du 
rapport  de  l'Académie  nationale  copié  dans  le  prospectus  de 
sa  succursale  de  Paris,  établie  en  1882  : 

«  M.  Bareis,  de  Colmar,  dont  nous  avons  déjà  parlé  en 
i8(>4 ,  k  propos  de  pâtés  en  conserve  ,  qui  avaient  subi 
l'épreuve  d'un  voyage  de  plusieurs  années,  vient  de  nous 
soumettre  un  nouveau  produit  que  nous  ne  connaissions  pas 
encore. 

«  M.  Bareis  a  imaginé  de  faire  des  saucissons  avec  des 
truffes,  des  pistaches,  du  foiagras  et  de  la  volaille.  Le  résul- 
tat acquis  est  des  plus  heureux.  Cest  un  véritable  succès 
gastronomique. 

«  Que  les  gourmets  se  réjouissent  donc;  car,  bien  qu'il 


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142  REVUE  d'alsage 

n'y  ail  rien  de  nouveau  sons  le  soleil,  les  saucissons  de  foie 
gras  Irufîé  de  M.  Bareis  sont  faits  pour  exrilor  la  jubilation 
des  fins  mangeurs  el  rendre  TapjVMil  à  ceux  (jui  l'ont  perdu. 

«  Quelques  tranches  de  ce  saucisson  auquel  M.  Bareis  a 
donné  répithètc  (rA/sacicn,  arrosées  d'un  verre  de  vin  du 
Rhin  et  môme  de  plusieurs,  consUluent  désormais  ce  que 
Brillai-Savarin  eût  appelé  une  friandise.  » 

«  Ah  !  qu'en  termes  galants  ces  choses-là  sont  dites  !  » 

En  tous  cas  il  n'existe  pas  à  Paris  une  seule  charculi;rie 
qui  n'exhibe,  comme  savoureux  hors  d 'œuvre,  ce  roi  des 
saucissons,  qui,  depuis  la  chute  de  l'empire,  a  pris  le  nom  de 
saucisson  de  Cohnar,  conférant  ainsi  à  sa  ville  natale  un 
renom  digne  d'envie. 

Qu'est  devenu  l'inventeur?  Il  s'est  retiré,  dans  ses  vieux 
jours,  h  la  maison  de  campagne  qu'il  possède  depuis  long- 
temps h  Colmar,  sur  la  route  de  Bàle,  l'ancien  domaine  de 
Rodolphe  Kaeppelin.  Dans  le  jardin  attenant  il  avait  créé 
une  pièce  d'eau  avec  un  Ilot  en  forme  de  monticule,  sur~ 
monté  d'une  chapelle  en  miniature  comme  un  joujou  de 
Nuremberg.  Mais  ce  cher  souvenir  a  disparu,  entamé  par  la 
pioche  municipale  ijui  y  a  fait  passer  le  boulevard  du  Ilaut- 
Landsberg.  Dans  cet  ermitage  M.  Bareis  peut  réliéchir  au- 
jourd'hui aux  vicissitudes  de  la  vie  d'inventeur  et  se  rendre 
ce  témoignage  flatteur  que  son  saucisson,  imité  par  tous  les- 
charcutiers,  a  franchi  l'Atlantique  et  continue  à  faire  les  dé 
lices  des  deux  mondes,  en  stimulant  les  papilles  gustatives 
des  gourmets. 

Un  de  mes  amis,  revenu  récemment  des  bords  du  Missis- 
sipi,  l'a  vu  parader  sur  l'étal  des  bouchers-charcutiers  de 
Saint-Louis  et  de  Chicago. 


Dans  les  premiers  mois  de  Tannée  i86o  nous  nous  occu- 
pions de  réunir  les  éléments  d'un  rapport  d'ensemble  destiné 
à  faire  ressortii'  l'ceuvre  accomplie  par  la  municipalité  pen- 
dant la  première  période  décennale  de  son  administration. 
Je  croirais  manfpier  à  mon  devoir  de  chrunif[ueur,  si  je  ne 
reproduisais  pas  ici  quelques  chitVres  qui,  malgré  leur  aridité, 


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A  TRAVERS   LE    PASSÉ  123 

peuvent  donner  la  mesure  de  tout  ce  qui  a  oté  remué  d'idées 
et  de  matériaux  pour  régénérer  la  vieille  cité  colmarienne,  de 
tout  ce  qu'il  a  fallu  de  patient  labeur,  de  veilles  prolongées, 
d'humeur  accomodante,  de  grincements  de  plumes,  de  dia- 
logues vifs  et  animés,  de  protocoles  et  d'interlocutoires,  de 
démarches  diplomatiques...  et  de  tintements  d'or  et  d'argent, 
pour  effacer  les  vieilles  rides  et  draper  des  choses  surannées 
sous  une  peau  neuve.  Pour  certains,  que  je  connais  intime- 
mement,  cette  peau  a  été  une  peau  de  chagrin. 

Voici  donc  la  récapitulation  : 
I.  Construction  et  réparât,  de bAtimenls     Fr.  i. 600,273  71 

II.  Réfection  des  pavés  et  trottoirs    .     ,  159,989  03 

Ilï.Percemenlsetélargisssementsderues  141,501  17 

IV.  Travaux  de  voirie  intérieure  .     .     .  47,046  23 

V.  Service  rural  et  forestier    ....  190,582  02 
VI.  Monuments  publics  ......  17,56585 

VIL  Fêtes  publiques  et  concours    .     .     .  60,458  48 

Vin.  Embranchement  du  canal  du  Rhône 

au  Rhin  sur  Colmar 1,678,000     » 

JX.  Frais  d'études  du  chemin  de  fer  des 

Vosges  au  Rhin 21,050     » 

X.  Dépenses  et  travaux  divers.     .     .     .  26,982  14 

XI.  Intérêts  des  emprunts  contractés  pour 

l'exécution  des  travaux 330,572  83 


Total  général  des  dépenses.     .     Fr.  4,286,021   iO 

Ceci  c'est  de  l'histoire  condensée  en  onze  lignes.  Elle  a  en 
un  très  aimable  corollaire  dans  le  rapport  du  27  mai  1865  de 
la  Commission  des  finances  chargée  d'examiner  le  compte- 
rendu  décennal. 

Voici  comment  s'exprimait  M.  Edouard  Rencker,  le  rap- 
porteur de  cette  commission  et  l'un  des  membres  les  plus 
autorisés  du  conseil  municipal  : 

«  11  nous  reste  k  remplir  un  devoir  bien  doux,  celui  d'offrir 
à  Fadministration  municipale,  à  la  veillé  du  renouvellement 
de  nos  mandats,  l'expression  de  nos  félicitations  et  de  nos 
vœux. 

«  Dans  un  rapport  remarquable  où  se  trouve  exposée 
l'œuvre  des  dix  dernières  années,  h  laquelle  la  population 


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124  HEVL'E   d'ALSACE 

reconnaissante  atlachera  le  nom  de  nos  édiles,  M.  le  Maire  a 
énuméré  les  travaux  entrepris  et  achevés  par  son  adminis- 
tration. Après  lui  nous  rappellero::3  avec  orgueil  (luc  cette 
courte  période  de  temps  a  vu  se  réaliser  le  programme  des 
améliorations  que  la  cité  formulait  depuis  longtemps  ?     .     . 

Je  puis  ajouter  un  tout  petit  détail  qui  ne  manque  pas 
d'éloquence  ;  c'est  qu'à  la  lin  de  cotte  période  de  dix  ans, 
les  revenus  de  la  ville  étaient  plus  que  doublés,  grAce  aux 
améliorations  introduites  dans  la  gestion  de  toutes  les 
brandies  de  recette  et  a  la  création  de  quelques  nouvelles 
sources  de  produits,  et  cela  sans  grever  les  contribuables  de 
charges  exceptionnelles. 


L'arrondissement  de  Colmar  était  alors  représenté  au  Corps 
législatif  par  M.  Eugène  Lefobure,  le  gendre  de  M.  Antoine 
lïerzog  père,  qui  avait  créé  Tune  des  phis  grandes  industries 
de  Logelbach.  M.  Leféburt  fut  pcMidant  dix-huit  ans  dépulé 
du  llaut-Rhin  et  seconda  de  tout  son  pouvoir  les  déniarchos 
que  l'administration  municipale  dût  faire  h  Paris  pour  réali- 
ser les  projets  d'utilité  publique  qu'elle  avait  conçus  :  il  a  été 
le  rapporteur  zélé  de  tous  les  projets  de  loi  intéressant 
l'Alsace  et  particulièrement  la  ville  de  Colmar.  Création  du 
canal  d'embranchement,  chemins  de  fer  locaux,  création  de 
la  chambre  de  commerce  ont  trouvé  en  lui  un  appui  pré- 
cieux. Son  obligeance  et  sa  bonne  gr;\ce  ont  été  appréciés 
par  tous  ceux  qui  l'ont  vu  à  l'œuvre  ou  ont  eu  recours  à  ses 
services. 

Dans  la  sphère  politique  il  a  fait  pn'uve  d'indépendance 
en  se  rangeant  parmi  les  quarante-cin(j  signataires  de  l'amen- 
dement présenté  au  Corps  législatif  en  faveur  des  réformes 
libérales,  attitude  qui  n'était  pas  sans  mérite  sous  le  gouver- 
nement ombrageux  de  l'empire.  Lors  de  la  guerre  de  séces- 
sion américaine  qui  prov^cjua  une  crise  profonde  dans  l'in- 
dustrie cotonnière,  il  s'occupa  aclivemenl  avec  ses  beaux- 
frères,  MM.  .Antoine  et  Eugène  llerzug,  de  développer  la  <'ul- 


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A   TRAVERS    LE   PASSÉ  425 

ture  (lu  coton  dans  les  colonies  françaises  et  notamment  en 
Algérie.  Il  a  servi  aussi  les  intérêts  de  l'agriculture  en  môme 
temps  que  ceux  de  l'industrie  en  s'occupant  de  la  transfor- 
mation des  lacs  d'Orbey  en  grands  réservoirs  d'eau  au  moyen 
de  barrages,  Cbarles  (irad,  alors  très  jeune,  a  pris  aussi  une 
part  active  h  celte  œuvre  de  grande  utilité. 

M.  Léon  Lefébure  succéda  u  son  père  en  1861),  dans  la 
députation  du  Haut- Rhin.  11  s'était  préparé,  par  de  fortes 
études  et  un  stage  au  conseil  d'Etat,  aux  questions  écono- 
miques et  sociales  qui  sont  devenues  l'objet  de  ses  persévé- 
rants travaux.  Après  un  voyage  en  Algérie  avec  son  oncle 
Antoine  llerzog  qui  chercbait  k  y  acclimater  la  culture  du 
coton,  il  fut  nommé  membre  du  conseil  général  d'Oran,  ce 
qui  lui  permit  d'étudier  sur  place  les  (juestions  algériennes 
qu'il  traita  plus  tard  à  la  Chambre  dans  un  discours  qui  eut 
un  grand  succès. 

Pendant  Texposition  universelle  de  18()7,  il  était  secré- 
taire du  jury  spécial,  chargé  du  rapport  sur  la  condition 
morale  et  matérielle  des  ouvriers,  et  fut,  à  cette  occasion, 
décoré  de  la  Légion  d'honneur.  Lors  de  l'enquête  agricole  en 
1860,  il  avait  publié,  en  coUoboration  avec  M.  Tisserand,  une 
étude  remarquable  sur  V Economie  7mrale  en  Alsace»  Nous 
ne  suivrons  pas  M.  Léon  Lefébure  dans  sa  carrière  politique; 
la  chose  est  trop  délicate  :  mais  nous  rappellerons  que  le 
2  juillet  1874,  il  fut  élu,  par  108,000  voix,  député  de  Paris 
k  TAsscmblée  nationale,  élection  qui  fit  sensation,  preuve  de 
patriotique  sympathie  donnée  h  l'Alsace-Lorraine  dans  un 
de  ses  enfants,  qui  avait  servi  comme  otïicier  dans  le  corps 
franc  créé  par  M.  Kellcr,  député  du  Haut-Rhin,  et  qui  devint 
le  13®  bataillon  de  la  garde  mobile.  Ce  que  nous  voulons 
retenir  ici  de  la  carrière  si  active  de  M.  Léon  Lefébure,  c'est 
son  dévouement  à  l'éducation* populaire  manifesté  par  une 
fondation,  qui,  malheureusement,  n'eut  pas  le  temps  de  faire 
ses  preuves,  noyée  qu'elle  fut  dans  la  catastrophe  de  1870. 
Je  veux  parler  de  la  création  originale  de  ces  bibliothèques 
circulantes  qui,  dans  sa  pensée,  devaient  jetor  la  semence 
féconde  dans  toute  une  région  par  le  rayonnement  de  ses 
livres  portés  sur  ])lusieiirs  points  h  la  fois  par  d'actifs  propa- 


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12()  REVUE    d' ALSACE 

gateurs.  C*esl  en  1864  que  celle  inslilution  fut  fondée  sous  le 
lilre  de  Société  alsacienne  des  publications  populaires  par 
M.  Lefébure,  aidé  de  la  coUaboralion  de  MM.  Rabier,  greffier 
du  Iribunal  de  Colmar;  Henri  Chaiiffour,  greffier  du  tribunal 
de  commercj&;  Robin,  ingénieur  de  la  manufaclure  Herzog  et 
Fleurenl  jeune,  avocat  à  Colmar.  M.  Tabbé  Villemain,  aumô- 
nier du  Lycée,  était  un  des  membres  les  plus  zélés  du  comité. 
La  première  assemblée  annuelle  a  eu  lieu  sous  la  présidence 
du  maire  de  Colmar,  M.  de  Peyerimolï,  le  18  avril  1865. 
A  celle  époque,  et  h  en  juger  par  les  indications  très  intércs- 
sanles  du  rapport  fail  îi  la  Société  par  M.  L.  Lefébure,  son 
secrétaire,  celle-ci  était  déjà  parvenue  à  grouper  un  solide 
noyau  d'adhérents,  de  souscripteurs  et  de  donateurs  sur  les 
principaux  points  du  département.  Elle  disposait,  comme 
premier  fonds  d'action,  d'un  budget  de  7,000  francs  environ 
et  ses  livres  de  circulation,  comme  ses  subventions  pour 
bibliothèques  fixes,  représentaient  une  première  dépense  de 
6,575  francs  Le  noyau  de  cette  bibliothèque  se  composait 
d'environ  3,000  volumes  installés  au  rez-de-chaussée  du 
vieux  couvent  des  Unterlinden.  Je  suis  redevable  de  ces  ren- 
seignements qui  rectifient  et  complètent  mes  souvenirs  per- 
sonnels, ?i  l'obligeance  de  M.  Fleurent,  conseiller  municipal, 
qui  vient  d'être  nommé  président  du  Comité  du  musée  de 
Colmar. 


Autant  que  je  puis  me  rappeler,  l'année  1865  a  été  une  des 
plus  chaudes  du  siècle.  La  vigne,  pendant  la  période  de  flo- 
raison, promettait  des  produits  exceptionnels  en  quantité  et 
en  qualité.  Aussi  la  vendange,  sur  les  coteaux  alsaciens,  a- 
t-elle  été  brillante  et  comparables  aux  fameux  crus  de  1811, 
1822  et  1834.  Bien  des  années,  bien  des  événements,  bien  des 
catastrophes  publiques  et  privées,  ont  passé  sur  le  pays  des 
cbers  souvenirs.  J'avais  fait  alors  quelques  portraits  de  têtes 
chéries.  Ils  conservent  dans  notre  intérieur  la  mémoire  vi- 
vante et  pour  ainsi  dire  cristallisée  des  choses  contempo- 


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A    THAVEUS    LE    PASSÉ  i27 

raines,  des  premières  années  (jui  onl  suivi  noire  entrée  en 
ménage  ;  tant  il  est  vrai  (|ue  certaines  choses  créées  par 
rhumme  et  figées  dans  la  matière  inerte  ont  une  rare  puis- 
sance d'évocation. 

M.  SchouU,  agent-voyer  en  chef  du  département,  avait 
conçu  ridée  d'établir  un  chemin  carrossable  de  Colmar  aux 
Trois-Epis,  par  Turckheim,  donnant  ainsi  satisfaction  au 
vœu  des  Colraariens  habitués  a  lairc  Tasconsion  a  pied  dans 
la  montagne,  pour  aller  respirer  dans  la  belle  saison  Tair 
balsamique  des  sapins,  admirer  le  panorama  toujours  nou- 
veau et  séduisant  des  Vosges,  se  promener  au  petit  llohnach. 
au  pittoresque  village  de  La  Baroche  qui  ressemble  à  un 
joujou  de  Nuremberg,  et  surtout  goûter  Texcellente  cuisine 
de  rhôtelier  Petitdemange,  passé  maître  dans  Tart  d'acco- 
nioder  certains  plats  doux. 

Ce  chemin  tant  rêvé  venait  d'être  achevé  aux  frais  du  dé- 
partement, dans  le  courant  de  l'été  1865.  Il  formait  de  nom- 
breux lacets,  suivait  des  pentes  abruptes  et  il  fallait  beau- 
coup d'habilelé  aux  cochers  [.our  ne  point  verser  leurs  voya- 
geurs dans  les  précipices  ;  car  un  service  d'omnibus  venait 
de  s'organiser  et  transportait  tous  les  matins  les  excursion- 
nistes avides  de  passer  une  belle  journée  dans  la  montagne. 
Par  une  matinée  de  septembre  aux  teintes  empourprées  et 
chaudes  annonçant  la  chute  prochaine  des  feuilles,  nous  nous 
acheminâmes  par  ce  véhicule  vers  les  Trois-Epis  :  un  mar- 
chand de  volailles  portant  à  Petitdemange  des  victimes  à  sa- 
crifier sur  sa  table  d'hôte,  avait  pris  place  en  face  de  nous 
avec  ses  canards,  ses  poulets  et  ses  dindons  aux  harmonieux 
gloussements.  Nous  arrivâmes  sans  encombre  au  sommet, 
non  sans  avoir  été  légèrement  émotionnés  par  la  perspective 
d'accidents  possibles  sur  celte  route  étroite,  dépourvue  de 
garde-fous,  de  parapets  et  de  bourrelets  quelconques. 

Les  Trois-Epis  étaient  un  pèlerinage  célèbre  par  la  légende 
qui  lui  a  donné  naissance.  A  l'époque  dont  je  parle,  ce  pèle- 
rinage était  desservi  par  les  Frères  du  Précieux  Sang,  qui 
avaient  leur  maison-mère  ii  Rome.  En  faisant  visite  au  père 

Ferraris,  supérieur  italien  du  couvent,  que  je  connaissais, 
je  me  trouvai  face  à  face  avec  l'un  de  ses  moines  qui  vint 


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Iâ8  REVUE  D* ALSACE 

me  serrer  la  main  et  se  fit  reconnaître  comme  étant  un  de 
mes  anciens  élèves  dessinateurs  du  Collège  d'Altkirch.  C'était 
Tabbé  Bitsch,  de  Burnhaupt,  que  j'avais  connu  enfant  vingt- 
cinq  ans  auparavant.  Ces  singulières  rencontres  se  renouve- 
lèrent assez  souvent  elje  retrouvai  ainsi  un  autre  de  mes 
élèves  dans  la  personne  de  l'abbé  Rouècbo,  curé  de  La  Ba- 
roche.  Sous  b  froc  comme  sous  la  soutane,  ils  m'avaient  con- 
s(»rvé  bon  souvenir.  Décidément,  il  se  trouvait  beaucoup  de 
robes  noires  <lans  la  phalange  des  jeunes  éphèbes  à  qui 
j'avais  entr'ouvert  discrètement  le  temple  de  l'art. 

(A  suivre)  Charles  Goutzwiller. 


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HISTOIRE  D'UNE  VILLE  D'ALSACE 

m*  DE 

SES  ENVIRONS 

PAR 

G.     DURRW^ELL 

PIEMIKRE   PARTIE 

(Suite)  (1) 


MURBACH, 
SOrV  HISTOIRE  ET  SES  ENVIRONS 


XV 

L'enlrêe  «lu  Vfillon  de  Murbarh  :  le  Kimelshof  cl  sa  colline.  — 
L'abbaye  de  Murbach  :  son  origine  et  ses  développements.  — 
Charleniagne  prince-abbé  de  Murbach.  —  Histoire  de  quelques 
priiires- abbés  de  Murbach  cl  de  Lure  jusqu'à  la  Kévolulion.  —  Le 
dernier  des  seigneurs  de  Murbach  :  Benoît  d'Andlau.  —  Le  moine 
Fruland  :  chroniqne  de  Saint-Léger.  —  Le  manuscrit  de  Velléius 
Palerculus.  —  (!e  qui  reste  aujourd'hui  de  l'abbaye  dt  Murbach  : 
l'église  ;  les  tombeaux  du  comte  Eberhard  et  des  sept  religieux  du 
Mordfeld  ;  la  Statue  de  Sainte-Catherine.  —  Les  environs  de  Mur- 
bach. —  La  cascade.  —  Le  Hohrupf.  —  La  chapelle  de  Notre-Dame 
de  Loretle.  —  La  chapelle  de  Saint-Corneille.  —  Belchenthal.  — 
LeKedlen  et  le  Breiil. 

Vis  à  vis  du  village  de  Bûhl,  sur  la  gauche  de  la  grande 
vallce,  s'ouvre  le  vallon  au  fond  duquel  se  cache  Tanciennc 
abbaye  de  Murbach. 

(1)  Voy.  pp.  379-388  du  trimestre  Juillet-Aoùt-Scptcmbre  1890, 


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^30  REVUE   D*ALSACE 

C'est  k  la  liauteur  des  premières  maisons  de  Bûhl,  au  bas 
du  côleau  du  Hugstein,  que  le  chemin  qui  conduit  a  Murbach 
se  détache  de  la  route  de  la  vallée. 

Après  avoir  gravi  une  petite  côte  d'où  l'on  domine  les  prai- 
ries de  la  Weycrmatten,  anciens  vestiges  de  l'étang  des  Pèle- 
rins, arrosées  par  le  ruisseau  de  Murbach,  on  ne  tarde  pas  k 
arriver  a  la  belle  métairie  du  Rimelshof.  Qui  d'entre  vous  ne 
connaft  cette  ferme,  exploitée  de  concurrence  par  deux  frères 
rivaux,  et  où  les  habitants  de  Guebwiller  organisent,  au 
temps  des  cerises,  de  charmantes  parties  de  campagne?  Des 
bancs  rustiques  sont  disposés  dans  les  vastes  prairies  voisines, 
S3US  les  magnifiques  cerisiers  du  verger,  qui  fournissent  aux 
amateurs,  sur  place  et  k  portée  de  la  main,  le  plus  appétis- 
sant des  desserts.  Tout  près  de  là  s'élèvent,  en  pentes  arron- 
dies, une  verle  colline,  qui  a  fait  et  fera  toujours,  les  délices 
(les  gamins  de  la  ville,  et  a  certainement  dévoré  plus  de 
fonds  de  culottes  que  tous  les  bancs  d'écoles  du  canton. 
Devant  la  porte  d'entrée  de  la  ferme  passe  le  sentier  qui  con- 
duit, par  une  c6te  escarpée,  au  col  du  Peternitt  (jui  fait 
communiquer  le  vallon  de  Murbach  avec  celui  de  Rini- 
bach-Zell. 

Après  le  Rimelshof,  la  petite  route,  longeant  k  gauche  les 
pentes  boisées  du  Geiskopf,  et  dominée,  de  l'autre  côté  du 
ruisseau  par  les  hauteurs  du  Demberg,  ne  tarde  pas  k  fran- 
chir l'eau  sur  un  vieux  pont  de  pierres.  Quelques  instants 
après,  les  deux  tours  jumelles  de  Murbach  apparaissent  de  la 
façon  la  plus  pilloresciue,  au  dessus  des  verts  feuillages  du 
vallon  :  la  croupe  majestueuse  du  Ballon  domine  le  tout.  On 
franchit  un  portique  en  ruines,  entre  deux  antiques  masures, 
et  l'on  arrive  dans  l'enceinte  de  ce  qui  fut  jadis  l'abbaye 
de  Murbach. 

L'abbaye  de  Murbach  était  autrefois  l'un  des  plus  célèbres 
monastères  de  l'Europe  entière;  on  sait  déjà  comment  elle  a 
été  fondée,  et  combien  modestes  furent  ses  débuts.  Quelques 
religieux  bénédictins,  chassés  de  leur  couvent  de  Reichenau, 
et  cherchant  un  asile,  vinrent,  après  plusieurs  haltes,  se 
réfugier  au  fond  de  ces  montagnes  ;  ils  trouvèrent  heureuse- 
ment, dans  un  des  plus  puissants  seigneurs  du  pays,  le 
comte  d'Eguisheim,  un  charitable  prolecteur,  dont  les  libéra- 


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HISTOIRE   D*LNE   VILLE    d'aLSACB  ET   DE   SES   ENVIRONS         131 

litcs  furent  Torigine  de  leur  fortune.  Les  successeurs  de  ces 
fugitifs  devinrent,  en  effet,  plus  tard,  sous  le  litre  d'abbés 
de  Murbach  et  de  Lure,  princes  du  Saint  Empire  romain.  Ils 
s«?  sont  assis  dans  les  diètes  avec  rang  et  voix  délibératives, 
el  ont  exercé  un  pouvoir  presque  souverain,  ne  relevant,  au 
spirituel,  que  du  pape,  et  de  l'empereur  seul,  au  temporel. 
Ils  fournissaient  directement  à  ce  dernier  une  contribution 
d'bonneur  de  guerre  (1). 

I/accès  du  noble  et  aristotralique  chapitre  n'était,  d'ail- 
leurs, i)as  ouvert  à  toutes  les  ambitions.  Il  fallait,  pour  y  être 
admis,  faire  preuve  de  seize  quartiers  de  noblesse,  paternelle 
et  maternelle.  I^a  réception  se  faisait,  d'après  la  chronique, 
avec  un  appareil  pompeux  ;  et  sept  chevaliers  juraient  sur 
l'Evangile  que  le  candidat  avait  les  qualités  requises. 

Les  noms  de  la  plupart  des  abl)és  de  Murbach  sont  étroite- 
ment liés  à  toute  l'histoire  du  moyen  Age.  Charlemagne,  le 
is'rand  empereur  d'Orcident,  ligure  sur  cette  liste  :  celte  di- 
gnité lui  fut  en  ctïel  léguée  par  son  parent,  l'abbé  Simbert, 
lorsque  celui-ci  fut  appelé  au  siège  épiscopal  d'Augsbourg. 
C'est  lui  qui  ajouta  aux  possessions  antérieures  de  l'abbaye 
le  val  de  Saint-Amarin.  Son  successeur,  Tabbé  Sigismar,  se  fit 
céder,  par  Louis  le  Germanique,  la  ville  de  Lucerne  et  son 
territoire.  Sous  Tempereur  Frédéric  II,  l'abbé  Hugues  de 
Ilougemonl  prend  la  croix,  et  accompagne  son  souverain  en 
Palestine.  C'est  à  un  prince-abbé  de  Murbach,  Berthold  de 
Steinbronn,  que  Guebwiller  et  Wattwiller  doivent  la  cons- 
truction de  leurs  enceintes  fortifiées,  élevées  à  l'époque  de 
troubles  et  d'anarchie  qui  précéda  l'avènement  de  l'empe- 
reur Rodolphe  de  Habsbourg.  Il  construisit,  dans  le  môme 
but,  les  chAteaux  de  FrUulberg,  dans  la  vallée  de  Saint-Ama- 
rin ;  de  Ilirtzenstein,  au-dessus  de  Wattwiller,  et  de  Horupf, 
destinés  tous  trois  îi  protéger  l'abbaye  elle-même.  C'est  éga- 
lement lui  qui  défit  et  amena  prisonnier  au  chtAteau  de  Hug- 
slein,  le  comle  Raynaud  de  Montbéliard  (jui  avait  tenté  des 
incursions  sur  les  terres  de  l'abbaye.  Son  successeur,  l'abbé 

(\)  \.r  conliuîrcMit  fonriii  pcrljibbavc  de  Murbach  à  l'empereur 
iHii'û  de  six  Immuios  à  cbevîd  el  «lix-neuf  à  pied,  rachelables  par 
une  roiitrihution  «le  lis  llorins  p..r  mois. 


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132  REVUE   d' ALSACE 

conile  deFalkenstein,  céda  a  l'archiduc  Albert  la  lointaine 
propriété  de  Lucerne,  et  obtint  en  échange  la  seigneurie  d'Is- 
senheim  et  2'JOO  marks  d'argent.  En  1560,  le  prince-abbé 
Rodolphe  de  Stœrenbourg  obtint  du  pape  l'investiture  de 
l'abbaye  de  Lure  avec  les  mines  de  Plancher,  et  de  l'empe- 
reur Charles-Quint,  le  droit  de  battre  monnaie. 

Puis,  dans  cette  glorieuse  liste  de  seigneurs,  moines  et 
guerriers  tout  à  la  fois,  nous  relevons  les  noms  de  Thierry 
de  Raithnœr,  qui  quitta  l'abbaye  pour  monter  sur  le  siège 
archiépiscopal  de  Saltzbourg;  du  cardinal  André  d'Autriche, 
neveu  de  l'empereur  Maximihen  II  ;  ceux  des  archiducs 
Léopold  et  Léopold-Guillaume,  qui  furent  tous  deui  évêques 
de  Strasbourg.  Viennent  ensuite,  après  la  guerre  de  Trente 
ans,  l'abbé  Colomban  d'Andlau  ;  les  deuxprinc?s-3véques  de 
Furstemberg;  Eberhardt  de  Loewcnstein,  le  fondateur  de  la 
verrerie  de  Wildenslein  et  du  cluUeau  de  Wesserling;  Céles- 
tin  de  Béroldingen,  et  le  cardinal  Armand  de  Rohan,  auquel 
succéda  enfin  le  prime-abbé  Dom  Léger  de  Rathsamhausen. 
C'est  sous  son  épiscopat,  j'allais  dire  sous  son  règne,  que 
l'abbaye  transféra  son  siège  à  Guebwiller,  en  1759. 

Les  terres  de  la  seigneurie  de  Murbach,  sises  en  Alsace, 
étaient  alors  divisées  en  trois  baillages  ou  Vogteyen  :  celui 
de  Guebiviller,  avec  les  villages  de  Bû/il,  Lauienhach-Zell, 
Sengeren,  Bœlcheni/iaf^  Berghoif^  ci  Be7*f//wlfc-sell;  celui 
de  Watlioiller,  avec  Uffholtc  et  le  chAieau  du  Herrenfïuli, 
et  le  baillage  de  Saint-Amarin,  qui  comprenait  toute  la  vallée 
de  ce  nom.  Vers  la  même  époque,  le  roi  Louis  XV  autorisa 
l'abbaye  à  poursuivre,  en  cour  de  Rome,  sa  sécularisation 
qui  fut  prononcée  par  bulle  du  pape  Clément  XIIF,  en  août 
1764  :  la  même  bulle  l'érigeait  en  chapitre,  avec  le  titre 
à' insigne  collégiale  équestrnlc  de  Mxirhadu  sous  la  juridic- 
tion de  l'Ordinaire  (1).  L'abbé,  ayant  rang  d'évéque,  parais- 
sait aux  cérémonies  du  culte  vêtu  de  violet,  portant  la  croix 
pastorale  et  la  crosse  et  coiffé  de  la  milre. 


{})  Kn  droil  canon,  on  désigne  par  YOrdinaire^  le  supôrieur 
ex'lésiusiique  ayant  jiirifliclion  ordinaire  dans  une  certaine  rir- 
conçcription  do  territoire. 


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HISTOIRE   D*UNE   VILLE   D*ALSACE  ET   DE   SES   ENVIRON»         133 

Le  nombre  des  membres  du  Chapitre  était  alors  réduit  à 
sept.  L'abbé,  portant  le  titre  de  prince-abbé  de  Murbach  et 
de  Lure,  élu  par  les  deux  Chapitres  réunis,  était  Dom  Léger 
de  Rathsamhausen.  Sous  ses  ordres  se  rangeaient  : 

Dom  Benoit  de  Beroldingen,  doyen. 

Dom  Sébastien  de  Deroldingen,  économe  ; 

Dom  Project  Reich  de  Reichenslein  : 

Dom  Placide  de  Reinach  ; 

Dom  Augustin  de  Rouveray  ;  et 

Dom  Colomban  de  Liegerlz. 

En  1789,  les  collèges  réunis  élevèrent  a  la  dignité  de  prinrc- 
abbé,  le  Baron  Benoit  d*Andlau  de  llombourg. 

Le  noble  chapitre  était  alors  ainsi  composé  : 

Le  baron  Otto  de  Beroldingen,  grand  doyen  ; 

Le  baron  de  Rathsamhausen,  grand  chantre  ; 

Le  baron  de  Rentner  de  Weyll  ; 

Le  baron  de  Reichenstein  ; 

Le  baron  de  Gohr; 

Le  baron  de  Schœnau  ; 

Le  baron  de  Bodmann  ; 

Le  baron  de  Kempf  d'Angrœlh. 

C'étaient  là,  comme  on  le  voit,  tous  les  grands  noms  d'Al- 
sace réunis. 

Le  nom  de  BenoU  d'Andlau  clôt  ainsi  cette  héroïque  his- 
toire des  princes-abbés  de  Murbach  qui,  pendant  plus  de  dix 
siècles,  jouèrent  un  rôle  prépondérant  dans  toute  les  aiîaires 
de  l'empire.  En  1789,  les  habitants  soulevés  de  la  vallée  de 
Saint-Amarin,  vinrent  piller  et  dévaster  le  chAteau  du  prince- 
abbé  et  les  maijsons  canoniales  des  chanoines  :  et  le  chapitre 
se  dispersa  pour  ne  plus  se  réunir.  BenoU  d'Andlau,  élu  dé- 
puté aux  Etats-Généraux,  ne  tarda  pas  h  se  retirer  en  Alle- 
magne, et  mourut  à  Eichstœdt,  en  Bavière,  en  1837. 

Outre  ces  abbés,  plutôt  guerriers  que  clercs,  tout  au  moins 
pondant  la  période  du  moyen  Age,  l'abbaye  de  Murbach 
compte  parmi  ses  relgieux  de  véritables  savants.  Le  plus  cé- 
lèbre d'entre  eux  est  le  docte  moine  Fruland,  qui  écrivit  au 
XI«  siècle,  sous  les  ordres  de  l'abbé  Eberhardt,  une  Vie  de 
St'Léger,  qui  est  une  véritable  chronique  de  l'abbaye  a  cette 
époque.   Cet  opuscule  a  été  recueilli  et  publié,  il  y  a  quelque 


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134 

cinquante  ans,  par  un  bénédictin  de  Solesmos,  dom  Pilro, 
sous  le  titre  d'  «  Analecta  Murbacensiœ  ».  C'est  aussi  aux 
religieux  de  kurbach  que  Ton  doit,  dit-on,  la  conservation  du 
manuscrit  de  Veiiéiiis  Paterculus  (1). 

Au  milieu  de  cette  brillante  épopée,  il  y  a,  il  est  vrai,  quel- 
ques points  noirs. 

En  929,  en  pleine  prospérité,  l'abbaye  de  Murbach  est 
visitée  par  les  bandes  de  maraudeurs  hongrois  que  TappAt 
de  cette  riche  proie  attirait  jusqu'au  fond  de  la  vallée.  C'est 
a  cette  époque  que  sept  de  ses  religieux,  réfugies  dans  les 
montagnes,  sont  atteints  par  ces  pillards  au-delà  du  Ballon, 
et  massacrés  à  l'endroit  que  Ton  a  appelé  depuis  Mo?*dfcid. 
SousBerthold  de  Steinbrona,  lors  de  l'avènemont  de  Rodolphe 
de  Habsbourg,  l'abbaye  est  de  nouveau  menacée;  mais 
rénergie  et  la  présence  d'esprit  de  ce  moine-soldat,  la  protè- 
gent, et  lui  font  passer,  sans  désastres,  cette  période  de 
troubles. 

Enfin  le  flot  révolutionnaire  de  89  devait  entraîner  avec  lai 
dans  son  débordement,  les  destinées  de  l'aristocratique  col- 
lège. Nous  avons  vu,  en  effet,  que  c'est  h  ce  moment  ({uo  ses 
derniers  chanoines  se  dispersèrent  (2). 

En  résumé,  dix  siècles  de  gloire  et  de  puissance  presque 
souveraine. 

Aujourd'hui,  de  toute  cette  brillante  histoire,  il  ne  reste 
plus  à  Murbach  que  son  nom,  ses  souvenirs,  quelques  vcs- 

(i)  Histoire  grecque  et  romaine  depuis  la  guerre  de  Persée,  roi 
de  Macédome  jusqu'à  la  Ce  année  de  Tibère. 

C2)  La  Conservation  des  précieuses  archives  du  Chapitre  de 
Murbach,  qui  constituent  aujourd'hui  un  des  plus  riches  documents 
de  notre  histoire  locale,  doit  être  attribuée  à  la  i)résenre  dVsprit 
des  chanoines  de  Reutncr  et  de  Gohr.  Chassés  de  (iuebwiller  ii  la 
suite  des  troubles  du  25  Juillet  1789,  ils  firent  charger  tous  les 
titres  de  l'abbaye  dans  vingt  deux  caisses  qu'ils  emmenèrent  avec 
eux.  A  Dessenheim,  les  voitures  qui  les  portaient  furent  attaquées 
par  une  bande  d'insurgés,  mais  prompt  émeut  (léi,'a^irces  grâce  à 
l'intervention  du  commandant  de  Koccpie,  et  d'iui  détarhemcnt 
de  volontaires  qu'il  commandait.  Ces  docuiuents  restèrent  chez  de 
Rocque,  à  Neuf-Brisach,  jusqu'en  avril  1790  époque  à  hujuelle 
Metzger,  un  des  directeurs  du  département,  les  transféra  aux 
archives  de  Col  ma  r. 


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HISTOIRB   d'iNE   ville   D*.\LS0B    ET   DE   SES    ENVIRONS  i3o 

tiges  de  monuments  et  des  ruines  qui  rappellent  le  passé. 
Les  bâtiments  de  l'abbaye  n'existent  plus;  mais  Téglise, 
restaurée  et  reconstruite  en  partie,  avec  ses  deux  tours  et 
son  magnifique  chœur,  a  fort  belle  allure;  et  le  peu  qui  reste 
de  l'ancien  monument  nous  fait  regretter  davantage  ce  qui 
est  détruit. 

On  y  voit  encore,  dans  Tintéricur,  le  tombeau  du  comte 
Eberbardt  d'Eguisheim;  et  une  modeste  pierre  sur  laquelle 
est  gravée  une  inscription  moderne  qui  nous  apprend  qu'elle 
recouvre  les  restes  des  sept  victimes  du  Mordfeld. 

Dans  les  combles  de  la  tour  de  droite  sont  relégués  d'an- 
tiques tableaux  à  l'huile  représentant  la  vie  de  saint  Léger. 
Enfin  une  colossale  statue  de  sainte  Catherine,  qui  faisait 
l'objet  de  nos  terreurs  d'enfant,  gisait,  ily  a  quelques  années 
encore,  dans  les  hautes  herbes,  le  long  du  mur  du  cimetière. 

La  situation  qu'occupait  l'ancienne  abbaye  est  ravissante, 
ainsi  que  les  promenades  qui  l'entourent.  C'est  d'abord,  sur 
la  route  du  Ballon,  du  cùté  de  Belchenthal,  la  cascade  formée 
par  le  Murbaechlé,  qui  n'est  plus,  elle  aussi,  ce  qu'elle  était 
autrefois.  Puis,  h  droite  de  l'église,  au  sommet  d'une  mon- 
tagne presque  inaccessible  dont  les  pentes  a  pic  sont  cou- 
vertes de  forèls  de  pins,  l'antique  château  de  Ilorupf.  Cons- 
truit, comme  nous  l'avons  déjà  dit,  par  Berthold  de  Stein- 
bronn,  ce  nid  d'aigle  était  comme  la  citadelle  de  Murbach, 
qu'il  dominait  ;  il  défendait  également  l'abbaye  du  côté  de 
Lautenbach  et  de  la  grande  vallée.  Aujourd'hui,  l'ancien 
château-fort,  rasé  jusqu'au  sol,  n'est  plus  que  ruines;  et  il 
faut  avoir,  pour  y  grimper  et  surtout  pour  en  descendre,  de 
véritables  jarrets  de  montagnard. 

Tout  près  du  village,  sur  les  premières  assises  de  la  mon- 
tagne, s'élève  la  modeste  chapelle  de  Nolre-Dame-de-Loretle, 
qui  a  été  construite,  dit-on,  sur  le  plan  de  la  magnilique  basi- 
licfue  bâtie  en  Italie,  dans  la  ville  de  ce  nom,  en  l'honneurde 
la  «  Santa  casa  »,  ou  maison  authentique  de  la  Vierge,  que 
l'on  croit  y  posséder  (1). 

(])  (icttc  «  santa  casa  »,  ou  niaison  de  la  Vierge,  aurait  été 
d'après  la  naïve  tra<lilion  populaire,  transportée  par  les  anges  i\ 
travers  les  airs,  de  (iallilée  en  Dalinatie,  en  1291  ;  et  quelques 
années  plus  tard  de  Dalniatie  â  Lorelte. 

La  ville  de  Lorette  est  située  près  d'Anrône,  à  doux  kilomètres 
de  l'Adriaticpie. 


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136  REVUE  D^ ALSACE 

Un  peu  plus  loin,  au  fond  des  bois  qui  ont  remplacé  au- 
jourd'hui les  vignes  de  Murbach,  que  Tancienne  chronique 
du  moine  Fruland  célébrait  jadis  en  termes  si  pompeux, 
pinguissimi  colles,  vinifera  latera  amplificantesy  se  trou- 
vent les  ruines  d'une  autre  chapelle  dédiée  autrefois  k  saint 
Corneille  ;  et  qui  a  baptisé  de  son  nom  la  montagne  voisine 
(Gornelie-Berg). 

En  suivant  le  chemin  de  la  vallée,  qui  va  se  rétrécissant 
de  plus  en  plus,  on  ne  tarde  pas  a  arriver  au  hameau  de 
Belchenthal,  dont  les  maisons  éparses  s'étagent  sur  les  pentes 
de  la  montagne  jusqu'au  pâturage  du  Lieserwaasen.  Plus 
haut  encore  vers  le  Judenhut  et  le  Ballon,  se  trouvent  le 
plateau  et  la  métairie  du  Redlen,  et  k  gauche,  dans  un  étroit 
vallon,  les  masures  du  Breûl. 

(A  suivre.)  G.  Durrwell. 


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UN  DOCUMENT  INÉDIT 


RELATIF   A 


TArrestation    du     Duc    d'Enghien 


Dans  sa  livraison  du  Irimeslre  Avril-Mai-Juin  1895,  la 
Revue  d'Alsace  a  publié  les  Notes  du  lieutenant  de  dragons 
Henri  Schmitt  sur  l'arrestation  du  duc  d'Enghien,  au  service 
duquel  il  était  alors  allaché.  Schmitt,  arrcHé  lui  aussi  dans 
cette  nuit,  tristement  mémorable,  du  14  au  15  mars  1804,  fut 
par  conséquent  plus  il  même  que  personne  de  faire  de  cet 
événement  une  scrupuleuse  relation.  On  peut,  du  reste,  en 
vérifier  l'exactitude  parfaite  en  la  comparant  au  récit  qu'en 
donne  le  général  comte  de  Ségiir  dans  ses  Mémoires^  d'après 
la  relation  que  lui  fit  le  commandant  Chariot  lui-môme  deux 
mois  après  l'arrestation  du  malheureux  prince  et  presque  sur 
le  lieu  delà  scène.  «  Je  nus  h  prince  dans  la  voiture  du  gé- 
néral Ordener  et  il  partit  en  poste  pourVincennes  »,  avait 
dit  Chariot  en  terminant  fi). 

On  nous  a  communiqué  dernièrement  la  lettre  écrite  par 
Caulaincourt,  aide-de-camp  de  Bonaparte,  au  commandant 
Chariot,  pour  lui  prescrire  les  mesures  nécessaires  au  trans- 
fert du  prince  de  la  citadelle  de  Strasbourg  au  donjon  de 
Vincennes. 


(i;  V.  Un  Aide-de-camp  de  Napoléon,  de.  1800  à  1812,  (Kxtr. 
des  Mêmoirps  du  général  comte  «le  Ségurj,  un  vol.  Paria,  Firniin- 
Didof,  1894;  pp.  107-144. 


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138  REVTË   d' ALSACE 

Voici  ce  document  : 

Strasbourg,  le  26  Ventôse  an  12. 

Le  Général  de  Brigade  Caulaincourt,  aide-dc  camp 
du  Premier  Consul, 
au  rifoypn  Charlot,   c/fef  d*escad7'on.   commandant  la 
(jendarmerie  du  38^  escadron. 

Conformément  aux  ordres  du  Premier  Consul,  Citoyen 
Commandant,  vous  ferez  partir  ce  soir  à  minuit,  sous  bonne 
et  sûre  escorte  d'un  officier,  un  sous-offlcier  et  un  ou  deux 
gendarmes,  le  duc  d'Enghien  pour  être  transféré  à  Paris  au 
Ministère  du  Grand  Juge.  Il  voyagera  sous  le  nom  dePlessis, 
ne  (levant  être  connu  que  de  Tofficier,  du  sous-officier  et  du 
Grand  Juge  ou  Conseiller  d'Etat  Real. 

Vous  ne  suivrez  aucun  tour  pour  le  choix  de  cette  escorle 
qui  doit  être  composée  d'hommes  sur  rintelligencé,  la  mora- 
lité et  le  courage  desquels  on  puisse  compter  et  d'un  dévoue- 
ment éprouvé. 

Vous  donnerez  individuellement  a  cette  escorte  les  instiiic- 
tions  que  vous  jugerez  convenables,  et  à  l'officier  un  ordre 
particulier,  en  outre  de  celui  de  translation,  pour  qu'il  re- 
(juiert  en  route  l'escorte  de  brigade  en  brigade  que  vous  ou 
lui  jugerez  convenable. 

L'escorte  devra  être  bien  armée,  Tofficier  répondant  sur  sa 
tcte  de  la  sûreté  du  prisonnier  pour  lequel  vous  lui  recom- 
manderez d'avoir  tous  les  égards  dû  (sic)  au  malheur  et  les 
attentions  compatibles  avec  sa  sûreté. 

L'officier  veillera  u  ce  que  personne  ne  connaisse  la  qua- 
lité du  prisonnier.  Vous  vous  servirez  pour  ce  voyage  de  la 
voiture  du  général  Ordener,  qui  est  prête  et  en  bon  état  et 
qui  sera  à  vos  ordres  avec  un  courrier  du  Gouvernement  que 
l'officier  expédiera  en  avant  a  Epernay,  afin  de  prévenir  le 
Grand  Juge  de  son  arrivée.  Le  courrier  est  porteur  d'une 
lettre  de  moi. 

Je  vous  salue. 

Caulaincourt. 


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UN   DOCUMENT   INÉDIT  139 

Chariot  (Jean-Baplistc-G lande),  h  qui  échut  la  triste  mis- 
sion d'arrêter  le  duc  d'Enghien,  était  né  a  Neufchâteau  le 
28  août  1766.  Il  était,  au  moment  de  ce  sombre  drame,  chef 
du  38«  escadron  de  gendarmerie  h  Strasbourg.  Il  fut  nommé, 
quelque  temps  après,  colonel  de  la  17«  légion,  puis  alla 
commander  la'34<'  h  Hambourg.  Il  prit  sa  retraite  en  1814  et 
se  retira  prés  de  Sainl-Dié-des-Vosges,  dans  une  propriété 
située  au  pied  de  la  montagne  de  la  Madelaineetconnue  sous 
le  nom  de  Rouge-Pierre,  où  il  vécut  dans  un  état  de  di.s- 
grAce  et  d'isolement  i\m  ressemblait  fort  h  un  exil.  Il  y  mou- 
rut le  15  mai  18:27  et  fut  inhumé  dans  le  cimetière  de  la 
paroisse  Saint-Martin. 

Il  laissait  un  lils,  dont  le  nom  est  très  honorablement 
connu  dans  les  Vosges.  Eugène  Chariot  naquit  à  Strasbourg 
le  7  avril  1802.  Il  fit  d'abord  son  apprentissage  dans  le  com- 
merce chez  Xavier  Lebleu,  négociant  en  épicerie  à  Belfort, 
puis  entra  comme  directeur  des  usines  de  Mousse}*  et  en 
devint  propriétaire  en  1850.  11  agrandit  considérablement  ces 
établissements  et  fut  le  bienfaiteur  de  cette  partie  de  la  vallée 
du  Rabodeau.  Conseiller  général  du  canton  de  Senones, 
maire  de  Moussey,  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  et  de 
l'ordre  de  Saint-Grégoire-le-Grand,  il  mourut  le  16  juin  1876, 
dans  la  magnifique  habitation  qu'il  avait  fait  construire  au 
fond  de  la  vallée. 

C'est  dans  les  papiers  qu'il  laissa  et  que  recueillit  un  de 
ses  amis  intimes,  ancien  juge  de  paix  à  Senones,  que  se 
trouvait  la  lettre  ci-dessus,  que  nous  avons  considérée  comme 
étant  un  document  historique  assez  important  pour  être 
conservé  et  reproduit  dans  la  Ilevue. 

Henri  Bardy. 


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SOCIÉTÉS   SAVANTES 


I.  Bulletins  du  Ministère  de  Tinstruction  publique.  — 
II.  de  la  Société  belfortaine  d'Emulation.—  III.  de  TAcadé- 
miedes  sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Rouen.  —  VI. 
de  la  Société  historique  et  archéologique  de  TOrne. 


l 

Le  Ministère  de  rinslrucUon  publique  et  des  beaux-arts 
vient  de  faire  paraître  son  Bulletin  historique  et  philolv^giquc 
des  travaux  du  Comité  de  l'histoire  et  des  sciences  pendant 
Tannée  1896.  Il  forme  un  volume  de  554  pages  in-8«>  conte- 
nant les  procùs-verbaux  des  assemblées,  les  rapports  concer- 
nant les  communications  soumises  h  l'appréciation  des  dites 
assemblées  et  la  publication  ou  le  dépôt  aux  archives  des 
documents  dont  elles  ont  eu  à  s'occuper. 

Nous  remarquons  dans  ce  volume  une  notice  l)ien  intéres- 
sante concernant  un  militaire  Albigeois  qui,  dans  les  plus 
menaçantes  circonstances  de  la  Révolution  et  après  vingt- 
neuf  années  de  service  dans  les  grades  inférieurs,  dut  fran- 
chir très  précipitamment  les  échelons  de  la  hiérarchie  pour 
s'ariôter  au  grade  de  divisionnaire,  promu  par  les  Repré- 
sentants en  mission,  alors  que,  de  son  coté,  le  gouvernement 
nommait  Pichegru  au  même  emploi  dans  l'armée  du  Rhin. 

Le  fait  et  ses  suites  sont  clairement  exposés  dans  la  no- 
tice qui  nous  révèle  d'une  façon  attachante  le  nom  d'un  gé- 
néral inconnu  dans  nos  annales  alsaciennes,  le  général  Car- 
lenc,  commandant  en  chef  de  l'armée  du  Rhin  du  2  au  22 
octobre  1793. 


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CHRONIQUE  —   SOCIÉTÉS    SAVANTES  14i 

Les  pièces  justificatives  de  la  notice,  due  h  M.  Etienne 
Charavaij,  sont  au  nombre  de  quinze  et  nous  montrent  le 
général  Carlenc  à  Blotzheim,  îi  Wissemhourg,  Sarrebourg, 
llaguenau,  Schiltigheim  et  liœrdt  en  Alsace,  puis  îi  Saint- 
Pons  où  il  est  mort  en  1828. 


II 


Fondée  en  1872 ,  la  Société  belfortaine  d'Emulation 
compte  ainsi  vingt-quatre  années  d'existence  et  en  est  au 
n®  13  des  Bulletins  qu'elle  a  publics.  Le  dernier,  celui  de 
1896,  est  certainement  Tun  des  meilleurs.  Il  se  compose  de 
\\\vi-184  pages  et  de  8  planches  qui  sont  une  «  contribution 
«  k  la  flore  du  territoire  de  Helfort,  et  un  appendice  aux 
«  découvertes  sur  le  plateau  du  Mont-Bar  par  M.  Voulot.  » 
La  première  partie  du  Bulletin  est,  comme  d'usage,  remplie 
par  le  tableau  des  membres  du  Bureau  d'Administration,  par 
la  liste  des  diverses  sociétés  avec  lesquelles  on  échange  le 
Bulletin,  par  la  liste  des  sociétaires  et  enfin  par  les  procès- 
verbaux  des  réunions  de  l'année,  ainsi  que  le  compte  des 
recettes  et  dépenses  de  l'exercice. 

La  seconde  partie  est  tout  entière  aux  travaux  scienti- 
fiques et  littéraires  dont  nous  essayons  de  donner  un  rapide 
aperçu. 

Un  règlement  colonger,  de  1448,  du  Prieuré  de  Saint- 
Nicolas -des -Bois  occupe  la  première  place.  L'original  a 
disparu  et  le  texte  que  Ton  publie,  quoicjue  sensiblement 
modernisé,  est  annoté  et  présenté  par  M.  A. -M. -P.  Fngold 
comme  ayîint  la  valeur  de  l'inédit. 

Une  note  fort  intéressante  de  M.  Henri  Bardy  rectifie  la 
lecture  que  l'on  a  faite  d'une  inscription  tumulaire  disparue 
de  l'église  de  Chàtenois,  près  de  Belfort. 

De  nouvelles  lettres  de  Grandidier  et  de  ses  correspondants 
suivent  la  note  de  M.  Bardy.  Nous  connaissions  ces  lettres 
communiquées  par  un  anonyme.  Nous  félicitons  celui-ci  de 
les  avoir  livrées  à  VEmulation  belfortaine,  h  laquelle  elles 
se  rattachent  par  des  liens  dignes  d'égards. 


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44â  REVUE  D* ALSACE 

Les  Herboristes  Charles  llœsch  etL.  Meyer  fournissent  une 
belle  contribution  à  la  Floi^e  du  Territoire. 

Les  perturbations  atraosphériquos.  constatées  en  Alsace- 
Lorraine  aux  XVIIe  et  XVIIl*^  siècles,  sont  l'objet  d'une  inté- 
ressante Notice  due  aux  recherches  de  M.  Louis  llerbelin. 
Les  sources  auxquelles  il  a  puisé  ses  informations  sont  nos 
bonnes  Chroniques,  les  livres  de  paroisse,  les  chroniques, 
de  famille  et  tous  autres  documents.  Cette  notice  sera  con- 
sultée utilement  par  les  Curieux  et  les  Travailleurs. 

M.  Auguste  Gendre  continue  une  étude  dont  la  première 
partie  a  paru  dans  le  Bulletin  précédent.  La  suite  est  h  la 
recherche  «  d  anciennes  chapelles  el  de  lieux  de  baptêmes 
aux  alentours  de  Masseraux  ».  Ce  thème  entraîne  M. 
Gendre  îi  formuler  des  conclusions  étymologiques  sur  des 
noms  de  lieux  et  de  villages  des  environs  de  Belfort  et  de 
Masevaux.  On  ne  peut  que  louer  M.  (iendre  d'entrer  dans 
celte  voie,  déserte  ou  abandonnée  depuis  la  mort  de  P.-J. 
Talon  de  St-Dizier  et  d'Arnold,  curé  de  Montreux-ChîVteau. 
On  suivra  certainement  avec  beaucoup  d'intérêt  le  curieux 
travail  de  M.  Gendre  sur  le  terrain  des  étymologies  des  an- 
ciennes seigneuries  de  Belfort  et  de  Rougemont,  ou  il  y  a 
toujours  d'agréables  récoltes  à  faire. 

Quatre  pages  de  iM.  F.  Pajot,  avec  plans  dans  le  text(î 
concernant  la  a  découverte  d'un  camp  romain  dans  la  forêt 
de  l'Arsot  »,  puis  deux  pages,  avec  une  planche  a  deux  faces 
concernant  une  sépulture  néolithique  découverte  par  M.  Vou- 
lot,  à  Sainte-Suzanne,  près  Montbéliard,  surcèdent  h  l'étude 
de  M.  (iendre,  et  précédent  un  grand  travail  de  M.  Auguste 
Vautherin  sur  le  Patois  de  larégion  de  Belfort,  suivi  d'un  (ilos- 
saire  spécial  de  celui  de  Chatenois.  Une  introduction  de 
trente-neuf  pages  initie  le  lecteur  h  l'idée  de  l'auteur  et  aux 
règles  observées.  Nousn'insistons  pas  sur  le  cas  particulier  dont 
nous  ne  connaissons  que  les  deux  premières  lettres  A-B-,  du 
glossaire  et  dont  le  prochain  Bulletin  nous  donnera,  sans 
doute,  la  suite. En  attendant  on  ne  peut  que  partager  le  «  senti- 
«ment  filial  qui  a  poussé  xM  Vautherin  à  garder  ce  qui  peut  être 
«  conservé  de  lalangue  que  nos  pères  ont  parlé  pondant  tant 
«  de  siècles,  aux  sons  de  laquelle  nous  avons  été  b(»rcés  et 
«  dont  l'usage  tend  à  disparaître.  » 


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CHRONIQUE  —   SOCIÉTÉS    SAVANTES  143 

Ce  sentiment  était  aussi  celui  d'un  Belfortain  du  siècle 
dernier,  Tabbé  Schouller,  dont  nous  possédons  Tébauche 
inédite  d'une  dissertation  sur  le  môme  sujet  et  dont  nous 
aurons  l'occasion  de  dire  un  mot  quand  la  fin  du  glossaire  de 
M.  Aug.  Vautherin  aura  paru. 


m 


V Académie  des  sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Rouen, 
qui  est  l'une  de  nos  plus  anciennes  sociétés  savantes,  a  publié, 
vers  la  fin  de  1896,  le  précis  analytique  de  ses  travaux  pen- 
dant l'année  1891-1895.  Ce  précis  est  un  volume  in-8o  de 
199  pages,  contenant  le  discours  de  réception  de  M.  le  D^ 
Coutan,  retraçant  a  grands  traits  l'histoire  de  la  cathédrale 
romane  «  h  l'aurore  du  Xl«  siècle  »  et  la  réponse,  par  le  Pré- 
sident, M.  le  Pasleur  lloberty.  D(»  beaux  et  tendres  rapports 
sur  des  actes  dignes  des  récompenses  dont  l'académie  dispose, 
terminent  cette  première  partie  du  volume,  suivie  elle-même 
par  d'autres  mémoires,  non  moins  bien  pensés  et  bien  écrits 
(jue  les  précédents.  Ils  embrassent  les  travaux  de  la  classe  des 
sciences^  succinctement  et  clairement  résumés,  tandis  que 
les  cent  dernières  pages  sont  consacrées  h  la  classe  des  Belles- 
tel  tj^es  et  des  Arts.  Bel  et  savant  exposé  de  la  vie  académique 
dans  la  célèbre  capitale  de  la  Normandie. 


IV 


Dans  le  Bulletin  de  la  Société  historique  et  archéologique 
de  rOrne,  qui  nous  arrive,  nous  ne  rencontrons  non  plus 
rien  qui  se  rattache  particulièrement  aux  choses  de  l'Alsace- 
Lorraine,  sinon  un  long  et  détaillé  «  Mémoire  sur  l'occupa- 
tion d'Alençon  par  les  Prussiens  en  1871.  »  Dans  cette  grande 
souffrance  commune,  il  y  a  certainement  des  points  de  con- 
tact si  l'on  devait  comparer  entre  eux  les  faits  et  gestes  des 
occupants  et  des  occupés  aux  extrémités  opposées  du  pays  en- 
vahi.  Nous  avons   en  portefeuille  divers   mémoires  écrits 


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144  REVUE  d' ALSACE 

aussi  durant  l'occupation  et  au  sujet  desquels,  d»  consenle- 
ment  des  auteurs,  nous  avons  gardé  le  silence.  Nous  pensons 
avoir  eu  raison  et  nous  ajoutons  que  la  Société  historique  de 
l'Orne  n'a  pas  torl  de  mettre  au  jour  cette  intéressante  page 
de  l'histoire  contemporaine  de  la  Basse-Normandie.  D'autres 
notices  concernant  la  vicomte  d'Alençon,  la  noblesse  de  Fer- 
riôre,  les  seigneurs  de  Hoisgauthier  et  autres  familles,  !a 
chapelle  de  la  Morandière,  le  collège  de  Sées  et  l'âge  de 
pierre  dans  les  environs,  terminent  le  premier  Bulletin  du 
tome  XV  de  la  Société. 

Fkédkig  KrRTZ. 


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A  TRAVERS  LE  PASSÉ 


SOUVENIRS  D'ALSACE 

PORTRAITS,    PAYSAGES. 

(Suite  {ij 


M,  Uugot,  noire  bibliothécaire-archiviste,  dont  le  nom 
restera  attaché  au  musée  de  Colmar  et  dont  la  santé  finit  par 
subir  le  contre-coup  d'une  vie  pleine  d'amertumes,  était  mort 
k  Strasbourg  chez  son  frère,  diiecteur  des  contributions  di- 
rectes du  Bas-Rhin.  On  reconnut  alors  qu'un  seul  homme  ne 
pouvait  suffire  à  la  tâche  multiple  de  ses  fonctions  diverses  et 
le  service  fut  scindé  en  deux.  M.  Thomas  devint  bibliothécaire 
en  titre  et  M.  X.  Mossmann,  archiviste  de  la  ville. 

Ce  dernier,  qui  venait  de  passer  quelques  années  à  Thann, 
dans  rétablissement  de  produits  chimiques  de  MM.  Kestncr 
et  C»«,  fut  repris  d'une  belle  passion  pour  les  archives  qui 
avaient  fait  le  bonheur  de  sa  jeunesse.  Bien  qu'il  ne  fût  point 
élève  de  l'École  des  Chartes,  il  était  né  paléographe  dans  la 
vraie  acception  du  mot.  Comme  dit  la  chanson,  Ton  revient 
toujours  à  ses  premières  aijaours.  Les  vieux  textes  énigmaii- 

(1)  Voy.  pp.  436-463  du  trimestre  Oclobrc-Novembre-Déceiuhre 
4895  ;  pp.  24-l$0  du  trimestre  Janvier-Févrior-Mars,  pp.  156-207  du 
trimestre  Avril-Mai-Juin,  pp.  310-377  du  trimestre  Juillol-Aoùl- 
Septembrc  1896,  pp.  529-559  du  trimestre  Oclobre-Novciïihro. 
Décembre  et  pp.  104-128  du  trimestre  Janvier-Février-Mars. 


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Uù 


REVUE   D  ALSACK 


ques,  les  palimpsestes  les  plus  broussailleux  et  les  plus  ré- 
barbatifs, offraient  une  mine  inépuisable  k  ses  recherches 
historiques  tournées  surtout  du  côté  des  annales  alsaciennes. 

Rien  d'étonnant,  dôs-lors,  à  ce  qu'il  ait  dit  adieu  au  monde 
industriel  pour  revenir  dans  sa  ville  natale  prendre  la 
succession  de  son  ancien  maîlre  llugol,  k  laquelle  il  avait  des 
droits  acquis,  d'abord  par  l'étendue  de  ses  connaissances 
historiques,  ensuite  par  son  ancienne  collaboration  au  ser- 
vice de  la  bibliothèque  et  des  archives  de  Colmar,  alors  qu'il 
était  encore  installé  au  collège. 

Les  importants  documents  presque  inexplorés,  de  l'an- 
cienne ville  libre  impériale  lui  offraient  un  vaste  champ 
d'études  personnelles,  qu'il  se  mit  à  défricher  avec  un  bel 
entrain  pour  publier  des  notices,  des  monographies,  des 
brochures,  des  articles  de  journaux  et  autres  travaux  dont  la 
Bévue  d'Alsace  eni  la  primeur.  Il  y  insém  une  longue  suite 
de  matériaux  pour  l'histoire  de  la  Guerre  de  Trente  ans, 
cette  histoire  épique  et  cruellement  sanglante  qui  ne  fait 
plus  guère  battre  les  cœurs  modernes.  Les  temps  héroïques 
sont  clos;  mais  ces  études,  très  intéressantes  au  fond,  n'en 
témoignent  pas  moins  d'une  profonde  érudition.  Il  écrivît 
aussi  —  et  c'est  là  une  de  ses  productions  les  plus  populaires 
—  des  notices  très  documentées  et  très  appréciées  pour  le 
Musée  pittoresque  et  historique  d'Alsace,  publié  par  J. 
RothmûHer. 

En  lui  confiant  les  fonctions  d'archiviste,  l'administration 
municipale  s'était  flattée  de  voir  enfin  se  réaliser  l'inventaire 
sommaire  que  le  Couvernemcnt  avait  prescrit,  au  commen- 
cement de  1840,  pour  tous  les  dépôts  de  France,  et  que  la 
Préfecture  réclamait  chaque  année  avec  la  plus  vive  insis- 
tance. L'administration  ne  savait  que  répondre;  elle  se  heur- 
tait désespérément  à  la  force  d'inertie  des  deux  conservateurs 
des  archives.  Hugot,  je  l'ai  dit  plus  haut,  se  montrait  rebelle 
a  tout  inventaire;  Mossmann  se  cabrait  dans  sa  manière  de 
voir  exclusive  sur  la  forme  môme  des  notices  sommaires  et 
s'était  ingénié  a  inventer  un  système  perfectionné  de  chemi- 
ses de  dossiers.  En  attendant,  les  parchemins  poudreux,  si- 
gillés et  armoriés,  dormaient  leur  sommeil  de  plomb.   Le 


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A   TRAVERS   LE    PASSÉ  447 

petit  nombre  de  fiches  créées  h  force  de  réclanialions, 
n'étaient  que  des  fiches  de  consolation,  en  attendant 
mieux. 

Cependant  il  faut  élrejuslc  avant  tout.  Si  l'invenlaire  de 
Colmar  restait  stationnaire,  notre  archiviste  avait  accepté 
avec  le  plus  vif  empressement  l'offre  que  lui  lit  la  ville  de 
Mulhouse  de  dresser  le  cartulaire  des  siennes.  Ce  travail, 
aussi  intéressant  que  pénible,  commencé  depuis  bien  long- 
temps, devint  l'œuvre  capitale  de  sa  vie  ;  elle  le  classa  parmi 
les  principaux  pionniers  de  Thistoiie  d'Alsace.  On  ne  peut 
qu'en  faire  honneur  à  sa  mémoire.  Il  n'en  est  pas  moins  vrai 
que  son  champ  d'activité  oflîcielleinent  limité  h  la  rédaction 
de  l'inventaire  des  archives  de  Colmar,  avait  pris,  par  la  tan- 
gente, un  développement  latéral  dont  cet  inventaire  n'a 
peut-être  pas  beaucoup  bénéficié. 

A  propos  du  Cartulaire  de  Mulhouse  et  de  ses  autres  pro- 
jets de  travaux,  voici  ce  que  xMossmann  m'écrivait  le  3 
janvier  4874  : 

«  Il  est  vrai  que  je  muse  encore  un  peu  aux  archives;  je 
poursuis  l'achèvement  du  Cartulaire  de  Mulhouse  et  je  fais, 
en  outre,  un  brin  de  journalisme  quand  l'occasion  l'exige. 
Mais  que  tout  cela  est  bien  loin  des  travaux  sérieux  que  je 
devrais  faire  !  Et  avec  cela  i'àge  vient  qui  relâche  petit  a  petit 
le  ressort.  Un  projet  surtout  me  pèse  en  ce  moment,  c'est 
l'Histoire  critique  de  Mulhouse  du  XIII®  au  XV*  siècle.  Pour 
cette  période  je  me  suis  assuré  que  Pétri  et  ceux  qui  l'on  suivi 
n'ont  fait  que  rêver,  et  si  je  ne  fais  pas  ce  travail,  je  ne  sais 
quand  il  sera  fait;  j'ai  bien  donné  le  fil  conducteur  qui  per- 
met de  cheminer  dans  ce  fatras  de  5000  rôles  dont  se  com- 
pose aujourd'hui  le  Cartulaire.  Mais  pour  s'y  reconnaître  il 
faut  encore  un  certain  acquis  et  surtout  le  feu  sacré  qui,  je  le 
crains,  deviendra  plus  rare  de  jour  en  jour. 

(c  J'aimerais  aussi  donner  une  nouvelle  édition  de  mes 
Recherches  sur  la  commune  de  Colmar,  Mais  je  ne  pourrai 
rien  entreprendre  de  tout  cela  avant  le  printemps,  k  la  condi- 
tion que  je  puisse  me  lever  avec  le  jour  ». 

Le  feu  sacré,  il  le  possédait  à  un  émincnt  degré  :  rien  ne  le 
prouve  mieux  que  son  inébranlable  constance  à  dépouiller 


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448  REVUE  D^ ALSACE 

les  5000  parchemins  plus  ou  moins  arides  de  Taneienne 
république  de  Mulhouse. 

Mossmann  fut  très  apprécié  par  la  Société  industrielle  de 
Mulhouse  dont  il  devint  un  des  assidus  collaborateurs  et  par 
M.  Engel-Dollfus,  un  des  éminenls  manufacturiers  de  cette 
ville,  qui  Tencouragea  beaucoup.  Il  écrivit  en  excellents  ter- 
mes la  biographie  de  ce  grand  industriel  sous  ce  titre  : 
Un  industriel  alsacien.  Vie  de  M,  ^'F.  Engel-Dollfus, 
Mulhouse  1886,  imp.  Brûstlein.  Cet  ouvrage  lui  valut  un 
des  prix  Monlbyon  décernés  en  4887  par  TAcadémie 
française. 

Somme  toute  Mossmann^  sans  être  comparable  aux 
ouvriers  de  la  première  heure  qui  ont  écrit  et  complété  l'his- 
toire d'Alsace  avec  la  maestria  que  Ton  connaît,  n'en  a  pa« 
moins  rendu  des  services  signalés  à  ceux  qui  glaneront  après 
lui  dans  ces  champs  moissonnés  depuis  longtemps  par  des 
hommes  de  grande  valeur.  En  creusant  son  sillon,  il  a  su  en 
extraire  la  quintessence  utile.  C'est  Ik  le  mérite  de  ce  travail- 
leur consciencieux,  doué  toutefois  d'un  caractère  assez  origi- 
nal. Nature  indépendante  a  tous  les  points  de  vue,  un  peu 
trop  indépendante  peut-être,  il  n'a  pas  toujours  su  garder, 
dans  la  vivacité  de  ses  critiques,  la  mesure  et  le  bon  ton  de 
l'impartialité.  Certaines  licences  de  sa  plume  lui  ont  valu  des 
représailles  ;  mais  la  sagesse  antique  commande  l'oubli  a 
ceux  qu'il  a  essayé  d'atteindre.  Ne  voyons  dans  l'homme  que 
ses  beaux  côtés.  De  mortuis  nil  nisibenè. 


M.  Auguste  Bartholdi  n'avait  pas  perdu  de  vue  son  projet 
d'oiîrir  k  la  République  des  États-Unis  sa  statue  de  la  Liberté 
éclairant  le  monde.  Il  entreprit  en  4874,  après  la  guerre,  un 
premier  voyage  en  Amérique  pour  se  rendre  compte  des  con- 
ditions dans  lesquelles  pourrait  se  réaliser  ce  projet  gran- 
diose. Autant  que  je  me  le  rappelle  c'est,  je  crois,  k  son  re- 
tour en  4872  qu'il  fut  chargé  par  M.  Thiers  de  faire  la  statue 
de  Lafayetle  offerte  par  la  France  aux  Étals-Unis  comme 
témoignage  de  reconnaissance  pour  les  secours  envoyés  par 
New-York  k  la  France. 


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A   TRAVERS   LE   PASSÉ  149 

De  celte  statue  de  Lafayetle  j'ai  vu  plus  tard  le  modèle 
dans  son  atelier  de  la  rue  Vavin.  Voyageur  intrépide  et  infa- 
tigable, M.  Barthoidi  se  rendit  de  New- York  à  San-Francisco 
par  la  l'gnc  transcontinentale  qui  venait  d'être  terminée. 
Comme  tous  les  travaux  de  chemins  de  fer  en  Amérique, 
cette  voie  qui  traverse  les  régions  sauvages  et  inhabitées  du 
Far- West  et  des  Montagnes  rocheuses,  est  un  audacieux  défi 
k  toutes  les  difTicullés  de  la  nature,  une  œuvre  de  science 
autant  que  de  hardiesse.  Des  arbres  millénaires  et  d'une 
hauteur  énorme,  abattus  dans  les  forêts  vierges,  ont  servi  k 
établir  les  ponts  et  viaducs  traversant  les  torrents.  Le  voya- 
geur européen  croit  rêver  en  franchissant  dans  ces  parages 
montueux,  les  viaducs  tremblants  établis  dans  des  conditions 
assez  peu  rassurantes  et  que  le  Yankee  sait  braver  avec  son 
flegme  bien  connu. 

La  photograpîiie  instantanée  n'existait  pas  encore.  Pendant 
la  marche  <Jiî  3  trains,  M.  Barthoidi  muni  de  sa  boîte  à  cou- 
leurs, se  mit  k  peindre  des  centaines  de  petites  aquarelles 
représentant  avec  la  rapidité  de  la  pensée,  les  effets  fuyants 
des  paysages  passant  sous  ses  yeux  comme  les  changements 
k  vue  du  kaléidoscope.  (JKuvre  attachante  au  possible  par 
rétrangeté  de  la  facture,  où  l'imprévu  coudoie  le  grandiose, 
cette  collection  de  vues  du  Far-West  que  j'ai  feuilletée  chez 
l'artiste  avec  la  plus  enivrante  curiosité,  était  un  vrai  tour 
de  force. 

XXXVIII 

Un  fonctionnaire  hors  ligne.  —  Chftteau  d'eau.  —  Usine 
à  gaz.  — '  Conférences  publiques.  —  Jean  Macé  et  le  Petit- 
Ghftteau.  —  Fiefs  alsaciens  des  princes  de  Montbéliard.  ^ 
Les  chiens  d'une  princesse.  —  Exposition  universelle.  — 
Le  Windsbûhl. 

Presque  tous  les  fonctionnaires  des  contributions  directes  et 
indirectes, de  Tenregislrementet  des  douanes,  que  j'ai  connus  k 
Colmar,  venaient  des  départements  circonvoisins,  notamment 
des  Vosges,  de  la  Meurthe  et  de  la  Moselle.  Parmi  eux  il  y 


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ioO  RBVLC   D* ALSACE 

avait  des  hommes  de  valeur  dont  le  mérite  s'était  affirmé 
dans  les  grades  inférieurs  et  qui  ont  gravi  rapidement  les 
échelons  qui  mènent  aux  sommets  de  la  hiérarchie.  De  ce 
nombre  était  un  jeune  et  aimable  contrôleur  des  contribu- 
tions directes,  M.  Emile  Boutin,  d'Épinal  qui,  avant  la  guerre, 
avait  débuté  dans  les  grades  inférieurs  à  Colmar  et  k  Belfort. 

Sa  brillante  intelligence  et  son  aptitude  à  résoudre  les 
questions  souvent  ardues  que  font  naître  les  lois  fiscales 
appliquées  à  ce  colossal  damier  que  constitue  la  matière  im- 
posable, attirèrent  l'attention  de  ses  supérieurs.  Il  fut  appelé 
à  occuper  un  poste  k  la  direction  du  personnel  de  l'adminis- 
tration centrale.  Avec  une  rapidité  qui  n'étonna  personne,  il 
franchit  successivement  les  étapes  de  chef  de  bureau,  de  chef 
du  matériel  et  du  personnel,  de  chef  de  cabinet  du  ministre, 
et  arriva  au  grade  suprême  de  directeur  général,  agrémenté 
du  litre  de  conseiller  d'État  et  de  la  décoration  de  grand  offi- 
cier de  la  Légion  d'honneur. 

Pendant  les  discussions  souvent  passionnées  du  budget, 
M.  Boutin,  commissaire  du  gouvernement,  sait  captiver  la 
Chambre  par  l'exposé  lumineux  de  ses  aperçus  financiers. 
Avec  cela  bon  enfant,  ami  serviable,  homme  de  bonne  socié- 
té, il  a  su,  chose  rare,  dans  une  position  qui  louche  au  cœur 
humain  par  la  corde  sensible  de  la  bourse,  il  a  su,  dis-je,  se 
faire  aimer  et  respecter  de  tous  par  la  rondeur  et  l'aménité 
de  son  caractère. 


Le  monument  de  Pamiral  Bruat,  inauguré  en  i804,  avait 
été  conçu  dans  la  pensée  qu'il  deviendrait  un  chAleau  d'eau 
formant,  au  milieu  des  ombrages  du  Champ-de-mars,  une  de 
ces  oasis  de  fraîcheur  rêvées  par  les  po(^tes  et  dont  les  excel- 
lents bourgeois,  sans  olre  poëtes,  se  promettaient,  eux  aussi, 
(le  jouir  en  allant  entendre  la  musique  militaire  pendant  les 
chaudes  soirées  d'été.  Aussi,  M.  Bartholdi  avait-il  placé  entre 
les  quatre  statues  allégoriques  (juatre  proues  de  trirèmes  an- 
tiques d'où  Teau  devait  couler  en  larges  nappes  dans  les 
deux  bassin*?  inférieurs.  Pendant  deux  ans  la  population  dut 


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A   TRAVERS   LE   PASSE  151 

se  contenter  d'admirer,  d'un  air  gouailleur,  le  château  d'eau 
k  sec  et  de  rêver  au  murmure  de  cascades  imaginaires, 
mirage  lointain,  en  attendant  avec  impatience  l'achèvement 
de  la  conduite  d'eau  que  l'ingénieur  Gauckler  était  en  train 
d'établir. 

Sur  sa  proposition,  la  ville  traita  avec  MM.  Dumolard  et 
Viallet,  fabricants  de  ciment  h  Grenoble,  et  la  conduite,  ter- 
minée en  1866  au  prix  d'une  dépense  de  37,000  fr.  a  fourni 
largement  de  quoi  alimenter  d'une  façon  durable  la  belle 
œuvre  deBartholdi.  Ainsi  que  je  lai  dit  plus  haut,  cette  dé- 
pense a  été  atténuée  par  les  concessions  de  prises  d'eau  faites 
aux  propriétaires  riverains  du  quartier  de  Roufîach 

A  la  même  époque  la  ville  fit  construire  une  nouvelle  usine 
a  gaz  sur  les  terrains  de  l'ancienne  Orangerie,  près  la  route 
de  Horbourg,  à  proximité  du  bassin  du  canal,  ce  qui  permit 
de  réaliser  uno  notable  économie  sur  le  prix  du  combustible 
qui  put  (^Ire  amené  sans  transbordement,  jusqu'à  l'usine 
même.  Pour  l'exécution  de  cette  construction,  la  ville  traita 
directement  avec  MM.  Lhomme  et  Fischer  de  Mulhouse,  qui 
avaient  la  spécialité  des  entreprises  de  ce  genre.  La  dépense 
totale,  réalisée  en  1867,  s'éleva  h  274,000  fr.  dont  h  déduire 
le  prix  de  vente  de  l'ancienne  usine  estimée  50,000  fr.  En 
s'imposant  le  sacrifice  de  cette  nouvelle  construction,  la  ville 
s'assurait  pour  l'avenir  un  bénéfice  d'au  moins  20,000  fr,  par 
l'exploitation  directe  de  l'usine,  non  compris  la  fourniture 
gratuite  du  gaz  pour  l'éclairage  public  représenté  par 
22,000  francs. 


Un  certain  réveil  de  l'esprit  public  s'est  manifesté  à  Gol- 
mar  dans  le  courant  de  1866.  On  semblait  se  passionner 
davantage  pour  les  choses  d'art  et  d'intelligence.  Sans  insis- 
ter de  nouveau  sur  le  développement  du  musée  et  des  collec- 
tions scientifiques,  loujoui-s  en  voie  de  progrès,  je  veux  don- 
ner ici  une  mention  sommaire  aux  conférences  publiques 
qu'organisèrent  au  foyer  du  théAtre  quelques  professeurs  du 


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ir)2  REVUE  d' ALSACE 

Lycée  avec  le  concours  de  certaines  personnalités  du  corps 
des  ingénieurs  attachés  aux  travaux  du  département. 

MM.  Bertrand  et  Morellet  traitèrent  des  sujets  historiques  et 
littéraires.  Ce  dernier  nous  a  vivement  intéressés  parle  récit 
mouvementé  et  plein  d'aperçus  neufs  de  l'épisode  d'Eustache 
de  Saint-Pierre  au  siôge  de  Calais.  M.  Gauckler,  ingénieur  des 
travaux  du  Rhin,  avait  pris  pour  sujet  de  ses  conférences 
La  Mer,  sujet  vaste  comme  le  monde,  plein  d'enseignements 
suggestifs  pour  ceux  qui  n'avaient  (ju'une  connaissance  super- 
ficielle de  la  géographie  et  de  la  géologie. 

Le  conférencier  nous  montrait  sur  uiie  grande  mappe- 
monde les  surfaces  comparatives  des  continents  et  des  océans, 
l'influence  des  mers  intérieures  sur  les  régions  environnantes, 
les  surfaces  glacées  des  deux  pôles  d'où  partent,  en  été,  les 
banquises  énormes  qui  viennent  se  fondre  dans  les  régions 
tem|)érées  et  contribuent,  par  un  exceptionnel  dégagement  de 
vapeurs,  à  troubler  les  conditions  météorologiques  de  l'Eu- 
rope ;  puis  les  volcans  sous-marins,  les  marées,  les  raz-de- 
marées,  la  mousson,  la  faune  et  la  flore  préhistoriques;  puis 
ce  torrent  d'eau  chaude,  le  Gul/streatn,  sortant  du  Golfe  du 
Mexique  et  allant  a  travers  l'océan,  porter  la  chaleur  et  la  vie 
sur  les  côtes  de  Bretagne  où  il  fait  mûrir  le  figuier  et  éclore 
les  fleurs  des  Tropiques,  allant  caresser  en  passant  les  récifs 
de  l'Irlande  et  de  l'Angleterre,  pour  se  perdre  le  long  des 
fiords  de  la  Norwège  et  de  l'Islande,  frisant  le  cap  Nord  pour 
s'évanouir  dans  la  mer  Blanche  près  d'Arkangel  ;  enfin  cette 
merveilleuse  et  incompréhensible  mer  des  Sargasses,  située 
entre  les  Açores,  les  Canaries,  et  les  lies  du  Cap- Vert  et  occu- 
pant un  espace  six  fois  aussi  grand  (jue  la  France,  tout  cou- 
vert d'une  végétation  de  varechs  au  milieu  de  laquelle  les 
vaisseaux  ont  peine  h  se  frayer  un  passage  et  qui,  depuis  de 
longs  siècles,  défient  les  tempêtes  de  l'Océan. 

Quelle  leçon  de  choses  dans  l'exposition  animée  du  confé- 
rencier qui  sait  les  faire  passer  sous  les  yeux  du  spectateur 
comme  les  figures  peintes  sur  les  verres  d'une  lanterne  ma- 
gique! Aussi  cette  conférence,  vraie  révélation  pour  la  plu- 
part des  auditeurs,  fut-elle  un  succès. 


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A  TRAVERS   LE  PASSÉ  153 


Moins  intéressante  fut  la  conférence  de  M.  Jean  Macé  sur 
VŒU,  autrem3nt  dit  sur  la  vision  humaine;  non  pas  que  le 
sujet  en  lui-même  ne  prêtât  point  a  des  développements  d'une 
grande  portée,  mais  parce  que  le  conférencier  ne  possédait 
point,  à  un  degré  suffisant,  le  don  de  la  parole  en  public  et 
la  clarté  de  démonstration  scientifique.  Combien  belle  était 
pourtant  la  thèse  à  soutenir  et  quels  aperçus  éblouissants 
off'raient  l'étude  physiologique  de  cet  admirable  organe  de 
la  vision  et  tous  les  phénomènes  d'optique  mis  par  la  pro- 
vidence k  la  disposition  de  Thomme  dans  sa  boîte  crânienne, 
ce  chef  d'oeuvre  de  mécanique  où  trône  en  souverain  le  monde 
divin  de  la  pensée  ! 

Et  pourtant  Jean  Macé  était  un  éminent  professeur,  un  vail- 
lant éducateur,  un  savant  naturaliste  doublé  d'un  philosophe 
peut-être  trop  positiviste.  Ancien  professeur  de  philosophie 
au  collège  d'Évreux,  il  était  venu  en  Alsace  pour  enseigner 
la  littérature  et  l'histoire  au  pensionnat  de  jeunes  filles  du 
Petit  Château  fondé  à  Deblenheim,  près  Colmar,  par  M"« 
Verenet,  de  Montbéliard .  La  réputation  du  professeur  eut  bien- 
tôt fait  de  donner  un  grand  reliefà  cet  établissement  créé  pour 
la  satisfaction  des  nombreuses  familles  protestantes  de  la 
région  qui  avaient  rêvé  de  posséder  une  maison  d'éducation, 
mieux  organisée  au  point  de  vue  de  l'instruction  à  tous  les 
degrés,  que  le  Sacré-Cœur  de  Kientzheim,  situé  à  quelques 
pas  de  la  et  où  l'aristocratie  et  la  bourgeoisie  catholiques 
faisaient  élever  leurs  enfants. 

C'est  dans  ce  pensionnat  champêtre,  dans  la  région  si  pitto- 
resque des  vignes  de  Riquewihr  et  de  Zellenberg,  que  Jean 
Macé  écrivit  plusieurs  ouvrages  d'éducation  qui  eurent  un 
grand  succès  et  devinrent  rapidement  populaires  :  VHistoire 
d'une  bouchée  de  pain,  les  Serviteurs  de  Testomac,  V Arith- 
métique du  grand  papa,  tes  Contes  du  Petit  Château  et  le 
Théâtre  du  Petit  Château.  Certains  critiques  grincheux  et 
peut-être  jaloux  des  succès  de  l'auteur  prétendent  qu'il  y  a 


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i54  RBVUE  d' ALSACE 

dans  ces  livres  un  peu  trop  d'oitomac  et  pas  assez  d'idéal, 
c'est-à-dire  qu'ils  font  une  concession  trop  large  au  positivis- 
me dans  la  vie. 

N'étant  pas  autorisé  k  les  contredire  je  me  borne  à  ajouter 
que  Jean  Macé,  homme  d'initiative,  remueur  d'idées  et  vul- 
garisateur au  premier  chef,  fut  le  créateur  de  la  Ligue  de 
l'enseignement  et  des  bibliothèques  populaires  et  que  c'est  là 
son  grand  titre  à  la  reconnaissance  de  ses  contemporains. 
J'ai  assisté  à  l'éclosion  de  ces  entreprises  vraiment  humani- 
taires qui,  depuis,  on  fait  vaillamment  leur  tour  de  France  et 
ont  valu  il  Jean  Macé  un  siège  de  sénateur,  juste  récompense 
d'une  vie  de  travail  et  de  dévouement,  entièrement  consacrée 
à  l'instruction  et  a  la  moralisation  du  peuple. 

Les  tristes  événements  de  1870  ont  eu  ce  malheureux  con- 
tre coup  de  disperser  la  plupart  des  établissements  d'instruc- 
tion qui  existaient  en  Alsace-Lorraine.  M"®  Verenet,  malgré 
son  grand  âge,  ne  voulut  point  laisser  périr  sa  belle  fondation 
du  Pelit-Chàleau  et,  toujours  aidée  par  son  émin^nt  collabo- 
rateur Jean  Macé,  elle  acquit  le  vieux  château  de  Monlhiers, 
près  de  Château-Thierry,  et  y  transféra  son  établissement  au- 
quel elle  conserva  son  nom  originaire  de  Petit-Château.  On  y 
recevait  des  élèves  de  tous  les  cultes.  Mlle  Verenet  vient  d'y 
mourir  âgée  de  près  de  quatre  vingt  dix  ans  et  Jean  Macé, 
mort  récemment  aussi,  âgé  de  quatre  vingt  deux  ans,  a  voulu 
être  enterré  k  côté  d'elle  et  de  sa  femme  (1). 


A  propos  du  Petit-Château  de  Beblenheim  et  des  localités 
protestantes  qui  environnent  Colmar,  on  peut  faire  remarquer 
que  la  Réforme  y  a  été  introduite  par  les  princes  de  Wurtem- 
berg-Montbéliard  qui,  par  héritages  de  famille,  traités  ou 
alliances,  avaient  possédé  fort  longtemps  des  droits  de  suze- 
raineté sur  Riquewihr,    Beblenheim,   Hunawihr,   Ostheim, 

(i)  Je  viens  d'apprendre  que  rétablissement,  conlinné  par  deux 
élèves  de  MUe  Verenet,  a  été  transféré  récemment  au  Vésinct  près 
Paris,  et  qu*il  conserve  son  nom  de  Pensionnat  du  Petit- 
Château, 


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A  TRAVERS  LE  PASSÉ  i55 

Wihr-en-plaine,  Horbourg,  Andolsheim  etc.  Hunawihr,  avec 
son  église  fortifiée  par  un  mur  à  bastions  et  a  créneaux,  est 
un  témoignage  vivant  des  luttes  religieuses  de  la  Réforme. 
Cette  église  sert,  aujourd'hui  encore,  k  Texercice  des  deux 
cultes,  la  nef  où  officie  le  pasteur  étant  séparée  par  un  grand 
rideau  du  chœur  où  le  curé  dit  sa  messe.  Dans  cette  com- 
mune adoration  d'un  même  dieu,  les  deux  ministres  et  leurs 
ouailles  vivent  en  très  bonne  intelligence. 

N'était-ce  pas  un  fait  curieux  et  étrange  que  cette  princi- 
pauté de  Montbéliard  constituant  une  enclave  allemande  et 
luthérienne  dans  le  département  français  du  Doubs  et  appar- 
tenant à  des  comtes  de  Wurtemberg  (4)  ?  Prise  en  1444  par  le 
dauphin  Louis  XI,  et  en  1696  par  Louis  XIV,  elle  fut  rendue 
h  ses  possesseurs  par  le  traité  de  Ryswick.  Les  Français  s'en 
emparèrent  encore  en  1796  et  le  traité  de  Lunéville,  en  1799, 
en  assura  la  réunion  définitive  k  la  France  (2). 

Ce  qu'il  y  a  de  particulièrement  curieux  et  doit  faire  réflé- 
chir le  philosophe,  c'est  que  dans  tous  les  villages  que  j'ai 
cités  plus  haut  le  monde  protestant  a  pour  lui  la  grande  pos- 


({)  Henriette  de  Montbéliard,  femme  d'Eberhard  IV  de  Wur- 
temberg, avait  apporté  comme  dot,  le  comté  de  ce  nom  à  la 
maison  de  Wurtemberg  en  1397.  La  seigneurie  de  Riquewihr  et 
les  domaines  des  Comtes  de  Horbourg  avaient  été  vendus  en  13124 
à  Ulrich  de  Wurtemberg.  C'est  ainsi  que  toutes  les  communes 
dépendant  de  ces  domaines  devinrent  fiefs  des  comtes  de  Montbé- 
liard et  embrassèrent  plus  tard  la  religion  luthérienne  qui  était  la 
religion  d'État  de  leurs  maîtres  attachés  à  la  doctrine  d'OKcolam- 
padc  (Hauslicht),  Tami  d'Erasme  et  le  lieutenant  de  Zwingli. 

(2)  Le  savant  naturaliste  Cuvier,  qui  devint  une  des  gloires  de  la 
science  française,  était  né  à  Montbéliard  le  23  août  1769,  pendant 
que  le  Comté  appartenait  encore  aux  Wurtemberg.  Il  était  le  fils 
d'un  religionnaire  du  Jura  réfugié  à  Montbéliard  après  avoir  servi 
dans  l'un  des  régiments  suisses  à  la  solde  de  la  Franco,  et  avait 
obtenu  une  bourse  dans  l'Académie  Caroline  de  Stuttgart  où  ont 
été  formés  Schiller  et  plusieurs  autres  hommes  de  mérite.  C'est  là 
qu'il  apprit  la  langue  allemande  et  les  humanités;  car,  fait  digne 
de  remarque,  malgré  la  longue  domination  des  princes  allemands, 
la  langue  française  était  restée  la  langue  d'État  à  Montbéliard  où 
des  hommes  de  grand  talent,  comme  Parrot,  Duvernoy  et  Morel- 
Maclertui  ont  fait  honneur  par  leurs  publications  scientifiques  et 
littéraires. 


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156  REVUE  d' ALSACE 

session  territoriale,  conséquemniont  la  prédominance  de  la 
richesse,  tandis  que  le  monde  catholique  moins  bien  partagé, 
constitue  le  prolétariat  travailleur  mais  pauvre.  C'est  un  fait 
patent  :  tous  les  ouvriers  sont  catholiques  et  piochent  les  vi- 
gnes de  leurs  seigneurs  et  maftres.  Si  j'étais  socialiste  je  di- 
rais qu'il  y  a  là  une  inégalité  flagrante  dans  la  répartition  des 
biens  de  ce  monde. 

Mais  l'impartialité  nous  oblige  à  reconnaître  que,  de  tout 
temps,  l'élément  protestant,  quoique  ou  parce  que  en  mino- 
rité, a  su  se  distinguer  par  sa  haute  intelligence  des  affaires, 
son  esprit  spéculatif,  ses  aptitudes  remarquables  pour  l'indus- 
trie. De  grandes  fortunes,  honorablement  conquises,  sont 
sorties  de  ce  coin  de  l'Alsace  en  même  temps  que  des  hom- 
mes de  valeur  qui  ont  fait  honneur  aux  lettres,  h  la  science 
et  à  l'armée,  animés  de  ce  souffle  créateur  qui,  comme  André 
Kiener,  né  à  Ilunawihr,  nous  l'a  montré,  ont  su  fonder  des 
œuvres  grandes  et  durables. 

Autre  phénomène  ;  comment  se  fait-il  que  Zellenberg,  en- 
touré et  serré  de  près  par  tous  les  éléments  dissidents  de  la 
principauté  de Montbéliard-Wurtemberg,  soitresté  catholique 
comme,  du  reste,  Bennwihr,  sa  voisine?  C'est  que,  de  ces 
deux  localités,  la  première  était  puissamment  défendue  par 
son  chàteau-fort,  dont  il  ne  reste  plus  que  quelques  vestiges, 
et  faisait  partie  avec  sa  voisine  du  domaine  direct  de  Tévèché 
de  Strasbourg.  Berthold  de  Bucheck,  le  vaillantprélat,  sut  les 
conserver  k  son  église.  A  cette  époque  les  évêques  de  Stras- 
bourg étaient  de  fiers  batailleurs,  sachant  manier  l'épée  et  la 
cuirasse.  Ils  donnèrent  plus  tard  du  fil  k  retordre  k  la  Confes- 
sion d'Augsbourg. 


En  parlant  d'Ostheini,  ce  beau  et  plantureux  village  situé 
dans  la  plaine  de  Colmar,  en  face  de  Zellenberg,  pourrais-je 
résister  k  la  tentation  d'esquisser  ici  un  petit  portrait  de 
femme  de  l'époque  de  Louis  XIV,  d'une  princesse  authenti- 
que, hautement  poudrée  k  frimas,  qui  a  rempli  l'histoire  con- 
tepiporaioç  de  sa  personnalité  plus  que  turbulente,  d'une  de 


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A  TR.VVELIS   LB  PASSÉ  157 

ces  excentriques  imbues  de  leur  droit  divin ,  infatuées  de  leurs 
privilèges,  traitant  les  manants  avec  leur  outrecuidance  de 
race,  et  ayant  donné  au  Conseil  souverain  d'Alsace  plus  de 
préoccupations  que  les  causes  les  plus  embrouillées  des  plai- 
deurs vulgaires?  Jamais  il  n'y  eut  de  gouvernement  plus 
tourmenté  et  plus  agité  que  celui  de  la  princesse  Anne  de 
Wurtemberg-Montbéliard  k  qui  son  frère  Léopold-Eberhardt 
duc  régnant  de  Montbéliard,  le  prodigue  ami  des  demoiselles 
de  TEspérance,  avait  donné  en  toute  propriété  son  fief  d'Ost- 
heim.  Elle  avait  emmené  avec  elle  sa  nièce  Iledwige,  tempé- 
rament excentrique  comme  elle  et  qui  s'était  rendue  célèbre 
par  certaines  frasques  sentimentales  qui  obligèrent  son  frère 
k  la  rappeler  auprès  de  lui,  bien  que  personnellementf  il  ne 
fùfe  guère  autorisé  a  lui  donner  l'exemple  des  vertus  fami- 
liales. 

M.  de  la  Houssaye,  alors  Intendant  d'Alsace,  disait  de  la 
princesse  Anne  que  «  sa  teste  est  si  mal  timbrée,  sauf  le  res- 
pect deu  u  sa  naissance,  qu'il  luy  faut  pardonner  ce  qu'on 
ne  pardonnerait  pas  k  d'autres  ».  11  avait  l'indulgence  facile. 

Cette  gentille  dame  aimait  passionnément  les  chiens  et  en 
avait  sans  cesse  vingt-cinq  ou  trente  dans  sa  chambre,  toute 
une  ménagerie  puante  et  aboyante.  Dans  leurs  excursions  au 
dehors  ces  chiens  faisaient  le  désespoir  du  village,  mordant 
k  belles  dents  les  mollets  des  manants  et  étranglant  leurs 
volailles.  On  voit  que  ce  n'étaient  pas  des  chiens  de  faïence. 

M.  Véron-Réville,  k  qui  j'emprunte  ces  détails  (1),  ajoute 
qu'elle  disposait  en  maître  des  propriétés  communales,  des 
pâturages,  des  forêts;  qu'enfin  froissés,  malmenés,  humiliés, 
les  habitants  finirent  par  se  raidir  contre  l'opression  et  que 
le  Conseil  souverain  d'Alsace  eut  k  intervenir  dans  tous  les 
litiges  suscités  par  cette  tyrannique  suzeraine. 

A  la  naissance  de  chaque  nouvelle  portée  canine,  il  y  avait 
fêtes  et  réjouissances  au  château.  A  la  mort  de  ses  chiens, 
on  leur  faisait  des  funérailles  en  règle.  La  princesse,  qui  était 
protestante,  prétendit  môme  contraindre  (prohpudori)  le 
curé  catholique  k  les  enterrer  dans  son  église  et  il  ne  fallut  rien 

(\)  Revue  d'Alsace,  4858.  —  Lns  chiens  de  la  princesse  de 
Wurlembcrg. 


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158 

moins  qu'un  arrêt  du  Conseil  souverain  pour  empêcher  celle 
profanation.  Elle  prit  alors  le  parti  de  faire  construire  pour  ses 
aimables  pensionnaires,  une  chapelle  funéraire  avec  un  mau- 
solée surmonté  de  l'écusson  ducal  de  Wurtemberg  II!  (0  pro- 
fanation!) et  orné  de  celte  inscription:  a  Par  la  grâce  de 
Dieu,  nous  sommes  ce  que  nous  sommes  ».  Cette  épitaphe 
canine  ne  mérite-t-elle  pas  d'aller  à  la  postérité? 

Sur  les  quatre  faces  du  monument  étaient  gravés  les  passa- 
ges de  la  Bible  se  rapportant  aux  chiens  de  Job  et  de  Tobie. 
En  i712,  ua  des  chiens  favoris  de  cette  déséquilibrée  vint  k 
mourir.  Durant  trois  semaines  entières  elle  garda,  dit-on,  le 
précieux  cadavre  dans  sa  chambre,  même  dans  son  lit.  L'his- 
toire ne  dit  pas  si  elle  fit  embaumer  le  petit  toutou  passé  k 
rélat  de  charogne.  Les  obsèques  solennelles  eurent  lieu  le 
jour  de  la  Sainte-Anne,  fête  de  la  duchesse,  et  le  corps  recou- 
vert d'un  voile  noir,  fut  portée  à  la  chapelle  armoriée  de 
Wurtemberg  par  une  de  ses  femmes  qui  pleurait. ...  du  rôle 
humiliant  qu'on  lui  faisait  remplir. 

Cette  fois,  M.  de  la  Houssaye,  l'intendant  de  Louis  XIV,  se 
fâcha  tout  rouge  et,  sans  autre  forme  de  procès,  ordonna  que 
la  chapelle  du  château  d'Oslheim  fût  rasée  du  sol  pour  avoir 
été  souillée  par  la  sépulture  d'un  chien. 

Des  poursuites  au  criminel  allaient  être  exercées  contre 
cette  inquiétante  souveraine  ;  mais  Louis  XIV,  par  égard  pour 
son  frère,  le  prince  de  Monlbéliard,  ce  toqué  dont  les  Mémoires 
de  Madame  d'Oberkirch  ont  enregistré  discrètement  les  scan- 
dales conjugaux,  étendit  sur  elle  sa  main  indulgente  et  ma- 
jestueuse, et  se  borna  à  lui  ordonner  de  sortir,  sans  délai,  de 
son  royaume.  Ce  qui  fut  fait  pour  le  plus  grand  bonheur  de 
la  population  d'Oslheim  qui  put  chanter,  ce  jour-là,  l'hymne 
de  la  délivrance. 


L'Alsace  se  préparait  en  4866,  k  figurer  avec  honneur  a 
l'exposition  universelle  qui  allait  s'ouvrir  a  Paris  en  4867. 
L'enseignement  public,  dans  ses  manifestations  diverses, 
devait  y  être  représenté.  Un  concours  fut  ouvert  entre  les 


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A    TRAVERS    LE   PASSÉ  159 

principales  écoles  du  département  du  Haut- Rhin.  A  côté  des 
institutions  fondées  et  soutenues  par  la  ville  de  Colmar  il  en 
avait  surgi  un  certain  nombre  d'autres  créées  par  l'initiative 
individuelle,  dirigées  par  ce  sens  généreux  qu'anime  un 
souffle  de  charité  et  qui,  toutes,  ont  pour  objet  l'amélioration 
physique  et  morale  de  la  population. 

Appelé  k  fournir,  h  cet  égard  un  travail  a  la  Commission 
départementale  de  l'exposition,  la  municipalité  a  pu  lui  signa- 
ler quarante  institutions  de  ce  genre  toutes  nées  k  Colmar, 
toutes  frappées  au  môme  coin,  celui  du  développement  de 
l'instruction,  celui  de  la  bienfaisance  et  de  l'émancipation 
morale.  Chacun  des  trois  cultes  y  était  largement  représenté. 
Ecoles  et  salles  d'asile  libres,  écoles  du  dimanche,  asiles-ou- 
vroirs,  bibliothèques  populaires,  fondées  par  Jean  Macé, 
bibliothèques  circulantes  fondées  par  M.  Léon  Lefébure, 
sociétés  de  patronage  et  d'apprentissage  des  orphelins,  écoles 
de  chant  et  de  dessin,  sociétés  de  gymnastique,  asiles 
de  vieillards,  cités  ouvrières,  sociétés  de  secours  mutuels, 
œuvres  de  charité  sous  toutes  les  formes,  rien  ne  manquait  a 
cet  ensemble  d'institutions  humanitaires. 


Le  3  juin  1866,  jour  de  la  Fête-Dieu,  au  cours  d'une  prome- 
nade dans  la  montagne,  entre  Riquewihr  et  Hunawihr,  je  me 
trouvai  en  face  d'un  vrai  tableau  flamand  rappelant  les  fêtes 
champêtres  de  David  Téniers  et  de  Van  Ostade.  C'était  k  la 
ferme  du  Windsbûhl  (Colline  des  vents).  Placée  au  sommet 
d'une  éminence  isolée  comme  Zellenberg,  elle  recevait  de 
première  main  les  rudes  caresses  du  vent  d'ouest  et  de  l'Aqui- 
lon. Cela  n'empêchait  pas  la  jeunesse  des  environs  d'en  faire, 
pendant  la  belle  saison,  un  lieu  de  réjouissances  compara- 
bles, en  petit,  aux  Kermesses  flamandes.  J'y  trouvai  nom- 
breuse compagnie  de  jeunes  gens  et  de  jeunes  filles,  venus 
d'Hunawihr,  de  Ribeauvillé,  de  Riquewihr,  accompagnés  de 
leurs  parents  et  de  deux  ménétriers  qui  s'apprêtaient  k  les 


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160  REVUE   d'aLSACE 

faire  danser  en  plein  air  en  s'installant  sur  des  tonneaux, 
absolument  comme  les  joyeux  joueurs  de  cornemuse  k  la  porte 
des  cabarets  du  pays  flamingant. 

Le  costume  même  accentue  la  ressemblance,  car  j'ai  vu 
plus  tard  sur  les  marchés  de  Biuges  et  d'Anvers  des  types 
de  campagnards  tout-à-fait  pareils  à  ceux  des  environs  de 
Colmar. 

En  rentrant  le  soir,  après  cette  journée  rayonnante  et  calme, 
j'étais  loin  de  penser  qu'elle  aurait  pour  moi  une  fin  navrante. 
Je  trouvai  une  dépèche  m'appelant  auprès  de  ma  mère  mou- 
rante, subitement  frappée  d'apoplexie  dans  la  journée.  Elle 
vivait  encore  k  mon  arrivée  k  Altkirch,  mais  l'agonie  avait 
commencé.  Ayant  partagé  avec  elle,  pendant  de  longues  an- 
nées, des  épreuves  parfois  pénibles  et  aussi  des  moments  de 
bonheur,  je  sentis  quelque  chose  se  briser  en  moi  et  je  la  pleu- 
rai longtemps.  Comme  l'austère  image  du  devoir  et  du  dé- 
vouement, sa  figure  survit  dans  la  mémoire  de  ses  trois  fils 
reconnaissants.  S'ils  sont  devenus  des  hommes,  c'est  k  elle 
qu'ils  le  doivent.  Je  surmontai  un  instant  ma  douleur  pour 
faire  un  croquis  rapide  de  sa  figure  empreinte  de  la  sérénité 
de  la  mort.  Le  cimetière  de  Saint-Morand  ayant  été  désafl'ecté 
depuis  lors  et  transféré  ailleurs,  nous  espérons  que  l'ancien 
cimetière  sera  conservé  avec  ses  vieux  monuments  comme 
un  jardin  du  souvenir  des  générations  éteintes. 


XXXIX 

Au  lac  des  Quatre-Cantons.  —  Lever  du  soleil  au  Righi. 
—  Les  hôtels  suisses.  —  Le  Pont  du  Diable.  —  Légende.  — 
Le  trou  d'Uri  à  Andermatt.  —  Le  Pilate. 

Les  mois  de  juillet  et  d'août  de  cette  année  i866  furent 
excessivement  pluvieux.  Saint-Médard,  préposé  k  la  manœu- 
vre de  l'arrosage  céleste,  lançait  ses  coups  de  piston  sans 
trêve. 

Les  accès  de  mauvaise  humeur  de  ce  saint  aquatique  me 
causaient  d'autant  plus  de  chagrin  que,  depuis  longtemps,  je 


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A  TRAVERS   LE  PASSÉ  161 

caressait  l'idée  d'un  petit  voyage  en  Suisse.  On  pouvait  alors 
satisfaire  cette  fantaisie  k  peu  de  frais,  grâce  aux  voyages 
circulaires  que  venaient  d'inaugurer  les  compagnies  de  che- 
mins de  fer  français  et  suisses.  Les  billets,valables  pour  cinq 
jours,  comportaient  un  parcours  très  agréable,  de  DÀle  k 
Lucerne,  sur  tout  le  lac  des  Quatre-Cantons  jusqu'au  pied  du 
Saint-Gothard,  avec  retour  par  Zurich  et  Aarau. 

Contempler  de  près  ces  merveilleux  glaciers  que  j'avais 
entrevus  parfois  comme  dans  un  rêve  lorsque,  par  les  belles 
soirées  d'été,  je  me  promenais  sur  les  hauteurs  qui  environ- 
nent Altkirch,  faire  l'ascension  du  Righi  et  du  Pilate,  visiter 
cet  admirable  lac  des  Quatre-Cantons  où  s*est  déroulée  la  lé- 
gende héroïque  du  libérateur  de  la  Suisse,  il  n'en  fallait 
pas  plus  pour  surexciter  toutes  les  convoitises  de  l'imagi- 
nation. 

C'était  le  27  août  1866.  Le  soleil  avait  nettoyé  son  ciel 
olympien  où  dominait  maintenant  l'azur. 

Nous  partons,  confortablement  installés  dans  ces  beaux 
wagons  suisses  k  double  rangée  de  sièges  séparés  par  une 
allée  centrale  qui  permet  au  voyageur  de  circuler  d'un  wa- 
gon a  l'autre  par  les  plates-formes  ménagées  k  l'extérieur. 

Nous  voyons  se  succéder  les  charmants  sites  de  Bàle-cani- 
pagne,  de  l'Argovie,  le  lac  de  Sempach  célèbre  par  la  bataille 
de  1386  qui  a  vu  s'effondrer  la  puissance  de  l'Autriche  et  de 
ses  hauts  barons  du  Sundgau  sous  la  lance  héroïque  de  Win- 
ckelried,  le  célèbre  tunnel  du  lïauenstein  que  les  trains 
mettent  huit  minutes  k  traverser,  la  jolie  ville  d'Olten,  point 
de  partage  des  différents  réseaux  suisses,  et,  en  approchant 
de  Lucerne,  les  fantastiques  découpures  de  la  chafne 
alpestre. 

Mais,  comme  les  plus  belles  médailles,  toutes  les  belles 
choses  de  ce  monde  ont  leurs  revers.  Nous  nous  en  aperçû- 
mes en  débarquant  sur  les  quais  de  Lucerne.  John  Bull,  ce 
maître  du  monde,  nous  a  gâté  les  voyages.  Partout  on  le  ren- 
contre installé  en  souverain  aux  meilleures  places,  dans  les 
plus  belles  chambres  des  plus  beaux  hôtels,  choisissant  les 
msilleurs  morceaux  aux  tables  d'hôte  sans  s'inquiéter  s'il  en 
reste  pour  les  autres,  accaparant  pour  lui  seul  les  moyens  de 
locomotion  les  plus  commodes  et  servant  d'cpouvanlail  aux 


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462  REVL'E    D* ALSACE 

honnêtes  touristes  quand  sa  casquette  à  voile  vert,  son  ves- 
ton quadrillé  et  son  alpenstock  apparaissent  à  l'improviste 
devant  la  chapelle  de  Guillaume  Tell  ou  au  Pont  du  Diable. 
Partout  oii  Ton  a  la  malchance  de  rencontrer  Old  England, 
avec  ses  misses  k  longues  dents,  types  de  race,  la  nature  perd 
son  sourire,  la  gaîté  son  entrain  et  le  menu  des  hôtels  sa 
saveur. 

Naïvement,  bonnement,  en  gens  peu  pratiques,  nous  nous 
fîmes  conduire  à  Thôtel  du  Schweizeroff,  croyant  descendre 
dans  une  de  ces  maisons  patriarcales  des  anciens  temps, 
créées  pour  les  gens  modestes,  amis  toutefois  d'un  certain 
confortable .  On  nous  déposa  devant  un  vrai  palais  dont  le  per- 
ron était  occupé  par  une  douzaine  de  garçons  en  habit  noir  et 
cravate  blanche,  vrai  cénacle  de  préfets  ou  d'attachés  d'am- 
bassade. Le  majordome,  homme  grave  infatué  de  la  dignité 
de  ses  fonctions,  prit  majestueusement  nos  valises  et  nous 
introduisit  dans  le  grand  hall  ou  salle  à  manger,  temple  grec 
aux  colonnes  de  marbre. 

Nous  demandâmes  à  diner  à  la  carte  :  l'addition  fut  salée. 
Comme  hors-d 'oeuvre,  tous  ces  garçons  désœuvrés  et  en 
habit  noir,  nous  servirent  un  plat  de  leur  façon,  une  repré- 
sentation de  gymnastes  :  ils  se  poursuivaient  comme  de  vrais 
gamins  à  coups  de  serviettes,  se  lançant  des  crocs  en  jambe 
dans  leurs  queues  de  morue,  faisant  des  chassés  croisés, 
nous  offrant  ainsi  un  spectacle  extra  non  compris  dans  l'addi- 
tion. Cela  suffit  pour  nous  fixer  sur  les  agréments  des  hôtels 
suisses,  et  nous  allumes  nous  asseoir  sur  le  quai  du  lac  en 
attendant  le  départ  du  paquebot  le  Winckelricd  pour  Weg- 
gis,  au  pied  du  Righi. 

Le  soleil  était  a  son  déclin  et  illuminait  de  ses  tons  orangés 
les  dents  rocheuses  du  Pilate  et  les  glaciers  du  canton  d'Uri 
formant  à  l'horizon  du  lac  un  vrai  décor  d'opéra.  Au  milieu 
de  la  foule  des  Anglais  contemplant  ce  spectacle  féerique, 
nous  aperçûmes  M.,  de  Bigorie  de  Laschamps,  premier  prési- 
dent de  la  cour  de  Golmar,  se  promenant  avec  M.  Birckel, 
président  du  Tribunal  de  commerce.  On  éprouve  toujours  du 
plaisir  en  voyage  a  rencontrer  des  figures  connues. 


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A    TRAVERS    LE   PASSÉ  i63 


Il  faisait  grand  jour  encore  quand  nous  arrivAmes  ti  Weg- 
gis.  Notre  intention  était  de  faire  rascension  du  Jlighi  a  pied 
et  nous  traitâmes  avec  un  guide  qui  transporta  nos  valises 
jusqu'à  rhôtel  du  Uighi-StalTel  où  nous  comptions  passer  la 
nuit.  La  montée  était  rude  et  nous  fûmes  heureux  de  faire 
une  longue  halte  à  l'hôtel  des  Bains  froids  du  llighi  situé  h 
mi-côte.  A  mesure  que  nous  montions,  le  crépuscule  descen- 
dait, enveloppant  d'un  voile  transparent  encore  la  surface 
du  lac  d'oii  émergeaient  les  mille  lumières  de  Lucerne  et  les 
dents  aiguës  du  Pilatc  teintées  de  rose.  L'ascension  devenait 
de  plus  en  plus  raide. 

Comme  l'attelage  du  coche  de  la  fable  nous  suions,  nous 
soufflions,  nous  étions  rendus,  quand  nous  rencontrâmes  un 
guide  conduisant  deux  chevaux  sellés  et  revenant  du 
sommet.  Il  consentit  a  nous  conduire  a  l'hôtel  du  Righi- 
Staffcl.  Nous  voilà  cavaliers  improvisés,  longeant  les  préci- 
pices à  la  lueur  des  étoiles,  nous  fiant  à  l'instinct  de  nos 
montures  habituées  à  ces  chemins  aériens.  Il  était  neuf  heu- 
res quand  nous  arrivAmes  h  l'hôtel.  A  trois  heures  du  matin 
nous  sommes  sur  pied  et  faisons  l'ascension  du  dernier  étaiîre 
du  Righi,  formé  d'assises  presque  régulières  simulant  un 
escalier  de  géants.  Sur  ces  hauteurs  arides  un  pAlre  condui- 
sant ses  moulons,  nous  offrit  un  bouquet  d'alperoses,  de  ces 
jolies  petites  fleurs  qui  croissent  dans  les  anfracluosités  des 
rochers  et  qu'il  est  dangereux  d'aller  cueillir. 

Enfin  nous  voilà  devant  l'hôtel  du  Righi-Kulm  où  les  cara- 
vanes anglaises  attendaient  le  lever  du  soleil.  Pour  voir  cp 
spectacle  presque  unique  au  monde,  on  ne  regrette  [)as 
d'avoir  escaladé  le  chemin  du  paradis.  Les  dernières  étoiles 
brillaient  encore  sur  un  ciel  sans  nuage,  et  l'aube  blanchis- 
sait à  l'horizon,  ce  qui  était  bon  signe,  car  souvent,  pendant 
toute  une  saison,  Phébus  fait  la  nique  à  ses  admirateurs  et 
l'aurore  aux  doigts  de  rose  se  masque  de  brumes  épaisses. 
Cette  fois  le  spectacle  était  complet. 


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164  BETTE  d' ALSACE 


Une  frange  d'or  bordait  l'horizon  pendant  qu'une  vieille 
lady  vêtue  d'une  robe  noire  flottante  et  une  bible  ouverte  h 
la  main,  se  promenait  gravement  au  bord  du  précipice, 
comme  l'ombre  de  lady  Macbeth,  découpant  sa  raide  silhou- 
ette sur  l'apparition  radieuse.  A  mesure  que  le  soleil  montait, 
le  décor  prenait  une  intensité  de  vie  surnaturelle. 

Comme  les  fervents  devant  l'oracle  de  Delphes  on  était 
tenté  de  s'écrier  :  Ecce  Deus  !  Un  silence  solennel  accueillait 
la  venue  de  l'astre,  foyer  de  vie  autour  duquel  gravitent  les 
mondes  de  l'espace.  À  nos  pieds,  autour  de  nous,  quinze  lacs 
saisis  d'un  frisson  matinal,  avivaient  leurs  teintes  d'émerau- 
de.  Et  les  glaciers  aux  mille  facettes  scintillaient  comme  For 
en  fusion,  étalant  leurs  rougeâtres  fulgurations  figées  dans 
un  immense  écrin  de  velours  bleu.  Quelle  gamme  puissante, 
quel  orchestre  fantastique  de  couleurs,  quelle  irisation  de 
tons  empruntés  au  prisme,  exaltés  par  la  palette  magique  du 
grand  artificier,  passant  des  effets  violents  du  rubis  et  du 
jaune  topaze  aux  nuances  violettes  les  plus  sourdes  et  les 
plus  neutres  des  grandes  vallées.  Devant  cette  clarté  souve- 
raine,  devant  cette  sérénité  inviolée  de  la  grande  nature  on 
éprouvait  la  sensation  vertigineuse  de  l'espace  infini. 

Voir  se  détacher  sur  ce  panorama  solaire,  reflet  de  mon- 
des inconnus,  paradis  inaccessible,  pays  du* rêve  enchanteur, 
les  neiges  immaculées  de  la  lungfrau,  du  Wetlerhorn,  du 
Rothstock,  de  la  Wengern-Alp,  du  Montrose,  n'est-ce  pas  un 
éblouissement,  une  orgie  où  l'imagination  se  complaît  un 
instant,  mais  dont  elle  ne  saurait  soutenir  longtemps  l'obsé- 
dante hallucination  ? 

Pour  apaiser  nos  regards  fascinés  par  tant  de  splendeur, 
par  l'incandescente  et  troublante  majesté  du  prisme  solaire, 
nous  les  plongions  dans  le  charmant  petit  lac  bleu  de  Zoug, 
situé  au  pied  môme  du  llighi  et  sur  cet  autre  petit  lac  de 
Lowertz  dont  le  nom  rappelle  une  épouvantable  catastrophe, 
arrivée  en  i806,rengloulissement  instantané  de  tout  le  village 
de  (ioldau,  par  le  glissement  d'une  partie  de  la  montagne  du 


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A  TRAVERS  LE  PASSÉ  165 

Rossberg.  Il  me  semble  que  là  où   la  nature  dispense  à 

rhomme   ses    plus   doux   sourires,    un  mauvais   génie   le 
guette  pour  le  plonger  dans  Tabîme. 


Après  l'extase  dans  les  régions  éthérées  du  rêve,  nous 
sommes  repris  par  la  réalité  tangible.  Au  dessous  de  nous, 
saluant  le  lever  du  soleil  et  s'élevant  comme  une  harmo- 
nieuse prière  dans  le  silence  de  la  nature,  le  ranz  des  vaches 
se  fait  entendre  .  C'est  la  voix  humaine  qui  monte  au 
créateur. 

Nous  descendons  rapidement  les  étages  si  péniblement 
gravis  la  veille.  D?»puis  lors  Tindustrialisme  moderne  a  pris  à 
tâche  de  déflorer  la  poésie  de  ces  paysages  grandioses  en 
jetant  par-dessus  les  précipices  un  chemin  de  fer  k  crémail- 
lère. C'est  plus  commode  pour  John  Bull  et  son  cousin  Jona- 
than le  Yankee,  ces  prosaïques  amis  du  confortable.  Ils  gra- 
vissent aujourd'hui  les  pentes  abruptes  du  Righi  et  du  Pilate 
en  wagon  de  première  classe  et  peuvent  s'étendre  h  loisir, 
avec  leurs  bottes  ferrées,  sur  les  coussins  capitonnés. 

Le  bateau  va  démarrer  et  nous  allons  pouvoir,  en  peu  de 
temps,faire  le  tour  presque  entier  du  lac  Je  pris  un  croquis  au 
pastel  du  Pilate  et  de  la  chaîne  de  montagnes  qui  l'entoure.  En 
passant  devant  la  Tells-Platte,  nous  remarquons  de  sombres 
nuages  couronnant  la  cime  du  Pilate.  C'est  signe  d'orage. 
Les  eaux  deviennent  houleuses  et  le  tonnerre  qui  gronde 
nous  rappelle  que,  d'après  la  légende,  c'est  à  cet  endroit 
même  que  Guillaume  Tell,  sautant  sur  le  rocher,  refoula 
d'un  coup  de  pied  la  barque  du  tyran  Gessler.  C'est  très 
émouvant  le  grondement  de  l'orage  sur  le  lac  encaissé,  avec 
son  crescendo  de  répercussions  et  d'échos  lointains. 

Un  rayon  de  soleil,  et  Ja  scène  change.  Nous  admirons  au 
passage  les  petites  villes  d'Arth  et  de  Gersau  dont  les  clochers 
et  les  villas  blanches  se  réfléchissent  dans  l'eau.  Sur  le  pont 
du  bateau,  une  voix  connue  m'appelle,  c'est  M.  Poupardin, 
conseiller  à  la  cour  de  Colmar,  qui  faisait  faire  un  tour  de 


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iCO  REVUE   d' ALSACE 

Suisse  k  ses  enfants  dont  Tun  occupe  aujourd'hui  k  Paris 
une  haute  situation  dans  la  magistrature. 

Voici  les  hôteliers  de  Schwytz,  de  Brunnen,  de  Fluelen  et 
d'Allorf  qui  montent  dans  le  bateau  pour  faire  leurs  offres 
de  services  aux  voyageurs.  C'est  un  spectacle  écœurant  que 
cette  Apreté  du  gain  poussant  ces  exploiteurs  à  venir  assaillir 
les  touristes  jusque  sur  le  bateau  de  plaisance  pendant  qu'ils 
sont  absorbés  par  le  spectacle  des  grandes  scènes  de  la 
nature. 


Pendant  Tarrct  du  bateau  k  Brunnen,  nous  avons  k  notre 
gauche,  dans  le  lointain,  les  montagnes  en  forme  de  pain  de 
sucre  des  Schweizer-Mythen,  à  leur  base  la  jolie  et  très  vieille 
ville  de  Schwyz,  chef-lieu  de  canton  dans  lequel  s'incarnent 
les  origines  historiques  de  l'ilelvétie  ;  k  notre  droite,  au 
coude  que  forme  le  lac,  le  fameux  Griilli  célèbre  par  le  ser- 
ment des  trois  libérateurs  de  la  Suisse,  Melchthalf  Wallher- 
Fiirst  et  Stauffacher  ;  en  face  de  nous  la  route  de  l'Axenberg 
dont  les  galeries  creusées  dans  le  rocher,  suivent  le  flanc  de 
la  montagne  et  surplombent  le  lac  jusqu'il  Altorf. 

Arrivés  au  fond  du  lac  k  Fluelen,  nous  trouvons  prête  à 
partir  la  diligence  d'Italie  qui,  par  la  vallée  de  la  Ileuss  et  le 
Saint-Golhard,  conduit  les  voyageurs  jusqu'à  Milan.  Un  jeune 
couple  anglais  nous  dispute  le  coupé,  mais  nous  n'eûmes 
pas  k  le  regretter  car  l'intérieur  de  la  voiture  nous 
protégeait  mieux  contre  le  froid  de  la  nuit,  très  vif  sur  ces 
hauteurs.  Nous  dépassons  rapidement  Altorf  et  Amsteeg 
situé  sur  le  torrent  de  la  Ileuss  qui  se  jetU  dans  le  lac  k 
Fluelen;  puis,  avant  d'arriver  k  Wasen,  nous  traversons  les 
galeries  couvertes  construites  pour  garantir  la  roule  con- 
tre la  chute  des  avalanches.  La  nuit  était  venue  épaisse  et 
noire  au  milieu  de  ces  gorges  profondes  où  le  son  des  grelots 
de  l'attelage  se  mêlait  au  grondement  du  torrent. 

Une  douce  somnolence  s'était  emparée  de  nous,  quand  le 
conducteur  nous  réveilla  par  cette  exclamation  :  «  Messieurs, 
nous  voici  sur  le  pont  du  Diable  !  »  Ici  c'est  une  explosion 


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A  TRAVERS   LE   PASSÉ  167 

formidable,  comme  un  roulement  de  coups  de  canon  produit 
par  la  chute  du  torrent  dans  un  entonnoir  de  rochers  h  pic 
s'élevant  h  une  grande  hauteur,  quelque  chose  comme  l'enfer 
de  Dante.  Du  reste  le  souvenir  de  Tesprit  malin  se  rattache  k 
la  construction  du  pont  primitif  dont  l'arche  en  ruine  subsiste 
encore  auprès  du  pont  moderne  construit  en  4832  par  un 
ingénieur  français.  Quand  Thomme  entame  une  lutte  titani- 
que  avec  la  nature,  il  a  besoin  d'invoquer  les  forces  mysté- 
rieuses qui  lui  semblent  nécessaires  pour  accomplir  toute 
grande  œuvre. 


Le  torrent  de  la  Reuss,  profondément  encaissé,  sépare  les 
cantons  dT'ri  el  îles  Grisons.  Au  quatorzième  siècle,  le  chemin 
de  communication  franchissait  le  cours  d'eau  au  moyen  d'un 
pont  en  bois  peu  solide,  qui  s'écroulait  h  chaque  instant  et 
constituait  ainsi  un  passage  fort  dangereux.  Le  village  de 
Gœschenen,  situé  tout  près,  s'était  ingénié,  mais  en  vain,  h, 
remédier  à  cet  état  de  choses. 

Un  soir,  assis  au  coin  de  l'Atre,  le  bailli  se  frappa  le  front 
en  poussant  cette  exclamation  désespérée  :  «  Si  le  diable  ne 
s'en  mêle  pas,  nous  sommes  perdus!  »  A  l'instant  même  la 
porte  s'ouvre  et  un  personnage  au  costume  étrange,  rouge  et 
noir,  coilïé  d'une  toque  h  plumes  rouges  vint  s'installer  près 
du  feu,  posant  ses  pieds  sur  les  charbons  ardents  :  «  Je  vous 
vois  bien  embarrassé,  dit-il  au  bailli;  décidément  vous  avez 
besoin  de  moi  pour  la  reconstniction  de  votre  pont  ».  «  Oui, 
répondit  ce  dernier,  je  vous  donnerais  bien  cinquante  florins 
de  plus  que  je  n'en  ai  donné  pour  la  dernière  construction, 
mais  a  la  condition  que  le  pont  soit  fait  en  une  nuit  ».  «  Vo- 
lontiei's,  mais  je  ne  me  sourie  point  d'or  ».  A  l'instant  le  dia- 
ble prit  une  braise  ardente  et  la  mit  dans  la  main  du  bailli 
ou  elle  se  métamorphosa  en  un  lingot  d'oi  aussi  froid  que 
s'il  sortait  de  terre.  «  Voyons,  répartit  le  bailli,  que  me 
demandez-vous  pour  faire  un  pont  solide  qui  puisse  durer 
cinq  cents  ans  ?  »  —  (c  Donnez-moi  l'Ame  de  la  première 
personne  qui  passera  sur  le  pont  »  —  «  C'est  convenu, 
répond  l'autre  ». 


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i68  RBVUB  d' ALSACE 

Le  lendemaiQ  le  bailli  se  trouve  sur  la  rive,  voit  un  pont 
splendide  et,  de  l'autre  côté,  maître  Satan  attendant  son  paie- 
ment. Le  bailli  s'avance  vers  la  tête  du  pont  avec  un  grand 
sac,  le  défait  et  puis  brrr...  il  en  sort  un  chien  ayant  une 
poêle  attachée  k  la  queue.  «  lié  !  messire  Satan,  attrapez 
donc  votre  âme  ».  Le  diable,  furieux,  poussa  un  juron  infer- 
nal et  disparut  dans  une  fumée  de  soufre. 

Le  bailli,  un  vrai  roublard  (qu'on  me  passe  ce  mot  fin  de 
de  siècle),  avait  eu  soin  de  faire  asperger  le  pont  d'eau  bénite 
par  le  curé  du  village,  ce  qui  empêcha  Mépbislo  de  le 
détruire. 


En  quittant  le  pont  du  Diable,  puis  Gœschenen  où  est  au- 
jourd'hui l'entrée  du  grand  tunnel  du  chemin  de  fer,  la  dili- 
gence traverse  le  Trou  d'Uri,  galerie  percée  dans  une  immense 
paroi  de  rochers  et  arrive  k  Andermalt,  charmant  village 
situé  k  ri.ssue  de  la  vallée  de  la  Ileuss,  vers  llospenlhal  et  le 
Sûint-Gothard,  k  deux  pas  de  la  frontière  d'Italie. 

Bon  souper  et  bon  gUe.  Le  lendemain,  de  bonne  heure,  nous 
sommes  réveillés  par  une  musique  militaire  ;  c'est  un  batail- 
lon de  fantassins  suisses  se  rendant  dans  le  canton  du  Tessin 
oii  comme  l'on  sait,  l'élément  italien  domine,  entretenant 
des  antipathies  de  races  qui  se  traduisent  souvent  par  des 
drames  sanglants, 

Notre  excursion  circulaire  étant  limitée  k  cinq  jours,  il 
nous  fallut  rebrousser  chemin.  Nous  résolûmes  de  revenir 
k  pied  k  Altorf  pour  voir  de  près  et  en  plein  jour  tous  les  acci- 
dents pittoresques  et  tous  les  points  de  vue  importants  de 
cette  contrée  alpestre.  La  diligence  devait  nous  rapporter 
nos  valises.  Je  pus  ainsi  dessiner  une  vue  du  pont  du  Diable 
que  j'ai  transportée  depuis  sur  toile  et  admirer  des  noms  de 
voyageurs  alsaciens,  peints  au  cambouis  sur  la  paroi  des  ro- 
chers k  une  très  grande  hauteur.  Sic  iiur  ad  astra. 

Un  soleil  radieux  favorisait  notre  retour.  Repos  d'une  heure 
k  Wasen  où  nous  cassons  une  croûte  accompagnée  d'une 


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A  TRAVERS   LE  PASSÉ  i6t9 

tranche  de  mortadelle  et  d'une  fiasque  de  vin  d'Italie.  Ce  vin 
a  un  goût  de  terroir  très  accentué  qui  ne  plaît  pas  au  pre- 
mier abord.  Nous  avions,  pour  arrivera  Altorf,  à  dérouler  un 
ruban  de  35  kilomètres  sur  un  chemin  poudreux  «  et  de  tous 
les  côtés  au  soleil  exposé  ».  Vers  la  fin  de  la  journée  nous 
n'étions  pas  fiers  de  notre  allure  et  nous  arrivâmes  haletants, 
exténués  et  harassés  au  terme  de  notre  course.  L'hôtel  où 
nous  descendons  est  plein  d'Italiens  se  rendant  en  France. 

Nous  avons  hâte  de  dfner  et  d'aller  nous  coucher,  comp- 
tant sur  un  sommeil  réparateur.  Hélas  !  nos  épaisses  couver- 
tures de  laine  étaient  habitées  par  une  légion  de  puces  qui 
nous  firent  une  guerre  acharnée  pendant  toute  la  nuit.  Ce 
sont  ïk  menus  agréments  de  voyage  qui  vous  laissent  des 
souvenirs  cuisants. 

La  statue  de  Guillaume  Tell  a  été  érigée  à  la  place  même 
où,  suivant  la  léger.de,  était  placée  la  perche  surmontée  du 
chapeau  de  Gessler.Un  monument,  en  forme  de  tour,  marque 
l'emplacement  où  le  héros  de  l'indépendance  abattit  la  pomme 
posl'e  sur  la  tète  de  son  fils.  Le  bateau  a  vapeur  nous  recon- 
duisit de  Fluelen  h  Lucerne.  Au  moment  où  nous  montions 
dans  le  train  pour  Bàle,  le  prince  Napoléon  Bonaparte,  alors 
en  villégiature  en  Suisse,  se  promenait  sur  le  quai  de  la  gare 
avec  le  colonel  Ferri-Pisani  attaché  k  sa  personne.  Nous 
pûmes  admirer  de  près  le  profil  de  médaille  de  ce  César 
déclassé. 

Somme  toute,  ce  petit  voyage  se  balançait  par  une  dépense 
très  modeste  en  regard  d'une  recette  très  abondante  d'émo- 
tions et  de  jouissances  intellectuelles  que  j'inscrivis  au 
compte  des  petits  bonheurs  de  la  vie.  Pendant  notre  court 
séjour  à  Lucerne  nous  allâmes  au  jardin  public  où  se  trouve 
sculpté  dans  un  rocher  le  fameux  lion  blessé  de  Thorwaldsen, 
monumentcommémoratif  des  soldats  de  la  garde  suisse  de 
Louis  XVI  massacrés  aux  Tuileries  le  3  septembre  1792.  Près 
de  ce  monument  se  trouvent  les  marchands  de  bibelots,  et 
d'objets  usuels  très  joliment  sculptés  en  noyer  que  les  voya- 
geurs emportent  comme  souvenirs,  avec  les  belles  pierres  du 
Rhin,  couleur  grenat  ou  lapis,  montées  en  bracelets  ou  en 
broches. 


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170  REVUE  d' ALSACE 


La  police  ombrageuse  de  Fempire  avait  pris  des  mesures 
sévères  pour  empocher  rinlroduction  en  France  des  livres, 
brochures  et  publications  quelconques,  imprimés  k  l'étran- 
ger et  critiquant  les  faits  et  gestes  du  gouvernement.  A  cha- 
que gare  frontière  elle  avait  installé  un  commissaire  spécial 
chargé,  avec  ses  acolytes,  de  visiter  à  fond  les  bagages  des 
voyageurs  venant  de  Tétranger.  Mais  le  fruit  défendu  péné- 
trait quand  même. 

La  Suisse  était  un  des  plus  importants  déversoirs  par  où 
s'infiltrait  cette  contrebande  de  Tespril,  cette  moisson  de 
pamphlets  amers,  écrits  par  certains  exilés  qui  avaient 
échappé  aux  persécutions  de  l'empire  en  se  réfugiant  en 
Angleterre,  en  Belgique  et  ailleurs. 

Bon  nombre  de  ces  honorables  citoyens  habitaient  la 
Suisse,  entre  autres  le  colonel  Charras,  auteur  d'ouvrages 
remarquablement  écrits  sur  les  guerres  du  premier  empire, 
VHistoire  de  la  Guerre  de  i8l3,  et  Waterloo  ;  Victor 
ChaufTour-Kestner,  ancien  professeur  de  droit  à  Strasbourg, 
qui  écrivit  un  livre  fortement  documenté  et  des  plus  intéres- 
sants. Études  sur  la  Réformation  (Paris  1853)  où  Zwingli, 
le  réformateur  suisse,  occupe  une  grande  place  ;  Marc  Du- 
fraisse  et  Challemel  Lacour,  qui  devinrent  professeurs  au 
Polytechnicum  de  Zurich. 

Rochefort  était  à  Bruxelles,  Victor  Hugo  à  Jersey,  Ch. 
Cassai,  Valentin,  Caussidiôre,  Boichot  et  tant  d'autres  \\ 
Londres,  sacrifiant,  tous,  leurs  positions  acquises  en  France, 
attendant  pendant  de  longues  années  la  chute  du  régime  im- 
périal ou  au  moins  une  amnistie. 

Pendant  notre  courte  excursion  en  Suisse,  je  pus  voir  à 
tous  les  étalages  des  libraires  les  ouvrages  a  l'index,  surtout 
les  Chdtiments  de  Victor  lïugo  et  la  L^/;i/<v7ie  de  Rochefort. 


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À  TRAVERS  LE    PASSÉ  i7i 

XL 

Un  peu  de  législation  municipale.  —  Le  duc  de  Cham- 
bord.  —  Le  procédé  Comte.  —  La  Schlucht.  —  A  Taucou- 
leurs  et  à  Domremy.  —  Maison  et  monument  de  Jeanne 
d'Arc.  —  Son  costume  militaire.  —  Une  vieille  peinture.— 
Vhftteau  de  Gombervaux. 


J*eus  roccasion,  en  1867,  d'entrer  en  relations  avec  M.  «le 
Bigorie  de  Laschamps,  premier  président  de  la  Cour  impé- 
riale de  Colmar,  par  la  voie  tangentielle  d'une  consultation 
administrative.  Ce  magistrat,  très  apprécié  h  la  cour  des  Tui- 
leries, se  trouvait,  par  la  nature  même  de  ses  hautes  fonc- 
tions, placé  dans  une  sphère  assez  peu  accessible  aux  sympa- 
thies bourgeoises.  Quand  il  allait  ?i  Paris,  Tempereur  le  rete- 
nait, paraît-il,  souvent  à  dîner.  Un  jour  sa  conversation  avec 
le  souverain  roula  sur  la  réforme  de  la  législation  municipale, 
dont  la  modification  a  divers  point  de  vue  paraissait  désira- 
ble. Il  prit  alors  l'engagement  de  soumettre  h  Tempereur  un 
mémoire  sur  cette  question  qui  devait  surtout  envisager  la 
possibilité  d'étendre  les  attributions  des  maires  et  des  con- 
seils municipaux. 

En  effet,  la  centralisation  excessive  créée  par  la  Constitu- 
tion de  Tan  VIII,  œuvre  politique  du  premier  Consul,  qui 
l'avait  forgée  comme  un  instrument  de  règne,  et  qui,  actuel- 
lement encore,  est  la  pierre  angulaire  d'un  régime  administra- 
tif très  compliqué  et  très  coûteux,  une  routine  aussi  abusive 
que  solennelle,  créait  dans  le  pays  un  malaise  et  des  mécon- 
tentements extrêmes. 

M.  de  Bigorie  voulut  bien  me  faire  l'honneur  de  me  con- 
sulter sur  les  diverses  questions  à  traiter.  Après  une  entrevue 
où  je  pus  me  convaincre  que  l'historique  de  cette  législation 
complexe  ne  lui  était  pas  familier,  il  me  pria  de  lui  rédiger 
un  mémoire  sur  la  question,  contenant  des  aperçus  sur  les 
réformes  h,  réalisor.  C'était  un  travail  long  et  peu  récréatif, 
étant  donné  surtout  qu'il  me  privait  du  repos  de  mes  soirées. 
Je  m'attelai   néanmoins   à  celte  œuvre  anonyme  av^c   le 


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172  RBYUE  d'alsagb 

sincère  désir  de  rendre  service  dans  la  mesure  de  mes  faibles 
moyens. 

On  avait  laissé  le  moins  de  pouvoir  possible  entre  les 
mains  des  autorités  municipales,  pourtant  les  plus  intéressées 
h  la  bonne  gestion  de  leurs  affaires  et  les  plus  aptes  k  com- 
prendre les  besoins  et  les  aspirations  de  leurs  administrés.  Les 
questions  les  plus  minuscules,  je  devrais  dire  les  plus  ridi- 
cules, passaient  par  la  filière  des  sous-préfets  et  des  préfets, 
ceux-ci  venant  des  coins  les  plus  éloignés  du  pays  et  réputés 
avoir  la  science  infuse.  Sans  initiation  aucune  aux 
mœurs  et  aux  traditions  locales,  sans  même  avoir  eu  Je 
temps  de  les  étudier,  ces  excellents  tuteurs  venus  de  la 
Gironde  ou  de  Quimper-Corentin,  tranchaient  dans  le 
vif  et  compromettaient  souvent  les  affaires  par  des  lenteurs 
calculées  et  des  chinoiseries  de  forme. 

Ce  côté  spécial  de  la  question  formait,  avec  d'autres  consi- 
dérations assez  timides  sur  les  réformes  possibles,  la  partie 
essentielle  du  mémoire  que  je  remis  au  premier  président.  Il 
m'en  sut  gré,  mais  oncques  ne  pus  apprendre  quelle  suite  a 
été  donnée  à  cette  élucubration  qui  avait  la  prétention  outre- 
cuidante de  porter  la  sape  et  la  mine  dans  un  édifice  ver- 
moulu. Mais  les  abus  ont  la  vie  dure. 

N'oublions  pourtant  pas  d'ajouter  que  le  temple  sacro-saint 
de  la  centralisation  est  aujourd'hui  battu  en  brèche  de  tous 
les  côtés  et  que  son  écroulement  définitif  et  forcé  n'est  plus 
qu'une  question  de  temps.  Déjk  il  est  question  de  la  suppres- 
sion des  receveurs  particuliers  ;  les  sous-préfets  et  autres 
rouages  inutiles  emboîteront  le  pas. 

L'initiative  et  la  responsabilité  sont  le  grand  levier  de 
l'activité  humaine.  Les  peuples,  comme  les  individus,  n'ont 
pas  beaucoup  a  gagner  k  être  mis  en  tutelle,  surtout  quand 
les  prétendus  tuteurs  sont  étrangers  aux  besoins  réels,  aux 
instincts  sociaux  et  ethniques,  en  un  mot  à  l'idiosyncrasie  de 
ceux  qu'ils  ont  mission  de  conduire.  Ce  n'est  qu'à  force  d'in- 
dépendance et  en  acceptant  sa  complète  responsabilité  que 
l'homme  parvient  a  réaliser  de  grandes  choses  et  h  prendre 
sa  véritable  place  dans  le  monde. 


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A  TRAVERS   LE   PASSÉ  473 


Le  duc  de  Chambortl,  autrement  dit  Henri  V,  avait  déjà 
souvent  inquiété  le  gouvernement  impérial,  en  organisant 
des  pèlerinages  légitimistes  dans  les  pays  voisins  de  la 
France. 

Le  parti  du  droit  divin,  encore  très  compact  k  cette  époque, 
conspirait  ouvertement  pour  placer  le  prétendant  sur  le 
trône  de  France.  Cela  gênait  beaucoup  Napoléon  III  qui,  du 
reste,  se  connaissait  en  conspirations.  Déjà  le  pèlerinage  de 
Bclgrave  Square  h  Londres  avait  fait  un  bruit  énorme  dans 
le  Landerneau  bonapartiste.  En  1865  une  nouvelle  alerte 
vint  mettre  la  police  impériale  sur  les  dents.  Cette  fois  le 
grand  conciliabule  légitimiste  eut  lieu  h  Einsiedeln,  en  Suisse, 
lieu  de  pèlerinage  célèbre  où  le  duc  de  Chambord,  très  pieux 
comme  Ton  sait,  était  venu  offrir  h  la  Vierge  miraculeuse  un 
lustre  en  forme  de  couronne  dorée  que  le  clergé  fit  suspendre 
k  la  voûte  de  l'église,  déjà  ornée  k  profusion  de  quincailleries 
de  ce  genre.  Bien  des  alsaciens,  dévoués  par  atavisme  au  roi 
in  partions,  s'empressèrent  d'aller  faire  leur  cour  au  préten- 
dant, et  les  noms  de  tous  les  visiteurs  étaient  inscrits  sur  un 
livre  d'or. 

Le  préfet  de  police  Pietri  avait  eu  soin  d'envoyer  k  Einsie- 
deln toute  une  équipe  de  ses  fins  limiers,  avec  mission  de 
prendre  les  noms  et  adresses  des  pèlerins.  C'était  la  contre- 
partie du  livre  d'or.  Peu  de  jours  après,  le  préfet  du  Haut- 
Rhin,  M.Odent,  était  mis  au  courant  des  démarches  faites  par 
certains  habitants,  appartenant  k  la  haute  société  deColmar. 
L'affaire  semblait  devoir  prendre  une  tournure  assez  sérieuse 
car  il  y  avait  la  dedans  des  fonctionnaires  compromis  et  très 
en  vue;  mais  ils  surent  se  tirer  d'affaire  en  mettant  habile- 
ment Jeur  escapade  sur  le  compte  d'une  simple  et  naïve 
curiosité  de  touristes  amis  des  beaux  sites  de  l'Helvétie. 


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174  REVUE  d' ALSACE 


En  1867  je  commençai  dans  la  lie  vue  d'Alsace  la  publica- 
lion  de  ma  notice  sur  le  musée  de  Colmar,  dont  j'avais  réuni 
depuis  un  an  tous  les  matériaux  a  grand  renfort  de  recher- 
ches dans  les  cartons  de  la  Bibliothèque,  gracieusement  mis  à 
ma  disposition  par  le  conservateur  M.  Thomas.  La  publica- 
tion terminée  je  fis  faire  un  tirage  h  part  dans  lequel  figurent 
le  portrait  de  Martin  Schœn  gravé  à  Teau-forte  d'après  la. 
peinture  sur  bois  de  son  élève  Hans  Burgkmair,  la  Vierge 
adorant  Venfant,  Saint-Antoine,  Saint-Sébastien  et  le 
Retable  d'Issenheim. 

Pour  la  reproduction  de  ces  quatre  dernières  planches 
j'utilisai  alors  pour  la  première  fois  le  procédé  Comte  (1) 
qu'on  employait  depuis  quelques  années  h  Paris  pour  la  gra- 
vure des  planches  de  la  publication  artistique  lArt  pour 
tous,  éditée  sous  la  direction  de  M.  Sauvageot  par  la  librairie 
Morel.  Le  dessin  se  faisait  sur  une  plaque  de  zinc  recouverte 
d'un  enduit  résineux  fabriqué  par  les  frères  Comlc.  La  mor- 
sure de  l'acide  donnait  un  résultat  inverse  de  celui  obtenu 
par  l'eau-forte  ordinaire  en  ce  sens  que  les  traits,  au  lieu 
d'être  enjcreux,  étaient  en  relief  et  formaient  ainsi  une  planche 
typographique  s'imprimant  avec  le  texte,  comme  une  gravure 
sur  bois  et  pouvant  donner  des  épreuves  h  l'infini. 


Le  chemin  de  fer  de  Munslcr  à  Colncar,  premier  tronçon  de 
la  ligne  des  Vosges  au  Rhin,  fut  achevé  et  mis  en  circulation 
dans  le  courant  de  la  môme  année.  On  pouvait,  dès  lors,  se 
payer  a  peu  de  frais  de  charmantes  excursions  dans  la  vallée 
de  Munster  si  remarquable  par  ses  sites  pittoresques  et  faire 
l'ascension,  soit  h  pied  soit  en  voiture,  du  col  accidenté  de  la 

(1)  Inventé  par  M.  Comte,  de  Guebwiller,  imprimeur  à  Bar-le- 
Duc,  et  exploite  à  Paris  par  ses  deux  frères. 


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A    TRAVERS   LE   PAi^SK  175 

Schlucht,  au  point  culminant  de  cette  partie  des  Vosges. 
MM.  Hartmann,  manufacturiers  «h  Munster,  y  avaient  fait 
construire  un  chalet  pour  y  recevoir  l'empereur  pendant  son 
séjour  aux  eaux  de  Plombières  en  180i. 

Il  a  été,  depuis  lors,  converti  en  hôlcl  pour  les  nombreux 
touristes  qui,  pendant  la  belle  saison,  font  l'ascension  de  la 
montagne  soit  par  Munster,  soit  par  Gérardmer.  La  tempéra- 
turc,  sur  ces  hauteurs,  est  soumise  k  des  variations  très 
brusques  et  il  n'est  pas  rare,  pendant  les  chaudes  journées 
du  mois  d'août,  d'y  rencontrer  des  bourrasques  très  froides 
accompagnées  de  giboulées. 

La  vertu  curative  des  eaux  de  Vittel  et  de  Contrexévillc 
s'étendait  au  loin  ;  tout  un  monde  souffrant  y  affluait  chaque 
année,  bien  que  les  administrations  de  ces  deux  petits  villa- 
ges ne  se  fussent  guère  mises  en  frais  pour  donner  de  l'at- 
traction îi  ces  séjours  rustiques,  s'en  rapportant  aux  seules 
naïades  de  leurs  sources  du  soin  de  faire  honneur  aux  buveurs 
d'eau.  En  passant  une  saison  a  Vittel  en  18G7,  ma 
femme  y  fit  la  connaissance  de  Madame  Blondel..  de  Vaucou- 
leurs,  nature  supérieure  et  d'une  culture  d'esprit  réellement 
remarquable. 

Son  mari  exploitait  un  établissement  industriel  dont  elle 
tenait  la  comptabilité  ;  mais  cette  occupation  prosaïque  ne 
l'empochait  point  de  cultiver  la  Muse  et  elle  écrivait  des  mor- 
ceaux de  poésie  d'une  fraîcheur  et  d'une  harmonie  compara- 
bles h  certaines  productions  de  nos  célèbres  parnassiens.  Sur 
cette  rencontre  fortuite  se  greffa  une  amitié  réciproque  qui 
dura  jusqu'à  la  mort  de  Madame  Blondel,  enlevée  en  1892  h 
l'affection  des  siens. 

Sa  correspondance  est  un  chef-d'œuvre  de  style  et  un 
monument  de  sympathie  cordiale  qui  sera  conservé  dans 
notre  famille  comme  un  de  ces  trésors  du  foyer  sur  lequel  on 
pourrait  inscrire  ces  deux  mots  :  Sursum  corda. 

Pourquoi  a-t-il  fallu  que  des  chagrins  cruels  vinssent 
abreuver  d'amertume  les  dernières  années  de  cette  Ame 
d'élite?  La  mort  prématurée  de  son  mari  qui  était  un  vaillant 
lutteur  et  un  aimable  compagnon,  d'autres  crises  douloureu- 
ses ont  jeté,  coup  sur  coup,  leur  poignante  tristesse  sur  cette 


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176  REVUE  d' ALSACE 

nalure  sensitive  et  impressionnable.  Le  rêve  de  sa  vie  eût  été 
de  voir  le  monument  de  Jeanne  d'Arc  qu'elle  a  chantée  dans 
ses  vers  et  que  M«'  Pagis,  évoque  de  Verdun,  va  faire  ériger 
dans  Tenclos  du  sire  de  Baudricourt  qui  louche  k  la  propriété 
Blondel.  Elle  a  emporté  ce  rêve  dans  les  régions  sereines  de 
Tau-dela,  mais  il  en  reste  des  traces  brillantes  dans  sa  cor- 
respondance. 


Pendant  que  M.  et  Madame  Blondel  vivaient  encore  j'étais 
allé  rendre  visite  k  Domremy  et  h  Vaucouleurs,  situés  dans 
cette  vallée  historique  et  légendaire,  berceau  fleuri  de 
Jeanne  d'Arc. 

La  nalure  s'y  est  montrée  prodigue  de  sites  enchanteurs. 
Vallis  colorunii  vallée  des  couleurs,  telle  est  l'origine  idylli- 
que du  nom  de  Vaucouleurs.  Le  manoir  de  Bourlémont, 
appartenant  aux  princes  d'Hénin  d'Alsace,  domine  la  vallée 
de  sa  silhouette  altière  comme  l'œil  du  maître  plongeant  son 
regard  dans  ses  vastes  domaines,  l'n  cadre  d'attrayantes 
collines  entoure  ces  nids  de  verdure  où  la  Meuse  se  promène 
nu  milieu  de  grands  saules  hautement  panachés.  Devant 
cette  éblouissante  nature,  si  calme  et  si  baignée  de  rayons,  je 
songeais  à  Corot  et  a  Troyon,  ces  maîtres  du  paysage.  Je 
songeais  aussi  à  Paul  Potier,  en  voyant  miroiter  dans  les 
prairies  les  taches  blanches  et  nacrées  des  ruminants  qui  les 
animent. 

J'étais  descendu  à  ce  foyer  hospitalier  de  la  famille  amie 
où  le  culte  du  beau  était  en  honneur.  Le  deuil  est  entré, 
depuis  lors,  dans  celte  vaste  maison  lorraine,  type  des  habi- 
tations confortables  de  la  vieille  France.  Le  souvenir  que  j'en 
ai  emporté  est  aujourd'hui  voilé  d'un  regret  d'autant  plus 
amer  que  la  vie,  dans  cet  intérieur  dont  les  honneurs  étaient 
faits  par  une  femme  supérieure  et  deux  jeunes  filles  gracieu- 
ses, était  plus  gaie  et  plus  accueillante.  Cette  maison  se  relie 
par  un  jardin  étage  k  un  enclos  presque  sauvage  où  dorment 
leur  sommeil  séculaire  les  ruines  du  manoir  de  Baudricourt, 


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A  TRAVERS   LE   PASSÉ  177 

témoins  muets  d'une  héroïque  épopée.  Tout  a  côté,  une  autre 
ruine  historique,  les  restes  de  Tancienne  église  S»®  Marie  de 
Vaucouleurs  où,  d'après  la  légende,  la  bergère  de  Domremy 
venait  prier  devant  la  statue  de  la  Vierge,  qui  a  été  mutilée 
en  1793  et  se  trouve  aujourd'hui  dans  la  nouvelle  église 
paroissiale. 

L'ancienne  crypte  souterraine  a  été  recouverte,  il  y  a  bien 
longtemps,  par  une  maison  vulgaire  qui  s'est  incrustée 
comme  un  champignon  entre  les  piliers  et  les  chapiteaux 
encore  debout.  C'est  là  que,  d'après  le  projet  actuel,  doit- 
étre  érigée  une  chapelle  votive,  d'architecture  gothique,  qui 
sera  comme  le  portique  d'accès  à  la  statue  équestre. 


En  une  demi-heure  le  chemin  de  fer  nous  mène  k  Maxey- 
sur-Meuse  (Vosges),  d'où  nous  suivons  une  belle  chaussée 
passant  la  rivière  sur  un  de  ces  vieux  ponts  de  pierre  de 
l'époque  de  Louis  XIV,  dont  la  solidité  défie  les  siècles.  Nous 
traversons  le  beau  village  de  Greux  et  arrivons  au  modeste 
hameau  de  Domremy  qui  a  l'air  d'en  être  une  annexe. 

Ce  qui  frappe  dès  l'abord,  c'est  la  pauvre  église  rebadi- 
geonnce  où  se  sont  conservés  quelques  restes  de  l'église  primi- 
tive, contemporaine  de  Jeanne  d'Arc.  A  la  gauche  de  la  façade 
s'élève  un  lourd  piédestal  que  domine  une  statue  en  bronze 
de  Jeanne  agenouillée,  œuvre  médiocre  érigée  k  l'époque  de 
la  Restauration. 

A  quelques  pas,  derrière  le  chœur,  se  trouve  la  maison  où 
est  née,  où  a  vécu  l'héroïque  jeune  fille.  Nous  y  arrivons  en 
traversant  un  petit  jardin  orné  de  massifs  d'arbustes  et  de 
Heurs.  Ce  jardin,  fermé  par  une  grille  du  côté  de  la  rue,  la 
sépare  de  deux  constructions  modernes  dont  l'une  sert  d'école 
pour  les  enfants  de  Domremy  et  de  Greux;  l'autre,  où  habi- 
tent les  religieuses  institutrices,  préposées  k  la  garde  de  la 
maison  historique,  renferme  quelques  œuvres  plus  ou  moins 
artistiques  qui  racontent  l'histoire  de  Jeanne. 

«  Une  précieuse  décoration  due,  sans  doute,  k  la  munifi- 
cence de  Louis  XL  dit  M.  J.  Quicherat,  relevait  autrefois  la 


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178  RiVUK   »*ALSACÉ 

devanture  de  cette  maison.  On  y  avait  peint  les  exploits  de 
la  Pucelle.  Michel  de  Montaigne  en  vit  encore  quelque  chose 
en  1580.  Le  devant  de  la  maisonnette  où  elle  naquit,  dit-il, 
est  tout  peint  de  ses  gestes,  mais  l'âge  en  a  fort  corrompu  la 
peinture  (1)  ». 

La  porte  d'entrée,  de  forme  gothique,  surmontée  de  trois 
écussons  armoriés,  est  dominée  par  une  petite  niche  renfer- 
mant une  statuette  agenouillée  de  Jeanne  d'Arc  revêtue  de 
son  armure.  Le  petit  socle  qui  lui  sert  de  base  porte  les  ins- 
criptions suivantes,  sur  le  côté  gauche  :  VIVE  LABEVR,  1481; 
sur  le  côté  droit  :  PAIX  ATOVS,  1678.  Cette  statuette,  dont  la 
facture  rappelle  Tart  maniéré  du  XVn«  siècle,  remonte 
donc,  comme  l'indique  cette  dernière  date,  au  règne  de  Louis 
XIV.  Elle  a  remplacé  sur  le  socle  ancien  la  statuette  primitive 
donnée  par  Louis  XI.  L'écusson  armorié  de  Jeanne  se  trouve 
sur  la  face  de  devant  de  ce  socle. 

Le  grand  mur  de  la  façade,  en  forme  de  pignon  allongé, 
est  percé  de  trois  fenêtres  géminées  éclairant  d'un  jour  discret 
les  pièces  de  l'intérieur.  C'est  une  maison  très  massive,  telle 
qu'on  en  trouve  encore  dans  cette  partie  de  la  Lorraine  et 
qui  semble  avoir  été  construite  pour  résister  aux  assauts  du 
dehors,  h  ces  époques  troublées  du  moyen  âge  où  les  paysans 
avaient  tant  h  souffrir  des  déprédations  des  bandes  de  rou- 
tiers. Grâce  à  cette  solidité  exceptionnelle  elle  a  pu  résister, 
depuis  des  siècles,  aux  injures  du  temps  et  des  hommes.  Elle 
s'est  conservée  intacte,  monument  toujours  vivant  d'une 
gloire  historique. 

En  pénétrant  dans  la  première  pièce  au  niveau  du  sol  exté- 
rieur, on  voit  que  rien  n'a  été  modifié  dans  l'aspect  primitif 
de  cette  salle  k  la  fois  cuisine  et  chambre  de  travail  de  la  fa- 
mille d'Arc.  La  grande  cheminée  et  les  grosses  poutres  du 
plafond  donnent  l'impression  des  logis  de  paysans  de  cette 
région  de  la  France.  Au  fond  et  communiquant  avec  celte 
grande  pièce,  se  trouve  la  sombre  chambrelte  qu'occupait 
l'héroïne.  Elle  est  éclairée  par  une  petite  fenêtre  grillée  comme 
un  jour  de  souffrance  s'ouvrant  du  côté  de  l'église. 

(1)  Michel  de  Montaigne.  Journal  de  voyage  en  Italie. 


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A  tlUVERS   LE   PASSÉ  170 

A  gauche  et  presque  dans  l'embrasure  se  voit  une  niche 
renfermant  ce  qui  reste  du  pauyre  bahut  où  Jeanne  serrait 
ses  bardes.  On  Ta  protégé  par  un  châssis  maillé  contre  les 
atteintes  des  visiteurs  qui  l'avaient  jadis  déchiqueté  sous  le 
pieux  prétexte  d'emporter  une  relique  de  ce  vénérable 
sanctuaire. 


Dans  ce  modeste  réduit  a  germé,  a  grandi  un  des  plus  su- 
blimes dévouements  qu'ait  enregistrés  l'histoire.  Elle  est  inou- 
bliable l'impression  qu'on  éprouve  en  évoquant,  comme  une 
radieuse  vision  d'autrefois,  ce  palpitant  souvenir.  On  revoit, 
par  la  pensée,  revivre  la  bergère  de  Domremy  dans  son 
cadre  intime,  dans  ce  jardin  traversé  par  un  ruisseau,  où, 
dans  ses  rêveries  extatiques,  elle  entendait  les  voix  d'en  haut, 
appel  suprême  de  la  patrie  foulée  par  l'Anglais. 

En  visitant  ce  monument  agreste  de  la  fière  épopée,  d'où 
se  dégage  une  poésie  intense,  personne  n'échappe  au  saint 
frisson  des  souvenirs  fortifiants.  On  voit  flotter  dans  l'air 
ambiant  le  contraste  de  cet  humble  berceau  avec  le  couron- 
nement triomphal  de  Charles  VII  à  Reims....,  puis,  s'élevant 
sur  un  ciel  sinistre,  le  bûcher  de  Rouen  allumé  par  l'évéque 
Cauchon,  l'ami  des  Anglais.  Depuis  le  début  de  la  vocation 
jusqu'au  sombre  dénouement  tout  le  drame  de  cette  passion, 
avec  ses  péripéties  glorieuses  et  navrantes,  se  dérouie  devant 
l'œil  fasciné  du  visiteur. 

Le  milieu  dans  lequel  vivait  Jeanne  d'Arc  élait,  d'ailleurs, 
propre  à  exalter  en  elle  l'idée  de  la  mission  patriotique  dont 
son  Ame  était  hantée.  Tous  les  habitants  de  Domremy  (i), 

(i)  Ce  village  était  partagé  enlre  le  Barrois  mouvant  (c.  à.  d. 
relevant  de  la  couronne  de  France)  et  le  domaine  direct  de  la 
couronne.  Un  petit  ruisseau  marquait  cette  division  :  la  rive  droite 
où  l'on  comptait  vingt  à  trente  feux,  était  au  Barrois  mouvant,  la 
rive  gauche,  au  domaine  rattaché  avec  Greux  et  toute  cette  por- 
tion de  la  vallée  avec  Vaucouleurs,  à  la  prévôté  d'Andelot  et  au 
bailliage  de  Chauraont-en-Bassigny  f Champagne).  Or  la  maison  de 
Jeanne,  qui  subsiste  encore  est  sur  la  rive  gauche.  ^Vallon, 
Jeanne  d'Arc), 


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4  80  BEVTE  D^ALSACK 

sauf  un  seul,  comme  elle  a  dit  k  ses  juges,  étaient  Armagnacs, 
c'est-à-dire  du  parti  national,  tandis  que  de  l'autre  coté  de  la 
Meuse,  k  Maxey,  on  était  du  parti  Bourguignon.  De  Ik  des 
antipathies  féroces  qui  dégénérèrent  souvent  en  rixes  san- 
glantes. Jeanne  put,  dès  son  enfance,  assister  aux  batailles 
que  se  livraient  les  jeunes  gens  des  deux  villages  et  dont  ils 
revenaient  meurtris.  Elle  les  connut  plus  tard  k  Compiègne, 
ces  Bourguignons  qui  la  livrèrent  aux  Anglais. 


Parmi  les  souvenirs  qui  se  rattachent  k  l'enfance  de  Jeanne 
d'Arc,  il  en  est  un  que  les  habitants  de  Domremy  ont  pieuse- 
ment conservé,  parce  qu'il  a  revêtu  les  gracieuses  couleurs 
de  la  légende.  C'est  V Arbre  des  fées. 

Toujours  avide  de  merveilleux  l'imagination  populaire  a 
transformé  en  fées  les  châtelaines  des  manoirs  voisins  qui, 
pendant  la  belle  saison,  venaient  danser  sous  un  vieux  hêtre 
d'une  remarquable  envergure,  dont  les  branches  touffues 
rasaient  le  sol.  Cet  arbre,  dit-on,  existe  encore  et  se  trouve  k 
mi-côte,  près  de  la  forêt  de  chênes  qui  couronne  les  hauteurs 
où  s'adosse  Domremy.  Jeanne  y  venait  avec  ses  compagnes 
chanter,  danser,  cueillir  des  fleurs  champêtres  qu'elles  sus- 
pendaient en  guirlandes  aux  rameaux  du  bel  arbre.  Puis, 
après  avoir  mangé  les  galettes  préparées  pour  la  petite  fête, 
elles  allaient  boire  k  une  source  ou  fontaine  voisine.  C'est  près 
de  ce  hêtre  du  souvenir,  près  de  celte  source  sacrée,  que 
l'évêque  de  Saint-Dié,  aidé  par  une  souscription  qui  a  fait 
concurrence  k  celle  de  l'évêque  de  Verdun,  fait  ériger  en  ce 
moment  une  église  votive  dont  la  construction  est  dirigée  par 
.M.  Sédille,  un  de  nos  plus  savants  architectes  parisiens. 


Vaucouleurs  est  si  intimement  associé  k  l'histoire  de 
Jeanne  d'Arc  que  le  récit  de  mes  impressions  serait  incomplet 
si  je  ne  rappelais,  pour  l'honneur  de  cette  petite  ville,  que 
ses  babilanls,  après  les  longues  hésitations  du  sire  de  Baudri- 


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A   TRAVERS   LE   PASSÉ  181 

court,  se  sont  cotisés"  pour  fournir  k  Jeanne  ce  qui  compo- 
sait à  cette  époque  le  costume  militaire. 

L'armure,  telle  qu'on  la  voit  représentée  d'une  façon  fan- 
taisiste dans  les  tableaux,  statues  et  autres  œuvres  d'art 
consacrés  h  la  gloire  de  la  Pucelle,  n'existait  pas  encore  k 
cette  époque  reculée.  On  n'en  trouve  aucun  type  au  musée 
d'artillerie,  si  complet  pourtant  k  tous  les  points  de  vue. 

C'est  que  l'armure,  dans  la  vraie  acception  du  mot,  n'est 
arrivée  a  sa  dernière  évolution  que  vers  la  fin  de  la  mission 
de  Jeanne  d'Arc.  Je  tiens  ce  renseignement  d'un  homme  très 
compétent  en  la  matière,  M.  le  colonel  Leclerc,  ancien  con- 
servateur du  musée  d'artillerie. 

Voici,  d'après  les  recherches  de  M.  Wallon,  de  quoi  se 
composait  l'équipement  donné  par  les  habitants  de  Vaucou- 
leurs  :  le  gippon  on  justaucorps,  espèce  de  gilet  allongé  ;  les 
chausses  longues  lices  au  justaucorps  par  des  aiguillettes;  la 
tunique  ou  robe  courte  tombant  jusqu'aux  genoux;  les  guê- 
tres hautes  et  les  éperons,  avec  le  chaperon,  le  haubert  ou 
cotte  de  mailles  et  la  lance.  Un  des  habitants  aida  même 
Durand  Laxart,  l'oncle  de  Jeanne,  k  lui  acheter  un  cheval. 
D'armure  ou  de  cuirasse,  il  n'en  est  pas  question  et  pourtant, 
tel  est  Tempire  de  la  tradition  acceptée  par  tous,  que  nous 
nous  figurons  difficilement  Jeanne  d'Arc  autrement  qu'armée 
de  la  cuirasse,  des  brassards,  des  gantelets,  des  jambières  de 
fer  et  du  casque. 

Il  y  a  près  de  vingtans,  M.  Auvray,  marchand  d'antiquités 
au  Palais  royal,  découvrit  dans  un  grenier  k  Orléans,  une 
vieille  peinture  sur  bois,  au  blanc  d'œuf,  exécutée  du  temps 
même  de  la  Pucelle.  Cette  peinture  naïve  dont  j'ai  fait  alors 
un  dessin  qui  a  paru  dans  V Illustration,  représente  la  Vierge 
avec  l'enfant  Jésus,  k  sa  droite  Saint-Michel  portant  une 
balance  dans  laquelle  il  pèse  les  âmes,  k  sa  gauche  Jeanne 
d'Arc  tenant  de  la  main  droite  sa  bannière  fleurdelysée,  de 
la  main  gauche  son  écusson  armorié  (l'épée  en  pal  surmontée 
d'une  couronne  et  accostée  de  deux  fleurs  de  lis).  M.  Wallon 
a  fait  reproduire  cette  peinture  primitive  en  chromolithogra- 
phie, page  262  de  son  livre.  Rapprochement  curieux  et 
typique,  le  costume  de  Jeanne  est  identique  k  celui  que  lui 
ont  donné  les  habitants  de  Vaucouleurs  :  le  chaperon  enve- 


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i82  REVUE  d' ALSACE 

loppant  la  tète  et  retombant  sur  la  poitrine,  la  tunique  brune 
ou  robe  courte  fermée  de  haut  en  bas  par  une  rangée  de  bou- 
tons, les  chausses  qui  la  dépassent,  le  ceinturon  en  cuir  et 
répée,  les  longues  guêtres  et  les  éperons.  Elle  porte  des  gan- 
telets, des  genouillères  et  des  solerets  ;  mais  il  est  difficile  de 
distinguer  sur  cette  vieille  image  que  le  temps  a  noircie,  si 
ces  dernières  parties  du  costume  étaient  en  métal  ou  en  cuir. 
Quoiqu'il  en  soit,  ce  document  si  curieux  doit  être  considéré 
comme  étant  à  peu  près  le  seul  qui  nous  donne  la  vraie  phy- 
sionomie de  réquipement  militaire  de  Jeanne.  Au-dessous  de 
la  Vierge  se  trouve  une  inscription  en  caractères  gothiques  îi 
demi  effacés  où  apparaissent  encore  ces  mots  : 

pxxctilt  fûvfti  ittto**  in:  xxt 

Dans  cette  peinture  sur  bois,  faite  avec  les  procédés  de 
l'époque,  alors  que  les  couleurs  ùThuile  n'étaient  pas  connues, 
tout  révèle  une  origine  contemporaine  delaPucelle.  Elle  a  dû 
être  faite  par  un  imagier  d'Orléans  qui  a  vu  la  jeune  guerrière 
dans  son  costume  réel,  et  sans  se  préoccuper  de  reproduire 
avec  fidélité  les  traits  de  son  visage,  l'a  placée  dans  une 
espèce  (^ex-voto  destiné,  sans  doute,  à  une  église.  Ce  qui 
semble  autoriser  cette  conjecture,  c'est  que  la  tête  de 
Jeanne  est  nimbée  comme  celle  de  la  Vierge  et  de  Saint- 
Michel,  preuve  que  les  habitants  d'Orléans  reconnaissants 
considéraient  leur  libératrice  comme  une  sainte  envoyée 
du  ciel. 


Notre  excursion  dans  un  domaine  historique  si  lointain, 
dans  ces  lieux  consacrés  par  une  mémoire  bénie  et  toujours 
vivante,  s'est  terminée  dans  le  domaine  des  réalités  actuelles 
par  une  visite  aux  environs  immédiats  de  Vaucouleurs,  k  la 
grande  usine  métallurgique  de  Tusey  d'où  sont  sorties  les 
colonnes  rostrales  de  la  Place  de  la  Concorde. 


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A   TRAVERS   LE   PASSÉ  183 

Très  intéressants  sont  les  travaux  de  cette  fonderie  où  sont 
occupés  des  centaines  d'ouvriers  et  où  coule  dans  des  formes 
de  sable  la  lave  incandescente  du  bronze,  moulant  des  statues, 
des  ornements  d'architecture,  des  pièces  mécaniques.  Tout 
près  de  cet  antre  de  cyclopes  au  fond  d'un  joli  vallon,  sont 
les  ruines  du  château  de  Gombervaux.  Flanqué  ancienne- 
ment de  quatre  grosses  tours,  dont  deux  subsistent  encore, 
ce  château  est  occupé  aujourd'hui  par  une  grande  ferme 
qu'exploitent  des  anabaptistes  français,  ce  qui,  certes,  est 
une  rareté  à  signaler. 

La  femme  qui  dirigeait  ce  grand  train  de  culture  s'appelait  la 
mère  Véronique,  portant  un  nom  cher  aux  anabaptistes  alsa- 
ciens que  j'ai  connus  et  chez  lesquels  ce  prénom  féminin  est 
très  répandu.  Sous  la  porte  armoriée  du  domaine  des  hauts 
barons  du  moyen  âge,  passent  aujourd'hui  les  bœufs  et  les 
vaches  aux  clochettes  retentissantes.  Chose  remarquable, 
partout  dans  ces  régions  de  l'est  de  la  France,  où  la  grande 
culture  est  en  honneur,  vous  trouvez  adossés  aux  vieux  châ- 
teaux, aux  vieilles  abbayes  en  ruines,  aux  vieilles  églises 
effondrées,  de  vastes  exploitations  rurales  construites  avec 
les  matériaux  mômes  des  forteresses  féodales.  C'est  la  vie 
moderne  fécondant  en  pleine  liberté  le  sol  que  la  mainmorte 
et  le  servage  avaient  stérilisé,  c'est  l'œuvre  humanitaire  de 
1789  complétant  l'œuvre  nationale  de  Jeanne  d'Arc. 


Dans  ses  promenades  sur  le  sol  historique  de  la  vieille 
France,  dans  le  Soissonnais  où  les  époques  mérovingienne  et 
carlovingienne  ont  laissé  de  profondes  racines,  où  la  renais- 
sance a  fleuri  en  de  grandioses  monuments,  le  touriste  ren- 
contre h  chaque  pas  des  ruines  imposantes  où  le  souvenir 
s'attache  comme  le  lierre  et  reverdit  comme  lui.  Villers-Cot- 
terets,  situé  au  milieu  de  sa  belle  forôt  légendaire,  patrie  du 
grand  romancier  Alexandre  Dumas,  père,  dont  la  statue  pla- 
cée à  l'entrée  de  la  ville  sourit  aux  voyageurs  de  ce  bon 
gros  sourire  de  l'aimable  conteur  est  un  de  ces  foyers  de 
souvenirs. 


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184  REVUE  d'alsagb 

Là,  dans  ce  coin  de  rile-de-France,  les  rois  possédaient  un 
vieux  château,  qui  fut  réédifié  par  François  I«'  avec  ce  luxe 
architectural  qu'il  savait  donner  à  tous  les  monuments  de 
son  règne.  Aujourd'hui,  singulier  retour  des  choses  humai- 
nes, ce  galant  rendez-vous  de  chasse  est  devenu  la  propriété 
de  la  ville  de  Paris  qui  y  a  créé  un  asile  pour  les  vieillards 
pauvres.  Remanié  de  fond  en  comble  pour  celte  installation 
hospitalière,  le  château  a  perdu,  k  l'extérieur,  son  cachet 
renaissance,  mais  il  a  conservé  k  l'intérieur,  ses  grands  esca- 
liers aux  voûtes  sculptées  à  caissons  où  la  salamandre  du  roi 
brille  pai*tout  et,  perle  incomparable,  la  grande  salle  histori- 
que couverte  de  sculptures  élégantes,  où  Fran^;ois  !«'  signa, 
le  10  août  1539,  l'édit  célèbre,  dit  GuiUelmviy  parce  qu'il 
avait  été  rédigé  par  Guillaume  Poyet  :  cet  édit  réforma  la 
législation  civile,  prescrivit  que  tous  les  actes  judiciaires 
fussent  prononcés  et  enregistrés  en  langue  française  k  l'exclu- 
sion du  latin,  mit  des  limites  k  la  juridiction  ecclésiastique  et 
créa  les  registres  de  Tétat  civil. 

C'était  là,  comme  on  le  voit,  une  vraie  révolution  dans  les 
mœurs  administratives  et  judiciaires,  et  qui,  au  point  de  vue 
surtout  des  registres  de  l'état  civil,  bien  qu'ils  fussent  tenus 
par  le  clergé,  eut  des  conséquences  remarquables.  Une  ins- 
cription en  lettres  d'or,  gravée  sur  un  marbre  noir,  conserve 
le  souvenir  de  cette  intjéressante  réforme. 

A  Soissons,  l'ancienne  capitale  du  royaume  de  Neustrie,on 
peut  voir,  dans  la  vieille  abbaye  de  Saint-Médard,  convertie 
aujourd'hui  en  orphelinat,  et  où  fut  renfermé,  après  sa  dépo- 
sition, Louis-le-Débonnaire,  le  cabanon  qui  servit  de  prison  k 
Abélard,  quand  sa  doctrine  fut  condamnée  en  1122  par  le 
Concile  de  Soissons.  Je  me  suis  arrêté  longtemps  dans  cet 
asile  plein  de  souvenirs. 

(A  suivre)  Charles  Goutzwiller. 


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LES 


MANUSCRITS  ALSATIQIES 


DE     LA 


BIBLIOTHÈQUE  DE  LA  VILLE  DE  STRASBOURG 

{Suite  et  fin)   (1) 


4.  Inventaires  notariés,  documents  administratifs,  etc. 

N^  385..  Inventar  ûber  die  Erbschafl  von  Agnes  Spielmann 
geb.  Bresslcr,  Sirassburg,  1770,  un  vol.  in-folio. 

No  386.  Inventar  ûber  die  Erbschafl  von  Marie  Elisabeth 
Heiligenstein,  geb.  Hctzel,  Strassburg,  1779,  un  vol.  in-folio. 

N®  387.  Inventaire  des  meubles  et  effets  délaissés  par 
Messire  François-Joseph  de  Klinglin,  conseiller  d*Etat,  prê- 
teur royal,  commencé  le  16  avril  1753.  Un  vol.  de  deux  cent 
dix  pages  in-folio. 

N®  388.  Proci^s-verbal  de  la  vente  des  objets  délaissés  par 
Messire  François-Joseph  de  Klinglin,  préteur  royal, 
commencé  le  25  juin  1753.  Un  vol.  de  deux  cent  trente  trois 
feuillets  in-folio. 

No  389.  Rambergische  Familienpapiereund  Testamcntc,  In- 
ventare,  etc.  Strassburg,  1763-1788,  un  vol.  in-folio. 

No  390.  Inventaire  de  Madeleine  Billon,  veuve  de  Marc 
Ritter,  citoyen  de  Huningue,  1756.  (Avec  autres  inventaires 
de  la  famille  Ritter),  un  vol.  in-folio. 

N039I.  Inventaire  de  Marie-Hélène,  Marie-Béatrice  et 
Anne-Catherine,  filles  de  Th.  Rothfuchs,  bailli  d*Erstein, 
1710.  Un  vol.  in-folio  (en  allemand). 

No  392.  Inventar  von  An  na-Veronica  Sachs,  geborene  Ber- 
negger,  1758,  Strassburg,  Un  vol.  in-folio. 

(1)  Voy.  Janvier-Février- Mars,  pp.  5-31. 


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i86  RBVUE  d'alsacb 

N«  393.  Invenlar  ûber  Johann  Friedr.  Strœhlin,  bad.  Hof- 
kammerath's  Hinierlassenschaft,  Slrassburg,  1783,  in-folio. 

N<»  393  *.  Inventar  iiber  die  Erbschaft  von  Anna-Maria 
Streichcr,  geb.  Heramann.  Slrassburg,  1764.  in-folio. 

N®  394.  Inventar  ilber  die  Erbschaft  von  Joseph  Goltfried 
Waller.  Slrassburg,  1764,  in-folio. 

N<»  395.  Inventar  iiber  die  Erbschaft  von  Johann  Christ. 
Kugler.  Strassburg,  4754,  in-folio. 

N®  396.  Testamente  und  Codicille  von  Slrassburgcr  Fami- 
lien  aus  dem  XVl-XVIII  Jahrhundert,  dix  documents  sur 
parchemin,  (armoire  vitrée,  lad.  II).  — 

N<>  400.  Pfenninglhurms  bedacht  und  Verhandlungen  de 
anno  1662,  un  vol.  manuscrit  in-4*>  . 

N<>401.  Pièces  divers  relatives  aux  comptes  de  la  Tour- 
aux-Pfennings  pour  les  années  1754,  1767,  1779.  Un  vol. 
in-folio. 

N<>  402.  Pièces  diverses  relatives  aux  comptes  de  la  ville  de 
Strasbourg  1782-1789,  un  vol.  in-folio. 

N<>  403.  Pièces  diverses  relatives  aux  comptes  de  la  ville  de 
Strasbourg  1781-1793,  un  vol.  in-folio. 

N®  404.  Pièces  relatives  h  VUmgeid  (octroi)  de  la  ville  de 
Strasbourg,  1782-1788,  un  vol.  in-folio. 

N«  405.  Etats  de  consommation  et  documents  divera  rela- 
tifs aux  taxes  de  la  ville  de  Strasbourg,  1770-1793,  un  vol. 
in-folio. 

N**  406.  Pièces  allemandes  et  françaises  relatives  au  Gre- 
nier d'abondance  et  aux  revenus  en  grains  de  la  ville  de 
Strasbourg,  1685-1757,  un  vol.  in-folio. 

N<>  410.  Pièces  diverses  relatives  à  l'organisation  et  la  comp- 
tabilité, du  Mont-de-Piété  de  Strasbourg  au  XIX®  siècle, 
un  vol.  in-folio  (manuscrits  et  imprimés). 

N«  41 1 .  Documents  relatifs  k  l'administration  municipale  de 
Strasbourg,  de  1839  h  1860,  un  vol.  in-folio. 

N®  412.  l*ièces  relatives  h  la  Caisse  de  prévoyance  des  Em- 
ployés de  la  ville  de  Strasbourg,  1840-1870,  un  vol.  in-folio. 

N«  416.  Louis  Sghnéegans,  Aus  alten  Strassburger  Ordnun- 
gen.  Abschriften  von  Urkunden  aus  dem  Stadtarchiv,  un 
vol.  in-folio. 


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UANUSCRITS  ALSÀTIQUBS  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG  187 

N»  417.  Louis  Sghnkegans.  Slrassburger  Sleinmetzordniin- 
gen  des  Miltelalters,  copies  modernes,  d'après  les  Archives  de 
rCHuvre  Nolre-Darae,  un  vol.  in-folio. 

N»  418.  Louis  Schnébgans.  Notes  diverses  sur  les  corpora- 
tions artistiques  de  Strasbourg  au  moyen-Age  et  jusqu'à  la 
Ilévolution,  un  vol.  in-folio. 

N<>  419.  Urtheil  Meiner  Herren  im  Process  der  beiden 
Meisierschaflen  Kueffer-und  Kiiblerhandwercks  allhier. 
Strassburg,  1638.  Manuscrit  contemporain  de  14  feuillets 
in-folio. 

N«  420.  Arlicul  einer  ehrsamen  Zunfl  zur  Blume  (Metzger- 
handtwerck),  1611-1704.  Manuscrit  du  XVlUe  siècle,  de  222 
feuillets  in-4o. 

N<*  422.  Zunftbuechlein  einer  ebrsamen  Kiirschneraunft  zu 
Strassburg,  1713-1715,  1718-1720,  1723  (manuscrits)  1786- 
1789  (imprimés).  1  vol.  in-16o. 

N®  423.  Leumundszeugniss  und  Gesellendiplome  aus  Lan- 
dau (1707),  Montbéliard  (1750j  u.  s.w.  Parchemins  du  XVlll^ 
siècle  (Lad.  II,  armoire  vitrée.) 

No  425.  Livret  d'ouvrier  délivré  k  Daniel  Fritz,  tailleur  de 
pierres,  à  Strasbourg,  le  18  mai  1818.  (D.  Fritz,  dit  Millione- 
frits:,  est  mort  k  Strasbourg  en  1879,  et  la  rue  Fritz,  dans 
la  Krutenau,  a  reçu  son  nom). 

5,  Instruction  publique 

N«  430.  Statuta  Academiœ  Argentoratensis ,  Manuscrit  du 
XVIle  siècle  in-4«. 

N043O*  Leges  Academiae  Argentoratensis,  1568,  descriptaî 
anno  1604  pro  domino  Joh.  Philippo  Bœckle  Academifc  can- 
cellario.  1  vol.  in  folio. 

N«  430*>  Statuta  Académie  Argentoratensis,  1633.  Manus- 
crit du  XVIII«  siècle,  de  110  feuillets  in-4o. 

N»  431.  Leges  Universitalis  Argentoratensis  descriplae  in 
usum  Joh.  Heinrici  Lederlini,  prof,  juris,  1720.  1  vol.  de 
150  pages  \n-¥, 

N®  431*  Ch.  ëngel.  Documents  relatifs  k  Thistoire  du  Gym- 
nase, de  TAcadémie  et  de  TUniversité  de  Strasbourg.  T.  I  : 
1525-1581.  T.  II  :  1582-1622.  Copies  modernes  2  vol.  in-40. 


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188  REVUE  d'à  LS ACE 

N^  431^  Ch.  Engbl.  Notes  pour  servir  à  l'explication  des 
documents  relatifs  au  Gymnase  et  à  l'Académie  de  Stras- 
bourg. Manuscrit  autographe  in  40. 

No  432.  T.  W.  RcEHRicH.  Alsatia  litterata,  Schulen  und  Aka- 
demien  im  XV.  und  XVI.  Jahrhundert.  Extraits  et  notices 
autographes.  1  vol.  in  4«. 

No  432*  Galalogus  professorum  Gymnasii,  Academiœ, 
Universitatis  nec  non  pastorum  Reipublicae  Argentoratensis 
ad  annum  1781.  1  vol.  de  71  feuilles  in-16. 

No  433.  Loues  ScHNEBQANS.  Notcs  ct  extraits  sur  l'ancienne 
Université  de  Strasbourg.  Manuscrit  autographe  in-folio. 

No  434.  Stiftungen  der  allen  Strassburger  Universitaet  mit 
den  ïestamenten  von  Schenkbecher,  Heller,  GoU,  u.  s.  w. 
Manuscrits  du  XVIII^  siècle  in-folio. 

N*>  434»  JoH.  RuD.  Saltzmann,  prof,  medic,  Kurtzer  jedoch 
wahrhafftiger  Bericht  vie  es  mit  eines...  Stiffts  zu  St- 
Thomae  zu  Strassburg  allen  Hechnungen,  praebendis, 
etc..  anno  1621  bestellt.  Manuscrit  contemporain  de  99 
feuillets  in-4o  . 

N®  435.  Catalogus  disscrtationum  Universitatis  Argentora- 
tensis ex  bibliotheca  Thomae  Lauth,  prof,  medic.  Manuscrit 
de  la  fin  du  XVIII«  siècle  in-4o  . 

No  436.  Diplômes  de  licencié  et  de  docteur  en  droit  pour 
I.  D.  Cappaun,  1764  et  1776.  Parchemins  in-folio.  (Armoire 
vitrée,  lad.  II). 


No  440.  Ch.  Aubry,  Cours  de  droit  civil.  Strasbourg,  s 
date,  un  vol  in-4o  . 

No  440*.  G.  Arnold,  Vorlesungen  ûber  Methodik  desSchul- 
anterrichts.  Goblentz,  1807-1808.  Man.  aut.  in-4o  . 

No  441.  L.  E.  Bautain,  Cours  de  psychologie.  Strasbourg, 
s.  date,  un  vol.  in-4o  . 

No  441».  F.  G.  BsRGMANN,  Leçons  d'ouverture  et  fragments 
de  cours  de  littérature  étrangère.  Strasbourg,  (184.-185..) 
Man.  aut.  in-folio. 

No  441*» .  F.  G.  Bergmann,  Notes  pour  la  soutenance  du 
doctorat  de  M.  Lafite,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres,  1849. 
Man.  aut.  in-40  . 


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MANtSCRITS  ALSATIQUSS  Dfi  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG    189 

No  442.  J.  F.  BaucH,  Voiies mgen  ûber  die  Moral.  Slrass- 
burg,  s.  date,  un  vol.  in-4«  . 

N0443.  J.  F.  Bruch,  Vorlesungen  ûber  Kaiechetik  und 
Sitlenlehrc,  s.  date.  Cours  rédigé  par  M.  Oscar  Wûst,  un 
vol.  in-40  . 

N*»  444.  J.  F.  Dahler,  Vorlesungen  ûber  Religionslehre.  s. 
date,  un  vol.  in-4«  . 

N«  443.  C.  M.  Fritz,  Vorlesungen  ûber  Apologelik  und 
Altes  Testament.  Cours  rédigé  par  M.  Oscar  Wûst,  1834-1835. 
un  vol.  in-4o  . 

N«  446.  J.  Ph.  Graffenauek,  Cursus  der  Pharmakologie. 
8.  date,  un  vol.  in-4®  . 

N<>  447.  Jean  IIerhann,  Cahier  de  botanique,  rédigé  par  J. 
Kratz,  1787.  un  vol.  in-4<>  . 

No448.  Jean  IIerhann,  Précis  d'histoire  naturelle,  rédigé 
par  J.  Imlin,  s.  date,  un  vol.  in-4'>  . 

No  449.  L.  IIerrbnschneider,  Vorlesungen  ûber  Logik,  1808. 
un  vol.  in-4''  . 

N045O.  L.  Herrensghneider,  Id.  (autre  rédaction),  182., 
an  vol.  in-40  . 

No  451.  L.  IIerrrnschneideu,  Logica  disciplina  expUcata, 
1828,  un  vol.  in-4o  . 

No  452.  L.  Herrensgunbider,  Vorlesungen  ûber  die  Logik, 
redigirt  von  Oscar  Wûst,  1830-1831,  un  vol.  in-4o  . 

No  453.  L.  IIerrbnschneider,  Cours  de  chyinie,  s.  date. 
un  vol.  in-40  . 

No  454.  L.  Herrensghneider,  Vorlesungen  ûberMetaphysik, 
redigirt  von  Oscar  Wûst,  1831-1832,  deux  vol.  in-4o  . 

No  455.  G.  Ch.  Kogh,  Précis  de  la  Révolution  fran(;ais<\ 
cours  rédigé  par  N.  Gochnat,   1801,  un  vol  in-4o  . 

No  456.  G,  Ch.  Koch,  Fragments  de  divers  cours  professés 
k  rUniversité  sur  l'histoire  et  la  statistique,  (avant  1789). 
un  vol.  in-40  ^ 

N*  457.  Thomas  Lauth,  Anfangsgrûnde  der  Wundarlzney- 
kunst,  nachgeschriebcn  von  J.  Kratz,  1790-171M,  deux 
vol.  in-40  ^ 

No  458.  Thomas  Lauth,  Théorie  der  chirurgischcn  Opera- 
tioneu,  nachgeschriebcn  von  J.  Kratz,  1791-1792,  un 
vol.  in-40  ^ 


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190  hEVLE   D*ALSACri 

N*>  459.  Thomas  Lauth,  Eîementa  physiologiœ,  scripsit 
Joh.  Kralz,  1792,  un  vol.  in-4o  . 

No  460.  Thomas  Lauth,  Anthropologie,  cours  fait  en  1825, 
un  vol.  in-4<>  . 

N®  465.  F.  H.  Redslob,  Vorlesungen  ûber  Psychologie, 
1823-1824,  un  vol.  in-4«  . 

No  466.  F.  H.  Redslob,  Psychologiœ  empiricw  eîementa, 
1828,  un  vol  in-4o  . 

N®  467.  Vorlesungen  iiber  Psychologie,  nachgeschrieben 
von  Oscar  Wûst,  1830-1831,  un  vol.  in-folio. 

No468.  F.  H.  Redslob,  Populœre  Dogmatik,  182.,  un 
vol.  in-4o  . 

N®  469.  F.  H.  Redslob,  Dogmatica  pôpularis,  Vorlesungen, 
182.,  un  vol.  in-4o  . 

No  470.  Ed.  Reuss,  Verschiedene  theologische  Vorlesungen, 
nachgeschrieben  von  Oscar  Wûst,  s.  date,  un  vol.  in-4o  . 

No  471.  A.  Saukus,  Cours  divers  de  mathématiques,  rédigés 
par  Oscar  Wûst,  s.  date,  un  vol.  in-4o  . 

No  472.  AuG.  Stahl,  Allgemeine  Weltgeschichte,  Vorlesun- 
gen, 1822-1823,  deux  vol.  in-4o  . 

No  473.  Jos.  Willm,  Cours  d'histoire  de  la  philosophie,  etc, 
rédigés  par  Oscar  Wûst,  1830-1831,  un  vol.  in-4o  . 

No  474.  Jos.  Willm,  Cours  de  logique,  1823-1824,  un  vol. 
in-4o  . 

N«  475.  Jos.  Willm,  Cours  d'histoire  littéraire  de  la  Franco, 
rédigé  par  Oscar  Wûst,  1831-1834,  un  vol.  in-4^>  . 

No  476.  Cours  divers  de  la  faculté  de  sciences,  rédigés  par 
Oscar  Wûst,  1839-1840,  un  vol.  in-4o  . 


N*  480.  Catalogue  des  thèses  soutenues  devant  la  faculté 
de  théologie  de  Strasbourg,  de  1824  à  1863.  Manuscrit  de  M. 
Timothée  Colani,  professeur  à  la  faculté,  un  vol.  in-4o  . 

No  481.  Ed.  Cunitz,  Commersbuch  dcr  If elikia,  Studenten- 
gesellschaft  zu  Strassburg,  1832-1834.  Manuscrit  autographe 
in-16o  . 


No  485.  J.  J.  Frantz,  Strassburger  Stiftungen.  Manuscrit 
aut.  in-4o  . 


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MAÀtSCRItS  ALSATIQUES  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG    191 

W  485».  Unvor{p*eifflche  Bedencken  von  Reformalion  ofler 
Verbesserung  der  beyden  Gollegiorum  dercr  Sludenlen  zu  Si. 
Wilhelm  und  St.  Marx.  Manuscrit  du  XV1I«  siècle  in-4«>  . 

No  486.  J.  J.  Frantz,  Sœcularisirte  Stifter  und  Stiftungen 
Slrassburgs.  Notices  autographes,  un  vol.  \n-A^  . 

N<*  487.  Pièces  et  papiers  concernant  le  chapitre  de  Saint- 
Thomas,  18^45-1856.  Imprimés  et  manuscrits  en  un  volume 
in-folio. 

N"  488.  Relevé  des  biens,  rentes  et  créances  inscrites  sous 
les  noms  des  fondations  et  établissements  de  main-morte 
dont  jouissent  exclusivement  les  protestants  de  la  ville  et  de 
la  banlieue  de  Strasbourg,  184..  (Manuscrits  de  la  succes- 
sion de  M,  Tabbé  Ahlfeld,  curé  de  Saint-Pierre-le-Vieux), 
un  vol.  in-4o  . 

No  489.  Renseignements  et  notes  sur  quelques  établisse- 
ments et  fondations  des  protestants  de  Strasbourg.  (Manuscrits 
Ahlfeld),  un  vol.  in-4*>  . 

N®  491.  André  Jung,  Notes  sur  les  fondations  administrées 
par  le  Séminaire  protestan*,  fournies  h  M.  Traut,  adjoint  au 
maire,  1854.  Man.  aut.  in-folio. 


N*»  495^.  Facultatis  philosophiœ  unvorgreifïliches  Beden- 
cken ûber  den  jetztmaligen  Zusland  des  hiesigen  Gymnasii, 
1738,  un  vol.  de  cent  trente  quatre  pages  in-folio. 

No  496.  Notes  diverses  sur  les  églises  et  les  écoles  de  Stras- 
bourg en  1789.  (Man.  Ahlfeld),  un  vol.  in-4o  . 

No  498.  Papiers  divers  relatifs  à  riiisloirc  de  l'instruclion 
publique  et  spécialement  primaire  II  Strasbourg  et  en  Alsace, 
1532-1558.  Collection  de  pièces  originales  et  de  copies  faite 
par  M.  Charles  Boersch,  rédacteur  en  chef  du  Courrier  du 
BàS'Rhin,  quatre  vol.  in-folio. 

No  498».  Pièces  relatives  h  TEcole  centrale  du  Bas-Rhin 
i.Vnnées  VII-XII),  provenant  du  citoyen  Hammer,  professeur, 
un  vol.  in-folio. 


No498*>.  Pièces  relatives  h  TEcole  centrale  du  Haut-Rhin 
(Années  V-IV),  provenant  du  citoyen  Hammer  professeur, 
un  vol.  in-folio. 


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i92 

N<>  499  F  VouLOT,  Etat  de  situation  des  écoles  primaires 
du  Haut-Rhin,  i84i-i842.  Man.  aut.  in-folio. 

N<>  500.  C.  C.  Raithel,  (Primaîlehrer  zu  Melsheini),  Dars- 
tellung  der  Wûrde  des  Land-SchuUehrers,  u.  s.  w,  i833. 
Man.  aut.  de  cent  trente  six  pages  in-4<> . 

Affaires  ecclésiastiques 

N®  505.  Synopsis  Ministerii  ecclesiastici  Argentinensis, 
Verzeichnuss  der  Herren  Praesidenten,  Pastoren,  u.  s.  w,  von 
der  Reformation  biss  aufTjelzige  Zeiten.  Manuscrit  écrit  vers 
i730,  in-folio. 

N®  506.  Verzeichniss  der  Strassburger  Stadt^und  Landpfar- 
rer  aus  der  erslen  Hœlfle  des  XVIII.  lahrhunderts,  un  vol. 
in-4o  . 

N»  506*.  Catalogus  omnium  theologorum  Argenlinensium 
qui  ab  anno  i536  ad  annum  1734  formulam  Concordiœ 
subscripserunt.  Man.  du  XVIII*  siècle  in-4<> . 

N®  507.  Ordnung  der  Herren  Pfarrer  in  der  Statl  Strassburg 
bey  folgenden  Kirchcn,  u.  s.  w,  (circa  i760),  un  volume  de 
trente  sept  feuilles  in-folio. 

N®  507*.  Andréas  Jung,  l'ebersicht  ûber  die  Fortschritte 
der  Reformalion  in  Strassburg  bis  zum  Jahre  i529.  Man. 
aut.  de  vingt  sept  pages  in-folio. 

N*»  508.  Verzeichniss  der  Pncsidenten  des  Kirchen-Con- 
vents  zu  Strassburg.  Imprime  du  XVIII<^  siècle,  avec  additions 
manusciites  de  Jean-Fréd.  Hermann,  un  vol.  in-4«  . 

N**  509.  ProtokoUe  der  Klosterherren,  und  Herren  Rœth  u. 
XXI  Erkenntnisse,  i523-i538.  Excerpte  von  T.  W.  Rœhricli 
ex  Archivo  Thomano,  un  vol,  in-4o  . 

N®  509*.  Religionshandlungen  der  Statt  Strassburg,  i530- 
i531.  Excerpte  aus  dem  St-Thomas-Archiv  von  Andréas 
Jung,  un  vol.  in-folio. 

N<>  509  *».  Aktenstûke  zur  Strassburger  Reformationsges- 
chichte,  1512-1528,  excerpirt  aus  den  handschriftlichen 
Sammlungen,  u.  s.  w.,der  Bibliothek  des  protestantischen 
Seminars  durch  Andréas  Jung,  un  vol.  in-folio. 

N*^  510.  Décréta  potiora  Conventus  ecclesiastici  Argenti- 
nensis ex  omnibus  sœculi  decimi  sexti  actis  fuleliter  collecta 


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MANUSCRITS  ALSATIQCES  DB  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG     193 

inque  très  classes  distributa.  Man.  du  XVIII»  siècle  de  quatre 
vingt  oi.ze  feuillets  ïn-A^  . 

N<>  510».  JoH.  Rbinh.  Becht,  Historischer  Bericht  der  Rell- 
gionsvergenderung  in  dem  DorfT  Duettlenheim  in  Elssass, 
im  lahr  1686.  Copie  faite  en  1784  par  G.  F.  Piest;  à  la  fin  de 
ce  manuscrit  se  trouve  :  Mémoire  pour  la  conversion  des 
protestans  de  Strasbourg,  un  vol.  de  trente  huit  pages  in-4o. 

N®  511.  Acta  conventus  ecclesiastici  Argentinensis  ab  anno 
1701  ad  annum  1792  excerpta.  Notes  aut.  de  T.  G.  Rœhrich, 
un  vol.  in-4*>. 

N*>512.  T.  W.  UoEHRiGH,  Varia  zur  Kirchenvcrfassung  und 
dem  Strassburger  Kirchen couvent  in's  Besondre.  Manuscrit 
aut.  in-4o. 

N«  513.  Prolokolle  der  Herren  Ober-Kirchenpfleger  (1695- 
1791).  Excerpte  von  T.  W.  Rœhrich,  un  vol.  in-4^ 

N<>  514.  Schul-und  Kirchenlehrvisitationes  in  den  sieben 
lutherischen  Pfarreyen  allhier,  1680-1682,  Man.  du  XVII« 
siècle  in-folio. 

N^  515.  Pièces  relatives  à  l'exercice  du  culle  des  protes- 
tans à  Strasbourg  et  de  la  juridiction  de  la  Chambre  matri- 
moniale (réunies  par  J.  Fréd.  Hermann  ?),  un  vol.  in-folio. 

N^516  Varia  ecclesiastica  Argentoralensia  prsosertim 
recentiora.  Collection  formée  par  Jean-Fréd 'rie  Hermann, 
ancien  député  et  maire  de  Strasbourg,  un  vol.  in-folio. 

Bibliothèques  et  Archives 

N<>  520.  L.  ScHxÉBGANs,  Notes  diverses  sur  les  bibliothèque 
de  Strasbourg.  Man.  aut.  in-folio. 

No  520».  Notes  diverses  sur  les  bibliothèques  de  Strasbourg, 
tirées  des  procès-verbaux  du  Magistrat  (1531-1747).  Extraits 
faits  par  Louis  Schnéegans,  un  vol.  in-folio. 

No  521.  AuG.  Saum,  (bibliothécaire  de  la  ville  pendant  le 
siège  de  1870),  Rapports  sur  l'ancienne  bibliothèque  de  la 
ville,  détruite  par  l'incendie  du  24  août  1870,  à  MM.  Humann 
et  Kûss,  maires  de  Strasbourg,  1870-1871,  un  vol  in-folio. 

N<>  522.  Fragmentum  codicis  theologioi  Bibliolhecœ  Argen- 
tinensis ex  incendio  anni  MDCCCLXX  servatum.  Fcui.lets  de 
parchemin   demi  calcinés  ayant  appartenu  probablement  à 


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194  REVUE  d'alsace 

un  manuscrit  de  la  Légende  dorée  de  Jacques  de  Voragine, 
dans  un  étui  in-i". 

N<^r)23.  Fragmentum  Brcviarii  Bibliothecœ  Argenlinensis 
ex  incendio  an  ni  MDGCGLXX  servatum.  Feuillets  d'un  incu- 
nable k  demi  brûlés,  dans  un  étui  in-4<^. 

N®  526.Conspectus  BibliolhecoD  ThonuD  Laulb,  prof,  medic. 
Argentinensis,  s.  date,  un  vol  in-4**. 

N<>  527.  Calalogus  alphabelicusBibliotbecœ  ThomœLaulh, 
prof.  med.  Argenlinensis,  s.  date,  un  vol.  in-4°. 

N»  528.  Catalogus  realis  Bibliotliecaî  Tliomœ  Lauth,  prof, 
medic.  Argenlinensis,  s.  date,  un  vol.  de  Irois  cent  dix  neuf 
pages  in -4". 

N°  52U.  (lalalogiie  de  la  bibliolhôfjue  de  feu  le  professeur 
Louis  llerrenschneider,  donnée  a  la  bibliothèque  du  Sémi- 
naire protestant,  1843,  quatre  vol.  in-folio. 

N«  530».  Catalogue  de  la  bibliothèque  de  feu  M.  Jean  Henri 
Schnitzler,  de  Strasbourg,  mort  en  1871,  incorporée  à  la  nou- 
velle Bibliothè(jue  municipale,  un  vol.  in-folio. 

No53i.  Catalogue  de  la  bibliothèque  de  M.  J.  Liblin, 
directeur  de  la  Revue  (i\ilsare,  Colmar,  1874,  un  vol.  in-i». 

N®  535.  L.  Sghnkegans,  Notices  et  rapports  sur  les  archives 
de  la  ville  de  Strasbourg,  Man.  aut.  in-folio. 

(iéoff rapide  et  Voyages 

N'^oiO.  Andkeas  SiLBRRMANN,  Localregister  zu  Daniel  Spe- 
cklins  Land-Charte  vom  Elsass.  Man.  aut.  in-12<^. 

N"541.  J.  B.  ScHWEiTZER,  Petite  géographie  de  Tarrondis- 
.sement  de  Wissembourg,  1864.  un  vol.  in-4®. 

iV'  l\M^.  Carte  du  couvent  de  Sainte-Odile  et  des  environs, 
cahjue  du  XVIIF  siècle,  monté  sur  toile,  un  vol.  in-4". 

N"  546.  Skbastien  Soiiacu,  Voyage  en  Terre-Sainte  et  au 
Sina*',  en  1604.  Analyse  et  extraits  de  l'original,  détruit  avec 
la  l)ibliothè(|ue  de  Strasbourg,  faits  par  Xavier  Mossmann, 
un  vol  de  vingt  et  un  feuillets  in-4^ 

N«547.  Résumé  du  voyage  d'un  oflicier-général  dans  les 
Kvéchés,  l'Alsace  et  la  Franche-Comté,  en  mai-juillet  1773, 
Man  contemporain  de  vingt  cinq  pages  in-folio. 


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MAKUSGRnS  ALSATIQUES  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG    195 

N®  548.  Voyages  alsaciens  :  I.  Excursion  à  Bouxwiller  et 
Pfaffenhoffen,  1850.  —  II.  Ed.  Emrich,  Voyage  h  New- York, 
1854-1853.  —  III,  (Schiellein,  notaire  à  Bouxwiller),  Déplora- 
rables  aventures  du  sieur  Tamerlan  h  Paris,  en  1830,  en  un 
vol.  in-8o. 

N<>  549.  Carte  détaillée  des  lignes  de  la  Lauter.  Dessin 
man.  du  XVIII®  siècle,  monté  sur  toile,  dans  un  carton  in-8^ 

Sciences  naturelles  et  agriculture 

N®  555.  L.  Herrenschneider,  Observation  sur  le  passage  de 
Mercure  sur  le  disque  du  soleil,  faite  à  TObservatoire  de  la 
ville  de  Strasbourg,  le  4  mai  1786,  Man.  aut.  in-4o. 

No  556.  WiLH.  FRrrz,  Witterungsbeobachtungen  (gemacht 
zu  Strassburg  und  im  Schnôkeloch)  von  1822  bis  1851, 
trois  vol.  in-8<>. 

N<>  557.  L.  Herrbnschneider,  Observations  météorologiques 
fciiles  à  Strasbourg  et  continuées  depuis  1842  jusqu'en  1857 
par  J.  Philippe  Frantz,  quatre  vol.  in-4<'. 

N<>  562,  Dan.  Rbisseisskn,  Mémoire  topographique  et  litho- 
logique sur  les  montagnes  des  Vosges,  (vers  1820),  un  vol. 
in-folio. 

N'o  563.  Leonhardt  Baldner,  Wahrhaffte  Beschreibung  und 
nach  dem  Leben  Contrafaytung  aller  derjenigen  Vœgel  so 
sich  allhicrzu  Strassburg  inn  und  bey  der  Statt  in  den  vier 
fischreichen  VVassern  nehren  und  aufîhalten,  geschrieben 
im  JahrChristi  1666.  Man.  du  XVII«  siècle,  probablement 
copie  faite  par  le  fils  de  l'auteur,  de  cent  quatorze  images  in- 
folio oblong  avec  nombreux  dessins  k  Taquarelle. 

N*>  564.  Leonhardt  Baldner  (?),  UberStrassburgische  Fischc 
und  Wasserthiere.  Fragment  d'un  manuscrit  du  XVlle  siècle, 
de  seize  feuillets  in-4<>. 

Commerce  et  Industrie 

N*'  570.  J.  J.  Frantz,  Notices  et  mémoires  sur  la  navigation 
du  Rhin,  Man.  aut.  in-4*». 

N*'  570*.  Fertiger-Buch  der  Schifîerzunft  zu  Strassburg. 
Registre  officiel  des  frets  de  la  navigation  sur  le  Rhin,  tenu 


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196  REVUE    D* ALSACE 

par   la  batellerie  sirasbourgcoise  de  1806-i8i8,   Manuscrit 
original  in-folio. 

No  571.  Mémoire  anonyme  sur  le  commerce  et  la  naviga- 
tion de  la  ville  de  Strasbourg,  Man.  de  la  fin  du  XVIII*  siècle, 
de  vingt  quatre  pages  in-folio. 

N<>  372.  Propositions  pour  le  rétablissement  de  Tancien 
canal  de  la  Basse-Alsace  et  les  changements  à  y  faire,  1749, 
un  vol.  de  cinquante  pages  in-folio. 

N'^  573.  Pièces  de  comptabilité  et  diverses  relatives  à  la 
construction  du  Canal  Napoléon  (1808-18 17), un  vol.  in-folio. 

N®  574.  Pièces  diverses  relatives  à  la  navigation  du  Rhin 
et  aux  canaux  de  l'Est,  1839-1871.  Documents  manuscrits  et 
lithographies  en  un  vol.  in-folio. 

N®  575.  J.  B.  ScHwiLGuÉ,  Méthode  analytique  propre  à  la 
formation  d'un  tarif  général  de  la  taxe  du  pain,  1846,  Man. 
aut.  de  dix  huit  pages  in-folio. 

No  575'*.  Daniel  Fritz,  Mein  Meisterstiick  als  Zimmermann, 
5  April  1780.  Planches  et  devis  divers  en  un  vol.  in-folio. 

N»  576.  J.  J.  Frantz,  Notes  et  extraits  sur  l'industrie,  le 
commerce  et  l'agriculture  en  Alsace,  Man.  aut.  in-4®. 

No  577.  Mémoire  du  Directeur  de  la  Sucrerie  dans  la  Mei- 
nau  sur  la  fabrication  du  sucre  en  Alsace,  Strasbourg,  1838, 
un  vol.  in-4o. 

N®  578.  JoH.  FfiiEDR.  Oberlin,  Pilanzennamen  aus  dem 
Steinlhal,  milgetheilt  von  Prof.  Joh.  llermann.  Il  s'y  trouve 
en  outre  quelques  lettres  d'Oberlin  père  et  fils,  un  vol.  in-4o. 

N®  579.  Fragments  divers  relatifs  a  l'histoire  naturelle 
et  h  la  météorologie  de  la  Haute-Alsace,  provenant  des  papiers 
du  professeur  lïammer,  un  vol.  in-folio. 

No  580.  Fragmenta  Spielmanniana  et  llermanniana  ad 
rem  naturalem  Alsaiiœ.  Collection  de  notices  et  de  fragments 
incomplets  de  Spielmann,  J.  Hermann,  rédigés  partiellement 
en  latin,  un  vol,  in-folio. 

Médecine 

No  585.  Thomas  L.\uth,  Notœ  ad  rem  obstetricam.  Man. 
aut.  in-4o. 


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MANUSCRITS  ALSATIQUBS  DE  LA  BIBLIOTHÈQUR  DE  STRASBOURG     197 

N<»  586.  Thomas  Lauth,  Anatomia,  notœ  variœ  ex  annis 
1784-1785,  Man.  aul.  en  quatre  vol.  in-4«. 

No  587.  Thomas  L\uth,  Histoire  de  Tanatomie,  livre  VII-X, 
Man.  aut.  incomplet  de  cinq  vol.  in-4<>. 

N®  588.  Thomas  Lauth,  Mémoires  anatomiques,  Manuscrit 
aut.  in-4o. 

N<>  589.  Thomas  Lauth,  Opuscula  varia  medica  (Die  Blattern 
in  Strassburg,  u.  s.  w.)  Man.  aut.  in-4<^. 

N®  590.  Thomas  Lauth,  Le  cerveau.  Notices  et  études 
diverses,  lettres,  etc.  Man.  aut.  in-4o 

N059I.  Thomas  Lauth,  Discours,  traités  et  mémoires  de 
médecine  divers.  Man.  aut.  in-4o. 

N®  592.  JoH.  Dan.  Lobstein,  Index  fasciarum,  cum  rerum 
dénominations  Copie  de  J.  Kratz,  1792,  un  vol.  de  trois  cent 
vingt  neuf  pages  in-4o. 

No  593.  JoH.  Kratz,  Elementa  osteologiœ  XLIV  tabulis 
comprehensa,  etc.  1796,  un  vol.  in-4o. 

N®  594.  JoH.  MiCH.  BoEHM,  Uepertorium  seu  index  realis 
tam  librorum  raedicorum  quam  etobservationum  medicarum 
in  periodico  JVeue  Deutsche  Bibliothek,  vol,  1-55,  un 
vol.  in-4o. 

N®  595.  JoH.  MrcH.  Bqehm,  nosocomiatris  Argentincnsis, 
Collectaneorum  medicorum  centuriec  très,  1770,  un  vol.  de 
six  cents  pages  in-4o. 

No  596.  Alexandre  Lauth,  Études  microscopiques  d'anato- 
mie.  Dessins  au  crayon,  en  un  vol.  in-4o. 

No  597.  Id.  Notes  sur  différents  musées  anatomiques  d*Eu- 
rope.  Man.  aut.  in-4o. 

No  598.  G.  Breschet  et  Laith  fils,  De  la  dessication  et  des 
autres  moyens  de  conserver  des  pièces  anatomiques.  Man.  de 
cent  trente  cinq  pages  in-folio. 

N"  599.  Alexandre  Lauth,  Études  médicales  diverses. 
Man.  aut.  in-4o. 

No  600.  Alexandre  Lauth,  Physiologie  (ancien  et  nouveau 
cadre).  Man.  aut.  en  trois  vol.  in-4o. 

No  601.  Varia  medica  Argentoratensia.  Notices  diverses 
provenant  des  papiers  de  Thomas  et  d'Alexandre  Lauth, 
un  vol.  in-4o 


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198  UEVUE  D* ALSACE 

N®  602.  FfiÉD.  KiRSGHLEGER  (?),  llisloii'e  de  maladies  inléres- 
sanles  et  d'observations  curieuses,  1830-183i,  Man.  ina- 
chevé in-4^ 

No  603.  Manuscrits  de  la  Société  de  médecine  de  Stras- 
bourg, Mémoires,  comptes-rendus,  correspondances  (1850- 
1870),  deux  vol.  in-folio  et  in-4<>. 

N<>  604.  N.  M.  Brouillet,  Essai  surTintoxication  paludéenne 
sur  les  bords  du  Rhin,  Geispolsheim,  1859.  Manuscrit  aut. 
in-folio. 

Droit 

N«  605.  Mémoires  juridiques  et  arrêts  du  Conseil  Souve- 
rain d* Alsace  relatifs  k  des  procès  engagés  dans  la  Haute- 
Alsace  de  1696  à  1791,  un  vol.  de  pièces  originales  in-folio. 

N®  606.  Affaires  judiciaires  relatives  a  des  habitants  de 
Iluningue  (1744-1824).  Pièces  diverses  en  un  vol.  in-folio. 

N<^  607.  Prothocollum  maleficorum  et  maleficarum  in  prœ- 
fectura  fienfcldiana  et  proximis  hinc  inde  locis,  per  me 
Ileinricum  lïinctiner  notarium  imperialem  inceptum  11  maii 
1623,  Man.  original  in-4o 

N<>  608.  Mémoire  en  défense  présenté  k  M.  le  préfet  du 
Bas-Rhin  dans  Talfaire  de  la  liquidation  de  la  dette  de  Tan- 
cienne  Communauté  ou  Nation  juive  d'Alsace,  1855,  un 
vol.  in-folio. 

No  609.  Extractus  processus  criminalis  contra  Sophiam 
des  Tûrckenschneiders,  eines  Grempen  fraw  zu  Bœrsch  wegen 
getriebener  llexerey,  anno  1619.  Copie  moderne,  en  un  vol. 
in-4o.  (Le  texte  a  été  publié  par  M  Rod.  Rffuss  dans  son 
livre,  la  Sorcellerie  en  Alsace,  1871). 

N®  610.  Mémoire  du  Magistrat  de  Strasbourg  au  roi  contre 
le  prêteur  royal  François-Joseph  de  Klinglin  (vers  1753). 
Man.  contemporain  in-folio. 

Littérature 

No  615.  J.  J.  Frantz,  Alsatia  litterata,  catalogua  scripto- 
rum,  etc.  Man.  aut.  in-lS® 

No  616.  AuG.  ScHR[CKBR,  Zur  Dialektdichtung  im  Elsass 
(187.)  Man.  aut.  in-folio. 


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MANUSCRITS  ALSATIQUES  DE  LA  BIBLIOTHBOUE  DE  STRASBOURG    199 

No  619.  Joii.  Georg  Kammerer,  Palmerius  oder  die  Valer- 
landsliebe,  ein  heroïscbes  Trauerspiel,  Sirassburg,  1790, 
3ian.  aul.  inédit  in-4<^. 

No620.  AuG.  Lamey,  Ariovisle,  poô me  en  prose,  1827-1828, 
Man.  aut.  in-4". 

N<>621.  AcG.  Lamey,  Le  marchand  arménien,  drame  en 
cinq  actes.  Trois  rédactions  diiïérentes  en  un  vol.  autogra- 
phe in-folio. 

N<>  622.  AuG.  Lauey,  Gedichte  und  Fragmente  von  Trau- 
erspielen  aus  des  Dichlers  Nachlass,  Man.  aut.  in-folio. 

No  623.  Chansons  et  romances,  Strasbourg,  i82i-182o. 
Collection  anonyme  en  deu"x  vol.  in-12«. 

No  623».  Julie  IIimly  (1792-1873),  Meine  IHumenlese.  An- 
thologie allemande,  renfermant  des  pièces  inédites  de  po"les 
alsaciens,  recueillie  vers  1820,  quatre  vol.  in-4'\ 

No  623**.  Sammlung  lyrischer  (icdichte.  Anthologie  compo*- 
sée  par  un  anonyme  alsacien,  de  1810  à  1820,  un  vol.  in-8o. 

No  624.  Ch.  Théod.  Kaupmanx,  (candidat  en  théologie), 
La  conquête  de  Strasbourg  (I68i),  drame  romantique  en 
cinq  actes,  môle  de  chants,  composé  vers  1840,  Manuscrit 
aut.  in-4o. 

No  625.  Elsœssische  Gedichte,  meist  in  Strassburger  Dia- 
lektund  aus  den  X1X*«"  Jabrhundert.  Feuilles  réunies  en  un 
vol.  factice  in-4o. 

No  626.  LuDwiG  Schneeg-ans  (Sohn),  Maria  von  Schottland, 
Drama,  1868,  Man.  aut.  in-4o. 

No  627.  Les  trois  sultanes  ou  un  drame  au  sérail,  revue 
bouffe  par  MM.  Werner,  E.  Ileim  et  Martin  Scheer,  représen- 
tée a  l'Union  musicale  le  16  décembre  1876,  un  vol.  in-4o. 

Beaux-Arts  et  Curiosa 

No  640.  LuDwiG  ScHNEEGANS,  Dcr  Strassburger  Bildhauer 
Nikolaus  von  der  Leyen.  Man.  aut.  in-folio,  avec  dessin. 

No  641.  Louis  ScHNEEGANS,  Collectiou  de  dessins  et  d*ar- 
moiries  faits  à  la  plume  et  au  crayon,  en  trois  vol.  in-8o, 

^^  6i2.  Notes  pour  l'histoire  de  Fart  et  des  artistes  en 
Alsace.  Notes,  extraits  et  renvois  aux  sources  recueillis  par 
Tarchivisle  municipal  Louis  Schnéegans  sur  les   peintres. 


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200  UKVUE  d'alsace 

architectes,  sculpteurs,  fondeurs,  orfèvres,  ingénieurs,  etc. 
originaires  d'Alsace  ou  employés  dans  cette  province.  Plu- 
sieurs milliers  de  feuillets  délachés  en  treize  cartons  in-8®. 

No  643.  Louis  Schnbegans,  Dessins  et  croquis  manuscrits 
divers.  L  Armoiries.  —  II.  Vues  d'Alsace.  —  III.  Portraits. 
—  IV.  Vues  de  Strasbourg.  —  V.  Costumes.  —  VI.  Dessins 
divers.  Six  vol.  in-folio  oblong. 


N<>  670,  Fr.  Xavier  Richter,  (maître  de  chapelle  k  la  cathé- 
drale de  Slrasbourg),  Missa,  (178^),  Man.  aut.  in-folio. 

N«  671.  JoH.  Fribse,  Der  arme  Mann,  eine  Arie,  gedichtet 
und  componirt,  etc.  S.  date,  un  vol.  de  trente  six  pages 
in-folio. 

N«  672.  Ignace  Pleyel,  Hymnes  patriotiques,  1793-1794. 
Compositions  diverses  en  un  vol,  factice  in-folio. 

N®  673.  J.  M.  BuAUiN,  Le  nouveau  serment  des  Grecs  aux 
Thermopyles  (paroles  de  Lelorrain)  morceau  de  musique 
composé  vers  1825,  un  vol.  in-folio. 

No  674.  Philipp  Horrter,  Der  Tod  des  Trompeters,  Das 
Lied  von  derGlocke.  Compositions  inédites,  un  vol.  in-folio. 

No  675.  Statuts  de  la  Société  musicales  fondée  par  M.  Thé- 
ophile Slern  (dite  Sternekrœnzel),  en  1838.  Manuscrit  origi- 
nal in-4o 


No  680.  Schreibbuch  von  Joh.  Christ.  Wûrlz,  Kellner,  von 
Strassburg,  1745.  (Recettes  diverses  et  noies  personnelles), 
un  vol.  in-4o. 

No  681.  A.  Ph.  GiUNDiDiER,  Anecdotes  relatives  k  une  con- 
frérie de  buveurs  établie  sur  les  confins  de  la  Lorraine  et  de 
r  Alsace.  Copie  faite  par  Dagobert  Fischer  et  annotée  par  lui, 
un  vol.  in-4o 

No  684.  (Joh.  G.  Kammerkr),  llœusliche  Andacht,  1792- 
1793.  Dialogues  tenus  dans  le  ménage  du  libraire  K.  et  notés 
par  lui  en  dialecte  strasbourgeois,  un  vol.  in-4o. 


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MANUSCRITS  ALSATIQUBS  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURQ    20i 

Histoire  ecclésiastique 

No  699.  T.  W.  Rœhri'ch,  Alsatia  litterata  catholica  sacra. 
Catalogus  alphabelicus  auctorum,  etc.  Man.  aut.  in-4«. 

N07OO,  Ph.  A.  Grandidier,  Histoire  de  l'Église  de  Stras- 
bourg, livres  VII-X.  Manuscrit  de  Tabbé  Métrot,  curé  de 
Saint-Pierre-le-Vieux  et  parent  de  Tabbé  Grandidier,  trois 
vol.  in-i2o. 

No  700*.  JuL.  Rathgkbbr,  Alsatica  historico-ecclesiastica 
varia.  Noies  diverses  autographes  en  un  vol.  m-ÂP, 

N«70i.  Fh.  A.  Grandidier,  Germania  sacra,  prospectus 
diœcesis  et  episcopatus  Argentinensis.  Copie  de  M.  J.  Liblin, 
un  vol.  in-40. 

No  702.  Ph.  A.  Grandidier,  Feuillets  divers  de  ses  premiè- 
res notes  pour  V Histoire  de  V Église  de  Strasbourg,  prove- 
nant de  l'ancienne  Bibliothè(|ue  de  la  ville  et  réintégrés  par 
M.  J.  Liblin  à  la  nouvelle  Bibliothèque  municipale,  (1872), 
un  vol.  in-40 

No  703.  Mémoire  anonyme  sur  rindult  dans  le  diocèse  de 
Strasbourg,  tiré  des  archives  de  la  Basse-Alsace.  Copie 
moderne  en  un  vol.  in-4o. 

No  704.  JosBPHUS  ScHWEiGHiEUSER,  Trifolîum  seraphicum  in 
Alsatia  florens  seu  manuale  topologico-historicum  Fratrum 
minorum,  etc.,  1767.  Copie  moderne  de  deux  cent  vingt  cinq 
pages  in-folio. 

No  703.  Vom  Ursprung,  Aufnaehmen  und  Bestaîttigung 
des  Ordens  der  Brûder  von  dem  Teutschen  Ilaus  Unserer 
lieben  Frauen  zu  Jérusalem.  —  Confralernitas  zwischen 
Mayntzund  den  Balleyen  Elsass  und  Francken,  i779,  un 
vol.  in -40. 

No  710.  Statuta  diœcesis  Argentinensis.  Règlements,  tarifs 
à  percevoir,  etc^  dans  le  diocèsode  Strasbourg,  (XIX*  siècle), 
un  vol.  in-foliu! 

No  711.  Calendarium  sœculi  quinli  clecimi.  Manus- 
crit contemporain  avec  sentences  morales,  préceptes  sanitai- 
res, etc.,  inscrits  par  diverses  mains,  un  vol.in-4o. 

No  712.  Breviarium  sœculi  quinli  decimi  ex  monaslerio 
quodam      Sororum     Argentoratensium .     Manuscrit     con- 


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202  REVUE  D' ALSACE 

teiiiporain    sur    parchemin     avec     musique     not*e,     un 
vol.  in-i6®. 

N»  713.  Livre  de  dévotion,  contenant  les  prières  du  matin 
et  du  soir,  l'ordinaire  de  la  Sainte-Messe  avec  les  litanies, 
Strasbourg.  Manuscrit  du  XVIII*  siècle  de  quatre  vingt  huit 
pages  in-4®. 


N072O.  T.  W.  RoEHRicH,  Literatur  der  elsœssische  Reli- 
gionsgeschichte,  zusammengetragen  1827.  Man.  aut.  in-4o. 

N®  721.  T.  W.  RoEHRicH,  Alsalica  sacra  evangelica,  catalo- 
gus  scriptorom,  etc.  Man.  aut.  in-i«, 

N»  722.  T.  W.  RoEHRiCH,  Notizen  und  Excerpte  zur  elsaîs- 
sischen  Kirchengeschichte  des  Mittelaltcrs.  Man.  aut.  in-4®. 

N®  723.  T.  W.  RoEHRiCH,  Notizen  und  Excerpte  zur  elsses- 
sischen  Reformationsgeschichte,  von  1509  bis  zum  Erlass 
der  Kirchenordnung  von  1598.  Man.  aut.  in-4«. 

No  724.  T.  W.  RoEHRicH,  Varia  zur  Reformationsgeschichte 
im  Elsass.  Man.  aut.  in-4<>. 

N<»  724».  Jules  Rathgeber,  Histoire  de  la  Réforme  à  Stras- 
bourg, 1517-1598.  Un  volume  aut.  in-4<>. 

N0725.  Aktenstûcke  zu  den  Streitigkeiten  Thomas  Mur- 
ners  mit  den  Gebriidern  WolfT  zu  Strassburg,  1521.  Copie 
prise  aux  archives  de  Saint-Thomas,  par  T.  G.  Rœhrich,  un 
vol.  in-4<>. 

Ko  726.  T.  W.  RoEHRicH,  Notizen  zu  Martin  Butzers  Leben 
und  Schriften.  Man.  aut.  in-4o. 

No  727.  Entschuldigung  Katharinœ  Schûtzen  fiir  Matthis 
Zellen,  u.  s.  w.,lo24.  Copie  deTimprimé  rarissime  de  la  bi- 
bliothèque de  Zurich  par  M.Théodore  de  Liebenau,  archivis- 
te àLucerne,  un  vol.  in-4o. 

No  728.  Chronic  ûber  das  beruhmle  Golteshaus  St-Marga- 
rethen  und  St-Agnes  zu  Strassburg...,  beschrieben  anno 
1738.  Manuscrit  du  XV!!!**  siècle,  de  trois  cent  dix  pages 
in-folio. 

No  729.  Briefe  aus  der  Reformationszeit  (1519-1561)  aus 
den  Strassburger  Bibliotheken  und  Archiven  gesammelt  von 
T.  W.  Rœhrich,  un  vol.  in-4o. 


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MANUSCRITS  ALSATIQUES  DE  LA  BIBLIOTHEQUE  DE  STRASBOURG    203 

N<^730.  T.  W.  RuEHuicH,  Denkwûrdigkeilen  aus  der  Reli- 
gionsgeschiclite  des  Elsasses  wœhrend  des  XVII^"  und 
XVIIl*««»  Jalirhunderls,  un  vol.  in-4o. 

N<>  731 .  Dokumenle  zur  Religionsgeschichte  des  Eîaasses 
(1617-1808).  Pièces  originales  de  provenance  diverse  en  un 
vol.  factice  in-folio. 

N<»  732.  T.  W.  RûEHRicH,  Notizen  ûber  die  Reformalion  in 
den  lutherischen  Herrschaften  des  Elsasses,  Manuscrit  auto- 
graphe in-folio. 

N0733.Ï.  W.  RoEHRicH,  Notizen  iiber  die  reforinirten 
Gemeinden  des  Elsasses.  Man.  aut.  in-4o. 

N<>734.  T.  W.  RoEHRiCH,  llistorische  Notizen  ûber  die 
evangelischen  Gemeinden  des  Elsasses,  in  alphabelischer 
Ordnung.  Man.  aut.  en  deux  vol.  in-4o. 

N<»  73Î).  T.  W.  R(KHRicH,  Notizen  ûberevangelischen-luthe- 
rische  Gemeinden  die  vormals  zumElsass  gehœrlen.  Man. 
aut.  in-4<^. 

N<>  736.  T.  W.  RoEHRicH,  Notizen  ûber  evangelische  Gemein- 
den des  ehemaligen  Elsasses  die  wieder  katholisch  geworden. 
Man.  aut.  in-4o. 

N<>737.  Strassburgische  Kirchenordnungen  von  1525, 
1534,  1535  nebst  Notizen  ûber  elsœssische  Gesangbûcher, 
Agenden,  u.  s.  w.  gesammelt  von  T.  W.  Rœhrich,  un 
vol.  in-4<>. 

No  745.  Mémoire  concernant  Topposilion  que  les  États 
protestants  forment  k  la  clause  finale  de  l'article  IV  de  la 
paix  de  Ryswick*.  Man.  du  XYIIl»  siècle  in-folio. 

N0  746.  Aussfûhrlicher  Bericht  wass  sich  mit  mir  Joh. 
Mich.  Stenger  evangelischen  Pfarrer  zu  NeuweylerimElsass 
ohnlœngsten  zugetragen,  1741.  (Querelles  du  piétisme), 
Man.  original  in-folio. 

N«747.  Joh.  Kahl  Gerold,  (Pfarrer  in  Boofzheim)  Nach- 
richt  von  der  im  Jahr  1794  befohlenen  Gefangennebmueng 
der  calholischen  und  evangelischen  Geistlichen  des  Schletts- 
tatter  und  Altkircher  Distrikts  in  zehn  Briefen.  Manuscrit 
original  de  quatre  vingt  pages  in-lS^.  (Le  texte  a  été  publié 
par  M.  Rod.  Reuss,  à  Strasbourg,  en  1877}. 


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204  REVUE  D'ALSAGB 

]\'o  747a  Papiers  personnels  et  bttres  de  François  Brendel, 
évoque  constitutionnel  du  Bas-Khin,  1792-1799.  Pièces  origi- 
nales en  un  vol.  in-4®. 

N®  748.  Papiers,  rapports  et  extraits  relatifs  aux  fondations 
protestantes  de  Strasbourg  et  à  divers  élabltssements  avant 
1789.  (Manuscrits  Ahlfeld),  un  vol.  in-folio. 

N®  748*.  JuL.  Rathgeber,  Die  Baronin  von  Krûdener  und 
ihre  Freunde.Zur  Geschichie  des  Mysliscimus  im  XIX*enJahr- 
hunderl.  Man.  aut.  in-40. 

N®  750.  J.  Frkd.  IIbrmann,  Projet  d'une  Caisse  aux  veuves 
et  d'une  d'Eméritat  des  ministres  du  Culte  de  la  Confession 
d'Augsbourg..  1812,  Man.  aut.  in-lo. 

No  751.  (G.  Baumu.  Ed.  Cunitz)  Gravamina,  1852.  Man. 
original  d'une  brochure  anonyme,  parue  k  Bàle,  dirigée  con- 
tre le  décret-loi  du  10  décembre  1851  sur  l'organisation  des 
Églises  protestantes  de  France,  un  vol.  in-4**. 

No  752.  Etat  des  fondations  et  établissements  de  main- 
morte étant  en  la  possession  des  protestants  du  Bas-Uhin, 
(Manuscrits  Ablfeld),  un  vol.  in-4o. 

N®  753.  Relevé  des  biens  de  main-morte  dans  le  Bas-Rhin, 
extrait  des  matrices  cadastrales  (probablement  par  G.  Hein- 
hold,  vers  1844.  Man.  Ahlfeld),  un  vol.  in-4o. 

No  754.  Renseignements  statistiques  sur  les  biens  des  éta- 
blissements, dotations  et  fondations  et  sur  quelques  revenus 
dont  disposent  les  protestants  dans  le  département  du  Bas- 
Rhin  (Man.  Ahlfeld)  un  vol.  in-folio. 

No  755.  État  des  fondations  et  établissements  de  main- 
morte étant  en  la  puissance  exclusive  des  protestants,  avec 
le  relevé  des  immeubles,  etc.  (Man.  Ahlfeld),  un  vol.  in-folio. 

No  756.  Compte  des  dépenses  des  cultes  non  cathoiiquaJs 
effectuées  dans  le  département  du  Bas-Rhin  pendant  l'année 
1844.  (Manuscrits  Ahlfeld),  un  vol.  in-4o. 

No  757.  Notices  diverses  sur  les  églises  et  les  annexes  pro- 
testantes du  Bas-Rhin  et  leurs  revenus,  (Manuscrits  Ahlfeld), 
un  vol.  in-40. 

No  758.  Papiere  und  Korrespondenzen  des  Frauenvereins 
fiir  die  Kirchliche  Mission  in  Strassburg  (1846-1870).  Comp- 
tes, rapports  de  missionnaires,  un  vol.  in-folio. 


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M^^USGRITS  ALSATIQUES  DE  LA  BIBUOTHÈQUE  DE  STRASBOURG   205 

N^  770.  Sprûche  aus  der  Heiligen  Schrifl  aus  jedem  Glau- 
bensarlikul  zusammengeschrieben  vou  Anna  Maria  Schlegc- 
lin,  1730.  (Nebst  Kochrecepten).  un  vol  in-4*>. 

N®  771 .  Kurlzer  Unterricht  in  den  Hauptwahrheiten  der 
christlichen  Religion  redigirt  von  Adam  Helmstetter,  aus 
Pelersbach,  1828,  un  vol.  in-4<^. 

N<>773.  Drey  Grûnde  eines  ûberwiegenden  Verlangens 
aufgelœst  zu  werden,  u.  s.  w.,  mil  Gesœngen.  von  Adam 
Helmsletler,  von  Pelersbach,  1828,  un  vol.  in-4». 

N<»  774.  V.  Major,  Die  Auslegung  der  zwey  Gesetzeslafeln 
in  Predigten  gehallen  in  der  Kapelle  in  der  Knoblochsgasse, 
niedergeschrieben  von  Adam  Helmsletter,  anno  1848-1849, 
un  vol.  in-18<>. 


En  dehors  de  tous  les  alsaliques  que  nous  venons 
d'énumérer,  le  catalogue  des  manuscrits  de  la  nouvelle  biblio- 
thèque de  la  ville  de  Strasbourg  renferme  un  certain  nombre 
d'autres  numéros  —  cent  soixante-dix  environ  —  qui  se 
rapportent  à  la  théologie,  à  la  liltératurc,  l'histoire,  la  géogra- 
phie, les  sciences  économiques,  naturelles,  les  beaux-arts, 
les  sciences  occultes,  etc.  Mais  la  majeure  partie  d'entre  ces 
manuscrits  ne  présentent  pas  un  intérêt  assez  considérable 
pour  que  nous  allongions  encore  cette  liste,  déjh  encombrante, 
en  y  ajoutant  leur  nomenclature  complète.  Il  y  en  a  pourtant 
un  certain  nombre  qui  méritent  d'être  signalés  h  l'attention 
des  érudits  ou  du  moins  k  la  curiosité  des  amateurs,  et  nous 
les  donnons  ici  en  appendice. 

MANUSGUITS    NON    ALSATIQUES 

N®  810.  Spiegel  der  Seel,  von  lateinisch  zu  deutsch 
gebracht  im  Jahr  1468.  Man.  du  XV®  siècle  in-4<>. 

N*»  810*.  Abschrift  eines  teutschen  Psalters  der  in  der 
Universitœtsbibliothek  zu  Strassburg  sich  in  Abschrift  befin- 
det.  Manuscrit  du  XVIII*  siècle  in-4o. 

N®  810^  Von  den  gebotten  und  von  gottlicher  ler.~  S.  Ans- 
helm,  Von  der  marier  unsers  herren.  Aus  der  Universit<TBts- 
bibliothek  von  Strassburg.  Copie  du  XVIII«  siècle  in-4o. 


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206  RBVUB  d' ALSACE 

N®  811.  Tracta  tus  varii  theologicî,  canonici,  etc.  a  Lau- 
rentio  Berneke  1511-1522  descripli.  Manuscrit  contempo- 
rain in-18o. 

N^Sll*.  Histoire  de  la  mappe-monde  papistique. . .  par 
M.  Frangidelphe  Escorche-Messes,  1567.  Copie  moderne 
in-4<>. 

N<'812.  Oberpfîclzische  geistliche  Recesse  de  annis  1629- 
1655.  Manuscrit  du  XVII®  siècle  de  deux  cent  trente  trois 
pages  in-folio. 

No  813.  Historische  Erzehlung  der  Verfolgung  welchesich 
den  5.  Merzcn  1674  ûber  die  evangelischen  Kirchen-und 
Schuldiener  in  llungarn  ergangen,  u.  s.  w.  Man.  du  XVII« 
siècle  in-4®. 


No831.  Thalek  (Schreibmeister  zu  Strassburg)  Vorschrift 
aller  Gattung  der  deutschen  Schriften,  1787,  un  vol.  in-folio. 
(Thaler  fut  le  maître  d'allemand  de  La  Tour  d'Auvergne,  le 
premier  grenadier  de  France,  pendant  son  séjour  k  Stras- 
bourg) . 

N»  834.  Pauli  Ohosii  Historiœ  fragmenlum.  Fragment  d'un 
manuscrit  d'Orose,  sur  parchemin,  du  IX®  siècle  (?),  un 
vol.  in-4<». 

No  835.  CoxVRAD  VON  WOkzburg,  Von  dem  spitale  von  Jéru- 
salem, Gedichl.  Abschrifl  aus  der  Universilœtsbibliotek  zu 
Strassburg.  Man.  du  XVIII®  siècle  \n-A^, 

No  836.  Chansons  et  romances  avec  musique.  Man.  du 
XVlIi®  et  XIX«  siècle,  en  trois  vol.  in-4o  et  in-12*'. 

No  837.  Recueil  de  chansons,  d'épigrammes  et  de  satires 
politiques  du  XV11«  et  du  XV111«  siècle,  continué  jusqu'en 
1783,  probablement  en  Franche-Comté,  un  vol.  de  quatre 
cent  dix  neuf  pages  in-4o. 

No  846.  Poésies  diverses  sur  Bonaparte  et  les  Bourbons 
(1814-1820),  un  vol.  factice  in-4o. 

No  850.  Fragments  divers  de  manuscrits  sur  parchemin 
du  Xlllo  au  XVl®  siècle,  trois  vol.  in-8o  ,  in-4o  et  in-folio. 


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11A.NUSCBITS  ALSATIQUBS  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG   207 

No  870.   Vorschriflen  uncl  Cœremonien  dess    rœmischen 
Kœnigs  Wahl  betreffendt,  1549-1620.  Manuscrit  du  XVII* 
siècle  in-folio. 

No  870*.  Documenta  historica  varia  ab  anno  1251  ad 
annum  1716,  prœserlim  ad  historiam  Germaniae  spectanlia, 
douze  pièces  en  un  vol.  in-folio. 

No871.  IsAAc  VoLjLVR,  Informalio  de  principatus  Austriaci 
prions  statu  ad  serenissimos  principes,  etc.  Anno  domini 
1637.  Man.  du  XVil®  siècle,  incomplet,  de  soixante  trois 
pages  in-4o 

No  872.  J.  ScHdBTTGEN,  Hîstorie  des  ChurfTilrstonlbums 
Sachsen  und  incorporirten  Lande.  Manuscrit  du  XYlll®  siècle 
en  cinq  vol.  in-folio. 

No  875.  Spécification  wass  desslleyl.  Rœmiscben  lleichs 
fûrsten,  grafTen,  rittern  und  stœnde  in  dem  scbwœbischen 
und  andern  Reichscrayssen  von  dem  Hauss  (lEstreich  zue 
lehen  habent.  S.  dato.  —  Metamorphosis  arcium  caslrorum 
Sueviœ,  Joannis  Ernesti  a  Pflaumeren,  S.  dato.  Man.  du 
XVUl®  siècle  de  cinq  cent  vingt  cinq  pages  in-folio. 

No  877.  N.  MOllbr,  Niirnbergische  Annalen  von  ErschafTung 
Deutschlands  biss  1552.  Manuscrit  du  XVlll«  siècle  en  quatre 
vol.  in-4o 


No  890.  Abbé  Schaub  (cbanoine  à  Thann),  Notes  et  obser- 
vations sur  Tancienne  Gaule  et  sur  plusieurs  autres  sujets, 
1773.  Manuscrit  autographe  de  deux  cent  soixante  dix  huit 
pages  in-4o. 

No  891.  Lettres  de  M.  de  Vautorte,  ambassadeur  de  France 
en  Allemagne  a  différents  ministres  (juin  1653-avril  1654). 
Manuscrit  du  XVlh  siècle  in-folio. 

No  892.  Relation  exacte  de  ce  qui  s'est  passé  journellement 
pendant  le  siège  Je  Kayserswerth  (1702).  Manuscrit  du  XVlll* 
siècle  de  quatre  vingt  deux  pages  in-4o, 

N^  893.  Lettres  et  billets  de  Maurice  comte  de  Saxe, maréchal 
de  France  h  sa  sœur,  Mme  la  princesse  de  Holstein  (1727- 
1750).  Manuscrits  originaux  en  un  vol.  in-folio. 


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208  RKYUB   b'ALSAGE 

No  893*.  Maurice  De  Saxe,  Mes  rêveries  (Dec.  1732).  Man. 
du  XVllh  siècle  de  trois  cent  quinze  pages  in-folio,  avec 
plusieurs  aquarelles. 

N®  896.  Note  pour  servir  à  la  relation  de  la  journée  du  18 
Brumaire,  An  Vlll.  Man.  contemporain  in-lS®. 

No  897.  Papiers  de  M.  Albert  Ehrmann,  médecin  principal 
de  l'armée  française  au  Mexique  (mort  en  1871),  relatifs  k 
l'état  sanitaire  du  corps  expéditionnaire,  aux  travaux  de  la 
Commission  scientifique  du  Mexique,  etc.,  (1863-1867).  Nom- 
breux dossiers  en  sept  grands  cartons  (Armoire  vitrée). 

No  900.  Sabourin  de  Naoton,  Notes  historiques  sur  le  dépar- 
tement des  Vosges,  1854-1857,  un  vol.  in-18o. 

No  901 .  Documents  historiques  sur  les  bibliothèques  du 
département  des  Vosges,  recueillis  parM.  Sabourin  de  Nan- 
lon,  un  vol.  in-4o. 

No  902.  Jacob  Bailly,  Chronique  de  1608  sur  les  principaux 
événements  du  Chapitre  d'Epinal.  Copie  moderne  par  M. 
Sabourin  de  Nanton,  un  vol.  in-folio. 

No  903.  JuL.  Rathgeber,  Stanislaus  Lescinsky,  ein'Fursten- 
bild.  Man.  aut.  in-4o. 

No  906.  Recueil  de  différentes  relations  des  différents  sièges 
de  Dôle  et  de  Saint-Jean-de-Losne  (1634),  un  vol.  in-4o. 


No  715.  RuD.  Gwalther,  Schweizerische  Chronik  (bisl580) 
Man.  du  XVll*»  siècle  in-4o. 

No  916.  J.  H.  HoTTiNGER,  Spcculum  helveticum,  darin  zu 
ersehen  sind  Vil  hauptgrûnd  umb  derentwillen  ein  lœblich 
Eydgenossenschaft,  etc.  Man.  du  XVllh  siècle  in-folio. 

N»917.  H.  BuLLïNGER,  Schweyzer  Reformationshistory, 
ErsterTheil  (1519-1529).  Man.  duXVll^  siècle  de  deux  cent 
soixante  pages  in-folio. 

No  917».  Acte  de  la  fondation  du  Collège  des  Jésuites  à 
Porrentruy  faite  par  Tévèque  Jacques-Christophe  de  Bâle  en 
1591.  Man.  latin  original,  avec  les  sceaux,  en  un  vol.  in-folio. 

No  918.  Zwiefaches  Register  und  Anzeiger  ûber  die 
Manuscripta  Joh.  Heinrich  Wassers,  altstaatsschreibers,  in 
Eidgenœssischen  Sachen  und  Itendeln,  1664.  Man.  du 
XVlll«  siècle  de  deux  cent  quatre  vingt  trois  pages  in-4o. 


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ilANtSCRlTS  ALSATIQÙES  DE  LA  ËIBLIOTHÈQL'B  DE  STRASBOURG   20S 

No  919.  Varia  historica  Relvelica  (Toggenburgische  Hœn- 
(Jel,  Bûndtnuss  der  Slœtt  Bern,  Zurich  und  Slrassburg, 
1588,  u.  s.  w.)  un  voK  in-folio. 

N^  919».  Regimentsbuch,  von  dem  uralten  und  ersten  régi- 
ment der  lœblichen  slatt  Zurich zusammengetragcn  im 

4622  jar.  Man.  du  XVlIe  siècle  in-folio. 

No  920.  Grûndlicher  Verlauf  und  Bericht  was  geslalt  der 
Ileri'schafl  Wœdlschwyl  unterthanen  sic  der  bi'Uslilhr  zu 
weigern  angefangen,  elc  (1646).  Man.  du  XVIÏ«  siècle,  de  cinq 
cent  cinquante  six  pages  in-folio. 

N0921.  Négociations  de  M.  de  Mélian,  ambassadeur  du 
lloy  auprès  des  Cantons  Suisses,  1635-164*5.  Man.  du  XVll« 
siècle  in-folio. 

No  922.  Relazione  dello  slato  spiriluale  e  temporale  délia 
Rhezia,  paose  dei  S.  S.  Grigioni  dal  anno  1637  sin  al  pré- 
sente 1670.  Manuscrit  du  XYIP  siècle  de  trois  cent  (luarantc 
trois  pages  in-4o. 

No  923.  Eigentliche  Beschreibung  dess  zu  Paris anno 

1663  erneuerten  und  durch  der  Eydgenœssischen  Canto- 
ncn...  ehrendeputirten  solenniter  geschworenen  Pundts,  u. 
8.  w.  Man.  du  XVIIl®  siècle,  de  deux  cent  quatorze  pages 
in-folio. 

No  940.  Fribdr.  von  Zentner,  Nolizen  ûber  das  Wirken 
bayerischer  Oflîziere  und  Beamten  im  Kœnigreich  Griechen- 
land  (geschrieben  um's  Jahr  1850).  Man.  original  de  cent 
quatre  vingt  pages  in-i®. 


No  947.  Max  von  Ring,  Bruchstûcke  und  Notizen  zu  seiner 
Geschichte  der  Burgen  das  Schwarswaldes,  Manuscrit  auto- 
graphe in-40. 

No  948».  MouiTZ,  (llauptmann),  Beschreibung  der  Lage 
derFestung  Glogau  und  Umgegend.  (22Juni  1789).  Un  vol. 
contemporain  in-40. 

No  950.  Litterse  ex  insula  California  a  fratre  meo  Jacobo 
Begert,  Societatis  Jesu  missionario  in  Alsatiam  missœ,  1764. 
Manuscrit  contemporain  de  deux  cent  soixante  et  onze 
pages  in-40. 


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âiO  REVUE  d' ALSACE 

V^  951.  Emmanuel  Franck,  Mein  Reisejournal  von  Aarwan- 
gen  auf  Gœtlingen,  im  Jahr  1785.  Man.  contemporain  de 
cent  trente  huit  pages  in-4<>  .  (Les  pages  relatives  h.  Sîras- 
bourgont  été  publiées  par  M.  llod.  Reuss  dans  les  Affiches 
de  Strasbourg  (20  août  1881). 

N0932.  Ed.  FfciNUs,  tteisebeschrsibung  auf  des  Riesenge- 
birge  wœhrend  meiner  Ferien,  Juli  1828,  un  vol  in-S®  . 

No  953.  GuiLL,  CuNiTz,  Mémoires  de  mon  voyage  fait  en 
France,  mai-août  1830.  Man.  aut.  in-4o  . 

N»  954.  Emile  B^ringer,  Lettres  sur  l'expédition  du  colonel 
Flatters  au  Sahara,  1880-1881.  Man.  aut.  in-4o  .  (Ces  lettres 
adressées  à  M.  Ch.  Engel,  professeur  a  Strasbourg,  ont  et  j 
publiées  par  lui  dans  la  Revue  d* Alsace,  année  1881). 


N®  960.  Angélus  de  Pcsio,  Tractatus  juridici  varii.  Man.  du 
XVe  siècle  avec  quatorze  traités  de  droit  romain,  droit  canon, 
in-folio. 

N096I.  Goldene  Bulle  Kcyser  Karls  des  Vierten  :  «  Ilie 
hebet  an  die  guldin  bulle  »,  etc.  Manuscrit  du  XV®  siècle 
in-folio. 

N®  9*>2.  Keyser  Caris  dess  V.  gsmeyene  reichsordnung 
der  peinlichen  gericht  halben.  Manuscrit  du  XVI*  siècle 
in-folio. 

N"9r)3.  Ordonnances  royales  de  France,  1700-1713.  Man. 
du  XVIIl*^  siècle  grand  in-folio. 


N<>  970.  Jac.  Antonii  Ramelli,  Fisica...  in  venerabili  Collegio 
Mediolanensi,  etc.  (Aug.  1674),  un  vol  in-4o. 

No  971.  La  pompe  pneumatique  a  cinq  parties  principa- 
les. Man.  du  XVI1«  siècle,  avec  planches  coloriées  in-16<>  . 

N®  972.  Traité  sur  les  armures  des  aimans.  Strasbourg, 
1752.  Manuscrit  contemporain  de  soixante  dix  huit  pages 
in-40  . 


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SiANUîiCBITS  ALSATIOUES  DÉ  LA  dlBLfOTHÈQLE  DE  STRASBOUUG   2^1 

N<»  980.  J.  G.  DiLicK,  Péribologie  ou  traité  de  la  fortification 
augmenté  et  rempli  des  plans  nécessaires,  1640  Man.  du 
XVin«  siècle  ïn-A^  .  (Traduction  de  l'ouvrage  allemand 
imprimé). 

N<>  981.  Traittc  instructif  pour  l'infanterie  franroise  (com- 
posé avec  après  1730).  Manuscrit  du  XVIII«  siècle  en  trois 
vol.  in  4®  . 


N®  990.  PorRiBR,  Recueil  de  mémoires  établissant  les  incon- 
véniens  du  commerce  des  fraudeurs  anglois  pendant  les 
hostilités,  1780.  Man.  contemporain  de  cent  trente  et  une 
pages  in-4<>  . 

N<>  992.  Recepturen  von  allerley  maîngel  und  gebrechen 
dcrer  pferde,  etc.  Schneeperg,  22  martii  1740.  Manuscrit 
contemporain  de  six  cent  soixante  dix  huit  pages  in-4o  . 

N<>995.  Tœglich  Handtbuch  darinn  allerhandt  teutsche 
Reimen  und  Sprûch,  item  Artzneyen,  Baumpflantzen, 
Dinten  u.  s.  w.  zu  fîden,  durch  mich  J.  G.  Abelen,  Schul- 
meister  zu  Hall  zusammenbracht,  1659.  Man.  original  de 
cinq  cent  quatre  vingt  dix  sept  pages  in-4o  . 

N<>  997.  Artzneybuch.  «  Register  disses  buchs  an  welchem 
blatt  ein  jede  Kranckheil,  vom  haupt  biss  auiï  die  fussohlen 
zu  finden  ».  Manuscrit  du  XVIl^  siècle  de  deux  cent  quatre 
pages  in-4*'  . 


N*>  1000.  Sammlung  von  Beschreibungcnder  durch Gotlfried 
Silbermann  verfertigten  Orgeln,  und  Gedichtedarttl)er(1721- 
1748).  Recueil  factice  de  pièces  manuscrites  et  imprimées 
relatives  au  célèbre  constructeur  d'orgues,  en  un  vol.  in-fol. 

f^  i002.  THEOPmu  MoNACHi  libri  res  de  temperamentis  colo- 
rum,  de  arte  vitriaria,  etc.  Ecodice  Vindobonensi.  Copie  du 
XVm«  siècle,  un  vol. 


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iïi  HEVUB    D*AL<ACS 

N<^  1003.  Aijciati  Emblemata,  LugdoDÎ,  Roville,  1566,  ud 
Tol.  iD-12°  .  Cet  Alciat  a  servi  d'album  à  un  étadiant  slras- 
bourgeois  de  la  fio  du  XVI«  siècle,  après  avoir  élé  ioterfolié 
de  pages  blanches.  Entre  1870  et  1880,  il  y  a  été  ajouté  une 
série  d'autres  autographes,  en  partie  alsaciens). 

><"  1006.  CuARLCT,  Croquis  et  pochades  1 1816-18^0).  Des- 
sins originaux  en  un  vol.  in-4<» . 

N^  lOil.  L.  Ch.  Ofpsbiia\.\,  Croquis  et  vues  du  pays  de 
Bade,  deux  vol.  in-4«  et  in-8®  oblong. 

!S'*»  1012.  L.  Ch.  Oppbrmaxx,  Croquis  et  vues  de  France,  un 
vol.  în-8o  oblong. 

N®  1013.  L.  Ch.  OppsaMAXK,  Croquis  et  vues  d'Alsace,  un 
vol.  in-8«  oblong. 

N«  1014.  Id.  Aquarelles  (Vues  d'Alsace,  de  Suisse  et  de 
France),  un  v^l.  in-4«  . 

N^  1015.  Id.  Dessins  et  aquarelles  (Costumes  alsaciens  et 
badois),  un  vol.  in-4<> . 

N»  1016.  Id.  Dessins  et  croquis  (Vues  de  Strasbourg)  un 
vol.  in-4«  oblong. 


N®  1020.  Zauberbuechlein,  Verschiedenc  Beschwœnings- 
formeln.  Man.  du  XVII®  siècle  in-32o  . 

No  1021.  Beschreibung  des  mûhsamen  und  veixlriesclîshen 
Wasserfingîschen  Un  hold  en  processes,  so  gewa?hrel  vom  8 
Aprilis  bis  zum  30  November  1701.  Man.  du  XVHI»  siècle  de 
quatre  cent  soixante  cinq  ppges  in-4®  . 

N»  1022».  J.  K.  Lavater,  Verniischte  physiognomische 
Regeln,  Manuskript  fur  Freunde.  Erstes  Hundert.  1789. 
Manuscrit  autographe  de  cent  trois  feuillets  in-S9  avec 
dessins. 

N®  1025.  Splendor  Solis,  vom  Ursprung  des  Steins  der 
allen  Weisen,  etc.  Manuscrit  du  XVIII*  siècle  in-folio,  conte- 
nant douze  traités  d'alchimie  avec  de  curieux  dessins  colo- 
riés. 

N'o  1026.  Le  grand  Olympe  ou  philosophie  pratique,   com- 


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MANUSCRITS  aLSATIQUES  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  STRASBOURG    213 

mentée  par  un   auteur  anonyme  en  1430.    Manuscrit  du 
XVIII*  siècle  de  143  pages  in  4^ 

No  1027.  Paraphrase  du  Cantique  des  Cantiques  par  un 
philosophe  hermétique,  1768.  Manuscrit  contemporain  de 
98  pages  in-4o. 

No  1028  Abraham-le-Juif,  Explication  des  figures  hiérogly- 
phiques des  Egyptiens,  Manuscrit  hermétique  du  XVllI* 
siècle  de  113  pages  in-4o 

N®  1029.  Philosophie  hermétique.  Hambourg,  22  sep- 
tembre 1724.  Manuscrit  du  XVIII®  siècle  \n-A^ 


Cet  inventaire  tout  k  fait  provisoire  et  sommaire,  que  nous 
ne  pouvions  songer  k  développer  davantage,  pour  ne  pas 
abuser  de  l'hospitalité  de  la  Revue  d'Alsace  y  suffira  néam- 
moins,  je  l'espère,  pour  orienter  les  savants  et  les  amateurs 
désireux  de  connaître  le  fonds  des  manuscrits  de  la  Biblio- 
thèque de  la  Ville  de  Strasbourg.  Il  faut  espérer  que  Tadmi^ 
nistration  municipale  fera  paraître  tôt  ou  tard,  un  catalogue 
'complet  des  manuscrits  renfermés  dans  les  collections  scien- 
tifiques nouvellement  réunies  depuis  1872.  On  y  trouvera,  en 
dehors  des  alsatiques  trop  insignifiants  ou  trop  personnels, 
supprimés  ici,  la  majeure  partie  des  manuscrits  de  tout 
genre  étrangers  a  l'Alsace  ;  on  y  trouvera  surtout,  pour  les 
volumes  de  Miscellanées  et  de  Pièces  diverses ^Vénumérdiiîon 
détaillée  de  leur  contenu,  qui  seule  permettrait  k  chacun  de 
savoir,  k  distance,  et  sans  les  feuilleter  lui-même  quels  sont 
les  documents  qu'il  peut  y  rencontrer.  On  comprend  qu'il 
était  impossible  d'entreprendre  ici  pareil  inventaire  des 
pièces,  il  aurait  nécessité  tout  un  volume.  En  attendant  que 
ce  dernier  existe,  notre  petit  aperçu  pourra  toujours  servir  a 
donner  une  idée  suffisamment  complète  des  manuscrits  iné- 
dits de  la  Bibliothèque  municipale  .k  ceux  qui  s'intéressent 
au  développement  des  études  alsatiques.  Grâce  k  un  règle- 
ment libéral,  largement  interprété  en  faveur  de  tous  les  tra- 
vailleurs sérieux,  il  leur  sera  facile  de  vérifier  sur  place  et  de 
compléter  surtout,  sans  trop  de  peine,  les  indications  forcé- 
tncnt  sommaires  que  j'ai  dû  me  borner  k  leur  offrir  ici. 


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211  REVUE  d' ALSACE 

Je  souhaite  bien  sincèrement  que  beaucoup  y  viennent 
puiser  des  matériaux  nouveaux  pour  faire  progresser  l'his- 
toire politique,  religieuse,  intellectuelle  de  notre  chère  pro- 
vince. C'est  dans  cet  espoir  que,  pendant  près  d'un  quart 
de  siècle,  j'ai  fait  tous  mes  efforts  pour  réunir  celte  collec- 
tion, bien  modeste  encore  et  que  mes  successeurs  tiendront  k 
honneur  d'agrandir  à  leur  tour;  c'est  dans  cet  espoir  aussi, 
que,  transporté  loin  d'elle,  par  d'inrpérieuses  obligations  et 
des  devoirs  nouveaux,  j'ai  voulu  remplir  une  dernière  fois,  h 
son  égard,  les  fonctions  qui  m'étaient  chères  de  bibliothé- 
caire de  ma  cite  natale. 

RoD.  Reuss. 


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ENSISHEIM 


Notes    sur    la   MAISON    CENTRALE 


1820-1823 


«  Ënsisheim  était  autrefois  la  résidence  des  princes  souve- 
«  rains  d'Autriche,  aujourd'hui  c'est  devenu  la  résidence  des 
«  voleurs  de  cinq  ou  six  départemens;  Voyez  un  peu  la 
«  fatalité  !  (1)  ».  L'auteur  aurait  pu  ajouter  que  la  ville  était 
la  capitale  des  possessions  de  l'Autriche  en  Alsace,  dans  le 
Brisgau,  la  Forêt-Noire  et  les  Villes  forestières,  et  pendant 
quelques  années,  le  siège  du  Conseil  souverain  d'Alsace. 

La  petite  ville  mérite  bien  une  visite;  carie  touriste  pourra 
y  voir  le  fameux  Aérolithe  de  1692,  pesant  plus  de  cinquante 
kilos,  formant  une  masse  compacte,  de  couleur  noirâtre, 
etc.,  de  forme  presque  gigantesque  d'un  œuf;  il  est  mal 
placé  dans  une  salle  toute  remplie  de  lumière,  splendidement 
restaurée,  du  magnifique  hôtel  de  ville,  ancien  hôtel  de  la 
Régence  de  la  noblesse  de  la  Haute  Alsace,  connu  encore  de 


(1)  Annuaire  du  Haut-Rhin,  1838,  (ill).  La  ville  comptait  en 
1802,  mille  huit  cent  trente  trois  âmes. 

Voice  qu'en  dit  Piganiol  de  la  Force,  XIII,  77,  Paris,  1754  : 
«  Fort  jolie  ville,  bien  siluée  et  bien  bâtie;  à  cela  près,  elle  n'est 
ni  grande  ni  riche.  Il  y  a  un  petit  collège  de  Jésuites,  On  y  compte 
deux  cents  maisons,  mille  deux  cents  familles  et  trois  mille  deux 
cents  habitants.  Les  maisons  y  sont  les  plus  jolies  que  j'ai  vues  en 
Allemagne,  les  ornemens  de  peinture  et  les  coliûchets  gothiques  y 
abondent  dedans  et  dehoi*s  ».  Voyage  en  Alsace  d'un  receveiu* 
général  des  Fermes  en  1676.  (Bulletin  du  Musée  /lis torique  de 
Mulhouse,  1883,  65). 


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216  REVUE   d' ALSACE 

nos  ioixrs  SOUS  \c  nom  de  Ré  f/i  me  nts-If a  US  (1).  Le  bàliinont 
remonte  a  l'époque  fleurie  de  la  Renaissance.  L'hôtel  de  la 
Couronne,  remarquable  par  ses  tourelles,  son  beau  balcon  et 
sa  couronne  artislement  traoaillée  pendant  dans  la  rue, 
mérite  bien  aussi  une  bonne  visite.  Nous  ne  parlerons  pas 
des  autres  curiosités  de  la  ville,  on  les  trouvera  décrites  dans 
Kraus  et  en  regardant  un  peu  de  près,  on  aura  le  plaisir  de 
faire  quelques  petites  additions  h  cet  ouvrage. 

Ensisheira  est  relié  maintenant  k  Mulhouse  par  un  tram- 
way qui  traverse  la  ville  pour  aboutir  h  la  maison  centrale; 
on  parle  fort  de  le  prolonger  jusqu'à  la  station  de  BoUweiller, 
ce  qui  sera  un  grand  avantage  pour  la  cité.  Mentionnons 
encore  un  dépôt  d'archives  fort  important,  parfaitement 
classé  par  le  greffier  actuel  de  la  mairie. 

L*étude  de  ces  pièces  permettrait  de  préparer  une  seconde  édi- 
tion a  l'histoire  de  la  ville  par  le  curé  Merkien  (2);  celb  qu'il 
publia  en  184i  est  véritablement  trcp  incomplète  quoique  pou- 
vant être  diminuée  de  moitié  par  suile  des  faits  généraux  que 
l'ouvrage  contient  par  trop.  Comme  le  faisait  remarquer  le 
Courrier  du  Bas-Rhin,  18  juillet  1844.  «  Ensisheim  quoi- 
({  qu'en  dise  l'auteur,  ne  peut  cire  rangée  parmi  les  villes 
«  impériales,  encore  nîoins  parmi  les  villes  libres.  Siège 
«  d'une  régence  autrichienne  ;  elle  avait  ses  privilèges  comme 
((  Fribourg  qui  l'avait  remplacé,  comme  chaque  ville  en 
«  avait  alors  plus  ou  moins;  mais  elle  n'a  jamais  joui  d'au- 
«  cune  des  prérogatives  attachées  aux  villes  libres  et  impé- 
«  riales.  Le  titre  de  l'ouvrage  est  donc  à  refaire  ici  et  tout 
«  sera  dit  ». 

Le  respectable  curé  consacre  quelques  pages  a  l'hietoire 
de  la  maison  centrale  dont,  de  son  temps,  fut  aumônier  l'abbé 
Zimberlin,  mort  curédeUicderthal,  qui  s'est  beaucoup  occupé 
de  l'hisloir'"  de  l'Alsace  et  a  laissé  une  belle  bibliothèque 
alsalique  qui  fut  vendue  aux  enchères  a  Strasbourg  après 
son  décès. 


(I)  Le  Palais  sort  de  siè^^c  nu  Bailli,  au  Prévùt  et  aux  Cooseillers 
de  la  ville  (1754).  •  ^ 

(t)  Le  curé  échangea  la  cure  d'Ensishcira  contre  celle  de  Laud- 
ser  le  ^  avril  1844. 


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ENSISHEiM,   N0TE3   SUR   LA   MAISON   CEiNTRàLE  217 

Voici  deux  épisodes  de  Thistoire  d'Ensisheim  où  l*on  parle 
assez  longuement  de  la  maison  de  détention  : 

C*est  le  grand  nom  d'Armand  Carrel  qui  m'a  engagé  dans 
ce  petit  travail  qui  rappelle  deux  épisodes  de  l'histoire  d'En- 
sisheim  :  le  premier  se  passe  pendant  la  Conspiration  de 
Belfort  en  décembre  1820  et  le  second  pendant  la  triste  étape 
du  Colonel  Carron  en  1822, 

Neuf-Brisach  où  se  trouvait  en  garnison  la  légion  du  Nord 
(58«  bis  régiment  de  ligne)  était  la  seconde  garnison  d'Ar- 
mand Carrel,  sorti  h  vingt  ans  le  15  octobre  1820  de  l'École 
spéciale  militaire  et  entré  comme  sous-lieutenant  au  régi- 
ment. Sa  première  garnison  fut  Verdun  qu'il  quitta  a  regret, 
car  il  y  laissait  une  jeune  fille  aimée  dont  parle  Chateau- 
briand dans  ses  mémoires  et  qui  resta  toute  sa  vie  fidèle  a 
l'amour  du  célèbre  polémiste. 

A  Neuf-Brisach,  le  séjour  du  jeune  officier  fut  bien  moins 
sentimental.'  Avec  ses  idées  réfléchies  sur  la  Démocratie  qui 
fut  la  règle  de  toute  sa  vie,  il  dut  entrer  dans  la  conspiration 
de  Belfort  ;  il  connaissait  intimement  un  des  affiliés,  un  offi- 
cier des  plus  distingués  du  régiment,  fils  du  colonel  du  8®  de 
ligne,  Henri  de  Grometty,  né  k  Dun  (Meuse),  excellent  offi- 
cier, disait  à  l'audience  le  lieutenant-colonel,  bon  instructeur, 
ayant  du  zèle,  ayant  trop  bon  cœur,  car  il  payait  toujours. 
Des  gens  sans  but  apparent  et  sans  affaires  apparaissaient 
souvent  à  Neuf-Brisach  comme  dans  les  autres  villes  de 
guerre  gagnées  par  les  sociétés  secrètes  qui  pullulaient  alors. 
Quelques  uns  de  ces  personnages  parcouraient  les  enviiions 
pour  gagner  des  adhérents  et  concerter  l'attaque.  Le  général 
de  brigade,  baron  Dermoncourt,  qui  avait  si  bien  défendu  la 
ville  en  1814  et  1815,  était  acquis  a  la  cause.  Il  dut  bientôt 
quitter  sa  résidence  de  Widensolen  pour  échapper  aux 
gendarmes. 

Nombre  d'officiers  et  de  sous-officiers  s'étaient  fait  inscrire 
parmi  les  adhérents  et  le  26  décembre,  de  Grommetty  étant  à 
Ensisheim  k  Thôtel  de  la  Couronne,  pouvait  dire,  étant  ivre, 
il  est  vrai,  que  la  garde  nationale  de  Mulhouse  viendrait 
monter  la  garde  k  Ensisheim  et  que  de  là  une  colonne  mar- 
cherait sur  Neuf-Brisach  où  l'on  arrêterait  le  chef  de  batail- 
lon Bourgeois,  un  vieux  de  la  vieille;  ayant  huit  ans  dégrade 


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218  REVUE  d'alsacb 

et  que  le  jeune  lieutenant  n'aimail  pas  à  cause  de  sa  sévé- 
rité (i).  Carrel  avait  été  du  voyage  à  Mulhouse  entrepris  le 
9  décembre  avec  son  ami  pour  visiter  les  affiliés. 

La  condamnation  de  son  camarade  dut  être  un  grand  crève 
cœur  pour  lui  ;  il  vit  avec  peine  celte  triste  issue  de  la  cons- 
piration de  Belfort  et  surtout  la  mort  du  malheureux  colonel 
Caron.  Ne  voulant  plus  servir  un  gouvernement  qu'il  regar- 
dait comme  néfaste,  il  se  rendit  en  1823  en  Espagne  offrir 
sofl  épée  aux  Constitutionnels.  Fait  prisonnier,  il  fut,  lui 
aussi,  condamné  k  mort  k  vingt-trois  ans  I  Sa  loyauté  le 
saiiva  ;  il  parvint  à  être  acquitté. 

11  entra  plus  tard  dans  le  journalisme  et  il  fut  bientôt  un 
des  polémistes  les  plus  connus.  En  1830,  il  fut  le  rédacteur 
de  la  fameuse  protestation  des  journalistes  qui  fut  l'arrêt  de 
mort  du  pouvoir  légitime.  Après  la  Révolution,  ses  opinions 
restèrent  les  mêmes  ;  il  continua  k  la  tête  du  journal  le  Na- 
tional k  faire  une  guerre  a  mort  aux  abus  du  gouver- 
nement. 

On  le  considérait  avec  raison  comme  un  des  chefs  les  plus 
autorisés  de  la  Démocratie  française,  également  respecté  des 
républicains  et  des  légitimistes.  Sa  mort,  survenue  le  24juil- 
let  1836  k  la  suite  d'un  duel  avec  Emile  de  Girardin,  fut  un 
deuil  public.  C'est  un  honneur  pour  Neuf-Brisach  d'avoir 
eu  quelque  temps  cet  illustre  patriote  dans  ses  murs  ! 

I 

En  4820,  la  maison  centrale  de  détention  n'offrait  pas  le 
coup  d'œil  qu'elle  a  aujourd'hui.  Elle  était  occupée,  malgré 
le  peu  d'étendue  des  bâtiments  (l'ancien  collège  des  Jésuites), 
par  les  détenus  des  deux  sexes.  De  nos  jours,  l'établissement 
toujours  resserré  entre  la  villle  et  la  rivière  n'offre  k  la  vue 
que  des  bâtiments  élevés  et  des  cours  privées  de  soleil  et  de 
ventilation.  La  façade  de  l'ancienne  église  des  jésuites  est 
bien  reconnaissable  encore;  elle  donne,  au  nord  avec  ce  qui 
reste  des  bâtiments  de  l'ancien  collège,  sur  la  grande  rue 


(1)  Cour  d'Assises  du  Haut-Rbin.  Conspiration  dite  de  Belfort, 
page  158. 


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BNSISHEIM,   NOTES   SUR   LA   MAISON  CENTrtALE  219 

assez  étroite ,  presqu'en  face  de  rhôtél  de  ville  (1).  Un  mur 
très  élevé  entoure  les  trois  autres  côtés  de  la  maison  centrale 
et  à  son  sommet  on  voit  se  promener  insouciant  le  soldai,  le 
fusil  chargé. 

A  cette  époque,  un  prisonnier  attirait  Tattention  de  tous 
les  visiteurs,  c'était  un  noble  toscan  nommé  Libri  Bagnano, 
employé  comme  infirmier  major  et  jouissant  d*un  certain 
prestige  près  des  détenus  car,  à  la  fin  de  Tannée  1820,  il 
excita  ses  camarades  à  empêcher  même  par  la  violence  que 
Ton  coupât  les  cheveux  à  un  détenu,  jugeant  cette  punition 
illégale. 

Les  prisonniers  prirent  en  effet  une  attitude  hostile  et  ce  ne 
fut  que  par  la  force  armée  que  Ton  put  exécuter  la  punition. 
Aussi  avait-on  défendu  de  laisser  voir  cet  homme  irascible  et 
ui-mènae,  dans  sa  fierté  exaltée,  allait  s'enfermer  dans  sa  cel- 
lule dès  qu'il  voyait  arriver  des  visiteurs.  La  visite  du  lieute- 
tant  de  Grometty  lui  plût  beaucoup,  car  il  se  vantait  à  tort 
qu'un  fils  de  colonel  lui  avait  fait  espérer  la  prochaine  déli- 
vrance des  détenus.  C'était  ce  que  racontait  k  l'audience  le 
directeur  Bavlœr,  mais  il  se  trompait  grossièrement. 

Voici  le  récit  que  fit  h  l'audience  le  lieutenant  de  Grometty 
de  ses  deux  visites  à  la  maison  centrale  : 

Le  directeur  Bavlœr,  sur  de  faux  rapports,  l'accusait  d'y 
avoir  été  en  peu  de  temps  quatre  fois,  dont,  une  fois,  sans 
permission,  avec  l'entrepreneur  Chastelux,  ce  qui  était  faux. 
Le  pasteur  protestant  et  le  juge  de  paix  prétendaient  que  le 
lieutenant  y  avait  été  encore  une  troisième  fois  et  même  une 
quatrième  fois  et  l'on  prêtait  k  Libri  Bagnano  des  propos 
qu'il  n'avait  pas  tenus  puisque  celui-ci  n'avait  pas  vu  de 
Grometty. 

c<  Je  voulais  un  jour  aller  avec  Garrel  k  Mulhouse  voir 
«  quelques  fabriques,  mais  le  retard  que  mit  le  commandant 
«  (Bourgeois)  k  nous  en  donner  la  permission  dit-il,  nous  fit 
«  arriver  k  cinq  ou  six  heures  seulement  a  Ensisheim.  Nous 
«  n'y  allâmes  que  le  lendemain  (dimanche  9  décembre)  elde 

(i)  L'Hôtel  de  ville  et  l'hôtel  de  la  Couronne  ont  été  lithogra- 
phies par   Deroy.   On  connait   des  vues  d'Ensisheira.    La    plus- 
ancienne  est  celle  de  Seb.  Munster. 


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220  REVUE  d'alsagk 

<  retour  k  midi,  j'allai  visiter,  avec  la  permission  du  direc- 
«  teur,  la  Maison  centrale.  Le  capitaine  Batisti,  commandant 
«  le  détachement,  et  mon  ami  Armand  Carrel  étaient  avec 
«  moi.  L'employé  Collin  nous  guidait  et  nous  fit  voir  tout 
«  rétablissement,  il  ne  nous  quitta  jamais.  Nous  vîmes  tous 
a  les  chambres  des  femmes  sauf  l'atelier  de  tissage  ;  je 
«  passai  devant  rinfirmerie  dont  la  porte  était  cntr'ouverte, 
«  je  ne  vis  pas  Libri  Bagnano.  La  visite  dura  près  de  trois 
«  quarts  d'heure  et  en  sortant  nous  allâmes  au  café.  » 

Le  26  décembre  suivant,  Grometty  est  encore  h  Ensisheim, 
mais  seul  cette  fois.  Comme  la  première  fois  il  loge  k  l'hôtel 
de  la  Couronne  ;  il  alla  chercher  la  pipe  de  Collin  dans  la 
chambre  de  celui-ci  située  dans  le  pavillon  des  employés.  Il 
entra  avec  la  permission  du  directeur  et  ne  put  visiter  la  pri- 
son qui  était  fermée  h  cette  heure  selon  le  règlement.  Puis  on 
alla  boire  le  vin  blanc  k  VAnge  avec  le  docteur  de  la  maison 
de  détention,  Hartzner,  le  capitaine  retraité  Meyer,  le  capi- 
taine du  détachement  Batisti,  son  lieutenant  et  son  sous- 
lieutenant  CrofTet  Ploteau,  et  l'ami  Collin. 

Détail  typique,  avant  de  partir  pour  Belfort,  le  lieutenant 
Grometty  laissa  au  café  Meyer  la  pipe  qui  avait  été  la  cause 
d'un  dérangement  insolite  dans  le  règlement  de  la  Maison 
centrale,  et  cause  de  tout  le  bruit. 

II 

C'est  le  malheureux  procès  du  colonel  Caron  de  Colmar 
qui  nous  fournit  le  second  épisode  sur  Ensisheim. 

On  sait  que  le  malheureux  colonel  voulant  délivrer  les  offi- 
ciers de  la  Conspiration  de  Belfort,  détenus  dans  les  prisons 
de  Colmar  et  d'Ensisheim,  (il  y  avait  entre  autres  dans  la 
première  de  ces  prisons,  le  lieutenant  Grometty)  fut  conduit 
a  sa  perte  par  des  sous-officiers  des  garnisons  de  Colmar  et 
de  Neuf-Brisach  ;  les  sergents  Delzaive  et  Magnien  (depuis 
sous-lieutenants  grAce  k' leur  trahison)  du  46«  régiment  de 
ligne,  le  maréchal-des-logis-chef  Thiers  (promu  au  même 
grade  ainsi  que  le  suivant  pour  le  même  motif),  du  i®'  régi- 
ment de  chasseurs  de  l'Allier,  —  c'était  le  frère  de  M.  Thiers 
-*-  et  le  maréchal-d es-logis  Gérard  du  6®  régiment  de  Chas- 
seurs de  la  Charente  k  Neuf-Brisach. 


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ËNSISMBIM,   NOTES   SUR   LA   lllAISON   CENTRALE  2i\ 

C'est  sur  la  route  vicinale,  alors  en  assez  mauvais  état,  de 
Neuf-Brisach  a  Ensisheim,  dans  la  vaste  plaine  graveleuse  de 
la  Hart,  que  commença  le  mardi,  2  juillet  1822,  la  première 
scène  du  drame  qui  se  termina  le  1  octobre  suivant  sur  les 
glacis  de  la  Finckmatt  k  Strasbourg. 

Cette  route  vicinale  était  ce  jour-là  vers  les  six  heures  du 
soir  parcourue  par  un  escadron  des  Chasseurs  de  la  Cha- 
rente (i)  venant  de  Neuf-Brisach,  se  dirigeant  sur  Meyenheim 
par  Wecholsheim,  Dessenheim,  Rustenhardt  et  Hirtzfelden. 
Il  y  avait  une  forte  arrière-garde  comme  si  les  hommes  crai- 
gnaient une  agression  de  la  part  de  la  garnison  de  cette  place 
forte.  Un  observateur  perspicace  aurait  vite  reconnu  dans 
cette  petite  troupe  des  figures  qui  contrastaient  avec  celles 
de  leurs  voisins.  En  effet  parmi  les  soldats  se  trouvaient  des 
officiers  déguisés,  le  lieutenant-colonel  JoUy   (promu   peu 
après  colonel  dos  dragons  de  la  Saône),  le  capitaine  de  Nicol 
(nommé  chef  d*escadron   des    Chasseurs    des    Pyrénées), 
commandant  l'escadron  et  les  lieutenants  Dupuy,  Bersé  de 
Hauterive  (promu  capitaine  au  corps)  et  Dargence  et  le  sous- 
lieutenant  Claverie.  Tous  les  soldats  chantaient  sans  s'inquié- 
ter où  on  les  conduisait.  Ce  ne  fut  que  lorsque  le  maréchal- 
des-logis  Gérard,  commandant  l'escadron,  partit  à  la  recher- 
che de  l'écuyer  Roger  de  Colmar  qui  devait  servir  de  guide, 
qu'ils  furent  instruits  par  leurs  officiers  du  but  véritable  de 
l'expédition.  Un  cri  de  :  Vive  le  Roi!  répondit  a  l'allocution 
et  l'on  continua  à  s'avancer.  On  rejoignit  bientôt  Gérard  qui 
revenait  accompagné  du  domestique  de  Roger.  Celui-ci  fut 
accosté  plus  tard  par  Gérard  qui  s'avança  vers  lui  le  sabre  à 
la  main,  ce  qui  donna  fort  k  réfléchir  k  l'écuyer  déjà  bien 
décidé    k  ne  pas  entrer  dans  l'aventure.  Aussi  malgré  les 
prières  du  maréchal  des  logis  il  refusa  de  suivre  la  troupe  et 
reprit  le  chemin  de  Colmar.  Ceci  se  passait  en  avant  de 
Weckolsheim. 


(I)  Les  chasseurs  avaient  l'habit  vert  et  le  schako  de  feutre 
noir.  Le  l«r  avait  des  parements  écarlates  et  le  6»  jonquille.  Les 
régiments  de  lanciers  ayant  été  supprimés,  il  y  avait  un  escadron 
de  cette  arme  dans  chaque  régiment.  C'était  le  3e  du  le»"  régiment 
qui  marchait  sur  Meyenheim  venant  de  Colmar. 


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ââ2  UEVUE   dVl^ACIÎ. 

Mais  le  malheureux,  inquiet  du  sort  de  son  domestique, 
revint  sur  ses  pas  ;  il  fut  alors  accueilli  par  des  hourrahs  qui 
ne  lui  firent  pas  abandonner  ses  tristes  pensées.  Il  suivit 
donc  l'escadron  jusqu'au  pont  de  Meyenheim  où  Ton  trouva 
Tescadron  de  Colmar  commandé  par  Thiers  et  ayant  à  sa 
tète  Caron  en  tenue  de  lieutenant-colonel  de  dragons.  Après 
l'allocution  de  celui-ci,  on  reprit  la  route  d'Ënsisheim,  non 
sans  avoir  crié:  Vive  l'Empereur  !  (i)  les  officiers  les  pre- 
miers. Arrivé  à  une  demi  lieue  de  cette  ville,  Caron  envoya 
en  reconnaissance  le  maréchal-des-logis  Gérard  avec  son 
ordonnance,  le  capitaine  de  Nicol,  pour  s'assurer  des  disposi- 
tions pacifiques  du  capitaine  commandant  le  délachement  d'in- 
fanterie; il  ne  voulait  qu'à  la  dernière  extrémité  user  des 
moyens  de  violence  pour  délivrer  les  prisonnieis  militaires. 

Mais  le  colonel  changea  d'avis  sur  le  rapport  de  Gérard  ; 
ce  dernier  ayant  accosté  le  capitaine  d'infanterie  et  31.  de 
Nicol  s'étant  fait  reconnaître  puisque  les  deux  officiers 
étaient  de  la  même  garnison,  ils  trouvèrent  dans  le  capitaine 
Antoine  Lafon,  chevalier  de  la  légion  d'honneur  et  de  l'ordre 
royal  de  Saint-Louis,  vieux  brave  ayant  huit  ans  de  grade, 
un  officier  qui  ne  tergiversait  pas  avec  le  devoir,  car  il 
déclara  franchement  à  Nicol  qu'il  reconnut  fort  bien,  que 
n'ayantpas  reyu  d'ordre,  il  ne  laissait  pas  entrer  les  esca- 
drons en  ville  et  qu'il  les  repousserait  au  besoin  par  la  force. 
En  effet,  sa  compagnie  était  sous  les  armes. 

Gérard,  de  retour  près  du  colonel,  lui  dit  qu'il  n'avait  pas 
voulu  parler  h  Ensisheim  au  capitaine  commandant  parce 
qu'il  était  un  ultra,  mais  qu'il  avait  vu  le  lieutenant  du  poste 
de  la  maison  centrale  et  que  celui-ci  avait  assuré  que  la 
garde  se  joindrait  à  eux  le  lendemain.  Cette  réponse  assez 
bizarre  ne  parut  pas  plaire  beaucoup  au  colonel  qui,  renon- 
çant k  ses  idées  d'attaquer,  ordonna  k  la  troupe:  Tète  de 
colonne  a  gauche  par  deux  en  avant  ;  et  on  prit  le  chemin 
vicinal  de  Réguishcim  qui  longe  la  route  royale  pour  gagner 
le  faubourg  Saint-Martin  d'Ensislieim  que  l'on  dépasse  pour 
gagner  Battenhcim.  On  sait  que  c'est  dans  ce  village,  vers 
deux  heures  du  matin,  le  3,  que  le  malheureux  colonel  fut 

(i)  Procès  de  Caron  et  Roger.  Strasbourg  90. 


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ENSISHBIM,    .NOTES   SUR   LA   MAISON   CENTRALE  223 

empoigné  par  des  sous-oflficiers  ainsi  que  Tinforluné  Roger, 
el  ramené  enchaîné  a  Colmar. 

x\insi  se  termina  la  course  du  colonel  Caron  (i). 
En  repassant  à  Ënsisheim,  le  capitaine  Nicol  prévint  le 
capitaine  Lafon  de  Theureuse  issue  de  l'affaire,  mais  rien  ne 
put  ébranler  le  scepticisme  delà  vieille  moustache  qui,  croyant 
à  une  ruse  de  guerre,  tenait  ses  hommes  sous  les  armes  et 
leur  avait  commandé  de  faire  feu  si  les  cavaliers  voulaient 
pénétrer  en  ville.  La  troupe,  pour  retourner  dans  ses  garni- 
sons, suivit  la  même  route  qu'au  départ.  Hommes  et  chevaux 
étaient  fatigués  et  tombaient  de  sommeil.  On  apprit  près  de 
Réguisheim  les  préparatifs  de  défense  du  capitaine  Lafon 
par  des  gendarmes  de  la  brigade  d'Ensisheim  que  cet  offîcier 
avait  envoyés  pour  surveiller  la  marche  du  détachement  et 
qui,  voyant  les  deux  conspirateurs  enchaînés,  ne  doutèrent 
plus  qu'ils  n'avaient  pas  affaire  a  des  insurgés  et  qu'ils  pou- 
vaient parler  en  toute  sûreté. 

On  ne  peut  que  louer  la  conduite  du  capitaine  Lafon  ;  il 
ne  parut  cependant  pas  comme  témoin  dans  l'affaire.  Sa 
loyauté  aurait  été  mal  à  l'aise  dans  cette  troupe  de  traitres. 
Quant  au  malheureux  Caron,  victime  de  sa  trop  grande 
conûance,  la  lecture  des  pièces  de  son  procès  ne  le 
prouve  que  trop.  Condamné  k  mort  par  le  conseil  de 
guerre  de  Strasbourg,  il  fut  fusillé  sur  les  glacis  devant  la 
Finckmatt  le  i^'  octobre  1822,  trois  mois  presque  jour  pour 
jour  après  sa  folle  équipée.  Inutile  de  dire  qu'il  mourut 
en  brave. 

On  voyait  dans  la  magnifique  collection  de  gravures  sur 
l'Alsace,  de  mon  regretté  ami  Ferdinand  Reiber,  vendue  îi 
Strasbourg  en  mai  1896   (n^  2528),   une   lithographie  de 


(i)  Mentionnons  à  Mcyenhcim  une  réponse  un  peu  prud 
hommesquc  que  fit  Caron  à  un  homme  qu'il  interrogeait  si  Fod 
prendrait  volontiers  la  cocarde  tricolore  dans  la  commune  et 
comment  qu'on  y  pensait  et  qui  lui  répondit  que  c'était  le  curé 
qui  avait  le  plus  d'influence  mais  qu'il  était  ultra  :  «  Eh  bleu  !  je 
«  lui  prépare  une  leçon  pour  le  retour;  les  curés  doivent  se  niéler 
«  de  prêcher  l'évangile,  c'est  latente  leur  affaire  (W)  ».  —  Le  len- 
demain le  paysan  fui  signalé  à  l'autorité. 


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m  REVUE   D^ALSAde! 

Simon  représentant  le  colonel  en  buste  avec  ces  inscriptions  ! 
«  Honneur  au  courage  malheureux  (?)  —  Adieu,  mon  père. 
A  toi  mon  dernier  soupir!  »  au  dessous  du  tombeau  du  colo- 
nel. {Lithog.  d'après  nature  par  Boulet,  in-f^).  Sa  modeste 
tombe  dans  le  cimetière  de  la  roule  de  Kehl  h  Strasbourg, 
était  toujours  avant  1870,  entretenue  avec  le  plus  grand  soin. 
Existe-t-elle  encore  ? 

Arth.  Benoit. 


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LETTRES  A  PFEFFEL 

PIÈCES     INÉDITES 


Ring,  Aug.  Lamey  et  Gœsnilz  sont  les  ailleurs  dos  trois 
lettres  qu'on  va  lire.  Le  premier,  (ils  d'un  menuisier  de  Stras- 
bourg, étudia  la  théologie  dans  sa  ville  nitale,  eut  le  bonheur 
d'être  connu,  apprécié  et  protégé  par  Sch(i»pflin,  dont  il  édita 
plus  tard  (Augsbourg  1769)  les  œuvres  poéliiiues  avec  intro- 
duction biographique;  dirigea  ses  études  finies  —  c'élaitau 
temps  où  la  théologie  menait  a  toutes  les  carrières  —  l'édu- 
cation d'un  jeune  de  Murait  h  Zurich  1753-1755),  puis  (1759) 
celle  des  lils  du  margrave  de  Bade,  qui,  eslimant  ses  talents 
et  ses  (jualités,  ne  tarda  pas  h  l'attacher  à  sa  personne  et  a 
'son  service  en  lui  conférant  le  titre  de  conseiller  aulique. 

C'est  après  un  voyage  en  Suisse,  au  retour  duquel  il  s'était 
arrêté  k  Golmar  dans  les  premiers  jours  de  juillet  1783,  qu'il 
écrivit  a  PfetTel  la  lettre  ci-jointe,  pour  le  remercier  de  son 
excellent  accueil.  Ajoutons  que  les  relations  entre  eux  da- 
taient de  loin.  En  elVet,  lUug  ayant  eu  (1758)  l'occasion  de 
prêchera  diverses  reprises  à  Strasbourg  et  h  Colmar,  n'avait 
pas  eu  d'auditeurs  plus  zélé  que  Pfelîel,  qui,  revenant  du 
Palatinat  en  mars  1783,  peu  avant  le  départ  de  Ring  pour  la 
Suisse,  ne  manqua  pas  de  s'arrêter  chez  lui  k  (^arlsruhe. 

Rien  que  plus  Agé  de  dix  ans  que  le  poète  de  (Col- 
mar, Ring  mourut  la  même  année,  en  1809. 


Aug,  Lamey,  le  poète,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec 
son  oncle,  l'historien  et  collaborateur  fidèle  de  Schœpflin, 
naquit  k  Kehl  en  1772,  et  fit  k  Colmar  (1794)  un  séjour  de 
douze  jours,  pendant  lequel  il  fréquenta  assidûment  Pfefîel, 


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2â6  UEVUE   D*ALSACe 

qui  rengagea  h  aller  se  perfeclionner  dans  son  art  a  Paris (1), 
Le  jeune  poète  suivit  ce  conseil  dès  que  les  circonstances  le 
lui  permirent  et  adressa,  de  la  capitale,  à  son  paternel  ami 
une  série  de  lettres,  dont  plusieurs  sont  conservées  :  trois 
datenl  de  Tannée  (799  et  deux  de  Tannée  1800.  Les  quatre 
premières  sont  à  la  bibliothèque  de  Colmar  (2).  Quant  à  la 
cinquième  nous  la  donnons  ici. 

PfefTel  fut  très  lié  aussi  avec  Thistorien  Lamey,  le  fils  du 
tonnelier  de  Munster,  qui,  sans  nul  doute,  chargea  de  ses 
lettres  de  recommandations  son  neveu  partant  pour  Colmar, 
de  môme  que  le  fils  aîné  de  PfefTel,  allant  étudier  à  Gœltin- 
gue  (sept.  1778),  avait,  en  passant  par  Mannheim,  porté  une 
missive  de  son  père  au  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie 
fondée  dans  cette  ville  (1763)  sur  les  conseils  de  Schœpflin. 


Après  ces  deux  lettres  dont  nous  ne  nous  exagérons  pas 
l'importance,  mais  qui  ne  seront  pas  sans  prix  aux  yeux  du 
lecteur  déjîi  familiarisé  avec  la  personne  et  Tenlourage  de 
Pfefîel,  ou  verra  un  passeport  que  ce  dernier  se  fit  délivrer 
en  1807  pour  aller  voir  son  vieil  ami  Jacobi  k  Fribourg  (3). 
Cette  pièce  emprunte  surtout  son  intérêt  au  fait  qu'elle  a 
trait  au  dernier  voyage  de  PfefTel  k  Fribourg,  et  probable- 
ment k  ceux  de  ses  dernières  absences  de  Colmar. 


L'auteur  de  la  troisième  lettre  que  nous  communiquons, 
Charles  de  Gœsnitz,  était  un  ami  de  jeunesse  du  poète.  Tous 
deux  avaient  fait  partie  de  la  bergerie  strasbourgeoise  de 


(I)  Voir,  à  ce  sujet  les  Els.  Neujahrsblœtter  de  Slœber,  1845, 
pages  2-14. 

(«)  Deux  d'entre  elles  sont  écrites  en  français,  et  en  allemand. 

(3)  Celte  visile  est  annoncée  dans  la  lettre  de  Jacobi  du  46 
avril  (Zeitschrift  fur  die  Geschichte  des  Obei^rheinSy  1896, 
page  77;. 


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LBTtîlES    A    PFEFFaL  22? 

4*760,  dont  nous  parlions  dans  le  dernier  volume  de  celle 
revue  (p.  490).  En  1763,  Gœsnilz  était  à  Vienne  et  écrivait 
le  13  avril  h  PfelTel,  le  nommant  son  frère  et  son  ami  Ilosen- 
wal  (lui  même  portait  le  nom  symbolique  de  Dom  Lopez). 
La  lettre  qui  précéda  celle  qu'on  va  lire  de  lui  est  du  13  juin 
1808  et  datée  de  la  même  localité  saxonne  d'Elstervverda  (1). 

F.  B.  Balzweiler. 

I 
Ring  à  Pfeffel 

C*est  bien  à  regret,  csmme  vous  avez  pu  le  remarquer, 
cher  et  digne  ami,  que  je  me  suis  enfin  arraché  d'entre  les 
bras  de  mes  chers  colmariens;  et  le  long  séjour  que  j'ai  fait 
chez  eux  prouve  assez  le  plaisir  que  j'ai  senti  de  me  trouver 
parmi  eux.  J'aurais  volontiers  passé  ce  qui  me  reste  à  vivre, 
avec  des  amis  de  si  ancienne  date,  et  surtout  avec  vous, 
votre  digne  et  aimable  épouse,  avec  vos  chers  enfants,  que 
Dieu  fasse  prospérer;  mais  il  fallait  se  séparer,  joindre  d'au- 
tres amis  a  Strasbourg,  encore  se  séparer  d'eux  et  rejoindre 
mes  pénates.  Je  suis  arrivé  ici  le  même  jour  avec  L  L.  A.  A. 
S.  S.,  et  ce  n'est  qu'hier  que  le  prince  de  Dessau  nous  a 
quittés  Nous  avons  encore  ici  le  président  de  Preuschcn,  le 
colonel  Gmelin,  d'autres  étrangers,  parents  et  amis.  Ma 
belle-mère,  qui  s'était  tant  réjouie  de  me  revoir,  se  trouve 
dans  une  situation  si  critique  que  nous  craignons  pour  sa 
vie.  Voilà  bon  nombre  de  raisons  pour  excuser  mon  long 
silence.  Je  sais  que  vous  me  le  pardonnerez;  mais  je  ne  me 
le  pardonnerois  pas  à  moi-même,  si  je  me  taisois  plus  long- 
temps sur  les  obligations  infinies  que  je  vous  ai  de  toutes  les 
attentions  que  vous  avez  eues  pour  moi.  Si  je  vis  encore  quel- 
ques années,  c'est  au  bon  sang  que  j'ai  fait  chez  vous  que  je 
le  devrai  ;  et  vous  pouvez  être  persuadé  que  le  souvenir  des 
scènes  que  vous  m'avez  données  et  que  je  vous  ai  données 
me  sera  longtemps  présent  et  me  réjouira  de  manière  h  re- 

(l)  Elle  est  mentionnée  par  Pfanncnschniid,  Pfeffeh  Freinden- 
buch,  p.  13Î). 


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228  UEVUE   D*ALî>ACE 

nouveler  de  tems  en  teuis  en  moi  cette  jovialité  qui  seule  me 
fait  subsister  encore. 

11  y  a  encore  je  ne  sais  quoi  de  sombre  chez  nous  et  nous 
aurons  de  la  peine  ti  en  revenir.  Notre  bon  Prince  souffre 
toujours  et  nous  souffrons  avec  lui,  parce  que  nous  Taimons. 
Son  excursion  en  Suisse  lui  a  fait  du  bien  et  peut-être  médi- 
le-t-il  encore  une  autre.  Le  prince  Frédéric  m*a  apporté  de 
Zurich  un  tableau  peint  par  Gessner,  qu'il  a  acheté  pour  moi 
et  pour  me  convaincre  qu'il  y  a  pensé  h  moi  ;  j'ai  en  mains  la 
lettre  par  laquelle  ce  cher  Gessner  s'excuse  de  ce  qu'il  n'a 
pu  se  présenter;  il  était  absent  et  malade. 

On  a  été  infiniment  content  de  mon  élève,  M.  le  capitaine 
de  Murait,  et  de  mon  digne  ami,  M.  le  D»*  HoHz  (i)  ;  on  a  été 
voir  Ilirlz  et  Klyjogg;  bref,  on  a  tout  vu.  A  Basle,  on  a 
passé  la  plupart  du  temps  chez  l'ami  Mechel  (2),  où  l'on  s'est 
plaint  beaucoup  de  ce  que  je  ne  donnais  aucun  signe  de  vie. 
Vous  voyez  que  je  suis  h  peu  près  dans  le  même  cas  avec 
ceux  qui  ont  bien  voulu  me  recevoir  chez  eux.  Que  ne  fau- 
dra-t-il  faire  pour  réparer  tous  mes  torts  ?  J'implorerais 
volontiers  l'intercession  de  madame  Pfeffel.  Je  compte  sur 
ses  bontés,  dont  elle  ma  donné  tant  de  preuves,  et  n'oublierai 
jamais  ni  ses  bons  repas  ni  surtout  son  attention  de  me  venir 
encore  voir  après  le  souper  la  veille  de  mon  départ. 

J'aurais  aussi  bien  des  choses  îi  vous  dire,  cher  ami,  pour 
votre  digne  collègue  M.  Lersé, dont  la  connolssance  m'est  infini- 
ment chère.  Je  me  réjouis  d'avance  de  voir  un  jour  chez  moi 


({)  Le  docteur  Jean  Hoize,  ami  de  Lavater  et  parent  de 
Pestalc  zzi,  fils  d'un  chirurgien  militaire  au  service  de  la  Franco, 
naquit  en  1729  îi  Riohierschwjl,  sur  le  lac  de  Zurich  et  mourut 
en  1801  h  Francfort  s.  1.  m.  11  passa  chez  Pfeffel  la  journée  du 
2i  juillet  1778,  puis  se  rendit  aux  bains  de  Soulzbach,  où  était 
alors  raad.  PfelTel,  el  où  il  s'arrôta  quelques  jours.  L'année  sui- 
vante, il  reçut  à  Richterswji  la  visite  de  Gœthe. 

(2)  Christian  de  Mechel,  graveur  renommé,  né  à  Bàle  en  1737, 
mort  à  Berlin  en  1818,  reçut  en  1777  la  visite  de  l'empereur  Joseph, 
qui  l'enmena  à  Vienne.  Au  bout  de  dix  ans,  il  revint  dans  sa  ville 
natale,  mais  en  fut  chassé  par  la  Révolution.  Vers  la  fîn  de  sa 
vie,  il  alla  s'établir  à  Berlin  où  il  fut  encore  nommé  membre  de 
l'Académie  royale. 


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LETTRES   A   PFBFFEL  229 

Taimable  prince  d'Isenbourg  (i)  ainsi  que  lous  ceux  de  vos 
chers  élèves  que  par  la  suite  vous  voudrez  bien  m'adresser. 
Je  salue  aussi  beaucoup  l'excellente  flûte  traversière  M. 
Kœnig  (2)  et,  par  assimilation  d'idées,  je  vous  recommande 
de  rechef  notre  chère  Mlle  de  Geyer  (Sj,  que  j'ai  laissée  là 
au  concert  sans  prendre  congé  d'elle.  Je  ne  finirais  pas,'3i  je 
voulois  continuer  sur  ce  ton;  il  le  faut  cependant.  Adieu 
donc,  très  cher  ami,  je  vous  embrasse  de  tout  mon  cœur. 

Ring. 
Carlbrouhe,  le  5  septembre  1783. 

II 
Lamey  à  Pfeffel 

Paris,  ce  27  messidor  8. 
(15  juillet  1800) 

Très  cher  et  honoré  maître 

Monsieur  Metzger  (4)  étant  sur  le  point  de  faire  le  voyage  de 
Colmar,  je  lui  ai  demandé  la  permission  de  le  charger  d'un 
petit  paquet  pour  vous,  et  il  a  eu  la  bonté  d'y  consentir. 
Vous  recevrez  donc  avec  celte  lettre  quelques  exemplaires 


(\)  Élève  de  Pfeffel  de  1781  h  1783,  prince  souverain  jusqu'en 
1813,  puis  médiatisé  ;  représenta  les  petits  princes  allemands  au 
couronnement  de  Napoléon  1er  et  visita  le  frère  de  Pfeffel  (à  Paris) 
à  celle  occasion.  Le  poète  lui  dédia  une  de  ses  fables  en  1782.  Sa 
principauté,  enclavée  à  moitié  dans  la  Hesse  électorale  et  à 
moitié  dans  le  duché  de  Hesse-Damstadt,  comptait  quarante  huit 
mille  habitants.  Sa  capitale  était  Biidingen.  Les  ruines  du  château 
dont  elle  tirait  son  nom  se  voient  encore  entre  Coblence  et 
Andernach. 

(f)  Professeur  à  l'institut  Pfeffel  de  1781  à  1787.  Voir  Annales 
(le  l'Est,  18îtô,  p.  552. 

(3)  Qui  sera  la  première  grande-duchesse  de  Bîide.  Elle  était 
depuis  le  !«»•  juillet  dans  la  pension  de  M.  et  de  M^e  Titot  à 
CoJmar.  Voir  Annales  de  l'Est,  1895,  p.  56ii. 

(i)  Voir  le  dernier  n©  de  cette  Revue,  p.  464  et  488. 


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230  HEVUE   D*ALSAfiS 

d'un  sonnet  palriolique  sur  la  victoire  de  Marengo,  que 
j'avais  tout  bonnement  regardé  comme  la  dernière,  et  d'une 
élégie  sur  la  mort  du  général  Desaix,  que  je  n'ai  point 
composée  sans  répandre  une  larme  véritable.  J'y  joins 
même,  puisque  nous  jouissons  de  la  francbise,  quelques  Mar- 
eus  Saxtus,  dont  vous  m'avez  fait  un  éloge  si  flatteur.  La 
traduction  en  vers  François  de  cette  petite  pièce,  par  le  cit. 
Masson  !  se  trouve  imprimée  dans  le  n»  52  du  Journal  des 
sciences  et  des  arts.  Elle  m'a  valu  ma  réception  au  portique 
républicain,  dont  Ghénier,  Mercier,  Cubières,  Masson  (1)  et 
autres  littérateurs  sont  mem])res.  J'aurais  voulu  que  vous 
pussiez  examiner  les  nouveaux  caraclères  allemands,  avec 
lesquels  mon  sonnet  et  mon  élégie  sont  imprimés.  Ils  ont  été 
dessinés  et  fondus  k  Paris,  et  quoiqu'ils  ne  soient  pas  sans 
défauts,  en  les  voyant  vous  les  trouveriez  peut-être  suscepti- 
bles de  perfectionnement . 

Dans  votre  dernière,  vous  me  parlez  d'un  brave  militaire 
de  vos  amis,  qui  se  trouve  dans  le  cas  de  solliciter  dans  les 
bureaux  de  la  guerre  une  réparation  d'erreur  à  son  égard. 
Si  j'avais  pu  vous  donner  quelques  indications,  je  n'aurais 
l)oint  tardé  à  vous  en  écrire  ;  malbeureusement  je  n'ai  pas 
dans  ce  ministère  un  ami  auquel  j'eusse  pu  m'adresser  pour 
vous  être  utile  Mais  si  vous  étiez  embarrassé  de  trouver  ici 
uu  bomme  d'affaire  (jue  votre  ami  pourrait  avec  une  confian- 
ce entière  cbarger  de  la  poursuite  de  sa  réclamation,  je  vous 
recommanderais  le  citoyen  Kugler,  qui  est  sans  doute  connu 
du  citoyen  Melzger. 

Je  (lofs  encore  vous  remercier,  cber  ami,  de  l'intérêt  que 


(V)  Né  à  iilamonl  en  1762,  mort  en  1807,  associé  do  l'inslilul, 
servit  dans  sa  jeunesso  en  Knssie,  d'où  l*aijl  I  l'expulsa  comme 
parlisan  de  la  Révolution.  .Vuteur  d'un  cours  de  idéographie,  de 
Mémoires  sur  la  Russie.  d'Od.  et  de  romans. —  Mercier  (17iO-iS14) 
députe  à  la  ConvontsoiL  puis  aux  Cinq-Cents,  membre  de  l'Institut, 
csl  rdutciH*  de  nond)rcux  oiivraircs;  dont  l'iiu  lui  valut  le  surnom 
de  Sifif/e  (feJean-Jacf/iiPs.  —  Les  deux  frcres  Cubières  se  signa- 
Icrcnt  «iaus  les  lettres  à  cette  épo-iùe.  Ici,  il  s'agît  probablement 
du  cadet,  élève  de  Dorât,  auquel  il  suécêdn  dans  l'intimité  de 
Fannv  de  Reauharnais. 


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LETTRES   A   PFEFFEL  231 

VOUS  avez  bien  voulu  me  témoigner  à  l'occasion  de  ma  mal- 
heureuse chute. 

J'en  suis  bien  rétabli,  mais  un  autre  malheur  est  venu  me 
frjipper  ;  j'ai  perdu  ma  mère.  A  tous  ceux  qui  l'ont  connue, 
je  puis  demander  une  larme  pour  elle  :  mais  c'est  moi  sur- 
tout, qui  me  flattais  en  vain  de  devenir  la  joie  de  sa  vieil- 
lesse, qui  ai  reçu  d'elle  les  preuves  les  plus  touchantes  de  sa 
sollicitude,  c'est  moi  qui  dois  la  pleurer  éternellement  ;  aussi 
je  crois  que  je  ne  pourrai  plus  faire  de  perle  aussi  sensible. 
Je  parle  de  moi  ;  mais  j'ai  trois  sœurs  et  cinq  frères  qui  dans 
ce  moment  sont  remplis  d'affliction. 

Veuillez  ofl'rir  mes  compliments  h  votre  chère  famille  et 
croire  k  mon  inviolable  attachement. 

Votre  dévoué, 
Lamby. 


m 


Colmar,  le  25  mai  1807. 

Le  Préfet  du  département  du  Ilaut-Rhin, 
Membre  de  la  Légion  d'Honneur, 

Invite  les  autorités  civiles  et  militaires  h  laisser  passer 
librement  Monsieur  Amédée-Gonrad  Pfefl'el,  secrétaire-inter- 
prète de  la  Préfecture  du  Haut-Rhin,  accompagné  de  la  de- 
moiselle Frédérique  Pfeffel,  sa  fille,  âgée  de  30  ans,  et  du 
sieur  Jean  Schmitt,  son  secrétaire,  î\gé  de  36  ans,  natif  d'Al- 
lemagne ;  ledit  sieur  Pfeffel  natif  et  domicilié  k  Colmar,  âgé 
do  70  ans,  taille  d'un  mètre  052  millimètres,  cheveux  et 
sourcils  gris,  yeux  privés  de  vue,  front  découvert,  nez  moyen, 
bouche  moyenne,  menton  rond,  visage  ovale  ;  allant  tous 
trois  en  Brisgau 

Le  Préfet, 
Félix  DcspoRTKS. 
Vu  ('e  nouveau  le  4  juin  1807. 

Pour  le  Préfet  : 
Le  Secréfaire-genérai, 
J.  BarcHE. 


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232  REVUE  d'alsace 

IV 
Gœsnitz  à  Pfeffel 

Elslerwenla,  ce  27  décembre  1808. 

Non,  mon  lendrement  aimé  frère,  je  ne  finirai  pas  cette 
année  sans  vous  avoir  fait  réponse  a  la  charmante  lettre  que 
voùà  m'avez  écrit  le  10  septembre  :  celle-cy  doit  en  même 
temps  assurer  des  vœux  sincères  que  je  fais  pour  votre  santé 
et  félicité  ;  ces  vœux  partent  d'un  cœur  que  vous  connoissez, 
qui  vous  chérit  et  vousostime.  Croyez-moi,  cesontdesmoments 
délicieux  pour  moi,  quand  je  pense  h  notre  solide  et  intime 
amitié,  et  que  la  Providence  a  daigné  nous  conserver  jusqu'à 
un  Age  fort  avancé,  pour  le  bien  de  nos  familles,  et  pour 
pouvoir  nous  entretenir  de  temps  en  temps  par  lettres.  Ce 
que  vous  m'avez  marqué  au  sujet  de  votre  santé  m'a  fait  un 
plaisir  iniini,  et  je  puis  vous  assurer  qu'aussi  moi  je  jouis, 
depuis  ma  dernière  maladie,  d'un  bien-être  que  je  n'avais 
pas  goflté  depuis  plusieurs  années;  j'ai  repris  de  l'embon- 
point, des  couleurs  et  des  forces  ;  et  personne  ne  veut  m'en 
croire,  quand  je  dis  qu'en  octobre  prochain  j'aurai  70  ans. 

Pour  ce  qui  est  de  ma  famille,  je  puis  vous  dire  que,  toute 
nombreuse  qu'elle  est,  il  n'y  a  pas  un  seul  membre  qui  soit 
malade.  Mon  gendre  Lœben  est  si  bien  rétabli  qu'il  a  été  cet 
automne  avec  les  gardes  au  camp  entre  Pirna  et  Dresde.  11 
est  chez  moi  en  visite  jusqu'après-demain,  où  son  service  le 
rappelle  dans  la  capitale  ;  mais  sa  femme,  qui  est  ici  depuis 
cin(|  semaines  avec  ses  trois  plus  jeunes  enfants,  restera 
tout  l'hiver,  sauf  le  Carnaval,  qu'elle  se  propose  de  passer 
en  ville  avec  ma  (il le  Marie,  ûgée  de  16  ans,  pour  profiter  de 
quelques  bals.  M.  l'envoyé,  votre  neveu  (1),  lui  a  fait  faire 
des  reproches  par  son  mari,  de  ce  qu'elle  a  passé  son  temps 
au  bain  de  Tharandtsans  venir  à  Dresde,  parcequ'il  aurait 


(1)  Hubert  PfelTel,  alors  chargé  d  alTaires  du  roi  de  Havière.  Voir 
Annales  de  l'Est,  1895,  p.  557. 


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LETTRES    A   PFKFFKL  233 

lanl  souhaité  de  lui  présenter  son  épouse.  Mais  cela  se  fera 
vraisemblablement  dans  le  courant  de  janvier,  où  ma  fille 
sera  dans  la  capitale.  Je  vous  marquerai  dans  la  suite  com- 
ment les  deux  femmes  se  seront  convenues. 

Dans  la  maison  de  Manteuffel  tout  va  bien  aussi  ;  mais  sa 
place  de  référendaire  privé  lui  donne  immensément  d'occu- 
pation. Il  nage  littéralement  dans  les  papiers  ;  cet  assiduité  h 
la  Chancellerie  et  h  son  bureau  feront  îi  la  longue  du  tort  à 
sa  santé,  et  j'avoue  que  cela  me  fait  souvent  de  la  peine. 

Notre  roi,  l'ami  de  votre  empereur,  est  en  Pologne,  où  il 
paraît  très  aimé  de  ses  nouveaux  sujets;  il  ont  surtout  été 
enchantés  de  l'entendre  parler  leur  langue  à  la  perfection  ; 
car  oulre  quantité  de  talents  qu'il  possède,  il  a  aussi  celui 
d'apprendre  facilement  les  langues;  nous  espérons  le  revoir 
en  Saxe  a  la  fin  de  janvier. 

La  nouvelle  de  la  mort  de  M"«  Valérie  Gernler  (i)  m'a  très 
afïligé  ;  elle  avait  un  caractère  infiniment  estimable,  et  je  me 
plaisais  toujours  dans  sa  société.  Hélas,  nous  perdons  un 
contemporain  après  Tautre,  et  de  mes  amis  de  jeunesse  il  ne 
vit  plus  que  vous,  Carlowitz,  qui  est  actuellement  Obers- 
teuerdirector,  et  le  comte  de  Schœnfeld,  notre  ministre  k 
Vienne. 

Adieu  très  cher  frère;  recevez  les  assurances  de  mon 
attachement  inviolable  et  dites  mille  choses  obligeantes  de 
ma  part  ti  tous  ceux  qui  vous  entourent. 

Charles  de  Gœsnitz;,  colonel. 


(4)  Fille  du  pasteur  Luea  Guernler  et  (anlc  de  Hubert  PfeCTel. 
Après  la  mort  (le  son  père  (178:2),  elle  s'était  retirée  à  Worms,  où 
PfclTcl  la  visita  l'année  suivante.  Le  24  juin  1783,  elle  lui  écrivait 
pour  lui  recoiTunander  le  négociant  Schulor,  qui  partait  pour  Col- 
mar,  et  qui  fut  revu  chez  Pfclîel  le  26  juillet.  Le  49  août,  elle  écri- 
vait de  nouveau  pour  remercier  de  l'excellent  accueil  fait  à  Schuler 
et  des  poésies  de  Pfeffel  que  celui-ri  lui  avait  envoyées. 


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NOTES  &  DOCUMENTS 

POUR   SERVIR   A 

L'HISTOIRE    DE    LA    PRESSE 

EN  ALSACE-LORRAINE 

Suite  (i; 


Liste  des  Périodiques  de  la  Moselle 

Affiches  des  Trois-Evêchés,  Feuille  hebdomadaire.  Du 
samedi  30  septembre  1769  au  28  décembre  1771.  Metz.  J.-B. 
Collignon.  203  p.  in-4«. 

Gordier  de  Clermont,  gérant. 

Avis  sur  un  objet  très  intéressant  qui  va  désormais  faire 
partie  des  Petites-Affiches  des  Evèchés,  4  pp. 

Recueil  périodique  des  Arrêts  du  parlement  de  Metz, 
80  p. 

Affiches  des  Trois-Evéchés,  4  janvier  1772  au  23  déc- 
1773,  no  52.  2^  vol.  in-4o  Metz.  J.-B.  Collignon. 

Suivies  de 

Supplément  aux  Affiches  de  Lorraine  et  des  Trois-Evè- 
chos,  contenant  les  notes  exposées  aux  tableaux  des  Hypo- 
thèques des  Bailliages  du  ressort  de  la  Cour.  8^,  58  p. 

(1)  Voyez  p.  32  et  suivantes  de  Janvier-Février-Mars,  1897. 


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HISTOIRE  DE   LA   PRESSE   EN    ALSACE-LORRAINE  235 

Affiches,  Annonces  et  Avis  divers  pour  les  Trois  Evô- 
chés  et  la  Lorraine,  6  janvier  1774  a  28  décembre  1775 
(n«  52)  Metz.  J.-B.  Collignon.  1^^  vol.  228,  2«  vol.  223  p. 

Albert  Brondex  et  Blouet,  gérants. 

4  janvier  1776  au  23  décembre  1777  (52  n^»).  368  p.    in-4^ 

Janvier  1778  au  31  déc.  1778.  Metz.  Jos.  Antoine.  216  p. 
in-4<'. 

Affiches  des  Evéchés  et  Lorraine.  1779  k  1790.  12  vol. 
in-4o.  Metz.  J.  Antoine. 

L*Abeille  de  la  Moselle,  Metz.  L.  Verronnais,  4  ans, 
Réunie  en  1810  au  Journal  de  la  Moselle  de  Blouet. 

Annales  nationales  et  politiques.  Journal  du  départe- 
ment de  la  Moselle,  de  la  Meurthe,  de  la  Meuse,  des  Ar- 
dennes  et  des  Vosges.  Avril  1790  k  juin  1791.  Imprimerie  G  . 
Lamor».  2  vol.  in-4<>. 

Le  second  volume  du  l«'janvier  1791  au  30  juin  1791. 

Journal  de  Peinture  par  A.  Lutton.  Metz,  G.  M.  B. 
Antoine,  1821,  trois  fois  par  mois.  Un  seul  numéro  in-8®. 

Journal  des  départements  de  la  Moselle^  de  la  Meurthe. 
de  la  Meuse,  des  Ardennes  et  des  Vosges,  commençant  au 
6  janvier  1791  au  2®  jour  des  sans  culotides  de  Tan  11  (1793- 
1794)  de  la  République.  Imprimerie  Lamort  pour  les  trois 
premiers  volumes  et  pour  le  quatrième  du  5  vendémiaire  an 
III  au  4®  complémentaire  an  IV,  imprimé  successivement 
cbez  Blouet  et  Verronnais. 

Les  neufs  autres  volumes,   du  4  vendémiaire  an  Vau  5® 
complémentaire  an  XII  (1804),  sortent  des  presses  des  deux 
derniers  imprimeurs. 

Verronnais  imprima  deux  années,  31  décembre  1806.  En 
tout  13  vol. 

Journal  de  Mets,  Nouvelles  des  Armées. 

Du  l*''*  Brumaire  an  VIII  (23  octobre  1799)  au  3"  complé- 
mentaire an  XII  (1804).  Un  volume  de  l'Imprimerie  Verro- 
nais  in-4<>. 

Journal  d'accouchemens  ou   recueil  périodique   sur  les 
accoucbemens,  maladies  de  femmes  qui  y  ont  rapport,  au- 
topsies cadavériques,  vaccine,  2  vol.  an  XIII,  I^"*  406  p.  et  2® 
366  plus  trois  tableaux,  Metz,  Pierret,  par  M.  Mprlanne, 


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236  REVUE   d' ALSACE 

Journal  du  département  de  la  Moselle.  Du  5  janvier  4807 
au  28  décembre  1825.  Dix  volumes  in-f®,  imprimés  succes- 
sivement chez  Verronais,  Lamort  et  Antoine  Dosquet. 

Propriétaires,  Louis  de  Joubert  1809,  Louis  Devilly  1819  et 
Dubalaj  1825. 

Journal  des  Spectacles  de  Metz.  A  porté  le  nom  de  V Artis- 
te Messin  et  du  Fui^et  indiscret  et  du  Messin,  Melz,  J.  Mayer, 
1859-1870,  9  volume  in-fo- 

L'Entracte,  petit  journal  d'Alsace-Lorraine,  nov.  1874, 
Décembre  1875.  Metz,  imprimerie  de  la  Gazette  de  Lorraine, 
Gérant  Fr.  Jacquot  (de  Vallois). 

L'Abeille  de  la  Moselle^  mardi  et  vendredi,  4  janv.  1820 
au  23  déc.  1829.  Metz,  C.  Lamort.  Le  Journal  fut  remplacé 
par  Le  Courrier  de  la  Moselle,  1829  à  1870,  rédacteur  Har- 
mand  et  F.  Blanc,  imprimeur.  Metz,  puis  Réau,  in-A®  et  in- 
folio. Imp.  S.  Lamort,  Blanc,  puis  Réau,  rédacteurs.  —  Jour- 
nal qui  eut  beaucoup  de  succès. 

Le  Vœu  National,  écho  du  pays  messin,  Melz,  Vaillant, 
rédacteur  en  chef,  1"  juin  1848  k  1870.  Le  journal  rempla- 
çait La  Gazette  de  Metz  et  de  Lorraine,  31  déc.  1831,  31 
mai  1848.  Metz,  Collignon,  puis  Pallez-Rousseau.  Le  Vicomte 
de  Curel,  rédacteur. 

Le  petit  Glaneur,  ]ovivvid\  littéraire  et  feuille  d'annonces 
de  l'arrondissement  de  Sarreguemines.  A.  Weiss,  1850-1867. 

Le  Moniteur  de  T/iionrille,  iournsil  hebdomadaire,  indus- 
triel et  agricole,  Metz,  Mayer  1867. 

Le  Courrier  de  Briey  et  de  Longwy,  journal  littéraire, 
industriel  et  agricole,  Metz,  Mayer  1867. 

Affiches,  Annonces  et  Avis  divers  de  la  ville  et  de  Tar. 
deThionville,  tous  les  cinq  jours,  Thionville,  Fondeur,  1819- 
1841. 

Jurisprudence  de  la  Cour  royale  de  Metz  ou  Recueil  des 
arrêts  rendus  par  la  cour  royale  de  Melz  en  matière  civile, 
criminelle,  commerciale,  de  procédure  et  de  droit  public, 
in-8o.  Metz,  S  Lamort,  N.  Parant  et  C.  N.  Oulif  rédacteurs, 
1812,  1"  vol.  384  et  385  pp.  2^  vol.  l^r  et  2.  382-385.  1819  : 
3«  v.  i^^  et  2.  384,  1820,  385,  1820,  4^  v.  l^»"  et  2<^  302, 
1822  et  318,  1823;  5«  v.  392,  1824,  393,  1826  à  1827. 

Affiches,  annonces  et  avis  divers  de  Tarr.   de  Briey,  tous 


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HISTOIRE  DE  LA  PHESSK  EX  ALSACE-LORRAINE  23? 

les  cinq  jours,  Briey,  Bancias,  1828-1841. 

V Indépendant  de  la  Moselle,  journal  politique,  industriel 
et  agricole  du  département  de  la  Moselle,  1"  Décembre  1830  k 
1870.  Metz,  J.  Witlersheim,  puis  J.  Mayer. 

Le  3Ioni(eur  de  la  Moselle,  journal  politique  et  adminis- 
tratif, 16  mars  1852,  1870.  Metz,  Ch.  Dieu  et  V.  Maline, 
in-folio. 

UUtile.  journal  populaire  de  la  Moselle,  janvier  1833, 
janvier  1835,  2  vol.  in-4«.  Metz  Lamort,  Belles  lithographies. 

La  Gerbe  de  la  Moselle,  iournsA  des  vrais  inténHs  popu- 
laires 1834-1839.  Metz  Dosquet,  neuf  vol.  in-4o. 

L'Indicateur  de  VEst,  journal  scientifique,  littéraire, 
commercial  et  industriel  pour  les  départements  de  la  Moselle, 
Meurthe,  Meuse,  Vosges,  Ardennes,  Marne,  Haut-Rhin  et 
Bas-Rhin,  par  le  D»"  Bégin,  Metz.  Verronnais  douze  n"« 
1830,  in-8o. 

Jurisprudence  des  Cours  Royales  de  Mets  et  de  Nancy, 
ou  Recueil  des  Arrêts  rendus  par  les  deux  Cours  en  matières 
civile,  commerciale,  de  procédure  et  de  droit  public...  par 
MM.  Oulif,  Leneveux  fils  et  Briard  fils,  avocats  à  la  Cour  de 
Metz...  et  MM.  Châtillon,  Volland  et  d'Ubexy,  avocats  l\  la 
Cour  de  Nancy.  Metz,  Lamort,  2  vol.  in-8»  1833. 

Jurisprudence  de  la  Cour  impériale  de  Metz  ou  Recueil 
des  Arrêts  rendus  par  cette  Cour  par  MM.  Domannget,  Ch. 
Abel,  Poulet,  Leneveux  et  Cailly.  Metz,  S.  Lamort,  1854, 
1869,  15  vol.  in-8«- 

Ca/ï*^i7  «7^nera/ du  département  de  la  Moselle....  Procès- 
verbaux  des  délibérations  de  la  Session  de  1838  h  la  session 
de  1869  inclusivement.  Metz,  impr.  Dosquet,  llumbert,  Ch, 
Dieu  et  V.  Moline  ;  32  vol.  in-8o- 

Recueil  Administratif  pour  le  département  de  la  Moselle^ 
imprimé  par  ordre  de  M.  le  préfet,  1816,  1869.  Metz,  Antoine 
Dosquet,  Humbert,  Ch.  Dieu  et  V.  Moline,  39  vol.  in-8«>- 

L'Observatrice  d'Austrasie.  Almanach  pour  l'an  de  grAce 
1758,  exactement  calculé  et  stipulé  sur  le  méridien  de  Metz 
par  le  berger  d'Outre  Seille  ou  Ton  voit  les  temps,  les  pronos- 
tications,  les  phases  de  la  lune  etc.,  Metz,  J.  Antoine,  petit 
in-8«  ,  64  p. 


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â38  UfiVUE  D^ALSAGÊ 

Journal  de  Metz,  pour  les  années  1759  à  1776,  Metz,  Gol- 
lignon,  10  vol.  in-S®- 

Almanach  des  Trois  Ecéchés,  pour  1783-1790.  Metz,  J.-B. 

Collignon,  7  vol.  in-16. 

Almanach  des  départements  de  la  Meurthe,  des  Vosges, 
de  la  Meuse  et  de  la  Mozelle  qui  se  partagent  les  anciennes 
provinces  de  Lorraine  et  Barrois,  année  1790.  Nancy,  C.-S. 
Lamort,  1791,  un  vol.  in-18. 

Annuaire  du  département  de  la  Moselle  pour  Tan  VIl«  de 
la  République  française  —  pour  Fan  VIII  (1798-1800).  Metz. 
Verronais,  2  vol.  in-12. 

Annuaire  de  la  préfecture  du  département  de  la  Moselle, 
pour  les  ans  IX,  X  et  XI.  Melz,  Verronnais,  3  vol.  in-18. 

Annuaire  (in  département  de  la  Moselle,  pour  les  ans  XII 
et  XIII  de  rère  française.  Metz,  Antoine  Tafné,  1802-1804,  2 
vol.  in-12. 

Annuaire  de  Verronnais,  imprimeur  à  Metz,  département 
de  la  Moselle,  2^  édition  pour  Tan  XII,  pour  Tan  XIV  avec  un 
portrait  de  l'empereur.  Metz,  Verronnais,  2  vol.  in-18. 

Annualises  de  Verronnais  pour  les  années  1808,  1811  h 
1831.  Metz,  Verronnais,  22  vol.  in-18. 

Annuaires  statislicjue  cl  historique  du  département  de  la 
Moselle  pai  Verronnais  1832  à  1841.  Metz,  Verronnais,  10  v. 
in-8. 

Annuaires  historique,  statistique,  administratif,  militaire, 
judiciaire  et  commercial  du  département  de  la  Moselle  de 
1842  à  1851.  Metz,  Verronnais,  8  vol.  in-S^- 

Annuaire  de  Tarrondissement  de  Metz  pour  1852,  par 
Verronnais  père.  Metz,  Verronnais  1852,  un  vol.  in-8^- 

Annuaire  du  département  de  la  Moselle  pour...  1854,  con- 
tenant les  fonctionnaires  civils  et  militaires,  les  tribunaux  ... 
publié  par  Verronnais.  Metz,  Verronnais,  1854,  in-S*'- 

J;m?i«/r^  astrologique,  météoroloe^iqne,  statistique  et  ad- 
ministratif pour  le  déparlement  de  la  Moselle...  par  le  comte 
L.  E.  de  Chastellux,  1855.  Metz,  Rousseau,  Pallez  1855,  un 
vol.  in-12. 


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HISTOIRE   DE   LA   PUESSE   EN   ÂLSAGB-LOIIRAINB  ^^9 

i4n/jMaire  adminislratif,  industriel  et  commercial  du  dé- 
parlement de  la  Moselle  pour  1856.  Metz,  Verronnais,  4  vol. 
in-8«- 

annuaire  du  département  de  la  Moselle,  publié  par  Ver- 
ronnais, pour  1865  et  1866.  Metz,  Verronnais,  2  vol.  in-8o- 

Mémoires  de  la  Société  d*archéologie  et  d'histoire  de  la 
Moselle.  Metz.  Rousseau-Pallez,  1858-1870,  treize  vol.  in-8o. 

Bulletins  de  la  même  société,  Metz.  Idem.  1858  a  1870, 
treize  vol.  in-8o. 

UAuslrasie,  Revue  du  Nord-Est  de  la  France,  Metz,  Ver- 
ronnais 1837,  puis  Revue  d'Àustrasiey  Metz  Dembour,1837- 
1843,  in-8o9vol. 

UAuslrasie.  llevue  de  Metz  et  de  Lorraine,  Metz.  Rous- 
seau-Pallez, 1853-1862,  dix  vol.  in-.8°. 

Revue  de  VEst  (rAustsasie)  Metz.  Rousseau-Pallez,  1864- 
1869,  six  vol.  in-8^ 

Revue  de  Mets,  Histoire,  Littérature,  Beaux-Arts,  Indus- 
trie, Metz.  1844-1845,  in-8o. 

Société  des  Lettres,  Sciences  et  Arts  de  Metz,  1821-1828, 
Metz.  Antoine,  huit  vol.  in-8®. 

Mémoires  de  V Académie  royale  de  Mets,  1829-1847,  dix- 
neuf  vol.  in-8o  Metz. 

Mémoires  de  V Académie  nationale  de  Mets,  1848-1852, 
cinq  vol.  in-8o  ,  Metz. 

Mémoires  de  r Académie  impériale  de  Mets,  1833-1870, 
dix-huit  vol.  in-S^  ,  Metz. 

La  Moselle  Administrative  publiée  par  M.  Ed.  Sauer, 
archiviste  de  la  préfecture,  années  1857,  1858,  1859,  1860, 
1861, 1867, 1868, 1869,1870.  Metz,  Alcan;  Paris,  Paul  Dupont  ; 
Metz,  Verronnais,  9  vol.  in-8®- 

Affiches,  annonces  et  avis  divers  à^Xdi  ville  de  Metz,  de 
1813  k  1819.  Metz,  Lamort,  7  vol.  in-S»- 

Journal  d' Instruction  populaire,  du  déparlement  de  la 
Moselle,  par  M.  Labaslide,  professeur  au  Lycée.  Metz,  La- 
mort 1832-1833,  in-8o 

Le  Messager  de  la  Moselle,  Journal  de  Tinstruction  popu- 
laire, mémorial  des  maires,  desagents-voyers,  desinslituleurs. 
Janvier  1842  k  1850. 


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â40 


UEVUE   D  ALSACE 


Mets,  Mayer  Samuel,  puis  Gh.  Dieu,  5  vol.  in-8°  et  un  vol. 
in-40  (1848). 

yowrnrt/ joo////yM^,  hebdomadaire  dans  l'idiùme  allemand 
corrompu  que  parlent  les  juifs  messins,  en  caractères  hébraï- 
ques, 5  nov.  1789  ;  !«''  avril  1790,  Melz,  Ab.  Spire. 

Journal  ou  Calendrier  de  Metz.  Metz.  J.  Collignon,  1858- 
1870,  13  vol.  in-12. 

Recueil  des  Edits,  déclarations,  lettres  patentes  et  arrêts  du 
Conseil  enregistrés  au  Parlement  ;  ensemble  des  Arrêts  de 
Réglemons  rendus  par  cette  Cour,  etc.,  (par  Emmery).  Metz, 
Pierre  Marchai,  1774-1778,6  vol.  in-4<'- 

L'Union  des  Arts^  revue  littéraire  et  artistique,  publiée 
sous  les  auspices  de  la  Société  do  TUnion  des  Arts.  Metz,  S. 
Lamort,  18oi-18o2,  in-8«  fig.  2  vol. 

Journal  des  amis,  rédigé  par  une  Société  de  républicains 
du  département  de  la  Moselle.  Metz,  1798.  P.  Antoine, 
in-40 

Revue  des  Ilôpilaux  civils  de  Mets.  Metz,  CangeU  rédac- 
teur, D'Defer,  1857-1870. 

Journal  de  la  Société  d'horticulture  du  département. 
Metz,  Rousseau-Pallez,  tous  les  trois  mois,  1857-1870. 

Bulletins  des  Comices  agricoles  du  déparlement  de  la 
Moselle.  Metz,  F.  Blanc,  tous  les  trois  mois,  in-80  192  p.  p., 
planches  1857-1870. 

Jurisprudence  de  la  Cour  impériale  de  Melz  ou  Recueil  des 
Arrêts  etc..  Rédacteurs,  M"  Dommangel,  Leneveux  et  Abel. 
Metz,  F.  Blanc,  000  p.  1857-1870. 

Annales  du  déparlement  de  la  Moselle.  Metz-Nouveau, 
petit  in-folio.  Rédacteur.  F.  M.  Chabert,  1851,  1857,  1870. 

Exposé  des  iravauTa  de  la  science  médicale  du  départe- 
ment de  la  Moselle.  Melz,  Verronnais,  1859-1870. 

L'Artiste  messin,  journal  hebdomadaire,  in-4o  ,  Melz. 
Meyer  gérant.  Richard,  18(51-1870. 

La  Sentinelle  de  Thionoille.  Journal  politique,  littéraire 
commercial,  industriel  et  agricole.  Thionville,  Fondeur, 
1861. 


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iilSTOlBE  DE   LA   PRESSE  EN   ALSACE-LOURAINË  241 

BuUelin  de  la  Société  d histoire  naturelle. 

Metz,  Verronnais,  1866-1870. 

U/nstituieur  de  la  Moselle,  publication  lilléraire  in-8o. 
Metz,  Gerson,  Lévy,  1840-1842. 

La  p'tiat  Ermeneck  messin  ^oVennaye  1817  clans  l'qiiel 
on  trouvVque  n'am  dans  les  aules  et  c'qu'on  n'em  iqua  vu. 
Dédiet  aux  Dèmes  et  D'moizels  de  Metz  pé  l'Franc  Messin 
Romy  (A.  Mory).  De  rimprim'reye  de  LémDut  qu'ai  beun 
en  vèye,  in-i2,  42  p.  id.  1818,  cheux  Mlle  Thiel,  in-i2  ; 
id.  1819. 

Le  Messager  boiteux  pour  1826.  Verronnais,  in-4o,  26  p., 
i'J,  1855,  29  années. 

Le  Lorrain  peint  par  lui-même,  almanach  pour  1853, 
curious  et  émusant.  1  parle  de  torto,  de  Napoléon,  de  la 
Répblique,  etc.  par  Jaclot  et  Jaulny,  1853, 1854.  Metz,  Lecou- 
teux  et  Loretle,  in-12,  55  et  60  p. 

Almanach  des  Bonnes  gens,  1859,  1«  année,  soixante- 
douze,  pages  in-8<^  a  deux  colonnes,  quatre-vingt  pages.  Metz, 
F.  Blanc. 

Le  grand  Messager  boiteux  de  la  Moselle,  al  nanach  ins- 
tructif, récréatif  et  amusant  1859.  34«  année  80  pages, 
flgures.  Melz,  Verronnais. 

Le  véritable  Messager  boUeax  de  Metz,  almanach  ins- 
tructif récr'éatif  et  amusant  pour  1859,  33«  année,  in-8<». 
Melz,  Verronnais,  in-8»,  6i  p.  figures. 

Almanach  israélite  de  mtz  pour  l'an  5620  (1859-1860). 
Metz,  Maycr,  in-32,  32  p. 

Almanach  de  Chan  Heurlin,  Metz.  Nouveau,  édité  par 
Lorette,  1860-1863,  qual'-e  années,  in-4". 

Almanach  des  Bonnes  gens,  même  imprimerie  et  même 
imprimeur.  1859-1863,  in-4o,  cinq  années. 

Almanach  des  Amis  de  la  Liberté,  ou  le  chansonnier 
républicain  pour  Tannée  1849.  Metz,  Verronnais,  in-4o, 
soixante-quatre  pages. 


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242  RBVUB  D*ALSACB 

Almanach  chantant,  ou  \q  Ménestrel  de  la  Moselle  pour 
1848.  Melz,  id.  in-4«,  1846-i848. 

Le  Messager  des  villes  et  des  campagnes,  almanach 
religieux,  moral,  historique  et  récréatif.  Metz,  Collignon, 
in-4o,  1834-1836. 

Arthur  Bexoit. 


(A  suivre,  par  les  listes  de  la  Meurthe,  de  la  Meuse  et 
des  Vosges). 


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LA   VIE  A  STRASBOURG 


AU 


commencement  du  XVII®  siècle 


CHAPITRE     SIXIÈME  (1) 

De  la  Deflpensière 

J'ay  une  friande  despensière.  Quand  je  luy  donne  quelques 
resles  de  viande  a  serrer  en  la  despense  ou  au  garde-manger, 
el  luy  en  charge  de  bien  fermer  la  porte  à  la  clef,  ic  trouve 
le  lendemain  que  le  meilleur  en  est  mangé,  et  qif  il  n'y  a  plus 
que  la  carcasse,  ou  les  os  d'un  chapon  ou  autre  volaille.  Et 
quand  ie  luy  en  fay  reproche,  elle  dit  que  le  chat  Ta  fait  et 
qu'elle  n'en  peut  mais,  parce  qu'il  est  entré  par  ie  trou 
d'une  losenge,  ou  rondeau  cassé  des  vitres. 

Je  cognois  bien  ces  chats,  Madame  ;  ce  sont  chats  à  deux 
pieds,  i'en  ay  de  tels  en  mon  logis. 

Je  m'en  doute  bien.  Outre  cela  elle  ferre  volontiers  la  mule 
car  quand  ie  vay  moy-mesme  au  marché,  i'achète  plus  de 
de  choses,  et  si  je  ne  desbourse  pas  tant  d'argent  qu'elle.  Jus- 
ques  icy  je  me  suis  fiée  de  tout  a  elle,  luy  laissant  porter 
un  clavier  (2),  où  pendent  les  principales  clefs  de  la  maison. 

Fermez  l'estable  avant  que  les  chevaux  ne  soient 
eschappez. 

(I)  Voy.  pp.  78  à  103,  de  Janvier-février-mars,  1897. 
(f)  Ein  SchlûsselHng, 


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244  REVUE  d'alsage 

Ten  ay  bonne  envie  aussi.  Je  lui  osteray  les  clefs,  princi- 
palement celles  de  mon  bufîet  et  de  mon  armoire  :  car  pen- 
dant que  je  suis  au  presche,  elle  pourroit  en  un  beau  matin 
faire  sa  main,  c'est-à-dire,  un  paquet  du  plus  beau  et  du 
itiéilleur  que  j'aye  et  gaigner  aux  pieds,  emporter  le  chat'du 
logis,  ou  faire  un  trou  à  la  lune  (1). 

Vous  avez  raison.  Soyez  sage  devant  le  dommage,  au  con- 
traire des  fols.  Nul  n*est  trompé  qui  ne  se  fie.  Nous  en  eus- 
mes  dernièrement  un  notable  exemple  en  la  cuisinière  du 
receveur  de  Messieurs  de  Bouc(2)  auprès  de  S*-Nicolas  (3);  cette 
carogne  ayant  fidèlement  servi  quelques  années  pour  acqué- 
rir de  la  confidence,  en  fin  voyant  beau  jeu  en  Tabsence  de 
son  maistre  et  de  sa  maistresse,  emporta  bagues,  loyaux  et 
tout  l'argent  contant  qu'elle  trouva. 

Bon  homme,  garde  ta  vache  (4). 

La  confiance  fait  beau  jeu  au  perfide  trompeur  (5). 

CHAPITRE     SEPTIÈME 

De  la  Fruictiére  ou  Revendeuse 

Dame  Barbe,  comment  vous  va  depuis  le  décez  de  vostrc 
bon  Jean  ? 

Hélas  il  me  va  comme  il  va  ordinairement  aux  pauvres 
veufves,  qui  ont  beaucoup  de  soin  et  peu  de  pain,  force  tris- 
tesse et  peu  de  liesse. 

De  quoy  vivez-vous  ? 

De  pain  et  de  vin  quand  l'en  puis  avoir. 

{{)  Fersengeld  geben,  gute  nacht  mit  dem  Jiûckefi  umnschen 
Offer  ausi^eissen  wie.  Schœfenledder, 

(2)  Le  lexle  allemand  porte  :  nieiner  Herren  von  Beck. 

(;i)  L'église  de  St-Nicolas  (sur  la  Bruche)  remonte  à  dt82,  fondée 
sur  les  terres  de  St-Thoraas  par  le  chevalier  Wàlther  Spender, 
Elle  ne  doit  pas  ôtre  confondue  avec  le  couvent  de  St-Nîcoîas  aux 
Ondes,  supprimé  en  1592  et  dont  Ferd.  Heibcr  a  public  un  si 
curieux  livre  livre  de  cuisine. 

(4)  Einjeglicher  Fusc/is  gebe  Achtung  auff  seinen  Ralg. 

(i\)   Woltrawen  t^eutei  das  Pferd  himceg. 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  245 

Vous  faites  bien,  car  le  breuvage  de  Teau  est  moins  bon 
que  beau.  Mais  à  quel  traffic  gaignez-vous  l'argent  ?  ne 
sachant  coudre  ni  filer  avec  vos  doigts  crochus  et  tortus. 

Je  suis  revendeuse. 

Qu'est-ce  donc  que  vous  achetez  pour  revendre  ? 

De  toute  sorte  de  fruict  tant  de  garde  que  non  de  garde 
ou  qu'il  faut  manger  incontinent  qu'il  est  cueilli,  de  peur 
qu'il  ne  se  pourrisse,  comme  fraises,  framboises,  cerises, 
groselles  d'outre  mer  (1),  meures,  cornoilles  (2),  prunes, 
abricots,  pesches,  melons,  concombres. 

Il  y  a  aussi  du  fruit  qui  se  garde  quelques  semaines, 
comme  neffles,  cormes  (3),  pommes  et  poires  hastives,  tous 
lesquels  se  gastent  à  la  longue  sans  estre  confits. 

Le  fruict  qui  se  garde  iusqu'au  nouveau  est  la  noix,  la 
noix,  la  noisette,  le  citron,  coin,  limon,  orange,  grenade, 
figue  et  la  poire  et  pomme  tardive. 

Dites-moy  quelques  appartenances  du  fruict. 

Tout  fruict  a  pour  semence  ou  un  noyau  ou  des  pépins. 
La  superficie  tendre  s'appelle  pelure,  la  dure,  escorce, 
comme  en  une  grenade,  orange  etc,  ou  bien  coque,  comme 
es  noix  :  ou  noyau,  comme  es  amandes. 

Ce  par  où  Ton  empoigne  la  cerise  ou  poire  se  nomme 
quelle  Le  milieu  de  la  poire  ou  pomn^e  contenant  les  pépins, 
s'appelle  le  troignon  (4).  Les  fruitières  de  France  cernent  les 
noix  vertes,  ayant  encore  leur  brou,  et  appellent  ces  moitiez 
de  noyaux,  cerneaux,  que  Ion  mange  en  un  plat  avec  de 
Teau  et  du  sel  et  est  un  bon  esperon  de  vin. 

Oulre  ce  qne  dessus,  ie  vends  aussi  des  quartiers  de  pom- 
mes et  poires  sèches,  et  des  cerises  aussi  sèches. 


(1)  Meertrœubel. 

(2)  Welsche  Kirschen. 

(3)  Nespeln,  EschrœseL 

(4)  Heisaet  der  butz  oder  krips. 


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246  REVUE   D* ALSACE 

CHAPITRE    HUITIÈME 
Du  garçon  de  gentilhomme  estudiant 

Monsieur  mon  hosle,  ie  vous  prie  de  m'adresser  un  joli 
garçon,  adroict  et  de  gens  de  bien,  pour  me  servir  k  faire  de 
petits  messages,  décrotter  mes  souliers  et  bottes,  me  les 
chausser  et  tirer,  verser  h  boire  et  servir  h  table  quand  i*auray 
des  hostes. 

J'en  say  un,  qui  sera  bien,  vostre  fait,  de  Taage  de  seize 
ans,  fils  de  bourgeois  et  qui  a  desja  servi  un  gentilhomme, 
avec  qui  il  s'est  fort  bien  comporté,  comme  le  tesmoigne  le 
congé,  qu'il  luy  a  donné  par  escrit  en  partant  de  ceste  ville. 

Si  vous  voulez  je  l'envoyeray  quérir. 

Vous  m'obligerez  fort,  car  je  suis  honteux  de  faire  faire 
tant  de  corvées  à  vostre  servante,  et  la  destourner  si  souvent 
de  sa  besogne. 

Le  voila  qui  passe  pardevant  nostre  maison:  quand  on  parle 
du  loup  on  en  voit  la  queue.  Hola  hé,  petit  Jean,  vien-çà  i'ay 
un  mot  k  le  dire. 

Qu'y  a-l-il  Monsieur?  Qu'avez-vous  de  bon  U  me  dire? 

Je  te  veux  demander  si  tu  n'as  point  encore  de  maistre. 

Nenny,  Monsieur.  Je  voudrois  bien  que  vous  m'en  trou- 
vassiez un. 

Il  est  desja  tout 'rouvé.  Voicy  un  honneste  gentilhomme 
avec  qui  tu  seras  très  bien  si  tu  veux  bien  faire.  Il  n'est  pas 
rude,  il  ne  te  rudoyera  pas,  ne  te  mastinera,  ni  foulera  aux 
pieds,  ou  dcmnera  l'anguillade,  ou  les  estrivières,  ou  des 
coups  de  nerf  de  bœuf  (1),  comme  font  quelques  maistres  ou 
pluslost  impiteux  et  cruels  bourreaux. 

Monsieur  a  raison,  car  ie  say  très  bien  que  les  coups  aba- 
st  u  'dissent  plus  tost  les  ieunes  esprits,  qu'ils  ne  les  réveillent 
et  add ressent. 

Quand  ie  voy  qu'un  valet  ne  tient  conte  des  douces  remons- 
trances  que  ie  luy  fay,  i'aimc  mieux  lui  donner  congé,  que 

(l)  Er  tcird  dich  nit  hart  und  hunds-iibel  halien,  noch  mit 
fussen  treten  odcr  mit  dem  Farrénxoadel  herumtreiben. 


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LA   VIS   A   STEASBOURG  247 

de  me  rompre  la  teste  k  le  malmener,  et  me  mettre  en  colère 
en  le  battant.  Advise  donc  si  tu  te  veux  mettre  a  mon  service, 
le  t'habilleray  honnestement,  et  te  mettray  en  pension  à  la 
.  table  de  mon  Lostesse  avec  ses  enfans  et  servantes,  qui  ne 
font  pas  maigre  chère.  Je  t'env(»yerai  aussi  à  Tescole  appren- 
dre k  lire,  escrire  et  compter  :  et  si  pourras  venir  avec  moy  k 
la  sale  des  armes  et  apprendre  quelque  chose,  aussi  bien 
que  les  autres  garçons,  dont  quelques  uns  tirent  desja  assez 
joliment. 

Monsieur,  si  vous  me  faites  Thonneur  de  me  recevoir  en 
vostre  service,  ie  m'efforceray  de  m*en  rendre  digne  et  de 
vous  contenter  par  toute  sorte  de  diligence,  ponctuelle  obéis- 
sance et  entière  fidélité.  Vous  n'avez  qu'a  dire  quand  il  vous 
plaira  que  ie  me  vienne  ranger  en  mon  devoir,  et  commencer 
h  recevoir  vos  commandements  pour  les  exécuter. 

Si  tu  as  autant  d'accomplissement  que  de  complimens,  ou 
si  tu  sais  aussi  bien  faire  que  dire  et  si  tes  pieds  et  tes  mains 
sont  aussi  habiles  que  ta  langue  est  bien  pendue,  j'auray  un 
bon  sei'viteur  en  toy. 

Monsieur,  la  volonté  de  bien  servir  surpasse  de  beaucoup 
les  paroles,  bien  que  le  pouvoir  soit  petit. 

Viens  donc,  quand  tu  pourras,  i'en  feray  l'cssay. 

Bien,  Monsieur,  ie  m'en  vay  quérir  un  petit  paquet  de 
mes  hardes  et  adverlir  mon  père  de  la  condition  que  j'ay 
rencontrée. 

Hé  bien,  Monsieur,  me  revoicy  desja. 

Sois  le  bien  venu.  Regarde  dans  ceste  chambre  au  pied  de 
mon  licl,  au  chevet  de  la  carriole,  il  y  a  un  coffret,  qui  ferme 
k  clef,  mets  y  tes  hardes. 

Bien,  Monsieur.  Au  reste  ie  voudrois  volontiers  que  vous 
me  dissiez  ce  quei'auray  k  faire  d'ordinaire  tous  les  jours, 
afin  de  ne  manquer  k  mon  devoir. 

Dès  le  soir  avant  que  te  coucher,  il  te  faut  décrotter  mes 
bottes  et  espérons  et  noircir  mes  souliers  :  te  lever  en  hyver 
a  six  heures  du  matin,  allumer  une  chandelle,  faire  du  feu 
au  fourneau  :  après  cela  tenir  de  l'eau  fresche  et  nette,  preste 


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248  RBVUE  d'alsage 

sur  la  table  dans  une  aiguière  (1),  ou  mon  grand  verre  à 
bière,  pour  me  rincer  ma  bouche,  et  me  laver  les  yeux  et  le 
visage.  Pour  les  mains  je  les  lave  au  lave-main  (2)  (ou  fon- 
taine) qui  doit  estre  rempli  tous  les  matins,  et  le  bacin  de 
dessous  (3)  vuidé.  Cela  fait  il  te  faudra  mettre  estuyk  peigne 
sur  le  tapis,  nettoyer  le  peigne  d'ivoire,  de  buis  ou  de  bois 
de  rosmarin  avec  la  brossette,  espousseter  mon  chapeau, 
manteau,  chausses  et  pourpoint  avec  la  ramonette  ou  les 
vergeltes,  que  tu  m'apporteras  par  après,  auprès  de  mon 
lict  pour  me  lever  et  habiller  h  mon  aise.  S'il  fait  un  temps 
humide,  tu  dois  prendre  mes  bas  de  toille  sur  le  dossier 
d'une  selle,  et  l'approcher  du  fourneau  pour  les  sécher. 
Cependant  que  je  m'habilleray,  retourne  la  genoûillière  de 
mes  bottes  (4)  iust]ues  aux  attaches  et  te  tiens  prest  h  m'aider 
a  les  chausser,  et  attacher  mes  canons,  et  me  mettre  mes 
espérons.  Apres  (juoy  tu  me  suyvras  à  la  sale  des  armes,  là 
oii  tu  pourras  demeurer  avec  moy,  et  t'exercer  à  tirer  avec 
tes  semblables,  si  tu  as  de  l'inclination  ii  cet  art  :  si  non, 
t'en  retourner  au  logis  et  n'en  bourger  qu'il  ne  suit  temps 
de  me  revenir  quérir  à  fin  de  me  mener  au  logis  de  nostre 
pension  pour  y  disner.  Vers  le  soir  il  te  faudra  tousjours 
mettre  la  lanterne  en  place  et  y  mettre  un  bout  de  chandelle 
pour  me  mener  souper  et  m'en  amener;  car  il  faitdesja  nuict 
toute  close  k  cinq  heures  et  demie,  et  qui  n'est  éclairé 
d'un)  lanterne,  flambeau  ou  torche,  ne  void  des  yeux  non 
plus  que  du  dos  (5). 


(1)  (riesskanne. 

(2)  Handfass. 
(ti)  (liesbecken. 

(4)  Sti/irelstolpen. 

(5)  L'éclairage  des  rues  de  Strasbourg  la  nuit  est  de  création 
rolalivement  récente.  Durant  tout  le  moyen-ûgc  IVclairage  des 
rues  de  Strasbourg  était  lotalemont  inconnu.  Les  bourgeois  qui 
avaient  à  sortir  de  leurs  maisons  étaient  tenus  de  se  munir  de  tor- 
ches ou  de  lanternes  allumées.  Des  gardes  de  nuit  l'alsaient  en 
outre  des  rondes.  Mais  toutes  ces  précautions  ne  purent  prévenir 
les  épouvantables  désordres  que  révéla  l'enquête  de  4410  (publiée 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  249 

Estant  au  logis,  la  première  chose  que  tu  feras,  sera  de 
descouvrir  mon  lict,  vuider  mon  pot  de  chambre  (I),  s'il  y  a 
de  l'urine,  le  me:  Ire  sur  le  marchepied  (2)  après  estre  bien 
esgousté,  puis  tirer  les  rideaux  ou  courtines;  soigner  au  feu,  le 
couvrant  de  cendres  et  fermant  bien  serré  la  petite  porte  de 
fer  du  fourneau,  de  peur  qu'il  n'en  arrive  quelque  malheur 
et  grand  inconvénient,  aussi  bien  que  la  chandelle  qu'il  faut 
esteindre  avec  un  tue-chandelle,  de  ferblanc  (3).  Si  par  fois 
quelque  honneslé  homme  me  vient  voir  à  qui  ie  vueille  pré- 
senter à  boire,  ie  te  feray  signe  par  un  clin  d'oeil:  alors  tu 
quiteras  tout  autre  affaire  pour  aller  quérir  en  diligence  un 
pot  de  vin  avec  une  petite  miche  de  pain,  que  tu  découperas, 
a  la  mode  du  pays,  en  morceaux  carrez,  ou  en  eschiquier,  et 
la  saupoudreras  avec  du  cumin  et  de  sel  sur  une  assiette. 
Prend  aussi  bien  garde  de  n'apporter  un  verre  sur  lable  qui 
ne  soit  clair  et  net,  comme  s'il  venoit  de  la  verrerie,  le  lavant 
et  frottant  avec  du  papier  mouillé  ou  des  cendres,  et  le  rinçant 
bien  puis  après  Quand  tu  sauras  qu'on  aura  beu  a  moy,  garde 
toy  bien  de  m'en  tant  verser  qu'à  un  autre  :  car  c'est  un  grand 


dans  Kœnigshoven-Schiltcr)  dont  les  nobles  s'étaient  rendus  cou- 
pables et  qui  avaient  ametié  heur  expulsion  dé  la  YiHe.  En  145^  Te 
magistral  défendît  )a  cFrcuialibn  dans  les  rues  après  9  heures  du 
soir  avant  Pâques  et  aprè<3  dix  heures  après  Pftqfttes.  Cette  orlôn^- 
nance  fut  renouvelée  en  1460,  1469,  1485  (Strassburgisehe 
(ieschichlen....  p.  13  et  suiv).  En  cas  d'incendie,  d'alerte  ou  d'attc-i- 
que  le  bourgeois  était  obligé  d'éclairer  sa  maison.  En  17i8  le 
magistrat  roulât  faire  introduire  l'éclairage  aux  frais  des  particti- 
liers.  La  noblesse  et  ie  clergé  portèrent  phûnte  et  l'arrêt  fut  c«sdé 
par  le  roi.  Enfin  en  1778  le  maréchal  de  Contades,  le  cardiaii^  de 
Rohan,  le  prince  de  Hesse-Darmstadt  et  le  prince  Max  de  Deux- 
Ponts  arrachèrent  au  gouvernement  l'autorisation  d'éclairer  les 
rues  de  la  villle  du  l»»"  octobre  au  1er  avril  depuis  la  chute  du 
jour  jusqu'à  1  heure  du  matin.  Cette  autorisation  enjoignit  à  tous 
le&  propriétaires  de  maisons  de  payer  leur  part  de  contributioii  et 
n'en  exempta  aucune  propriété  ni  publique  ni  privée.  (Piton. 
Slrasbg.  ill.  Il  137-8). 

(i )  Nach  tscherben . 

(2)  Fussschemmel. 

(3)  Mit  einem  blechenen  Liechtstib'tten, 


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250  REYUB   D'ALSACE 

pas  de  clerc,  et  une  grossière  incongruité  que  le. conviant  du 
maistre  du  logis  s'enyvre  devant  l'estranger,  se  rendant  par 
ainsi  incapable  de  Tentretenir.  C*est  pou rquoy  pour  prévenir 
cette  incommodité  quelques  uns  boivent  d'un  petit  vin  ordi- 
naire qu'on  appelle  vin  de  table,  afin  de  demeurer  sobre, 
comme  ils  disent  ou  en  leur  bon  sens.  Sur  ta  vie garde-toy  bien 
toy-mesme  de  t'enyvrer,  car  tout  le  service  seroit  gaslé.  Si  tu 
veux  boire,  tu  le  pourras  faire  après  que  l'estranger  s'en  sera 
allé,  ie  ne  te  le  défends  pas.  Il  faut  qu'un  ieune  homme  boive 
longtemps  avant  que  de  venir  docteur.  Voilà  la  plus  grande 
partie  de  ce  que  tu  auras  h  faire  avec  moy,  ce  n'est  pas  tra- 
vail de  grand  ahan  (1).  Je  ne  say  plus  rien  que  quelques 
petits  messageis,  comme  k  la  lavandière,  au  cordonnier,  au 
fournisseur  (2),  ou  au  tailleur:  pour  le  relieur  de  livres,  tu 
n'useras  guère  de  souliers  h  l'aller  voir,  car  ie  ne  me  tara- 
buste pas,  ou  alambique,  l'esprit  k  estudier,  depuis  que  ie 
hante  la  sale  des  armes  de  peur  que  les  autres  qui  font  gloire 
de  rien  savoir  ne  m'appellent  mangeur  d'encre,  comme  ils 
faisoient  avant  que  j'eusse  fait  banqueroute  à  Minerve  (3). 

Monsieur,  i'ay  bien  entendu  tout  ce  que  vous  m'avez  dit  : 
ie  n'auray  guère  de  peine  de  m'y  accoustumer,  car  ie  faisois 
quasi  tout  le  môme  service  avec  mon  premier  maistre,  qui 
haîssoit  aussi  de  sorte  les  estudes,  qu'il  en  bannissoit  tout 
l'attirail,  et  estoit  contraint  d'emprunter  de  l'encre,  du  papier 
et  une  plume,  quand  il  lui  falloit  escrire  des  lettres  pour 
envoyer  au  pays,  ce  qu'il  ne  faisoit  qu'a  son  corps  défendant, 
et  pour  demander  de  l'argent.  Surquoy  il  me  souvient  qu'un 
autre  Fappellant  Pédant  et  gratte-papier  (4),  parce  qu'il 
avoit  une  tache  noire  sur  ses  chausses  rouges,  il  s'en 
purgea  en  jurant,  et  se  donnant  au  grand  Guillaume  (5), 
s'il  y  avoit  eu   de  six  mois  une  goutte  d'encre  en    son 


(i)  Es  ùt  kein  Halssarbeit. 

(2)  Schwertfeger,     . 

(3)  Ehe  dann  ich  ein  Loch  diirch  den  Sckuhack  gestochen 
hatte, 

(4)  Schulfuchs  und  Blacker. 

(H)  ISich  dem  schwarsen  Casper  enjabe. 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  251 

poile  (4)  :  et  toutes  fois  il  avoit  esté  envoyé  icy  exprès  pour 
estudier,  et  plus  n'en  dit  le  déposant.  A  un  bon  entendeur  il 
ne  faut  qu'une  chartée  de  paroles. 

CHAPITRE    NEVIÈME 
De  la  servante 

N'est-ce  pas  icy  le  logis  de  la  loueresse  de  servantes?  (2;. 

Ouy,  entrez,  Madame. 

Avez-vous  des  servantes  qui  cherchent  service? 

Ouy,  Madame,  mon  poile  en  est  tout  plein.  Entrez,  vous 
aurez  le  choix.  En  voilà  de  toutes  sortes  et  façons,  de  petites, 
de  grandes,  et  moyennes,  de  belles,  et  laides  pour  les  dames 
jalouses,  de  propres  et  maussades,  adroicles  et  maladroict«s, 
nettes  et  ordes  ou  saloppes  (3). 

Il  n'y  a  rien  là,  qui  vaille  :  ce  n'est  pas  mon  fait. 

Jevoybienà  leur  physiognomic  ou  firlimousse  (4),  mine 
et  trogne,  que  l'une  est  subjecte  au  vin,  l'autre  a  le  nez 
tourné  a  la  friandise,  l'autre  est  une  vraye  babillarde,  l'autre 
une  fausse  femelle,  l'autre  paresseuse  et  aime  la  besogne 
faite  (5),  l'autre  dort  volontiers  la  grasse  matinée,  l'autre  a 

(\)  Poille  est  le  nom  donné  en  Alsace,  en  Allemagne  et  en 
Uollande,  à  la  chambre  où  est  le  poêle.  Ce  mot  vient  du  bas-latin 
pisalis,  piselis,  piselum  synonyme  de  genecium,  gynœceum,  lieu 
où  les  femmes  de  service  travaillaient  aux  ouvrages  de  laine. 
Gomme  ces  lieux  étaient  chauffés,  on  prit  l'habitude  de  donner 
au  nom  de  ces  ouvroirs  le  sens  de  chambre  chauffée.  Du  Gange  fait 
venir  piselis  de  pensile,  venant  de  pensum  :  tâche,  à  cause  de  la 
tâche  que  faisaient  les  ouvrières  des  gynécées  ou  poêles. 

(i)  Magdverdingerin, 

(S)  Satibere  und  wàste  Mist-oder  BollhœmmeL 

(^4;  Auj.  frimousse;  viendrait  d'après  Littré  du  latin  f rumen 
signiGant  gosi«r,  pomme  d'Adam.  En  vieux  franfais  on  rencontre 
frume  ou  frime  avec  le  sens  de  grimace,  apparence.  Au  XVl^  s. 
on  disait  phlymousse  et  phr^llelimouse. 

(5j  Die  dritte  ein  papeltœsch  oder  schwappel,  die  vierd  ein 
arge  vettel,  die  fûnfft  ein  fautes  Loch  und  boret  gern  das  Brett 
am  dûnnen  Ort. 


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2Sâ  REVUE  d' ALSACE 

autant  d'esprit  qu'un  oison,  l'autre  une  vraye  traine-gaine(l) 
et  mal  embouchée,  l'autre  a  la  main  mal  seure,  ferre  la 
mule  et  est  garsonniôre  (2). 

Comment  la  voulez-vous  avoir?  ie  vous  la  feray  iecter  en 
moule,  ou  vous  en  trierai  une  surle  volet. 

l'en  demande  une  qui  soit  bonne  cuisinière,  bonne  ména- 
gère, qui  ne  laisse  rien  perdre,  sache  coudre  et  filer,  buer  et 
cuire  du  pain,  savonner,  empezer,  lacer,  confire  du  fruict, 
qui  soit  loyale,  diligente,  chaste,  retenue,  silencieuse,  ne 
pailant  qu'estant  interrogée,  ou  faisant  un  message,  ou 
disant  quelque  chose  de  meilleur  que  le  silence,  sans 
rebequer(3),  qui  ne  s'amuse  point  h  babiller  par  les  rues 
quand  on  Tenvoye  dehors.  Il  me  faut  aussi  avoir  une  sous- 
servante,  et  un  chartibrillon  d'enfant  pour  herser  le  mien, 
laver  les  maillots,  ou  drapeaux,  et  les  brayers,  (4),  pour  le 
mettre  au  net,  quand  il  sera  gasté  :  pour  le  porter  enveloppé 
de  son  lange  emmaillotté  et  levé,  l'amuser  avec  un  hochet 
fait  d'une  dent  de  loup  et  de  sonnettes  d'argent  :  l'amignotter 
et  dorlotter.  Item,  pour  escurer  la  vaisselle,  relaver  les  escu- 
elles,  balier  (5),  balayer  ou  ramonner  la  maison  et  la  rue  : 
couvrir  la  table,  ou  mettre  la  nappe,  rincer  les  verres  et  gobe- 
lets, et  faire  des  messages  par  la  ville,  et  tracasser  çà  et  Ik. 

Vous  trouverez  aussi  malaisément  une  servante  à  vostre 
guise,  que  la  lune  un  tailleur,  qui  lui  fasse  une  robe  propre 
h  tous  les  jours. 

Au  faute  de  meilleur,  on  fit  dom  Jean  prescheur,  dit  le 
François  :  et  quand  oja  n'a  point  de  faucon  (dit  l'Allemand) 
il  faut  voler  avec  des  chouettes  :  c'est-à-dire  quand  on  n'a 
pas  ce  qu'on  veut,  il  faut  prendre  ce  qu'on  peut.  En  voilà 
une  qui  me  revient  mieux  que  pas  une  autre,  il  faut  que  ie 
l'accoste.  Fillette,  cherches-tu  service? 

Ouy,  Madame,  c'est  pour  cela  que  ie  suis  venue  en  ce 
logis. 

(t)  Ein  Sc/ilei/fe  oder  rechter  Schleppsack 

(^)  Ein  Bubenrolle. 

f3>   Widerbeffstn, 

(4}  Die  Windeln  und  LochUichlein, 

[5J  Fegen. 


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La   VIK   A   STRASBOURG  âoâ 

Y  a  il  longtemps  que  lu  es  en  service  f 

Un  an  et  demi,  Madame. 

Chez  qui  sers-tu  k  celte  heure  ? 

Chez  Monsieur  N. 

Pourquoi  est-ce  que  lu  en  sors?  Tes-lu  si  bien  comportée, 
qu'on  t'aye  baillé  ton  congé?  (4) 

Nenni,  Madame.  Qui  en  désire  sçavoir  la  pure  et  seure 
vérité,  s'en  peut  enquérir  de  ma  maîtresse  mesme  :  laquelle 
ne  m*est  pas  si  ennemie  (bien  que  je  la  quitte  contre  son  gré) 
qu'elle  veuille  me  nuire  parlant  h  mon  désavantage  contre 
sa  conscience  et  la  vérité. 

Pourquoy  la  quittes-tu  done,  situ  l'estimes  si  véritabb? 
car  la  vérité  ne  demeure  pas  volontiers  chez  les  meschantes 
gens. 

Madame,  vous  sçavez  mieux  que  moy,  qu'il  y  a  dift'érence 
entre  meschant  et  mauvais,  comme  aussi  entre  gens  de  bien 
et  bonnes  gens.  Ma  maîtresse  est  mavaise  (sic)  et  toutesfois 
femme  de  bien  s'il  y  en  a  une  en  la  ville.  Une  autre  est  bonne 
envers  ses  servantes  qui  néanmoins  est  meschante  envers 
Dieu. 

N'as-tu  jamais  esté  chambrière  de  chanoine  ou  cuisinière 
de  preslre,  que  tu  es  si  subtile  et  si  bonne  clergessc. 

A  Dieu  ne  plaise.  Outre  qu'elle  est  insupportablementrude, 
elle  a  un  tas  de  petits  enfans,  autour  desquels  on  n'a  repos 
ni  jour  ni  nuict  :  il  se  faut  relever  à  tous  coups,  tant  pour 
berser  le  plus  petit,  ou  le  donner  à  sa  mère  qui  l'alaicte  en- 
core, que  pour  en  mener  un  autre  sur  la  sellcUe  percée  : 
tantost  il  faut  donner  le  pot  de  chambre  a  un  autre,  qui  veut 
faire  de  l'eau,  ou  le  vuider  après  qu'il  a  fait  ses  affaires,  de 
peur  que  la  chambre  n'en  soit  empuantée. 

Vcux-tu  me  servir?  ie  ne  suis  pas  si  chargée  d'enfans,  ie 
n'en  îiy  qu'un  que  ie  veux  bientost  sevrer. 

Ouy,  Madame,  si  mon  service  vous  est  aggréabble. 

Hé  bien,  essayons  toutes  deux  un  quartier  ou  un  demi- 
an. 

l'en  suis  contente,  Madame.  Dites-moy  seulement  ce  que 
ie  dois  faire,  et  ie  vous  serviray  avec  une  telle  ponctualité, 

[1]  Den  Sack  gel/en. 


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É54  tifiVCE  D^LSAdE 

ou  si  poncluellement,  que  vous  n'aurez  aucun  sujet  de  vous 
mescontenter,  plaindre  de  moy,  ou  me  crier. 

Sur  tout  il  faut  décrolter  tous  les  jours  les  souliers  de  mon 
mari,  les  noircir  dès  le  soir,  et  les  frotter  au  matin  pour  les 
rendre  luisans  :  tenir  nettement  ménage,  ne  laisser  jusques 
au  lendemain  Taivier  chargé  de  vaisselle  sale,  mais  relaver 
et  escurer  tout,  avan4  que  de  se  coucher,  et  avoir  une  cu- 
vellée  ou  seillée  d'eau  toute  preste  pour  le  besoin  qu'on  en 
pourroit  avoir  pendant  la  nuict  :  bien  couvrir  le  feu,  et  n'ou- 
blier sur  la  vie  de  fermer  la  petite  porte  de  fer  du  fourneau, 
de  peur  d'un  embrazement,  qui  en  peut  survenir  par  le  moyen 
d'un  chat  cendrier,  qui  emporte  parfois  un  charbon,  ou  estin- 
celle  sur  la  peau  au  grenier,  dans  1c  foin,  la  paille,  fagots  ou 
autre  chose,  qui  prend  volontiers  feu.  Finalement  il  faut  avoir 
le  soing  de  regarder  que  la  porte  du  logis  (4)  soit  bien  fermée 
k  la  clef  ou  au  verrou  :  de  peur  que  les  larrons  nocturnes  ne 
viennent  exécuter  les  dormans  sans  authorité  de  justice. 
Pour  tout  le  reste  appartenant  au  ménage,  il  n'est  pas  be- 
soin d'en  parler,  il  n'y  a  si  piètre  servante  qui  ne  le  sache. 

Madame,  il  estoit  aussi  peu  nécessaire  de  me  remonstrer 
ce  que  vous  m'avez  dit,  que  le  reste  car  ie  le  savois  bien. 

Tant  mieux.  Que  demandes-tu  donc  par  quartier?  (2) 

Trois  florins. 

C'est  trop.  le  ne  donne  à  mes  servantes  que  deux  florins 
et  demi. 

Il  m'est  impossible  de  servir  pour  ce  prix:  si  vous  ne  voulez 
que  i'aille  deschaussée  :  vous  sçavez  combien  sont  chers  les 
souliers;  la  moitié  du  loyer  s'y  en  va,  sans  conter  l'entretene- 
ment  des  habits. 

l'en  sais  toutesfois  plusieurs  qui  n'ont  pas  davantage,  et 
si  sont  bien  honneslement  habillées;  ont  un  beau  garde- 
robe  et  pelliçon,  un  chaperon,  une  fraise  k  plusieurs  doubles, 
blanche  et  godronnée,  comme  filles  de  maison,  avec  un 
large  ruban  de  tafl'etas  pendant  h  leurs  tresses,  les  souliers 


[1]  Gassthûre, 

[i]  £in  viertheil  Jahr. 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  25o 

veloulez,  artistemeni  faits  avec  un  talon  haut  et  seulement 
de  la  largeur  d*un  double  ou  demi-gros  (\). 

3i  le  say  bien,  Madame,  mais  il  est  aisé  à  juger  que,  leur 
loyer  ne  s'estendan]  pas  si  loing,  elles  gaignent  le  reste  des- 
honnestemenl,  et  en  travaillant  (comme  dit  TAllemand)  du 
poing  sur  quoy  elles  s*assient,  on  en  ferrant  la  mule  ce 
qu'une  fille  craignant  Dieu,  et  aimant  son  honneur  ne  veut 
point  faire. 

Tu  as  raison,  tu  me  fais  ressouvenir  du  proverbe  qui  dit  : 
les  petits  gages  font  les  grands  larrons.  Je  te  donneray  ce 
que  tu  demandes,  de  peur  que  tu  ne  sois  contrainte  de  faire 
comme  ces  carognes  et  harpyes  domestiques.  Sois  seulement 
soigneuse  et  loyale  :  ne  nous  détracte  pas  envers  les  eslran- 
gers  :  ne  t*amuse  pas  à  babiller  une  heure  parla  rue,  comme 
font  ordinairement  quasi  toutes  les  servantes,  et  ie  le  recon- 
noitray  particulièrement,  te  donnant  tantost  une  collerette, 
tantost  une  paire  de  bas  encore  bons  à  porter. 

Madame,  asseurez-vous  que  ie  feray  si  bien,  Dieu  aidant, 
que  vous  aurez  occasion  de  vous  en  louer. 

Fais  le  donc,  et  Dieu  t'en  bénira.  Tiens,  voilà  une  pièce  de 
six  sols  pour  ton  denier-k-Dieu. 
Grand  mercy,  Madame. 
Quand  entreras-tu  en  service  ? 

Si  tost  que  le  terme  sera  escheu.  N'ayez  peur  que  i'aille, 
selon  la  coustume  des  autres,  courir  l'aiguillette  trois  ou 
quatre  jours  durant,  et  friponner  aux  tavernes  des  villages 
d'alentour  de  la  ville  avec  des  garçons  de  niesticr  :  ma 
bonne  mère  m'a  mieux  apprise  que  cela,  toute  pauvre  qu'elle 
est. 

A  Dieu  donc,  Dieu  te  maintienne  en  ceste  bonne  volonté  de 
bien  faire. 
Je  l'espèro.  car  je  l'en  prie  tous  les  jours  ardemment. 


[\]  Ilaben  einen  hubschen  Schiirr  und  Peltz,  eine  Kappe,  ein 
rielfaltiger  weise  nufffjezogenes  Krœss  wie  die  Dœchter^  mit 
einem  breiten  iaffeten  haarbendel,  schuhe  von  snmmethder, 
artitj  gemaehte,  mit  hohpti  und  kreutrerbreiten  Absatspn. 


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KETiE  D  ALSACE 


CHAPITRE    MEXIÈME 


Comment  appelle-t-oo  cesle  niê-cy  ? 

La  friperie  f  f  >,  c'est  à  dire  le  lieu  où  se  veedent  les  vieux 
babils  usex,  fripez,  mais  si  bien  oettovez.  regrettez  et  r*ac- 
commodez,  que  les  lourdauts  les  preneent  et  achètent  pour 
neufs. 

!' ay  ouy  souvent  dire  que,  qui  >'y  entend  bien,  s'y  peut 
honnestement  r'habiller  de  pied  en  cap.  et  à  bon  marché. 

Il  est  vrai,  i*avois  pourtant  ces  jours  passez  fait  dessein 
d'y  aller  troquer  cest  habit  cy  contre  un  meilleur  en  don- 
nant quelques  écus  de  retour  :  mais  un  bon  ami  m*en  a  des- 
gonné  tout  à  fait. 

Pur  quel  moyen  donc  ? 

11  me  jura  qu'il  ne  prendroit  pas  cent  escus  pour  en 
veslir  un  venant  d'un  tel  lieu  :  car  ulisoit-ih  qui  sait  si 
un  tel  pourpoint  u  a  pas  esté  a  un  pendu,  et  vendu  au  fri- 
pier par  le  bourreau  son  bon  et  ordinaire  chaland  :  ou  les 
chausses  h  un  vérollé  (sauf  correction^  et  les  bas  a  un  vilain 
poOacre,  ayant  les  jambes  mangées  de  loups. 

Fy,  ostez-moi  ceste  marchandise  :  i*aimerois  mieux  estre 
habillé  tout  de  toile,  comme  un  moulin  à  vent,  et  ce  nette- 
ment, que  de  me  mettre  en  danger  d'infecter  mon  corps  par 
de  beaux,  mais  sales  habillemens,  ayant  servi  a  un  danseur 
de  corde,  ou  à  un  pèlerin  de  suerie. 


[4]  Der  Grûmpelmarck  oder  Tœndelmarck  aujourd'hui  leGîm- 
pelmerk  qui  se  lient  près  de  ranciennc  gare  après  avoir  eu  lieu 
pendant  de  longues  années  dans  la  rue  du  Vicux-Marchê-aux- 
Vins  et  la  place  de  THomme-de-Fer.  La  date  de  son  établissement 
n'est  pas  connu.  Piton  se  contente  de  le  mentionner. 


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La  Vie  a  sTRAsbouRG  iùl 

CHAPITRE     ONZIÈME 
De  THostelier 


Holà.  N'y  a-il  personne  céans? 

Ouy,  Monsieur,  soyez  le  bien  venu 

Es-tu  le  valet  du  logis  ? 

Ouy,  Monsieur,  h  vostre  service. 

Y  a-il  moyen  de  loger  ceste  nuict  céans? 

Ouy-dà,  Monsieur,  et  y  serez  bien  traicté  :  il  n'y  en  a  point 
de  meilleure  hostelerie  en  ceste  ville. 

Comment  est-ce  que  s'appelle  le  Monsieur  de  céans  ? 

Il  s'appelle  Monsieur  de  nul-lieu. 

Quelle  enseigne  avez-vous  ? 

Une  estrille  d'argent  (4). 

C'est  donc  signe  qu'on  y  est  bien  estrille. 

Mettez  pied  à  terre,  s'il  vous  plaît,  Monsieur,  il  me  semble 
que  vostre  cheval  a  bon  besoin  de  reposer  et  de  repaistre. 

Avez-vous  une  bonne  estable  ? 

Ouy,  et  aussi  de  bon  foin,  et  de  bonne  avoine,  et  paille 
pour  la  lictière. 

N'y  a-t-il  point  de  jument  ou  cavalle? 

Nenny,  Monsieur,  il  n'y  a  qu'un  asne. 

Menes-y  donc  mon  cheval,  et  siffle  pour  le  faire  pisser,  et 
ne  le  desselle  pas  si  tost. 

Le  meneray-ie  k  l'abbreuvoir  pour  le  gueyer  et  abbreu- 
ver  (2)  ? 

Donne-luy  tantost  une  seillée  (3)  d'eau  fresche  :  frotte-luy 
bien  les  iambes  pour  les  luy  essuyer. 

le  ne  trouve  point  de  licol. 


[i]  Einen  silbemen  Striyel. 

[2]  Um  et  zu  Schwemmen  und  zu  trœncken. 

[3]  Eimer, 


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i58  REviK  d'alsace 

H  est  tombé  et  l'avez  perdu  en  chemin. 

Voulez-vous  aller  en  vostre  chambre  ? 

Ouy,  et  viens  moy  aider  k  me  desbolter,   ou  viens-moy 
osier  mes  espenms  et  tirer  mes  bottes. 

Que  voulez-vous  d'avantage  Monsieur  ? 

Apporte-moy  une  ramonnette  (4)  pour  mespousseter,  et  de 
l'eau  fresche  pour  rincer  ma  bouche. 

Voulez  vous  souper  tout  incontinent  ? 

Je  le  voudrois  bien  si  le  souper  estoit  prest,  car  i'ay  grand' 
faim. 

Ne  vous  plaît-il  pas  d'attendre  après  les  autres  f 

Si  fait,  mais  allons  voir  ce  qu'il  y  a  de  bon  en  la  cuisine. 

Il  n'y  en  a  point  de  mieux  garnie  que  celle-cy  :  voilh  du 
bouilli  et  du  rosti  :  du  poisson  cuit,  rosti  et  frit. 

N'y  a-t-il  point  d'œufs  frais? 

Ouy-dà.  Comment  voulez-vous  que  Ton  les  accoustre? 

l'en  veux  de  rostis  h  la  Françoise,  de  pochez  au  beurre,  de 
brouillez  et  une  aumelette. 

Voilà  aussi  une  perdrix  chaude? 

Elle  est  bonne  ainsi  :  car  la  perdrix  n'est  pas  gastée,  que 
cuite  et  froide  mangée,  dit  l'Espagnol. 

Ne  voulez-vous  plus  rien  ? 

Goustons  un  peu  et  sachons  quel  vin  vous  avez. 

Du  nouveau,  du  viex,  du  clairet,  du  blanc  fort  délicat,  elc. 
Voyez  au  chap.  du  Cabaretier. 

Le  bon  vin  eschauffe  le  chemin,  dit  l'Espagnol,   mais  ces- 
luy-lk  est  rude  et  sent  la  lie. 

Il  n'y  en  a  point  de  meilleur  céans. 

Combien  paye-on  par  repas? 

Les  aiïamez  payent  un  demi-escu. 

le  n'ay  donc  guère  grand 'faim. 

Allez-vous  metlre  à  table,  Monsieur  :   les  autres  y  sont 
dcsja. 

le  ne  veux  pas  souper,  ie  me  veux  aller  coucher. 

C'est  le  moyen  de  ne  se  point  gaster  Ja   nuict.  le  vous  y 
nieneray,  quand  il  vous  plaira. 

[I]  Eine  Kphrbfirstp. 


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LA   VIB   A   STIIASBOUUG  259 

Auray-ie  un  bon  lict?  (les  linceaux  blancs,  un  oreillier  et 
une  couverte  ? 

Vous  n'aurez  faute  de  rien.  Mais  de  gn\ce,  quand  est-»ce 
que  vous  voulez  partir  d*icy. 

Demain  au  point  du  jour,  si  je  me  puis  réveiller. 

Pourquoy  ne  demeurez-vous  pas  quelques  jours  icy  ? 

L'hoste  et  le  poisson  après  trois  iours  est  poison. 

Voulez-vous  donc  que  ie  vous  appelle,  et  réveille  vers  la 
poincte  du  jour,  pour  partir  h  porte  ouvrante  ? 

Ouy,  ie  serois  bien  aise,  si  ie  pouvois  arriver  demain  îi  la 
Cour. 

Aussi  ferez- vous  a  vostre  aise,  et  de  bonne  heure. 

N'y  a-t-il  point  de  fusil  (2)  icy? 

Ouy-da.  Monsieur,  en  voila  un. 

Laisseray-ie  la  clef  en  la  serrure  de  la  porte,  ou  si  vous 
voulez  la  fermer  au  verrou  par  dedans. 

Asseur-^  dort,  qui  n'a  que  perdre  :  toutes  fois  l'Espagnol 
dit,  porte  fermée,  teste  gardée. 

Dieu  vous  donne  la  bonne  nuict.  Monsieur. 

Et  a  toy  aussi,  mon  ami  :  ne  m'oublie  pas. 

N'en  ayez  peur,  dormez  seulement  en  bon  repos. 

Debout  debout,  Monsieur.  11  sera  jour  avant  que  vous  soyez 
habillé.  Voià  une  chandelle  allumée  sur  la  tahle. 

As-tu  bien  pensé  mon  cheval  ? 

Ouy,  Monsieur,  et  Tay  sellé  et  bridé  :  et  mesme  luy  ay  fait 
rattacher  un  fer  qui  lochoit  (3;. 

Dis  qu'on  m'appreste  quelque  chose  à  desiuner  pendant 
que  ie  m'habilleray.  S'il  y  a  du  rosti  froid,  qu'on  m'en  face 
un  hachis:  puis  remonte  icy  haut  pour  m'aider  a  chausser 
mes  bottes,  ou  a  me  botter. 

Où  sont-elles,  monsieur?  que  ie  les  descrotte  h  la  haste. 

Elles  le  seront  desja,  comme  ie  pense  :  car  ie  les  recomman- 
day  hieraune  servante,  avec  promesse  de  lui  donner  ses 
espiugles  (4).  Demande-luy  ou  elle  les  a  mises. 

[1]  Weisse  Leinlachen. 
[2]  Feuerzeug. 
[3J  D(U  schlapperte. 
[4»  Trinckgeld, 


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260  REVUE  D^ALSACË 

S'il  VOUS  plaist  de  descendre,  vostre  desjuner  est  prest  i 
un  bon  hachis  sur  le  rechaut,  une  couple  d 'œufs  mollets,  une 
chopine  de  vin  blanc,  et  un  pain  tendre  et  blanc  comme 
neige,  vous  attendent  sur  un  bout  de  table. 

Je  descendray  incontinent  que  j'auray  fait  ma  prière.  Voilà 
le  jour  tout  grand.  Il  est  temps  de  mettre  le  pied  à  Testrier. 
Contez. 

Vous  devez  tant,  pour  vostre  giste  et  vostre  desjuné  :  car 
vous  ne  soupastes  pas  hier  :  puis  pour  vostre  cheval  tant  : 
c'est  en  tout  tant. 

Voilà  ce  que  tu  demandes  pour  ton  maistre  :  et  voici  ce 
que  tu  as  gaigné  en  me  bien  servant,  prends-le  pour  ton 
vin  (4). 

Grand-merci,  Monsieur.  Si  jamais  vostre  chemin  vous  ra- 
mène icy,  et  que  j'y  sois,  ie  tacheray  de  vous  servir  encore 
plus  ponctuellement  que  ie  ne  ay  fait  :  la  récompense  aiguil- 
lonne la  diligence. 

Tire  mon  cheval  de  Testable,  et  le  meine  auprès  du  mon- 
toir.  Tiens  ferme  l'estrier  droict,  tandis  que  ie  monteray. 

N'as-tu  pas  raccourci  mes  estrivières  ?  Elles  me  semblent 
plus  courtes  qu'hier. 

le  n'y  ay  rien  changé.  Si  vous  voulez,  ie  les  allongeray 
d'un  poinct. 

Fay-le  donc  vistement.  Les  voilà  bien  à  ceste  heure.  A 
Dieu,  mon  ami. 

A  Dieu  Monsieur.  Dieu  vous  donne  bon  voyage. 


CHAPITRE    DOUZIÈME 
De  la  Poste 


Garson,  sçais-tu  bien  où  se  tient  le  maistre  des  postes? 
Nenny,  Monsieur,  ie  n'y  ay  encore  iamais  esté, 


(1)  Fwr  dein  Trinckgeld. 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  261 

Sçais-tu  bien  où  est  le  marché  au  blé  (4)  ? 

Ouy,  Monsieur,  vis-a-vis  de  la  haie  aux  pois. 

De  l'autre  costé  dudit  marché  tu  verras  une  grande  maison 
peinclurée,  et  ioignant  icelle  une  autre  faisant  le  coin,  ayant 
un  ours  et  une  lanterne,  peints  à  la  muraille,  c'est  le  poile 
des  consuls  ou  seigneurs  (2),  tourne  ce  coin  l'autre  premier 
coin  (3)  aigu  que  tu  trouveras  h  droicte,  est  le  logis  de  la 
poste  :  on  y  entre  par  le  costé  de  la  main  gauche,  en  voulant 
aller  en  la  rue  de  Saincte-Barbe. 

le  le  trouveray  bien  :  mais  qu'y  feray-ie  ? 

Va  quérir  la  gazette,  et  demande  s'il  n'y  a  point  de  lettre 
pour  moy.  l'attends  mon  change  de  jour  en  jour,  et  responce 
à  mes  dernières,  par  lesquelles  ie  demande  permission  à  mon 
père  de  faire  le  voyage  de  France,  car  il  est  grand  temps  que 
ie  déloge  d'icy,  les  enfans  de  la  rue  m'y  cognoissent,  et  me 
savent  appeler  par  mon  nom  et  surnom. 

Monsieur,  me  voici  desja  de  retour.  La  poste  n'est  pas  en- 
core arrivée.  On  m'a  dit  que  ie  revienne  d'icy  a  une  heure. 

N'y  manque  donc  pas.  Tourne  cest  horloge  de  sable,  et  y 
cours,  quand  il  sera  escoùlé. 

Bien,  Monsieur.  le  m'y  en  revay,  il  est  temps. 

Hé  bien.  Monsieur,  la  poste  est-elle  arrivée  ? 

Ouy,  tout  incontinent  que  tu  as  eu  mis  le  pied  hors  d'icy. 
Voici  une  liste  de  toutes  les  lettres. 

Regardez  un  peu  s'il  n'y  en  a  point,  qui  s'addresse  à  mon 
maistre  et  à  une  jeune  demoiselle  du  pays  de  Wurtemberg 
logée  et  en  pension  chez  nous. 

(i)  Le  marché  au  hié  se  trouvait  anciennement  vis  avis  des  Gran- 
des-Arcades sur  remplacement  des  Petites  Arcades  devant  la 
Taverne  Alsacienne.  Les  marchands  de  blé  avaient  leurs  réunions 
au  Poêle  de  la  Lanterne  de  même  que  les  blaticrs,  les  fariniers, 
les  chirurgiens  et  les  barbiers.  Plus  tard  le  marché  fut  transféré 
sur  la  Place  du  Broglie.  (Piton  1  197). 

(%)  C'est  le  Poêle  de  la  Lanterne,  situé  à  l'angle  de  la  rue 
portant  encore  ce  nom. 

(3^  Jadis  c'étaient  les  bouchers  qui  étaient  chargés  du  transport 
des  lettres  leur  métier  les  forçant  à  parcourir  les  campagnes.  Au 
transport  des  lettres,  ils  joignirent  l'entretien  des  chevaux  pour 
le  transport  des  voyageurs.  Ces  Metzger  posten  se  sont  conservées 
juscju'd  la  fin  du  XVIIe  siècle.  (Piton  1.  c.  II.  p.  45  et  suiv.) 


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262  REVUE   D 'ALSACE 

Comment  est-ce  qu'il  a  nom?  Comment  s'appelle-t-il? 
Comment  est-ce  qu*on  rappelle  ? 

Foin  de  moy,  il  m*est  eschappé  de  la  mémoire,  ie  l'ay 
oublié  :  mais  si  ie  Toy  nommer,  il  m'en  souviendra  bien,  ie 
reconnoitrois  ce  nom  entre  mille. 

Escoute  donc  bien,  ie  liray  tous  les  noms  de  ceux  et  de 
celles  a  qui  on  escrit. 

A  Monsieur  Abrabam,  Albert,  Abel,  Adam,  Adolf,  Alexan- 
dre, Ambroise,  André,  Anthoine,  Arnould,  Aubin,  Auguste, 
Augustin,  cstudiant  en  droict  en  TAcaflémic  de  Stras- 
bourg (1). 

A  monsieur  Ballbasar,  Barthélémy,  Basile,  Benoict,  Bern- 
hard,  Biaise,  licencié  es  loix,  demeurant  h  la  place  de  Saint 
Thomas  h  N. 

A  monsieur  Casimir,  César,  Charles,  Chrestien,  Christofïle, 
Claude,  Clément,  Conrad,  Constantin,  Corneille,  Crespin, 
Cyprian,  Cyriaque,  maistre  es  arts,  etc. 

A  Monsieur  Daniel,  David,  Denys,  Didier,  Dominique, 
bachelier  en  philosophie,  que  quelques  moqueurs  appellent 
fromage  de  brebis. 

A  Monsieur  Elic,  Erhard,  Erneslc,  Esayc,  Slephan,  Ever- 
hard,  Eusebe,  candidat  de  Tun  et  l'autre  dro'ct. 

A  Monsieur  Fabrice,  Félix,  Ferdinand,  François,  Frideric, 
apostat  de  Minerve,  et  grand  courtisan  de  Mars,  Bnchus  et 
Venus. 

A  Monsieur  Gabriel,  Garnier,  Gaspar,  Gautier,  George, 
Gérard,  Godefroy,  Gonlier,  Grégoire,  Guillaume,  Gustave. 

A  Monsieur  Henry,  llerman,  llilaire,  Ilippolyle.  Hubert, 
Hugues. 

.\  Monsieur  lacob,  ou  laques,  Jean,  Jeremie,  Jérôme,  Joa- 
chim,  Joseph,  Josse,  Isaac,  Iules,  lulien. 

A  Lamberl,  Laurent,  Lazare,  Leopold,  Léonard,  Louys, 
Lucas. 

A  Marc,  Marcel  ou  Marceau,  Martin,  Mathias,  Matthieu, 
Maurice,  Maximilian,  Melchior,  Michel,  Moyse. 


(1)  Celle  longue  liste  de  prénoms  est  fort  curieuse  car  elle  nous 
donne  ceux  en  usage  à  Slrasbourj?  h  ce  moment  là. 


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LA    ITIR   A    STUASBOUUG  263 

A  Nicaise,  Nicolas. 

A  Paul,  Philippes,  Pierre. 

AReiny,  Renard,  Renaud,  Richard,  Robert,  Rudolphe. 

A  Salomon,  Samson,  Samuel,  Sebastien,  Sigismond,  Simon. 

A  Thiébaud,  Thierry,  Thomas,  Timothée,  Tobie. 

A  Valenlin,  Valere,  Valerien,  Vincent,  Vit,  Ulric,  Urbain, 
Zacharie 

Voicy  des  lettres  qui  s'adressent  à  c'es  femmes  ou  filles  : 

A  Madame  ou  k  Mademoiselle  Agathe,  Agnes,  Amélie,  An- 
gélique, Anne,Appollonie,  Aureille,  Barbe,  Béatrice,  Blanche, 
Brigide,  Catherine,  Chrestienne,  Claire,  Claude,  Claudine, 
Cléophé. 

Denyse,  Dorothée,  Elisabeth,  Esther,  Félicienne,  Félicité, 
Geneviève,  Gerlrude,  Hélène,  Jeanne,  Jacobée,  Judith, 
Juliene,  Luce  et  Lucie,  Lucrèce,  Magdelaine,  Marguerite, 
Marie,  Marthe,  Ottilie,  Petronelle,  Rachel,  Rose,  Rosine, 
Reyne,  Sabine,  Salomé,  Sara,  Sibille,  Sophie,  Susanne,  Vé- 
ronique, Ursule. 

Il  n*y  a  rien  pour  moy  à  ce  que  i'entens. 

Quels  saugrenez  noms  ont  donc  tes  gens  qu'ils  ne  sont  pas 
entre  ceux-cy  ?  Ton  maistie  s*appelle-t-il  Pluton  et  sa  pen- 
sionnaire Proserpine?  Ou  bien  Aristote,  Ciceron,  Alquis, 
Urgande,  Gargamelle,  Gargantua  ou  Panurge. 

Nenny,  il  m'en  ressouvient  h  ceste  heure,  mon  maistrq 
s'appelle  Ferri  et  la  fille  Catin. 

0  lourdaut  que  tu  es  î  ne  sais-tu  pas  encore  que  Ferri  et 
Catin  sont  noms  et  mots  abbrégés  et  corrompus  de  Frideric 
ou  Federic  et  Catherine? 

Tiens,  voilk  deux  paquets  de  lettres,  a  chascun  le  sien. 

Que  faut-il  pour  le  port? 

Un  demi-teston  (4)  pour  chascun. 

Dois-ie  aller  quérir  l'argent  et  laisser  ici  les  lettres  car  ie 
n'en  ai  point  sur  moy? 

Nenny,  emporte-les.  l'envoyeray  d'icy  a  une  demie  heure 
mon  garçon  chez  vous  avec  la  gazette,  quand  cet  honneste 
homme,  que  voilà,  aura  achevé  de  la  lire.  Ton  maistre  le 
pourra  payer  avec  un  petit  reste  qu'il  me  doit  encore,  comme 

{\)  Rin/ialh  fxOf}fstù(^'. 


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264  REVUE  d' ALSACE 

il  sçail  bien.  Dy-luy  que  s'il  veut  rescrire,  il  tiennne  ses 
lettres  prestes  pour  demain  matin,  à  dix  heures  :  par  ce 
qu'outre  la  poste  ordinaire  de  lundi  et  de  vendredi,  il  en  par- 
tira une  extraordinaire  pour  des  affaires  d'Ëstat. 

Bien,  Monsieur.  A  Dieu. 

Lès  maladies  viennent  en  poste,  et  s'en  retournent  à  pied. 

Les  chevaux  de  relais,  que  montent  les  estrangers  courans 
la  poste,  n'ont  que  faire  d'estre  piquez  ou  frappez  d'un  nerf 
de  bœuf,  ils  suyvent  d'eux  mesmes  le  postillon,  qui'galope  de- 
vant  sonnant  de  son  cor. 

Il  se  faut  fournir  de  bon  coussinets  pour  n'estre  escorché 
entre  les  jambes  ou  fesses,  et  avoir  un  chapelet  bien  adjusté. 


CHAPITRE    TREIZIEME 


Du  Voyageur 


Quelle  nation  de  la  chrestienté  est  la  plus  désireuse  de  voir 
les  pays  estrangers  ? 

Il  n'y  a  point  de  peuple,  dont  quelque  particulier  n'aye 
fait  quelque  grand  voyage  :  car  on  dit,  qu'un  Anglois, 
nommé  Drack,  a  fait  le  tour  de  cette  boule  aquatique  et  ter- 
restre par  trois  fois  :  un  François,  nommé  Monsieur  de  Lcrry 
(et  depuis  luy  plusieurs  autres)  a  fait  le  voyage  de  l'Améri- 
que ;  les  Espagnols  et  Portugais  vont  d'ordinaire  au  Peru 
chercher  de  l'or  pour  forger  des  pistoles  :  mais  qui  voudra 
parler  franchement  et  à  la  vérité,  advoûera  qu'en  commun 
les  Allemands  sont  les  plus  grands  voyageurs  du  monde. 

Je  suis  de  vostre  advis,  car  ie  voy  qu'en  ceste  ville  on  ne 
tient  conte  d'un  homme,  qui  n'a  rien  veu  ;  on  l'appelle  ros- 
tisseur  de  pommes  derrière  le  fourneau,  gardeur  de  poile  ou 
casanier  (4).  Les  meilleurs  valets  et  compagnons  de  mes- 
tiers  sont  mesprisez  et  moquez,  s'ils  u'ont  battu  de  la  semelle 
et  mangé  de  la  vache  enragée,  ce  qu'ils  appellent  wandern 

({)  Ein  œpffelbrater,  stulenhilter  und hausspennal. 


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LA    VIE   A   STRASBOURG  265 

et  leur  dit-on  qu'ils  ont  fait  un  long  voayge  comme  une  queue 
de  vache  (sauve  correction)  d'une  fesse  à  l'autre  (1)  ou  un 
peu  plus  honnestement  en  François,  qu'ils  ont  vu  beaucoup 
de  pays  par  le  soupirail  de  leur  cave.  Quant  aux  gentils- 
hommes ils  font  premièrement  le  tour  de  l'Allemagne  pour  y 
voir  les  plus  grandes,  fortes  et  renommées  villes,  es  villes 
anséatiques,  impériales,  les  courts  et  résidences  des  Electeurs 
et  autres  Princes,  les  Académies,  puis  en  fin  se  rendent  en 
ceste  Ville-Franche  Impériale,  comme  k  un  port,  où  il  advient 
quelle  route  ils  doivent  prendre  :  et  y  faisant  halte,  ap* 
prennent  les  fondemens  des  langues  Françoise,  Italienne  et 
Espagnole,  afin  de  pouvoir  voyager  dans  ces  paqs-lk  sans 
Irucheman. 

Quel  chemin  prenent-ils  en  partant  d'icy  pour  aller  en 
France  ? 

Le  plus  ordinaire  en  temps  de  paix,  est  la  Lorraine,  car 
ayant  loué  un  coche,  ils  vont  par  Saverne,  Falsebourg  et 
Nancy,  droict  à  Paris  :  mais  depuis  que  la  Lorraine  four- 
mille de  gens  de  guerre,  ils  prennent  la  route  de  Basle,  tra- 
versent la  Suisse  et  par  Genève  vont  à  Lyon  :  ou  bien  s'em- 
barquans  icy  avec  des  marchands,  qui  vont  k  la  foire  de 
Franckfort,  descendent  le  Rhin,  jusques  au  Pays-bas,  et 
de  Ik  gaignent  la  France.  Je  cognois  des  bourgeois  de  ceste 
ville  qui  ont  esté  au  Saint-Sepulchre,  qui  est  en  la  terre  de 
promission,  c'est  k  dire  en  Judée,  que  les  mescréans  Turcs 
tiennent  k  présent.  Tay  moy-mesme  un  cousin  de  par  ma 
première  femme,  communément  appelé  l'Indien,  par  ce  qu'il 
a  été  plusieurs  années  es  Indes,  du  quel  voyage  il  a  mis  un 
livre  en  lumière. 

Sans  cestuy-lk  i'ay  cognu  un  fils  de  pasticier,  qui  y  a  esté 
trois  fois,  et  en  a  rapporté  plusieurs  raretez  comme  aussi  un 
autre  qui  avoit  esté  en  Turquie  avec  un  ambassadeur  :  mais 
k  ceste  heure  il  est  au  grand  royaume  des  taulpes. 

Quelles  choses  sont  requises  en  un  homme  qui  veut  seure- 
ment  vogagerî 


{{)  Ste  seien  gewandert  wie  ein  Kûhwadel  von  einem  arsba- 
cken  zum  andem. 


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266  RBVUE  d' ALSACE 

Qu'il  aye  œil  de  faucon,  oreilles  d'asne,  visage  de  singe, 
bouche  de  porc,  espaules  de  chamau  et  jambes  de  cerf. 

Cela  suffît-il  ? 

Nenny,  car  il  faut  qu'il  aye  aussi  une  ceinture  farcie  de 
ducats  ou  pistoles,  le  brin  d'estoc  en  main,  du  cœur  au  ven- 
tre, et  de  la  discrétion  en  la  teste.  Comme  aussi  bonne 
cognoissance  des  chemins,  sentes  ou  pied-sentes  et  destours, 
ou  une  bonne  guide  :  de  peur  qu'il  ne  s'esgare  en  quelque 
chemin  fourchu  et  peu  hanté  ou  batu.  Qu'il  sçache  combien 
un  village  est  éloigné  de  l'autre,  combien  de  lieues  il  y  a 
d'une  ville  à  l'autre  :  s'il  y  a  des  relais  on  non  :  si  le 
chemin  est  sewr  ou  dangereux.  Il  doit  aussi  bien  cognoistre 
la  monnoye  du  pays,  iusques  où  elle  a  cours  et  est  de  mise. 
Et  mesme  ne  doit  pas  être  si  curieux  de  contempler  à  gueule 
bée  des  bastimens  magnifiques,  et  principalement  des  églises 
et  chapelles,  richement  parées,  (ne  se  pouvant  faire  qu'en 
fléchissant  le  genou  devant  Baal  au  risque  du  salut  éternel, 
que  d'apprendre  la  langue  du  lieu,  et  en  suite,  par  la  conver- 
sation d'honnestes  gens,  le  gouvernement  et  la  police,  avec 
les  uz  et  mœurs,  pour  en  faire  son  proût  en  temps  et  lieu. 
S'il  fait  autrement,  et  qu'il  n'aye  point  d'autre  avantage  sur 
son  cheval  au  retour  d'Italie  que  de  sçavoir  raconter  comment 
sont  faites  les  gondoles  de  Venise,  ou  comment  au  cœur  de 
l'esté  on  raffreschit  le  vin  avec  de  la  glace,  ou  neige  :  ou  ne 
rapporte,  du  voyage  de  France,  qu'un  chapeau  en  couvercle 
de  buée,  environné  d'une  plume  (1),  un  pourpoint  aiguillette 
il  la  Suabe  iusques  sous  les  aisselles;  et  un  rabat  lui  cou- 
vrant les  espaules  en  guise  de  peignoir  de  demoiselle  (2),  des 
chausses  à  la  malelotte  :  des  bas  froncez  en  courcaillet,  eldes 
bottes  à  sauter  dedans  k  pieds  joincts,  et  dormir  tout  debout 
en  sentinelle  (3);  on  pourra  k  bon  droict  dire  de  luy,  que  luy 

(I)  Eiiien  Hut  wie  einen  Bauchdeckel  mit  einer  rings  heruni 
anf/eneheten  Feder. 

{t)  Und  ein  Wambs  mit  nesteln  biss  unte?*  die  Achseien  auf 
y  ut  Schicœbisch  behenkt  und  einen  Ueberschlag  der  ihme  wie 
einer  Jungfrawen  Nackmœntel  oder  Jfaartuch  die  schultern 
bedecht. 

[3]  Item  Bootsgesellen  oder  Schiff  knechts  hosen,  gefœltens 
Strûmpffe  und  weite  Fi^cher-odcr  Èauren  stie/fel  in  weiche  man 
kinein  Springen  und  auf  der  Schilttcacht  stehend  schlaffen 
kœnnte. 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  267 

et  son  cheval  sont  deux  bestes,  et  que  qui  beste  à  Home  va, 
beste  en  revient. 

Qu'est-ce  que  vous  entendez  par  Baal,  dont  vous  avez  tan- 
tôt fait  mention  ?  Y  a-t-il  encore  des  Baalins  entre  les  Chres- 
tiens? 

Les  sages  et  orthodoxes  théologiens  appellent  Baal  toute 
créature  k  qui  les  hommes  font  un  honneur  religieux,  ou  luy 
rendent  un  culte  ou  service  deu  à  Dieu  seul.  Voila  pourqoy 
ceux-là  s'appellent  k  bon  droit  idolâtres,  qui  fléchissent  le 
genou  devant  Baal,  en  ce  que  pour  contenter  leur  curiosité, 
ils  entrent  dans  de  magnifiques  Églises  et  chapelles  remplies 
d'images  (qui  s'appellent  Idoles  en  Grec)  de  saincts  et  sainc- 
tes,  enrichies  d'or,  d'argenl,  de  perles  et  de  pierreries,  avec 
nécessité  de  s'asperger  d'eau  bénite,  et  tirer  le  chapeau, 
voire  mesmc  s'agenouiller  devant  les  distes  images,  de  peur 
d'eslre  mis  dehors  par  les  espaules,  graissez  d'huile  de  cot- 
rets,  ou  traînez  a  l'inquisition,  pour  par-apres  cstre  bruslez 
vifs,  enfumez  ou  roslis  à  petit  feu,  en  cas  qu'ils  persistent 
constamment  à  la  confession  de  la  vray  foy  sans  devenir 
renégats. 

A  Dieu  ne  plaise  que  l'on  soit  idolâtre  pour  cela  ;  i'ay  un 
amy  bon  Evangelique,  qui  a  esté  à  Saincte-Lorette,  y  a  veu 
tout  ce  qu'il  y  avoit  k  voir  y  est  entré  comme  les  autres 
marchant  sur  les  genoux,  et  n'en  sent  pourtant  sa  conscience 
chargée,  parce  (dit-il)  qu'estant  k  genoux  et  teste  nûe  devant 
les  images,  il  disoit  sa  Pate-nostre,  et  prioit  Is  vray  Dieu 
vivant,  sans  addresser  sa  prière  k  l'image,  ni  k  celuy  qu'elle 
représentoit.  le  doute  fort  si  ceste  excuse  ou  eschappatoirc  le 
pourra  laver  de  ce  crime  devant  le  Juge  et  Législateur  de  tout 
le  Monde,  qui  commande  k  tout  homme  d'aimer  et  honorer 
son  Créateur,  de  tout  son  cœur,  de  toute  son  âme,  et  de  tou- 
tes ses  forces.  (Deuter,  6  verset  5)  S'ensuit  donc  qu'il  ne  faut 
pas  honorer  Dieu  de  l'Esprit  seul,  qui  n'est  que  une  partie  de 
nous,  mais  aussi  du  corps,  pur  gestes,  contenance,  et  paro- 
les, donnant  bon  exemple  au  prochain,  qui  ne  peut  pénétrer 
de  ses  yeux  dans  nos  pensées,  et  est  confirmé  en  son  erreur, 
par  ce  qui  se  présente  k  sa  veue.  Dieu,  qui  a  fait  corps  et 
ame,  est  noslre  Seigneur  lige  ne  souffre  point  de  partage 
avec  son  ennemi  et  le  nostre  :  ni  qu'on  l'honore  secrètement 


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268  REVUE  d'alsàce 

et  deshonore  ouvertement,  pliant  les  genoux  du  cœur  devant 
le  Créateur,  et  ceux  du  corps  devant  la  créature,  contre 
Texpresse  défense  de  TÉternel.  Si  cet  eschappatoire  estoit 
valable,  ces  saincts  et  sages  personnages  Sçadrac,  Mesçac  et 
Habednego  dont  est  parlé  au  troisième  chapitre  du  prophète 
Daniel,  auroient  esté  niaisement  scrupuleux,  et  lourdement 
religieux,  de  se  laisser  jeter  dans  une  fournaise  ardente,  plus- 
tost  que  de  s'agenouiller  devant  une  image  d'or.  Mais  ces 
vrays  serviteurs  de  Dieu,  se  recognoissans  vassaux-liges  du 
lloy  de  Tunivers,  savoient  bien  que  ces  simulations,  et 
dissimulations,  et  partage  du  corps  et  de  Tàme  à  parties  si 
disproportionnées,  n'estoient  que  coussinets  du  Diable  fournis 
aux  consciences  mondaines,  pour  les  endormir  dessus,  rem- 
plis de  mesme  duvet,  qu'est  la  distinction  de  ces  mots  Idole, 
et  image,  qui  bien  qu'ils  ne  soient  qu'une  mesme  chose,  se 
distinguent  par  les  idolâtres,  ou  serviteurs  d'images  en  ceste 
sorte,  qu'idole  est  une  représentation  d'une  chose,  qui  n'est 
point,  comme  les  statues  et  tableaux  de  Jupiter,  Junon, 
Vénus,  Mars,  Neptune,  etc.  mais  qu'image  est  la  représentation 
d'une  chose  qui  a  esté,  comme  les  statues  et  tableaux  ou  pour- 
traictsdes  Saincts.  Mais  quoy  qu'on  accorde  tout  cela,  si  est-ce 
que  le  commandement  du  Tout-puissant  couché  en  termes  clairs 
(Exode  20.  verset,  4  et  5)  nous  défend  tel  honneur  et  service 
des  images  en  ces  propres  termes  :  tu  ne  feras  image  taillée, 
ni  image  ou  ressemblance  aucune  des  choses,  qui  sont  là 
haut  es  cieux,  ni  cy  bas  en  la  terre,  ni  es  eaux  dessous  la 
terre. 

Tu  ne  te   prosterneras  point  devant  icelles,  et  ne  les 
serviras  etc. 

Si  quelq'un  ferme  les  yeux  devant  ce  soleil,  qu'il  soit  aveu- 
glé a  son  dam  (1). 


(1)  Dommage. 


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Là   \^IE  à  STRASBOURG  26Ô 

CHAPITRE  QUATORZIÈME 
Da  Soldat 


Dieu  vous  gard'  pays  ? 

Hé  !  quel  changement  est-ce  Ik? 

Au  lieu  d'un  habit  noir  d'esiudiant  en  théologie,  vous 
avez  des  chausses  rouges,  avecun  bufflejet  la  8arpc(l)  au  costé. 
Je  vous  ay  envisagé  plus  de  trois  fois,  avant  que  vous  pou- 
voir remettre,  ou  recognoistre,  et  n'aurois  pas  encore  creu  à 
mes  yeux  sans  le  tesTiOignage  de  mes  oreilles,  qui  vous  ont 
recognu  k  la  parole.  A  ce  que  je  voy,  vous  avez  jecté  le  froc 
aux  orties. 

Que  voulez-vous  que  j'y  face,  le  temps  se  change  et  nous 
aussi.  11  faut  faire  de  nécessité  vertu.  La  guerre  a  ruiné 
nostre  pauvre  pays,  les  soldats  ont  mis  mes  chers  père  et 
mère  au  blanc,  tellement  qu'ils  n'ont  plus  de  quoi  m'entre- 
tenir  aux  estudes,  voilk  pourquoy  je  me  suis  fait  enroller  pour 
vivre,  et  regaigner  quelque  chose  (2). 

Ouy  bien,  mais  des  poux,  et  des  coups  :  car  il  n'y  a  plus 
ni  riffle  ni  raffle  par  toute  l'Allemagne,  vous  venez  comme 
moustarde  après  souper,  ou  après  la  feste.  Quasi  tous  les 
villages  et  bourgs  ont  esté  non  seulement  rançonnez,  brans- 
quêtez  et  pillez,  mais  enfin  réduits  en  cendres  :  les  foibles 
villes  prises  par  plusieurs  fois  et  autant  de  fois  reprises,  sac- 
cagées et  en  partie  bruslées  ;  les  fortes  surchargées  de  gar- 
nisons, espuisées  par  tailles,  capitations,  corvées,  entretene- 
ment  de  soldats^  et  double  ou  triple  cent.  Sans  mettre  en 
conte  l'interruption  du  commerce,  la  famine  et  la  mortalité. 

\\  n'y  a  remède  :  k  chose  faite,  conseil  est  pris.  J'ay  vendu 
ma  liberté  par  le  conseil  de  cet  honneste  homme-cy  qui  a 


(4)  Degen, 

(2)  Il  ne  faut  pas  oublier  que  Daniel  Martin  écrivait  son  livre 
en  pleine  Guerre  de  Trente  Ans  et  que  ses  tableaux  ne  sont  que 
trop  véridîques. 


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HEVUK   D  ALSACE 


desjà  longtemps  porté  les  armes,  et  m'a  fait  accroire  que 
c'estoit  une  plaisante  vie  :  et  que  quand  on  est  logé  en  un 
bon  quartier,  où  Ton  vit  k  discrétion,  on  y  espargne  sa  solde. 

Vous  devriez  plustost  dire  qu'on  y  vit  avec  indiscrétion, 
lorsqu'on  vit  sur  le  bon  bomme,  et  qu'on  luy  mange  le  sien 
sans  le  payer. 

Si  on  nous  donnoit  de  meilleurs  gages  que  six  chefifs 
florins  et  mesme  mal  payez,  nous  ne  serions  pas  contraints 
de  donner  le  chapelet  ou  fronteau  aux  pieds-gris  pour  en  tirer 
ou  espreindre  de  l'argent  (i). 

Mais  avec  quelle  conscience  pouvez-vous  faire  cela  1 

Un  homme  qui  suit  la  guerre  de  conscience  n'a  guère.  Un 
résolu  soldat  doit  estre  sans  femme,  sans  enfans  ou  sans 
piété  et  pitié. 

Voilà  de  mauvaises  qualitez,  qui  conduisent  dans  le  grand 
chemin  d'Enfer.  J'aimerois  mieux  mourir  de  faim,  que  faire 
un  peu  de  temps  goguaille  ou  ripaille,  et  payer  puis  après  un 
si  cher  escot  en  l'estang  de  feu  et  de  soulphrc 

Nous  autres  soldats  ne  pensons  point  si  loing,  et  ne  voyons 
pas  plus  loing  que  nostre  nez  :  nostre  seul  refrain  est,  il  faut 
vivre,  cà,  paysan,  k  manger  et  de  l'argent.  Pourtant  allons- 
nous  k  la  petite  guerre,  la  où  nous  faisons  parfois  de  bon 
butin. 

Ouy,  mais  gare  la  corde, 

Qui  ne  se  hazarde  n'est  jamais  pendu. 

Ostcz-moy  cette  paille,  j'aimerois  mieux  qu'on  m'appellast 
pourdisner:  je  ne  mourrois  pas  voluntiers  tout  debout,  ni 
du  haut-mal  ou  du  mal  caduc. 

Vous  craignez  votre  peau,  comme  je  voy,  et  seriez  bon 
soldat  en  temps  de  paix,  ou  en  une  bataille,  où  l'on  se  battist 
k  coup  de  pommes  cuites,  encore  voudriez-vous  qu'on  gar- 
dast  la  veue. 

Vous  l'avez  deviné:  vous  y  estes,  laissez  vous  choir.N'y  portez 
donc  pas  vos  chausses,  car  les  gens  de  guerre  sont  malicieux, 
ils  visent  tout  exprès  aux  personnes,  et  donnent  aussi  bien 
dans  les  yeux  qu'autre  part,  tant  ils  sont  indiscrets. 


(i)  So  wœren  wir  nit  gesxcungen  die  Bauren  su  Knœbeln 
oder  rœdeln,  geld  ans  ihnen  su  pressen. 


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La   vie  a   STRASBOURG  2/1 

J'aime  mieux  donc  en  parler,  que  d  y  assister.  De  peur 
donc  qu'on  ne  se  moque  de  moy  usant  de  termes  impropres, 
je  voudrois  que  vous  me  donnassiez  une  liste  de  termes 
militaires. 

Je  le  ferois  volontiers,  si  nous  estions  ailleurs,  où  il  fist 
plus  chaud,  car  ceste  place-cy  n'est  pas  tenable. 

Venez  tous  deux  chez  moy,  mon  poile  est  chaud. 

Entrez,  Messieurs,  le  poile  se  refroidira  si  nous  laissons 
longtemps  la  porte  ouverte. 

0  qu'il  fait  bon  céans. 

Asseez-vous  Ik,  on  nous  apportera  tout  incontinent  un  pot 
de  vin. 

Il  n'en  seroit  pas  besoin,  Monsieur;  toutesfois  nous  ne 
vous  controllerons  pas  en  vostre  logis.  Pour  les  termes  mili- 
taires voyez  le  chap.  de  l'Exerceur  de  soldats,  item  celuy  de 
l'ingénieur,  touchant  la  fortification  :  ausquels  j'adjousteray 
ceux-cy. 

Parade,  le  mot  ou  mot  du  guet.  Un  bataillon  d*infanleric. 
Une  escorte  ou  un  convoy.  Place-monstre.  Un  corps  de  garde, 
une  sentinelle.  Une  sentinelle  perdue,  un  guet.  Lever  des 
troupes.  Avitailler  une  ville,  c'est-k-dire  la  garnir  de  muni- 
tions de  gueule.  Fortifier,  remparer.  Gabioner.  Monter  en 
garde.  Je  suis  franc  de  garde  ou  je  ne  fay  point  de  faction. 
Qui  vive?  Qui  va  la?  Ami.  Ronde.  Faire  passer  monstre. 
Prester  le  serment.  Faire  prester  le  serment.  Casser  un  soldat. 
Le  garder  des  armes.  Le  faire  passer  par  les  armes.  Battre  la 
strade.  Aller  k  la  descouverte.  Prendre  langue.  Faire  escorte 
k  quelqu'un  ou  le  convoyer.  Commander  un  régiment.  Mar- 
cher, faire  aile.  Armer  des  soldats  nouvellement  levez.  Dé- 
sarmer les  bourgeois.  Les  François  ont  joint  les  Ilolandois 
ou  se  sont  joint  k  eux.  Ëmbarasser  les  chemins.  Fermer  ou 
boucher  les  advenues.  Desembarasser.  Couper  les  vivres. 
Faire  des  courses  dans  un  pays.  Ravager,  gaster.  Faire  le 
gast  ou  desgast.  Loger  des  soldats.  Distribuer  des  bulletins 
ou  étiquettes.  Les  soldats  se  débandent.  Se  mutinent.  Recon- 
noistre  une  ville,  la  bloquer.  L'investir,  sommer,  assiéger. 
Attacher  un  pétard.  Pétarder  une  porte.  Faire  jouer  le  pé- 
tard. Battre  une  ville.  Dresser  une  batterie.  Faire  les  appro- 
ches. Faire  brèche  suffisante  ou  raisonnable.  Parlamenter. 


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â^2  REVUE  D^AL6AGÈ 

accorder.  Minuter  de  se  rendre.  Se  rendre  à  composition. 
Donner  des  ostages.  Sortir  bagues  sauves.  Tambour  battant 
enseignes  desployées,   balle    en  boucbe,  mesche  allumée. 
Avec  Tespée  au  costé.  On  les  a  envoyez  avec  le  baston  blanc. 
Faire  une  sortie.  Estre  recoigné  avec  perte.  Tenir  encore  bon. 
Espérer  ou  attendre  du  secours.  Secourir  ou  desgager  une 
ville.  Faire  lever  le  siège  k  Tennemi.  Monter  à  l'assaut.  Estre 
repoussé.  Combler  les  fossés.  Avancer  la  gallerie.  Miner  le 
rempar.  Faire  jouer  la  mine.  Contreminer.  Eventer  la  mine. 
Prendre  une  ville.  L'emporter  d'assaut.  Cette  place  n'est  pas 
tenable.  Elle  ne  sçauroit  soutenir  un  siège.  Elle  n'est  pas  de 
défense.  11  la  faut  démanteler,  raser  ou  esplanader  les  rem- 
parts. Ceste  place  est  imprenable.  Si  on  ne  l'affame.  Ils  ont 
faute  de  munitions  de  guerre.  Comme  de  poudre,  boulets, 
balles  et  mesme  de  sel,  bois  et  fourrage.  Escalader.  Prendre 
par  escalade.  Prendre  une  ville  d'emblée  ou  la  surprendre. 
Mettre  ou  faire  passer  au  fil  de  Tespée  tout  ce  qui  se  trouve 
en  armes.  Tuer  à  la  chaude.  Poignarder  de  sang-froid.  Mettre 
une  ville  à  feu  et  k  sang.  N'espargner  pas  l'enfant  au  ventre 
de  sa  mère.  Violer  et  forcer  femmes  et  filles.  User  de  cruau- 
tez  barbares  et  inouyes.  Espancher  ou  respandre  le  sang 
innocent.  Assommer  les  vieillards.  Esgorger,  escraser,  des- 
membrer  les  enfançons  comme  k  Magdebourg.   Ranger  une 
armée  en  battaille.  Attaquer  l'escarmouche.  En  venir  aux 
mains.  Affronter  l'ennemi.  Luy  présenter  la  battaille.  Sonner 
k  la  charge.  Donner  dedans.  Enfoncer  l'ennemi,  Faire  boire 
une  salve  ou  escopetter  k  l'ennemi.  Charger  l'aile  droicte,  la 
percer.  L'avant-garde.  L'arrière-garde.  Le  gros  de  l'armée 
ou  la  battaille.  Faire  jouer  le  canon  ou  l'artillerie.  Esclaircir 
les  rangs.   Faire  voler  testes  et  bras.  Passer  sur  le  ventre. 
Charcuter  ou  chapeler.  Tailler  en  pièces.  Rompre  ou  mettre 
en  route  k  platte  cousture.  Poursuivre  les  fuyards  ou  leur 
chauffer  les  espérons  ou  tailler  des  croupières.  Le  carnage 
fut  grand  en  la  battaille  près  de  Leipzig  et  en  celle  de  Lûtzen. 
On   nous  avoit  mené  k  la  boucherie.  On  en  prit  fort  peu  k 
mercy.  On  donna  quartier  k  peu  de  soldats  en  la  prise  de 
Francfort  sur  le  Viadre  (Oder)  k  cause  de  la  fresche  mémoire 
de  la  cruauté  excercée  sur  la  garnison  de  Neubrandenbourg. 
Gaigner  la  battaille.  Emporter  la  victoire.  Gaigner  le  champ 


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La   vie  a   STRASBOURG  273 

de  battaille.  Sonner  la  relraicte.  Licentier  les  troupes.  Congé- 
dier une  armée.  Avoir  du  pire.  Perdre  la  battaille.  Faire  jour. 
Se  desbander.  Tourner  le  dos.  Prendre  la  fuite.  Chargera 
balle,  à  balle  ramée.  Desmonter  un  cavalier.  Cet  homme  est 
charmé,  il  le  faut  assommer  à  coup  de  crosse  de  mousquette 
o^  d'une  hache,  afin  qu'il  s'en  aille  en  Paradis  droict  comme 
une  faucille  sur  un  relais  d'Enfer. 


CHAPITRE     QUINZIEME 
De  rAnatomiste 


Comment  est-ce  que  l'on  appelle  un  corps  descharné  dont 
les  08  sont  remis  en  leurs  lieux,  et  attachés  ensemble  avec 
du  fll  de  fer,  ou  du  fil  d'archal  ? 

Le  commun  peuple  l'appelle  une  carcasse,  une  antomie 
(pour  anatomie)  et  les  doctes  un  squelet  ou  une  squelette. 

Quels  sont  les  accidens  de  la  peau  humaine  ? 

Il  y  a  la  couleur,  qui  est  blanche,  vermeille,  blesme,  brune, 
basanée  k  l'Espagnole,  noire  à  la  Morisque,  ou  jaune  comme 
aux  filles  qui  ont  la  jaunisse.  On  dit  aussi  le  teinct  du  visage 
pour  la  couleur  :  et  le  cuir  pour  la  peau:  comme  aussi  la 
charmure  pour  la  chair.  La  peau  est  sujette  aux  cirons, 
yeB^ies,  everoUes,  ampoulles,  verrues  ou  porreaux,  à  la 
dartre,  au  feu  volage,  aux  bourgeons  ou  bubes,  au  feu  sainct 
Antoine,  h  la  petite  vérole,  rougeole,  jarce,  gratelle,  gale, 
ti^ne,  et  à  la  crasse  lorsque  l'on  est  long  temps  sans  se  laver. 
Les  cheveux  et  les  poils  sont  tant  dessus  la  teste,  qu'aux 
sourcils,  paupières,  sous  les  aisselles,  au  dessus  des  lèvres 
qui  font  les  moustaches,  et  au  menton  qui  est  le  principal  siège 
de  la  barbe  :  les  crins  appartiennent  aux  chevaux.  Dessous  la 
peau  s'amassentlesapostumes,dont  quelques-unes  s'appellent 
doux  ou  frondes,  qui  estant  meurs  et  venus  a  suppuration, 
percent  la  peau  d'eux-mesme,  si  d'advenlure  la  douleur  ne 
contraint  le  patient  h  y  faire  donner  un  coup  de  lancette,  ou 
l'ouvrir  avec  un  emplastre  apéritif,  pour  en  faire  sortir  la 


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274  REVUE  B^ALSÀdE 

boue,  pus  ou  matière.  Après  cela  vient  la  chair  avec  les 
veines,  nerfs,  tendons,  muscles,  tendrons  ou  cartilages,  et 
les  os  avec  la  moiielle. 

Racontez-moy  un  peu  les  parties  de  la  teste  avec  leurs  fonc- 
tions et  mauvais  accidens. 

Pour  commencer  par  dehors  il  y  a  les  temples,  et  les  oreil- 
les qui  sont  l'instrument  de  Touye,  premier  et  principal  sens, 
(sans  lequel  Tàme  est  privée  de  sa  nourriture  salutaire,  la 
parole  de  Dieu,  vray  pain  cœleste)  lequel  estant  offensé, 
rhomme  est  sourdant,  ou  est  sourd  tout  à  fait,  c'est  à  dire, 
oit  dur,  ou  n'entend  goutte.  Par  devant  est  le  front,  qui  est 
ridé,  ou  plein  de  rides  aux  vieilles  gens  et  jeunes  renfrognez. 
Un  peu  plus  bas  sont  les  yeux,  siège  du  noble  sens  de  la  veue, 
et  second  en  dignité,  comme  un  pédagogue  muet  nous  meine 
par  la  main  en  la  cognoissance  d'un  Dieu  Tout  puissant,  nous 
faisant  voir  ses  œuvres  admirables.  Or  selon  la  bonne  ou 
mauvaise  disposition  ou  complexion  de  la  prunelle  et  de  ce 
qui  en  dépend,  un  homme  a  bonne  veûe  et  void  clair  et  de 
loing  :  ou  bien  a  la  veûe  courte  ou  basse,  et  regarde  de  près. 
Quelques  uns  sont  borgnes  (k  qui  on  a  crevé  un  œil)  d'autres 
aveugles,  et  ne  voyent  goutte.  Les  uns  sont  chassieux,  et 
fourniroient  bien  de  cire  une  paroisse  :  les  autres  lousches 
ou  lorgnards,  quand  ils  louschent  ou  lorgnent  des  yeux.  Un 
peu  plus  bas  entre-deux  est  situé  le  nez,  instrument  du  troi- 
sième sens  en  ordre,  (mais  non  en  dignité  h  mon  advis)  qui 
est  le  flair  :  par  ce  canal  ayant  deux  trous  appeliez  narines 
(ou  naseaux)  pénètrent  et  montent  de  bonnes  et  mauvaises 
odeurs  ou  senteurs  dans  le  cerveau,  qui  est  composé  du  test 
et  de  la  cervelle.  Ce  mesme  conduict  sert  de  gouttière  audit 
cerveau,  qui  se  purge  en  esternuant,  et  jettant  par  iceluy  le 
rheume  et  la  morve  :  laquelle  si  quelqu'un  renifile,  et  ne  se 
mouche  pas  soigneusement,  ou  l'appelle  morveux.  Quant  à 
la  forme  du  nez,  l'un  l'aaquilin,  et  ainsi  dit-on  qu'il  a  un 
nez  d'Empereur,  qu'il  est  bien  emmenché  de  nez,  qu'il  a  esté 
des  premiers  à  la  foire  aux  nez.  L'autre  est  camus  ou  camard, 
a  un  nez  d'as  de  treffle  ou  de  pompette,  et  si  on  en  jette  le 
chat  aux  jambes  a  sa  nourrice  qui  avoit  les  tetins  trop  durs, 
et  !e  Uiy  ont  ainsi  rebouché.  Le  travers  d'un  doigt  plus  bas,  est 
la  bouche,  siège  du  quatrième  sens  (mais  troisième  en  digni- 


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La  VIB  a  STRASBOURG  ^        275 

lé)  qui  est  le  goust,  faisant  sa  principale  résidence  en  la  lan- 
gue et  au  palais,  et  ayant  p^ur  valets  dans  les  maschoires  et 
gencives  les  dens  incisoires  ou  de  devant,  les  meulières  et 
œillères,  pour  couper  et  mascher  la  viande,  puis  Tayant 
goustée  rhomme  Tavalle,  renvoyant  dans  la  gorge  ou  gosier. 

Mais  où  logerez-vous  raltouchement,  ou  senlimenl? 

Il  est  par  tout  le  corps,  et  le  voudrois  tenir  pour  le  qua- 
trième sens  en  dignité  et  le  flair  pour  le  cinquième  et  der- 
nier. 

Comment  est  ce  que  le  manger  et  le  boire  n'entre  point 
dans  le  sifflet? 

La  luette  couvre  Temboucheure  ou  Irou  d'en  haut.  Au 
reste  ceux  qui  ont  la  langue  pendue  sont  dits  avoir  un  bon 
boute  hors  :  les  autres,  qui  parlent  difficilement,  et  begueyent 
s'appellent  bègues.  Qui  ne  peut  parler  tout  h  fait,  est  muet. 
En  dehors  sont  les  lèvres,  lesquelles  si  quelqu'un  a  trop 
grosses  et  pendantes,  on  l'appelle  lippu,  comme  joufflu  ou 
gros  pifîre,  celuy  qui  a  de  grosses  joues.  Le  menton  est  le 
champ  où  croist  une  foresl  de  barbe,  comme  nous  voyons  es 
cordonniers  de  quelques  pays,  et  aux  Suisses  :  quelques  fois 
une  garenne  seulement  et  mesme  de  petits  buissonnets 
comme  sont  les  barbes  d'advocats. 

Pourquoy  barbes  d'advocats? 

Parce  qu'ailes  croissent  par  articles  :  un  poil  icy,  un  autre 
Ik,  item  un  autre  ou  deux  sur  ce  porreau,  en  mesme  dispo- 
sition que  les  maisons  de  la  prairie  Robert  lez  Strasbourg  (1). 
D'autres  s'appellent  barbes  à  la  ramonette,  d'autres  barbes  h 
couene  de  lard  ou  rases.  Les  unes  sont  noires,  les  autres 
chastagnées,  blondes,  rousses,  grises  ou  blanches. 

Qu'entend-on  par  le  mot  de  moustache  ? 

Tant  le  poil  de  dessus  la  lèvre  supérieure,  que  la  queue  de 
rat,  d'escureuil  (2)  ou  de  renard  qui  pend  a  quelques-uns 
sur  ou  derrière  l'oreille  comme  à  une  femme  eschevellée  d'un 
coslé.  Venons  maintenant  au  col,  que  les  toiticollis  portent 
tors,  sans  oublier  le  nœud  de  la  gorge  ou  morceau  d'.Adam, 
et  la  nuque  ou  chignon,  pour  descendre  plus  bas  vers   le 

(i)  La  Roberisau,  village  près  de  Strasbourg. 
(2)  Le  texte  porte  :  escurieu. 


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276  REVUE  D^ALSAGE 

tronc  du  corps,  dont  les  parties  sont  la  poictrine,  le  sein,  les 
tétins  ou  mammelles,  où  s'engendre  le  laict  pour  allaicter  les 
enfans  :  item  les  costes  es  costez,  le  dos  avec  Teschine,  où 
croissent  les  bosses  des  bossus,  qu'on  dit  avoir  le  dos  fait  en 
estuy  de  luth,  ou  voulé.  Dedans  ce  coffre  sont  les  entrailles, 
le  cœur,  les  poulmons,  le  foye,  la  ratte,  le  fiel.  Les  maladies 
du  cœur  s'appellent  défaillances,  foiblesses,  pasmoisons,  et, 
en  termes  de  Tart,  syncopes.  Des  poulmons  chargez  de 
rheume,  et  phlegme  gluant  vienent  les  jacobins,  qu'on  jecte 
hors  en  crachant  après  avoir  toussé  :  car  le  simple  chrachat 
ou  salive  vient  tout  droict  du  cerveau  par  le  trou  du  palais. 
De  la  mesme  vient  la  difficulté  de  respirer  ou  reprendre  son 
halaine,  dont  on  est  appelle  asthmatique  ou  poussif.  Si  les 
poulmons  sont  gastez,  on  est  poulmonique,  ou  phthisique. 
La  rate  fait  les  hypochondriaques  mélancholiques  et  fols.  Le 
fiel  fait  les  cholériques  ou  choleres,  qui  montent  incontinent 
sur  leurs  grands  chevaux,  prennent  bien  tost  la  chèvre,  et 
n'ont  pas  besoin  de  beaucoup  de  bois  pour  chauffer  leur  four 
et  sont  hauts  à  la  main. 

Avant  que  sortir  de  ce  coffre  il  faut  parler  de  l'estomac, 
(qu'on  appelle  pance  es  bestes  k quatre  pieds  êtes  gourmands, 
mais  gésier  es  oiseaux)  lequel  les  médecins  appellent  ventri- 
cule, c'est  à  dire  petit  ventre,  c'est  la  cuisine  ou  plus  tost  la 
marmite,  où  se  cuisent  pesle-mesle  les  viandes  et  le  breu- 
vage :  si  ceste  partie  est  en  bon  estât,  tout  le  bastiment  s'en 
ressent,  et  est  en  bon  estât  :  et  est  l'homme  frais,  dispos, 
gaillard,  souple,  robuste,  agile,  a  plus  tost  fait  un  tour  que 
deux  et  a  tous  les  matins  les  dents  lestes  et  affilées  comme 
le  rasoir  dHin  chastreur.  Au  rebours,  si  le  feu  naturel  et  tem- 
péré y  manque,  tout  languit,  l'homme  devient  desgousté, 
foible,  malade,  fiévreux,  fébricitant  ou  a  la  fièvre  :  goutteux, 
coliqueux,  ou  a  la  colique,  constipe  ou  ne  peut  aller  h  la 
selle  :  foireux  ou  a  le  flux  de  ventre  ou  la  dysenterie  para- 
lytique, ou  a  la  paralysie  :  apoplectique,  ouest  frappé  d'apo- 
plexie :  épileptique,  ou  a  Tépilepsie,  qu'on  nomme  ordinai- 
rement mal  caduc  ou  haut-mal  :  hydropique,  ou  a  l'hydro- 
pisie  :  tousseur  ou  a  la  toux  :  ladre  ou  bon-malade  :  catar- 
rheux  :  alouvi  ou  insatiable  :  galeux,  ligneux  par  la  déman- 
geaison d'un  sang  séreux  et  surperfluilé  d'humeurs. 


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LA   VIB  A   STRASBOURG  277 

II  devient  aussi  villain,  pouacre,  punaix,  vérole,  goitreux, 
pouilleux,  bourgeonné,  et  est  tourmenté  de  poux,  morpions, 
puces  et  lendes.  Retournons  aux  espaules,  palerons  et  ais- 
selles, et  à  ce  qui  en  dépend,  savoir  est  les  bras,  qui  ont  leurs 
coudes  et  poignets  pour  embrasser  :  puis  la  main  droicte  et 
la  gauche,  qui  ont  chacune  quatre  doigts  et  un  pouce,  la 
paume,  le  dos,  les  joinctures  et  les  ongles.  Avec  la  main  on 
empoigne,  et  si  on  donne  des  soufflets  :  on  donne  des  gour- 
mades  avec  le  poing  :  des  chiquenaudes  et  nazardes  avec  les 
doigts  :  et  des  onglades  avec  les  ongles,  ce  qui  s'appelle 
esgratigner  ou  grassigner. 

Que  veut  dire  droictier? 

C'est  un  homme  qui  se  sert  plus  de  la  main  droicte  que  de 
la  gauche  et  gaucher  qui  fait  le  contraire  :  manchot  est  qui 
n'a  qu'une  main. 

Qu'est-ce  que  le  ventre  ? 

C'est  le  sac  aux  trippes,  là-dedans  sont  renfermez  les 
boyaux,  que  les  Italiens  appellent  Budella,  de  l'Hébreu  Bodal, 
parce  que  ce  sont  canaux  par  lesquels  les  reliques  inutiles 
des  viandes  sbnt  séparées  de  la  substance  nutritive,  qui  de- 
meure dans  le  corps  et  pour  ceste  mesme  raison  les  dites 
ordures  s'appellent  excrémens  en  latin,  comme  qui  diroit, 
séparés  en  passant  par  quelque  crible  ou  sas.  Ceste  ordure 
s'appelle  en  bon  François  et  sans  flatter  le  dé,  Merde,  et  un 
monceau  ponnu  derrière  une  baye  k  la  paysane.  un  listronc. 
Si  ceste  matière  fécale  est  si  dure,  qu'elle  sorte  avec  peine, 
'homme  est  constipé  :  au  contraire  si  elle  est  trop  liquide,  i 
a  la  foire,  et  pourtant  dit-on  qu'il  n'a  que  faire  d'advocat. 

Pourquoy  cela  ? 

Parce  que  ses  afl*aires  sont  claires,  et  que  son  fait  est  li- 
quide. Pour  le  moins  n'a-t-il  pas  besoin  de  clystôreni  de  sup- 
positoire. 

Comment  nomme-on  l'action  de  mettre  hors  sa  fiente  ou 
descharger  son  ventre? 

Le  gros  mol  est  rhier,  mais  pour  parler  moins  salement  et 
n'offenser  les  oreilles  délicates,  de  ceux  qui  toutes  fois  sçavent 
bien  ce  qu'on  veut  dire,  on  use  de  diverses  façons  de  parler, 
comme  aller  k  ses  afl'aires,  aller  k  la  selle,  joiier  de  l'aiguil- 
lette, aller  où  les  demoiselles  vont  h  pied,  aller  où  l'Empe- 


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278  REVUE  d' ALSACE 

reur  n'envoyé  point  d'ambassadeur,  aller  où  il  faut  que  le 
Roy  aille  de  sa  propre  personne,  ce  que  les  Hébreux  appellent 
couvrir  leurs  pieds,  parce  qu'en  cesle  action  leurs  longues 
robbes  couvroient  leurs  pieds.  Les  enfants  appellent  cela 
faire  caca. 

Gomment  est-ce  que  s'appelle  l'autre  excrément? 

On  l'appelle  eau,  urine  et  grossièrement  pissat  :  et  l'action 
de  le  jeter  hors  s'appelle  uriner,  faire  de  l'eau  et  en  compa- 
gnie de  buveurs,  faire  place  k  un  verre  de  vin,  et  en  bon 
françois  pisser. 

D'où  vient  l'urine,  et  quel  est  le  chemin  de  sortie? 

Elle  tombe  des  veines  (qui  sont  aux  flancs)  dans  la  vessie, 
et  de  la  sort  parla  verge  des  hommes,  ou  bout  des  enfans, 
parties  honteuses  des  femmes  et  abricot  des  (illetles.  Quand 
l'urine  sort  avec  difficulté  ou  douleur,  c'est  signe  que  la  pau- 
vre personne  a  la  pierre,  la  gravelle  ou  la  chaude  pisse. 

A  quoy  sert  le  nombril  ? 

Quand  l'enfant  est  encore  en  la  matrice,  il  sert  d'entonnoir 
par  où  entre  la  nourriture  dans  le  corps  de  l'enfant  :  mais 
après  sa  naissance,  ie  confesse  n'en  savoir  l'usage. 

Comment  nommez-vous  le  visage  surquoy  on  s'assied,  ou 
qui  n'a  point  de  nez,  et  qui  pour  ce  sujet  ne  s'ose  montrer? 

Le  Cul,  et  plus  honnestement  le  derrière,  qu'on  appelle 
aussi  brodier,  fessier  et  la  face  du  Grand  Turc  :  dont  les  par- 
ties séparées  par  la  raye  et  le  trou  (qui  est  le  bout  du  fonde- 
ment ou  boyau  culier)  s'appellent  fesses,  c'est  k  dire  fendues, 
du  latin  fissœ.  Quand  le  boyau  culier  sort  avec  effusion  de 
sang,  ce  sont  hemorrhoïdes.  Le  vent  qui  en  sort  sourdement 
est  une  vesse  :  et  l'action  vosser  du  vessier,  s'il  en  sort 
avec  bruit,  c'est  un  pet,  et  l'action  péter,  sauf  correction, 
paroles  ne  puent  point.  Les  piliers  de  ce  bâstiment  sont  les 
cuisses,  dont  le  haut  s'appelle  les  hanches  :  et  le  bas,  les  ge- 
noux, qui  sontcouverts  de  palettes  par  devant,  etont  parder- 
rièrc  une  concavité  nommé  jarret  avec  quoy  on  s'agenouille,  et 
fait-on  la  révérence,  ou  la  petite  en  langage  de  fillettes.  C'est 
icy  où  prend  la  goutte  son  quartier  ordinaire  et  contraint 
durant  son  accès  les  vaillans  champions  de  Bachus  et  de 
Vénus  de  maudire  le  mestier,  grincer  les  dents,  rouler  les 
yeux  en  teste,  comme  une  chèvre  qui  avorte.  Dessous  les 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  279 

genoux  sont  les  jambes,  dont  les  parties  sont  la  grève  et  le 
gras.  C'est  là-bas  que  les  meschans  viscères  nommez  loups 
ont  leur  repaire.  On  dit  de  ceux  qui  n^ont  pas  de  gras  de 
jambe,  qu'ils  ont  des  eschalas  fischez  au  derrière,  qu'ils  ont 
la  jambe  toute  d'une  venue  comme  celle  d'un  chien,  qu'ils 
sont  de  la  confraîrie  des  grues,  et  ont  des  flustes  de  jambes. 
La  base  est  le  pied,  dont  voicy  les  parties,  le  col,  le  talon  (où 
viennent  les  mules)  la  cheville,  les  orteils  (ou  croissent  les 
cors),  et  la  plante.  Quelques  uns  clochent  et  sont  appeliez 
boiteux,  et  par  dérision,  cagneux  :  ceux-cy  ne  peuvent  esten- 
dre  la  jambe.  C'est  pourquoy  ils  se  font  attacher  une  quille 
sous  le  genou  pour  marcher  :  quelques  uns  se  la  font  couper, 
et  en  faire  une  autre  de  bois.  Ceux  qui  ont  les  pieds  tortus 
s'appellent  pieds-bots.  Quelques  uns  se  servent  de 
potences  (i). 


CHAPITRE   SEIZIEME 


De  rarchitecte 


D'où  venez-vous  avec  ceste  troupe  de  gens,  maçon,  char- 
pentier, menuisier,  serrurier  et  couvreur  de  maisons?  Je 
viens  d'une  taverne,  où  je  leur  ay  payé  les  vins  d'une  mai- 
son, que  je  veux  faire  bastir. 

Vostre  bourse  a  donc  une  aposlume  (2),  qui  vous  inquiète 
et  tourmente,  que  vous  luy  voulez  donner  un  si  cruel  coup 
de  lancette  (3). 

Pourquoy  cela,  j'ay  tout  conté  et  calculé,  je  trouve  que 
c'est  à  faire  de  deux  mille  risdales. 

Qui  conte  sans  son  hoste,  conte  deux  fois   :   mettez  en 


(1)  Des  béquilles. 

(2)  Ein  Geschwer. 

(3)  Lasseùen.  Instrument  servant  à  produire  la  saignée,  d'où 
Iç  terme  :  Ader  lasserif 


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280  REVUE  d' ALSACE 

encore  mille  auprès,  de  peur  que  faute  d'argent  ae  vous  con- 
traigne de  laisser  voslre  bastiment  imparfait. 

Selon  le  dessein  que  j'en  ay  fait,  il  ne  peut  monter  si 
haut. 

Racontez-moy  donc  un  peu,  comment  sera  ceste  future 
maison  et  ses  commoditez. 

Il  y  aura  une  cave  voûtée,  un  caveau  et  un  cellier.  Un  puits 
puisqu'il  n'y  a  point  de  moyen  d'avoir  icy  une  fontaine  en  la 
court.  Puis  une  estable  que  quelques  sots  appellent  es- 
curie,  qui  n'appartient  qu'aux  grands  seigneurs. 

Qu'en  voulez-vous  faire?  Voulez-vous  entretenir  un  cheval 
sur  la  lictière  ? 

Nenny,  les  cavalcades  ou  promenades  h  cheval  ne  rem- 
boursent pas  l'argent  que  couste  le  foin  et  l'avoine  qu'un 
cheval  mange. 

J'ay  des  vaches,  qui  nourrissent  de  laict  mes  enfans,  et  en 
partie  ma  famille  de  fromage  et  de  crème.  Tout  joignant,  il 
y  aura  un  tect  à  pourceaux,  une  mue  (1),  un  poullailler 
fourni  de  paniers  et  nids  à  pondre  les  œufs,  les  y  couver  et 
esclorre  en  la  saison.  Vis-k-vis  un  fournil,  un  four,  une  estuve 
pour  suer  et  se  baigner,  et  un  réservoir,  qui  servira  tant  à 
garder  du  poisson  que  d'auge  ou  bac  à  abbreuver  le  bestail. 
Au  jardin  de  derrière  y  aura  un  colombier  sur  quatre  piliers 
(qu'on  appelle  fuye),aveclesboujottes(2)pourynourrirvingt 
ou  trente  paires  de  pigeons,  tant  masles  que  femelles,  ou  ♦ant 
colombs  que  colombes.  En  suite  de  celh,  un  bûcher  assez 
grand  pour  dix  ou  douze  cordes  de  bois  ;  une  grange  et  un 
fenil  pour  neuf  ou  dix  charréesdefoin.  Retournons  au  corps 
de  logis  de  devant,  où  il  y  aura  en  bas  une  belle  salette  d'esté 
h  costé  du  porche,  au  bout  duquel  sera  l'escalier  ou  la  mon- 
tée faite  a  vis,  pour  monter  en  l'antichambre  où  l'on  trouvera 
trois  portes,  celle  du  poile,  celle  de  la  chambre  et  celle  de  la 
cuisine.  Le  poile  sera  lambrissé  et  verni  partout,  aura  un 
cabinet  ou  comptoir  en  un  coin,  et  un  fourneau  de  fer,  et 
non  de  pots  (3). 

(i)  Ein  meststall. 
(2)  Taubenlœcker. 

(S)  Ein  cave t le  oder  Kontor  an  einem  Eck  und  einem  eisef*n 
aber  keinen  Kachelofen, 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  281 

Où  sera  la  despense  (i)  ? 

On  y  entrera  par  la  chambre,  qui  sera  grande  comme  une 
sale,  et  y  aura  une  cheminée  k  la  françoise.  Au  troisième 
estage  y  aura  trois  chambres,  deux  à  coucher  et  une  pour 
serrer  le  linge  sale,  Au  quatrième  seront  les  greniers,  et  un 
coin  qui  servira  de  galetas  (2). 

Qu'est-ce  qu'un  galetas  ?  Ce  mot  me  semble  fort  estrange. 

C'est  une  chambrette  ;  où  l'on  jette  toutes  sortes  de  vieilles 
choses  qui  ne  sont  plus  de  service  :  comme  une  vieille  lan* 
terne  sans  verre  ou  corne,  une  selle  cagneuse  :  un  pot  percé, 
une  cruche  ébréchée,  des  savattes,  une  paele  trouée,  un 
chauderon  bossu,  une  eslrille  enrouillée,  un  tamis  crevé,  un 
baril  défoncé,  un  touneau  tombé  en  douves,  un  dévidoir  (3) 
rompu,  un  cuveau  esculé,  une  hache  démanchée,  une  scie 
démontée,  un  fendret  plein  de  dens  (4),  un  chapeau  gras 
percé,  une  crémaillère  mangée  de  suye  et  de  rouille,  la  clisse 
d'une  bouteille  cassée  (5),  une  serpe  mousse,  et  telles  autres 
antiquailles  :  il  vient  de  l'hébreu  Kalal,  estre  vil  et  tha, 
chambre. 

De  quelle  hauteur  sera  vostre  maison  ? 

Le  corps  de  logia  de  devant  aura  trois  estages  sans  conter 
le  comble,  mais  celuy  de  derrière  n'en  aura  que  deux  en 
tout,  et  pourra  on  aller  de  l'un  k  l'autre  par  une  longue  gai- 
lerie  opposée  au  soleil  du  midi,  pour  y  pendre  et  sécher  du 
linge  à  des  cordes,  que  j'y  ferai  tendre. 

(A  suivre)  Charles  Nerlinger. 


(i)  Die  Speiêekammer. 

(2)  Im  vierden  toerden  die  Kornbœdenseyn,  mil  einetn  winckel 
dér  sum  Rumpel-Kasten  dienen  wird, 
{3)  Gamwinde, 

(4)  Ein  schartechi  Eawmesser. 

(5)  Ein  gebrochener  Flaschenfçorb , 


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LE  REPS 


oc 


HYPOORAS     DE     L'ALSAOE 


Peu  de  personnes  connaissent  encore,  même  de  nom,  \% 
Reps  ou  RebSf  vin  infusé  d'épices  qui  fut  longtemps  en  cré- 
dit chez  les  Alsaciens  (1),  et  tout  particulièrement  les  Stras- 
bourgeois. 

Ch.  Schmidt,  dans  le  Wœrterbuch  der  Strassburger  Man- 
dart  (2),  consacre  au  Reps  les  lignes  suivantes  :  «  Getrœnk 
das  man  aus  Wein  bereitet,  den  man  tlber  Muskateller- 
trauben  und  Gewûrz  in  ein  Kleines  Fass  giesst,  »  —  «  Den 
Drupwin  mœgent  su  (die  Wirthe)  in  ein  Repsvas  schûtten  » 
1453,  Zunftverordn,  516.  — Die  Wirthe  «  sollent  ir  Rep- 
pisvAss  zeichenen  »  1459.  Ib.  553.  —  «  R\ppiswein,  vinum 
acinaceum  ».  Dasypodius.  —  «  Rappis  »  Fischart,  Podagr. 
672.  —  «  Reps,  Muscaleller  oder  ein  nnderer  sûsser  gesot- 
tener  Wein.  1736,  Umgeld,  Ordn.  » 

Ces  citations  nous  prouvent  que  le  reps  était  connu  déjà 
au  Moyen  âge. 

C'est  une  espèce  d'hypocras  et  l'on  sait  que  cette  boisson 
jouissait  d'une  grande  vogue  chez  les  anciens.  L'hypocras 
est  un  vin  blanc  ou  rouge,  principalement  de  muscat, 
aromatisé  avec  de  la  cannelle,  du  gingembre,  du  poivre,  etc. 
et  sucré.  On  le  servait  soit  au  commencement,  soit  au  milieu, 
soit  a  la  fin  du  repas. 

Aumoisd*Aoûtl507,dansundfnerdonnéîirévèque  Guillau- 
me de  Hohnstein,  rhypocras  figure  au  troisième  service  épan- 
ché par  trois  gargouilles  fixées  h  un  donjon  confectionné  avec 


[1]  Ch.  Gérard,  L'ancienne  Alsace  à  table,  18B2,  pa^e  276. 
[2]  Strasbourg  4896. 


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LE   REPS  283 

des  dragées  et  du  beurre  fondu  (4).  Au  quatorzième  siècle  les 
chanoiues  de  Bàle  recevaient  au  repas  de  Pâques  cinq  chopi- 
nes  de  vin  aromatisé  (pigmentum)  (2). 

Le  Reps,  Thypocras,  le  pigmentum  devaient  être  des  bois- 
sons analogues,  dont  les  différentes  recettes  ne  variaient  que 
très  peu,  et  qui  au  fond  étaient  un  vin  doux,  aromatisé  et 
poivré,  soit  avec  du  gingembre,  du  poivre  ou  des  baies  de 
genièvre.  L'emploi  de  ces  dernières  baies  était  peu  connu  en 
France,  mais  en  Alsace  on  en  usait  volontiers;  elles  donnaient 
au  vin  un  goût  poivré,  et  une  action  plus  ou  moins  diuréti- 
que,quî  ne  pouvait  qu'être  salutaire. 

Les  recettes  de  Reps  devaient  être  nombreuses  et  variables. 
Plus  d'une  famille  se  glorifiait  d'avoir  un  Reps,  meilleur,  plus 
épicé,  plus  parfumé  que  celui  du  voisin,  et  Ton  se  léguait  la 
recette  comme  un  secret  de  famille. 

Nous  avons  mis  la  main  sur  une  recette  manuscrite  de  Reps 
et  nous  avons  pensé  la  publier,  afin  qu'aux  prochaines  ven- 
danges, un  amateur  des  choses  anciennes  puisse  en  régaler 
ses  amis. 

Rbcbbt  (3)  fur  Rehs  Einsumachen. 
Nehme  dure  Buchene  Spœhnen  die  werden  mit  Kirschen 
Wasser  angefeicht  da  nach  ncehme  ein  siel  Spœhnen  und 
ein  siel  Trauben  Siesling  Riesling  Muskateller  auch  Rothe 
Trauben  von  der  gute  qualh-et.  Aufden  ohmen 

i  Itb.  vont  besten  zuckerkandel 
i  lib.  Orange  schallen 
i  Loth  Nœgelein 
2  Loth  Zimet 

i  Bouteille  Kirschen  Wasser  fur  die  Buchene  Spœhnen 
ansufeichten. 


[i]  Gérard,  page  292. 

[2J       »  »      7i. 

[3]  Les  mois  en  petites  capitales  sont  écrils  en  cursive  latine. 
Nous  respectons  l'ortographe  de  roriginal  qui  d'après  récrilurç 
est  du  siècle  dernier, 


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284  REVUE  D' ALSACE 

Wen  das  Buchenholz  nicht  recht  dur  ist  so  werden-  sic 
mit  heis  wasser  angehrûcht  und  loieder  getriklet, 

Oben  in  dass  Fass  ein  Ilandtvoll  Wackholderbeere  in 
ein  Sakichen  durch  den  Sponten  da  nach  fûllt  man  das 
fass  mit  Wein  auf  bis  dass  fass  voit  ist  in  Strassburg  bey 
der  Krœuthleret(i)  begehrt  man  die  Krauter  fur  ein  okmen 
lîebs  ein  su  machen  aber  wen  man  es  nach  hauss  bringt 
so  triach  das  grûne  Laub  weg  und  Schneidt  das  andere  in 
Stûcklein  vor  das  fass  mach  man  inewendig  vor  das 
zapfenloch  eine  Blechene  Sipp  und  Nageles  an. 

Les  copeaux  de  hêtre  étaient  destinés  à  empêcher  le  vin 
de  tourner  k  l'aigre,  raais  servaient  surtout/après  la  fermen- 
tation, à  fixer  les  imptiretés  et  à  permettre  au  liquide  de 
couler  clair  (2).  Si  par  hasard  ils  étaient  humides  et  por- 
taient des  traces  de  moisissures,  on  les  stérilisait  en  les 
échaudantet  en  les  séchant  soigneusement  après.  Ces  copeaux 
contiennent  peu  de  tanin. 

Le  kirsch  pouvait  se  remplacer  par  de  bonne  eau-de-vie  de 
marc. 

Les  épices  sont  celles  qu'on  emploie  généralement  pour 
rhypocras,  c'est-k-dire,  cannelle,  clous  de  girofle,  écorce  d'o- 
range, puis  baies  de  genièvre. 

Mais  la  recette  ne  donne  pas  beaucoup  de  détails  sur  ce 
qu'il  fallait  faire.  II  fallait  enlever  un  fond  du  tonneau  pour 
pouvoir  faire  alterner  les  rangées  de  raisin  et  les  rangées  de 
copeaux';  puis  le  refermer,  après  avoir  eu  la  précaution  de 
clouer  en  dedans  du  trou  du  robinet  un  fer  blanc  percé  de 
trous,  destiné  k  empêcher  les  grains  de  raisins  ou  autres 
corps  d'obstruer  la  lumière  du  robinet. 

Le  tonneau  rempli,  il  fallait  se  garder  de  fermer  la  bonde, 
car  le  vin  devait  commencer  k  fermenter  et  Ton  aurait  risqué 
une  explosion. 

La  recette  ne  dit  pas  non  plus  si  l'on  devait  prendre  du  vin 
nouveau  ou  du  vin  vieux.  Dans  les  deux  cas  le  résultat  serait 
le  même,  mais  la  qualité  du  Rebs  pouvait  changer  suivant 
l'un  ou  l'autre  procédé. 

[i]  Le  mot  est  difiicile  à  défricher,  mais  on  ne  peut  se  tromper 
sur  le  sens. 
[2]  En  brasserie  on  se  sert  dans  ce  but  de  copeaux  de  noisetier. 


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Là  Rk^â  ^85 

Le  vin  ne  pouvait  èlre  soutiré  qu'après  la  complète  fer- 
mentation et  la  clarification. 

Les  goûts  ont  bien  changé  de  nos  jours  :  on  recherche  de 
préférence  les  vins  purs  et  naturels,  laissant  dans  un  oubli, 
quelquefois  bien  mérité,  toutes  ces  mixtures  aromatiques  et 
compliquées,  qui  peuvent  servir  à  masquer  le  goût  d*un  mé- 
dicament amer  et  désagréable. 

D'  H.  WBIàGERBEn. 


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CHRONIQUE 


M.  Tabbé  Ingold  continue,  avec  une  louable  persévérance, 
k  rechercher  les  Correspondants  de  Grandidier  et  à  mettre 
au  jour  les  lettres  échangées  entre  lui  et  ses  dils  correspon- 
dants. La  IX«  brochure  qui  vient  de  paraître  dans  cet  ordre 
de  recherches  et  de  préoccupation  est  d'un  bel  8<>  de  vingt- 
deux  pages  et  deux  planches  hors  texte.  H  y  a  dans  ce  texte, 
outre  les  courtes  indications  et  annotations  de  M.  Ingold, 
quatre  lettres  de  Grandidier  k  Dom  la  Forcade  de  Tabbaye  de 
St-Evroult,  devenu  plus  tard  procureur  de  Saint-Denis.  Deux 
des  lettres  de  Grandidier  sont  datées  de  Strasbourg,  i^^^'  jan- 
vier et  30  avril  1776  et  la  dernière,  de  Saverne,  le  14  août  de 
la  même  année. 

Le  sujet  et  les  planches  concernent  le  Prieuré  de  Lièvre,  k 
l'entrée  de  la  vallée  de  Sainle-Marie-aux-Mines. 


B 


Indépendamment  de  la  brochure  dont  il  est  question,  il 
faut  mentionner  un  avis  de  M.  Ingold  annon^^ant  l'existence 
et  la  découverte  aux  archives  de  Carlsruhe,  duché  de  Bade, 
d'une  grande  quantité  de  manuscrits  inédits  de  Grandidier. 
Il  est  présumable  qu'ils  sont  ceux  que  l'évèque,  M.  Raes,  eut 
un  moment  entre  les  mains  pour  servir  de  base  k  une  reven- 
dication judiciaire,  au  profit  de  Tévéché,  de  ceux  que  la  ville 
de  Strasbourg  venait  d'acquérir  et  dont  l'édition,  en  six  vo- 
lumes, a  paru  de  1865  a  1867  sous  le  titre  de  :  Œuvres  his- 


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CHRONIQUE  iSl 

toriques  inédites  de  Grandidier.  Sans  perdre  de  temps, 
M.  Tabbé  Ingold  s'est  voué  à  l'édition  de  ces  manuscrits  dont 
le  premier  volume,  d'après  les  informations  qui  nous 
arrivent,  aura  paru  au  moment  où  cet  avis  verra  le  jour,  ou  pa- 
raîtra incessamment  au  prix  de  6  fr.  25  le  volume  de  400  h 
500  pages. 


Un  in-i2  d'un  aspect  séduisant  a  des  droits  k  une  remarque 
spéciale  parmi  les  écrits  qui  ont  paru  à  l'occasion  de  la  fin 
de  l'an  et  du  renouveau.  H  est  intitulé  Noël  Alsacien-Lor- 
rain —  1896-97  —  et  se  compose  de  108  pages  avec  de  nom- 
breuses illustrations.  Ce  charmant  petit  ouvrage,  imprimé 
avec  soin  par  M.  Charles  Schleber,  éditeur  rue  St-Honoré, 
257,  à  Paris,  est  une  riche  condensation  de  souvenirs  arlis- 
tiques  et  littéraires  dont  Strasbourg  était  le  centre,  ainsi  que 
du  Folklorisme  particulier  de  la  ville  universitaire  et  de  ses 
environs.  S'il  n'y  a  dans  ce  livret  rien  de  nouveau  sous  ce 
dernier  rapport,  le  châtelain  de  Spesburg  excepté,  on  peut 
dire,  sans  crainte  de  se  tromper,  qu'il  a  des  qualités  surpre- 
nantes :  Et  d'abord,  son  impression  révèle  une  attention  que 
l'on  ne  donne  pas  h  ce  genre  d'écrits  de  circonstance  ;  en  se- 
cond lieu  on  ne  le  vend  pas,  on  le  donne  pour  cinquante 
centimes  tandis  qu'au  point  de  vue  purement  matériel  on 
l'estimerait  à  2  fr.  50  sans  exagération  ;  en  troisième  lieu  il 
est  recommandable  par  la  finesse  éclectique  des  éléments  de 
la  vie  populaire  qui  le  remplissent  ;  il  l'est  surtout  parla  fidé- 
lité caractéristique  de  ces  éléments,  qui  accuse  l'intervention 
de  véritables  enfants  du  pays,  conviés  pour  fêter  ensemble  a 
Paris,  comme  autrefois  a  Strasbourg,  la  veille  et  le  jour  de  l'an 
1897,  J.-J.  Oberlin  nous  a  laissé  pour  les  années  1780-81-82-89 
et92  des  Almanachs  qui  ont  leur  place  dans  nos  bibliothèques 
alsatiques  et  auxquels  on  a  encore  fréquemment  recours.  Le 
Noël  que  nous  avons  le  plaisir  de  signaler  est  vraiment  digne 
de  la  môme  considération. 

Chacun  de  nos  artistes  et  de  nos  littérateurs,  les  :  F.  Lix, 
Erckmann-Chatrian,  Alf.  Touchemolin,  D"«  Albré  d'Appoi- 
pny,  H.  Ganier,  Emile  Erckmann,  Ch.  Nerlinger,  A.  Eckel, 


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2é8  REVUE   D^ALSACft 

C.-F  Schmuck,  F.  Casale,  Ch.  Pfister,  E.  Borse,  Jean  de 
Barr,  Lixele,  Levrault,  y  a  sa  bonne  place  et  Tensemble 
constitue  un  charmant  Âonuaire  à  conserver. 


D 

M.  Paul  Ristelhuber  nous  donne  aujourd'hui,  en   vingt 

pages  in-S®,  extraites  de  la  Revue  de  géographie,  une  étude 

sur  Brocomagus-Brumath,  la  cité  des  Triboques.  Cet  exposé 

de  la  question  au  point  de  vue  critique  des  origines  et  du 

>j^  langage  de  cette  peuplade  est  écrite  en  français  par  M.  Ilis- 

telhuber  à  Toccasion  d'une  notice  sur  le  même  sujet  écrite  en 
allemand  par  M.  Bostetter.  En  se  reportant  aux  temps  des 
premières  invasions  connues  de  la  Gaule,  notre  compatriote 
devait  être  entraîné  à  résumer  dans  un  cadre  restreint,  ce 
qui  a  été  écrit  sur  ces  faits  par  les  anciens,  enseigné  par  les 
classiques  commenté  et  complété  par  les  modernes.  Ce  résumé 
sera  lu  avec  intérêt,  même  lorsqu'il  faudra  faire  un  petit  effort 
pour  demeurer  d'accord  avec  Tauteur. 

Frédéric  Kurtz. 


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LES  ALSACIENS 


DANS 


L'HISTOIRE   DE   NANCY 

D'APRÈS  M.  PPISTER  (1) 


C'esl  dans  rhi  ver  de  1831-181)5  que  M.  Plister  a  professé, 
sur  rhistoire  de  Nancy,  le  cours  qu'il  vient  de  publier.  Nous 
allons  en  extraire  ce  qui  i>eut  intéresser  Thistoire  de 
l'Alsace. 

Voici  d'abord,  dans  VÉtude  préliminaire,  sur  les  hislo- 
liens,  les  plans  et  les  gravures  de  Nancy,  la  mention  d'une 
vue  de  cette  ville  reproduite  dans  la  Cosmographie  de  Sébas- 
tien MQnster  et  «attribuée  a  Pierre  Aubry,  marchand  d'estam- 
pes à  Strasbourg,  qui,  avant  les  Schmuck,  a  fait  un  recueil 
de    costumes    strasbourgeois,  et  qui   mourut  vers  1668.  » 

(p.  xxv;. 

Notre  province  apparaît  dans  l'histoire  de  Nancy  avec 
TEtichonide  Gérard  d'Alsace,  premier  duc  héréditaire  de 
Lorraine,  fief  dont  il  est  investi  par  l'empereur  Henri  III  en 
1048  et  que  ses  descendants  possédèrent  jusqu'en  1737.  Ce 
duché  se  composait  au  XI<^  siècle  de  trois  groupes  distincts  de 
possessions  :  l'un  au  sud  autour  du  manoir  de  VaudémonI, 
dont  un  des  fils  de  Gérard  prit  le  nom;  un  autre  au  nord, 

(1)  Histoire  de  Nancy,  Tome  ï,  depuis  les  origines  jusqu'à  la 
mort  de  René  II  (Î508).  Edition  de  la  Lorraine  Artiste. 
hnprimé  par  Louis  Kreîs  à  Nancy,  489»»,  LXIIl-  quatre  cent  vingt 
quatre  pages. 


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290  REVUE   d' ALSACE 

chef-lieu  Bitche.  où  le  duc  Simon  I  (1113-1139)  fondera 
Tabbaye  cistercienne  de  Slûrzelbronn  ;  le  troisième  au  milieu, 
et  dont  Nancy  va  devenir  la  capitale.  D'après  VHistoire 
manuscrite  de  Lorraine  y  dite  Mémorial  d*Haraucouri, 
parce  qu*«on  en  attribue  la  rédaction  a  Louis  d*llaraucourl, 
évèque  de  Verdun  au  début  du  XV«  siècle  »,  le  même  duc 
Simon,  beau-frère  du  roi  d'Allemagne  Lothaire  II  de  Supplim- 
bourg  (1125-1137),  aurait,  avec  Taide  du  comte  de  Salm  et  du 
duc  Henri  de  Bavière,  défait  k  Macheren,  près  St-Avold,  l'ar- 
chevêque de  Trêves  et  ses  alliés,  le  Comte  de  Bar  et  Tévèque 
de  Metz;  puis  vaincu  a  Frouard  et  assiégé  dans  Nancy  par 
Godefroy  de  Fauquemont,  chef  de  l'armée  archiépiscopale, 
il  aurait  été  débloqué  par  Lothaire.  Mais  M.  Pfister  récuse 
cette  histoire  comme  apocryphe,  parcequ'elle  n'est  racontée 
que  par  le  Mémorial  d'IIaraucourt,  qui  ne  mérite  aucune 
confiance. 

Par  contre  un  autre  fait,  bien  authentique  celui-là,  vient 
mettre  Nancy  en  rapport  avec  l'Alsace  dès  le  début  du  XIII* 
siècle.  Lorsque  Frédéric  II  de  Hohenstaufen,  envoyé  par 
Innocent  IIL  contre  Othon  de  Brunschwick,  commença  a 
gagner  des  partisans  en  Allemagne  (1212),  il  eut  h,  Haguenau 
une  entrevue  avec  le  duc  Ferri  II  de  Lorraine,  lui  emprunta 
2000  marcs  et  lui  livra  Rosheim  en  gage.  Mais  bientôt,  ayant 
eu  des  motifs  de  mécontentement  contre  Thibault  I,  (ils  de 
Ferri,  au  sujet  des  affaires  de  Champagne,  il  reprit  Rosheim 
et  occupa  en  même  temps  les  biens  de  Gertrude  de  Dabo, 
femme  de  Thibault.  Les  Lorrains, rentrent  de  force  dans  Ros- 
heim, mais  s'étint  enivrés,  ils  sont  égorgés  dans  leur  som- 
meil par  les  bourgeois;  l'empereur  lui-même  accourt  et  pénè- 
tre en  Lorraine.  Ses  alliés,  la  comtesse  de  Champagne  et  le 
comte  de  Bar,  viennent  se  joindre  «-i  lui  et  incendient  Nancy 
qui  se  trouve  sur  leur  passage.  Thibault  fait  prisonnier  est 
retenu  un  an  en  Allemagne  et  ne  recouvre  la  liberté  que  pour 
mourir  bientôt.  Sa  veuve  épouse  Thibault  IV  de  Champagne 
et  reçoit  en  douaire  Nancy,  que  sa  première  belle-mère  avait 
déjà  obtenu  dans  les  mêmes  conditions.  Mais  lorsqu'elle 
divorça  pour  se  remarier  avec  Simon  de  Linange,  Nancy  fit 
retour  à  la  Lorraine. 


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LES    ALSACIENS   DANS   l'hISTOIBB   DE  NANCY  291 

En  1308,  nouvelle  bataille  de  Frouard,  lout  à  fait  sûre  celle 
fois.  L*;  duc  TbiébauU  II  y  défait  l'^véque  de  Metz,  ainsi  que 
les  comtes  de  Bar  et  de  Saliii,  qui  restent  quatre  ans  prison- 
niers. Juste  un  siècle  plus  lard,  un  descendant  du  dernier  de 
ces  princes  eut  le  même  sort,  presque  h  la  môme  place;  ligué 
avec  ses  voisins  de  Saarbrûck  et  deSaurwerden  et  avec  Louis 
d'Orléans,  il  attaqua  (1)  le  duc  Cbarles  II  de  Lorraine,  qui  le 
déGt  h  Champigneulles  et  l'emmena  prisonnnier  a  Nancy. 

Le  développement  intérieur  de  celle  cité  s'effectua  tout 
autrement  que  celui  de  la  plupart  des  bourgeoisies  du 
moyen-âge,  qu'à  Strasbourg  par  exemple  où  les  luttes  intes- 
tines contre  Tévéque,  contre  rarislocratie,  etc,  sont  à  l'ordre 
du  jour.  A  Nancy  rien  de  pareil.  On  n'y  voit  point  de  guerre 
civile,  point  de  soulèvement.  L'accord  le  plus  parfait  ne  cesse 
de  régner  entre  la  commune  et  son  prince.  Cet  «accord  se 
manifeste  de  la  façon  la  plus  éclatante  dans  la  guerre  contre 
le  Téméraire,  pendant  laquelle  Nancy  eut  Irois  sièges  à  sup- 
porter. Dans  cette  période  capitale  de  son  histoire,  les  Alsa- 
ciens jouent  un  rôle  particulièrement  important.  Car  ce  n'est 
qu'avec  leur  secours  et  celui  des  Suisses  que  Kené  11  fut  mis 
en  état  de  soutenir  les  atlaques  de  son  formidable  adversaire 
et,  finalenvent,  de  sortir  vainqueur  de  la  lutte  inégale  (2). 

Lors  du  premier  siège,  qui  commencé  le  24  octobre  se  ter- 
mina par  la  capitulation  du  27  novembre  1475  (3),  la  garni- 
son, forte  de  3000  hommes  (sur  5000  habitants)  était  surtout 
composée  d'Alsaciens  envoyés  par  la  Basse-Union,  celte  ligue 
formée  contre  la  Bourgogne  au  printemps  de  l'année  précé- 
dente par  Strasbourg,  Schlesladt,  Colmar  et  Bàle  et  a  laquelle 
René  II  avait  adhéré  solennellement  le  18  avril  1475.  Le 
contingent  de  la  première  de  ces  villes  était  commandé  par 
Adam  Zorn  et  Frédéric  de  Fleckenslein,  celui  de  l'évéque  de 
celte  même  cité  l'était  par  Philippe  Wetzel  ;  et  Thierry  de 

(1)  Pour  défendre  les  intérêts  de  Wenceslas,  dont  le  compéti- 
teur, Robert  de  Palatin,  était  le  beau-père  du  duc  de  Lorraine. 

(2)  C'«st  René  H  aussi  qui  donna  le  prieuré  de  Lièvre  à  la 
collégiale  de  Sainl-Georges,  fondée  à  Nancy  en  1339. 

(3)  C'est  par  erreur  typographique  que  la  table  des  matières  du 
volume  (p.  374)  porte  147(?. 


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292  REVUE  D* ALSACE 

Rumlang  était  à  la  tète  des  troupes  de  l'Aivhi.luc.  «  Parmi 
les  artilleurs  se  distinguait  le  fameux  Nicolas,  des  Grands- 
Moulins.  Quand  le  feu  cessait  il  se  mettait  u  la  fenélre  de  la 
grande  tour  et  chantait  de  joyeux  refrains  en  s'accompa- 
gnant  de  ses  castagnettes...  Aussitôt  on  tirait  sur  lui  des  flè- 
ches nombreuses;  mais  jamais  on  ne  put  l'atteindre.  On 
ramassait  ces  flèches  le  lendemain  et  on  en  formait  des  fais- 
ceaux. Le  bombardier  strasbourgeois  Jacques  d'Ay,  qui  par- 
lait mal  le  fran^is,  proposait  alors  de  porter  ces  flèches  h 
Monsieur  Saint  Bachet;  il  voulait  dire  Sjint  Sébastien  ;  mais 
cela  faisait  beaucoup  rire  ses  camarades  Welsches,  parceque 
bachet  voulait  alors  dire  brochet  ». 

Lorsque  la  famine  força  la  ville  à  ouvrir  ses  portes,  la  gar- 
nison qui  n*avait  perdu  que  300  hommes,  put  se  retirer  libre- 
ment. Le  Téméraire  resta  à  Nancy  jusqu'au  début  de  Tannée 
suivante,  puis  marcha  contre  les  Suisses.  Bientôt  la  nouvelle 
de  son  désastre  devant  Grandson  vint  ranimer  le  courage  des 
Lorrains.  Le  comle  Wecker  de  Bitche  se  hâta  de  reprendre 
aux  Bourgignons  Sierck  et  Sarreguemines,  et  Sarrebourg, 
quoique  lorrain  depuis  douze  ans  seulement  (4),  ne  s'em- 
pressa pas  moins  de  revenir  h  René.  Celui-ci,  après  avoir 
recueilli  l'héritage  et  le  dernier  soupir  de  sa  grand'mère 
paternelle  a  Elbœuf,  annonce  à  Louis  XI  son  intention  d'aller 
combatlre  l'ennemi  commun  dans  les  rangs  des  Suisses.  Il 
traversa  son  duché  avec  une  escorte  française.  «  A  Sarre- 
bourg, il  fut  reçut  magnifiquement...  Les  seigneurs,  les 
comtes  de  Bitche,  de  Saarwerclen,  de  Fénétrange,  étaient 
accourus.  Ils  invitèrent  à  tour  de  rôle  le  duc  et  son  escorle  ; 
les  repas  succédaient  aux  repas,  on  en  faisait  jusqu'à  cinq 
par  jour...  Les  dits  François  estoyent  tout  ébahis  d'estre 
ainsy  servys,  dit  la  chronique  de  Lorraine,  ils  demandoient 
si  c'esloient  la  vie  que  les  Allemansfaisoientde  manger  ainsy 
souvent. 

«  Au  bout  de  trois  jours,  l'escorte  française  retourna  en 
arrière;  René  se  rendit  k  Strasbourg  sous  la  conduite  des 
seigneurs  de  la  Lorraine  allemande.  Les  Strasbourgeois  qui, 

(i)  Celle  ville  élait  auparavant  aux  évéques  de  Metz,  qui  la 
reprirent  après  la  ftuerre  ci  la  gardèrent  jusqu'en  4361,  <^poque 
où  elle  fut  définitivement  réunie  à  la  Lorraine. 


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LES   ALSACIENS  DANS   l'hISTOIRE  DE  NANCY  293 

après  la  prise  cle  Nancy,  s'étaient  vaillamment  préparés  k  la 
résistance,  en  abattant  les  églises  et  les  maisons  en  dehors 
des  remparts,  lui  firent  un  chaleureux  accueil  (21  mai)...  On 
perdit  quelque  temps  h  lui  réunir  une  petite  troupe  de  300 
cavaliers.  Le  18  juin  seulement,  il  put  quitter  Strasbourg;  en 
marchant  nuit  et  jour,  il  arriva  &  temps  pour  combattre  le  22 
à  Morat  ». 

Le  13  juillet,  il  était  de  retour  k  Strasbourg.  Le  lendemain, 
«  il  reçut  la  visite  d'un  bourgeois  de  Bruyères,  Varin  Doron, 
qui  lui  demanda  des  hommes  résolus,  pour  leur  livrer  la 
garnison  bourguignonne  de  sa  ville  natale.  Le  duc  envoya 
quelques  hommes  sous  la  conduite  de  Raoul  Harnescher,  de 
Thann.  Doron  les  cacha  de  nuit  dans  sa  maison,  et  le  lende- 
main, au  moment  où  les  officiers  bourguignons  étaient  a  la 
grand'messe,  il  introduisit  ces  partisans  lorrains  dans 
rÉglise.  Les  officiers,  surpris,  ne  purent  que  se  rendre,  et, 
pour  avoir  la  vie  sauve,  ils  donnèrent  ordre  a  la  garnison  de 
poser  les  armes.  Harnescher  ne  se  contenta  pas  d'occuper 
Bruyères;  il  enleva  Arches,  Saint-Dié,  Remiremont.  Toutes 
les  places  furent  ainsi  reconquises...  il  ne  restait  plus  que 
Lunéville,  Ëpinal  et  Nancy.» 

Les  deux  premières  places  ne  tardèrent  pas  a  ouvrir  leurs 
portes,  et  René  lui-même,  après  avoir  assisté  ii  la  diète  de 
Fribourg  en  Suisse,  vint  diriger  le  siège  de  la  dernière,  ayant 
sous  ses  ordres  Walter  de  Thann,  Harnescher  et  le  Suisse 
Bernard  de  Hohenstein.  Hans  de  Kageneck,  dont  les  lettres 
sont  conservées  aux  archives  de  Strasbourg,  lui  amena  de 
celte  ville  les  deux  fameuses  bombardes  Strus  et  Rummel 
avec  12  couleuvrines,  300  fantassins  et  400  chevaux.  Malgré 
ce  secours,  deux  circonstances  firent  traîner  le  siège.  «  Le 
duc  avait  pitié  de  sa  ville  ;  il  n'osait  s'attaquer  aux  maisons. 
Puis  il  ne  réussissait  pas  k  maintenir  une  discipline  rigou- 
reuse. Allemands  et  Welsches  se  détestaient  et  en  arrivaient 
souvent  aux  mains;  une  licence  assez  grande  régnait  dans 
son  camp,  et  les  Alsaciens  en  étaient  souvent  scandalisés, 
quand  eux  mêmes  ne  prenaient  point  part  k  ces  excès.  Mais 
René  gardait  néanmoins  l'avantage  ;  il  put  sans  cesse  recevoir 
des  renforts,  surtout  de  ses  fidèles  alliés  les  Strasbourgeois 
qui,  k  cettte  date,  ont  véritablement  sauvé  la  Lorraine  ». 


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294  REVUE  d'alsace 

Ce  sont  eux  aussi  qui  l'avertirent  de  l'approche  du  Témé- 
raire. «  Alors  rarlillerie  fit  rage,  les  deux  bombardes  tiraient 
chacune  jusqu'à  vingl-el-un  coups  par  jour,  chiffre  qui  sem- 
blait alors  extraordinaire  ».  Enfin  la  ville  se  rendit.  «  Le  mardi 
7  octobre  au  malin,  la  garnison  sortit  de  la  ville  et  prit  la  direc- 
tion de  Pont-à-Mousson.  Mais  au  faubourg  Saint-Dizier, 
aujourd'hui  Boudon ville,  les  Allemands  coururent  sus  aux 
premiers  soldats  qui  se  présentèrent  et  les  détroussèrent.  René 
en  fut  averti  ;  il  vint  lui-même  se  placer  près  de  la  porte  pour 
réprimer  tout  désordre  ». 

11  n'était  que  temps  que  le  siège  prît  fin  «  Le  Téméraire 
était  déjk  k  Neufchàteau,  et  quatre  jours  plus  tard,  h.  Toul,  il 
apprenait  en  grinçant  des  dents  »  la  reddition  de  Nancy  et 
jurait  d'en  reprendre  possession  avant  la  fin  de  l'année. 
Cependant  René,  sans  perdre  un  moment,  laisse  2000  hom- 
mes dans  sa  capitale  et  court  en  Suisse  réunir  une  armée  de 
secours,  en  promettant  de  revenir  dans  deux  mois,  c'est-à-dire 
au  moment  où  les  vivres  seraient  épuisés.  Jean  de  Reinach 
commandait  les  Alsaciens  qui  étaient  dans  la  place.  L'inves- 
tissement commença  le  25  octobre,  ainsi  48  jours  après  la  fin 
de  l'autre  siège. 

René  se  dirigea  d'abord  sur  Strasbourg,  où  il  mit  en  gage 
sa  vaisselle  précieuse.  Puis  il  alla  trouver  successivement  les 
chefs  de  chaque  canton.  Mais  ceux-ci  hésitaient.  Berne  la 
première  se  déclara  pour  lui,  puis  ce  fut  le  tour  de  Zurich. 
Une  diète  réunie  à  Lucerne  le  23  novembre  lui  promit  enfin 
secours  pour  Noël  ».  Le  4«f  décembre  il  était  k  Scblestadt  (1), 
puis  il  alla  établir  son  quartier  général  près  de  Bàle,  et  les 
soldats  accoururent  en  foule.  «  Malheureusement  cette  mobi- 
lisation  ne  se  fit  pas  sans  désordre  et  un  accident  parut  de 
fAcheux  augure.  Le  19  décembre,  on  embarqua  sur  le  Rhin 


(1  •  Nous  trouvons  des  Alsaciens  jusque  dans  son  entourage  im- 
médiat. Des  deux  secrétaires  qui  ne  quittèrent  pas  ses  côtés  pen- 
dant toute  la  campagne^  Tun  Jean  Lud,  né  à  Phaffenhofen, 
raconta  plus  tard  (1499  à  i500^  ses  souvenirs  dans  son  Dialogue^ 
édité  par  Jean  Cayon  (1844),  puis  par  Henri  Lepage  (1854),  qui  a, 
en  outre,  consacré  une  notice  à  Lud  dans  le  Bulletin  de  la  Socié- 
té d'archéologie  lorraine  (1855). 


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LES   ÀLSAGIRNS  DANS   l'hISTOIRE   DE  NANCY  295 

270  soldais  qui  devaient  descendre  le  fleuve  jusqu'à  Brisach; 
mais  quelques  lansquenets  ivres,  se  portant  tous  du  même 
côté,  firent  chavirer  le  vaisseau  ;  près  de  50  guerriers  trou- 
vèrent la  mort  dans  les  eaux  du  fleuve.  Cependant  Tarmée 
présenta  un  bel  aspect,  quand  René  la  passa  en  revue.  Elle 
comptait  9000  hommes,  auxquels  se  joignirent  500  Bâlois. 
Elle  se  mit  en  route  par  la  Haute-Alsace  »  dévastant  les  villa- 
ges, malgré  les  recommandations  de  ses  chefs.  «  Les  Suisses 
en  voulaient  surtout  aux  Juifs,  qu'ils  accusaient  d'être  la 
cause  de  cette  guerre;  ils  pillèrent  leurs  maisons  et,  k  Ensis- 
heim,  k  Colmar  et  à  Schlestadt,  ils  firent  un  riche  butin. 
Puis  Tarmée  pénétra  dans  la  vallée  de  Sainte-Marie;  là,  elle 
se  trouvait  en  partie  en  territoire  lorrain.  Les  soldats  fran- 
chirent le  col  au  milieu  de  la  neige.  A  Saint-Dié,  le  duc  vint 
les  rejoindre  »  et  k  Orgéviller,  on  trouva  l'armée  de  la  Basse- 
Union,  qui  avait  franchi  le  col  de  Saverne. 

Harnescher  était  k  Bruyères,  où  le  duc  le  fit  prévenir, 
ainsi  que  tous  les  autres  chefs  de  garnisons,  d'être  le  4  jan- 
vier k  Saint-Nicolas. 

De  même  que,  avant  Morat,  René  s'était  fait  frapper  che- 
valier par  Oswald  de  Thierstein  avec  150  nobles  d'Alsace  et 
de  Brisgau,  de  même,  maintenant,  il  frappa  avant  la  bataille, 
Ilermann  Waldner,  Sigel  de  Mullenhein,  Gaspard  Zorn  de 
Bulach  (1),  Henri  de  Haslach,  Jost  de  Brunighofen.  Le 
seigneur  de  Ribeaupierre  marchait  aussi  contre  le  Téméraire. 

Nous  n'avons  pas  à  entrer  dans  le  détail  des  opérations. 
Disons  seulement  que  24  heures  après  le  commencement  de 
la  lutte  on  en  connaissait  l'issue  k  Colmar;  le  magistrat  de 
cette  ville  en  fit  part  k  celui  de  Schlestadt  par  une  lettre  dont 
Knebel,  l'historien  de  BAle,  nous  communique  la  teneur  dans 
son  Diarium,  qui  va  de  1473  k  1479. 

En  retournant  chez  eux,  les  Suisses  commirent  de  nou- 
veaux excès  en  Alsace,  et  non  plus  seulement  contre  les 
Juifs.  C'est  ainsi  qu'ils  brûlèrent  entièrement  Sainte-Croix- 
en-Plaine. 

Parmi  les  prisonniers  des  vainqueurs  se  trouvaient  entre 


(\)  André  de  Boulach  périt  devant  Nancy  dans  les  rangs  des 
lorrains. 


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296  REVUS  d'alsace 

autres  le  margrave  de  Rœteln,  le  sire  Philippe  de  Fontenoy(4) 
beau-frère  de  Guillaume  de  Ribeaupierre,  et  le  comte  Engcl- 
bert  de  Nassau,  gendre  du  margrave  Charles  de  Bade,  qui 
réussit  à  se  cacher  au  château  de  Bilslein. 

Les  Strasbourgeois  rentrèrent  dans  leur  ville  le  42  janvier, 
rapportant  comme  trophés  une  cotte  de  maille  du  Téméraire 
et  huit  bannières  bourguignonnes,  qu'ils  firent  flotter  au  som- 
met de  la  flèche  de  la  cathédrale,  récemment  achevée. 

Après  cette  guerre,  événement  capital  de  Thistoire  de 
Nancy,  il  n'y  a  plus  grand  chose  h  y  glaner  sur  l'Alsace. 
Voici  quelques  rares  faits  qui  méritent  d'être  cités. 

En  1629,  les  Oratoriens  de  Nancy  envoyèrent  sur  la 
demande  du  prince  et  de  la  princesse  de  Phalsbourg,  une 
colonie  fonder  un  couvent  k  Lixheim,  dont  le  père  Etienne 
Gérard  fut  le  premier  supérieur.  Mais  bientôt,  traqués  par  les 
Suédois,  les  Frères  de  Lixheim  durent  (1635)  chercher  un 
refuge  dans  la  maison-mère,  dont  la  détresse  n'était  guère 
moins  grande  que  la  leur. 

A  l'église  du  noviciat  des  Jésuites  (aujourd'hui  hospice 
Saint-Stanislas)  se  trouvait  le  cœur  de  Charles  III  et  celui  de 
son  fils  Charles,  cardinal  de  Lorraine,  qui,  très  jeune,  cumtila 
les  évèchés  de  Metz  et  de  Strasbourg,  et  mourut  en  1607. 

On  sait  que  Henri  de  Lorraine,  comte  d'Harcourt  (décédé 
en  1666),  fut  le  premier  gouverneur  français  de  l'Alsace.  Son 
cercueil,  ainsi  que  ceux  de  ses  deux  fils,  ayant  été  trouvés 
(1855)  dans  les  ruines  de  l'abbaye  de  Uoyaumont  (Seine-et- 
Oise),  Tarchiduc  Maximilien,  qui  venait  de  visiter  les  tom- 
beaux de  ses  aïeux  dans  les  caveaux  de  la  chapelle  ducale  de 
Nancy,  prévenu  de  ce  fait  par  la  Société  d'Archéologie  Lor- 
raine, flt  transporter  les  trois  cercueils  dans  ces  mômes 
caveaux. 

Le  20  avril  1700,  le  P.  Daubenton,  recteur  du  collège  des 
Jésuites  de  Strasbourg,  prononça  l'oraison  funèbre  a  l'occa- 
sion du  transfert  a  l'église  des  Cordeliers  des  restes  du  duc 
Charles  V  rappoiiés  d'Innsbruck. 

Disons  enfin  que  la  nouvelle  paroisse  érigée  k  l'ouest  de 
Nancy  le  10  février  1861,  fut  placée  sous  l'invocation  du  pape 

(f)  Fontenoy-le-Château,  canton  de  Bains  (Vosges). 


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LES  ALSACIENS   DANS   L'hISTOIRE  DE  NANCY  297 

alsacien  Saint  Léon  IX.  La  nef  fut  bénite  et  livrée  au 
culte  dès  Tannée  suivante,  mais  toute  l'église  ne  fut  consa- 
crée qu'en  1877. 

Nous  terminerons  cet  aperçu  aussitôt  que  le  deuxième 
volume  de  Y  Histoire  de  Nancy  aura  paru. 

Th.  Schukll. 


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OBSERVATIONS  HISTORIQUES 

SUR  L'ÉTAT  ANCIEN 

DE   LA 

VILLE     D'OBERSULTZ 

Située  en  haute  Alsace,  dans  le  district  du  Haut  mundat 

appartenant  à  révéque  Prince  de  Strasbourg 

et  dans  le  diocàse  de  Basle 

PAR 

L'ABBÉ   GRANDIDIER 

Chanoine  prétendier  du  grand  chœur  de  V Église  Cathédrale  de 
Strasbourg  et  grand  vicaire  du  diocèse  de  Boulogne 


i.  Sultz  est  un  endroit  très  ancien,  ii  parait  avoir  fait 
partie  de  la  primitive  donation  que  Dagobert  Roi  d'Austrasie 
fit  vers  l'an  675  à  Saint  Arbogaste  évèque  de  Strasbourg  et  à 
son  évôché.  Du  moins  il  est  compté  depuis  un  temps  immé- 
morial dans  le  territoire  du  haut  mundat  (a). 

2.  Adalric  duc  d'Alsace,  qui  fonda  vers  Tan  667  Tabbaye 
d'Ebermunster  la  dota  d*un  grand  nombre  de  biens  et  reve- 
nus dont  on  trouve  le  détail  dans  Tauteur  de  la  chronique  de 
ce  monastère  écrite  au  milieu  du  douzième  siècle  (b);  on  y  lit 

(a)  Voyès  mon  histoire  de  Téglise  et  des  évêques  de  Strasboiu'g 
(le me  I  page  208  et  214). 

(b)  Cette  chronique  se  trouve  dans  la  bibliothèque  de  la  ville  de 
Schlestadt.  Elle  a  été  publiée  en  partie  en  1717  par  Dom  Mar- 
te nne  in  thesauro  novo  anecdotorum,  tome  111,  page  1125,  etc. 


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OBSERVATIONS  HISTORIQUES  299 

entr*autres  qu'il  accorda  à  l'abbaye  d'Ebermunster  la  cour  sei- 
gneuriale de  Sultz  avec  son  église  paroissiale,  ses  dimes  et 
tout  son  ban  depuis  le  haut  du  mont  balon  jusqu'à  la[forét  de 
Munebruch. 

Dux  itaque  cum  ducissa  dotem  ecclesiapreordinans  viginti 
curtes  cum  omnibus  pertinentiis  descripsit,  ac  super  Altare 
sancti  Mauricii  contradidit  ..  in  Sultza,  curtiis  dominica  cum 
omnibus  appendiciis  suis  ecclesia  videlicet  matrice  cum 
decimîs  suis,  mansus  censuales  atque  serviles,  agricum  vineis 
et  pratis,  curtes  cum  curteflciis,  familia  ministerialis  servilis 
et  censualis  aquarum  decursus  cum  molendinis  ac  forestis,  ac 
totussimul  bannus  generalis  a  jugo  montis  qui  beleus  dicitur 
et  a  fonte  qui  breilenbrunno  vocalur,  in  dercenui  usque 
ad  saltum  qui  munebruch  vocatur. 

3.  Sainte  Odile,  abesse  de  Hohenburg  et  fille  du  duc  Adalric 
fonda  vers  Tan  700  Tabbaye  de  Niedermunster,  elle  adjugea 
a  cette  dernière  des  biens  situés  k  Sultz  (Suitze  cum  suis 
appendiciis)  est-il  dit  dans  le  testament  de  cette  Sainte 
abesse  fait  vers  l'an  708  (c). 

4.  Sous  Colombe  qui  était  abbé  d'Ebermunster  sous  le 
règne  de  Pépin,  vivait  un  prêtre  nommé  Irin,  qui  bâtit  a 
Sultz  près  de  la  porle  l'église  de  Saint-Pierre,  (ecclesiam  que 
cella  sancti  Pétri  dicitur),  diti'auteur  de  la  chronique  d'Eber- 
munster qui  ajoute  que  cette  église  fut  consacrée  par  Saint 
Pirmin,  abbé  de  Richenau,  qui  vint  se  retirer  en  Alsace  en 
l'an  727. 

5.  Carloman  roi  d'Austrasie  par  son  diplôme  du  6  mai  770 
confirma  à  l'abbaye  d'Ebermunster  les  possessions  qu'Adalric, 
duc  d'Alsace,  avait  accordé  k  ce  monastère  dans  Tendroit  de 
Sultz  (in  Suiza  cum  omnibus  ad  se  pertinentibus  (d). 

6.  L'empereur  Charlemagne  fit  la  même  chose  in  Sulzha 
par  son  diplôme  du  i2  août  8i0  (e). 

7.  L'empereur  Louis  le  Débonnaire  son  fils  donna  un  di- 
plôme le  1  mai  818  a  la  même  abbaye  d'Ebermunster,  par 

(c)  Histoire  de  l'église  de  Strasbourg,  par  l'abbé  Grandidier, 
Tome  1  pièces  justificatives  p.  XLIV. 

(d)  ibidem  Tom  2  page  CllL 

(e)  ibidem  Tom  2  page  GLV. 


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300  RBVUB  d' ALSACE 

laquelle  il  lui  confirma  également  la  cour  seigneuriale  de  Sullz, 
régliseet  lesdfmes  du  même  endroit,  ainsi  que  la  chapelle  de 
St-Pierre  située  près  de  la  porte  :  In  Suiza  curtis  dominica  cum 
omnibus  pertinentiis  suis,  id  est,  ecclesia  cum  decimis  suis 
curtis  porte  cum  omni  décima  salice  terre,  capeila  etiam,quœ 
cella  S.  Pétri  dicitur,  in  supradictam  curlim  porte  com  omni- 
bus ad  se  pertinentibus  pertinet  (f), 

8.  L'empereur  St-IIenri  par  son  diplôme  du  4  janvier 
1022  confirma  a  Tabbaye  d'Ëbermunster  la  chapelle  de  St- 
Pierre  située  dans  le  ban  de  Sultz  avec  les  dimes  qui  en 
dépendaient.  Capeila  sita  in  banno  Suiza  quœ  cella  S. 
Pétri  dicitur,  cum  decimis  allodii  ad  ip$am  perti- 
nent is  (g). 

9.  Werinhaire  H,  évoque  de  Strasbourg,  qui  gouverna  celte 
église  depuis  Tan  i065  jusqu'en  i079,  s'empara  de  la  plus 
grande  partie  des  biens  que  Tabbaye  d'Ëbermunster 
possédait  a  Sultz,  pour  les  accorder  k  son  frère.  Allodia  et 
curies  quasdam  Sancti  Mauricii  novientensis  cenobii  fratri 
suo  per  rapinam  concessit  Werenharius  episcopus,  id  est 
Suiza  cum  pertinentiis  suis,  comme  le  rapporte  l'auteur  de 
la  chronique  (h). 

iO.  Heilwige  comtesse  d'Egisheim  et  épouse  de  Gérard 
comte  de  Vaudemont  fut  investi,  conjointement  avec  les  deux 
comtes  Hugues  et  Ulric  ses  fils  par  Cunon  évéque  de  Stras- 
bourg du  fief  épiscopal  situé  a  Sultz.  llonorata  est  benificiis 
de  curte  episcopali,  videlicet  que  sita  est  in  villa  Sulzo  juxta 
vosagum.  C'est  ainsi  que  s'explique  la  charte  donnée 
en  iii8(i). 

il.  Les  habitants  de  Sultz  Parochiani  in  Sultza  nobiles 
et  ignobiles,  accordèrent  k  l'église  de  Notre-Dame-de-ïhier- 
bach  une  partie  des  forêts  qui  appartenaient  k  celte  commu- 
nauté du  consentement  de  Gebehard  évéque  de  Strasbourg  et 
de  Wernher  de  Habsbourg,  landgrave  de  la  haute  Alsace,  dont 


(f)  Ibidem  Tom  2  page  CLXIX. 

(g)  Origioal  dans  les  archives  de  Tabbaye  d'Ëbermunster. 
(h)  Apud  Martenne  lib.  cH.  page  1144. 

(i)  Original  dans  le»  archives  de  Tévèché  à  Saverne. 


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OBSERVATIONS   HISTORIQUES  301 

le  premier'élait  seigneur  territorial  et  le  second  protecteur  de 
cet  endroit.  L'acte  est  daté  du  premier  mai  1135  (l). 

12.  Diethelm  recteur  et  curé  de  Soultz  rector  et  presbyler 
in  villa  et  inparochia  Suiza,  U  la  demande  et  au  nom  des 
nobles  et  des  habitants  ;dudit  endroit,  de  rogatu,  comilio 
et  consensu  nohiliuniy  civium  et  universorum  tant  in  eccle- 
siis  quam  in  capellis  et  in  vilîis  ad  parochiam  seu  ad 
villam  Sulse  spectantium  fit  un  voeu  pour  lesdils  habitants 
d'aller  en  procession  tous  les  ans  le  jour  de  l'invention  de  la 
Ste-Croix  h  l'église  de  la  Sle-Vierge  du  couvent  de  Thier- 
bach.  Le  vœu  se  fit  en  l'an  1138  (m). 

13.  Le  vénérable  Pierre,  abbé  de  Cluny,  par  sa  lettre  du  5 
mars  1142  adressée  aux  habitants  de  Sultz  (omnibus  in 
parochia  de  Sulsa  commorantibus)  les  rendit  participants 
des  prières  de  Tordre  de  Cluni,  en  reconnaissance  de  ce  qu'ils 
avaient  contribué  h  la  fondation  du  couvent  de  Thierbach, 
quando  dit-il  primo  novellam  plantationem  de  Thieren^ 
bach  inchoastis  (n). 

14.  Le  pape  Luce  III  par  sa  bulle  du  19  juillet  1183  con- 
firma à  l'abbaye  d'Ëbermunster  la  cour  seigneuriale  de  Sultz 
avec  ses  dimes  In  Suiza  curtem  porte  cum  decimis  snis  et 
cum  decimis  dominice  curtis  in  agris,  pratis  et  vinies  (o). 

15.  Baldemar  curé  de  Sultz  (Baldemarus  plebanus  de 
Sulze)  signa  en  1202  une  charte  de  Conrad  évoque  de  Stras- 
bourg en  faveur  du  monastère  de  Schwartzenau  (p). 

IG.  Le  pape  Honorius  III  par  sa  bulle  du  13  mai  1224  con- 
firma à  l'abbaye  d'Ëbermunster  la  chapelle  de  Sultz  avec  ses 
appartenances  qui  lui  avait  été  accordé  par  l'empereur  St- 
Henri  capellam  de  Suiza  cum  allodiis  et  pertinentiis  ejun 
dem  que  ab  idclite  recordationis  Henricô  secundo  romnno- 
rum  imperatore  fuit  concessa  (q). 

(1)  Il  est  inséré  dans  l'ancieu  chartulaire  de  l'abbaye  de  Cluni 
fol  205  et  la  copie  se  trouve  écrite  sur  un  tableau  pendu  près  de 
l'autel  de  Notre  Dame  de  Thierbach. 

(m)  La  même  chose. 

(n)  La  même  chose. 

(o)  Original  dans  les  archives  de  l'abbaye  d'Ebersmunster. 

(p)  Archives  de  l'évèché  ii  Saverne. 

fq)  Original  dans  les  archives  d'iîlberinunster. 


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302  RBVUE  d'alsagb 

17.  Le  même  pape  Honorius  dans  une  autre  bulle  du  24 
mai  1224  compte  entre  les  possessions  de  Tabbaye  d'Ëber- 
munster  la  cour  seigneuriale  de  Sultz  avec  ses  dîmes. 
In  Sulsa  curtam  porte  cum  decimis  suis  et  cum  decimis 
dominice  curtis  in  agris,  pratis  et  vineis  (r). 

18.  Quelque  temps  après,  Tabbaye  d'Ebermunster  vendit 
pour  cent  marks  la  cour  seigneuriale  et  la  cbapelle  de  Sultz. 
Allodium  in  Sulze  cum  capella  venditum  est  centum 
marcis  dit  la  chronique  de  cette  abbaye.  Cette  chapelle  et  ces 
biens  forment  ce  que  possède  aujourd'hui  h  Sullr  Tévéque  de 
Bdsle. 

19.  Ilermann,  abbé  de  Rhinau,  vendit  au  monastère  de 
Marbach  les  biens  que  son  abbaye  avait  dans  le  ban  de  Sultz 
interminis  Alswilre  et  Sulze  l'acte  est  daté  du  mois  de 
janvier  1242  (s). 

Jusqu'ici  Sultz  n'est  connu  que  sous  le  titre  de  villa  c'est 
du  moins  la  dénomination  que  lui  donnent  les  chartes  de 
1118  et  1138  ;  celles  de  1251  et  1260  en  parlent  comme  d'une 
forteresse. 

20.  La  charte  par  laquelle  Ulric  comte  de  Ferette  recon- 
naît tenir  en  fief  de  l'église  de  Strasbourg  les  châteaux  de 
Thann,  Hohenneck  et  Windeck  est  daté  du  5  février  1251  et 
delà  forteresse  de  Sultz.  Acta  sunt hec  apud  municionem 
Sulze  domini  nostri  episcopi  Argentinensis  (l). 

Materne  Berler  de  Rouffach,  curé  de  Guebersveiler,  auteur 
d'une  chronique  manuscrite  écrite  en  1510  dont  M.  de  Wald- 
ner  fit  présent  à  la  bibliothèque  de  M.  Schœppflin  et  qui  se 
trouve  aujourd'hui  dans  celle  de  la  ville  de  Strasbourg  pré- 
tend (u)  que  Sultz  ne  devint  ville  qu'au  XIV®  siècle.  Le  titre 
suivant  prouve  qu'il  portait  déjà  ce  titre  au  milieu  du  XHI®. 

21.  Henri,  év^ôque  de  Strasbourg  par  sa  charte  du  3  août 
1254,  accorda  en  fief  au  noble  Guillaume  de  Sultz  son  péage 


[r]  ibidem. 

[s]  Original  dans  les  archives  de  l'évèché  à  Saverne. 

[t]  Original  dans  les  mêmes  archives. 

[u]  In  chronico  mss  fol.  349. 


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OBSBBVATIONS   HISTORIQUES  303 

de  Suitz  Çteloneum  noslrum  apud  villam  nostram  Sulse), 
Mais  dans  la  même  charle  il  donne  k  cet  endroit  le  nom  de 
ville.  In  dicto  oppido  Sulze  (x). 

22.  L'abbaye  de  Lieu-Croissant  f'ans  le  diocèse  de  Besan- 
çon vendit  au  mois  de  juin  1260  au  noble  Conrad  Walde- 
ner  de  Guebwilr  et  à  ses  trois  frères  llermann,  Gunther  et 
Eberhard  la  cour  d*(Mlveiler  située  dans  le  ban  de  la  forte- 
resse de  Sullz  curiam  nostram,  sive  domum  quœ  vocatur 
Olvilr  sitam  in  banno  municipii  Suiza  (y). 

22.  Le  noble  Conrad  Waldner  et  llermann,  Gunther  et 
Eberhard  ses  trois  frères,  offrirent  en  ûef  à  Téglise  de  Stras- 
bourg leur  cour  d'OUveiler  située  dans  le  ban  de  Sultz, 
curiam  diclam  Ollvilr  sitam  in  banno  de  Sultze.  L'acte 
est  du  22  août  1261  (z). 

24.  On  lit  dans  les  annales  des  dominicains  de  Colmar  (a) 
qu'un  domestique  de  Jean  de  Junghollz  fut  brûlé  dans  une 
chaudière  ardente  k  Sultz  près  de  Rouiïach  in  Sultz  prope 
rubeacum  et  ce  en  1276  pour  avoir  fait  de  la  fausse  monnaie 
les  mêmes  annales  rapportent  (b)  qu'en  1277  Tévêque  de 
Strasbourg  retirait  des  bourgeois  de  Sullz  de  civibus  in  Sultz 
quatre  vingt  mai  es,  tandis  que  ses  prédécesseurs  en  perce- 
vaient k  peine  soixante.  En  la  même  année  et  selon  les  mê- 
mes annales,  les  filles  publiques  de  la  ville  de  Sultz 
furent  chassées  k  coups  de  bâton  par  les  filles  publiques 
des  forêts.  In  Sultz  quœdam  meretrices  domesticœ  mère- 
trecibus  sylvestris  baculis  expuUœ  (c). 

25.  Thibault  comte  de  Ferettc  donna  le  2  juillet  1280  une 
charle  en  faveur  de  Conrad  Waldner  et  llermann  son  frère 
l'acte  est  daté  de  Sultz  das  icas  ze  Sultze  (d). 


[x]  Original  dans  les  archives  de  l'cvéché  à  Saverne. 
[y]  Original  dans  les  archives  de  M.  de  Waldner. 
[z]  Original  dans  les  mêmes  archives. 

[a]  Apud  Urslicium,  in  scriploribus  rerum  germanicarum,  parle 
2  page  12. 

[b]  Ibidem  page  14. 

[c]  »        »      çii. 

[d]  Original  dans  les. archives  dç  M.  de  Waldner. 


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304  REVUE  d' ALSACE 

26.  En  lâ8i  il  y  eut  k  Sultz  une  grande  inondation  qui  fit 
un  grand  tort  h  son  château.  Aqua  transiens  caêtelium 
Sultse  magnum  damnum  ibidem  fecit  disent  les  annal^^sde 
Colmar  (e). 

27.  Les  trois  frères  Pierre,  Henri  et  Jean  de  Pfaffenheim 
abandonnèrent  à  Tévèque  de  Strasbourg  le  château  de  Sultz 
avec  toutes  ses  appartenances  die  hurg  se  Sultse  und  ailes 
dasdarsu  hœret,  qu'ils  possédaient  auparavant  en  ûef.  Cet 
abandonnement  se  fit  du  consentement  des  bourgeois  de 
Sultz.  und  t>on  den  burgern  von  Sults  gehette  und  viilen 
dis  geschehen  ist.  L'acte  est  daté  du  jour  de  Ste  Cécile  1289 

(0. 

28.  Le  noble  Pierre  de  BoUveiler  et  Burcard  son  frère  rec- 
teur de  réglise  d'Alsvilr,  par  acte  du  5  avril  1295,  offrirent  en 
fief  à  réglise  de  Strasbourg  la  petite  ville  de  BoUveiler,  sous 
la  condition  que  leurs  sujets  ne  pourront  jamais  être  traduits 
en  justice  dans  la  ville  et  le  ban  de  Sultz.  in  der  stadt  und 
in  dem  banne  su  Sulse  (g). 

29.  Thibault  comte  deFerette,  par  sa  lettre  de  1293,  accor- 
de en  douaire  k  Catherine  de  Clingen  sa  femme,  mille  marcs 
d'argent  et  ce  sur  la  dime  de  Sultz  que  Conrad  évèque  de 
Strasbourg  lui  avait  accordée  en  lief.  Das  su  unserme  sehen- 
den  su  Sulse  hœret,  das  wir  su  lehene  hant  von  unserme 
heren  deme  bischofe  von  Strasburg  (h). 

30.  Conrad,  évèque  de  Stras))OLrg,  vendit  à  Henri  Baselwint 
schuUheiss,  Egenolfe  Zeineberche  et  Wernher  Limes  bour- 
geois de  la  ville  de  Sultz.  civibus  oppidi  nostri  in  Sulse 
supra  rubiacum,  le  péage  et  Tumgelt  de  la  même  ville. 
thelonieum  et  quod  vulgariter  ungelt  appellatur  cum 
attinenciis  eorundem  quas  habemus  in  oppido  nostro  et 
ecclesie  nostre  Sulse  predicto.  L'acte  est  de  Tannée  1296 (i). 

31.  L'empereur  Henri  VH,  par  son  diplôme  daté  deFranc- 


fe]  Apud  Urslicium  page  17. 

[f]  Livre  salique  du  grand  chapitre  de  l'église  cathédrale  de 
Strasbourg  fol.  53. 

[g]  Original  dans  les  archives  de  Tévêché  à  Saverne. 
|hj  Livre  salique  du  grand  chapitre  fol  53. 

[ij  Le  même  fol  28. 


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OBSEUVATIONS    lIISToniQlES  %5 

fort  28  novembre  1308  accorda  à  Jean,  évoque  de  Strasbourg 
et  à  son  église  tous  les  juifs  que  Tempirc  avait  h  Ilouffacb  et 
h  Su  Hz.  Omnes  ufriusf/ue  »exus  Judeos  opidorum  rubinri 
et  Su/se  basHiensis  diocesis  inroiax  pmentes  et  futuroA 
roncedimus  Argentinensi  ecriesie  ita  quod  dirti  Judœi  ad 
illom  perti néant  pleno  Jure  (I). 

32.  Ulric  comte  de  Ferrette  par  sa  lettre  du  1  avril  i[\\à 
abandonne  à  Jean  évéquedc  Strasbourg  tous  les  droits  qu'il 
avait  sur  la  dime  de  Suitz  u/f  den  ^ehenden  eu  Sutse  (m). 

33.  I/église  mère  d'Obersultz  était  autrefois  située  dans 
rcndroit  voisin  d'AIsvilr  mais  cette  église  ainsi  que  le  village 
fut  détruite  au  XiV'^  siècle  dans  le  tenis  de  Tirruption  des 
Anglais.  Berler  (n)  compte  dans  le  nombre  des  curés  recteurs 
de  l'église  de  Sullz  Herman  comte  de  Tbierstein,  Henri  de 
]|(dienstein,  Rodolphe  dï)berkirch  (!t  Jean  Jacrjues  d'Andlau 
mort  en  1520. 

Je  soussigné  pronotaire  apostolique,  chargé  par  le  lloi 
de  la  Recherche  des  Monumens,  (|ui  peuvent  servir  à  l'histoire 
et  au  droit  public  de  la  monarchie  française,  certilie  avoir 
tiré  et  copié  les  présents  extraits  relatif  i  à  Tétat  ancien  de  la 
ville  d'Obersultz  en  haute  Alsace  sur  les  originaux  et  autres 
pièces  citées  au  bas  des  pages.  En  foi  de  quoi  j*ai  signé  les 
présentes  et  apposé  le  cachet  de  mes  armes. 
Donné  k  Strasbourg  ce  18  Décembre  1782. 

signé  Tabbé  Grandidier  L.  S. 

Cachet  ovale  en  rire  roug«», 
mauvaise  conservaliou 

Sur  la  couverture  du  manuscrit  on  lit  :  M.  Meglin  s*est  fait 
un  plaisir  de  céder  à  la  ville  de  Sultz  sa  patrie  pour  être 
déposé  dans  ses  archives,  ce  mémoire  qu'il  devait  h  l'amitié 
de  feu  Tabbé  Grandidier. 

CoUationné  conformément  à 
Vorifjinal  de  Grandidier  conservé 
aux  archives  communales  dj  la 
ville  de  Soultr. 

Le  24  août  iSHO. 

Aufi.  Gassrr. 
[1]  Archives  de  révèché  à  Savcrno. 
[m]  Original  dans  les  archives  de  révècLé  à  Saverno. 
[n]  In  chronico  mss  fol  3i9. 


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NOTES  &  ADDITIONS 

DE  MEGLIN 


A    LA 


NOTICE     DE     GRANDIDIER 

Publiée  par  lui  en  1817 


I  i.  SuUz  «lit  Obersullz,  au  21«  degré  et  53'  et  demie  de 
longitude  et  au  47«  degré  23*  et  demie  de  latitude  de  File  de 
fer,  dans  un  site  riant  et  heureux,  ayant  h  son  couchant  un 
vignoble  étendu  et  fertile,  produisant  des  meilleurs  vins 
d'Alsace,  est  très  anciennement  connu  :  on  trouve  des  traces 
de  son  existence  jusque  dans  les  premiers  siècles  de  Tère 
chrétienne. 

I  i.  Note  i.  Il  existait  de  mon  temps,  et  il  existe  peut-être 
encore  aujourd'hui  k  SuUz,  dans  une  rue  collatérale  qui  con- 
duit vers  la  porte  de  Bollveiler  un  bâtiment  d'une  structure  très 
ancienne  et  gothique,  désigné  sous  le  nom  de  Ileidnisches 
gebadde  ou  Heiden-Tempel ;  si  cette  tradition  orale  était 
vraie,  l'origine  de  Sultz  remonterait  au  delh  de  Tère  chré- 
tienne (Note  de  l'éditeur). 

5  2  Note  1.  C'est  donc  par  erreur  que  les  rédacteurs  de 
TAnnuaire  du  département  du  Haut-Rhin  pour  Tan  i2,  ont 
désigné  page  123  cette  haute  montagne  (le  Ballon)  sous  le 
nom  de  Ballon  de  Guebviller.  Le  ballon,  remarquable  par  sa 
grande  élévation,  par  la  fertilité  et  l'excellence  de  ses  pâtu- 
rages par  la  production  de  beaucoup  de  plantes  médicinales, 
tels  que  la  gentiane  rouge,  la  belladone,  le  stramonium.  la 
jusquiame,  l'aconit,  la  mousse  d'Islande  que  l'on  trouve  en 
quantité  vers  le  sommet  et  beaucoup  d'autres  est  incontesta- 
blement dans  le  ban  de  Sultz  et  a  constamment  formé,  parle 


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NOTES   ET  ADDITIONS    DE   IIRGLIN  'Mil 

passé,  une  des  plus  belles  comme  de  ses  plus  riches  posses- 
sions (Note  de  l'éditeurj. 

§  7  Noie  3.  Après  ces  mots:  ainsi  que  la  chapelle  de 
Saint  Pierre  située  auprès  de  la  porte.  Il  parait  que  cette 
chapelle  passa  par  suite  à  Tordre  des  Templiers  et  enfin  ii  celui 
de  Malte  en  changeant  de  nom  (Note  de  Tédilcur). 

I  âO  Note  1.  Cette  expression  apud  municionem  pourrait 
au  reste  aussi  bien  se  rapportera  un  chdtcau  qu'a  une  forte- 
resse ù  en  juger  d'après  ce  que  dit  Schœpilin  Tome  2  do 
TAIsatia  illustrata  p.  85.  Dans  une  même  charte  du  comte 
Ulric  de  Ferrette,  dit  cet  historien,  Sultz  est  appelé  villa, 
oppidum,  munilio  sive  castrum  ;  quasi,  ajoule-t-il.  locus 
dubio  lum  in  statu  fuisset  (Remarque  de  Téditeur). 

$  3i.  La  ville  de  Sultz  était  gouvernée  anciennenient  par 
un  magistrat  qui  était  composé  d*un  bailli  et  d'un  schultheiss 
ou   prévôt,   nommés  par  le  prince  et   de   huit  conseillers 
(Rathsherren)  choisis  parmi  les  citoyens.  (]es  conseillers  éli- 
saient entre  eux  un  bourgmestre  pour  trois  ans,  lequel  était 
rééligible  après  l'expiration  de  ce  terme.  Les  décisions  judi- 
ciaires ou  sentences  de  ce  magistrat  étaient  portées  par  appel, 
h  la  régence  de  Saverne,  et  en  dernier  ressort  au  conseil  sou- 
verain d'Alsace,  depuis  l'établissement  de  celte  dernière  cour. 
La  ville  de  Sultz  avalises  armoiries;  elles  consistaient  en  un 
écusson  rouge,  partagé  en  quatre  parts  par  une  croix  d'argent 
et  quatre  corbeaux.  Magistratus  balivio   et  scuUelo,   quos 
princeps  constiluil,  octoque  senatoribus  elcclis  ex  civibus 
consistit.  Insignia  civitatis  scutum  rubruni  cruce  argentea 
quadripartitum     et    quatuor     corvis     nigris     conspicuum 
sistunl(i). 

35.  11  y  eut  a  Sullz  près  de  la  porte  dite  de  Guebviller,  une 
maison  de  chevaliers  du  Saint-Sépulcre  autrement  dits 
Templiers  :  ces  chevaliers  s'établirent  probablement  à  Sultz 
comme  dans  le  reste  de  l'Alsace  vers  l'an  12^50  (2),  Lors  de 
leur  fatale  catastrophe  et  de  la  suppression  entière  do  leur 
ordre  qui  eut  lieu  en  1312,  leurs  possessions  furent  concédées 


(i)  SchœpflÎD,  Alsatia  illustrata  t  2  p.  85. 
(^)  Woogs  Elsassisrhe  Srhaubuhne  page  239. 


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308  nevuK  d'alsace 

en  France  à  celui  de  Saint-Jean  de  Jérusalem,  dil  de  Malte  (i) 
d'où  résulta  la  ci-devant  commanderie  de  Malle  de  Sultz  dont 
dépendaient  celles  de  Coimar,  de  Mulhausen  et  de  Friesen. 

36.  En  Tannée  1774  Téglide  de  cette  commanderie  a  été  démo- 
lie. L'on  a  trouvé  dans  Tune  des  chapelles  collatérales  de 
cet  édifice  plusieurs  mausolées  et  tombes  des  chevaliers  du 
Temple  ou  du  Saint-Sépulcre.  L'on  a  conservé  dans  la 
nouvelle  chapelle  construite  sur  les  ruines  de  l'ancienne 
église,  une  pierre  sépulcrale  qui  représenle  un  Templier 
dans  le  grand  costume  de  l'Ordre. 

37.  L'un  des  premiers  commandeurs  de  l'Ordre  de  Malte  h 
Sultz  a  été  un  baron  de  Mullheim,  d'une  famille  très  ancienne 
et  très  puissante  dans  le  XIV«  siècle  (2).  Ceux  qui  lui  ont 
succédé  furent  les  chevaliers  de  Schwalbach,  de  Schwentz- 
bell(tué  en  duelparReinolddeRosen),delaThann,  deStein, 
de  Forelle  et  enfin  le  ci-devant  grand  maftre  de  Hompesch 

38.  Le  couvent  des  capucins,  situé  hors  de  la  porte  de 
Sultz,  vers  Guebviller,  devenu  depuis,  propriété  particulière, 
a  commencé  à  être  construit  en  l'année  4632;  mais  il  ne  fut 
achevé  qu'après  que  les  suédois  et  les  Weimariens  se  furent 
retirés  d'Alsace.  Ce  couvent  fut  rebâti  à  neuf  en  1732  (1*). 

Non  loin  du  local  ou  était  placé  le  couvent  des  capucins  de 
Sultz,  il  y  eut,  dans  les  anciens  temps,  un  établissement 
pour  les  lépreux  dit  Gut-Leuth-Haus. 

39.  Les  villages  de  Wunnenheim  et  de  Rimbach-/ell  sont 
comptés  dans  les  dépendances  de  la  ville  de  Sultz  :  Civitati 
Sulzensi  annumerantur  etiam  Wunnenheim  et  Rimbachzell 
viculi.  Le  premier  de  ses  villages  est  renommé  par  ses  bons 
vins.  Robert,  Comte-Palatin,  évéque  de  Strasbourg,  a 
ordonné  l'établissement  d'un  hermitage  du  tiers  ordre  de  S. 
François  h  Wunnenheim,  par  des  lettres  datées  de  Uouf- 
fach,  vers  la  fin  de  carême  de  l'année  1400.  Ruperlus  Pala- 
tinus,  episcopus  argentinensis,  cellam  anachoretarum  régulée 
tertiœ  S^»  Francisci  anno  1400  in  Wonheini  stabilivit,  datis 
in  Rufîach  litteris  post  dominicam  Lœtare  (2*). 

(\)  Dictionnaire  de  Moreri  Tome  VI  page  653  ;  édition  de  Bâie 
de  1740. 
(%)  KœnigshofTen.  Chronique  d'Alsace,  chap  5  §157. 
(la)  Schœpflin.  Alsatia  ilhistrata  t.  2,  p.  453. 
(2a)  Ibidem  t.  2,  p.  86;  et  Bcrler  chronique  niamiscrile  fol.  181. 


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NOTBS   ET   ADDITIONS    DE   MEâLIN  309 

40.  Hors  de  la  porte  de  Sullz,  dilede  Bollvillerou  Feldlhor, 
vers  la  droite,  îi  quelque  distance  de  la  ville,  on  rencontre  la 
petite  église  dite  de  Saint-George,  a  laquelle  était  annexé  un 
hermitage  du  tiers-ordre  de  S.  François.  Ni  Tabbé  Grandi- 
dier,  dans  son  mémoire,  ni  Schœpflin  dans  son  Alsatia  illus- 
trata,  n'en  fait  mention  ;  quoique  ce  dernier  auteur  parle  de 
la  construction  du  couvent  des  capucins  h  Sultz  bien  moins 
ancienne  que  celle  de  cette  chapelle.  Autrefois  il  se  faisait  de 
Sultz  à  Saint-George,  tous  les  ans,  une  procession  solennelle 
le  jour  du  patron  de  cette  église.  Serait-ce  de  ce  côté  qu'au- 
rait existé  le  village  d'Alswiller  détruit  lors  de  Tirruption  des 
Anglais?  Du  moins  le  charnier  attaché  a  cette  chapelle  sem- 
blerait faire  présumer  qu'anciennement  il  s'était  formé  là  un 
établissement  fixe  d'une  réunion  d'hommes  plus  ou  moins 
nombreuse. 


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A  TRAVERS  LE  PASSÉ 


SOUVENIRS  D'ALSACE 

PORTRAITS,    PAYSAGES 
(Suite  (i) 


XLI 


Le  docteur  lœnger.  —  Des  Vosges  au  Rhin.  —  Le  Sternsée 
et  le  ballon  de  Giromagny.  —  Concours  régional.  — 
Statue  du  jeune  vigneron.  —  Au  lac  de  Constance.  — 
Suisse  allemande  et  Suisse  romande. 

Au  mois  de  mars  1867  ont  eu  lieu  les  obsèques  du  docleur 
lœnger,  éminent  praticien  qui  avait  su  se  créer  une  grande 
réputation  comme  homéopathe  et  jouissait  h  Colmar  d'une 
considération  justement  due  à  son  caractère  et  à  l'élévation 
de  son  esprit.  Homme  d'étude  et  de  profond  savoir,  il  était  Bn 

(l)  Vov.  pp.  433-165  du  triiiieslre  Octobre-Novembrc-Décembrc 
^895;  pp.  24-50  du  trimestre  Janvier-Février-Mars,  pp.  156-207  du 
Irimesiro  Avril-Mai-Juin,  pp.  310-377  du  trimestre  Juillet-Aoùl- 
Seplembre  1896,  pp.  529-5riî)  du  triuicslre  Oclobre-Noverabre- 
Dôreinbre,  pp.  101-128  du  Irimesiro  Janvicr-KcYrier-Mars  et  pp. 
145-184  du  (rinieslre  Avril-Mai-Juiu. 


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A   TRAVERS   LE   PASSÉ  3i  1 

adepte  chaleureux  de  la  libre  pensée,  ayant  sa  philosophie  a 
lui,  qui  n'était  pas  celle  de  tout  le  monde,  ce  qui  ne  Tempcchait 
point  d'être  le  médecin  attitré  du  Gymnase  catholique  de 
Colniar. 

Chaque  soir  son  cabinet  était  le  rendez-vous  de  quelques 
amis  dévoués,  vivant  comme  lui  dans  le  monde  de  la  pensée 
et  apportant  leur  contingent  d'originalité  dans  ce  cénacle 
fermé.  Parmi  ces  intimes  de  l'amitié  figurait  Adolphe  Hirn, 
le  savant  mathématicien  et  astronome;  Ignace  ChaufTour, 
réminent  jurisconsulte  ;  Frédéric  Titot,  manufacturier  et 
ancien  préfet  de  Limoges;  Ferdinand  Hirn,  directeur  de  la 
maison  Ilaussmann,  Jordan  et  C^^^.  Républicain  convaincu,  le 
D'  lœnger  avait  été  mis  h  l'index  et  fut  même  compris 
dans  les  poursuites  dirigées  en  1849  contre  un  certain  nombre 
de  citoyens  de  Colmar,  suspects  de  conspirer  contre  l'état  de 
choses  établi,  en  préconisant  une  république  plus  radicale 
que  celle  du  moment,  représentée  par  le  prince  président.  M^^ 
I.  ChaufTour,  qui  plaidait  pour  eux  devant  la  cour  d'assises 
de  Besançon,  où  l'affaire  avait  été  renvoyée,  obtint  pour 
ses  clients  un  acquittement  auquel  ne  s'attendait  pas  le 
procureur  général. 

ïœnger  était  un  homme  de  bien  dans  la  plus  large  accep- 
tion du  mot  :  sa  bourse  était  ouverte  à  tous  les  vrais  malheu- 
reux et  il  soignait  sans  rétribution  tous  les  déshérités  qui 
s'adressaient  &  lui.  Sa  religion  ne  procédait  d'aucun  dogme 
ni  d'aucune  révélation.  C'était  l'altruisme  prêché  par  le 
Christ  ou  l'amour  d'autrui  dans  sa  pureté.  Aussi  ses  obsè- 
ques civiles  ne  causèrent-elles  aucun  étonnement  dans  la 
population  de  Colmar  habituée  a  respecter  les  convictions  de 
ce  philosophe  bienfaisant,  qui  fut  conduit  à  sa  dernière 
demeure  par  un  long  cortège  d^aniis.  Avant  la  levée  du  corps, 
son  beau-frère,  M.  Siffermann,  de  Benfeld,  prononça  sur 
le  seuil  de  la  maison  une  petite  allocution  expliquant  que 
celte  dérogation  aux  usages  établis  était  conforme  à  la 
volonté  du  défunt  dont  l'idéal  humanitaire  se  tenait  en-dehors 
et  au-dessus  de  toute  question  religieuse. 


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312  REVUE  d'alsàce 


Je  parlais  un  pou  plus  hauldc  la  mise  en  exploitation  du 
chemin  de  fer  de  Munster  à  Colmar,  comme  premier  tronç;on 
d'une  grande  ligne  devant  faire  communiquer  le  versant  fran- 
t'ais  des  Vosges  avec  ta  Forôl  Noire,  par  Colmar,  NeuT-Brisach, 
Vieux-Brisach  et  Fribourg.  On  croyait  encore  naïvement  à  la 
fraternité  des  peuplws,  et  oi  S3  hâtait  de  poser  les  jalons 
d'une  ligne  de  jonction  jetée  par-dessus  le  Rhin  qu'Arioviste 
(Ifeerenfest)  ou  chef  de  troupes,  avait  franchi  avant  la  nais- 
sance du  Christ,  pour  se  mesurer  avec  César  dans  les  plaines 
d'Alsace  (l).  Le  sort  en  était  jeté  et  on  marcha  de  Tavant.  Le 
conseil  municipal  demanda  la  concession,  comme  ligne  d'in- 
térêt local,  du  chemin  de  fer  de  Colmar  au  Rhin.  La  percée 
des  Vosges  par  le  val  de  Munster  paraissant  présenter  d'insur- 
montables difficultés,  on  se  rallia  un  instant  aune  autre  com- 
binaison consistant  à  emprunter  la  vallée  de  Saint-Amarin 
et  à  faire  le  percement  par  Wildenstein  pour  arriver  îi  la 
vallée  de  la  Moselotte  près  Épinal.  Au  fond  tous  ces  projets 
n'offraient  aucune  consistance  sérieuse  et  peu  de  temps 
après  leur  éclosion  la  guerre  franco-allemande  vint  dissiper 
toute  illusion. 


(1)  (Jue  de  ronlrovcrses  a  susc-itéos  retnplacenicnl  du  champ  de 
halaillo  où  ils  se  sont  rencontrés  î  Un  (WTivain  alsatique,  Kr. 
Ignace  Woo^,  dans  son  livre  Ehœssische  Schaubûhne,  a 
iTsinné  loulos  les  opinions  des  historiens  anciens  et  modernes  à 
ce  siijcl,  en  émollanl  l'opinion  1res  rationnelle  que  le  choc  eut 
lieu  pr^s  de  Sainl-AppoUinaire  ou  Folgensbourg,  dans  le  Sundgau 
rauraque,  localité  située  à  500)  pas  ou  un  mille  allemand  du 
Khin.  Cela  s'accorde  avec  les  Commentaires  de  César  qui  indi- 
quent celle  distance,  ce  qui  permet  de  croire  qu'il  est  eulrc  en 
Alsace  par  la  trouée  de  Bel  fort  et  a  suivi  la  grande  ligne  ou  voie 
romaine  de  communication  vers  BAle  ou  Augusta  Hauracorum, 
traversant  le  Sundgau^  où  l'attendaient  les  troupes  d'Arioviste. 
1/opinion  de  Schiepllin  et  autres  nuteurs  qui  placent  le  champ  de 
Imtaille  ailleurs  et  aussi  dans  TOchscnfeld,  ne  parait  dès  lors  pas 
plausible,  rOchsenl'eld  étant  éloigné  de  beaucoup  plus  de  5000>pas 
du  Khin. 


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A   TRAVERS   LE   PASSÉ  313 


La  lempéralure  avait  élé  particulièrement  belle  pendant 
rautonnne  de  1867.  Nous  en  avons  profité  pour  faire  une 
courte  excursion  dans  la  vallée  de  Massevaux  située  dans  la 
partie  de  la  chaîne  des  Vosges  qui  avoisine  Belfort.  La 
montagne,  sur  plusieurs  points,  est  très  abrupte.  Après  une 
ascension  assez  pénible  par  un  sentier  pierreux,  nous  fimes 
une  première  halte  au  Sternsée  (lac  de  l'étoile)  situé  dans 
un  entonnoir  de  montagnes  dont  les  flancs  sont  couverts  de 
hêtres  et  de  sapins.  A  quelques  pas  du  lac  se  trouve  une 
ferme  isolée  ou  l'on  fabrique  de  ces  grands  fromages,  en  forme 
de  pierres  meulières,  qui  ressemblent  tellement  au  fromage 
de  Gruyère,  qu'on  les  confond  facilement.  La  fabrication 
de  ce  genre  de  fromage  dans  les  fermes  vosgiennes  a 
pris  les  proportions  d'une  véritable  industrie  qui,  sur  le 
marché  français,  fait  une  rude  concurrence  au  gruyère  de 
Suisse. 

Sans  nous  laisser  décourager  par  la  perspective  d'une 
montée  fatigante,  nous  résolûmes  d'atteindre  le  sommet  du 
Uothenberg  d'où  Ton  découvre  un  panorama  très  étendu. 
C'était  une  vraie  escalade  le  long  d'une  parui  presque  \\  pic 
où  nos  pieds  mal  assurés  faisaient  rouler  les  pierres,  où 
aucun  sentier  praticable  n'était  tracé.  Arrivés  au  sommet 
nous  nous  reposâmes  sur  la  mousse  d'un  bois  de  sapins  et 
pûmes  contempler  la  charmante  vallée  vosgienne  de 
Saint-Maurice,  k  nos  pieds  la  petite  ville  'industrielle  du 
ïhillot  aux  cheminées  fumantes,  et  devant  nous,  en  plein 
soleil,  le  ballon  de  Servance  qui  domine  la  vallée  de  Giroma- 
gny.  Ce  ballon  sur  lequel  le  génie  militaire  français  a  cons- 
truit un  fort,  après  la  guerre  de  1870,  est  aujourd'hui  un  des 
postes  avancés  de  la  trouée  de  Belfort.  A  (fuelques  pas  au- 
dessus  de  notre  point  d'observation  se  trouve  la  ferme  ou 
fromagerie  du  Rothenwasen  entourée  de  hét^^es  tordus  par  le 
vent  d'ouest  qui,  sur  ces  hauteurs  doit  être  glacial.  Tout  en 
plaignant  les  malheureux  marcaires  condamnés  à  vivre  Ik 
haut  en  solitaires  séquestrés  de  toute  société  et  privés  des 
ressources  d'une  bonne  nourriture,   nous  descendîmes   les 


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344  REVUE  d'alsace 

pentes  abruptes  de  la  montagne  pour  rejoindre  1  étang  artifi- 
ciel du  Neuweyer  qui  sert  de  réservoir  pour  alimenter  en 
force  motrice  les  manufactures  de  la  vallée.  Après  nous  être 
restaurés  au  bord  de  cet  étang  et  après  avoir  pris  un  croquis 
de  ce  joli  paysage,  nous  dévalons  gaiement  vers  Massevaux, 
harassés,  fourbus,  exténués,  mais  contents  tout  de  même. 


La  seigneurie  de  Massevaux  était,  on  lésait,  comprise  dans 
la  donation  faite  par  Louis  XIV  au  cardinal  Mazarin.  Elle 
possédait  une  ancienne  et  célèbre  abbaye  de  chanoinesses 
nobles,  de  l'ordre  des  Augustines,  très  richement  reniée,  dont 
les  vastes  domaines  s'étendaient  sur  toute  la  vallée  et  au-delk. 

Les  lacs  et  les  nombreux  cours  d'eau,  avec  leurs  déversoirs 
et  leurs  chutes  naturelles,  se  prêtaient  admirablement  k  de 
grandes  exploitations  minières  et  manufacturières  connues  de 
longue  date.  Un  homme  de  génie  dont  la  grande  figure 
mérite  d'être  classée  parmi  les  bienfaiteurs  de  Thuinanité  et 
dont  le  souvenir  plane  encore  dans  tout  son  relief  sur  l'his- 
toire du  Sundgau  du  commencement  de  notre  siècle,  M. 
Marc-René-Marie  Voyer  d'Argenson,  devint  le  propriétaire  de 
ces  établissements  qu'il  transforma  et  agrandit  en  leur  don- 
nant un  considérable  essor.  Né  à  Paris  en  1771,  il  fut  pendant 
quelque  temps  rélève  du  célèbre  juriste  Koch  à  l'Universilé 
de  Strasbourg.  Bien  que  doté  dès  Tàge  de  dix-huit  ans  d'une 
fortune  considérable,  il  n'hésita  pas  à  adopter  les  principes 
de  la  révolution  de  1789  et  a  s'associer  aux  luttes  de  la  répu- 
blique naissante. 

En  mai  1792  il  était  a  Givet  pour  y  organiser  la  garde 
nationale  mobile,  devint  aide  de  camp  de  Lafayette,  puis 
épousa  la  princesse  de  Broglie  issue  des  Rosen  de  Suède 
venus  en  France  pendant  la  guerre  de  Trente  ans  et  fixés 
h  Bollwiller  (1).  C'est  alors  qu'il  se  consacra  tout  entier  k 
l'exploitation  directe  de  ses  domaines  en  Poitou  et  en  Alsace, 

(i)  Conrad  de  Rosen,  maréchal  de  France,  avait  acquis  en  16H0 
la  seigneurie  de  Massevaux. 


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A   TRAVBRS   LE   r.KS^é,  315 

qu'il  introduisit  le  premier  en  France  des  troupeaux  de  mou- 
tons mérinos,  qu'il  appliqua  à  ses  forges  et  laminoirs  de  la 
vallée  de  Massevaux  les  procédés  mécaniques  usités  en 
Angleterre,  raffinage  des  métaux  à  la  houille,  la  fabrication 
de  la  tôle  et  du  fer  blanc.  Napoléon  I«'  le  tint  en  très  haute 
estime  :  en  1809  il  lui  confia  le  poste  difficile  de  préfet  des 
Deux-Nèthes,  k  Anvers,  au  moment  de  l'invasion  par  les 
Anglais  des  !les  de  Beveland  et  de  Walcheren.  Placé  entre 
des  influences  contraires  dans  un  grave  procès  d*octroi,  il 
fut  amené  à  donner  sa  démission,  et,  au  mois  de  mai  i8i5, 
fut  élu  représentant  par  le  collège  électoral  de  Belfort.  La 
part  active  qu'il  prit  à  l'opposition  de  l'époque  lui  attira  de 
nombreuses  persécutions,  notamment  k  l'occasion  des  cons- 
pirations du  Haut-Rhin.  En  1829,  peu  de  temps  avant  l'avè- 
nement du  gouvernement  de  Juillet,  il  ne  resta  étranger  k 
aucune  des  revendications  des  classes  laborieuses  :  il  deman- 
dait l'abolition  des  taxes  indirectes  sur  le  sel,  sur  les  bois- 
sons, et  la  réduction  du  droit  sur  les  tabacs. 

Élu  député  k  Strasbourg  le  2  octobre  4831,  il  demeura 
fidèle  k  son  rôle  constant  d'opposition,  rêvant  en  matière 
d'impôt,  une  taxe  unique  proportionnée  au  revenu  de  cha- 
cun. Ce  socialiste  de  bon  aloi  et  de  grand  cœur,  ce  précur- 
seur énergique  de  nos  pâles  réformateurs  modernes  qu'effraye 
l'impôt  sur  le  revenu,  fut  l'ami  et  le  protecteur  de  ses  nom- 
breux ouvriers  qui  lui  devaient  leurs  moyens  d'existence 
dans  la  vallée  de  Massevaux,  et  mourut  k  Paris  le  i««'août  4842. 
Peu  d'amis  suivirent  son  cercueil.  Le  peuple  qu'il  avait  tou- 
jours aimé  et  défendu  l'avait  oublié.  Triste  retour  des  choses 
humaines.  L'histoire  doit  s'incliner  devant  cette  grande 
mémoire,  devant  ce  républicain  de  l'avant-veille  dont  le  nom 
mérite  d'être  reste  légendaire. 


Dans  son  Voyage  dans  les  Vosges,  écrit  en  allemand  par 
(Ihrétien-Maurice  Engelhardt,  et  publié  en  1821  k  Strasbourg 
par  ïreuttel  et  WQrtz,  il  est  souvent  question  des  étahlisse- 


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3i6  REVUE   d' ALSACE 

menis  métallurgiques  semés  dans  la  vallée  de  Massevaux  le 
long  de  la  Doller,  par  M.  d'Argenson. 

J*en  traduis  quelques  lignes  : 

«  Un  peu  avant  d'arriver  en  ville  on  rencontre  la  fonderie 
de  fer  de  M.  d'Argenson  ;  ensuite,  k  rentrée  de  la  petite  loca- 
lité, les  blanchisseries  de  la  manufacture  de  coton  de  M.  Kœ- 
chlin  où  se  trouvent  des  parcs  anglais  et  où  la  nature  roman- 
tique du  pays,  le  cours  d'eau  qui  le  traverse  et  un  rocher 
isolé  de  forme  singulière  ont  rempli,  en  grande  partie,  le  rôle 
de  dessinateur  de  jardins.  De  Weegscheid  où  se  trouve  la 
fabrique  de  fer  blanc  de  M.  d'Argenson  qui  fournit  d'excel- 
lents produits  et  se  perfectionne  de  jour  en  jour,  un  chemin 
se  dirige  le  long  du  torrent  vers  le  village  de  Dolleren  qui 
porte  son  nom.  Ce  chemin  carrossable  conduit  a  l'entrée  d'une 
vallée  latérale  où  se  trouve  Oberbruck  et  où  sont  installés 
les  martinets,  les  dépôts  ainsi  que  la  factorerie  de  toutes  les 
usines.  Les  eaux  motrices  arrivent  à  Oberbruck  par  deux 
vallées  supérieures;  le  canal  du  sud  a  été  formé  à  son 
origine  par  l'endiguement  de  deux  étangs,  nommés  Neu- 
weyer  et  sert  de  réservoir  pour  les  besoins  éventuels  ;  l'autre 
est  une  dérivation  du  Sternsée.  Il  existe  encore  dans  la 
vallée  de  Massevaux  une  usine  de  cuivre  qui,  entre  autres 
produits,  livre  au  commerce  d'excellents  cylindres  ». 


Un  nouveau  concours  régional  d'agriculture  avait  eu  lieu 
kColmar  dans  le  cours  de  l'été  1867.  De  nombreux  concur- 
rents venus  de  tous  les  départements  voisins  donnèrent  une 
grande  animation  a  ces  assises  de  la  production  alimentaire 
II  y  avait  alors  k  Paris  des  entrepreneurs  qui  se  chargeaient 
de  fournir  et  de  mettre  en  place  le  matériel  nécessaire.  La 
ville  de  Colmar  a  payé,  de  ce  chef,  une  somme  de  !6,176^50c. 
k  l'entrepreneur  Dumont.  La  dépense  totale  s'est  élevée  k 
26,604  fr.,  y  compris  les  frais  du  concours  des  gymnastes. 
L'Alsace  avait  compris  depuis  longtemps  la  nécessité  d'orga- 
niser des  sociétés  de  gymnastique  et  d'entretenir  une  salu- 
taire émulation  entre  elles  au  moyen  de  concours  périodiques 


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A    TRWKRS    LR   PASSK  347 

qui  avaient  lieu  à  Strasbourg,  a  Colmar  et  à  Mulhouse.  On 
a  fini  par  reconnaître  partout  la  haute  utilité  pratique  de  ces 
exercices  corporels  destines  a  assouplir  la  jeunessse  et  k  la 
préparer  aux  endurances  de  la  guerre. 

Les  maraîchers  de  Colmar,  qui  constituaient  une  très 
importante  corporation,  avaient  organisé  au  Marché  couvert 
une  superbe  exposition  de  légumes,  de  fruits  et  de  fleurs, 
savoureuse  attraction  pour  les  amateurs  de  botanique,  de 
pomologle  et  d'œnologie.  11  y  avait  là  des  choux  ef  des  navets 
monstres,  des  potirons  et  des  concombres  phénoménaux,  des 
pommes  et  des  poires  monumentales,  des  ceps  garnis  de 
grappes  prodigieuses,  rappelant  les  raisins  de  Chanaah,  et  au 
milieu  de  tous  ces  verts,  de  tous  ces  violets,  de  tous  ces  jau- 
nes intenses,  le  rouge  flamboiement  des  tomates  et  les  mosaï- 
ques rutilantes  des  roses  et  des  dahlias,  en  un  mot  une 
vraie  orgie  de  couleurs. 


La  halle  couverte  de  Colmar  était  complètement  achevée 
en  4867.  Il  ne  restait  plus  qu'à  décorer  la  fontaine  monumen- 
tale que  l'architecte  avait  placée  dans  le  pan  coupé 
établi  à  Tun  des  angles.  Ici  encore  le  talent  du  sculpteur 
Rartholdi  trouva  l'occasion  de  s'affirmer  :  il  voulut  symboli- 
ser la  destination  de  cet  édifice,  que  fréquentent  les  vigne- 
rons et  les  maraîchers,  par  une  statue  en  bronze  représentant 
un  jeune  vigneron  assis,  la  tète  rejetée  en  arrière  et  buvant 
à  même  d'un  pclil  tonnelet  qu'il  tient  des  deux  mains  au- 
dessus  de  sa  bouche.  Cette  particularité  empruntée  aux  habi- 
tudes des  ouvriers  maraîchers  de  Colmar  qui,  en  se  rendant 
dans  les  champs,  emportent  un  petit  tonnekt  de  piquette, 
donnait  un  caractère  tout  à  fait  typique  à  la  statue  que  com- 
plète, d'ailleurs,  un  autre  détail  non  moins  typique,  la  pré- 
sence d'un  petit  roquet  C«S'/)i7r),  compagnon  obligé  de  tous 
les  ouvriers  agricoles  et  gardien  vigilant  de  leurs  habits.  Un 
système  de  tuyaux  ménagé  dans  l'intérieur  de  la  statue  amène 
l'eau  dans  le  tonnelet  d'où  le  jet  de  liquide  va  tomber  dans  la 
bouche  du  vigneron  (qui  en  général  a  horreur  de  l'eau  et  ne 


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8i8  REVUE  !>' ALSACE 

la  trouve  bonne  que  pour  l'arrosage  de  ses  légumes)  et  redes- 
cendait par  un  autre  tuyau  dans  le  bassin  de  la  fontaine. 
Sans  vouloir  critiquer  la  composition  de  M.  Bartholdi,  qui  a  un 
caractère  tout  à  fait  artistique,  on  peut  se  demander  sHl  n'y 
a  pas  un  tout  petit  peu  d'exagération  a  condamner  un 
homme  de  bronze  îi  boire  éternellement  un  jet  d'eau  vive. 
C'est  l'inverse  du  supplice  de  Tantale.  En  hiver  la  statue 
se  couvre  de  stalactites  de  glace  et  parfois,  en  été,  le  filet  d'eau 
dévie  et  se  déverse  sur  le  torse  du  jeune  vigneron.  Quoiqu'il  en 
soit,  la  statue  exposée  au  salon  de  Paris  de  4868,  fut  acquise 
par  le  ministère  des  Beaux-arts,  alors  entre  les  mains  du  comte 
de  Nieuwerkerque,  et  donnée  a  la  ville  de  Colmar.  Elle  acquit 
ainsi  sans  bourse  délier,  cette  œuvre  décorative  qui  vint  très  à 
propos  s'installer  dans  la  niche  réservée  au-dessus  du  bassm- 
de  la  fontaine. 


Au  mois  de  septembre  4808,  un  second  voyage  en  Suisse 
m'offrit  l'occasion  de  visiter  la  partie  orientale  de  ce  pays  sur 
les  bords  du  lac  de  Constance.  Je  réglai  mon  itinéraire  de  façon 
à  traverser  de  nouveau  le  lac  de  Lucerne,  voir  Notre-Dame-des- 
Ermites,  traverser  le  lac  de  Zurich  et  pousser  par  Wintertbur 
et  Frauenfeld  jusqu'à  Komanshorn  sur  le  lac  de  Constance. 
Laissant  le  Righi  à  gauche,  nous  allons  débarquer  a  Bru nnen 
où  nous  dînons  au  milieu  d'un  groupe  d'anglais  taciturnes, 
llgés  dans  la  raideur  de  leur  cant  britannique.  A  Einsiedeln 
j'allai  visiter  la  fameuse  imprimerie-librairie  Benziger  qui 
répand  dans  le  mond3  entier  son  imagerie  religieuse  et  ses 
livres  de  piété,  et  qui  a  établi  des  comptoirs  jusqu'en 
Amérique. 

L'église  où  se  trouvait  la  Vierge  miraculeuse  et  le  fameux 
lustre  offert  par  le  comte  de  Chambord,  est  remplie  d'ex-voto 
et  de  toute  une  ferblanterie  de  mauvais  goût  attestant 
l'incroyable  persistance  de  la  superstition  humaine.  C'est  dans 
cette  église  que  le  réformateur  Zwingli  qui,  en  4516,  était 
curé  d'Einsiedeln,  fit  entendre  ses  véhémentes  critiques  con- 


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A  TRAVBBS   LB  PASSÉ  349 

tre  le  clergé  d'alors  et  la  superstition  des  pèlerins  qui  lui 
apportaient  leurs  oftrandes. 

M'embarquerh  Riehlersehwyl,  traverser  le  lac  de  Zurich, 
visiter  sonimairement  la  ville  dont  les  boucheries,  d'une 
propreté  flamande,  ressemblent  h  un  palais  de  marbre,  fut 
Taffaire  de  peu  de  temps.  J'admire  la  gare,  bijou  d'architec- 
ture élégante  et  pars  pour  Romanshorn,  où  j'arrive  avant  la 
nuit.  Le  train  s'était  arrêté  quelques  minutes  k  Frauenfeld  et 
h  Winterthur  (canton  de  ïhurgovie),  deux  grosses  bourgades 
peu  intéressantes.  La  ligne  de  Zurich  k  Romanshorn  se 
continue,  au  delà  du  lac,  de  Friederichshafen  k  UInr..  11  me 
semble,  sans  pouvoir  l'affirmer,  avoir  vu  charger  le  wagon- 
poste  de  notre  train  sur  un  ponton  a  vapeur  et  à  rails,  qui 
l'a  transporté  sur  la  rive  opposée. 

Le  lendemain,  par  une  de  ces  journées  automnales  dont 
l'extrême  limpidité  permet  de  découvrir  tous  les  accidents  de 
rhorizon,  je  montai  sur  une  hauteur  dominant  le  lac  et  pus 
contempler  cette  grande  surface  d'un  blanc  laiteux  et  jaunA- 
tre,  encadrée  au  midi  par  la  chafne  du  Dissentis,  k  l'est  par 
les  montagnes  du  Vorarlberg  autrichien  et  la  jolie  ville  de 
Bregenz,  celle  patrie  des  maçons  et  des  Dampfnudlen  (4),  au 
nord  par  la  ville  de  Constance  et  les  montagnes  de  la  Souabe. 
Ne  pouvant  dessiner  tout  cet  immense  panorama,  je  voulus 
du  moins  en  rapporter  une  tranche  et  j'allai  sonnera  la  grille 
tl'une  jolie  villa  pour  travailler  k  l'abri  du  soleil.  Le  proprié- 
laire  me  reçut  fort  gracieusement  et  m'installa  dans  son 
salon  d'où  l'on  voyait  tout  le  port,  et  dans  le  lointain  les 
montagnes  dentelées  du  Dissentis  dans  le  canton  d'Ap- 
penzell. 

A  Zurich,  l'hoiel  de  l'Épée  où  je  logeais  donne  sur  le  lac  et 
la  vue  dont  on  jouit  est  superbe.  De  nombreux  et  beaux  édi- 
fice sont  modernisé  l'aspectde  cette  ville  qui  est,  avecBAle,  une 
des  métropoles  de  la  Suisse  allemande.  Le  Polytechnikumou 
Kcole  polytechnique  de  Zurich  est  son  foyer  scientifique, 
(l'est  le  pays  luthérien  ou  plutôt  zwingllen  formant,  au  point 


({)  Nouilles  à  la  vapeur,  régal  préféré  des  maçons  tyroliens  ; 
autant  dire  que  ces  aimables  et  lourdes  pâtes  sont  le  macaroni 
des  enfants  du  Tyrol. 


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3â0  BBVl'B   d'aLSACE 

de  vue  des  mœurs  et  de  la  civilisation,  un  contraste  marqué 
avec  les  cantons  catholiques  de  Lucerne,  de  Schwytz,  dX'ri, 
de  Fribourg,  du  Valais,  qui  ont  été  si  profondément  troublés 
en  1845  par  la  guerre  religieuse  du  Sunderbund.  Un  mort  et 
un  blessé,  tel  fut  le  bilan  de  celte  insurrection  fratricide  con-. 
tre  laquelle  le  Conseil  fédéral  leva  une  armée  de  40,000 
hommes  !!!  Le  contraste  est  encore  plus  accentué  dans  la 
Suisse  romande  qui  représente  rinfluence  française  par  la 
langue  et  les  mœurs  et  dont  Genève,  la  Rome  calviniste,  est 
avec  Lausanne  le  centre  dirigeant.  On  voit  par  la  que  ce  petit 
pays  de  Suisse,  situé  au  centre  et  au  point  culminant  de 
TEurope,  enserré  comme  un  fort  dans  ses  puissantes  défenses 
naturelles,  présente  des  contrastes  de  rares,  de  religions  est 
de  civilisations  qui  semblent  réfractaires  a  son  unité  politi- 
que. El  cependant  cette  unité,  cimentée  et  maintenue  depuis 
des  siècles  par  la  fédération  républicaine  des  vingt  deux 
cantons  est  aussi  solide  que  celle  des  puissants  états  qui  l'en- 
tourent et  qui,  a  un  moment  donné,  pourraient  mettre  sa 
neutralité  en  danger. 


XLIl 


Les  Comtes  de  Ribeaupierre  rois  des  Ribauds.  —  Le 
trésor  de  Ribeauvillé.  —  Grand  hanap  historique.  —  Biblio- 
thèque des  comtes.  —  Origine  de  la  Guillotine  —  Béatrice 
Cenci.  —  Fourches  patibulaires.  —  Dernière  pendaison  à 
Altkirch. 


Pendant  Tliiver  i86S-i8(>9,  nous  allâmes  nous  installer 
pour  quelques  jours  à  Zellenberg  où  la  température  était 
exceptionnellement  douce.  Ce  petit  congé  me  permit  d'aller 
dessiner  k  Thùtel-de-ville  de  Ribeauvillé  les  beaux  vases  en 
argent  ciselé  olferls  à  la  ville,  pendant  la  première  moitié  du 
XV1I«  siècle,  par  les  comtes  de  Rappolstein  ou  Ribeaupierre, 
qui  possédaient,  à  titre  de  fief,  la  seigneurie  de  Ribeauvillé 


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A   TBAVKn&  LK   PASSÉ  321 

et  demeuraient  dans  les  trois  forteresses  féodales  qui  domi- 
nent la  cité.  Ils  avaient,  dans  l'intérieur  de  celle-ci,  un  autre 
grand  chÀteau  occupé  aujourd'hui  par  le  pensionnat  des 
sœurs  de  la  doctrine  chrétienne.  Ces  vases  ou  hanaps  desti- 
nés aux  grandes  solennités  épulaircs,  sont  au  nombre  de 
sept.  Je  les  ai  gravés  sommairement  par  le  procédé  Comte 
pour  ma  notice  historique  publiée  en  4872  dans  la  Reçue 
d* Alsace.  Mes  dessins  ont  été  reproduits  également  dans 
V Art  en  Alsace-Lorraine,  de  René  Ménard  (Paris  1874),  et 
dans  VArt  ornemental,  (Octobre  1883). 

Cette  famille  de  dynastes  dont  l'origine  remonte  au  dou- 
zième siècle,  s'était  toujours  signalée  par  son  goût  pour  les 
arts  et  pour  les  lettres.  Elle  possédait  une  importante  biblio- 
thèque d'imprimés  et  manuscrits  dont  a  hérité  en  1792  la 
bibliothèque  de  la  ville  de  Colmar.  Plusieurs  grands  tableaux 
historiques  figurent  également  parmi  les  épaves  qui  ont  enri- 
chi les  collections  anciennes  du  musée.  La  perle  du  trésor 
de  Ribeaupierrc  était  une  grande  coupe  en  vermeil  ornée  de 
pierres  précieuses  et  de  bas-reliefs  représentant  les  travaux 
des  mineurs  dans  les  mines  d'argent  de  Sainte-Marie-aux- 
Mines,  dont  les  comtes  de  Ribeaupierre  étaient  propriétaires; 
puis  c'étaient  des  scènes  de  l'histoire  romaine,  le  dévouement 
de  Mutins  Scevola,  la  mort  de  Virginie,  le  combat  des  Iloraces 
et  des  Curiaces,  et  l'expulsion,  des  Tarquins.  Six  cartou- 
ches représentent  les  travaux  d'Hercule.  L'artiste,  auteur  de 
ce  beau  travail,  et  qui  a  oublié  modestement  de  signer  son 
œuvre,  était  sans  contredit  un  apôtre  du  progrès  qui,  tout  en 
travaillant  pour  les  despotes  féodaux,  a  eu  le  courage  de 
faire  parlera  son  œuvre  le  langage  de  l'humanité  souffrante 
avide  de  s'affranchir. 

N'oublions  pas  de  mentionner  ici  que  le  représentant  Gré- 
goire a  signalé  le  vase  de  Hibeauvillé  à  la  Convention  natio- 
nale comme  ayant  été  sauvé  de  la  destruction  pendant  les  scè- 
nes de  vandalisme  qui  ont  marqué  la  période  révolutionnaire. 
Cette  coupe  merveilleuse,  dans  la  composition  de  laquelle  il 
est  entré  vingt-deux  livres  d'argent  provenant  des  gisements 
de  Sainte-Marie-aux-Mines,  a  été  exécutée,  suppose-t-on,  en 
1530  et  était  placée  comme  un  surtout  décoratif  sur  la  table 


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322  REVUE  d'alsace 

d'honneur  des  banquets  offerts  par  les  sires  do  Hibeaupierre 
k  la  noblesse  du  pays  et  aux  princes  étrangers. 

Elle  avait  près  d'un  mètre  de  hauteur.  Gargantua  seul  ou 
le  mousquetaire  Porthos  auraient  pu  la  porter  k  leurs  lèvres 
et  la  vider.  Voilk  pourquoi  on  y  puisait  au  moyen  d'un  gobe- 
let k  dé  que  chacun  des  convives,  k  tour  de  rôle,  était  tenu 
de  secouer  pour  savoir,  d'après  le  nombre  de  points  amenés, 
quelle  quantité  de  purée  septembrale  il  pouvait  boire.  Le 
terroir  de  Ribeauvillé  était  célèbre  par  son  cru  d\^  vin  blanc 
du  Zahnacker.  Ce  nectar,  encore  fort  apprécié  aujourd'hui,  a 
dû  servir  bien  des  fois  k  remplir  la  fameuse  coupe  et  toutes 
les  autres  qui  ont  fait  l'objet  de  ma  notice  historique.  Ajou- 
tons, pour  compléter  ce  petit  résumé,  que  ce  bocal  héroïque 
et  légendaire  a  été  conservé  longtemps  k  la  bibliothèque  de 
Colmar  où  il  avait  été  déposé  en  4793  par  les  commissaires  du 
district  Marquaire  et  Casimir  Karpff. 

Le  dernier  des  Rappolstein,  ce  prince  Maximilien,  qui  avait 
été  colonel  du  régiment  d'Alsace,  au  service  de  la  France  et 
que  Napoléon  I«f  fît  monter  sur  le  trône  de  Bavière,  revendi- 
qua la  propriété  de  la  coupe  qui  lui  fut  très  gracieusement 
rendue  par  le  Gouvernement  français  comme  héritage  de 
famille. 


Depuis  4869  j'étais  obsédé  de  l'idée  de  me  procurer  un 
jour  la  photographie  de  ce  bocal  célèbre,  vrai  monument 
d'art,  d'origine  alsacienne  et  d'en  exécuter  un  grand  dessin 
k  la  plume  pour  le  reproduire  par  la  gravure  ;  mais  le  dou- 
loureux calvaire  de  4870,  l'exode  et  ses  tristesses  et  puib 
d'autres  grandes  préoccupations  m'ont  fait,  pendant  vingt  six 
ans,  non  pas  oublier,  mais  ajourner  la  réalisation  de  ce  rêve 
d'artiste.  Patience  et  longueur  de  temps  mènent  k  tout  : 
La  Fontaine  a  toujours  raison. 

Or,  dans  ces  derniers  temps,  le  goût  public  s'est  porté  avec 
enthousiasme  vers  ces  exhibitions  des  vieilles  richesses  artisti- 
ques, historiques  et  ethnographiques  qui,  durant  des  siècles, 
sont  restées  enfouies,  presque  introuvables,  conservant  la 


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À   TRAVEnS   LE   PASSÉ  323 

patine  conlemporaine  des  époques  qui  les  ont  vu  naître,  et 
comme  l'empreinte  de  la  poussière  d'autrefois  et  Témanation 
de  la  vie  ambiante. 

Ëpaves  brillantes  de  mondes  évanouis  qui  ont  joué  leur  rùle 
sinistre  dans  les  tragédies  de  l'histoire,  qui  ont  assisté  aux 
égorgements  monstrueux,  aux  incroyables  hécatombes  de  la 
guerre  de  Trente  ans  en  Alsace,  h  toutes  les  grandes  invasions 
dont  ce  riche  et  malheureux  pays  a  été  Tobjel,  sans  trêve  ni 
merci  ;  ces  monuments  qui  ont  entendu  gémir  toutes  les  dou- 
leurs humaines,  mais  n'ont  assisté  que  rarement  à  de  grands 
et  généreux  spectacles,  ressuscitent  comme  une  leçon  d'his- 
toire dans  les  muséei  et  les  expositions  rétrospectives. 
Comme  le  soleil  qui  éclaire,  impassible,  les  calamités  terres- 
tre, ils  brillent  aujourd'hui  d'un  nouvel  éclat,  racontant  les 
épreuves  qu'ils  ont  traversées. 

Une  exposition  de  ce  genre  a  eu  lieu  en  1893  a  Strasbourg, 
rappelant  combien  l'ancienne  Alsace  était  richement  dotée 
d'objets  d'arts,  dans  cette  ville  même  où  disparurenl,  empor- 
tés en  un  jour  néfaste,  les  plus  précieux  chefs  d'œuvre. 

La  cour  de  Bavière  avait  bien  voulu  se  dessaisir  momenta- 
nément, en  faveur  de  cette  exposition,  du  grand  hanap  en 
vermeil  dont  il  est  question  plus  haut.  C'est  la  qu'il  a  été  photo- 
graphié par  M.  J.  Manias  qui  en  a  tiré  des  épreuves  en  hélio- 
gravure. Grâce  à  l'entremise  obligeante  et  dévouée  d'un  ami 
deColmar,  j'ai  pu  me  procurer  en  juillet  1896  deux  de  ces 
épreuves.  N'ayant  que  0™30  de  hauteur  elles  permettent 
difficilement  de  juger  des  détails  extrêmement  compliqués 
de  l'ornementation.  Mon  dessin  qui  est  terminé,  ayant  le 
double  de  cette  dimension,  il  est  facile  d'en  déchiffrer  tous 
les  détails. 

Maintenant  se  pose  la  question  de  savoir  quel  est  l'auteur 
de  ce  bocal,  ou  plutôt  de  ce  poëme  héroïque.  Est-il  l'œuvre 
d'un  orfèvre  alsacien,  de  Strasbourg  ou  de  Colmar  ?  Ou  bien, 
tout  en  admettant  que  l'exécution  matérielle  est  alsacienne, 
ne  faut-il  pas  rechercher  le  nom  de  l'artiste  qui  en  a  dessiné 
le  modèle,  parmi  les  peintres,  graveurs  et  dessinateurs  qui  se 
sont  rendus  célèbres  des  deux  côtés  du  Rhin  pendant  le  sei- 
zième siècle?  Hans  llolbein,  le  jeune,  Virgile  Solis,  Sebald 
Beham,  Wenceslas  lamitzer,  ce  dernier  surtout  qui  a  dessiné 


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324  nEvuE  d'alsace 

plusieurs  vases  superbes  dont  Tun,  par  sa  forme  générale  et 
ses  détails,  se  rapproche  étonnanament  de  ceux  de  noire 
bocal  (4)  :  même  exubérance  de  détails  et  de  moulures, 
de  mascarons  et  de  rinceaux,  de  volutes  et  d'enroulements, 
de  cartouches  a  tètes  de  boucs  et  de  satyres. 

Virgile  Solis  et  Hans  Holbein  qui  ont  dessiné  une  quantité 
considérable  de  modèles  pour  les  orfèvres  et  armuriers,  tout . 
en  donnant  dans  Texcès  d'ornementation,  procédaient  d'après 
un  sentiment  plusi  épuré  que  celui  de  Ininiizer  et  où  se 
sentent  les  induences  italienne  et  française.  Mais  ù  quoi  bon 
raisonner?  On  ne  peut  que  cheminer  en  compagnie  de  dame 
Incertitude,  tant  qu'on  n'aura  pas  trouvé  dans  un  inventaire 
contemporain  le  nom  de  l'artisle.  Les  conjectures,  vague 
tissu  d'erreurs,  ne  peuvent  que  tourner  ici  autour  de  la , 
lettre  P,  gravée  en  relief  dans  un  petit  cartouche  de  la  base. 

Ce  qui  est  incontestable,  c'est  que  ce  bocal  d'apparat, 
qu'on  n'exhibait  qu'aux  jours  de  grand  gala,  figurait  en  1543 
au  repas  de  noces  de  George  de  Ribeaupierre  et  d'Elisabeth 
de  HelfTenstein;  qu'en  1527  Guillaume  de  Ribeaupierre  s'était 
associé  pour  l'exploitation  des  mines  d'argent  du  val  de 
Lièpvre  à  l'archiduc  Ferdinand  d'Autriche,  après  avoir  été 
investi  par  l'empereur  Charles-Quint  du  droit  de  les  exploiter; 
qu'en  1530  un  gisement  assez  important  d'argent  pur  y  fut 
découvert  et  qu'on  préleva  sur  le  produit  une  quantité  de  vingt 
deux  livres  pour  la  confection  du  bocal  qui  resta  dans  la  famille 
afin  de  perpétuer  le  souvenir  de  cette  heureuse  découverte. 

On  a  même  extrait  des  pépites  d'argent  massif  dont  chacune 
pesait  trois  quintaux. 

Le  pasteur  Billing  a  écrit  en  allemand  une  description 
minutieusement  correcte  mais  un  peu  froide  de  cette  œuvre 
d'art  pour  dérouler  aux  yeux  du  lecteur,  sans  le  secours  du 
dessin,  un  ensemble  aussi  splendide  que  compliqué.  Patience; 
le  moment  viendra  où  on  lira  le  dessin  même  aussi  facile- 
ment qu'on  lit  dans  l'Iliade  la  description  du  bouclier 
d'Achille,    si  magna  licet  componere  parvis.  Cependant 


(I)  Voir  la  planche  239  de  VAibnm  de  In  Jienaissnnre  publiée 
en  1877  par  réditeur  (i.  llirlh,  de  Munioli. 


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A   TRAVERS   LE   PASSÉ  325 

i*artiste  qui  l'a  créé  n'avait  point  le  talent  expédilif  de 
Vulcain  qui,  en  une  seule  nuit,  improvisa  u  coups  de  marteau 
et  de  burin,  toutes  les  scènes  de  la  création  ;  et  il  est  k  sup- 
poser que  notre  orfèvre  inconnu  a  mis  des  années  à  ciseler  les 
fantastiques  végétations  de  son  œuvre. 


Par  un  privilège  séculaire,  les  seigneurs  de  Ribeaupierre 
étaient  les  rois  des  ménétriers  d'Alsace.  On  célébrait  chaque 
année,  à  leur  cour,  la  fête  du  FfifTertag,  (Jour  des  musi- 
ciens), fête  k  l'occasion  de  laquelle  tous  les  ménétriers  de  la 
Haute-Alsace  tenaient  leur  séance  de  justice  sous  la  prési- 
dence de  leur  roi.  La  grande  coupe  devait  nécessairement 
être  placée  sur  la  table  du  banquet  offert  k  cette  association 
joyeuse,  dans  une  salle  du  château  seigneurial,  afin  de  don- 
ner aux  convives  la  satisfaction  et  l'honneur  d'y  boire  un 
coup  et  même  deux,  ce  à  quoi  les  gosiers  de  musiciens  n'ont 
pas  rhabilude  de  bouder.  Cette  fête  du  Pfiffertag  continue  k 
t^e  célébrer  chaque  année,  le  8  septembre,  sous  les  plantu- 
reux ombrages  da  Herrengart en  (Jardin  des  seigneurs)  dont 
les  belles  charmilles  remontent  a  la  période  prospère  des 
dynastes  de  Rappolstein. 

En  somme,  ces  rois  de  la  beuvene  et  de  la  haute  liesse, 
doivent  peut-être  plus  de  gloire  k  leur  titre  de  Rois  des  Ri- 
bauds,  qui  s'est  incrusté  dans  le  souvenir  populaire,  qu'aux 
coups  d'estoc  et  de  taille  qu'ils  ont  donnés  dans  leur  carrière 
politique  de  barons  féodaux  et  quelque  peu  pillards.  Le  chro- 
niqueur Woog,  qui  n'aimait  pas  les  détrousseurs  de  grands 
chemins,  les  appelait  couramment  Rnubvolk  (voleurs)  xît 
leurs  chAteaux  Raubnester  (nids  de  voleurs).  Tel  était  le 
château  de  la  Molkenbourg  que  les  Rappolstein  possédaient  k 
(iuémar. 


Parmi   les  volumes  manuscrits  de  la  bibliothèque   des 
Ribeaupierre,  il  en  est  deux  particulièrement  curieux  et  que 


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326  REVUE  d'alsagb 

j'ai  feuilletés  avec  le  plus  vif  intérêt.  L'un  est  une  histoire  de 
la  balistique  renfermant  de  nombreux  dessins  k  la  plume, 
avec  la  description  des  engins  primitifs  de  Tartillerie.  M. 
Lorédan  Larchey,  le  savant  bibliothécaire  de  l'Arsenal,  est 
venu  k  Colmar  y  puiser  des  documents  précieux  pour  son 
Histoire  de  rArlillerie  ancienne  qu'il  avait  publiée  d'abord, 
autant  que  je  me  le  rappelle,  sous  la  forme  d'un  petit  volume 
autographié  avec  des  planches  dessinées  par  lui-même. 

L'autre  volume  est  un  imprimé,  avec  gravures  sur  bois, 
coloriées  à  la  main,  réuni  à  d'autres  brochures  formant 
ensemble  un  assez  gros  recueil  relié  en  parchemin.  Il  est 
intitulé  :  «  Das  Symbolum  der  heiligen  Aposteln,  darin 
der  Grand  unsers  christHchen  Glaubens  gelegt  ist,  aus- 
gelegt  durch  D.  Mart,  Luth,  Mit  schœnen,  lieblichen  Figu- 
ren.  1548  ».  (Le  Symbole  des  saints  Apôtres  ou  le  fondement 
de  notre  foi  chrétienne,  expliqué  par  le  Docteur  Martin 
Luther.  Accompagné  de  belles  et  gracieuses  images,  1548). 

Ces  belles  et  aimables  images,  au  nombre  de  douze,  sont 
des  gravures  sur  bois  représentant  chacune,  le  plus  gracieu- 
sement possible,  le  supplice  d'un  apôtre.  Celle  qui  reproduit 
le  supplice  de  Saint  Mathieu,  est  particulièrement  remar- 
quable en  ce  sens  que  le  patient  est  décollé  au  moyen  d'une 
machine  absolument  identique  S  notre  guillotine  moderne. 
En  effet,  elle  se  compose  de  deux  poutres  montantes,  enfon- 
cées dans  le  sol,  réunies  en  haut  par  par  une  simple  traverse, 
au  dessous  de  laquelle  est  le  couperet  jouant  dans  les  rainu- 
res et  attaché  au  déclic  par  une  corde  que  tient  le  bourreau, 
tandis  que  l'un  des  aides  maintient  le  patient  agenouillé  et 
que  l'autre  lui  tient  la  tète  en  dehot^  de  la  lunette. 
Ces  aides  ont  les  manches  k  crevés  de  l'époque  de  François l^^, 
et  donnent  par  Ik  même,  une  date  certaine  k  la  gravure. 
Des  soldats  k  pied  et  k  cheval  entourent  l'échafaud.  On  voit 
qu'il  ne  manque  k  la  machine  que  la  plate-forme  et  la 
bascule. 

La  bibliothèque  de  Colmar  possède  encore  d'autres  anciens 
volumes  reproduisant  des  machines  analogues,  entre  autres 
une  impression  strasbourgeoise  de  1508  et  une  bàloise  de 
1553  intitulée  «  B,  Brandt,  Vollk,  BegrifT-Basel  MDLIII  y> 
et  qui  représente  une  exécution  par  la  guillotine. 


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A  TRAVEBS   LE   PASSÉ  327 

Le  volume  cilé  plus  haut  est  accompagné  de  celte  note  : 
«  D'après  le  Figaro,  il  existe  dans  le  Maiiuel  de  Vamateur 
d'estampes,  une  gravure  d'Aldegrever  datée  de  1553  et 
représentant  une  guillotine.  On  voit  en  effet,  le  fils  de  (nom 
en  blanc)  agenouillé  devant  une  machine,  reproduction 
exacte  de  celle  décrite  dans  la  consultation  du  chirurgien 
Louis.  La  tète  du  patient  est  maintenue  enserrée  sous  le 
tranchant  convexe  d'un  couperet  glissant  dans  des  rai- 
nures (1).  » 

Cette  machine  k  décollation,  nommée  manaja  en  italien, 
est  aussi  gravée  dans  l'ouvrage  d'Achille  Bocchi,  intitulé 
Symbolic,  Quœstion.  (1555). 

Dans  son  Dictionnaire  des  sciences,  Bouillet  nous  apprend 
que,  dès  1507,  on  exécutait  &  Gènes  au  moyen  de  la  manaja 
et  que  ce  même  instrument  trancha  la  tète  de  la  belle  et 
célèbre  Béatrice  Genci.  Le  11  septembre  159D,  Béatrice,  sa 
sœur  Lucrezia  et  l'un  de  leurs  frères,  Giacomo,  convaincus 
de  parricide  sur  Francesco  Cenci,  leur  père,  qui  les  avait 
déshonorés  par  ses  crimes  et  ses  mœurs  inavouables,  furent 
exécutés  publiquement  à  Rome.  Cette  exécution,  faite  avec 
une  espèce  de  guillotine,  très  imparfaite,  donna  lieu  k  des 
accidents  et  k  des  mouvements  populaires.  La  belle  romaine, 
se  débattant  sous  la  main  du  bourreau,  eut  la  gorge  hachée 
avant  de  recevoir  le  coup  fatal:  Elle  fut  inhumée  dans  l'église 
de  San-Pietroin  Montorio  auprès  du  maître-autel  que  décorait 
alors  la  Transfiguration  de  Raphaël.  La  tombe  de  cette 
belle  blonde  aux  cheveux  d'or  s'abritant  sous  le  rayonnement 
d'un  des  plus  grands  chefs-d'œuvre  de  l'art  !  Quel  souvenir 
évoque  cette  petite  dissertation  sur  les  origines  de  la  guillo- 
tine I...  L'histoire  tragique  de  la  belle  et  infortunée  romaine 
est  restée  vivace  dans  les  souvenirs  populaires.  Paul  Delaro- 
che,  le  peintre  ordinaire  des  princes  décapités,  a  été  séduit 
par  cet  émouvant  souvenir  et  en  a  fait  le  sujet  d'un  de  ses 
tableaux  :  La  Cenci  menée  au  supplice. 


[i)  Je  dois  ces  curieux  renseignements  à  une  communication 
toute  gracieuse  de  M.  André  Waltz,  bibliothécaire  de  la  ville  de 
Cohnar,  qui  a  fait  à  mon  intention  des  calques  très  fidèles  de 
ces  vieilles  gravures. 


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328  HEVUE  d'alsaci:: 


Nil  novi  êub  sole.  On  est  habitué  à  attribuer  au  docteur 
Guillotin,  de  Saintes,  membre  delà  Constituante,  le  peu  en- 
viable honneur  d'avoir  inventé,  dans  un  but  humanitaire, 
rinstrument  de  mort  rapide  qui  porte  son  nom,  alors  que 
cet  engin  était  connu  depuis  près  de  trois  siècles.  Le  docteur 
a  simplement  fait  revivre  un  ancien  système  de  décollation 
tombé  en  désuétude.  Ces  machines,  dont  on  nous  montre 
rimage  dans  les  vieux  livres  allemands  et  italiens,  ont  réelle- 
ment fonctionné  k  Tépoque  de  la  Renaissance  Toujours  est-il 
que  depuis  lors,  la  décollation  par  le  glaive  a  prévalu  en 
Allemagne,  en  Italie  et  en  Suisse,  et  que  la  pendaison  est 
restée  le  supplice  légal  en  Itussie,  en  Autriche,  en  Angleterre 
et  en  Turquie,  de  même  qu'elle  Tétait  en  France  avant  la 
Révolution. 

Ce  bon  docteur  Guillotin  n'avait  pas  besoin  de  celte  célé- 
brité macabre  pour  aller  à  la  postérité.  Après  avoir  terminé 
sa  carrière  politique,  il  reprit  ses  fonctions  de  médecin,  et  c'est 
lui  qui  fonda  la  célèbre  association  médicale  qui  existe 
encore  à  Paris  feous  le  nom  û' Académie  de  Médecine,  Conve- 
nons que  la  légende  k  laquelle  s'attache  le  nom  de  ce  méde- 
cin philantrope  est  de  celles  qui  ont  la  vie  dure.  Elle  ne  sera 
jamais  démolie  quoique  puissent  faire  ceux  qui  ont  en  mains 
les  preuves  palpables  de  la  vérité. 

La  réapplication  de  la  guillotine  en  France  a  eu,  du  reste, 
ce  résultat  auquel  l'homme  civilisé  ne  peut  qu'applaudir, 
c'est  de  débarrasser  certains  grands  pays  de  l'aspect  hideux 
et  sauvage  des  potences  et  fourches  patibulaires  placées  h 
l'entrée  des  villes  petites  et  grandes,  où  elles  ont  laissé  leurs 
noms  sinistres  aux  terrains  consacrés  aux  exécutions  et  que 
les  gravures  de  Callot  ont  fixées  dans  leur  tragique  élo- 
quence. A  AUkirch,  la  colline  du  gibet,  qui  fait  partie  du 
petit  bois  de  Saint-Morand,  s'appelle  aujourd'hui  encore  Gai- 
genboden  (terre  de  la  potence). 

La  dernière  pendaison,  k  AUkirch,  eut  lieu  en  1782.  A  cette 
époque  reculée  la  législation  seigneuriale  était  cruelle  et 


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A   TRAVERS   LE   PASSÉ  339 

impitoyable  pour  le  vol.  Un  malheureux  paysan  de  Cars- 
pach,  qui  avait  volé  une  cravate  en  soie  h  la  foire  d'Alt- 
kirch,  fut  condamné  pour  ce  minuscule  délit,  h  être  pendu. 
Ma  grand*mère  Ursule  Ilanser,  qui  m'a  raconté  ce  fait,  avait 
alors  quinze  ans  et  fut  désignée  par  le  curé  pour  aller  quèler, 
dans  la  foule  des  assistants,  de  quoi  faire  dire  des  messes 
pour  le  repos  de  Tàme  du  patient.  Je  ne  sais  si  cette  mal- 
chanceuse vic'ime  d*une  justice  monstrueuse,  qui  avait 
échangé  sa  cravate  de  soie  contre  une  cravate  de  chanvre,  en 
sut  beaucoup  de  gré  au  curé.  Mais  c'était  Tusnge. 

XLIII 

Chemin  de  fer  de  Colmar  au  Rhin.  —  h%  Bildstein  et  le 
Seelbourg.  —  Mines  d'argent  de  Sainte-larie.  —  Christo- 
phoms.  —  Paphinisnaîda.  —  Charles  Gérard.  ^  Erwin.  — 
Herrade  de  Landsperg  et  le  Hortus  deliciarum. 


Un  décret  du  24  avril  1869  avait  concédé  à  la  ville  de  Col- 
mar le  chemin  de  fer  de  Colmar  au  Rhin  dont  j'ai  amplement 
parlé  plus  haut.  La  préparation  ^e  ce  projet  avait  été  l'objet 
de  nos  préoccupations  depuis  plusieurs  années  et  m'avait 
causé,  à  moi  personnellement,  un  surcroît  de  travail  énorme. 
Une  loi  du  1  mai  suivant  autorisait  la  ville  à  emprunter  une 
somme  de  i, 700,000  francs,  remboursable  en  trente  annui- 
tés,  pour  le  paiement  de  son   contingent  fixé  au   même 

chiffre  de 1,700,000  fr. 

L'État  s'engagea  à  fournir  une  subvention  de         960,000  » 
et  la  part  contributive  du  département  était  de         200,000  » 

Total.     .      2,860,000  » 


Telle  était  la  situation  des  choses  lorsque  le  comité  du 
chemin  de  fer  de  Fribourg  au  Rhin  demanda  k  conférer  avec 
le  comité  de  Colmar  pour  déterminer  le  point  exact  où  la 
ligne  devait  franchir  le  Rhin  et  s'entendre  sur  le  système  de 
construction  du  pont  h  établir.  Celte  conférence  eut  lieu  a 
Vieui-Brisach  le 29 décembre  1869 ep présence desingénieurs 


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330  REVUE  d' ALSACE 

des  deux  lignes.  Chose  digne  de  remarque,  les  deux  parties 
s'engagèrent  k  employer  tous  leurs  efforts  pour  que  les  tra- 
vaux des  deux  lignes  fussent  commencés  au  mois  de  mai 
4870  et  achevés  au  1  juin  i87i,  de  façon  qu'k  cette  date  l'ex- 
ploitation des  deux  sections  pût  s'ouvrir  à  la  fois.  La  réunion 
fut  cordiale  :  des  toasts  ronflants,  dans  les  deux 
langues,  firent  appel  h  la  concorde  :  les  commissaires  de 
Colmar,  maire  en  tète,  rapportèrent  la  meilleure  impres- 
sion de  cette  entrevue  internationale.  Tous  ces  beaux 
projets  se  noyèrent,  quelques  mois  après,  dans  la  sombre 
catastrophe  de  1870,  et  les  travaux,  repris  après  Tannexion, 
donnèrent  lieu  k  la  création  d'une  ligne  stratégique  alle- 
mande. 


Dans  le  courant  de  Tété  de  1869,  jallai  visiter  la  partie  de 
la  montagne  qui  s'étend  entre  Riquewihr  et  Sainte-Marie-aux- 
Mines.  Un  dimanche  matin,  accompagné  de  notre  vieux  et 
fidèle  vigneron,  je  m'engageai  dans  le  petit  vallon  où  s'élè- 
vent au  milieu  des  sapins,  les  ruines  du  donjon  de  Reichens- 
tein.  démantelé  pendant  la  Guerre  de  Trente  Ans,  pour  gra- 
vir ensuite  les  escarpements  qui  mènent  aux  sommets  arides 
du  Seelbourg.  La,  entouré  d'un  fouillis  d'arbres,  se  cache  un 
immense  rocher  aux  formes  bizarres  que  surmontent  les  rui- 
nes du  château  de  Bildstein.  Antérieur  k  la  période  gothique, 
ce  chÂteau  a  un  bel  appareil  de  pierres  de  taille  k  bossages, 
et  son  doujon  carré  domine  d'un  côté  la  vallée  de  Riquewihr 
et  dç  l'autre  celle  de  Ribeauvillé. 

Niché  Ik  haut  comme  une  aire  de  vautours,  ce  château  n'a 
pas  d'histoire.  Cependant  on  sait  qu'au  moyen  âge  il  servait 
de  prison  pour  les  malfaiteurs  et  avait  conservé  cette  destina- 
tion dans  les  seigneuries  de  Riquewihr  et  de  Horbourg,  jus- 
qu'en 1635,  époque  où  il  fut  pris  et  démantelé  par  un  corps 
d'Impériaux.  Ses  oubliettes,  devenues  légendaires,  inspiraient 
une  telle  terreur  aux  habitants  de  Riquewihr  que  lors  de  la 
transaction  de  1489,  avec  Henri  VI,  comte  de  Wurtemberg  et 


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A  TRAVERS   LE   PASSE  331 

de  Montbéliard,  il  fut  stipulé  expressément  qu'aucun  bour- 
geois de  la  ville  ne  pourrait  plus  être  enfermé  dans  la  pro- 
fonde tour  du  Bildstein.  Cette  charte,  véritable  mea  cuipa 
ou  acte  de  contrition  du  nouveau  seigneur,  se  trouveauxarchi- 
ves  de  Montbéliard.  Ce  hobereau  promet  de  ne  faire  empri- 
sonner ses  vassaux  que  dans  la  tour  blanche  de  lliquewihr, 
ce  qui  est  on  ne  peut  plus  gracieux,  de  ne  plus  leur  adminis- 
rer  la  schlague,  ce  qui  est  plus  gracieux  encore,  de  ne  plus 
les  injurier  ni  les  calomnier,  ce  qui  est  le  comble  de  la 
gracieuseté  (I).  Munis  de  ce  bon  billet  kLar.hiUre,  les  braves 
habitants  de  lliquewihr  n'avaient  plus  le  droit  de  se  plain- 
dre, ayant  la  séduisante  perspective  d'être  bouclés  dans  la 
tour  blanche  et  de  rêver  aux  inappréciables  bienfaits  de  la 
charte  de  1489. 

Toute  celte  crête  de  la  montagne  est  hérissée  d'amas  de 
rochers  qui  lui  donnent  un  caractère  sauvage.  A  deux  pas  de 
la  vieille  forteresse,  dans  un  site  boisé  mais  aride,  se  cachent 
les  huttes  misérables  du  petit  hameau  de  Neudorf  (village 
neuf),  où  demeurent  quelques  pauvres  familles  de  bûcherons 
et  de  sabotiers  séparées  du  monde  sur  ces  hauteurs  incultes 
où  le  sol  avare  ne  leur  offre  que  des  pommes  de  terre. 

Voici  Aubure  (Altwihr)  village  k  population  mixte  catholi- 
que et  protestante,  qui  de  son  altitude  de  1400  mètres,  domine 
la  vallée  de  Ribeauvillé  et  est  aujourd'hui  encore  le  village  le 
le  plus  élevé  de  la  chaîne  des  anciennes  Vosges.  C'est  la  que 
se  réfugièrent  quelques  uns  de  ces  farouches  anabaptistes  du 
seizième  siècle,  que  le  duc  de  Wurtemberg  chassa  de  llique- 
wihr et  qui  se  transformèrent  à  la  longue  en  paisibles  proles- 
tants ou  catholiques  (2). 

Quelques  coups  de  collier  encore,  par  des  sentiers  peu 
frayés,  et  nous  arrivons  au  sommet  de  la  côte  de  Sainte-Marie 
d'où  nos  regards  plongent  sur  celte  ville  moitié  alsacienne 
et  moitié  lorraine.  Séparée  en  deux  parties  par  le  petit  cours 
d'eau  de  la  Lièpvre,  la  partie  alsacienne  parle  le  patois  du 
pays,  tandis  que  diins  la  partie  lorraine  on  parle  exclusive- 

(1)  Musée  historiffue  et  pittoresque  d'Alsace,  Louis  Lcvrault. 

(2)  Ibid. 


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332  REVUE  d'alsace 

ment  le  français.  L'exploitation  des  minés  d'argent  des  envi- 
rons, depuis  longtemps  abandonnée,  avait  été,  il  y  deux  siè- 
cles, une  source  de  richesse  pour  cette  localité  dont  les  habi- 
tants sont  très  industrieux.  Au  seizième  siècle  ces  mines, 
exploitées  par  les  comtes  de  Ribeaupierre,  étaient  extraordi- 
nairenient  productives  :  de  1528  à  1550  on  n'y  recueillit  pas 
moins  de  7000  Mark  d'argent  par  an.  Pendant  les  années 
1530  h  1539  on  en  a  extrait  des  pépites  d'argent  natif  dont 
chacune  pesait  trois  quintaux.  Cet  argent  était  si  blanc  et  si 
•  fin  qu'il  put  être  travaillé,  sans  emploi  du  feu,  par  les  orfè- 
vres et  les  monnayeurs. 

Les  fabriques  de  cotonnades  de  Sainte-Marie-aux-Mines 

sont  très  avantageusement  connues  comme  produit  spécial 

de  l'industrie  alsacienne.  En  entrant  en  ville  j'allai  serrer  la 

j  /     ^  main  h  mon  cousin  H...  qui  s'était  créé  une  position,  comme 

^  représentant  de  commerce,  dans  ce  centre   manufacturier 

.        .  j^         qu'habitait  line  famille  B...  à  laquelle  il  était  apparenté, 

famille  de  bons  vivants  et  d'aimables  causeurs,  qui  a  fourni 

au  clergé  alsacien  deux  ou  trois  abbés,  véritables  abbés  de 

cour,  n'engendrant  à  aucun  point  de  vue  la  mélancolie.  L'abbé 

Adolphe  B...  que  j'ai  connu  vicaire  à  Colmar,  résumait  en 

son  aimable  personne,  toutes  les  qualités  brillantes   mais 

légèrement  superficielles  d'une  race  douée  des  séductions  de 

l'esprit  et  du  bon  ton. 

Pauvre  Edouard  !  un  an  après,  ce  beau  jeune  homme  plein 
d'intelligence  et  d'avenir,  mourait  h  la  fleur  de  l'âge,  atteint 
de  la  fièvre  typhoïde  k  Villefranche  (Rhône)  où  il  comman- 
dait une  compagnie  de  la  Légion  alsacienne.  Colmar  et  Mul- 
house avaient  fourni  un  fort  contingent  de  volontaires  pour 
les  luttes  suprêmes.  M.  Julien  Sée,  de  Colmar,  prononça  les 
dernières  paroles  d'adieu  sur  la  tombe  du  lieutenant  II. . . 
et  subit  quinze  jours  d'arrêt  pour  avoir  pris  la  parole  sans 
lautorisation  du  commandant.  C'était  la  discipline  inflexi- 
ble appliquée  a  ce  noble  sentiment  de  la  confraternité  sous 
les  armes. 


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A   TRAVERS   LE   PASSÉ  333 


M.  George  Stoffel,  ancien  employé  aux.  archives  de  la  pré- 
fecture du  iïaul-Rhin  et  ancien  percepteur  d*AItkirch,  avait 
succédé  à  M.  Thomas  dans  les  fonctions  de  bibliothécaire  de 
la  ville.  Savant  modeste  et  sérieux,  n'ayant  jamais  feit 
étalage  de  ses  connaissances  archéologiques,  il  a  su,  par  ses 
recherches  patientes,  élucider  bien  des  questions  obscures, 
surtout  dans  le  domaine  bien  intéressant  des  cours  colongères 
du  moyen  Age.  Il  laisse  après  lui  une  œuvre  a  la  composition 
de  laquelle  il  a  consacré  une  grande  partie  de  son  existence, 
le  Dictionnaire  des  communes  du  Ifaut-Rhin,  dans  lequel 
il  a  concentré  le  résultat  de  ses  consciencieuses  recherches  sur 
les  origines  historiques  des  villes  et  communes  rurales  du 
pays,  avec  des  indications  précieuses  sur  d'anciens  villages 
disparus. 

StofTel,  un  des  anciens  et  estimés  collaborateurs  de  la 
Revue  d* Alsace,  avait  un  flair  extraordinaire  pour  rétablir 
le  vrai  sens  de  certaines  interprétations  fantastiques  données 
par  des  écrivains  de  valeur  mis  en  présence  du  texte  obscur 
des  vieilles  chartes.  En  voici  un  exemple  assez  original.  M. 
L.  Levrault,  également  collaborateur  de  la  Revue,  dans  un 
article  publié  en  i852  sur  la  vallée  de  la  Brusche,  avait 
relevé  dans  une  charte  carlovingienne  ce  mot  étrange  de 
Paphinisnaîda,  qui  dans  ce  grimoire  où  le  latin  coudoyait 
le  tudesque,  semblait  sonner  comme  une  évocation  du 
inonde  grec.  Il  s'agissait  d'une  vallée  arrosée  par  la  cascade 
de  Ni Jeck  etdo.it  un  canton  portait  celte  appellation  origi- 
nale. En  traduisant  le  mot  par  Naïade  de  Paphos,  M.  Le- 
vrault émit  l'opinion  que  ce  lieu  avait  été  habité  jadis  par 
une  colonie  gallo-romaine.  «  Paphinisnaîda  »  devait  être, 
disait-il,  une  villa  gallo-romaine,  et  à  en  juger  d'après  le 
dérivé  évident  du  verbe  grec  nau  et  du  substantif  latin  nais, 
une  villa  près  d'une  source  ou  d'une  cascade,  peut-être 
Nideck  ?  Ce  nom  si  harmonieux  et  qu'on  est  si  étonné  de  trou- 
ver au  milieu  des  appellations  barbares  des  chartes  carlovin- 
giennes,  serait  ainsi  le  nom  antique  de  la  belle  cascade  de 


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334  HEVUB   D*ALSACE 

Niileck,  et  probablement  d*une  villa  ainsi  appelée  par 
la  fantaisie  d'un  grand  seigneur  gallo-romain  amaleur  des 
riantes  fictions  de  la  Grèce. 

Et  nunc  erudimini.  Stoffcl  appliqua  a  cette  élucubration 
poétique  la  doucbe  froide  de  son  impeccable  érudition,  en 
apprenant  a  M.  Levrault  que  ce  beau  nom  grec  de  Paphi- 
nisnaîda  signifiait  tout  simplement  en  patois  germanique, 
Pfa/fenschnaite,  c'est-h-dire,  défrichement  de  moines. 
C'était  une  concession  de  terres  h  cultiver  faite  par  Charle- 
magne  et  Louis  le  Débonnaire  a  TÉvèché  de  Strasbourg  qui 
les  concéda  moyennant  redevances  à  une  colonie  de  religieux. 

C'est  sous  le  pseudonyme  de  Christophorus  (Stofîel  dimi- 
nutif alsacien  de  Christophe)  que  Stofîel  écrivait  dans  la 
Revue  d'Alsace  ses  intéressantes  communications  histori- 
ques et  philologiques.  Quand  j'écrivis  ma  notice  historique 
sur  le  comté  de  Ferrette,  j'eus  plusieurs  fois  recours  k  ses 
savantes  explications  de  vieux  textes  et  je  suis  heureux  de 
lui  donner  ce  témoignage  reconnaissant  dans  mes  souvenirs. 

CA  suivre)  Charles  Goutzwillkr. 


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HISTOIRE  D'UNE  VILLE  DILSAGE 

ET   DE 

SES  ENVIRONS 

PAR 

G.     DURR^WELL 

DEUXIÈME   PARTIE 

(Suite)  (i) 


LES  ENVIRONS  DE  GUEBWILLER 


DE  CERNAT  A  RODFFAGH  A  TRAVERS  LA  PLAINE  D'ALSACE 


«  C'est  un  pays  de  plaine  el  de  montagne, 

«  Une  terre,  où  les  blonds  épis 

«  En  été  couvrent  la  campagne  ; 

«  Où  l'étranger  voit,  tout  surpris, 

«  Les  grands  houblons,  en  longues  lignes, 

«  Pousser  joyeux  au  pied  des  vignes 

((  Qui  couvrent  les  vieux  coteaux  gris  !... 

«  C'est  la  vieille  el  loyale  Alsace  ». 
(Dis-moi  quel  est  ton  pays  —  Chant  Alsacien). 

Nous  nous  sommes  entretenus,  dans  un  précédent  récit, 
de  Guebwiller  et  de  son  canton  :  j'ai  essayé  de  retracer  leur 
histoire  ;  de  rappeler  leurs  légendes  ;  et  de  peindre,  d'un 

(1)  Voy.  pp.  102  et  suiv.  du  trimestre  JanvierFévrier-Mars  et 
pp.  379-388  du  trimestre  Juillet-Aoùt-Septembre  189(5. 


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336  REVUE  d'alsace 

pinceau,  hélas!  bien  malhabile,  les  sites  charmants  qui  les 
décorent.  Pour  compléter  le  cadre  au  milieu  duquel  notre 
ville  se  trouve  placée,  il  nous  reste  k  parcourir  ensemble  les 
villages  de  la  plaine  qui  Tenvironnent,  depuis  Cernay\>us- • 
qu'à  Rouiïach,  en  passant  par  Ensisheim,  Souitz  et  Isen- 
heim.  Je  prie  mes  lecteurs  de  me  suivre  dans  cette  nouvelle 
promenade  avec  la  même  bonne  volonté  et  autant  de  bien- 
veillance. 

Tout  entier  au  dépit  et  aux  regrets  d'avoir  été  obligé  de 
clore  si  rapidement  les  précédentes  pages,  je  n'ai  pu  trouver 
de  meilleur  moyen  de  prolonger  avec  mes  compatriotes  une 
causerie  qui  m'est  si  chère. 


CERNAY  ET  UFFHOLTZ 
WATTWILLER  ET  HERRENFLUH 


Cernay.  —  Sa  posilion.  —  Quelques  cvénemenis  de  son  histoire 
au  moyen-ftge  et  sous  la  révolulion.  —  L'ochsenfeld  et  le 
«  Champ  du  Mensonge  »  UfThollz  :  deux  souvenirs  qui  s'y  rap- 
portent. —  Watlwillcr  :  son  histoire.  —  Ses  bains.  —  Le  châ- 
teau du  Hcrrenfluh  :  ce  que  l'on  y  découvrit  en  l'an  de  grâce 
18(59.  — 


Au  point  où  la  vallée  de  Thann  débouche  dans  la  vaste 
plaine  inculte  de  l'Ocbsenfeld,  à  une  dizaine  de  kilomètres 
de  Guebwiller,  s'élève  la  petite  ville  industrielle  de  Cernay, 
bâtie  sur  la  Thur,  le  long  de  la  grande  route  de  Strasbourg  h 
Lyon.  La  plus  ancienne  mention  qui  s'en  rencontre  se  trouve 
dans  un  docuntent  de  l'abbaye  de  Lucelle  daté  de  4447  ;  et 


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HISTOIRE   dYnE   ville   d' ALSACE  ET   D8   SES  ENVIRONS         337 

elle  figure,  pour  la  première  fois,  sous  le  lilre  de  ville,  dans 
une  charte  de  1271,  par  laquelle  le  comte  Ulric  I®'  faisait 
oblaiion  de  son  comté  de  Ferretlc  à  Henri  de  Neufchâtel, 
évèque  de  Bàle.  En  1324,  Cernay  passa,  avec  ce  comté,  entre 
les  mains  de  la  maison  d'Autriche,  par  le  mariage  de  la  der- 
nière héritière  des  comtes  de  Ferretle  avec  le  fils  de  Temije- 
reur  Albert  II  :  les  archiducs  déjà  possesseurs  du  landgraviat 
de  Haute-Alsace,  ne  Taliénèrent  jamais.  L'événement  local  le 
plus  important  h  mentionner  se  rattache  à  la  Guerre  de 
Trente  Ans.  Assiégée  par  les  bandes  Suédoises  qui  avaient 
envahi  l'Alsace,  la  ville  tomba  en  leur  pouvoir  le  2  mars 
1634,  et  paya  fort  cher  sa  résistance.  La  seigneurie  de 
Cernay,  qui  était,  sous  la  période  allemande,  une  Vogtey, 
fut  transformée,  après  les  traités  de  Westphalie,  en  une  pré- 
vôté, que  le  roi  Louis  XIII  avait,  dès  1642,  donnée  en  fief  au 
maréchal  de  camp  français  de  Schauenbeck.  Elle  passa 
ensuite,  par  mariage,  aux  Reinfieb  ;  puis  successivement  aux 
delà  Touche,  aux  Gohr  et  auxClebsaUel  (1).  Avant  la  révo- 
lution» le  magistrat  qui  administrait  la  ville  se  composait 
d'un  bourgmestre  et  de  six  conseillers,  au  nombre  desquels 
était  compris  le  maire  du  village  voisin  de  Steinbach  (2). 

Les  années  révolutionnaires  n'ont  pas  marqué  d'une  façon 
particulière  dans  l'histoire  de  Cernay.  Placée  sur  la  route  de 
Saint-Amarin  h  Guebwiller,  la  petite  ville  fut  menacée,  eii 
1789,  par  les  paysans  des  vallées  voisines,  se  dirigeant  sur 

(1)  La  prévoté  de  Cernay  se  composait  de  la  ville  même  et  des 
deux  villages  de  Steinbach  et  de  Birlingen.  11  ne  reste  plus  aujour- 
d'hui, comme  vestiges  de  celle  dernière  localité,  que  quelques 
ruines  qui  marquent  remplacement  de  l'ancien  prieuré  qui  s*y 
trouvait.  Cent  huit  villages,  indiqués  par  les  titres  et  par  la 
tradition,  ont  ainsi  été  dêlruils  dans  la  province  d'Alsace. 

(2)  Kn  1789,  le  magistrat  de  la  ville  de  Cernay  était  ainsi 
composé  :  Bourgmestre  :  MM.  Mambré. 

Conseillers  :  Annspach. 

Jeeker. 
Witz. 
Jhler. 
Frey. 
Séa. 
(ipcffîcr  :  Witz. 


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338  JIEVUB  û'aLsacb  ■ 

GuebwHIer,  après  avoir  pillé,  k  Sairit-Amarin,  la  maison  du 
receveur  du  chapitre  de  Murbach.  C'est,  en  effet,  aux  envi- 
rons de  G  ernay,  et  au  moment  même  ou  les  bandes  insur- 
gées, cachées  dans  les  vignobles,  se  disposaient  k  se  jeter  sur 
la  ville,  que  le  général  Yietinghoff  leur  infligea  une  sanglante 
défaite  (1). 

En  1793,  k  la  suite  des  réquisitions  extraordinaires  de 
grains  et  de  fourrages  opérées  dans  la  Haute-Alsace,  et  de 
l'effroyable  agiotage  sur  les  assignats,  Cernny  eut  k  souffrir, 
comme  Guebwiller  et  les  autres  villes  environnantes,  de  la 
pénurie  des  subsistances  et  se  trouva  dans  une  profonde  dé- 
tresse. La  loi  du  4  mai,  qui  ordonna  que  les  marchés  seraient 
approvisionnés  par  les  communes  pourvues  de  grains,  et 
dont  l'exécution  eut  des  suites  si  regrettables  dans  ledistrict  de 
Colmar  et  particulièrement  a  Guebwiller,  sagement  appliquée 
dans  le  district  de  Belfort  dont  Cernay  faisait  partie,  mit 
momentanément  fin  a  cet  état  de  choses  (2). 

Aujourd'hui  Cernay  est  devenue  une  paisible  ville  de  cul- 
ture et  d'industrie  :  k  ce  dernier  point  de  vue,  elle  tient  vail- 
lamment sa  place  dans  ce  magnifique  groupe  manufacturier 
dont  Mulhouse  est  la  capitale,  et  qui  comprend,  avec  Gueb- 
willer et  sa  vallée,  les  centres  de  Thànn,  Cernay,  Wesserling, 
Dornach  et  Isenheim.  Je  ne  cite  ici  que  les  plus  importants 
d'entre  eux. 

Les  vignobles  qui  s'étagent,  k  proximité  de  la  ville,  sur  les 
dernières  pentes  des  Vosges,  produisent  un  petit  vin  très 
passable  que  les  amateurs  sont  loin  de  dédaigner. 

Au  sud  de  Cernay  s*étend  la  vaste  plaine  de  l'Ochsenfeld 
dont  la  partie  centrale  est  encore  inculte  :  mais  le  travail  de 
l'homme  triomphe  progressivement  de  ce  sol  ingrat  ;  et  une 
ferme  modèle  qui  y  a  été  créée,  est  en  pleine  voie  de  prospé- 
rité (3). 

(i«  Voir  première  partie,  Chap.  VII. 

(2)  Voir  première  partie,  Chap.  X. 

(3)  Dès  Tan  11  de  la  République,  la  muiiicipalilc  de  Cornar 
avait  partagé  eutre  ses  habitants,  à  raison  de  3U  ares  par  tèle,  la 
plus  grande  partie  de  rOchsenfçId. 


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HISTOIRE  d'une   VILLE  d'aLSACE   ET   DE   SES   ENVIRONS         339 

On  remarque,  au  milieu  de  rOcbsenfeld,  enlre  les  villages 
de  Schweighausen  et  de  Wittelsheim,  les  restes  d'une  voie 
romaine  que  l'on  considère  généralement  comme  un  tronçon 
de  la  grande  voie  de  Mandura  (Mandeure)  h  Mons-firisacus 
(Vieux-Brisach),  et  qui  est  connue  dans  le  pays  sous  le  nom 
de  «  Rœmerweg  ».  Ces  dénominations  de  Rœmerweg,  Heiden 
et  Heer-weg  (chemin  des  Romains,  des  païens,  des  armées), 
qui  servent  encore  à  désigner  un  grand  nombre  de  chemins 
du  pays,  nous  rappellent  que  notre  Alsace  a  été»  à  toutes  les 
époques  de  Thistoire,  le  grand  passage  des  envahisseurs.  Un 
autre  souvenir  historique  se  rattache  encore  à  rOchsenfeld. 
D'après  Schœpflin,  c'est  cette  vaste  plaine  qui  aurait  été,  en 
effet,  le  théâtre  de  l'acte  de  trahison  des  (ils  de  Louis  le 
Débonnaire,  survenue  en  833,  et  qui  amena  le  démembrement 
du  grand  empire  de  Chariemagne.  Le  nom  de  Ltîgner,  que 
tout  un  canton  du  pays  porte  encore  aujourd'hui,  et  qui  est 
la  traduction  grecque  littérale  de  l'expression  «  Champ  du 
mensonge  »,  qui  servit  a  désigner  le  lieu  témoin  de  cette 
défection,  vient  donner  quelque  vraisemblance  a  celte 
opinion  (i). 

Le  grand  village  d'UffhoItz,  situé  au  pied  des  collines  voi- 
sines, k  un  kilomètre  à  peine  de  Cernay,  dont  il  semble  n'être 
qu'un  faubourg,  faisait  autrefois  partie  du  baillage  de  Watt- 
willer  et  dépendait  ainsi  de  la  principauté  de  Murbach. 
C'est  en  1232  qu'il  parait  avoir  été  détaché  du  comté  de 
Fcrrette,  et  cédé  par  le  comte  Ulric  II  au  prince  abbé  de  Mur- 
bach. Ce  nom  d'Uffhollz  évoque  en  ma  mémoire  deux  souve- 
nirs de  nature  bien  différente.  L'un  se  rapporte  k  un  homme 
de  bien,  disparu  depuis  de  longues  années  et  que  je  n'ai  plus 
connu  moi-même,  mais  dont  la  réputation  de  bonté  et  de  bien- 
faisance est  restée  légendaire  dans  le  pays;  et  que  toute  ma 
famille  désignait  respectueusement  sous  le  nom  d'oncle- 
curé.  L'autre  impression,  ineffaçable  de  gamin  gourmand,  a 
pour  oijet  les  modestes  mais  délicieuses  partioo  de  plaisir 

(1)  On  n'est  d'ailleurs  pas  dVcord  sur  la  véritable  position  du 
«  Champ  du  mensonge  ».  —  (irandidier  le  place  à  Sigolsheim, 
Schiller  au  Rolhleuble,  près  de  Colmar,  et  LaguiHe  à  Rouf- 
fach. 


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340  RBVUB  d'alsace 

dont  Uffhollz  était  un  des  buts  préférer  On  naît  gourmet 
dans  notre  Alsace  ;  et  un  plat  bien  préparé»  une  spécialité  de 
haut  goût  suffisent  k  attirer  affluence  de  monde  :  c'est  ce  qui 
fit  jadis  la  vogue  et  la  fortune  de  la  grande  hôtellerie 
d*Uffholtz,  qui  avait  su  élever  la  vulgaire  carpe  frite  à  la 
hauteur  d'un  poème. 

Péché  sous  les  yeux  même  du  consommateur,  dans  les 
grands  réservoirs  remplis  d'eau  vive,  le  poisson  tout  frétil- 
lant, était  aussitôt  confié  aux  bons  soins  de  la  mère  Land- 
wehrlin.  A  partir  de  ce  moment,  il  disparaissait  dans  la 
mystérieuse  offîciiie  fermée  k  tous  les  regards  profanes,  pour 
ne  reparaître  qu'en  beignets  croustillants  et  dorés,  idéalisé 
selon  les  préceptes  de  la  fameuse  et  inimitable  recette.  Et  quels 
goûters  !  Et  quels  appétits,  sous  les  tonnelles  du  jardin,  k 
Tombre  des  grandes  charmilles;  chacun  se  dépéchait  de  pren- 
dre sa  bonne  part  de  friture,  et  les  fourchettes  allant  et 
venant  comme  la  navette  d'un  tisserand.  La  nuit  venue,  on 
s'en  retournait  gaiement,  au  clair  de  lune,  avec  une  bonne 
journée  de  plus  dans  l'existence.  Hélas  !  que  tout  cela  est 
déjà  loin  t 

En  continuant  k  suivre  la  ligne  des  collines,  on  ne  tarde 
pas  k  arriver  k  Wattwiller,  Tune  des  principales  stations 
balnéaires  de  notre  région.  Très  heureusement  situé  au  pied 
des  Vosges,  sur  un  monticule  légèrement  élevé,  le  village  de 
Wattwiller  était  jadis  une  petite  place  forte  entourée  de 
murs  et  de  fossés.  Son  histoire,  au  moyen-Âge,  a  même  été 
marquée  par  quelques  événements  tragiques.  Enl376,  subite- 
ment attaquée  par  une  troupe  d'Anglais,  la  forteresse  fut 
livrée  au  pillage  :  plus  de  cent  de  ses  habitants  payèrent  leur 
résistance  de  leur  vie  ;  et  beaucoup  d'autres  furent  entraînés 
comme  prisonniers.  Un  siècle  plus  tard,  en  i468,  la  place  de 
Wattwiller,  qui  avait  reçu  entre  temps  la  visite  des  Arma- 
gnacs, fut  prise  et  dévastée  par  les  Suisses,  qui  la  livrèrent 
aux  flammes  et  forcèrent  ses  habitants  k  contracter  une 
alliance  avec  eux.  Les  Autrichiens,  qui  la  réoccupè- 
rent peu  de  temps  après,  la  pillèrent  k  leur  tour  pour  la 
punir  d'avoir  ouvert  ses  portes  aux  Suisses,  et  s'emparèrent 
des  principaux  bourgeois.  Les  malheureux,  détenus  pendant 


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HISTOIRE   d'une   VILLE   d'aLSACB  ET   DE   SES   ENVIBONS         341 

un  certain  temps  ii  Ensisheim  n'obtinrent  leur  liberté  qu'au 
prix  d'une  forte  rançon.  C'est  près  de  Wattwiller  que  les 
paysans  du  Sundgau,  révoltés  en  i525,  furent  battus  par  les 
troupes  du  prince-abbé  de  Murbach.  Mais  Tévènement  le  plus 
important  qui  s'y  soit  déroulé,  est  la  grande  victoire  que  les 
Suédois  y  remportèrent  sur  les  Impériaux  pendant  la  Guerre 
de  Trente  Ans,  dans  la  journée  du  2  mars  1634.  Plus  de  mille 
cinq  cents  autrichiens  restèrent  sur  place,  et  cinq  cents  furent 
faits  prisonniers.  Parmi  ces  derniers  se  trouvaient  le  comte 
Salm,  gouverneur  de  Saverne,  le  marquis  de  Bassompierre, 
commandant  des  troupes  lorraines  et  le  colonel  Merci. 

Comme  nous  l'avons  déjà  vu,  Wattwiller  formait  avec 
Uffholtz  et  les  châteaux  de  Herrenfluh,  de  Hirtzenstein  et  de 
Weggenberg,  un  des  baillages  de  la  principauté  de  Murbach. 

Comme  Cernay,  la  petite  ville  de  Wattwiller  fut  menacée, 
dans  les  derniers  jours  de  Juillet  1789,  par  les  bandes  d'insur- 
gés des  vallées  de  Saint-Amarin  et  de  Masevaux,  soulevées 
contre  le  chapitre  de  Guebwiller  ;  et  son  château  ne  dût  son 
salut  qu'à  l'arrivée  du  général  Vietinghoff.  L'année  suivante, 
dans  le  courant  du  mois  de  Juin,  une  véritable  émeute  éclata 
k  Wattwiller  pour  empocher  la  perception  des  droits  dûs  à  la 
régie  des  fermes  du  roi.  Des  bandes  armées  de  lusils,  de 
pistolets  et  de  haches  s'attroupèrent,  et  la  garde  nationale, 
convoquée  et  accourue  sur  les  lieux  pour  les  disperser,  se 
joignit  à  rémeule.  Le  mouvement,  suscité  et  dirigé  par  la 
la  municipalité  elle-même,  faillit  avoir  des  suites  funestes 
pour  le  sergent  seigneurial  et  le  procureuT*  fiscal  qui  furent 
malmenés  et  emprisonnés.  Encore  un  dernier  souvenir  de  la 
révolution  :  un  habitant  de  Wattwiller,  Jacques  Weibel,  porté 
sur  la  liste  des  émigrés  comme  ayant  fait  partie  de  la  légion 
de  Mirabeau,  condamné  à  mort  par  le  tribunal  criminel  du 
Ifaut-Rhin,  jugeant  révolutionnairement,  le  16  prairial  an 
III  (5  juin  4794),  fut  exécuté  le  jour  même  de  sa  condam- 
nation. 

Aujourd'hui,  tous  ces  événements  ne  sont  plus  pour 
Wattwiller  que  de  lointains  souvenirs,  et  la  petite  ville 
exploite  paisiblement  ses  eaux  minérales  qui  attirent  cha- 


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342  nEVUB  d'alsacb 

que  année  dans  le  pays  un  a*$sez  grand  nombre  de 
baigneurs  (1). 

L'église  paroissiale  est  un  monument  assez  remarquable 
de  style  ogival,  dont  la  construction  remonte  à  l'année 
i481.  On  y  voit  quelques  pierres  sépulcrales  de  l'ancienne 
famille  des  Wattwiller.  Il  existait  autrefois  k  Wattwiller  un 
couvent  qui  prit  en  1336  la  règle  de  Saint  I>ominique. 

Entre  Wattwiller  et  Uffholtz,  au  sommet  d'une  montagne 
as^ez  élevée,  se  trouvent  les  ruines  du  château  de  Herren- 
fluh,  construit  par  Jean  de  Saint-Amarin,  surnommé  Nord- 
wind,  qui  en  prit,  en  1312,  Tinvestiture  de  Tabbé  de  Murhach. 
Aucun  souvenir  historique  ne  s'y  rattache;  toutefois  la  sinis- 
tre découverte  de  Tune  des  victimes  de  Tassassin  Tropmann, 
faite  dans  ses  environs  en  1869,  a  donné  à  son  nom  une  célé- 
brité passagère. 

Il 

SOULTZ 


Silualion  de  SouHz.  —  Ses  origines  et  son  histoire  au  moyen- 
âge.  —  Querelles  des  bourgeois  de  Soultz  avec  les  Waldner  et  les 
Schaueiibourg.  —  Baillage  de  Soultz.  —  Des  qnelc|ues  familles 
nobles  originaires  de  la  ville.  —  Monuments  :  1  Église  et  l'Hôtel 
de  ville.  -—  Pej-sonnages  célèbres:  François  Méglin. —  Les  généraux 
Walther  et  Wehrlé.  -—  Élymologie  du  nom.  —  La  conquête  de 
Soultz  par  les  Juifs.  

Lorsqu'on  sort  de  Guebwiller  du  côté  de  la  plaine,  la 
route,  après  avoir  longé  d'une  part,  les  vignobles  du  Gros- 
berg,  et  suivi,  a  main  gauche,  la  ligne  du  chemin  de  fer  et 

(4)  L'analyse  des  eaux  de  Wattwiller,  faite  par  le  professeiu* 
Henri,  de  Paris,  a  été  publiée  par  le  Journal  de  Chimie  médicale 
(avril  4851).  En  voici  le  résultat  pour  4000  grammes  : 
bicarbonate  de  chaux  et  magnésie .     .     .      0.470\ 
Sulfate  de  chaux  anhvdre  et  sulfate  de  soude      0.440 1 
Chlorure  de  magnésie  et  de  sodium     .     .      0.430/ 

Silice  et  alumine 0.405)4000  grammes. 

Oxyde  de  fer  (indices  d'arséniate  de  fer    .      0.045\ 

Eau  pure 997.740] 

Principe  minéralisateur 4.410/ 

Ces  eaux  salines-ferrugineuses  sont  surtout  employées  contre  les 
maladies  de  la  peau.  Le  limon  ocracé  qu'elles  déposent  peut  être 
employé  avec  succès,  par  application  externe,  contre  les  affections 
scroluleuses. 


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HISTOIRE   d'iNE   ville   d' ALSACE   ET   DE   SES   ENVIRONS         343 

I^s  prairies  qui  la  bordent,  conduit  rapidement  le  promeneur 
aux  portes  de  la  ville  de  Soultz,  notre  plus  pror^he  voisine. 
Ce  voisinage  n*a  pas  toujours  été,  il  est  vrai,  une  cause 
d'accord  et  d'harmonie  :  le  souvenir  des  luttes  que 
les  champions  de  douze  k  quinze  ans,  des  deux  cités 
rivales,  se  livraient  dans  les  prairies  qui  les  séparent,  est 
encore  présent  à  la  mémoire  de  tous,  aussi  bien  que  les  sur- 
noms fort  disgracieux  dont  on  se  gratifiait  de  part  et  d'autre. 
Aujourd'hui  la  paix  est  conclue  ;  la  concorde  règne,  et  cest 
en  ami  que  nous  nous  présentons  :  c'est  assez  dire  que  nous 
serons  de  la  plus  absolue  impartialité. 

La  situation  de  Soultz,  quoique  moins  pittoresque  que  celle 
de  Guebwiller,  ne  laisse  pas  cependant  que  d'être  fort  agréa- 
ble. Appuyée  aux  dernières  pentes  du  Grosberg  dont  les 
coteaux,  tout  tapissés'de  vigne,  produisent  un  petit  vin  blanc 
très  passable,  entourée  de  beaux  jardins  fruitiers  et  de 
grasses  prairies,  la  petite  ville  a  d'ailleui^  par  elle  même, 
avec  ses  anciennes  murailles  et  la  flèche  élégante  de  son 
église,  un  cachet  tout  particulier  d'originalité.  Il  est  regretta- 
ble que  les  deux  portes  qui  la  limitaient,  du  côté  de  Gueb- 
willer et  dans  la  direction  de  Bollwiller,  et  qui  montraient  sur 
leurs  piliers  aux  passants  intrigués,  les  quatre  corbeaux  qui 
forment  le  blason  de  la  cité,  aient  été  détruites  dans  ces  der- 
nières années. 

La  commune  de  Soultz  est  fort  ancienne  ;  elle  a  joué  dans 
l'histoire  d'Alsace  du  moyen-âge  un  rôle  assez  important 
dont  nous  allons  essayer  de  détacher  les  principaux  épisodes. 
On  n'est  pas  absolument  d'accord  sur  la  véritable  origine  de 
la  ville  :  les  uns,  s'appuyant  sur  les  découvertes  de  ruines  et 
d'antiquités  romaines  faites,  il  y  a  une  trentaine  d'années, 
au  sommet  de  la  colline  voisine  de  Schimmelva in,  voudraient 
la  faire  remonter  à  une  époque  l'eculée  ;  mais  nous  croyons 
que  c'est  aller  un  peu  loin,  et  qu'il  est  au  moins  hasardeux 
de  baser  une  opinion  sérieuse  sur  d'aussi  faibles  indices. 
Cherchons  donc  plutôt  les  preuves  écrites  de  cette  origine. 
Le  plus  important  des  documents  qui  s'y  rapportent,  est  la 
chronique  de  l'abbaye  d'Ëbermunster  dont    la    fondation 


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344  REVUE  d'alsace 

paraît  remontera  Tannée 667  environ  (i).  Vers  cette  époque, 
le  duc  d'Alsace  Athic  aurait  offert,  entre  autres  biens,  au 
nouveau  monastère,  «  la  cour  Seigneuriale  et  l'Eglise  de 
SouUZy  les  dimeSy  les  menses,  les  champs,  les  vignes,  lesi 
prés,  les  familles  qui  en  dépendaient  ;  les  cours  d'eau^  les 
moulins  et  les  bois;  et  généralement  tout  le  ban  depuis  le 
sommet  du  Ballon  et  le  ruisseau  de  Di^eitenbrunn  jusqu'à 
la  forêt  de  Munebruch  ». 

C'est  dans  cette  mention  qu'il  faut  chercher  le  véritable 
point  de  départ  de  Thistoire  de  Soultz;  des  pièces  authenti- 
ques, qui  datent  près  de  la  même  époque,viennent  d'ailleurs 
lui  prêter  l'appui  de  leur  caractère.  C'est  d'abord  un  diplôme 
du  roi  d'Austrasie  CaNoman,  donné  a  Brumalh  le  6  mai  770, 
et  dans  lequel  ce  prince  confirme  à  labbaye  d'Ebermunsler, 
dont  il  reconnaît  officiellement  l'existence,  ses  privilèges  et 
et  ses  possessions,  y  compris  Soults  et  ses  appartenances. 
Quarante  ans  plus  tard,  un  autre  diplôme,  signé  par  l'empe- 
reur Charlemagne  le  i2  août  810,  à  Verden  en  Saxe,  cite 
encore  le  village  de  Soultz,  Enfin  le  4«'  mai  818,  Louis  le 
Débonnaire,  par  une  charte  datée  du  palais  de  Kircheim, 
confirme  encore  à  l'abbaye  la  possession  de  la  cour  seigneu-^ 
riale  de  Soultz  avec  toutes  ses  dépendances,  mais  en 
donnant  k  l'énumération  de  ces  dernières  une  étendue  beau- 
coup plus  restreinte  que  celle  de  la  donation  primitive. 

C'est  en  comparant  entre  eux  les  termes  dont  se  servent 
ces  divers  documents  que  l'on  peut  arriver  k  expliquer, 
croyons-nous,  la  contradiction  qui  paraît  exister  entre  la  pre- 
mière donation  du  duc  Athic  faite  l'abbaye  d'Ebermunster, 
et  l'acte,  par  lequel  le  roi  Dagobert  11  octroya  vers  la  même 
époque,  vers  670,  k  l'évéque  de  Strasbourg  Saint-Arbogast, 
la  possession  de  tout  le  mundat  supérieur,  qui  comprenait 


(1)  L'abbaye  d'Ebermunster,  (apri  monasierium),  une  des  plus 
célèbres  de  l'Alsace,  était  située  aux  environs  de  Benfeld,  dans 
le  village  qui  porte  encore  ce  nom.  Elle  fut  fondée,  croit-on, 
par  le  duc  d'Alsace  Athic,  en  667  :  elle  fut  donnée  aux  évéques 
de  Strasbourg  par  l'empereur  Arnoul  ;  plus  tard  Tempcreur  Sigis- 
mond  eu  confia  l'advocatie  aux  baillis  d'Alsace. 

La  chronique  de  l'abbaye,  commencée  en  1163  a  été  terminée 
en  1235. 


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HISTOIRE   D*UNK   VILLE   d' ALSACE  BT   DE   SES   ENVIRONS         345 

Soultz  et  ses  dépendances.  Il  est  plus  que  probable  que  les 
droits  illimités  conférés  k  Tabbaye  par  le  duc  Athic,  ont  été 
réduits  par  Dagobert  à  la  simple  possession  de  la  cour  sei- 
gneuriale de  Soultz  et  que  c'est  cette  seule  possession  que 
les  chartes  ultérieures  ont  eu  pour  but  de  confirmer;  tous 
les  autres  droits  passant  et  demeurant  aux  princes-évéques 
de  Strasbourg.  Outre  la  cour  seigneuriale,  Ebermunster  pos- 
sédait encore  a  Soultz  une  petite  chapelle  ou  cellule  dédiée  k 
Saint-Pierre  et  qui  parait  avoir  été  consacrée  par  Saint-Fir- 
min,  le  fondateur  de  Murbach. 

A  partir  de  ce  moment,  nous  trouvons  le  nom  de  Soull:^ 
mentionné  dans  plusieurs  autres  documents,  chartes  impé- 
riales ou  bulles  du  Saint-Siège,  dont  le  dernier,  une  bulle  du 
pape  Honorius  III,  du  13  mai  1224,  garantit  encore  k  la 
même  abbaye  d'Ebermunster  la  propriété  de  la  chapelle  de 
Soultz  avec  ses  alleux  et  d  jpendances.  C'est  d'ailleurs,  vers 
cette  époque  qu'Ebermunster,.  appauvrie  et  déchue»  com- 
mence k  perdre  ses  vastes  possessions,  et  se  voit  notamment 
obligée  de  se  défaire  de  son  alleu  de  Soultz  au  prix  de  cent 
marcs  d'argent. 

On  ne  sait  pas,  également,  d'une  façon  bien  précise,  l'épo- 
que k  laquelle  Soultz  prit  le  rang  de  ville  et  s'entoura  d'une 
enceinte  fortifiée.  La  chronique  de  Berler,  écrivain  de  Rouf- 
fach,  prétend  qu'elle  ne  fut  élevée  que  lors  de  l'invasion  des 
bandes  anglaises  en  Alsace,  vers  1365,  au  mommeftt  où  la  des- 
truction du  village  voisin  d'Alschweiler  força  les  habitants 
de  cette  commune  k  venir  chercher  un  refuge  près  de  Soultz, 
sous  les  murs  du  château  de  Bucheneck.  Mais  cette  assertion, 
dont  Schœpflin  suspecte  k  bon  droit  le  caractère  de  véracité, 
est  formellement  contredite  par  un  acte  authentique  daté  de 
Tannée  1254,  et  qui  donne  déjk  k  Soultz  le  titre  de  ville  forti- 
fiée. Par  cet  acte  en  effet,  Guillaume,  franc  homme  deSoultz> 
miles  dictas  de  Sultze,  donne  en  oblation  k  l'évoque  de 
Strasbourg,  sa  forteresse  de  Bucheneck,  située  dans  la  ville 
Soultz,  munitionem  in  dicto  oppido  Sultze^  En  1281,  le 
petit  château  de  Soultz  aurait,  d'après  les  annales  de  Col- 
mar,,  beaucoup  souffert  du  débordement  des  torrents.  Enfin, 
un  acte  daté  du  31  mai  1303,  par  lequel  le  prévôt  et  le  conseil 
de  Soultz  concèdent  k  la  chapelle  des  religieux  du  Lieu- 


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346  RsruB  d'alsagb 

Croissant,  érigée  en  cet  endroit  en  I2S3,  la  partie  du  rempart 
qui  lui  était  contigue,  établit  d'une  façon  indéoiabie  l'exis- 
tence antérieure  de  Tenceinte  de  la  ville,  dont  la  constructtOQ 
doit  remonter  à  la  môme  époque  que  celle  des  murailles  de 
Guebwiller. 

Souitz  était  d'ailleurs,  dès  cette  période  du  moyen-âge,  le 
chef-lieu  d'un  baillage  qui  dépendait  du  mundat  de  Rouf- 
fach,  et  comprenait,  avec  le  territoire  même  de  la  ville,  les 
villages  de  Wuenheim  et  de  Rimbach-Zell.  Cette  dernière 
commune  en  a  été  détachée  en  47(50,  pour  entrer,  avec 
Hartmannswiller,  dans  le  domaine  des  Waldner  de  Freunds- 
tein.  La  vilile  était  alors  gouvernée  par  un  magistrat  com- 
posé d'un  bailli  et  d'un  prévôt  nommé  par  le  prince-évéque 
de  Strasbourg,  et  de  huit  conseillers  électifs. 

Les  bourgeois  de  la  commune  de  Soultz  ne  paraissent  pas 
avoir  toujours  vécu  en  bonne  intelligence  avec  les  familles 
nobles  du  voisinage.  Les  annales  locales  du  XY*  siècle  sont 
notamment  pleines  de  l'histoire  des  luttes  incessantes  que  la 
ville  eut  h  soutenir  contre  les  nobles  de  Waldner,  qui  avaient 
acquis,  en  1260,  des  religieux  du  Lieu-Croissant,  la  magnifi- 
que domaine  d'OUwiller.  Une  décision  arbitrale  du  17  février 
1448  qui  oblige  le  conseil  de  Soultz  à  faire  des  excuses  publi- 
ques au  chevalier  Jehan  de  Waldner,  et  h  liver  aux  arbitres 
les  gens  de  la  ville  qui  l'avaient  insulté»  semble  même  indi- 
quer que  les  premiers  torts  n'étaient  pas  toujours  du  côté  du 
seigneur.  Quelques  années  plus  tard,  nous  voyons  ces 
querelles  dégénérer  en  une  véritable  guerre. 

Un  trésor  découvert  dans  une  terre  appartenant  au  cheva- 
lier Hermann  de  Waldner  ayant  été  revendiqué  en  vain  par 
l'évoque  de  Strasbourg,  Robert  le  Palatin,  Seigneur  suzerain 
de  Soultz,  les  bourgeois  de  la  commune  envahirent  et  pillè- 
rent les  villages  de  Berrwiller  et  de  Bertschwiller,  qui  dépen- 
daient du  domaine  des  Waldner,  et  vinrent  mettre  le  siège 
devant  le  château  voisin  de  Weckenthal.  En  même  temps, 
les  soldats  de  Waldner,  après  avoir  échoué  dans  une  attaque 
tentée  contre  le  château  d'isenbourg,  chef-lieu  du  mundat 
supérieur,  usaient  de  représailles  aux  dépens  des  villages 
épiscopaux  de  Gundolsheim,  de  Wuenheim  et  d'Hartmanns- 
willer.  Le  traité  de  paix,  qui  mit  fin  à  ces  dissensions,  fut 


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HISTOIRE  D*UNE  VILLK   d'aLSAGE  BT  DE   SES  ENVIHONS        347 

signé  à  Colmar  en  4490.  Une  de  ses  clauses  mérite  d'élre 
rappelée  :  elle  stipulait  qu'on  décrocherait  immédiatenfient 
du  gibet  de  SouUz,  trois  hommes  d'armes  des  Waldner  qui 
avaient  été  pendus  injustement,  qu'ils  seraient  enterrés 
honorablement,  et  que  Tévèque  paierait  aux  deux  frères  des 
victimes  une  somme  de  huit  cents  florins  à  titre  d'indem- 
nité (1). 

L'accord  ne  régnait  pas  davantage  entre  les  turbulents 
bourgeois  et  la  famille  noble  de  Schauenbourg,  établie  dans 
le  château  de  JunghoUz.  Ces  querelles  eurent  pour  origine 
un  procès  qui  dura  près  de  quinze  années,  (et  l'on  se  plaint 
des  lenteurs  de  la  justice  actuelle!)  que  la  commune  de  Soultz 
eut  à  soutenir  contre  Versich  Bock  de  Schauenbourg  qui 
prétendait  que  son  domaine  de  JunghoUz  formait  un  ban 
particulier.  Sa  demande  ayant  été  rejetée,  son  successeur 
René  de  Schauenbourg,  après  avoir  entamé  un  nouveau 
débat  judiciaire,  qui  n'aboutit  pas,  eut  recours  à  un  argument 
plus  décisif  sinon  plus  légal,  et  fit,  un  beau  jour,  enlever  de 
de  force  et  incarcérer  un  bourgeois  de  Soultz  qui  se  prome- 
nait paisiblement  du  côté  de  JunghoUz.  Ceci  se  passait 
en  i493.  La  commune,  outrée  de  ce  procédé  peu  délicat, 
réclama  à  grands  cris,  n'obtint  pas  satisfaction,  et  répondit 
enfin  k  cet  acte  de  violence  arbitraire  par  une  mesure 
analogue. 

Elle  fit  guetter  le  seigneur  de  Schauenbourg,  parvint  h 
l'enlever,  et  le  fit  transporter  comme  prisonnier  au  manoir 
d'Isenbourg.  La  régence  autrichienne,  dont  le  siège  était  alors 
établi  à  Ensisheim  et  comptait  Schauenbourg  parmi  ses  vas- 
seaux,  s'émut  de  cette  disparition,  protesta  à  son  tour,  et  se 
décida  a  mettre  sur  pied  ses  hommes  d'armes.  La  petite 
armée  marcha  aussitôt  contre  la  ville  de  Soultz  et  le  château 
de  Bucheneck  qui  ne  tardèrent  pas  k  tomber  en  son  pouvoir; 
puis  elle  alla  mettre  le  siège  devant  Rouffach  et  Isenbourg. 
Un  traité  conclu  k  Fribourg  en  1498  entre  l'empereur  Maximi- 
lien  et  l'évéque  de  Strasbourg,  termina  officiellement  cette 


(4)  Scbwarlz.  —  Mémoire  pour  prouver  que  la  famille  de 
Waldner  a  le  droit  de  perler  le  tilre  de  baron. 


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348  REVUE  d'alsage 

guerre  intestine,  mais  ce  n'est  que  quelques  années  plus  tard, 
vers  1505,  que  ces  fâcheux  rapports  de  voisinage  paraissent 
avoir  pris  définitivement  fm. 

En  4525,  les  habitants  de  Soultz  prirent,  comme  leurs 
voisins  de  Guebwiller,  fait  et  cause  pour  les  paysans  soulevés 
contre  leurs  seigneurs,  et  accueillirent,  dans  la  journée  du  6 
mai,  les  bandes  de  rustauds  qui  se  présentèrent  devant  leurs 
murs.  Après  la  répression  de  la  révolte,  Tévêque  de  Stras- 
bourg exigea  de  ses  feudataires  de  Soultz,  en  réparation  de 
cette  conduite,  la  prestation  d'un  nouveau  serment  de 
fidélité,  et  la  remise  en  état  de  tout  ce  qui  avait  été  endom- 
magé pendant  les  troubles. 

On  peut  juger,  d'après  ces  quelques  épisodes,  de  l'humeur 
belliqueuse  qui  a  animé  durant  le  moyen-âge,  les  bourgeois 
de  la  bonne  ville  de  Soultz.  Sous  la  période  révolutionnaire, 
au  contraire,  la  petite  cité  a  été  beaucoup  moins  agitée  que 
Guebwiller;  et  les  événements  locaux  y  sont  moins  bruyants 
et  moins  désordonnés. 

Soultz  a  été  le  berceau  ou  la  résidence  de  plusieurs  familles 
nobles  de  la  Haute-Alsace.  Nous  trouvons  d'abord,  dans  ses 
annales,  les  noms  de  plusieurs  seigneurs  et  chevaliers  de  la 
famille  de  Soults  ou  de  Trubelberg,  qui  paraît  avoir  été 
mêlée  très  intimement  à  tous  les  événements  de  la  ville.  Dès 
1184,  un  chevalier  Henri  de  Soultz  figure  dans  un  acte  de 
vente  dressé  par  les  chanoines  de  Sainte-Ursanne  au  profit 
de  l'abbaye  d'Alspach.  Puis  ce  sont  Bernard  de  Soultz,  Guil- 
laume, dont  nous  avons  eu  l'occasion  de  parler  plus  haut, 
Conrad  et  Erchambault  de  Soullz-Trubelberg,  tous  établis 
dans  le  petit  château  mentionné  par  la  chronique  de  Colmar, 
et  qui  est,  très  probablement,  le  môme  que  le  manoir  de 
Bucheneck.  Nous  avons  vu  également  comment  les  Schauen- 
bourg  et  les  Waldner  sont  activement  intervenus  dans  les 
épisodes  qui  ont  agité  la  ville  dans  la  seconde  moitié  du 
quinzième  siècle  ;  les  descendants  de  celte  dernière  famille 
ont  mèine  conservé  un  vaste  domaine  dans  l'intérieur  de 
la  ville.  De  nos  jours,  d'ailleurs,  Soultz  est  resté  un  véritable 
petit  nid  de  noblesse,  et  l'on  pouvait  y  compter,  il  y  a  quel- 
ques années  h.  peine,  quelques  familles  titrées. 


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HISTOIRE  d'une  VILLE  d'aLSAGB  ET  DE   SES   ENVIRONS        349 

La  vieille  ville  est  moins  riche  en  monuments  que  Gueb- 
willer.  Une  commanderie  de  chevaliers  de  Saint-Jean  de 
Malte,  de  laquelle  dépendaient  celles  de  Mulhouse  et  de  Col- 
mar,  était  installée  autrefois  dans  ses  muis  près  de  la 
porte  de  Guebwiller  ;  mais  il  n'en  reste  plus  aujourd'hui 
aucune  trace,  k  l'exception  toutefois  d'une  dalle  funéraire  très 
remarquable,  dont  le  fac-simile  k  été  .publié  par  le  Musée 
pittoresque  et  historique  de  l'Alsace.  Un  couvent  de  capucins 
s'est  élevé  en  4639  hors  de  la  ville,  h  gauche  de  la  roule 
de  Guebwiller  :  il  a  été  transformé  depuis  en  un  bel  hôpilal. 
L'église  paroissiale,  dont  l'architecture  simple  et  harmo- 
nieuse est  fort  remarquable,  a  été  construite  dans  la  seconde 
moitié  du  XIII«  siècle,  à  l'exception  des  deux  chapelles  laté- 
rales et  de  l'étage  supérieur  du  clocher  qui  datent  d'une 
époque  postérieure.  Ce  clocher,  formé  d'une  tour  octogone, 
surmontée  d'une  flèche  élancée,  est  d'une  conception  très 
heureuse  (i).  Quand  nous  aurons  encore  cité  l'hôtel  de  ville 
avec  son  perix)n  à  colonnades  et  à  terrasse,  et  quelques 
vieilles  maisons  flanquées  de  tourelles,  nous  aurons  terminé 
la  visite  très  restreinte  des  monuments  de  la  ville. 

Soultz  a  vu  naître,  en  revanche,  plusieurs  personnages 
dont  elle  a  raison  de  sa  glorifler. 

C'estd'abord,  par  rang  de  date,  le  docteur  François  Méglin, 
médecin  distingué,  né  en  1736  et  mort  en  1827.  Il  a  laissé 
divers  ouvrages  remarquables,  notamment  un  traité  sur  la 
névralgie  faciale  ;  une  dissertation  sur  l'usage  des  bains 
dans  le  tétanos  ;  et  des  notices  sur  V  histoire  de  Soultz  y  et 
sur  les  eaux  minérales  de  SouUzmatt. 

Elle  est  également  la  patrie  de  deux  généraux  du  premier 
Empire  qui  débutèrent  l'un  et  l'autre  dans  la  carrière  mili- 
taire comme  simples  soldats,  et  gagnèrent  successivement 
leurs  grades  sur  les  champ»  de  bataille  de  l'Europe  où  nos 
armées  victorieuses  se  sont  à  jamais  illustrées 

L'un  d'eux,  Henri  Walther,  né  en  1761,  est  mort  en  1813, 


(J)  Citons  parmi  les  curés  de  Soultz  dont  les  noms  ont  élé  con- 
servés. Hermann,  comte  de  Thierslcin  ;  Henri  de  Hoheostein  ; 
Rodolphe  d'Oberkirch  et  Jean  d'Andelo. 


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350  REVUE  d'alsacb 

général  de  division,  comte  de  l'Empire,  et  grand-officier  de 
la  légion  d'honneur. 

L'autre,  Jean  Wehrlé,  né  en  i763,  général  de  brigade, 
baron  de  l'Empire  et  commandeur  de  la  légion  d'honneur, 
a  été  tué  k  l'ennemi  sur  le  champ  de  bataille  d'Albuféra  (1). 

Les  noms  de  ces  deux  vaillants  enfants  de  l'Alsace  sont 
gravés,  l'un  et  l'autre,  sur  l'arc  de  Triomphe  de  l'Étoile. 

L'étymologie  du  nom  de  la  ville  est  facile  a  trouver:  il 
suffit,  pour  celb,  de  la  rapprocher  des  noms  que  portent  diflé* 
rentes  stations  balnéaires  de  l'Alsace:  Soultzmait,  Soultzbach 
et  Soultz-les-Bains.  Il  indique  évidement  la  présence,  en  cet 
endroit,  d'anciennes  eaux  minérales,  et  Ton  trouve,  d'ail- 
leurs, sur  le  territoire  de  la  commune,  des  sources  salées 
contenant  des  éléments  minéraux  dont  l'analyse  n'a  pas 
déterminé  la  nature  et  qu'il  serait,  peut-être,  utile  de  recher- 
cher. II  existait  autrefois,  dans  la  ville  même,  une  maison  de 
bains,  que  Tévéque  Guillaume  de  Ilohenstein  a  concédée,  en 
i537,  àtitre  d'emphythéose,  k  un  bourgeois  de  Strasbourg. 
«Aujourd'hui  Soultz  est  une  petite  ville  assez  insignifiante, 
régulièrement  bâtie;  et  qui  n'a  de  remarquable,  avec  son 
église,  que  la  grande  place  dont  ce  monument  occupe  un  des 
angles  du  fond.  Elle  est  devenue  un  des  centres  israëlites  les 
plus  importants  du  Haut-Rhin  ;  et  ce  fait  peut  paraftre  assez 
singulier  lorsqu'on  se  rappelle  les  vexations  de  toutes  espèces 
auxquels  les  Juifs  y  furent  exposés  sous  la  domination  des 
évéques  de  Strasbourg.  Un  fait  entre  mille  suffira  pour  mon- 
trer jusqu'à  quel  point  extrême  cette  intolérance  était  pous- 
sée. Vers  1340,  sous  l'évéque  Berthold  de  Bucheneck,  tous 
les  juifs,  qui  étaient  restés  dans  la  ville,  furent  chassés  ou 
exterminés,  el,depuisce  jour  jusqu'à  la  révolution,  il  n'en  fut 
plus  leçu  dans  ses  murs.  Les  anciens  exilés  ont  conscieuse- 
ment  rattrapé  depuis  le  temps  perdu  et  ont  fait  de  Soultz 
un  de  leurs  principaux  centres  d'action. 


(1)  Lagune  d'Espagne  située  au  su  I  de  Valence,  près  delà  Médi- 
terranée,* cl  sur  les  bords  de  laquelle  Suchet  battit  le  général 
anglais  Blncko  qui  capitula  dans  Valence  le  U  janvier  4812. 
Cette  victoire  valut  à  Suchet  le  titre  de  duc  d'Albuféra. 


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HISTOIBB  O'OMB  VILLE  d'ALSACB  ET  DE  SES  ENVIRONS         351 
III 

JUNGHOLTZ,   THIERENBACil 
ET  SAINTE-ANNE 


JuDghollz.  —  L'ancien  château  de  Schauenbourg  el  la  nécropole 
juive.  —  Le  pèlerinage  de  Thierenbach  :  histoire  de  sa  fonda- 
lion.  —  Ce  qu'on  y  voit  aujourd'hui  :  le  «  Salon  »  de  Thieren- 
bach. —  Etymologie  du  nom  du  Prieuré.  —  Sainte-Anne  et  son 
ermitage  :  Fos  du  cœur  de  Sainte  Ursule. 


JunghoUz  était,  naguère  encore,  divisé  en  deux  sections 
séparées  parle  ruisseau  du  Ilimbaëchlé,  et  dépendant  Tune 
de  la  commune  de  Soultz,  l'autre  de  Rimbach  et  du  caoton 
de  Guebwiller.  Depuis  quelques  années  le  pelit  pays  a  été 
groupé  en  une  commune  distincte  qui  est  comprise  mainte- 
nant dans  le  canton  de  Soultz.  Le  village  est  fort  agréable- 
ment situé  k  l'entrée  du  vallon  de  Rimbach,  au  pied  du  Ver- 
sant méridional  du  Grosberg  :  de  beaux  vignobles  parmi  les- 
quels se  trouve  le  précieux  Binlzburg^r,  dont  nous  avons 
déjà  eu  occasion  de  parler,  couvrent  les  coteaux  voisins.  Du 
côté  de  la  plaine,  s'étendent  de  belles  prairies  traversées 
par  le  ruisseau  et  au  milieu  desquelles  serpente  la  petite 
route  qui  va  rejoindre,  à  l'angle  d'une  grande  tuilerie,  le 
chemin  de  Soultz  a  Wuenheim.  Le  point  le  plus  remarquable 
de  Jungholtz  est  l'aride  colline  formée  de  grès  vosgien  sur 
laquelle  s'élevait  autrefois  le  château  de  Schauenbourg.  Il  ne 
rest3  plus  aujourd'hui  des  bâtiments  primitifs,  que  la  base 
de  quelques  remparts  utilisés  comme  murs  de  soutènement  ; 
et,  sur  les  njines  du  vieux  manoir,  se  sont  élevées  de  modestes 
habitations  toutes  délabrées,  dont  les  habitants,  quelque  peu 
nomades,  paraissent  avoir  une  certaine  analogie  de  race  avec 


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352  REVTE   d' ALSACE 

les  zigeiner.  Un  puits  1res  profond,  taillé  dans  le  roc, 
s'ouvre  au  sommet  du  plateau.  Les  anciens  fossés  ont  été 
convertis  en  un  cimetière  à  l'usage  de  tous  les  Israélites  de 
toute  la  contrée.  La  nécropole  fait  le  tour  de  la  colline;  et 
ses  nombreuses  tombes  nues,  sans  fleurs  ni  ombre,  revêtues 
d'inscriptions  hébraïques  et  uniformément  tournées  vers 
Torient,  ajoutent  encore  k  la  tristesse  et  a  la  désolation  des 
lieux. 

A  deux  kilomètres  de  Jungholtz,  dans  la  direction  de 
Wattwiller,  et  de  l'autre  côté  de  la  colline  se  trouve  le  prieuré 
de  Thierenbach,  célèbre  pèlerinage  bien  connu  dans  tout  le 
Haut-Rhin.  Le  site  qu'il  occupe  au  milieu  de  vertes  prairies, 
et  sur  la  lisière  des  grandes  forets  de  pins  qui  s'étagent  sur 
les  montagnes  voisines  jusqu'au  Freundstein,  vaut,  d'ailleurs 
h  lui  seul,   rhonneur  d*une  visite  profane. 

L'église  de  Tierenbach  et  le  couvent  de  religieux  des  deux 
sexes,  chargé  de  desservir  le  sanctuaire,  ont  été  fondés,  vers 
1430,  par  un  prieur-vicaire  des  environs  nommé  Udalric,  qui 
mit  aussitôt  le  nouveau  monastère  sous  la  puissante  protec- 
tion de  l'abbé  Pierre  le  Vénérable,  alors  général  de  l'ordre  de 
Cluny. 

C'est  d'ailleurs  la  commune  de  Souitz  qui  paraît  avoir  le 
plus  contribué  à  l'installation  du  prieuré.  Une  pièce  authen- 
tique datée  du  l«f  mai  1135  en  fait  foi  ;  par  cet  acte,  en  effet, 
tous  les  habitants  de  Souitz,  riches  et  pauvres,  nobles  et 
roturiers,  avec  l'assentiment  de  l'évèque-suzerain  Gebhard  et 
du  landgrave  Wernher  de  Habsbourg,  concédaient  à  l'église 
de  Thierenbach  une  partie  de  leur  communal,  comprenant 
environ  cent  quarante  arpents  de  prés,  de  champs  et  de 
et  de  forêts.  Trois  années  plus  tard,  en  1138,  le  curé  de 
Souitz,  Diethelm,  faisait  vœu,  au  nom  de  ses  paroissiens,  de 
s'y  rendre  avec  eux  en  procession  chaque  année,  afin  d'attirer 
les  bénédictions  du  ciel  sur  leurs  champs  et  sur  leurs  vignes; 
et,  en  1145,  l'abbé  Pierre  le  Vénérable  récmpensait  tous  ces 
services,  en  rendant  les  habitants  de  la  généreuse  commune 
participants  des  prières  de  l'ordre  de  Clunij. 

La  procession,  ainsi  organisée  vers  le  milieu  du  XH«  siècle, 
existe  encore  aujourd'hui.  Tous  les  ans,  en  effet  ,  a  la  môme 


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HISTOIRE   D*UXE   VILLE   o' ALSACE   ET    DE   SES    ENVIRONS         353 

époque,  on  voit  s'acheminer  vers  le  pèlerinage,  h  travers  les 
sentiers  de  la  campagne,  de  longues  files  de  paysans  des 
villages  environnants.  L'un  d'eux,  ou  plutôt  l'une  d'elles,  car 
les  femmes  sont  naturellement  en  majorité  dans  ces  pieuses 
odyssées,  tient  la  tète  de  la  colonne  et  récite  à  haute  voix,  les 
plaintives  litanies  du  chapelet,  les  autres  font  les  répons 
en  chœur;  et  Ton  s'en  va  ainsi  cheminant  a  travers  champs, 
en  répétant  sur  tout  les  tons  :  «  bift  fur  uns,  bitf  fur  uns  ». 
Ce  qui  faisait  dire  plaisamment  à  un  ami  de  mon  père,  joyeux 
Vosgien  peu  au  courant  des  subtilités  de  notre  patois 
d'Alsace,  et  dont  ces  mots  avaient  frappé  l'oreille:  «  A  qui  en 
ont-ils  donc  avec  leur  bi^le  féroce  ». 

La  messe  solennelle  dite  et  entendue,  la  procession  ter- 
minée, on  s'installe  sur  l'herbe  h  proximité  de  la  fontaine  ' 
dont  les  eaux  font  des  miracles  analogues  a  ceux  de  Saint- 
Gangolf,  et  l'on  déballe  les  provisions  d'un  déjeuner  cham- 
pêtre. Le  lendemain,  la  prairie  est  prosaïquement  émaillée, 
en  guise  de  pâquerettes,  de  vilains  papiers  graisseux.  Pour 
nous,  plus  positifs,  allons  directement  k  la  maison  forestière, 
bî\tie  sur  la  lizière  même  de  la  forêt  ;  asseyons-nous  devant 
les  tables  rustiques  dressées  sous  les  grands  arbres,  et  fai- 
sons-nous servir  entre  autres  produits,  un  miel  et  un  beurre 
dont  je  recommande  l'exquise  qualité  aux  gourmands 
amateurs. 

L'église  mérite,  toutefois,  d'attirer  tout  particulièrement 
notre  attention.  Les  constructions  primitives  ont  depuis 
longtemps  disparu  pour  faire  place  k  des  bâtiments  plus 
récents,  terminés  en  1724;  mais  c'est  surtout  l'intérieur  du 
Sanctuaire  qui  nous  arrêtera.  La  statue  de  la  madone  mira- 
culeuse, virffo  dolorosa,  qui  fait  l'objet  du  culle  des  pèle- 
rins, est  placée  sur  l'autel  latéral  de  droite;  et  les  oripauxde 
tous  genres  et  de  fort  mauvais  goût  qui  la  surchargent 
empêchent  d'en  apprécier  le  travail.  Mais  [Ggreataltracdon 
du  lieu  est  incontestablement  formé  par  les  innonu.ables 
ex-voto  qui  tapissent,  du  haut  en  bas,  les  murs  de  l'église. 
Cq  sont,  en  majeure  partie,  de  petits  tableaux  grossièrement 
peints  a  l'huile  et  représentant  invariablement  la  scène  sui- 
vante :  le  lit  du  malade  pour  la  guérison  duquel  Vex-voto  a 
été  déposé  dans  le  Saint  lieu,  tient  le  fond  de  la  toile;  le 


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351  REVUE   d' ALSACE 

pniient  y  est  couché  dans  les  alliludes  les  plus  diverses  et. les 
plus  originales,  et  un  jet  de  sang,  vigoureusement  tracé,  sort 
ordinairement  de  sa  bouche  pour  indiquer  la  gravité  du  cas  . 
Des  deux  côtés  se  tiennent  agenouillés  les  membres  de  la 
famille,  dont  les  portraits  sont  généralement  peu  flattés  ;  une 
petite  croix  noire,  placée  à  la  télé  du  sujet,  désigne  ceux  d'en- 
tre eux  qui  ont  antérieurement  passé  de  vie  h  trépas.  Une 
vierge  dans  sa  gloire  domine  le  tout.  C'est  là  le  motif 
le  plus  généralement  traité;  mais  il  y  en  a  d'autres  par 
centaines  représentant  tous  les  accidents  possibles  et  ima- 
ginables. 

Certains  croyants  ont  préféré  les  images  de  bois  a  la  pein- 
ture, et  ont  suspendu  aux  murs,  des  bras,  des  mains,  des 
jambes  ou  des  pieds,  grossièrement  taillés,  suivant  les 
cas  de  guérison  h  obtenir.  C'est  grotesque,  diront  les  scep- 
tiques, d'accord,  mais  il  y  a,  dans  la  foi  qui  a  dicté  ces  vœux, 
tant  de  naïveté  et  tant  de  candeur,  que  le  plus  incrédule  s'en 
trouve  désarmé.  La  chaire,  en  bois  uni,  sans  sculptures,  est 
soutenue  par  une  colossale  figure  polichrome  représentant 
Samson  brandissant,  au  dessus  de  la  télé  des  Philistins 
imaginaires,  sa  terrible  m(\choire  d'àne. 

Ne  quittons  pas  Thierenbach  sans  parler  de  l'élymologie 
du  nom  que  porte  le  prieuré.  En  voici  une  que  nous  don- 
nons pour  ce  qu'elle  vaut,  mais  qui  a,  tout  au  moins  le  mérite 
de  l'originalité. 

Des  enfants,  armés  d'un  ri\teau,  étaient  allés  pécher  des 
grenouilles  dans  un  ruisseau  voisin  de  l'endroit  où  Tégliso 
devait  s'élever  plus  tard.  Tout  d'un  coup  l'instrument  heurte 
contre  un  objet  de  forte  dimension  (jue  leurs  forces  réunies 
ne  peuvent  parvenir  k  tirer  de  l'eau.  .Aussitôt  les  gamins 
d'appeler  à  l'aide,  en  criant  :  «  Er  ist  ein  Thier  im  Bach  ! 
Er  Ut  ein  Thier  im  Bach  !f  »  —  «  11  y  a  une  béte  dans  la 
rivière  ».  Les  voisins,  accourus,  repêchèrent  alors  la  statue 
miraculeuse  de  la  Vierge  des  Douleurs  qui  fait,  depuis  des 
siècles,  l'admiration  des  pieux  pèlerins. 

Entre  Thierenbach  et  llimbach-Zell,  sur  la  colline  s'élève 
dans  un  lieu  solitaire,  la  petite  chapelle  de  Sainte-Anne,  h 
laquelle  le  grand  pèlerinage  voisin  fait  une  funeste  concur- 
rence, mais  qui  réunit,  néanmoins,  le  jour  de  la  fête  de  sa 


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HISTOIRE   d'uNB   VILLR   d'aLSACK   KT    DE   SES    ENVIRONS         355 

vénérable  patronne,  un  nombreux  peuple  de  fidèles.  Le  petit 
sanctuaire  était  jadis  desservi  par  un  ermite  qui  y  montrait, 
entre  autres  reliques  précieuses,  l'os  authentique  du  cœur  de 
Sainte  Ursule;  ce  qui  ferait  croire  que  la  pauvre  béate  a  dû 
succomber  à  une  bien  cruelle  affection  organique  de  cet 
organe.  Quanta  vous  dire  comment  et  pourquoi  cet  inesti- 
mabh  ossification  d'une  Sainte  a  été  transportée  dans  une 
chapelle  dédiée  k  une  rivale,  je  n'en  ai  cure.  Mystère  et 
discrétion. 


WUENHEIM    ET   LE   FREUNDSTEIN 

OLLWILLER,  HARTMANSWILLER 

BERRWILLER  ET   LE   WECKEXTHAL 


Wuenheim.  —  Le  château  de  Freundstein  et  quelques  épisodes 
de  son  histoire.  —  L'ancienne  forteresse  d'Ollwiller  :  ses  querelles 
avec  Souitz.  —  Ollwiller  moderne  :  son  industrie.  —  Harmanswil- 
1er,  son  enceinte  et  son  château.  —  Son  établissement  de  bains.  — 
Une  opinion  sur  l'Oclisenfeld.  —  Souvenir  k  un  vieux  hrave.  — 
Berrwiller  ou  Berollzweiler  :  son  histoire.  —  Le  château  et  la 
ferme  de  Weckenthal.  —  Bertschwiller. 


.'\  deux  kilomètres  de  Souitz,  sur  la  route  qui  mène  k 
Wattwiller,  se  trouve  le  petit  village  de  Wuenheim,  qi.i  fai- 
sait autrefois  partie  du  baillage  de  Souitz,  et  dont  toute 
rhistoire  se  résume  dans  les  épisodes  qui  ont  marqué  au 
XV«  siècle,  les  luttes  que  la  commune  voisine  eut  k  soutenir 
contre  les  seigneurs  de  Waldner.  Il  y  existait,  vers  la  même 
époque,  une  maison  d'anachorètes  de  l'ordre  de  Saint-Fran- 


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356  REVUE    d' ALSACE 

çois,  qui  a  été  transformée  depuis  en  une  confortable  habita- 
tion bourgeoise. 

Derrière  Wuenheim,  sur  un  des  sommets  les  plus  escarpés 
et  les  plus  abruptes  des  Vosges,  se  dressent  les  ruines  de 
Tancien  manoir  de  Freundslein  qui  fut  le  berceau  de  la  noble 
famille  de  Waldner,  et  lui  servit  de  jésidence  pendant  de 
longues  années.  Freundstein  à  élé,  au  cours  du  moyen-Age, 
le  théâtre  de  plusieurs  faits  d'armes.  En  1441.  les  Mulhou- 
siens  vinrent  l'assiéger,  pour  délivrer  de:i:v  i)Ouchers  de 
Battenheim  que  le  seigneur  de  Waldner  avait  fait  enlever,  et 
qu'il  y  retenait  prisonniers.  Vers  la  fin  du  même  siècle,  en 
4490,  les  gens  de  Soultz,  en  lutle  avec  ses  propriétaires,  se 
présentèrent  devant  le  chûleau  et  le  dévastèrent.  Enlin,  les 
paysans  révoltés  s'en  emparèrent  en  1525,  et  c'est  à  la  suite 
de  cet  événement  qu'il  fut  abandonné. 

Il  est  dans  nos  Vosges,  si  pittoresques,  peu  de  sites  plus 
beaux  et  plus  grandioses  que  celui  qu'occupe  le  vieux  Castel. 
Perché  comme  un  nid  d'aigles  sur  un  rocher  presque  inaces- 
sible,  il  domine  la  plaine  et  la  plupart  des  montagnes  envi- 
ronnantes, et  est  dominé  lui  même  par  la  croupe  arrondie 
du  Ballon,  qui  ne  se  présente  nulle  autre  part  sous  un  plus 
majestueux  aspect.  Un  précipice  à  pi';  le  sépare  du  petit  vil- 
lage de  Goldbach,  assis  à  ses  pieds  au  fond  d'un  vallon  qui 
débouche,  du  côté  de  Willer,dans  le  val  de  Saint-Amarin.  Au 
milieu  des  pâturages  qui  couronnent  le  plateau  s'élève  une 
belle  métairie,  et  de  grands  bois  de  sapins  encadrent  le 
paysage.  Aussi  l'excursion  du  Freundstein  est-elle,  pour  toutes 
ces  raisons,  l'une  des  plus  agréables  que  l'oi  pui.^^se  iaire 
dans  nos  montagnes. 

Parmi  les  possessions  que  l'abbaye  de  Lieu-Croissant 
avait  reçues  en  1249,  de  Tévèque  de  Strasbourg,  Henri  de 
Stahleck,  se  trouvait  un  vaste  domaine  situé  au  midi  de 
Soultz,  in  bnnno  municipii  SuUza,  entre  Wuenheim  et 
Hartmanswiller,  (jui  fut  vendu  en  1260,  pour  la  somme  de 
1300  livres,  au  franc-homme  Conrad  de  Waldner  de  Cueb- 
willer,  stipulant  en  son  propre  nom  et  pour  ses  trois  frères 
Ifennann,  Gunther  et  Eberhardt.  Les  actiuéreurs  en  firent 
d'abord  oblation,  Tannée  suivante,  îi  Tévéque  Walther  de 
(iéroldseck,  puis,  en  12(U),  le  convertirent  en  un  château  fort. 


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HISTOIRE   d'uXE    VILLE   D*ALSACB   ET    DE   SES   ENVIRONS         357 

crcsl  lii  que  s'élève,  en  elTel,  la  forteresse  d'Ollwiller,  avec 
laquelle  la  commune  de  SouUz  devait  avoir  si  souvent  maille 
h  partir.  Le  vieux  manoir  féodal,  placé  au  pied  môme  des 
montagnes,  sur  une  colline  d'où  il  découvrait,  comme  du 
haut  d'un  immense  amphithéâtre,  toute  la  plaine  du  llaut- 
llhin,  était  presque  inexpugnable,  et  les  habitants  de  Soultz, 
lors  de  leurs  incursions  dans  les  terres  des  Waldner,  eurent 
toujours  soin  d'en  éviter  les  abords.  Il  resta  tel  quel  jus- 
qu'en 1752,  époque  h  laquelle  le  comte  Dagobert  de  Waldner 
le  remplaça  par  un  magnifique  chAteau  moderne. 

Aujourd'hui  Ollwiller  est  compris  tout  h  la  fois  dans  la 
commune  de  Wuenheim,  et  dans  la  banlieue  du  village 
d'ilartmanswiller.  Une  grande  tuilerie,  dirigée  pendant  de 
longues  années  par  un  de  nos  industriels  les  plus  intelligents 
et  les  plus  instruits,  est  installée  dans  les  prairies  qui  s'éten- 
dent aux  environs.  On  y  fabrique  notamment  des  tuyaux  de 
conduite  pour  gaz  ou  aqueducs,  dont  la  réputation  est  répan- 
due dans  le  monde  entier  ;  les  grandes  cités  des  États-Unis 
ont  fait  h  Ollwiller  des  commandes  d'une  importance  consi- 
dérable. 

Un  arrêté  du  14  mai  i84î)  avait  également  installé  sur  le 
territoire  d'Ollwiller  l'école  d'agriculture  du  Ilaut-Rhin.  Aux 
environs  du  domaine,  sur  les  coteaux  qui  bordent  la  route, 
s'étageut  des  vignobles  dont  les  produits  ont  une  saveur  et 
un  bouquet  tout  particuliers. 

Le  joli  village  d'Hartmannsvviller  est  situé  tout  près  de  la. 
II  a  d'abord  dépendu,  comme  Wuenheim,  du  baillage  de 
Soultz,  et  a,  par  conséquent,  subi  comme  lui  le  contre-coup 
des  luttes  de  la  commune  chef-lieu  avec  les  turbulents  sei- 
gneurs d'Ollwiller.  En  1700,  Ilartmannswiller  fut  acquis,  en 
même  temps  que  Rimbach-Zell,  par  les  Waldner  de  Freund- 
stein,  qui  donnèrent  en  échangea  l'évèque  de  Strasbourg,  le 
village  de  Schweinheim  prés  de  Saverne,  et  s'installèrent 
dans  le  chAteau  construit  h.  proximité  du  petit  bourg.  Hart- 
manswiller  était  d'ailleurs  entouré  d'une  enceinte  fortifiée 
percée  de  trois  portes  et  défendu  par  un  chùteau  flanqué  de 
trois  tours.  Les  vestiges  de  deux  de  ces  tours  et  les  murailles 
existent  encore  aujourd'hui.  L'église  du  village  a  été  cons- 
truite en  1495. 


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358  REVUE  d'alsack 

Il  s'y  trouvait  également,  avant  la  révolution,  un  établisse- 
ment de  bains  alimenté  par  la  source  qui  coule  aujourd'hui 
dans  la  belle  fontaine  élevée  sur  la  place  du  village.  Ses  eaux, 
très  limpides  et  très  agréables  h  boire,  doivent  avoir  quelque 
analogie  avec  celles  de  Wattwiller. 

On  a  découvert,  il  y  a  quelques  années,  aux  environs 
d'Hartmanswiller,  dans  la  direction  de  la  plaine  de  Cernay, 
de  nombreuses  armes  gallo-romaines  ;  et  ces  curieuses  trou- 
vailles semblent  venir  appuyer  d'un  grand  poids  l'opinion 
qui  désigne  rOchsenfeld  comme  l'emplacement  probable  de 
la  lutte  suprême  livrée,  cinquante-huit  ans  avant  notre  ère, 
par  Arioviste  k  l'envahisseur  romain.  Elles  n'excluent  pas 
complètement  d'ailleurs  l'opinion  contraire,  qui  prétend  que 
la  bataille  eut  lieu  sur  l'aulre  versant  des  Vosges,  près  de 
Lure,  à  l'entrée  des  vallées  de  Ronchamp  et  de  Bussang.  On 
peut  admettre,  en  eiïet,  que  l'armée  gauloise,  mise  en  déroute 
après  le  sanglant  échec  qui  venait  de  lui  élre  infligé,  se  jeta, 
dans  sa  fuite,  vers  le  col  de  Bussang,  et  se  précipita  vers  le 
Uhin  par  Cernay  et  les  plaines  de  l'Ochsenfeld,  en  abandon- 
nant ses  armes  dans  celte  retraite  précipitée. 

Plus  avant  dans  la  plaine,  entre  Bollvviller  et  Jungholtz,  se 
trouve  un  tertre  isolé  de  forme  conique,  aujourd'hui  couvert 
de  vignes,  que  des  fouilles  pratiquées  il  y  a  quelque  temps 
ont  révélé  être  un  tumulus. 

Aujourd'hui  Ilartmannswiller  est  un  paisible  village  que 
sa  situation  au  pied  de  la  montagne,  un  peu  h  l'écart  des 
grandes  voies  de  communication,  rend  tout  particulièrement 
tranquille.  On  y  remarque  de  magnifiques  pépinières  dépen- 
dant du  grand  établissement  horticole  de  Bollwiller.  Il  y 
emploie  une  nombreuse  équipe  d'ouvriers  qui  était  dirigée, 
avant  mon  départ  d'Alsace,  par  un  vieux  brave  homme  ré- 
pondant au  doux  prénom  de  Biaise  (BlasiJ,  type  d'honnêteté 
et  d'attachement  auquel  je  donne  ici  un  affectueux  souvenir. 

En  continuant  a  suivre  la  côte,  dans  la  direction  de  Watt- 


(1)  Consulter  sur  cette  question  un  très  intéressant  mémoire 
publié  à  Belfort  en  1873,  par  M.  Cestrc,  conducteur  des  Ponts  cl 
Chaussées  à  Nancy.  —  Du  champ  de  bataille  de  César  et 
d' Arioviste. 


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HISTOmE   d'une   ville    D* ALSACE   ET   DE   SES   ENVIRONS         359 

willer,  on  ne  tarde  pas  à  rencontrer  le  village  de  Berrwiller, 
situé,  comme  son  voisin,  au  pied  des  contreforts  avancés  des 
Vosges.  Comme  son  voisin  également,  mais  dans  un  camp 
différent,  il  a  pris  une  part  indirecte  aux  événements  qui  ont 
divisé  les  bourgeois  de  la  commune  de  Soullz  et  les  Seigneurs 
de  Waldner,  et  a  reçu,  k  plusieurs  reprises,  les  visites  mtéres- 
séeset  désagréables  des  bandes  armées  de  la  ville. 

Berrwiller,  dont  le  nom  primitif  était  BeroUzweiler,  a 
d'abord  constitué  un  fief  de  l'abbaye  de  Murbach  :  puis  les 
princes-abbés  en  ont  investi  les  nobles  de  Bollwiller,  et  après 
eux  la  famille  de  Waldner,  qui  Ta  occupé  depuis  lors  jusqu'à 
la  révolution. 

Non  loin  de  Berrwiller,  du  côté  de  la  plaine,  se  trouvait 
autrefois  le  cht\teau  de  Weckenthal  qui  appartenait  égale- 
ment à  la  famille  de  Waldner,  et  dépendait,  à  titre  d'oblation, 
de  l'évéché  de  Bàle.  Le  comte  Anastase  de  Waldner  le  fit  res- 
taurer a  grands  frais  en  1522  ;  mais  il  fut  incendié  et  complè- 
tement détruit,  en  1652,  parle  chevalier  René  de  Rosen,  et 
ne  fut  plus  reconstruit.  Une  belle  ferme  appartenant  h  la 
famille  d'Anthès  le  remplace  aujourd'hui. 

Le  hameau  de  Berlschwiller  dépend  également  de  Berrwil- 
ler et  forme  avec  ce  village  une  riche  commune  de  grande 
culture. 

(A  suivre.)  G.  Duhrwell. 


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NOTES  &  DOCUMENTS 

POLU   SERVIR   A 

L'HISTOIRE    DE    LA    PRESSE 

EN  ALSACE-LORRAINE 

Suite 


VI 
Le  Glaneur  D'ALTKincH 

Lors  de  la  création  des  nouvelles  divisions  Icrritoriales 
de  la  France,  ii  la  fin  du  siècle  dernier,  la  petite 
ville  d'Altkirch,  alors  chef-lieu  d'une  seigneurie  dépendant 
du  comté  de  Ferrette,  fut  érigée  en  un  chef-lieu  d'ar- 
rondissement comprenant  sept  cantons  avec  siège  de  la 
Sous-Préfecture  et  du  Tribunal.  Il  n'existait  alors  aucun 
organe  de  publicité  pour  satisfaire  au  vœu  de  la  loi  exigeant 
l'insertion  dans  les  journaux  des  actes  administratifs  et  judi- 
ciaires. 

Les  archives  locales  n'ont  conservé  aucun  exemplaire  de 
la  feuille  d'annonces  qui  a  dû  être  créée  pendant  le  premier 
quart  de  ce  siècle  pour  répondre  a  ces  prescriptions.  Cepen- 
dant nous  savons  que  cette  feuille,  qui  dans  l'origine  s'appe- 
lait le  Glaneur,  a  été  fondée  en  1807,  sous  l'administration  de 
M.  Sommervogel,  premier  sous-préfet  d'Altkirch,  alors  que 


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HISTOIRE  DE  LA  PnBSSK  301 

31.  Bruat,  le  père  de  l'amiral  de  ce  nom,  était  président  du 
Tribunal  (1). 

Il  parait  que  le  premier  imprimeur  de  ce  journal  fut  un  M. 
Hoffmann,  oncle  de  M.  Charles-Michel  Hoffmann,  imprimeur 
à  Colmar  jusque  dans  ces  derniers  temps,  et  qui  fonda  une 
petite  imprimerie  k  Allkirch.  Vers  4815,  il  eut  pour  succes- 
seur M.  Joseph  Gœtschy,  fils  du  maire  de  Porrentruy.  M.  le 
chevalier  Joliat,  originaire  de  cette  ville,  le  môme  qui  fut 
plus  tard,  a  Paris,  le  directeur  général  de  la  compagnie  d'as- 
surances le  Phénix,  était  alors  sous-préfet  d'Altkirch  et 
avait  encouragé  M.  (jcetschy  dans  son  entr3prise.  Plus  tard 
celui-ci  remplaça  le  titre  du  journal  par  celui  d' A  f fiches, 
annonces  et  avis  divers  d*Altki7*ch,  Journal  judiciaire  et 
administratif  de  l  arrondissement,  Écho  des  nouvelles 
agricoles,  industrielles  et  commerciales. 

A  part  les  insertions  légales,  quelques  avis  de  ventes  de 
coupes  et  la  mercuriale  des  marchés,  ce  journal  était  dans  le 
principe  très  sobre  de  nouvelles.  Vers  1832,  M.  Joseph  (iœts- 
chy  céda  son  exploitation  à  son  frère  Nicolas,  qui  avait  été 
imprimeur  à  Paris.  Celui-ci  continua  la  publication  du  jour- 
nal sous  le  môme  titre,  qui  fut  conservé  jusqu'en  1859,  épo- 
que de  la  translation  du  tribunal  à  Mulhouse.  M.  Henri 
Gœtschy,  son  fils,  en  agrandit  alors  le  format  et  lui  donna  le 
titre  de  Publicateur  d'Alsace,  impliquant  un  changement 
radical  dans  la  rédaction.  Peu  après,  le  matériel  de  l'impri- 
merie fut  acquis  par  M.  Jules  Bœhrer,  libraire  et  imprimeur 
lithographe  qui  modifia  encore  la  forme  et  la  rédaction 
du  journal  qu'il  appelsi  Journal  d* Al t/circh.  H  y  donna  une 
large  place  à  la  discussion  des  intérêts  généraux  et  locaux. 
Des  feuilletons  consacrés  à  la  reproduction  de  quelques  docu- 


(1)  D'après  les  indications  fournies  à  la  Revue  d'Alsace  par  M. 
le  bibliothéraire-archiviste  Charles  Nerlinger,  ce  Glaneur  hebdo- 
madaiî'e  avait  le  sous-titre  de  Journal  littéraire,  agricole  et 
scientifique.  A  partir  du  2  janvier  1830  le  sous-titre  devint  : 
Journal  d'annonces  judiciaires,  commercial,  agricole  e*  littéraire 
(1829-1830). 

En  1828  et  1829  rimprimerie  Oœischy  publia  le  Sonntagsges- 
chenk  fur  das  blûhende  Alter,  purLeupcl.  (Élrennes  du  diman- 
che pour  la  jeunesse). 


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362  REVUE  d'alsace 

menis  historiques  el  notamment  h  des  emprunts  faits  à  la 
Jtevue  d*Alsace,J)éyiï,h  partir  de  1846,  la  modeste  feuille 
d'annonces,  avait  prélude  a  cette  modifleation  de  forme,  en 
insérant  des  articles  variés  et  entre  autres  ceux  relatifs  à  la 
construction  du  chemin  de  fer  de  Mulhouse  a  Paris,  alors  en 
projet,  et  qui  tendait  h  faire  adopter  le  tracé  par  Altkirch,  de 
préférence  à  celui  qui  devait  longer  les  Vosges,  entre  Lutter- 
bach  et  Belfort. 

Charles  Goutzwilleh. 


VU 


Au  Glaneur  d'Alfliirck  de  1807,  dont  il  vient  d'être  ques- 
tion, va  succéder  en  1836,  ti  Colmar, 

Le  Glaneur  du  IIaut-Rhix, 

journal  hebdomadaire,  édité,  dans  les  deux  langues,  par  M"»« 
Veuve  Jean-Henri  Decker,  «  imprimeur  de  la  Préfecture  ».  La 
famille  Decker  se  composait  alors  de  deux  fils,  Henri  et  Ca- 
mille, et  deux  filles,  Charlotte  et  Virginie,  tous  les  quatre 
célibataires  et  formant,  avec  la  mère,  une  des  anciennes  et 
honorables  familles  du  chef-lieu  du  Ilaut-Rhin.  Camille,  le 
cadet  des  quatre,  s'occupait  de  Timprimerie  et  Charlotte, 
Taînée  des  filles,  avait  gardé,  par  tradition  et  comme  lot  de 
prédilection,  les  soins  annuels  du  vieux  Messager-Boiteux, 
calendrier  auquel  tout  le  monde  était  en  quelquesorteabonné 
et  qui  jouissait  en  outre  d'une  grande  clientèle  dans  le  dépar- 
tement et  les  régions  voisines. 

L'imprimeur,  Camille,  était  censé  avoir  terminé  son  ap- 
prentissage après  un  Tour-de-France  par  Nancy  h  l'aller  et 
par  Bâle  au  retour  au  bout  de  quelques  mois  d'absence. 
On  était  d'ailleurs  «  Imprimeur  de  la  Préfecture  »  de  père 
en  fils,  et  cela  suffisait  comme  garantie  de  savoir  et  d'aptitu- 
de. La  Maison,  il  est  vrai,  avait  fait  ses  preuves  avant  que 
la  direction  en  fût  échue  à  Camille.  Celui-ci  pouvait  donc  la 
voir  marcher  sans  être  obligé  de  mettre  la  main   a  la  pâte. 


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HISTOIRE   DE   LA    PUESSE  363 

D*un  iiilre  cote  il  y  avait  k  rimprimerie  deux  ou  trois  typo- 
graphes qui  s*y  succédaient  aussi  de  père  en  fils  et  qui  suffi- 
saient souvent  aux  exigences  des  travaux  et  du  iiialéricl  ;  de 
sorte  qu*en  se  faisant  remplacer  aux  écritures  par  un  nau- 
fragé du  métier,  Camille  menait  la  vie  d'un  patron  de  bonne 
et  agréable  composition. 

r/est  de  ce  délicieux  petit  centre  qu'est  sorti  le  modeste 
Glaneur  dont  il  faut  maintenant  dire  un  mot,  voire  môme 
révéler  le  mystère  de  sa  naissance,  esquisser  les  diverses 
phases  de  son  existence,  dire  les  causes  et  les  consécjuences 
de  son  interruption,  de  son  réveil,  de  son  testament  et  enfin 
de  sa  mort. 

Dans  les  dix  premières  années  qui  suivirent  la  Révolution 
de  1830,  il  y  avait  à  Colmar  un  groupe  remarquable  de  jeu- 
nes hommes,  mécontents  de  la  «  meilleure  des  Républiques  » 
présentée  par  le  général  Lafayette  et  acclamée  par  le  Pays. 
La  vie  locale  a  gardé  le  souvenir  des  principaux  et  cela  nous 
dispense  de  les  nommer.  Mais  il  en  est  deux  qui  appartiennent 
à  cette  notice  :  le  premier  était  Docteur  en  médecine  et  par 
dessus  le  marché  artiste,  dans  le  vrai  sens  du  mot,  ainsi  que 
littérateur  critique  éclairé  et  fort  érudit  ;  le  second  était 
l'afné  des  trois  fils  d'un  pasteur  décédé  prématurément.  Son 
instruction  et  son  éducation  ne  furent  pas  dirigées  vers  la 
théologie,  mais  vers  le  négoce  et  Tindustrie.  Le  premier  s'ap- 
pelait Alexandre  Richart  et  le  second  Chrétien-Frédéric 
Meyer.  L'imprimeur,  Camille  Decker,  qui  était  un  peu  de 
leurs  camarades,  fut  avisé  de  leur  résolution  de  fonder  un 
journal  dont  il  serait  le  propriétaire,  l'éditeur,  l'administra- 
teur et  qu'ils  soutiendraient  de  la  parole  et  de  leui's  plumes 
très  discrètement.  Ceci  se  passait  au  mois  d'août  4836  et 
vers  la  fin  de  ce  mois,  l'on  fut  fort  étonné,  en  ville,  de  rece- 
voir le  prospectus  annonçant  le  journal  qui  paraîtrait  tous 
les  jeudis,  k  dater  du  !«' septembre.  Ce  prospectus  nous  ren- 
seigne exactement  sur  la  situation  de  Colmar,  comparée  a 
celle  des  autres  villes  du  département.  «  Le  Glaneur  —  dit- 
il  —  répond  à  un  besoin  qui  depuis  longtemps  se  fait  sentir 
«  dans  l'arrondissement  de  Colmar.  En  effet,  chacun  des 
«  deux  autres  arrondissements  composant,  avec  le  nôtre,  le 
«  département  du  Ilaut-Rhin,  est  doté  d'une  publication  pé- 


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364  REVUE  d'alsace 

«  riodiqiie  qui  fait  part  à  ses  hahitans  de  nouvelles,  soit 
«  d'intérêt  local,  soit  d'intérêt  général  qu'il  leur  importe  de 
«  connaître.  Belfort  a  son  journal  hebdomadaire.  Mulhouse 
«  puhWe  //Industriel  Alsacien.  La  ville  de  Colmar  seule, 
«  centre  de  l'Administration  supérieure,  ne  possède,  jusqu'à 
«  ce  jour,  qu'une  simple /"cMiY/e  (Vannoncos  et  d'affiches. 

«  Nous  osons  espérer »  —  On  devine   le  reste  et  pour 

terminer  l'auteur,  ou  mieux,  les  auteurs  ajoutent  qu'en 
dehors  de  la  politique,  le  journal  tiendra  ses  lecteurs  au  cou- 
rant des  actes  de  l'administration  qui  seront  de  nature  k  inté- 
resser le  public,  ainsi  qu'un  mélange  d'articles  relatifs  aux 
sciences,  a  la  littérature,  a  l'histoire  a  l'archéologie  et  a  la 
géographie  physique  de  l'Alsace  dont  le  journal  avait  \\  coeur 
de  propager  la  connaissance. 

YaÇ^ premier  numéro  parut  en  effet  le  jeudi  l^^''  septembre 
4836  et  le  rfer/ïî>r  numéro,  le  io  janvier  187i,  abstraction 
faite  de  quelques  convulsions  posthumes  dont  il  sera  question 
ci-après.  Le  Glaneur  a  donc  vécu  trente-quatre  ans  et  quatre 
mois,  imprimé  sur  deux  colonnes,  le  français  d'abord  et  la 
traduction  allemande  en  regard. 

Au  début,  son  format  est  de  trente-trois  centimètres  en 
hauteur  et  de  vingt  en  largeur.  A  partir  du  47  décembre 
4837,  le  format  est  agrandi  :  il  mesure  quarante-quatre  cen- 
timètre en  hauteur  et  vingt-sept  en  largeur.  C'est  à  peu  de 
chose  près  la  dimension  qu'il  conserva  jusqu'à  sa  lin. 

A  partir  du  43  novembre  4836,  le  journal  commença  à  pa- 
raître le  dimanche  au  lieu  du  jeudi.  C'est  aussi  à  cette  pu- 
bUcité  qu'il  demeura  fidèle,  excepté  dans  une  circonstance 
où,  pendant  vingt  jours,  il  se  lit,  de  sa  propre  autorité,  quo- 
tidien pour  défendre,  contre  de  singuliers  opposants,  un  in- 
térêt capital  pour  la  localité  et  qui,  eu  égard  à  la  situation, 
n'est  plus  qu'un  souvenir. 

Une  dernière  particularité  achèvera  le  signalement  matériel 
de  cette  feuille.  A  la  fin  des  quatre  premières  années  le  jour- 
nal était  assuré  non  seulement  de  couvrir  ses  frais,  y  compris 
les  vingt-cinq  pour  cent  de  bénélice  régulier  de  l'imprimeur 
mais  encore  d'assurer  une  indemnité  annuelle  de  six  cents 
francs  pour  la  rédaction  et  de  trois  cents  francs  pour  le  tra- 
ducteur. 


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HISTOIRE   DE   LÀ   PRESSE  365 

Au  début,  ses  ressources  consistaient  dans  le  prix  de 
rahonnement  qui  était  de  six  francs  par  an  pour  Golmar,  de 
sept  francs  cinquante  pour  le  département  et  dans  le  prix  des 
annonces  à  quinze  centimes  la  ligne.  A  partir  du  mois  de 
janvier  1838,  en  raison  de  l'agrandissement  du  format,  ces 
prix  restent  les  mêmes  excepté  l'abonnement  pour  le  dépar- 
tement qui  est  de  huit  francs  cinquante  au  lieu  de  sept  francs 
cinquante. 

Ajoutons  que,  pendant  les  dix  premières  années  au  moins 
de  son  existence,  le  tirage  se  faisait  au  moyen  de  la  primitive 
presse,  (jui  exigeait  ^intervention  de  quatre  bras  vigoureux 
pour  faire  en  un  jour  la  besogne  que  Ton  fait  aujourd'hui  en 
une  heure. 

Et  cependant  le  Glaneur  n*était  pas  un  journal  rétrograde, 
ni  voué  îi  l'immobilité  ;  car,  dès  1838,  il  supprime  la  traduc- 
tion allemande  du  titre  et  la  remplace  en  sous-titre,  par  : 
littérature,  sciences,  industrie,  agriculture  et  annonces  com- 
merciales. Avec  le  concours  gracieux  de  ses  premiers  inspi- 
rateurs, de  quelques  plumes  nouvelles  et  aussi  d'une  bonne 
paire  de  ciseaux,  le  journal  continue  sa  marche,  non  sans 
être  l'objet  de  railleries  de  la  part  de  gens  de  loi  et  de  lettrés 
(le  la  localité  ;  mais,  au  mois  de  juillet  184i,  plusieurs  de  ses 
amis  se  découvrent  pour  faire  face  aux  rieurs  et  dès  ce  mo- 
ment la  petite  feuille  hebdomadaire  a  pour  directeur  et 
rédacteur  en  chef  Chrétien-Frédéric  Meyer,  qui  tourne  le  dos 
aux  affaires  commerciales  pour  se  laisser  entraîner  dans  le 
mouvement  politicjue  d'alors,  dont  il  finira,  comme  tant 
d'autres,  par  élre  victime.  Le  Glaneur  n'étant  pas  un  journal 
politique,  il  l'abandonne  pour  fonder,  avec  le  concours  de 
quehjues  électeurs  censitaires,  le  Courrier  du  Haut-Rhin  en 
vue  des  élections  du  10  juillet  1842,  dont  l'hebdomadaire, 
n'avait  pas  le  droit  de  s'occuper.  C.-F.  Meyer  fut  donc  le 
;^/r//?e>r  rédacteur  en  chef  du  Glaneur, 

Un  professeur  du  collège  municipal,  M  Maimbourg,  fut  le 
second  et  conserva  ce  poste  jusqu'au  l^""  janvier  1847.  Pour 
régler  le  compte  de  cette  période  de  cinq  années,  le  proprié- 
taire du  Glaneur  ne  manque  pas  de  déclarer  que  «  si.  tout 
compte  fait,  ses  lecteurs  devaient  ne  pas  en  avoir  retiré  la 
satisfaction  qu'ils  en  attendaient,  ce  n'était  pas  de  sa  faute.  » 


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360  REVUE  d'alsàce 

En  d'autres  ternies  :  M.  Camille  Decker  n'était  pas  content 
de  son  rédacteur  en  chef  et  celui-ci  ne  Tétait  pas  non  plus  de 
son  patron  ;  cela  se  lit  aisément  entre  les  lignes  d'une  note 
insérée  dans  le  premier  numéro  de  4847.  La  vraie  cause  de 
cette  réciproque  mauvaise  humeur  n'avait  d'ailleurs  rien 
de  grave  :  la  prose  du  professeur  était  devenue  ennuyeuse, 
prétendait  l'imprimeur,  tandis  que  le  professeur  prétendait 
le  contraire.  Au  fond,  le  premier  versait  au  Fouriérisme  qui 
commençait  à  être  de  mode  dans  un  public  de  choix,  auquel 
il  venait  d'être  recommandé  a  Colmar  par  Victor  Considé- 
rant dans  la  «  grande  salle  »  de  l'hôtel  des  Deux-Clefs,  qui 
n'était  pas  ouverte  aux  premiers  venus.  En  voilà  plus  qu'il 
n'en  faut  pour  expliquer  le  divorce  Maimbourg-Decker. 

A  ce  second  rédacteur  en  chef  snccèâe,  pendant  l'année 
1847,  une  série  d'initiales  parmi  lesquelles  nous  remarquons 
celles  de  chefs  de  division  et  d'un  archiviste  de  la  préfecture. 
Mais  l'heure  fatale  a  sonné  et  le  Glaneur  n'est  plus  en  quête 
d'un  rédacteur  en  chef.Ses  colonnes  se  remplissent  des  bruils 
de  la  rue  et  l'exubérante  littérature  patriotique,  résultat 
naturel  des  grandes  émotions  sociales.  C'était  pur  bénéfice 
pour  la  bourse  du  journal  qui  n'avait  plus  de  rédacteur  h 
indemniser  ni,  si  je  ne  me  trompe,  de  traducteur  h  payer  ;  et 
cela  dura  jusqu'en  1851,  époque  h  laquelle  nous  voyons 
apparaître  Phil.  Schmidt,  archUecte,  qui  sera  le  troisième 
rédacteur  en  chef  ùe,  notre  bien  modeste  organe  périodique 
du  chef-lieu  du  Haut-Rhin.  M.  Schmidt  occupa  ce  poste  jus- 
qu'au mois  de  mars  1855. 

A  celui-ci  succédèrent,  par  intervalles  plus  ou  moins  longs, 
trois  plumes  appartenant  à  l'enseignement  primaire.  Ce  sont 
celles  de  MM.  J.  G.  Kitz,  L.  Baur  et  G.  Kern. 

M.  Kitz,  quatrième  rédacteur  en  chef,  remplace  M.  Sch  niidt, 
à  dater  de  Mars  jusqu'en  octobre  1855. 

M.  L.  Baur,  cinquième  rédacteur  en  chef,  est  chargé  de 
ce  service  jusqu'en  mai  1858. 

A  partir  du  23  mai  1858,  M.  George  Kern  entre  en  ligne 
comme  sixième  rédacteur  en  chef  et  y  demeure  jusqu'au  2 
mars  1860.  Son  départ  est  la  cause  fortuite  de  la  publication 
quotidienne  pendant  huit  jours,  d'une  feuille  charmante,  le 
Moniteur  du  concours  régional,  dont  M.  Charles  Goutzwil- 


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HISTOIRK   DE   LA   PRBSSR  367 

1er  a  ébauché  l'hislorique  improvisation  dans  ses  mémoires  : 
A  travers  le  passé. 

Après  M.  Kern  on  voit  réapparaître  M.  J.  G.  Kitz  comme 
septième  rédacteur  en  chef,  poste  qu'il  avait  déjà  occupé 
pendant  quelques  mois  en  1855,  et  qu'il  occupera  jusqu'au  2 
mars  1862. 

Le  huitième  et  dernier  polygraphe  en  chef  du  dit  journal 
est  son  propriétaire  même,  M.  Camille  Decker,  doublé  d'un 
client  de  l'imprimerie  qui  a  donné  son  concours  à  la  condi- 
tion que  l'imprimeur  livrerait  docilement  sa  signature  et  son 
nom  partout  où  la  loi  l'exigeait.  Cet  engagement  moral,  com- 
mencé le  2  mars  1862,  a  pris  fin  le  21  juin  1868. 

Un  fait  qui  parut  alors  fort  étrange,  mais  qui,  au  fond, 
n'est  pas  absolument  contraire  au  tempérament  du  petit 
négoce,  vint  suspendre  pour  quelque  temps  la  publication 
de  la  petite  feuille.  Elle  venait  de  se  concilier  une  influence 
réelle  au  sujet  d'une  enquête  officielle  relative  à  la  percée  des 
Vosges  au  fond  de  la  vallée  de  Munster,  par  le  plateau  des 
chèvres  pour  aboutir  sur  l'autre  versant,  aux  sources  de  la 
Meurthe.  L'enquête  était  close  et,  de  quotidien  qu'il  s'était 
imprimé  durant  la  dite  enquête,  le  journal  avait  à[la  fin  repris, 
avec  empressement,  son  ancienne  périodicité.  Mais  la  dernière 
campagne  électorale  était  ouverte  et  le  candidat  de  l'arron- 
dissement remit,  h  diverses  reprises,  k  M.  Camille  Decker, 
lettre  et  manuscrits  —  en  ce  moment  sous  nos  yeux  —  qui 
qui  avaient  pour  but  de  recommencer  le  combat  et  d'entraî- 
ner le  petit  Glaneur  dans  la  mêlée  politique.  La  résistance 
forn.elle  du  vrai  rédacteur  détermina  le  candidat  h  acheter,  h 
un  beau  prix,  la  feuille  de  choux  de  M.  Decker  et  îi  la  rem- 
placer par  : 

L'Alsagb 
paraissanl  trois  fois  par  semaine  et  rédigée  par  deux  plumes 
en  titre  et  d'autres,  avec  M.  Decker  comme  imprimeur. 

Il  va  de  soi  que  l'opération  ne  fut  pas  agréable  à  tous 
ceux  qu'elle  pouvait  intéresser  moralement.  Celui  dont  C. 
Decker  était  le  porte-voix  fut  de  ce  nombre  et  cette  circons- 
tance fut  la  cause  principale  de  la  résurrection  du  : 

Glaneur  Alsacien 
même  type  que  le  précédent,  avec   cette  différence  qu'il  fut 


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368  REVUE   D* ALSACE 

imprimé  à  Guebwiller,  puis  distribué  a  profusion  à  Colmar 
et  aux  environs.  De  bruyants  battements  de  mains  saluèrent 
ce  revenant  et  dès  le  premier  jour,  le  nombre  de  ses  abonnés 
doubla  le  cbifîre  de  ceux  de  la  veille.  Endormi  le  21  juin 
1868  par  une  pluie  de  douze  mille  francs,  réveillé  le  27  sep- 
tembre suivant,  le  sommeil  avait  ainsi  duré  treize  semaines. 
Il  n*y  avait  donc  rien  de  changé  dans  les  habitudes  d'un 
grand  nombre  de  bons  esprits  désireux  d'avoir  tous  les  di- 
manches le  moyen  de  consulter  la  petite  feuille  purement 
locale. 

De  Colmar  h  Guebwiller,  où  était  Timpriinerie,  la  distance 
n'est  pas  grande,  mais  cette  imprimerie  aurait  mieux  répondu 
aux  convenances  du  journal  si  elle  eut  été  établie  à  Colmar. 
Pressenti  sur  cette  question,  l'imprimeur  ne  repoussa  pas 
ridée,  mais  il  fallait  l'autorisation  ministérielle  pour  opérer 
le  transfert.  Elle  fut  demandée  et  refusée,  malgré  l'assenti- 
ment et  la  recommandation  du  maire  de  Guebwiller,  M.Henri 
Schlumbergcr.  A  l'imprimerie  on  avait  renoncé  à  ce  projet  et 
il  la  préfecture  tout  dormait  dans  la  case  étiquetée  «  saiu 
suite  »  ;  mais,  alors  que  l'on  n'y  pensait  plus,  la  demande  fut 
exhumée  et  transmise  au  ministère,  avec  une  apostille  favo- 
rable, le  jour  môme  oii  une  discussion  animée  dans  le  cabi- 
net   du    préfet,    le    propriétaire  du   Glaneur   rajeuni    eut 
démontré  à  ce  fonctionnaire,  M.  Ponsaud,  que  les  intérêts 
d'un  tiers-parti,  dont  on  ne  tenait  pas  compte,  étaient  à  tort 
sacrifiés  au   monopole   des   deux    imprimeries    existantes. 
L'imprimeur  en  fut  informé  le  jour  môme  et,  quinze  jours 
après,  le  transfert  était  officiellement  autorisé.  Peu  de  temps 
après,  d'autres  avis  étaient  donnés,   d'autres  négociations 
étaient  entamées  pour  acquérir  les  bâtiments  de  l'ancienne 
école  de  Pfeffel  et  y  installer  l'imprimerie   J.-B.    Jung  de 
Guebwiller,  dans  un   quartier  bien   habité  et  exempt  des 
bruits  de  la  rue.  L'opération  avait  cependant  duré  une  année 
car  ce  n'est  que  le  15  août  1869  que  sortit  de  la  nouvelle  im- 
primerie de  Colmar  le  Glaneuf*  alsacien  qui  était  jusqu'alors 
imprimé  à  Guebwiller.  Sept  mois  plus  tard,  en  mars  1870, 
le  journal  VA/sace  qui  avait  remplacé   le    (Uaneur   chez 
Camille  Decker,  prenait  congé  de  celui-ci  et  ses  rédacteurs 
rentraient  dans  les  rangs  d'où  on  les  avait  fait  sortir,  ('e 


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HISTOIRE  DE   LA    PRESSE  3f>9 

journal  d'ocasion  n'avait  en  effet  plus  aucune  raison  d'être, 
car  l'élection  était  Cunsomméc,  le  fils  avait  remplacé  le  père, 
le  gouvernement  avait  plébiscité  et  l'on  sentait  de  toute  part 
que  l'atmosphère  politique  allait  aboutir  h  la  criminelle  et 
lamentable  solution  que  l'on  sait.  Ledit  journal  V Alsace, 
avait  donc  vécu  vingt  mois,  c'est-à-dire  de  juillet  4868  a  la 
lin  de  mars  1870. 

En  restait-il  autant  à  vivre  h  la  satisfaction  du  Glaneur 
alsacien  ?  Hélas  non  !  car  les  morts  vont  vite  quand  la  danse 
macabre  a  commencé  !  On  était  consterné  à  Colmar  le  16 
juillet  au  matin,  si  mes  souvenirs  sont  exacts,  lorsqu'on  fut 
informé  de  la  déclaration  de  guerre  et  nulle  part  —  nous  en 
demeurons  convaincu  —  la  consternation  ne  fut  plus  accen- 
tuée qu'au  secrétariat  de  la  mairie  où  se  trouvait  celui  qui 
écrit  ces  lignes  et  où  arriva  pâle,  et  éraotionné,  le  plus  jeune 
des  deux  adjoints  au  nouveau  maire  de  Colmar. 

«  Hé  bien  la  voilà  déclarée  I  s'écria-t-il.  On  verra  bien!  » 
et  cela  est  dit  sur  un  ton  résolu  en  s'adressant  au  tiers  qui 
Tavait  précédé.  Puis  jugeant,  avec  raison,  que  son  enthou- 
siasme n'était  point  partagé,  il  ajouta  :  «  Pensez-vous  qu'il 
«  n'y  a  que  les  Républicains  pour  savoir  défendre  l'honneur 
«  de  la  France?  »  La  riposte  éclata  alors  en  ces  termes:  «  Je 
«  pense,  monsieur,  que  c'est  une  politique  stupide,  celle  qui 
«  lance  deux  peuples  l'un  contre  l'autre  »,  et  quelques  autres 
mots  sans  portée  mirent  fin  au  choc  et  h  l'entrevue.  C'est  sous 
cette  impression  que  le  rédacteur  du  Glaneu?*  se  retira  pour 
écrire  ce  qui  suit  et  qur'il  intitule  : 

Testament  du  Glaneur 
(17  juillet  1870) 

«  C'en.est  fait  !  la  parole  est  la  Heine  du  monde,  la  force 
«  brutale  représentée  par  le  canon  rayé,  la  mitrailleuse  et  le 
«  chassepot.  Le  dialogue  va  commencer  entre  la  France  et  la 
«  Prusse,  et  il  est  des  âmes  assez  candides  pour  assurer  qu'il 
«  ne  sera  pas  long  et  que  les  interlocuteurs  voisins  ne  seront 
«  pas  entraînés  à  dire  leur  mot.  Puissent-elles  ne  pas  se 
tt  tromper  et  puisse  ne  pas  ôlre  loin  de  nous  le  moment  où 


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370  REVUE  d'alsage 

«  cette  autre  Reine  exilée,  la  Raison  humaine,  rentrera  en 
«  possession  de  ses  droits.   . 

«  Le  Glaneur  était  composé  lorsque  cette  triste  nouvelle 
«  de  la  déclaration  de  guerre  a  été  connue  en  ville.  Que  tout 
«  ce  que  nous  y  laissons  pour  le  remplir  soit  considéré 
«  comme  non  avenu,  car  encore  une  fois,  tout  intérêt  autre 
«  que  celui  du  bulletin  militaire  est  anéanti. 

«  Hier  on  proclamait  k  Rome  Tinfaillibilité,  aujourd'hui 
«  on  y  ouvre  les  portes  du  temple  de  Janus  (1).  C'est  la 
«  morale  des  siècles  et  des  doctrines  fabriquées  parles  Domi- 
«  nateurs  des  peuples.  —  J.  Liblin  ». 

Cette  oraison  funèbre  du  Glaneur  fut  suivie  de  deux  con- 
vulsions pour  ainsi  dire  posthumes.  Au  mois  d'octobre,  après 
la  capitulation  de  Strasbourg  et  quelques  coups  de  feu  en 
passant  pour  occuper  Schlestadt,  on  arriva  à  Colmar  pour 
investir  la  place  et  le  Fort-Mortier  de  Neuf-Brisach.  On  vou- 
lut, au  débotté,  séquestrer  la  personne  du  rédacteur,  mais 
une  dame  honorable,  Madame  Th.  Scheurer,  y  veillait,  et 
grâce  à  elle  il  esquiva  la  main-mi.se  et  arriva  a  Belfort,  pour 
y  rester  jusqu'au  jour  où  il  croisa,  au  village  de  Sévenans 
pour  gagner  la  Suisse,  la  première  colonne  de  l'armée  alle- 
mande arrivée  k  Tinvestissement  de  la  ville  et  du  fort  de 
la  Miotte. 

Revenu  k  Colmar  le  45  novembre,  sur  avis  favorable  de 
son  intimeU,  Gustave- Adolphe  Hirn,  la  publication  du  jour- 
nal, interrompue  depuis  le  23  octobre,  fut  reprise  le  20 
novembre  et  continuée  jusqu'au  15  janvier  4871,  époque  k 
laquelle  le  Rédacteur  fut  saisi  et  escorté  jusqu'à  Strasbourg, 
k  la  prison  de  la  rue  du  Fil  où  il  se  trouva  en  présence  d'un 
compagnon  d'infortune.  M.  Casron,  Directeur  des  contribu- 
tions directes  du  département  du  Haut-Rhin,  qui  l'avait 
précédé  dans  cet  antichambre  de  la  criminalité  politique, 
circonstance  que  la  femme  de  l'ancien  gardien  ne  manquait 
pas  de  souligner  en  montrant  au  nouveau  venu  la  place  et  la 


(1)  Le  prote  ne  connaissait  sans  doute  pas  cette  divinité  ;  mais 
celle  de  Saint-James  lui  était  familière,  et  rimprimc  bravement 
pour  égayer  le  tableau. 


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HfSTOIRB  DE  LA   PRESSE  371 

chaise  sur  laquelle  Louis-Bonaparte  s'était  assis  avant  d'arri- 
ver au  Mont-Saint-Michel. 

La  Première  partie  de  la  notice  due  au  Glaneur  pourrait, 
devrait  même  se  borner  à  ce  qui  précède  ;  mais,  eu  égard  à 
la  séquestration  de  son  rédacteur  et  à  celle  de  son  compagnon 
d'infortune  nommé  plus  haut,  il  convient  de  dire  les  causes 
et  les  suites  de  ces  coups  de  force  isolés  contre  les  personnes. 

M.  Casron  se  trouvait  dans  la  situation  d'un  chef  de  service 
inébranlable  dans  l'accomplissement  du  devoir  envers  la 
Patrie.  Il  fut  arrêté  le  14  décembre  1870  pour  avoir  refusé  de 
remettre  son  service  à  l'envahisseur  qui,  après  avoir  fait 
garder  la  direction  et  le  directeur  pendant  un  certain  temps 
par  des  factionnaires,  avait  inutilement  proposé  au  captif  de 
continuer  son  service  pour  le  compte  de  l'Allemagne  et  au 
traitement  de  10,000  thalers  par  an.  La  thèse  du  devoir 
accompli  par  le  chef  d'un  important  service  français  fut 
vigoureusement  soutenue  devant  le  conseil  de  guerre  alle- 
mand et  celui-ci,  se  plaçant  au  dessus  de  la  thèse  «  vain- 
queurs et  vaincus  »,  comprit  qu'il  ne  devait  pas  condamner 
sur  la  rive  gauche  le  fait  qu'il  aurait  honoré  sur  la  rive  droite 
du  Rhin.  M.  Casron  fut  donc  acquitté  de  ce  chef  et  il  allait 
prendre  le  chemin  d'un  pays  neutre,  lorsqu'il  fut  de  nouveau 
saisi  et  réintégré  dans  sa  prison  sous  l'accusation  d'avoir, 
avant  sa  première  arrestation,  détourné  ou  détruit  les  docu- 
ments pouvant  servir  à  percevoir  les  impôts  des  années 
1870-1871. 

L'accusation  reposait  sur  un  fait  sérieux  et  précis.  Mais  si 
les  documents  utiles  k  la  perception  de  l'impôt  avaient  en  effet 
disparu,  rien  ne  prouvait  que  ce  ne  fut  point  par  le  fait  des 
agents  allemands  qui,  dès  la  première  arrestation  du  chef  de 
service  français,  avaient  transporté  les  papiers  et  le  matériel 
de  la  direction  dans  un  bâtiment  de  l'État  français  et  dans 
lequel  un  régiment  allemand  était  caserne.  Or,  une 
attestation  du  maire  de  Colmar  vint  affirmer  que  durant 
les  jours  froids  de  décembre  et  janvier  1870-71,  ladite 
garnison  avait  constamment  abusé  des  papiers  publics 
pour  se  chauffer.  Cette  attestation  tira  l'épine  menaçante 
que  le  chef  de  service  français  avait  dans  le  pied  et  quel- 
ques jours  après  il  était  remis  en  liberté   avec  un   pas- 


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372  REVUE  d' ALSACE 

seport  lui  interdisant  le  séjour  en  Alsace-Lorraine,  son  pays 
natal.  Revenu  en  France  après  le  traité  de  paix,  le  service  du 
département  de  la  Loire  lui  fut  attribué  avec  Saint-Étienne 
pour  résidence,  mais  dont  l'atmosphère  enfumée  était  peu  favo- 
rable à  la  santé  ébranlée  du  prisonnier  de  guerre.  Il  ne  tarda*^ 
pas  à  être  appelé  a  la  direction  de  Seine-et-Marne  jusqu'à 
l'heure  de  la  retraite,  k  Melun,  où  il  s'est  créé  un  confortable 
chez-soi  et  où,  à  l'âge  de  quatre-vingt-six,  ans  il  n'a  rien 
oublié  et  garde  un  souvenir  affectionné  pour  le  chef-lieu  du 
Haut-Rhin. 

L'esquisse  historique  de  la  Première  partie  du  Glaneur  de 
Colmar  sera  terminée  lorsque  nous  aurons  ajouté  que  son 
dernier  propriétaire  et  rédacteur  en  chef  fut  condamné,  par  le 
conseil  de  guerre  allemand,  k  deux  années  de  forteresse  et 
transféré  k  la  citadelle  d'Ober-Wesel,  pour  avoir  publié, 
—  avec  sa  traduction  allemande  et  k  un  grand  nombre 
d'exemplaires  qui  se  répandirent  dans  toute  TAlsace-Lorraine, 
le  Palatinat  et  le  pays  de  Bade  —  une  lettre  du  pasteur  Del- 
mas  de  La  Rochelle,  implorant  la  paix  dans  des  termes  et  sur 
un  ton  correspondant,  il  est  vrai,  k  l'émotion  générale  du 
moment.  Dans  son  réquisitoire  au  conseil  de  guerre,  le  minis- 
tère public  ne  manqua  pas  d'insister  fortement  sur  cette  cir- 
constance, que  le  supplément  du  journal  avait  été  la  cause 
de  cent  quatre  cas  de  répression  contre  de  nombreux  adhé- 
rents k  la  lettre  du  pasteur,  parmi  lesquels  beaucoup  de 
bourgmestres  du  Palatinat. 

Dans  la  citadelle  d'Ober-Wésel,  le  Glaneur  fut  en  assez 
nombreuse  société  de  Français  et  d'Allemands,  condamnés 
par  les  conseil  de  guerre  de  Tinvasiçn.  Au  nombre  des 
premiers  se  trouvaient  M.  Commaux,  commandant  d'artil- 
lerie et  dernier  défenseur  de  la  place  de  Verdun  ;  M. 
Tordeux,  commandant  d'État-major  et  blessé  d'Inkermann  ; 
les  sous-lieutenants  Bernelle  et  Chamand  des  Grenadiers 
de  la  Garde-Impériale,  et  le  lieutenant  Marai  du  6«  lanciers. 
Non  moins  nombreux  étaient  les  condamnés  Allemands. 
C'étaient  :  le  Hauptmann,  Majer  de  Gœttingue  ;  les  lieu- 
tenants Weinhagen  du  régiment  de  Wetsphalie  n®  13  ; 
von  IJertzberg  de  Berlin  ;  Hechelmann  de  Munster  ;  George 
Pavel  de  Silésie  et  le  sous-officier  Thomaie  de  Dusseldorf. 


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HISTOIRE   DE   LA   PRESSE  373 

L'occasion  se  présentera  de  parler  assez  longuement  des 
deux  groupes  de  prisonniers  de  guerre  dont  nous  devons 
aujourd'hui  nous  borner  h  la  simple  nomenclature  pour 
clore  \SL  première  parie  de  la  notice  due  k  un  bien  modeste 
journal  du  Haut-Rhin. 

Dans  la  deuxième  partie,  on  essayera  de  dire  la  part  qu'il 
prit,  pendant  les  dernières  années  de  son  existence,  aux 
choses  et  aux  intérêts  de  la  vie  locale. 

Quelques  notes  conservées  dans  un  coin,  beaucoup  de 
souvenirs  réfugiés  dans  divers  compartiments  de  la  mémoire 
et  rinépuisable  obligeance  du  bibliothécaire  de  la  ville  de 
Colmar,  M.  A.  Waltz,  nous  ont  permis  de  tracer  ce  croquis 
d'un  infime  périodique  du  chef-lieu  et  nous  aideront  lien  racon- 
ter la  seconde  partie,  sans  autre  préoccupation  que  d'écrire 
une  ligne  de  l'histoire  contemporaine  de  la  Ilaute-Alsace. 

J.    LiBMN. 


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SIEGE  ET  PRISE  DE  FAUCOGNEY 


PAR   LES 


FRANÇAIS     EN     1674 


Le  P.  Charles-Eugène  Schmidl,  capucin  alsacien 


PROLOGUE 

Le  siège  de  la  petite  ville  de  Faucogney  est  célèbre  dans  les 
annales  de  la  Franche-Comté.  C'est  là  qu'eut  lieu  efîectivement, 
en  1674,  la  dernière  résistance  k  la  conquête  française.  Elle  fut 
si  vive  et  si  héroïque  que  le  souvenir  s'en  est  conservé  tout 
entier  jusqu'à  ce  jour  dans  toute  la  contrée. 

Que  Besançon,  forteresse  de  premier  ordre,  capitale  de  la 
province,  se  soit  alors  vigoureusement  défendu,  cela  se  com- 
prend, mais  qu'une  bicoque,  perdue  dans  les  montagnes  des 
Vosges,  comme  l'est  Faucogney,  ait  opposé  aux  Français, 
une  résistance  opiniâtre,  désespérée,  alors  que  cette  place 
n'avaitaucun  espoird'ètre  secourue  à  temps,  cela  se  comprend 
moins.  La  lutte  était  d'autant  plus  inégale  que  les  assiégants 
étaient  munis  d'une  bonne  artillerie,  tandis  que  les  assiégés 
ne  pouvaient  compter  que  sur  leurs  mousquets. 

Partout  où  Ton  voit  une  place,  petite  ou  grande,  s'illustrer 
par  une  belle  et  vigoureuse  défense,  on  peut  être  certain 
qu'il  y  avait  là  une  de  ces  natures  d'élite,  qui  savent  exciter 
la  valeur  et  l'enthousiasme  des  défenseurs  et  les  transfor- 
mer en  quelque  sorte  en  héros.  C'est  exactement  ce  qui  se 
produisit  alors  à  Faucogney,  mais  l'àme  de  la  défense  ne  fut 
pas,  comme  on  pourrait  le  supposer,  le  gouverneur  de  la 
place,  ni  même  les  valeureux  capitaines  francs-comtois  qui. 


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SIÀGB  ET   PRISE   DE   FAUGOGNBT  375 

après  avoir  lutté  en  rase  campagne  contre  les  envahisseurs, 
étaient  venus,  en  désespoir  de  cause,  se  renfermer  dans  Fau- 
cogney,  pour  en  prolonger  la  défense. 

L'àme  de  la  résistance  était,  chose  assez  curieuse,  un  capu- 
cin alsacien,  le  P.  Charles-Eugène  Schmidt.  Ce  n'était  pas 
toutefois  un  précurseur  des  moines  espagnols  des  guerres  de 
Tempire,  un  fanatique  8*armant  d'un  crucifix  pour  conduire 
des  enthousiastes  au  combat.  C'était  mieux,  c'était  un  homme 
du  métier,  un  ancien  lieutenant-colonel  qui,  dégoûté  du  monde, 
avait  brisé  son  épée  et  échangé  son  brillant  uniforme  contre 
la  robe  de  bure  des  capucins. 

Mais  le  vieil  homme  avait  bientôt  reparu  et  l'humeur 
batailleuse  du  vieux  guerrier  ne  demandait  qu'à  se  faire 
jour.  Poussé,  dans  cette  mémorable  campagne  de  1674,  pen- 
dant laquelle  Louis  XIV  s'empara  de  la  Franche-Comté,  ce 
roi  n'eut-il  pas  de  plus  bouillant  ni  de  plus  actif  adversaire 
que  lui.  Le  capucin  Schmidt  fut  pour  lui  et  pour  toute 
l'armée  française,  un  ennemi  acharné  et  implacable.  Cette 
figure  si  originale  est  entrée  peut-être  un  peu  trop  dans  l'om- 
bre jusqu'à  ce  jour;  elle  est  trop  curieuse  pour  que  nous  ne 
nous  y  arrêtions  pas  un  instant  pour  en  dessiner  les  princi- 
paux traits. 

Charles-Engène  Schmidt  était  un  alsacien  du  comté  de 
Ferrette.  Né  dans  une  famille  aisée  et  catholique  on  lui  fit 
donner  une  bonne  éducation.  Il  fit  ses  études  à  Colmar  et  à 
Strasbourg,  et  ses  parents  le  poussaient  à  entrer  dans  les 
ordres.  Il  avait,  du  reste,  un  oncle  chanoine  qui,  désirant  plus 
tard  lui  céder  son  bénéfice,  l'encourageait  dans  cette  voie. 

Mais  sur  la  fin  de  ses  études,  ses  goûts,  plus  mondains  que 
religieux,  lui  valurent  quelques  aventures  à  la  suite  desquel- 
les il  jeta  le  froc  aux  oiiies,  et  endossa  la  casaque  militaire, 
en  entrant  au  service  de  l'Autriche  dont  relevait  alors  le 
comté  de  Ferrette.  Par  ses  talents  et  sa  bouillant'»  valeur  il 
se  signala  bientôt  entre  tous,  et  surtout  contre  les  lurcs;  il  y 
gagna  bien  vite  ses  épaulettes.  A  la  bataille  de  Saint-Gothard, 
en  i664,  il  contribua  puissamment  au  succès  de  la  journée 
par  la  bonne  direction  qu'il  imprima  aux  batteries  d'artillerie 
dont  il  avait  le  commandement. 


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376  REVUE  d'alsagb 

Mais  le  lieutenant-colonel  Schmidt  avait  eu  un  lort  considé- 
rable, celui  d'être  né  plébéien  et,  malgré  tous  ses  efforts,  il  ne 
pouvait  le  faire  oublier.  Il  finit  par  le  comprendre  ;  alors, 
dégoûté  du  service  de  l'Empire  et  voyant  la  Hollande  menacée 
par  la  France,  faisant  appel  h  des  défenseurs,  il  quitta  le 
service  de  TAutriche  et  passa  k  celui  de  la  République.  Il  y  fut 
parfaitement  accueilli  et  on  lui  donna  le  commandement  d'un 
régiment  de  cavalerie,  avec  mission  de  défendre,  contre  l'ar- 
mée française,  le  passage  du  Rhin. 

On  connait  cette  opération  ;  dès  que  ses  cavaliers  virent  les 
Français  entrer  dans  le  fleuve,  qu'ils  ne  croyaient  pas  guéa- 
ble,  leur  crainte  devint  si  puissante  que  lorsque  le  colonel 
Schmidt  ordonna  la  charge,  en  se  précipitant  lui-même  sur 
l'ennemi,  il  ne  fut  suivi  que  par  quelques  hommes  ;  le  reste 
avait  pris  la  fuite.  C'est  h  ce  moment  que  le  prince  de  Condé 
eut  un  bras  cassé  par  une  balle  et  l'on  attribua  cette  blessure 
à  notre  capucin. 

Mais  au  lieu  de  le  récompenser  de  sa  bravoure,  on  lui 
imputa  k  faute  la  fuite  de  ses  soldats.  Du  reste,  le  danger  de 
la  République  était  passé,  on  lui  retira  en  conséquence  son 
commandement.  C'est  alors  que  rebuté,  découragé,  il  jeta  au 
loin  sa  cuirasse  et  revêtit  la  robe  de  bure  des  capucins.  Mais 
ce  qui  était  resté  de  plus  vivace  en  lui,  c'était  sa  haine  contre 
tout  ce  qui  portait  le  nom  de  Français,  haine  dont  il  allait 
bientôt  nous  donner  des  preuves. 

A  l'époque  de  Tinvasion  française  en  Franche-Comté,  nous 
trouvons  le  P.  Schmidt  au  couvent  de  Vesoul,  en  mars  1674. 
Sa  compétence  dans  les  opérations  militaires  était  tellement 
connue  que  les  magistrats  de  cette  ville  le  convoquèrent  au 
conseil  de  guerre  tenu  k  l'approche  des  Français.  La  position 
de  la  place  était  excessivement  critique,  il  n'y  avait  pas  de 
troupes  régulières  et  les  murailles  étaient  en  si  mauvais  état, 
qu'au  moment  même  où  un  trompette  venait  sommer  la 
ville,  un  pan  de  mur  s'écroula  «  par  pure  caducité  »  en 
ouvrant  une  brèche  de  vingt  toises. 

Le  P.  Schmidt  se  montra  le  plus  ardent  promoteur  du 
parti  de  la  défense  h  outrance.  Lorsqu'on  lui  objecta  la  mal- 
encontreuse brèche,  qui  préparait  un  passage  tout  fait  aux 
assiéganls,  il  répondit  que  l'attaque  n'aurait  pas  lieu  de  ce 


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SIÂGE  BT   PRISE  DB  PACGOGNBT  377 

côté,  protégé  qu'il  était  par  une  prairie  marécageuse.  Il 
ajouta  que,  du  reste,  pour  donner  le  change  aux  ennemis, 
on  pourrait  facilement  dissimuler  cette  ouverture  au  moyen 
de  toiles  ou  de  peintures  représentant  la  muraille.  Tout  sin- 
gulier que  ce  système  peut  paraître,  il  rallia  la  majorité,  il  fut 
donc  décidé  qu'on  se  défendrait. 

Mais  lorsque  les  membres  du  conseil  ne  furent  plus  sous 
riniluence  des  paroles  véhémentes  du  P.  Schmidt,  ils  se  pri- 
rent à  réfléchir*  Alors  un  sieur  Labbé,  chefdu  parti  de  la  sou- 
mission, gendre  d'un  conseiller  au  Parlement  «et  beau  diseur», 
démontra  si  bien  l'inutilité  de  la  défense  que  la  capitulation 
fut  signée  le  soir  môme  (4  mars).  Notre  capucin,  voyant  que 
ses  conseils  étaient  inutiles  pour  la  défense  du  bailliage 
d'Amont  et  ne  voulant  pas  tomber  aux  mains  des  Français, 
se  hâta  de  quitter  Vesoul.  Il  dirigea  ses  pas  sur  Besançon  qui 
était  alors  fort  menacé,  où  il  prévoyait  qu'on  aurait  besoin 
de  ses  services  et  il  y  fut  bien  accueilli  par  la  municipalité. 

Les  Bisontins  voyant  venir  la  tempête,  prenaient  h  ce 
moment  toutes  les  mesures  pour  se  garantir  et  pour  rendre 
leur  défense  aussi  longue  que  possible  et  cette  fois  leur  devise 
Deo  et  Cœsari  fidèles  perpetuo  n'allait  pas  être  un  vain 
mot.  Dans  cette  occasion,  le  courage  et  surtout  l'expérience 
de  l'ancien  colonel  d'artillerie  allait  leur  être  d'un  puissant 
secours,  car,  malgré  leur  bon  vouloir  et  leur  bravoure  incon- 
testable, les  miliciens  chargés  du  service  des  canons  de  la 
place  étaient  loin  de  réunir  les  connaissances  spéciales  que 
demande  la  bonne  direction  des  pièces  de  siège.  Les  vigne- 
rons de  Baltrans  ou  d'Arènes  s'entendaient  mieux  à  se  servir 
de  la  serpette  que  de  l'écouvillon. 

Le  P.  Charles-Eugène,  qui  avait  reconnu  dès  le  premier 
jour  le  côté  faibl«î  des  Bisontins,  s'appliqua  à  le  corriger  du 
mieux  qu'il  lui  fut  possible.  Son  habileté  dans  le  grana  arl  de 
la  guerre  et  la  bonne  direction  qu'il  sut  imprimer  à  la  défense 
en  eut  bientôt  fait  le  plus  terrible  ennemi  des  assiégeants.  Il 
laissa  volontiers  l'archevêque  et  les  chanoines  monter  la 
garde  devant  l'hôtel  de  ville  et  prit  pour  lui  la  partie  la  plus 
difficile,  mais  la  plus  glorieuse,  qui  était  la  direction  de  l'ar- 
tillerie et  du  génie,  et  c'est  à  lui  que  reviennent  les  honneurs 
principaux  de  la  défense. 


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378  REVUE  d'alsagb 

Le  P.  Schmidt  prit  pour  son  premier  lieutenant  un  autre 
capucin,  le  P.  Gillet,  qui  était  aussi  un  ancien  artilleur  et  en 
peu  de  jours,  la  pratique  aidant,  ils  apprirent  à  leurs  mili- 
ciens les  éléments  les  plus  indispensables  du  métier.  C'est  le 
P.  Gillet  qui  tira  sur  le  groupe  où  se  trouvait  Louis  XIV,  le 
coup  de  canon  fameux  qui  l'éclaboussa  et  lui  montra  le 
danger  qu'il  courait  sur  la  butte  de  Ghaudanne.  C'est  lui 
encore  qui  dirigeait  le  feu  des  batteries  élevées  par  le  P. 
Scbmidt,  qui  firent  tant  de  mal  aux  Français  pendant  le 
siège. 

Se  voyant  dans  l'impossibilité  de  répondre  avec  succès  aux 
batteries  de  Ghaudanne  et  de  Brégilie  que  foudroyaient  la  cita- 
delle, le  P.  Schmidt  en  établit  d'autres  sur  le  versant  de  la 
montagne  qui  coulèrent  k  fond  la  flotille  de  bateaux  destinée 
h  traverser  le  Doubs.  Par  ce  moyen  il  fit  échouer  la  première 
attaque  de  Vauban. 

Lorsque  sous  l'efTort  des  boulets  français,  la  muraille  d'en- 
ceinte qui  bordait  le  Doubs  se  fut  écroulée,  les  assiégeants, 
qui  se  croyaient  déjh  maîtres  de  la  ville,  furent  vivement  sur- 
pris d'apercevoir  une  seconde  enceinte  en  terre,  élevée 
derrière  celle  qu'ils  venaient  d'abattre.  C'était  le  P.  Charles- 
Eugène  qui  avait  fait  élever  cet  ouvrage  en  deux  jours  et  le 
plan  en  était  tellement  bien  conçu  que  Vauban  le  mit  a  profit 
lorsqu'il  fut  chargé  de  fortifier  à  nouveau  la  ville  devenue 
française. 

Néanmoins,  malgré  la  valeur  et  l'habileté  des  assiégés,  le 
siège  avançait  rapidement  et  l'on  prévoyait  déjà  que  si  l'on 
n'était  secouru  promptement,  on  ne  pourrait  résister  bien 
longtemps  k  la  supériorité  des  assaillants.  Tandis  que  deux 
capucins  parvenaient  k  sortir  de  la  place  pour  aller  presser 
le  gouverneur  de  la  province,  un  noble  espagnol  du  nom  de 
dom  Gonzalès  d'Alveyda,  de  venir  au  secours  de  la  ville 
assiégée,  ce  qu'il  se  garda  bien  de  faire,  le  P.  Schmidt 
préparait  une  cruelle  surprise  aux  Français  pour  le  moment 
de  l'assaut  définitif. 

Au  moment  où  il  vit  que  la  brèche  était  praticable  et  que 
l'attaque  était  imminente,  il  fit  charger  k  mitraille  deux 
pièces  d'artillerie  qu'il  plaça  de  manière  k  battre  de  front  les 
colonnes  se  portant  k  l'assaut.  Celles-ci,  mitraillées  presque  k 


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SIÀGE  BT   PRISE  DE  FAUGOGNKT  379 

bout  portant,  furent  obligées  de  s'arrêter,  puis  de  battre  en 
retraite  en  perdant  beaucoup  de  monde.  Ce  ne  fut  qu'au  bout 
de  deux  heures,  et  après  avoir  perdu  un  millier  d'hommes, 
que  Touvrage  attaqué  put  être  enlevé.  Cette  manœuvre,  due 
au  P.  Schmidt,  lui  ut  grand  honneur  et  passe  encore  aux 
yeux  des  stratégistes  pour  un  des  faits  les  plus  remarquables 
qui  se  fussent  produits  jusqu'alors  dans  l'art  des  sièges. 

Après  Tenlèvement  de  la  demi-lune  d'Arènes,  la  résistance 
n'était  plus  possible  ;  il  fallut  alors  songer  à  capituler, 
c'est  ce  qui  eut  lieu  le  15  mai  i674.  Louis  XIV  aurait  bien 
voulu  en  excepter  le  P.  Schmidt,  comme  n'appartenant  pas 
k  la  province,  mais  l'archevêque,  qui  était  parmi  les  négo- 
ciateurs, avait  eu  le  soin  de  faire  insérer  dans  la  capitulation 
un  article  spécial  relatif  au  clergé.  Cet  article  portait  en  subs- 
tance, que  «  l'archevêque  et  le  reste  du  clergé,  jouiraient  de 
leurs  immunités  et  privilèges,  sans  pouvoir  y  être  troublés 
sous  quelque  prét3xte  que  ce  puisse  être  ». 

Toutefois  notre  capucin  n'avait  pas  capitulé,  lui  ;  il  s'es- 
quiva bientôt  de  Besançon  où  il  n'avait  plus  rien  à  faire  et 
alla  ailleurs  chercher  des  ennemis  au  grand  monarque.  Il  se 
dirigea  sur  Luxeuil,  mais  il  reconnut  bientôt  que  la  résis- 
tance n'était  pas  possible  d'une  manière  sérieuse.  C'est  alors 
qu'il  se  rendit  h  Faucogney,  petite  ville  éloignée  du  centre  des 
opérations  françaises  et  dont  jusqu'alors  on  ne  semblait  pas 
avoir  prévu  la  résistance.  Mais  les  généraux  français  avaient 
compté  sans  l'humeur  belliqueuse  des  populations  de  la  vallée 
du  fireuchin  et  surtout  sans  le  P.  Schmidt.  Il  fut  donc  bien 
reçu  dans  cette  place  dont  il  exalta  par  ses  discours  virulenls, 
la  fibre  patriotique.  C'est  lii,  dans  un  milieu  façonné  de  sa 
main,  que  nous  allons  le  retrouver. 


LE  SIEGE  DE  FAUCOGNEY 


Au  moment  où  commence  notre  récit,  l'année  1674  appa- 
raît h  l'horizon  qui  se  trouve  singulièrement  rembruni  et  qui 
annonce  une  année  terrible  pour  la  Franche-Comté.  L'Espa- 


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380  RBVUB  d'alsagb 

gne  vient  de  s*allier  à  rAngleterre,  h  TAllemagne,  k  la  Hol- 
lande et  vient  de  déclarer  la  guerre  k  la  France. 

Or,  le  roi  de  France,  qui  convoitait  noire  province,  qu'il 
avait  déjk  conquise  en  4658,  s'appelait  alors  Louis  XIV  ; 
c'était  le  grand  Uoi.  11  avait  pour  ministre  de  la  guerre  Lou  vois, 
pour  généraux,  Turenne  et  (]ondé,  etVauban  pour  ingénieur. 
A  la  tète  de  l'Espagne  se  trouvait  alors  un  enfant  de  cinq 
ans,  chétif£t  malingre,  Charles  II,  qui  ne  put  jamais  deve- 
nir homme  et  mourut  sans  postérité.  Ses  généraux  étaient 
Vaudemont  et  Charles  d'Esté  et  le  gouverneur  de  la  Franche- 
Comté  était  un  gentilhomme  castillan,  Dom  Francisco  Gon- 
zalès  d'Alveyda,  distingué  surtout  par  sa  rapacité  et  son  ava- 
rice. Il  ne  saura,  pendant  tous  ces  jours  de  malheur,  que  se 
réfugier  dans  la  forteresse  de  Joux,  puis  s'enfub  en  Suisse, 
pour  y  mettre  en  sûreté  son  coffre-fort. 

Une  lutte  engagée  dans  de  semblables  conditions  ne  pou- 
vait être  douteuse.  Du  reste  les  exigences  et  les  maladresses 
de  la  cour  d'Espagne,  jointes  îi  ses  défiances  et  k  ses  inexpli- 
cables rigueurs,  avaient  révolté  la  noblesse  qui  s'était  tournée 
du  côté  de  la  France.  Paris  attirait  tous  les  regards,  excitait  tou- 
tes les  convoitises;  ce  n'était  pas  en  vain  que  Louis  XIV  portait 
un  soleil  dans  ses  armes  Pour  les  Walteville,  les  Bauffre- 
mont,  les  Listenois,  les  Marmier,  c'était  le  soleil  levant,  c'était 
lui  qu'il  fallait  saluer  et  la  haute  bourgeoisie  n'était  pas  éloi- 
gnée d'adopter  cet  avis.  Seul,  le  peuple  conservait  son  énergie 
et  nous  verrons  des  paysans  héroïques  qui,  avant  de  mourir, 
boiront  encore  k  la  santé  du  roi  d'Espagne,  leur  souverain 
légitime,  bien  qu'il  les  eut  abandonnés. 

Dans  les  derniers  jours  de  janvier,  le  due  de  Navailles 
recevait  l'ordre  d'envahir  la  Franche-Comté.  En  consé- 
quence, il  franchit  la  Saône  k  Pontarlier,  puis  l'Ognon  près 
de  Pesmes,  qu'il  assiégea  et  qui  se  rendit  au  cinquième  coup 
de  canon.  Il  se  porta  ensuite  sur  Marnay,  qui  ne  résista  pas 
davantage.  Navailles  concentra  alois  ses  troupes  pour  s'em- 
parer de  Gray  dont  les  fortifications  avaient  été  en  grande 
partie  détruites  en  1668  par  les  Français,  et  n'avaient  pas 
été  réparées  depuis;  c'était  k  tel  point  que  «  de  tous  côtés  on 
pouvait  y  pénétrer  k  cheval  ».  Cette  place  tint  cependant 


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SIÈGE  ET  PfilSB  DE   FAUC06NBT  381 

encorecinq  jours  (23-28  février)  et  obtint  une  capitulation 
honorable. 

Après  la  prise  de  Gray,  Navailles  divisa  son  corps  d'armée 
en  deux  parties  dont  Tune  alla,  sous  les  ordres  du  comte 
d*Appreraont,  assiéger  les  villes  du  bailliage  d'Aval,  tandis 
que  Tautre,  commandée  par  M.  de  la  Feuillée  et  le  marquis  de 
Listenois,  marcha  sur  Vesoul  dont  nous  connaissons  la  capi- 
tulation. Du  reste,  la  place  était  si  peu  défendable,  que  le 
gouverneur  Alveyda  en  avait  fait  sortir  le  peu  de  troupes 
régulières  qui  s'y  trouvaient  et  les  avait  dirigées  sur 
Besançon. 

Tout  rintérèt  de  la  campagne  se  reportait  sur  cette  place 
forte,  naguère  encore  ville  impériale,  mais  alors  capitale  de 
la  Franche-Comté,  dont  le  Roi  en  personne  avait  tenu  h  faire 
le  siège.  Il  y  vint  avec  son  cousin  le  prince  de  Condé  et  son 
meilleur  ingénieur  Vauban,  et  cette  ville  fut  si  vive- 
ment attaquée  qu'elle  ne  put  tenir  que  vingt  jours  (25 
avril-i5  mai).  La  citadelle  où  s'était  réfugié  le  gouverneur, 
prince  de  Vaudemont,  ne  put  résister  que  sept  jours  de  plus, 
les  français  y  entrèrent  le  22  mai  1674. 

Dôle,  attaqué  le  26  mai,  tint  jusqu'au  16  juin.  Alors,  Louis 
XIV,  voyant  que  la  conquête  du  reste  de  la  province  n'était 
plus  qu'une  question  de  temps,  partit  pour  Versailles.  Leduc 
de  la  Feuillade,  chargé  du  commandement  en  chef,  alla  for- 
mer le  siège  d'Arbois,  qui  capitula  le  10  juin.  Salins,  dont 
les  fortifications  avaient  été  mises  en  état,  se  défendit  vigou- 
reusement pendant  dix-sept  jours,  et  les  assiégeants  laissè- 
rent un  millier  de  morts  au  pied  de  ses  murailles. 

Baume  et  Pontarlier  avaient  été  occupés  sans  coup  férir, 
mais  Ornans,  protégé  par  la  forteresee  de  Sainte-Anne, 
n'avait  ouvert  ses  portes  que  lorsque  Vauban  eut  élevé  k  la 
hauteur  de  ses  murailles  une  plate-forme  pour  y  mettre  en 
batterie  son  arlillerie. 

Le  château  de  Joux,  situé  au  milieu  des  montagnes  du 
Jura,  près  de  Pontarlier,  était  muni  de  tout  ce  qu'il  fallait 
pour  faire  une  belle  défense  et  l'on  y  comptait  d'autant  plus 
que  le  gouverneur  de  la  province,  pour  le  roi  d'Espagne,  s'y 
était  réfugié.  Mais  ce  fut  précisément  la  cause  de  sa  perte, 


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382  REVUE  d'alsacb 

car  dom  Francisco  Gonzalos  d'Alveyda  ne  s'occupait  qu«  de 
la  caisse  militaire.  Aussi,  dès  qu'il  eut  avis  de  l'arrivée  des 
Français,  il  prit  bravement  la  fuite  et  gagna  la  Suisse  qui 
était  a  deux  pas.  Ce  que  voyant  la  garnison,  elle  ne  voulut 
pas  être  plus  vaillante  que  son  chef  et  elle  se  rendit  à  la  pre- 
mière sommation. 

Pour  en  finir  avec  la  Franche-Comté,  il  ne  restait  aux 
Français  qu'à  prendre  Luxeuil,  Lure  et  Faucogney.  Cette 
tâche  échut  au  maréchal  de  camp,  marquis  de  Resnel,  auquel 
on  donna  les  régiments  de  Champagne  et  de  Navarre,  avec 
une  partie  de  la  maison  du  Roi.  Il  partit  d3  Besançon  avec 
deux  pièces  de  canon,  l'une  de  16  et  l'autre  de  24  ;  il  passa 
par  Vesoul  oii  il  compléta  son  infanterie,  et  se  dirigea  sur 
Luxeuil.  Cette  place  était  incapable  de  résister  k  une  attaque 
et  l'inspecteur  des  fortifications,  le  baron  de  Saint-Mauzis- 
Chàtenois  disait  dans  son  rapport  :  «  Nous  plaignons  le  mal- 
heur des  sieurs  bourgeois  de  Luxeuil,  de  ne  pouvoir  faire 
grande  résistance  et  nous  déclarons  que  l'intention  de  sa 
Majesté  n'est  point  qu'ils  s'exposent  au  delk  de  leurs 
forces  ». 

Dans  ces  conditions,  Luxeuil  ne  pouvait  faire  que  de  se 
rendre  et  c'est  ce  qu'il  fit  aussitôt  investi.  De  Luxeuil,  les 
Français  se  portèrent  sur  Lure  où  se  trouvaient  cinq  compa- 
gnies d'infanterie,  un  major  et  dix-huit  cavaliers  du  régi- 
ment de  Massiette,  alors  au  service  de  la  province.  Cette 
petite  garnison  ne  voulut  pas  rendre  la  place  sans  l'avoir 
préalablement  défendue.  En  conséquence,  elle  s'apprêta  k  bien 
recevoir  les  assaillants. 

Ceux-ci  débouchèrent  devant  la  place  le  1  juillet  et  l'inves- 
tirent immédiatement.  Dès  que  les  défenseurs  se  furent  rendu 
compte  des  forces  qu'ils  avaient  devant  eux,  ils  eurent  bien 
vite  reconnu  qu'ils  ne  pouvaient  défendre  la  ville  tout  entière 
et  qu'ils  devaient  se  borner  k  la  garde  de  l'abbaye  qui, 
entourée  d'un  marais,  permettrait  de  tenir  sans  trop  de 
désavantage. 

Les  Français  mirent  immédiatement  leurs  deux  pièces  en 
batterie  pour  battre  en  brèche  la  muraille.  L'attaque  dura 
six  heures  pendant  lesquelles  on  tira  soixante  volées  qui  fini- 


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SIÈGB   ET   PBISB  DE  FAUC06NET  383 

rent  par  trouer  les  murs  de  Tabbaye,  tout  étonnés  de  voir  le 
tumulte  des  camps  succéder  au  silence  des  cloîtres.  La  brècbe 
étant  ouverte  et  les  assiégés  n'ayant  aucun  espoir  d'être 
secourus,  demandèrent  k  capituler.  On  leur  fit  de  bonnes 
conditions;  la  garnison  fut  désarmée,  les  soldats  comtois 
eurent  la  liberté  de  rentrer  dans  leurs  foyers,  mais  les  étranr 
gers  demeurèrent  prisonniers  de  guerre. 

La  seule  ville  où  ne  flottait  pas  encore  le  drapeau  français 
était  Faucogney.  Cette  place,  située  dans  une  petite  plaine 
au  bord  du  Breuchin,  k  l'entrée  des  Vosges,  avait  toujours 
possédé  une  population  belliqueuse  dont  elle  donna  un  si 
frappant  exemple  en  1474,  k  la  bataille  de  Chagey,  lors  du 
siège  d'IIéricourt  par  les  Suisses.  Le  matin  de  ralTaire,  le 
contingent  de  la  terre  de  Faucogney  était  au  complet  de  800 
bommes  et  le  soir,  80  seulement  répondaient  k  Tappel,  les 
autres  gisaient  sur  le  théâtre  de  la  lutte. 

Les  habitants  de  Faucogney  étaient  bien  résolus  de  ne  pas 
mentir  k  leur  vieille  renommée  ;  aussi  dès  qu'ils  avaient  eu 
connaissance  de  l'entrée  des  Français  en  Franche-Comté,  le 
mayeur  ou  maire,  Pierre-Baptiste  Ilenrion,  complètement 
dévoué  aux  intérêts  de  l'Espagne,  avait  convoqué  ses  admi- 
nistrés afin  de  connaître  leur  opinion  et  il  avait  été  décidé  que 
l'on  se  défendrait  «  jusqu'k  la  la  perte  de  ses  biens  et  même 
de  la  vie  ». 

C'est  la  connaissance  de  cette  décision  par  le  P.  Schmidt, 
qui  lui  avait  fait  tourner  ses  pas  vers  Faucogney  où  se  trou- 
vait un  couvent  de  son  ordre.  Il  fut  reçu  avec  enthousiasme 
dans  cette  ville  qui  partageait  ses  sentiments  ;  il  en  profita 
pour  exciter  les  esprits  k  la  résistance.  Lorsqu'on  apprit  que 
le  fort  de  Saint-André  de  Salins  s'était  rendu,  (17  juin)  un 
second  conseil  de  défense  eut  lieu.  On  y  convoqua,  outre  les 
habitants  de  Faucogney,  les  défenseurs  de  la  place  et  il  fut 
délibéré  «  que  bien  que  l'ennemi  fut  en  marche  avec  du 
canon,  on  se  défendrait  «  comme  de  bons  et  braves  Bour- 
guignons ». 

Le  château  ou  forteresse  de  Faucogney  était  construit  sur 
un  rocher  qui  attenait  k  la  ville  qu'il  dominait  vers  l'est.  Il 
avait  alors  pour  commandant  un  gentilhomme  italien,  dom 


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384  REVUE   d' ALSACE 

Francesco  Ravira,  sergent-major  réformé  (1),  qui  avait  passé 
au  service  de  la  Franche-Comté.  A  celte  petite  garnison 
étaient  venus  se  joindre  les  débris  des  dernières  colonnes  de 
partisans  francs-comtois,  commandés  par  le  capitaine  Maçon 
d'Esboz,  les  lieutenants  de  la  Chaux  et  de  la  Yernotte  et  le 
bailli  Clerc,  de  Luxeuil. 

Après  le  conseil,  le  commandant  Ravira  fit  remarquer  au 
mayeur  Henrion  «  que  les  soldats  de  la  garnison  dudit  châ- 
teau ne  seraient  pas  bien  encouragés  k  combattre  s'il  n'y 
avait  pas  de  vin  pour  les  animer  le  jour  prochain  d'une  atta- 
que. Celui-ci  en  fit  acheter  immédiatement  et  en  (i*  conduire 
au  château  autant  qu'il  en  fallait  pour  l'usage  des  soldats, 
afin  qu'ils  pussent  boire  pendant  le  siège  k  la  santé  du  roi 
d'Espagne  ». 

Comme  dans  cette  môme  assemblée,  le  P.  Schmidt  avait 
annoncé  que  la  place  serait  promptement  secourue,  on  dépé- 
cha à  Strasbourg,  par  devers  le  duc  de  Lorraine,  qui  y  était 
a  la  tète  d'un  corps  d'armée,  avec  le  dessein  de  défendre  la 
Franche-Comté,  pour  le  prévenir  de  Turgence  qu'il  y  avait 
h  secourir  Faucogney.  On  comptait  encore  sur  le  concours 
d'une  compagnie  de  cent  Suisses  du  capitaine  Magellé,  de 
Saint-Gall  ;  l'espoir  était  dans  tous  les  cœurs. 

Bientôt  on  apprit  que  les  Français  marchaient  sur 
Luxeuil;  alors  le  mayeur  convoqua  une  dernière  fois  le 
magistrat,  les  notables,  la  population  et  les  défenseurs  du 
château  et  il  les  mit  au  courant  de  la  situation.  U  fit  remar- 
quer «  que  l'on  allait  être  assiégé  au  premier  jour  et  qu'il 
y  avait  liejj  de  réfléchir  mûrement  à  la  conduite  à  tenir 
dans  Cette  grave  circonstance  et  il  demanda  à  chacun  de 
dire  son  opinion. 

Le  commandant  Ravira  prit  alors  la  parole  et  commença 
par  remercier  le  mayeur  de  la  «  bonne  poudre  liquide  dont 
il  avait  pourvu  le  château  »  et  il  dit,  que  quand  a  lui,  ayant 


(1)  Le  sergent-major  était  alors  le  second  officier  du  régiment; 
ses  fonclîons  tenaient  de  celles  du  lieutenant-colonel  et  des  adju- 
dants-majors actuels. 


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SIÈGE   BT   PRISE   DB   FAUGOGNBY  385 

suffisamment  de  munitions  de  guerre  et  de  provisions  de 
bouche,  il  était  bien  décidé  à  tenir  jusqu'à  la  dernière  extré- 
mité et  qu'il  ne  se  rendrait  pas,  quand  bien  même  les  enne- 
mis se  seraient  emparés  de  la  ville.  Devant  cette  déclaration, 
rassemblée  opina  unanimement  qu'on  en  ferait  de  même. 

Le  P.  Charies-Eugène,  dans  un  discours  virulent,  demanda 
a  être  chargé  de  la  défense  de  la  ville,  ce  qui  lui  fut  immé- 
diatement accordé  (1).  En  conséquence,  les  deux  fossés 
furent  remplis  d'eau,  les  brèches  de  Tantique  muraille  furent 
réparées,  les  palissades  renouvelées.  11  fit  construire  des 
banquettes  pour  mettre  h,  couvert  les  défenseurs  ;  il  fit  faire 
d'énormes  amas  de  fascmes  dont  une  partie  fut  mise  en 
réserve  pour  la  réparation  des  brèches  cl  l'autre  servit  à  faire 
des  blindages  pour  protéger  les  poites  de  la  ville,  afin  de 
n'être  pas  aperçu  des  assiégeants. 

Animés  par  les  exhortations  de  notre  capucin,  tous  les 
habitants  de  Faucogney  s*y  employèrent  «  à  qui  mieux 
mieux,  non  seulement  les  honrtmes  et  les  gqrçons,  mais 
encore  les  femmes  et  les  filles  de  toute  condition  et  même 
jusqu'aux  enfants,  et  cela,  avec  un  zèle  qu'on  ne  saurait 
assez  louer.  Chacun  aussi  fourbissait  ses  armes  et  ceux  qui 
n'en  avaient  pas  emmanchaient  leurs  faux  en  guise  de  halle- 
barde. Des  sermons  avaient  lieu  tout  le  jour  à  l'église  de 
Saint-Georges  et  on  se  préparait,  dit  le  P.  Sohmidt,  «.  au 
combat  en  se  munissant  des  Saints-Sacrements  de  Pénitence 
et  de  l'Eucharistie.  Enfin,  personne  ne  paraissait  consterné, 
au  contraire)  le  contententement  rayonnait  sur  tous  les 
fronts  ». 

Après  la  capitulation  de  Luxeuil,  on  s'attendait  k  voir  les 
Français  prendre  la  route  de  Faucogney,  mais  nous  avons 
vu  qu'ils  se  dirigèrent  d'abord  sur  Lure  et  ce  n'est  que  le  3 
juillet,  selon  la  version  comtoise,  ou  le  4,  selon  le  rapport  du 


(i  )  11  est  l'auteur  d'une  des  deux  relations  exisl  antes  encore  J  j  siège 
de  Faucogney  bien  quequelques  personnes  l'attribuent  au  mayeur 
HenrioQ.  Elle  est  signée,  du  reste,  du  nom  de  «  Père  Précis  »,  ce 
qui  ne  laisse  aucun  doute  à  cet  égard.  L'autre  est  le  rapport  du 
marquis  de  Kesnel,  nous  les  avons  toutes  les  deux  sous  les  yeux. 


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386  REVUE  d' ALSACE 

général  français,  entre  neuf  et  dix  heures  du  matin,  que 
l'avant-garde  ennemie,  venant  de  Lure,  débouclia  dans  la 
plaine  du  Breuchin  et  parut  devant  le  faubourg  du  Magny, 
qui  se  trouvait  entre  la  rivière  et  la  ville. 

Ce  faubourg  ne  faisait  pas  partie  de  Tenceinte  fortifiée  et 
n'était  couvert  que  par  le  fossé  extérieur,  large  de  deux 
mèlreset  revêtu  d'une  forte  palissade.  Voulant,  dès  le  début, 
enlever  cet  obstacle,  cette  avant-garde  fut  accueillie  par  un 
feu  de  mousquetterie  excessivement  meurtrier.  Le  capitaine 
de  Plaquier,  qui  dirigeait  cette  attaque,  y  fnl  lue  avec  bon 
nombre  des  siens;  les  assaillants  durent  battre  en  retraite 
avec  précipitation. 

(A  suivre)  N.  Poly. 


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LA  VIE  A  STRASBOURG 


AU 


commencement  du  XVII®  siècle 


CHAPITRE    SEIZIÈME 
De  Tarchitecte  (Suite) 

De  quoy  sera  la  maçonnerie  ? 

Les  murailles  seront  de  briques,  hors-mis  le  fondement, 
qui  doit  estre  de  pierre  dure.  Pour  le  fenestrage,  je  le  veux 
de  pierre  de  taille  et  le  tout  cimenté  et  enduit  ou  crespi  de 
mortier  fait  de  chaux  et  de  gravier,  et  non  de  sablon.  Je  feray 
aussi  garnir  les  fenestres  et  soupiraux  des  caves,  de  bons  et 
forts  barreaux  de  fer.  A  coslé  de  la  porte  de  la  rue  y  aura 
aussi  une  jalousie,  ou  petite  fenestre  treillissée  à  la  mode 
d'Italie,  afin  qu'on  puisse  voir  à  travers  le  treillis,  sans  estre 
veu,  qui  c'est  qui  sonne  ou  heurte  a  la  porte,  car  j'y  feray 
mettre  non  seulement  un  gros  anneau  de  fer,  mais  aussi  y 
attacher  un  marteau  pour  frapper,  et  une  clochette  pour 
sonner.  Je  feray  paver  la  court  de  quarreaux,  et  non  de 
cailloux,  comme  sont  les  rues.  Quant  h  la  charpenterie  et 
menuiserie  :  On  planchera  la  salle  d'ais  de  chesne,  et  non  de 
sapin,  que  le  plancher  en  dure  plus  longtemps. 


(I)  Voy.  pp.  78-i03,  du  trimestre  de  Janvier-Février-Mars,  1897  ; 
pp.  243-28i,  du  trimestre  Avril-Mai-Juin  1897. 


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388  REVUR  d' ALSACE 

De  quoy  seront  les  poutres,  soliveaux  et  chevrons  ? 

De  chesne  aussi,  ou  de  fau  (i)  :  je  ne  prendruy  point  de 
sapin  que  pour  le  lambris.  Les  parois  des  chambres  seront 
faites  de  bauge  (2)  qu'i'on  fait  de  terre  forte  ou  d'argille, 
meslée  avec  de  la  paille  découpée,  et  s'appelle  aussi  bauche, 
torchis  et  tortis.  ' 

A  propos  dites  moy  tout  d'un  train  comment  on  fait  le 
mortier. 

L'aide  k  maçon  (3)  a  un  augeau  (4),  dans  l^qnel  il  met  la 
chaux  vive,  verse  de  Teau  dessus,  qui  renflamme,  mais  Teau 
bouillant  ainsi  dessus  et  élevant  une  fumée,  fait  peu  h 
peu  résoudre  les  pierres  de  chaux  en  poudre,  sur  quoy  il 
jette  encore  du  sable  et  du  gravier  qu'il  mesle  très  bien  et  les 
destrempe  ensemble  avec  d*autre  eau  encore.  Puis  le  porte  k 
cuvellées  (5)  au  maçon  sur  l'eschaiTaud  ou  hourd,  qui  prend 
ce  mortier  avec  une  truelle,  en  garnit  bien  les  entre  deux  des 
pierres,  qu'il  arrange  droict  avec  une  esquierre,  une  règle  et 
un  niveau. 

De  quoy  avez  vous  envie  de  faire  couvrir  le  toict? 

Non  pas  de  risdales,  (comme  on  dit  qu'un  riche  fanfaron 
vouloit  faire  un  jour  k  Hanau),  mais  de  tuiles,  si  je  ne  puis 
recouvrer  d'ardoises.  Je  garniray  les  lucarnes  de  fil  de  fer 
entrelassé  et  fait  en  guise  de  cage  de  peur  que  les  pigeons  et 
moineaux  ne  viennent  manger  le  blé,  qui  en  ceste  année 
mille  six-cens-trente-six  se  vend  seize  florins,  ou  huit  escus 
le  réseau,  sextier,  ou  la  charge  d'un  homme.  Pour  faire 
mourir  les  rats  et  souris,  ou  les  prendre,  je  mettray  sur  le 
terrier  de  la  mort  aux  rats,  et  tendray  des  ratières  et  souri- 
cières. Sur  les  deux  coins  du  faiste  je  feray  dress'îr  des 
pannonceaux  ou  gyrouëttes,  pour  voir  quel  vent  il  fait. 

Mettez  aussi  ordre  que  votre  pignon   soit  suiïisaminent 


(1)  Buchenholz, 

(2)  Mœrtel. 

(.*{)  Mœrtelknecht  oder  /faridlanger. 

(4)  Mœi'telkasten. 

(5)  Kubelweiss. 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  389 

espez  (i)  :  afin  que,  si  de  malheur  le  feu  se  meitoii  au  logis 
de  voslre  voisin,  Fembrazement  ne  vinst  au  vostre,  et  vous 
mist  au  blanc  (2)  en  peu  d'heures 

Aussi  feray-je;  car  je  ne  scache  homme  qui  craigne  plus  le 
feu  que  moy:  c'est  pourquoy  j'ay  acheté  une  douzaine  de 
seaux  de  cuir  bouilli. 

Savez-vous  bien  que  vous  avez  oublié  la  principale  pièce 
de.toutrédifice? 

Que  pourroit-ce  eslre?  Je  ne  puis  m'imaginer  que  j'ai  omis 
la  moindre  chose  du  monde. 

Si  est-ce  que  vous  n'avez  pas  encore  dit,  où  vous  vouliez 
loger  la  chancelerie,  la  chambre  basse,  la  chambre  dorée,  la 
chambre  des  contes,  l'aisance,  le  lieu  secret  ou  en  un  mot  le 
privé  ? 

Vous  avez  raison,  il  m'estoit*  échappé  de  la  mémoire  : 
mais  il  n'y  a  pas  été  oublié  au  plan.  Le  voilà  en  ce  bout  de 
gallerie,  avec  le  pissoir. 

N'y  aura-t-il  point  de  magazin  ? 

Nenny,  parce  que  ce  n'est  pas  une  rue  fort  hantée,  mais 
arrière  du  marché. 


CHAPITRE     DIX-SEPTIEME 
Du  Tailleur 

Qui  est-ce  qui  vous  habille,  Monsieur  ? 

C'est  le  maistre  I.  C.  W.  qui  demeure  auprès  du  Collège  (3) 
au  bout  de  la  rue  des  Orfèvres. 

Travaille  il  bien  ? 

Des  mieux  de  ceste  ville,  on  le  tient  pour  le  plus  habile 
tailleur  de  sa  tribu,  de  laquelle  il  est  aussi  maistre  cette 
année. 

A-il  force  chalands  ? 


(i)  Pour  épais. 

(2)  An  den  Bettelsiab  bringt*n. 

(3)  Le  gymnase  iy*otestant  fondé  par  Jean  Slurm. 


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390  RBVUE   d' ALSACE 

Ouy,  et  mesme  les  plus  riches  et  relevez  des  bourgeois, 
quasi  tous  les  panadous  (I)  de  l'Université,  et  a  aussi  la  cha- 
landise  des  capitaines,  lieutenans,  colonnels  et  autres  offi- 
ciers, et  gens  de  commandement,  qui  passent  par  icy. 

Ce  habit  que  i'ay  vestu  est  de  sa  besogne. 

Il  est  fort  bien  fait.  II  vous  joint,  comme  s'il  avoit  esté 
ietté  en  mQule.  Ne  vous  est-il  pas  trop  estroict? 

Ouy  quelque  peu  vers  le  bas  :  voila  pourquoy  je  vay  dé- 
braillé à  la  Françoise,  après  que  i'ay  bien  disné,  autrement 
point. 

Je  me  veux  aussi  servir  de  luy. 

Si  vous  voulez,  ie  Tenvoyeray  quérir,  c'est  tout  près  d1cy  ; 
ma  servante  n'a  qu'a  tomber  deux  fois  et  en  culbuter  une, 
pour  estre  en  son  logis. 

Obligez-moy,  donc  de  tant. 

Petronelle,  va  dire  h  maistre  Jean  Gaspar  Loup  nostre 
voisin  qu'il  viene  icy,  parce  qu'il  y  a  un  honneste  homme, 
qui  luy  vei|t  faire  gaigner  de  l'argent. 

Comment  es-tu  desja  revenue? 

Ouy,  il  viendra  incontinent,  si  tost  qu'il  aura  achevé  de 
tailler  de  la  besogne  k  ses  valets  qui  chôment  en  attendant. 

Le  voilk  desja  devant  la  porte. 

Fay  le  entrer,  dis-luy  qu'il  entre. 

Entrez  Maistre,  nos  chiens  sont  liez. 

Dieu  vous  gard.  Messieurs.  Que  vous  plait-il  me  com- 
mander ? 

Mon  maistre,  Monsieur  que  voicy  ayant  entendu  que  je  me 
voulois  faire  r'habiller  de  pied  en  cap,  et  que  pour  ce  sujet 
je  cherchois  un  maistre  k  l'élite  et  non  un  maçon  ou  gaste- 
besogne,  il  m'a  adressé,  k  vous,  comme  k  un  très  habile  tail- 
leur: sur  quoy  je  vous  ay  envoyé  quérir  pour  entendre  de 
vous  si  vous  aurez  le  loisir  ceste  semaine  de  despécher  mon  fait. 

Monsieur,  pour  ne  point  mentir,  et  ne  vous  pas  entretenir 
de  vaine  espérance  par  promesses  non  tenables,  j'ay  tant  de 
besogne,  et  si  pressée  pour  dimanche,  qu'il  m'est  impossible 
de  satisfaire  k  votre  désir  :  mais  si  vous  pouvez  patienter 
jusques  à  celle  qui  vient,  je  vous  serviray  tout  k  votre  con- 
tentement. 

{{\  Stutser, 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  39i 

Quelle  besogne  avez-vous  donc  ? 

Des  habits  de  nopces,  et  de  deuil,  qui  ne  se  peuvent  mettre 
en  arrière,  cela  va  devant  toute  autre  chose.  Toutesfois  s'il  y 
a  du  danger  au  retardement,  j'y  scay  un  bon  expédient. 

Et  quel  ? 

C'est  que  je  couperay  vostre  habit,  et  le  feray  coudre  et 
achever  h  uû  autre  bon  goulu  de  tailleur  (i),  qui  n'a  rien  à 
faire,  et  vous  le  despeschera  en  un  tour  de  main  (2),  ou  vire- 
main.  L'artifice  ne  gist  pas  tant  en  la  cousture,  qu'en  la 
coupe,  c'est  Ik  ou  gist  le  lièvre. 

Je  vous  donneray  bien  l'espace  de  quinze  jours,  il  n'y  a 
rien  qui  me  presse,  faites  a  vostre  loisir. 

Que  voulez-vous  donc  faire  faire? 

Je  feray  comme  les  oiseaux  qui  muent  vers  l'hyver,  et  se 
remplument  :  je  me  veux  faire  faire  de  toutes  sortes  d'habits  à 
la  mode,  et  envoyer  mes  vieux,  faits  k  l'antique,  chez  le  Fri- 
pier pour  en  faire  du  Quibus,  de  la  cliquaille,  ou  de  ce  qui  se 
couche  tout  plat  (3). 

Dites-moy  un  peu  comment  ils  sont  faits. 

Premièrement  la  carrure  du  pourpoint  (4),  qu'on  porte  à 
ceste  heure/ort  large  y  est  fort  eslroicte  :  les  hauts  de  manches 
larges  aves  une  pistagne  (6)  :  les  manches  comme  celles  des 
Cordeliers,  dans  lesquelles  il  y  a  une  pochette  à  mettre  le  mou- 
choir, la  bourse  ou  autre  chose  :  les  basques  (6)  petites  et  en 
grand  nombre  :  il  y  a  une  brayette  aux  chausses,  qui  couvre 
la  fente  (7),  au  lieu  qu'on  la  ferme  maintenant  avec  des  bou- 
lons :  et  sont  les  chausses  (8)  si  courtes,  qu'il  les  faut  lier 
au-dessus  du  genou,  et  maintenant  on  les  porte  partie  à  la 
matelotte,  tombant  sur  le  gras  de  la  jambe,  partie  à  la 
Suabe,  montans  jusqu'au  milieu  du  dos,  pour  suppléer  au 
défaut  du  pourpoint,  qui  n'est  quasi  autre  chose  que   de 


(1)  Fin  guter  Schlucker. 
(2)"  In  einem  huy. 

(3)  Zum  Altgewœnder,  Geld  drauss  su  lœsen,  schicken. 

(4)  Der  raum  so  an  den  Wœmsern,  zurchen  beeden  Achseln. 

(5)  Mit  einem  Ztvyfach, 

(6)  Die  Schœss, 

(7)  Fin  latz  den  Schlits  zu  bedecken, 

(8)  Die  Hosen, 


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392  REVUE   d' ALSACE 

monstrueuses  basques  pendantes  h  un  collet,  et  k  une  paire 
de  manches.  Si  les  rubans  qui  y  sont  cousus  sous  les  aissel- 
les, et  sous  le  bord  du  rabat  lait  en  peignoir,  esloient  lanières 
ou  aiguillettes  de  cuir,  il  n'y  auroit  rien  au  Monde  de  mieux 
ressemblant  à  un  habit  de  Paysan  Suabe. 

Deduisez-moy  maintenant  de  poinct  en  poinct  ce  que  vous 
voulez  faire  faire,  de  quoy  et  comment  vous  le  désirez  avoir. 

Outre  chausses  et  pourpoint;  je  veux  avoir  une  camisole 
de  taiTelas  doublée  de  fustaine,  piquée  avec  du  coton(l);  une 
roupille  à  l'Espagnole  (2)  :  un  buffle,  ou  collet  de  cerf  (3), 
des  calsons;  un  faux-fourreau  (4),  une  houppelande  ou  robe 
de  voyage  (5),  des  bas  de  fine  sarge,  des  gamaches,  brode- 
quins (6),  des  mitaines  (7)  et  un  bouquingam  (8).  Je  veux 
que  les  paremens  de  l'habit  soient  de  satin  orangé  et  les  bou- 
tons, brides,  et  la  ganse  d'or  :  la  doublure  des  chausses  et  du 
pourpoint  de  fustaine  à  grain  d'orge,  et  les  poches  de  peau 
de  mouton. 

Diles-moy  ce  qu'il  vous  faut  de  plus  pour  les  fournitures  ? 

11  me  faut  de  la  soye  h  coudre  et  h  piquer,  du  ruban,  de 
petites  agraphes  pour  la  camisole,  de  la  coste  de  baleine  et 
un  peloton  de  fil  gris.  Voyez  le  reste  des  estoffes  au  chapitre 
du  marchand  Drapier,  et  les  couleurs  en  celuy  du  Teinc- 
lurier. 

Que  demandez-vous  pour  la  façon  de  tout  ce  que  j'ai  dit  ? 

Je  ne  le  saurois  dire  avant  que  la  besogne  soit  fait.  Soit 
devant  ou  après,  je  ne  demanderois  pas  plus  que  de  raison. 
Si  j'escorchols  mes  chalands,  ils  ne  reviendroient  plus  k  moy. 
Au  contraire  vousjvoyezqueMonsieur  mon  voisin  non  seulement 

(1)  Fin  taffiits  Fatterhemd  das  mit  Barchat  und  Baumwollen 
gefàttert  und  gestept, 

(2)  Ein  spantsch  Easack, 
fi)  Ein  Hirschengoller. 
(A)  Ein  Ubersug, 

(b)  Einen  Reit  oder  Heisrock. 

(^)  Ein  Broseckin, 

(1)  Bawren  Handschuh, 

(S)  Ein  Nebelkapp  oder  ala  mode  Kapp. 


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LA    VIR  A   STRASBOUBG  393 

n'a  pas  envie  de  me  quitter,  pour  en  chercher  un  autre,  mais 
mesme  m'adresse  ses  bons  amis. 

Pour  confesser  la  vérité  sans  flatterie,  ie  n'ay  iusques  icy 
eu  ducun  sujet  de  m'en  plaindre,  ni  pour  la  façon  des  habits, 
ni  pour  le  larcin  ordinaire,  qu'on  appelle  faire  faire  la 
bourée,  et  celon  le  language  Allemand,  ietter  en  Enfer, 
ou  aux  souris. 

Car  ayant  coupé  un  habit,  il  fait  un  paquet  des  retail- 
leures,  qu'il  renvoyé  avec  Thabit  k  qui  elles  appartienent, 
principalement  si  c'est  un  habitant  du  lieu,  pour  le  rapiécer, 
quand  il  est  usé  et  percé  entre  les  iambes,  aux  genoux  ou 
aux  coudes. 

0  l'homme  de  bien  de  tailleur,  il  ira  en  Paradis  droict 
comme  une  faucille. 

Ne  vous  gaussez  pas  beaucoup.  Monsieur.  Je  croy  qu'il  y 
a  la  haut  pour  le  moins  aussi  grand'presse  de  tailleurs,  que 
de  gens  d'armes,  car  on  ne  dit  pas  pour  néant  ce  proverbe. 

La  preud'hommie  n'est  guère  en  ceux  qui  suyvent  la  guerre. 

Item. 

Qui  la  piété  au  cœur  loge  il  faut  que  du  camp  il  déloge. 

Hé  bien.  Monsieur,  n'estes- vous  pas  payé  en  mesme  mon- 
noye  ?  Ne  vous  frottez  pas  à  luy,  il  sçait  bien  rabrouer  ceux 
qui  rattaquent. 

Pardonnez-moy,  si  j'ay  parlé  un  peu  trop  librement  en 
voslrc  endroit,  une  parole  de  gausserie  en  attire  une  autre. 

Il  n'importe,  mon  maistre. 

Qui  dit  d'autruy  ce  qu'il  ne  doit. 

OU  de  soy  ce  qu'il  ne  voudroit. 

Mais  retournons  k  nos  moutons,  ce  n'est  pas  \k  où  gist  le 
lièvre. 

Vous  avez  raison.  Monsieur.  Dites-moy  seulement  si  vous 
voulez  des  bouts  de  buste  au  pourpoint  ou  de  la  coste  de 
baleine. 

Ce  qui  vous  semble  le  meilleur  :  je  me  fie  non  seulement  h 
vostre  capacité,  mais  aussi  à  votre  loyauté  et  preud'hommie  : 
tant  allez  lever  tout  ce  qu'il  vous  faut  chez  un  marchand 


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394  REVUE  d'alsacb 

nommé  N.  demearant  devant  la  Monnoye  (i)  et  le  Palais  (2), 
et  !uy  dites  que  je  vous  y  ay  envoyé,  k  telles  enseignes  que 
je  luy  commanday  hier  de  faire  mes  parties  dans  huict  jours, 
et  de  melesapportef  po«r  recevoir  Targent  de  tout  ce  que  je 
luy  dois. 

Bien  Monsieur.  Je  m'y  en  vais  de  ce  pas.  A  Dieu.  Demain 
ou  après  je  viendray  prendre  la  mesure  de  vostre  habit. 

A  Dieu,  mon  maislre. 

Le  maistre  rentrant  en  sa  boutique,  un  des  valets  luy 
demande  : 

Maistre  qu'apportez-vous  de  si  pesant  dessous  vostre 
manteau  ? 

Ce  sont  des  estoffes  pour  un  habit,  qu'il  faudra  faire  la 
semaine  qui  vient.  Despeschons  viste  ce  que  nous  avons  k 
à  faire  celle-cy,  afin  qu'il  ne  nous  faille  pas  veiller  si  tard 
Samedi  prochain. 

Apprentif,  mets  chauffer  le  quarteau  (3)  pour  rabbalre  les 
coustures  de  ce  manteau,  puis  qu'elles  ne  sont  pas  rentraites 
après  je  les  mettray  sur  tes  espaules  pour  l'arondir. 

Jean  Farine  remplie  ces  bas  par  dedans  afin  qu'on  les 
puisse  r'allargir  et  couvre  la  couslure  par  dehors  d'un  poinct 
croisé  ou  d'un  surject. 

J'y  ay  desjk  fait  un  arrière  poinct. 


n/L'Hôlel  de  la  monnaie  se  trouvait  jadis  entre  les  grandes 
et  les  petites  arcades  à  hauteur  du  débouché  de  la  Grande  Rue. 
Il  fut  rebâti  à  neuf  en  iK08.  On  y  frappa  des  monnaies  jusqu'en 
i738,  date  de  la  démolition.  Les  ateliers  furent  transférés  dans  la 
rue  des  Fribourgeois,  puis  dans  l'ancienne  Intendance  près  de  la 
place  Si-Thomas.  Malgré  l'article  5  de  la  capitulaMon  de  1681,  le 
gouvernement  enleva  à  Strasbourg  le  droit  de  battre  une  monnaie 
particulière,  mais  la  rangea  parmi  les  villes  en  possession  d'un 
atelier  monétaire.  Gomme  marque,  elle  reçut  le  BB. 

(^)  Le  Palais  ou  Hôlel-de-Ville,  la  Pfalts  s'élevait  à  l'angle  de 
la  Place  Gutenberg  actuelle  ^ancienne  place  S<-Martin>  entre  la 
Grande-Rue  et  la  Rue  des  Hallebardes.  Élevé  en  1321  il  fut  démoli 
en  1785.  L'Hôtel  de  Ville  fut  transféré  alors  dans  l'hôtel  du  Com- 
merce actuel,  puis  plus  tard,  dans  le  bâtiment  actuel  de  la  rue 
Brûlée,  ancien  Hôtel  de  Hesse-Darmstadt. 

(3)  Dos  Bûgeleisen, 


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LV   VIE  A   STRASBOUHG  395 

Foin  de  la  beste,  et  de  celuy  qui  me  Ta  vendue  ;  tu  ne 
seras  jamais  qu'un  savetier,  pour  gaster  et  bourrelier  la, 
besogne.  Descouds  moy  cela,  autrement  je  prendray  une 
aulne  et  te  la  rompray  sur  le  dos.  —  S'ensuyvent  quelques 
termes  non  encore  mentionnez  cy-dessus. 

Quel  est  l'équipage  d'un  tailleur?  Quels  sont  ses  outils? 

Ce  sont  des  ciseaux,  une  mesure  de  lisière  de  salin  ou  de 
parchemin,  un  aiguillier  ou  cophinet  fourni  de  toutes  sortes 
d'aiguilles,  grosses,  moyennes,  déliées  ou  fines  pour  faufiler, 
brocher,  assembler,  rentraire,  piquer,  arrière  poincter,  surjec- 
ter,  un  dé,  pour  pousser  le  cul  de  Taiguille  sans  s';  piquer.  Un 
tortis  de  bougie,  pour  bougier  le  canevas,  et  estofîes,  qui  s'effi- 
lent volontiers,  une  boulette  de  cire,  pour  cirer  le  fil,  un  poin- 
çon pour  percer  les  œillets,  un  canivet,  ou  petit  ciseau  avec  le 
maillet  pour  faire  les  boutonnières,  un  tire  bouton,  une  règle. 

Attacher  des  boutons,  enfiler  une  aiguille,  une  aiguille  en- 
roûillée,  tortue,  esculée,  espoinctée,  chamarrer  en  quilles  ou 
en  chevrons,  un  passepoil,  une  nerveure,  des  canons,  des 
chaussons,  la  chaînette. 


CHAPITRE     DIX-HUITIÈME 
De  l'Astrologue 

Quelles  gens  sont-ce  que  l'on  appelle  Astrologues? 

Ce  sont  des  hommes,  qui  estudient  au  grand  livre  du  Ciel, 
et  qui  appellent  Planettes  ces  sept  luminaires,  la  Lune,  Mer- 
cure, Vénus,  le  Soleil,  Mars,  Jupiter  et  Saturne.  Et  nommens 
Zodiaque  la  rangée  circulaire  de  ces  douze  signes,  le  Bellier,  le 
Taureau,  les  Gémeaux,  l'Escrevice,  le  Lion,  la  Vierge,  la  Ba- 
lance, le  Scorpion,  le  Sagittaire,  le  Capricorne,  l'Aquaire,  et 
les  Poissons,  lesquels  ceigent  le  ciel  de  biais  en  guise  d'es- 
charpe. 

Ces  mesmes  gens  partagent  toute  l'année  en  douze  mois 
attribuans  un  mois  à  chasque  signe,  durant  que  le  Soleil 
demeure  en  iceluy.  Car  en  commençant  par  l'Aquaire,  ils 
content  ainsi  les  mois,  lanvier,  Février,  Mars,  Avril,   May, 


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396  REVUE   d' ALSACE 

luin,  Iitillet,  Aoust,  Septembre,  Octobre,  Novembre,  Déceni- 
bre.  ils  pai*tagent  aussi  les  mois  en  semaines  et  les  semaines 
en  jours  et  nuicts,  qui  aussi  sont  divisez  en  heures,  demi- 
heures,  quarts  d'heures  :  en  matin,  midi  et  soir,  et  minuict. 
Les  noms  des  jours  sont.  Dimanche,  Lundi,  Mardi,  Mercredi, 
leudi,  Vendredi,  Samedi.  Ils  font  aussi  les  Almanacs  ou 
Calendriers  et  dressent  les  horoscopes. 

Qu'est-ce  qu'un  almanac  ? 

C'est  un  livre  auquel  est  marqué  le  cours  de  la  Lune,  le 
croissant  et  le  déclin,  la  pleine-lune,  le  premier  et  dernier 
quartier. 

Pourquoy  les  appelle-on  aussi  Calendriers  ? 

Parce  que  les  Lalins  appellaient  Calendes  chasque  premier 
jour  des  mois,  lequel  est  marqué  en  ces  livrets. 

A  quoy  plus  servent  ces  Menteurs?  car  je  les  ay  ouy  appel- 
ler  ainsi  îi  un  Colporteur,  qui  en  portait  à  vendre  par  la  ville, 
cripnt,  Almanacs  nouveaux,  voilk  les  menteurs. 

On  y  peut  voir  quand  il  fait  fort  bon,  ou  moyenement 
se  faire  saigner,  se  baigner,  es  estuves,  se  faire  ventouser, 
prendre  médecine  par  potion,  pilules,  électuaire,  codignat, 
ou  poudre  :  comme  aussi  sevrer  les  enfants. 

Quels  signes  y  a-t  il  pour  cela  ? 

Une  double  croix  et  une  simple  pour  la  saignée,  une  ven- 
touse pour  le  bain  et  la  scarification,  une  double  tasse  pour 
la  potion,  un  cercle  rond  k  large  bord  pour  les  pilules,  une 
estoile  k  cinq  rayons  pour  Télectuaire  et  la  marmelade  :  un 
cercle  esquartelé  d'une  croix  pour  la  médecine  en  commun  et 
une  tuterolle  pour  le  sevrement  (i). 

Il  y  a  aussi  un  œil  pour  monstrer  qu'il  fait  bon  médeciner 
les  yeux  :  des  ciseaux,  pour  la  tonsure.  Une  main  qui  tend 
le  pouce  et  doit  indice,  pour  dire  qu'il  fait  bon  se  rogner  les 
ongles. 

Quand  le  temps  est  propre  k  couper  le  bois  de  charpente, 
il  y  a  une  hache  i  une  feuille  de  treffle  commande  de  semer 
et  planter. 

Il  y  a  aussi  les  prédictions  du  temps  :  une  teste  qui  souffle, 
prédit  grand  vent  ;  une  cruche  renversée  est  signe  de  pluye  ; 

[i]  Ein  Mœmmkœnnlein  Zum  entwehnen. 


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LA   VIB  A   STRASBOURG  397 

un  chapeau  penchant  de  costé  veut  dire  qu'il  fera  chaud  ;  un 
traict  empenné  menace  de  tonnerre  et  foudre;  quelques 
traicts  tirez  en  quarré  représentent  de  la  neige  ;  et  un  gant, 
le  froid  ou  la  gelée. 

Ce  n'est  pas  sans  cause  qu'on  les  appelle  Menteurs,  car 
i'ay  souvent  remarqué  que  quand  ils  écrivent  qu'il  doit  pleu- 
voir, il  fait  beau  temps,  le  ciel  est  serein,  le  soleil  luit 

Au  contraire  quand  ils  disent  qu'il  fera  soleil,  le  temps  se 
couvre,  et  pleut,  ou  pleuvine,  ou  bien  fait  brouillas. 

S'ih  asseurent  qu'il  fera  froid,  et  gèlera  à  pierre  fendre,  il 
vous  faut  croire  qu'il  fera  une  grande  chaleur  d'esté,  qu'il 
esclairera  et  tonnera,  et  que  s'il  y  a  de  la  glace,  il  dégèlera, 
fera  verglas,  et  que  la  neige  se  fondra  s'il  a  neigé  aupa- 
ravant. 

S'ils  prédisent  quelque  orage  ou  tempête,  ou  tourbillon  de 
vent,  attendez  une  tranquillité  ou  beau  calme,  et  toujours  le 
rebours. 

Il  faut  donc  par  les  grandes  lavaces  entendre  une  séche- 
resse :  et  par  Taggréable  rosée,  frimas  :  par  une  pluye 
chaude  une  grelle  ou  grésil  froid. 

Cela  s'entend  :  mais  il  n'y  a  règle  si  générale  qui  n'ay  quel- 
que exception  :  car  ie  cognois  un  bon  amy,  qui  addresse 
assez  bien. 

Ces  almanachs  n'ont-ils  plus  d'autre  usage,  que  ce  que 
vousavez-dit? 

Ouy-dà.  Car  le  mois,  semaine,  heure  et  mesme  la  minute 
y  est  marquée,  en  laquelle  il  doit  arriver  une  Eclipse  de 
Soleil  ou  de  Lune.  Outre  cela  on  y  void  que  tous  les  quatre 
ans,  le  mois  de  Février  a  vingt  neuf  jours,  parce  que  chaque 
année  ayant  trois  cens  soixante  cinq  jours  et  six  heures, 
quatre  fois  six  !ïcures  font  un  jour  entier,  qui  est  ajouté  aux 
vingt  huit  de  Février  de  la  quatrième  année,  qui  s'appelle 
An  de  bissexte. 

Les  Festes  y  sont  aussi  escrites  en  lettres  rouges,  comme 
Noël,  les  Innocens,  la  Circoncision,  les  Roys  (qui  jamais  ne 
furent  Uoys)  la  Conversion  Sainct  Paul,  la  Chandeleur,  le 
Mardi  Gras  ou  carnaval,  les  Cendres,  les  Quatre  tempis, 
l'Annonciation,  les  RameauxouPtisque  fleurie,  et  en  la  semaine 
Saincte,  et  le  Jeudi  Absolu  et  le  Grand  Vendredi  ou  Vendredi 


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398  REVUE  d' ALSACE 

Sainct,  Pasques,  l'Ascension,  la  Pentecoste,  la  Trinité,  la 
feste  Dieu,  la  Sainct  Jean,  et  es  jours  caniculaires,  la  Saincl- 
Laurent  et  TAssomption  nostre  Dame,  la  Sainct-Barthélemi, 
la  nativité  nostre  Dame,  la  Sainct  Michel  pour  laquelle  on 
met  en  France  la  Sainct  Remy,  qui  est  deux  jours  après,  la 
Toussaincts,  la  Sainct  Martin,  TAdvent,  la  Conception 
nostre  Dame. 

Une  main  rouge  signifie  un  grand-jour  de  prières  :  mais 
trois  de  suite  montrent  le  jour  du  serment  que  les  Straabour- 
geois  prestent  h  leur  Magistrat  et  que  les  femmes  font  la 
bonne  vie  (1).  Au  bout  du  Calendrier  y  a  aussi  un  petit  prog- 
nostique  touchant  les  qualitez  des  quatre  saisons  de  Tannée, 
qui  sont  le  Printemps,  PEsté,  l'Automne  et  rily ver,  dont  on 
peut  conjecturer  si  elle  sera  fertile  ou  stérile. 

Quest-ce qu'on  appelle  Elément? 

Le  Feu,  l'Air,  la  Terre,  l'Eau. 

Pourquoy  nommez-vous  TEau  toute  la  dernière,  veu  que 
les  Philosophe  disent  que  la  Terre  esl  dessous  TEau? 

[ij  Les  élections  annuelles  terminées  conformément  aux  règle- 
ments dans  les  tribus  et  à  l'hôtel  de  ville,  [alors  la  Pfaltz  sur  la 
place  Gutenberg  actuelle]  le  nouveau  magistrat  se  réunissait  sur 
un  amphithé&tre  construit  devant  la  cathédrale,  chacune  des  tri- 
bus se  réunissait  en  ordre  sur  la  place  et  l'on  donnait  lecture  à 
haute  voix  de  la  grande  charte  de  Strasbourg,  le  Schwœrbrief, 
Les  magistrats  de  la  République  prêtaient  serment  d'abord,  puis 
venaient  tous  les  fonctionnaires  et  enfin  le  peuple,  tète  nue  lui 
aussi  et  la  main  levée  vers  le  ciel  jurait  à  son  tour.  [Schœpflin- 
Ravenez  V.  133].  —  Après  cette  cérémonie  magistrat  et  bourgeois 
se  réunissaient  dans  leurs  tribus  respectives  autour  d'un  banquet. 
Au  XVlle  siècle  le  Schwœrtag  avait  lieu  le  premier  jeudi  après  le 
nouvel  an.  Les  femmes,  de  leur  côté,  se  réunissaient  également  et 
célébraient  ce  jour  par  un  banquet  dont  le  menu  variait  suivant 
la  condition  sociale.  Les  petits  pAtés  étaient  un  plat  tradition- 
nel qui  ne  manquait  sur  aucune  table,  comme  le  prouve  ce 
dicton  : 

/>er  Mœnner  Schwœrta  Schweisa 

Giebt  de  Wiwer  Pastetle  heiss. 
Piton  en  rapporte  un  autre  encore  qui  s'appliquait  à  ce  jour. 

Der  Mœnner  Schwœrta 

Der  Wiiver  Zechta, 
[Gérard  Ane.  Alsace  à  table  p.  i65-166J  et  Piton  Strasbg.  ill.  I 
p.  162  et  suiv. 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  399 

l'aime  mieux  croire  aux  paroles  du  Créateur  des  Elémens, 
qui  est  la  vérité  mesme,  et  qui  sait  mieux  que  les  hommes 
menteurs,  où  il  les  a  logez  :  car  il  a  esté  escrit  du  doigt  de 
Dieu  sur  des  tables  de  pierre,  au  second  commandement  que 
les  Eaux  sont  dessous  la  Terre  et  le  Prophète  Royal  dit  que 
Dieu  a  fondé  la  Terre  sur  les  Eaux  :  or  est-il  que  ce  seroit 
une  chose  absurde  de  mettre  le  fondement  dessus  le  basti- 
ment.  Ces  messieurs  appellent  globe  céleste,  et  globe  terres- 
tre, ces  rondes  et  immenses  masses  faites  en  boules.  Plu- 
sieurs esloiles  ensemble  font  un  astre,  ou  signe.  La  moitié 
du  Ciel,  laquelle  nous  voyons,  est  notre  Hémisphère,  l'autre 
moitié  couvre  nos  antipodes  :  le  bord  de  nostre  Hémisphère 
qui  semble  toucher  les  eaux  ou  la  terre,  s'appelle  notre  Hori- 
zon, et  poinct,  (ou  centre  d'iceluy)  qui  pend  à  plomb,  ou  per- 
pendiculairement sur  nostre  teste,  et  nostre  Zenith,  mot 
corrompu  de  l'Arabe  semith  sommet  de  la  teste  :  celuy  des 
Antipodes  s'appelle  Nadir,  par  ce  qu'il  est  opposé  h  nostre 
Zenith,  du  mot  hébreux  Nalir  regardant  vis  à  vis. 

CHAPITRE   DIX-NEUVIÈME 

Du  Cocher 

Que  faites-vous  1&,  maistre  N.  ?  Y  a-t-il  quelque  chose  de 
rompu  à  vostre  coche  ? 

Nenny. 

Pourquoy  en  dén^ontez-vous  donc  les  roues  ? 

Pour  graisser  Taissieu,  qui  est  tout  sec  d'un  voyage  fait  à  Pa- 
ris, où  le  vieux  (1)  oingt  m'est  failli  entre  Nancy  etceste  ville  (2). 

[4]  Karchsalb. 

[2]  La  première  roule  postale  fut  établie  par  Maximilien  I  [4443- 
4519].  Elle  allait  de  Vienne  à  Bruxelles  et  passait  à  Rhcinhausen 
près  de  Spire  où  un  service  particuîîer  se  faisait  avec  Strasbourg. 
Au  XVlIe  siècle  cette  ville  était  en  comunication  régulière  avec 
Bâle,  Hcidelberg,  Francfort,  Nancy  et  Paris.  Outre  les  chaises 
de  poste  on  avait  la  ressource  de  louer  chevaux  et  voitures  pour 
voyager  et  par  Wickram  nous  savons  qu*il  existait  un  RoUwagen 
entre  Golmar  et  Strasbourg,  très  abordable  comme  prix.  Ailleurs 
on  rappelait  Roller,  [Hanauer  Etudes  écon.  1. 576]. 


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400  BBVUB  d'alsace 

N'y  relournerez-vous  pas  bien  lost? 
Si  feray,  si  je  trouve  de  la  voicture  après  que  je  seray 
retourné  de  Spire,  où  je  dois  mener  quelques  Seigneurs,  qui 
ont  aujourd'huy  fait  marché  avec  moy. 
Quand  est-ce  que  vous  reviendrez  ? 

Je  fais  estât  de  retourner  icy  dans  six  ou  sept  jours,  pour 
le  plus  tard,  si  Dieu  nous  garde  de  mauvaise  rencontre. 

Hé  bien,  veuez  parler  k  nous  après  vostre  retour,  nous 
sommes  une  compagnie  en  pension  chez  M.  le  docteur  N.  qui 
désirons  tous  d'aller  en  France  :  nous  ferons  marché  avec 
vous,  si  vous  nous  vouler  Iraicterà  la  raison. 

Bien  Monsieur  je  ne  manqueray  pas  de  vous  aller  trouver, 
si  tost  que  je  seray  de  retour. 
Dieu  vous  gard*3Ir. 

Et  vous  aussi,  nion  maistre  :  soyez  le  bien-revenu.  Com- 
ment s'est  porté  vostre  voyage  ? 

Assez  bien.  Dieu  soit  loué  :  mais  non  sans  grande  appré- 
hension de  rencontrer  des  bandoliers  et  voleurs. 

Penzez-vous  qu'il  face  moins  dangereux,  ou  plus  seur  entre 
icy  et  Paris  ? 

Je  ne  say  bonnement.  Mais  ù  mon  ad  vis  un  passe-port  du 
général  N.  et  un  autre  de  Monsieur  TAmbassadeur  N.  ne 
nous  nuiroit  pas. 

Nous  y  adviserons.  Entrons  en  mon  poile,  j'envoyeray  qué- 
rir mes  camarades,  commensaux  et  patriotes,  qui  veulent 
estre  mes  compagnons  de  voyage  afin  de  voir  si  nous  nous 
pourrons  accorder. 

Ne  vous  ennuyez  pas,  mon  maistre,  et  prenez  en  gré  le  mai- 
gre entretin  de  mon  jeune  frère,  que  j'envoyeray  vers  vous. 

Erneste,  entre  dans  nostre  poile  entretenir  le  cocher,  qu'il 
n3  s'entretiene  soy-mesme  k  mes  despens.  Et  prends  plus  soi- 
gneuse garde  à  ses  mains  qu'à  ses  pieds. 

0  que  vous  estes  soupçonneux  :  pensez-vous  qu'un  homme 
qui  a  a  faire  avec  tant  d'honnestes  gens,  ose  jouer  de  la 
harpe  et  se  décrier  partout  ? 

Que  sait-on?  l'occasion  fait  larron,  dit  le  François,  et  porte 
ouverte  tente  le  Sainct,  dit  l'Espagnol.  Je  ne  me  suis  jamais 
mal  trouvé  de  méfTiance,  mais  souvent  de  fiance. 


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LA   VIS   A   STRASBOURG  401 

On  void  ordinairement  au  visage  qui  on  est.  Je  le  prends 
pour  un  honneste  homme  à  sa  mine. 

S'il  est  tel,  qu'il  sy  tienne  :  pour  moy  je  joue  volontiers  au 
seur. 

Nous  voici  tous,  mon  maistre.  Que  demandez-vous  pour 
homme  d'icy  à  Paris? 

Mon  coche  tient  huit  personnes,  deux  devant,  deux  derriè- 
re, et  deux  h  chasque  portière.  Or  est-il  que  je  ne  puis  faire 
le  voyage  à  moins  de  quatre  vingts  risdales  (i)  au  dernier 
mot,  sans  barguigner  d'avantage.  Si  le  coche  est  plein,  ce  ne 
sont  que  dix  risdales  pour  teste.  Et  si  quelqu'un  a  une  valise, 
ou  un  bahut,  (2)  je  prends  trois  risdales  du  cent  (3). 

Cela  devrait  bien  passer  par  le  marché. 

Ouy  bien,  si  le  temps  estoit  encore,  comme  il  y  a  quinze 
ou  seize  ans  :  mais  maintenant  que  tout  est  quatre  fois  plus 
cher  et  qu'on  court  k  chasque  bout  de  cham^,  risque  d'estre 
volé  et  destellé,  il  est  impossible  de  demeurer  à  la  taxe  du 
bon  vieux  temps,  auquel  j'ay  esté  traicté  en  seigneur  à  table 
d'hosle  pour  six  bats  (4). 

A  cela  ne  tienne  que  le  marché  ne  soit  fail,  touschez  le, 
vous  aurez  ce  que  vous  demandez.  Quand  pourrez-vous  par- 
tir? 

Quand  il  vous  sera  commode,  je  seray  toujours  prest. 

Apprestez-vous  donc  pour  après-demain,  nous  terons 
aujourd'huy  et  demain  nos  petites  affaires  :  empaqueterons 
nos  livres  dans  des  tonneaux  de  sapin,  pour  les  envoyer  par 
eau  à  Franckfort  et  de  là  au  pays  par  charroy,  trousserons 
nostre  linge  en  nos  valizes,  avec  quelques  livrets,  comme  livres 
d'amis,  itinéraires  ou  Guide  de  chemins,  qu'on  appelle  aussi 
Routiers,  puis  payerons  nos  debtes  et  ferons  nos  Adieux. 


•  d)  Le  Reichsthaler  valait  5,80.  Vov.  Hanauer  Etudes  économ. 
I  p.  498. 

(%)  Fin  felleisen  oder  reisstruhe, 

(3)  Centner, 

(4)  Le  batzen  a  varié  de  i634  à  i690  entre  0,22  à  0,25. 


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402  REVUE  d'alsace 

C'est  bien  dit,  Mr.  Mes  chevaux  reposeront  ce  pen- 
dant. A  Dieu  donc,  messieurs,  jusqu'au  revoir.  A  propos, 
c'est  la  coustume  qu'on  me  donne  des  arrhes,  quand  on  a 
fait  marché.  Afin  que  je  sois  asseuré  de  la  tenue  du  marché, 
aussi  bien  que  vous,  que  je  ne  vous  quiteray  point  pour 
gain,  qui  se  puisse  présenter. 

Vous  n'avez  pas  mauvaise  raison  :  c'est  autant  nostre 
profit  que  le  vostre.  Tenez  voilà  six  ducats,  qui  font  douze 
risdales  sur  bon  conte,  pour  asseurance  que  nous  tiendrons 
le  marché. 

Bien,  Messieurs,  je  Tescriray  sur  mes  tablettes.  A  Dieu, 
encore  une  fois. 

A  Dieu,  cocher  :  Ne  faillez  pas  de  venir  icy  après  demain 
de  bon  matin  desjeuner  avec  nous. 

Bien,  Messieurs. 

Bonjour,  Messieurs;  serez-vous  bien  tost  prests  à  partir? 
Ameneray-je  icy  mon  coche? 

Donnez-nous  le  loish' de  desjeuner,  et  antidoter  nos  esto- 
machs  contre  le  mauvais  air. 

Très  volontiers,  Messieurs  car  la  traicte  est  grande  iusques 
k  la  disnée,  j'en  vay  faire  autant  au  logis,  et  puis  attelleray 
mes  chevaux,  et  viendray  tout  doucement  icy. 

Demeurez-icy  avec  nous,  et  nous  aidez  h  manger  un  bon 
polage,  humer  un  couple  d'œufs  mollets,  ronger  une  crosse 
de  jambon,  et  la  carcasse  d'un  coq  d'Inde  (1). 

Vous  n'avez  que  faire  d'aidant  pour  si  peu  de  chose  à 
tant  de  gens. 

Ne  vous  tourmentez  point  de  ce  solng  :  on  est  allé  quérir 
quatre  douzaines  de  pastez  h  la  mode,  a  un  sol  la  pièce,  et  si 
avons  un  bon  gigot  de  mouton  non  encore  entamé,  qui  res- 
chautTe  en  la  cuisine  sur  un  rechaut  entre  deux  grands  plats. 

Vous  fistes  sans  doute  hier  grand'chère,  que  vous  en  avez 
encore  de  si  bons  et  gros  morceaux  de  reste. 

Assez  bonne,  nous  vous  souhaitasmes  avec  nous  et  pen- 
sions que  vous  nous  viendriez  voir  vers  le  soir,  comme  ont 
de  coustume  les  autres  cochers. 


(1)  Dindon. 


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LA  VIE  A  STRASBOURG  403 

Je  ne  vay  pas  volontiers  en  un  logis,  où  je  say  que  Ton 
banquette  de  peur  qu*on  ne  croye  que  j'y  vienne  pour  escor- 
nifler  (1).  J'aimerois  autant  estre  appelé  Chelme  qu'Escorni- 
fleur,  si  l'un  valoit  l'autre. 

Asséez-vous  là,  et  jouez  de  l'espèce  à  deux  mains,  man- 
geant de  Tune  et  beuvant  de  l'autre  :  quant  à  nous,  nous  des- 
jeûnerons  tout  debout,  ear  nous  serons  assez  longtemps  assis 
dans  le  coche.  Çk  Messieurs,  k  ces  pastez,  pendant  qu'ils  sont 
chauds,  c'est  un  pauvre  manger  quand  ils  sont  froids  et  que 
la  graisse  en  est  figée  et  la  croûte  coriace. 

Il  ne  sont  pas  mauvais,  mais  j'aime  toutesfois  mieux  de  ce 
lièvre  froid. 

Que  cbascun  cherche  ses  appétits,  pour  moy,  je  me  tiens 
aux  œufs,  viande  aisée  k  digérer.  Beuvez  donc  un  coup  chas- 
cun,  selon  le  proverbe  allemand  :  sur  un  œuf  un  traict  de 
vin  (2). 

Aussi  feray-je  ;  A  vous,  cocher,  k  la  santé  des  partans. 

Grand  bien  vous  face,  Monsieur.  Je  vous  feray  raison  de 
bon  cœur. 

Tenez,  faites-moy  raison  tout  d'un  traict,  et  faites  que 
ceste  santé  aille  k  la  ronde. 

Bien  Monsieur.  Je  voudrois  que  nous  eussions  desjk  fait 
car  il  est  grand  temps  de  partir.  Messieurs,  voilk  mon  coche, 
que  mon  valet  a  amené  devant  la  porte,  disposez  vous  k  y 
monter. 

Faites  entrer  vostre  valet,  qu'on  luy  donne  un  coup  k 
boire.  Hk,  le  voilk  desjk.  Tiens,  mon  ami,  voilk  un  .esperon 
de  vin  (3)  :  quand  tu  auras  mangé  cela  arroose-le  de  ceste 
pinte  de  vin,  tes  chevaux  n'iront  que  plus  gaillardement,  selon 
le  proverbe  :  Après  bon  vin,  bon  cheval. 

Grand-merci,  Monsieur,  si  je  puis  vous  rendre  quelque 
service  en  nostre  chemin,  je  le  feray  de  bon  cœur. 

Çk,  çk  en  coche.  Messieurs.  Il  est  temps  de  quitter  ces 
complimens  de  paroles  et  emplissemens  de  vin  :  la  journée 
se  passe  sans  bouger  d'une  place. 

(1)  Schmarotzen. 

(2)  Auffein  ey  ein  trunck. 

(3)  Ein  bisslein  sum  trunck. 


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404  REVUE  d'alsage 

Ne  vous  pressez  pas  tant,  les  chevaux  sont  frais  et  bien 
reposez  et  le  chemin  beau  et  sec,  nous  pourrons  tantost  aller 
un  grand  train. 

Laissez-uioy  seulement  prendre  congé  de  cet  honneste 
homme,  que  je  quitte  avec  un  extrême  crève-cœur.  Monsieur, 
vous  voyez  comme  je  suis  pressé  tant  par  le  cocher  que  par 
le  temps  de  monter  en  coche  et  qu'il  m'est  impossible  de  la 
faire  plus  longue  en  vostre  agréable  compagnie  que  je  laisse 
avec  un  indicible  regret.  Voila  pourquoy  en  prenant  congé 
de  vous,  je  vous  prieray  très  affectueusement  de  me  conser- 
ver le  rang  que  crois  ambitieusement  posséder  en  vos  bonnes 
grâces  et  ne  permettre  que  nostre  éloignem«nt  m'en  puisse 
déloger.  Pour  mon  regard,  vous  vous  pouvez  asseurer,  que 
nulle  absence  ou  distance  des  lieux  n'aura  jamais  le  pouvoir 
de  séparer  vostre  souvenir  de  mon  cœur,  ni  amoindrir  le  désir 
que  j'y  ai  conceu  de  longue  main,  de  vous  servir  utilement, 
et  vous  témoigner  par  des  effets  ce  que  le  défaut  d'éloquence 
m'empesche  de  suffisamment  exprimer. 

Monsieur,  la  faute  d'éloquence  dont  vous  vous  plaignez, 
estant  desja  beaucoup  plus  grande,  en  moy,  y  est  redoublée 
par  le  regret  que  j'ay  de  nostre  séparation,  qui  me  serrant  le 
cieur  lie  aussi  ma  langue  de  sorte,  qu'elle  ne  vous  peut  dire 
autre  chose,  si  non  que  je  supplie  le  Tout  Puissant  d'estre 
vostre  escorte,  pour  vous  conduire  seurement  au  por^ 
désiré.  Et  vous  conjure  de  demeurer  aussi  constant  ami  de 
vostre  costé,  que  je  le  seray  du  mien  ;  de  quoy  vous  me 
donnerez  des  asseurances  en  vostre  absence,  toutes  les  fois 
que  vous  daignerez  monstrer  par  vos  écrits,  que  vous  avei 
souvenance  de  moy,  qui  suis  vostre  affectionné  serviteur  et 
amy  sans  fard. 

Monsieur,  je  suis  tout  autant  le  vostre,  puisque. je  n'ose 
dire  plus. 

Montons,  messieurs.  Quelle  place  vous  plait-il  prendre? 
Mettez-vous  derrière,  vous  deux  autres  messieurs.  Je  say 
bien  que  vous  ne  sauriez  endurer  d'estre  charriez  k  reculons. 

De  moy,  il  est  bien  vray,  car  il  me  faut  incontinent  vomir, 
sauf  correction. 

Et  moy,  il  me  prend  un  tournoyement  et  douleur  de  teste, 
qui  m'accompagne  tout  le  long  du  voyage. 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  40o 

Je  ne  suis  pas  (Dieu  mercy)  sujet  k  ces  incommodilez, 
voilà  pourquoy  je  me  mettray  devant. 

Monsieur,  mettons-nous  k  ceste  portière. 

Estes-vous  bien  messieurs  ? 

Ouy,  cocher,  touchez  vos  chevaux. 

Attendez  encore  un  peu  que  j'accommode  mon  manteau  et 
ferme  la  portière.  Hay  allons  h  la  garde  de  Dieu. 

A  Dieu,  Messieurs.  Dieu  vous  donne  bon  voyage  et  vous 
garde  de  toute  mauvaise  rencontre. 

Je  le  prie  aussi  qu'il  vous  vueille  maintenir  icy  en  bonne 
santé  et  prospérité.  Par  quelle  porte  sortirons-nous  ? 

Par  celle  qu'on  appelle  Kronenburgerthor.  Si  cette  maudite 
guerre  n'avoit  ruiné  tous  les  quatre  coins  et  le  milieu  de 
nostre  pauvre  patrie,  nous  aurions  à  ceste  heure  une  compagnie 
de  trente  ou  quarante  cavaliers  habillez  h  l'avantage,  avec  un 
trompette  h  la  teste,  qui  nous  donneroit  la  conduite  jusqucs 
au  premier  village. 

Je  ne  me  eoucierois  guère  du  défaut  de  cette  piatîe  si  seu- 
lement il  faisoit  seur  voyager  comme  du  règne  de  l'empereur 
Rudolphe. 

Prions  de  bon  cœur  l'Empereur  de  tout  l'univers,  qu'il  nous 
face  conduire  par  ses  saincts  anges  et  nous  passerons  sains 
et  saufs  k  travers  tous  dangers. 


CHAPITRE  VINGTIEME 


Du  Batelier  (1) 


Dieu  vous  gard',  Monsieur.  Ceste  heureuse  rencontre 
accourcit  mon  chemin,  car  je  vous  allois  chercher  en  vostre 
logis. 

Que  me  voulez-vous  donc  *? 


(1)  La  corporation  des  bateliers  était  une  des  plus  anciennes  et 
plus  puissantes  de  Strasbourg.  Ses  membres  habitaient  tous  la 
Krutenau  actuelle  et  le  poôle  de  la  tribu  se  trouvait  sur  le  quai 
des  bateliers  &  l'enseigne  de  l'Ancre  dont  le  nom  est  resté  à  la  ruelle 


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406  REVUE  d' ALSACE 

Je  vous  voulois  demander  s'il  est  vray  que  vous  veuillez 
aller  au  Pays-Bas. 

Ouy,  il  est  vray. 

J'ay  aussi  le  mesme  désir  et  cherche  compagnie. 

Vous  l'avez  trouvée,  si  elle  vous  est  agréable. 

Monsieur  elle  me  sera  non  seulement  agréable,  mais  aussi 
honorable  ;  mais  comment  avez-vous  envie  de  faire  voslre 
voyage. 

En  bateau,  parce  qu'il  y  fait  plus  seur  qu'en  coche  ou  à 
cheval.  Et  mesme  on  peut  en  un  bon  repos,  passer  le  temps 
k  lire  quelque  bon  livre,  ou  à  jouer  à  un  honneste  jeu. 

Avez-vous desj a  fait  marché  avec  un  batelier? 

Non  pas  encore,  mais  je  m'y  en  vay  de  ce  pas. 

Je  vous  tiendray  compagnie  s'il  vous  plaist. 

Allons  donc  par  ceste  rue,  qui  mené  sur  le  pont  Sainct-Es- 
tiene,  par  où  on  va  k  la  Prairie  aux  herbes  (1),  où  demeurent 
les  bateliers.  Voici  son  logis.  Petit  garçon  où  est  ton  père? 

H  est  au  poile  (2). 

Va  luy  dire  qu'il  y  a  quelqu'un  devant  la  porte,  qui  luy 
veut  dire  un  mot. 

Bien  Monsieur.  Mon  père,  il  y  a  deux  Messieurs  Ik-dehors 
qui  demandent  k  parler  k  vous. 

Dieu  vous  gard'Messieurs.  Que  me  voulez-vous  ? 

Irez-vous  bien  tost  k  Francfort  ? 

Ouy,  la  semaine  prochaine,  s'il  platt  k  Dieu. 

M'y  voulez- vous  mener  avec  Monsieur  que  voicy? 

Ouy  dk.  Messieurs,  en  payant  ce  que  de  raison. 


voisine.  Elle  avait  acquis  d'importants  privilèges  et  la  navigation 
sur  le  Rhin  de  Bàle  à  Neubourg  lui  appartenait.  L'époque  de  splen- 
deur fut  le  XV«  siècle,  grâce  aux  nombreuses  foires  de  France  et 
d'Allemagne  qui  amenèrent  un  très  grand  mouvement  de  marchan- 
dises. Le  déclin  fut  rapide  et  au  XV11«  siècle,  elle  n'avait  plus  que 
le  droit  de  transport  deux  fois  par  an  pendant  six  semaines  au 
au  moment  de  la  foire  de  Francfort.  Les  moyens  de  communication 
par  voie  de  terre  devenaient  de  plus  en  plus  pratiques  et  rapides. 
(Pilon  H  7-13.  Engelhard.  La  tribu  des  bateliers  de  Strasbourg  ds. 
Rev.  alsacienne  1887). 

(i)  La  Krutenau. 

(2)  Le  poêle  de  la  tribu. 


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LA   VIB  A   STRASBOURG  407 

Cela  s*entend  mon  maistre  :  nous  ne  demandons  pas  que 
vous  nous  serviez  gratis  ou  pour  néant.  Que  voulez-vous 
pour  une  personne? 

Trois  risdales.  * 

C'est  beaucoup. 

Ce  n*est  pas  trop  ce  n'est  que  Tordinaire. 

Nous  vous  les  donnerons  donc.  Quel  jour  partirez-vous  ? 
afin  que  nous  nous  puissions  tenir  prests. 

Je  ne  say  encore  bonnement.  La  marchandise,  que  je  doy 
mener  est  encore  en  la  douane. 

Venez-moy  trouver  Dimanche  au  Loup  (1)  sur  le  quay,  vous 
m'y  trouverez  vers  le  soir,  et  je  vous  en  sauray  rendre  meil- 
leure raison  qu'a  ceste  heure  :  si  j'ay  chargé  Lundi,  je  parti- 
ray  Mardi  de  grand  matin  à  l'ouverture  de  la  Palissade  (2). 


CHAPITRE    VINGT-UNIEME 


Du  Brasseur  de  bière 


Voilk  un  temps  tout  a  souhait  pour  les  vendeurs  de  bière  : 
car  la  chaleur  est  si  grande  que  le  vin  eschauffe  et  altère 
plus  qu'il  ne  rafraischit  ou  estanche  la  soif.  C'est  pourquoy 
j'irois  volontiers  en  un  cabaret  k  bière  en  mettre  une  pinte 
sous  mes  cheveux,  n'estoit  qu'il  y  a  toujours  des  gens  qui  y 
pétunent,  ou  prenent  du  tabac,  ou  petun,  la  fumée  duquel 
je  ne  puis  souffrir. 

Si  vous  voulez  venir  en  mon  logis  vous  reposer  sous  un 
charriot,  cabinet  ou  berseau  de  treille  de  nostre  jardinet  de 
derrière,  où  il  y  a  une  belle  table  quarrée  d'ardoise,  nous 
serons  Ik  a  l'ombre  et  h  la  frescheur,  et  boirons  h  gogo  de  la 
bière  de  Mars,  que  mon  hoste  encava  il  y  a  quinze  jours.  Si 
elle  est  un  peu  trop  amôre  pour  vous,  k  cause  qu'il  y  a  beau- 
coup de  houblon,  pour  ne  s'enaigrir  si  tost,  l'en  envoyeray 

(4)  Auberge  de  la  Krutenau  déjà  menlionnée  en  1446  et  1466. 
(2)  LeRechen  aux  Ponts-Couverts  actuels. 


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i08  REVUE  d'a.LSAGB 

quérir  un  pot  de  douce  à  la  Cloche  (1),  à  l'Ours  (2),  au 
Soleil  (3),  au  Coq  blanc  (4),  k  la  Guirlande  de  roses  (5),  a 
TAustruche  (6),  au  Gréant  (7),  à  la  Cigognetle  (8),  à  la  Bre- 
bis (9),  ou  au  Ramage  d*oispaux  (10).  Je  la  feray  aussi  raiïré- 
chir  dans  un  raffreschissoir  ou  cuveau  plein  d'eau  de  nostre 
puits,  qui  est  froide  comme  glace  en  esté  et  chaude,  ou  plus- 
tost  tiède  en  hyver. 

Je  vous  prends  au  mot.  Tay  ouy  parler  de  Texcellence  de 
voslre  bière,  qui  pique  un  peu  sur  la  langue,  comme  celle  de 
Brunswick,  et  a  une  petite  amertunc  qui  n'est  pas 
désagréable. 

Servante,  va  nous  tirer  une  cruche  de  bière  et  nous  apporte 
le  verre  d'une  chopine.  —  Pourquoy  es-tu  demeurée  si  long 
temps  en  la  cave?  S'il  y  avoit  la-bas  un  fourneau,  une  chau- 
dière, du  braz,  du  houblon,  du  bois  et  de  l'eau,  je  dirois  que 
tu  l'a  maintenant  brassée. 

(1)  D'après  Ch.  Schinidt,  Strassbg.  Gassen  und  Hœusemamen 
im  Mittelalter,  2e  éd.  il  y  avait  une  brasserie  de  la  Cloche  dans 
la  Grande  rue  en  i5S7,  précédemment  à  V Enclume.  11  est  probable 
que  Martin  parle  de  celle-là  et  non  de  celle  existant  rue  des  Sœurs 
qui  ne  prit  son  nom  qu'en  1832.  (F.  Heiber  Etudes  gambrinales 
p.  81). 

(2)  Il  est  probablement  question  de  VOura  blanc  place  Kléber 
qui  HbM  déjà  une  auberge  en  1494  [Schmidt  147j.  Il  y  avait  une 
auberge  à  VOurs  d'or  dans  la  Grand'Rue  en  1.580.  En  1427  et  14ÔU 
on  trouve  mention  d'une  auberge  à  VOurs  rouge  au  Vicux-Marcbé- 
aux-Poissons.  Un  Ours  noir  se  trouve  Grande  Rue,  mais  il  n'est 
pas  cité  par  Schmidt. 

(3)  Dans  la  Grande  Rue  de  la  Grange,  n'est  pas  mentionné  par 
Schmidt. 

(4)  Au  faubourg  de  Pierres;  le  texte  allemand  porte  beym. 
Weissenhaus. 

(?S)  N'est  pas  mentionné  dans  les  listes  publiées  par  Reiber. 

(G)  Place  de  la  Grande  Boucherie,  est  déjà  menUonué  en  13(i3- 
i393.  Stûbel  der  Schiffer  zu  den  Stimss,  am  Salzhof  nebcn  dem 
Lœwenstein  1427, 1478.  (Schmidt  151.  Reiber  81). 

(7)  Rue  de  la  Kru(enau. 

(%)  Place  du  Eroglie.  Disparu. 

(^)  Place  Dauphiue.  Disparu. 

(i'^)  Quai  des  Baleliers.  Parait  déjà  comme  brasserie  en  15S7. 
('Schmidt  175,  Reiber  82;. 


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LA  VUK  A  STa.VSBÛURG  409 

Monsieur,  ce  qui  se  fait  bien,  se  fait  assez  visteraent.  Voyant 
que  VOU5  aviez  un  honneste  homme  avec  vous,  je  n'ay  pas 
voulu  tirer  de  ia  bassière  (1)  mais  ay  percé  une  tonne  pleine. 

Va,  tu  es  une  gallante  fille,  je  t'acheteray  un  ruban  de 
cheveux  ou  lacet  de  soye  pour  ta  foire  (2).  Donne-moy  & 
boire,  je  me  pasme,  comme  un  poisson  hors  de  Teau. 

Tendez  donc  le  verre. 

Verse  de  haut,  que  la  bière  face  beaucoup  d'escurae  ;  j'y 
enfonce  volontiers  le  nez  jusques  aux  yeux. 

Vous  n'estes  donc  pas  de  Tadvis  de  ce  pendard,  qui  estant 
desja  sur  i'eschelle,  demanda  un  traict  de  bière,  et  ayant  le 
verre  en  la  main,  souffla  toute  l'escume  dehors,  disant  qu'elle 
luy  engendrerait  la  gravelle,  s'il  la  beuvoit. 

S'il  n'est  vray,  la  bourde  est  belle. 

Ce  conte  est  aussi  cousin-germain  de  cet  autre,  assavoir 
qu'un  tel  pendard  refusa  de  boire  après  le  bourreau  de  peur 
de  prendre  la  vérole  de  luy. 

Tout  cela  est  snjet  à  caution,  toutesfois  il  vaut  mieux  le 
croire  que  d'y  aller  voir. 


CHAPITRE    VLNGT-DEUXIÈME 
De  la  Lavandiàre 


Nous  n'avons  plus  de  linge  blanc,  il  est  temps  que  nous 
fassions  la  lessive.  Puisque  le  temps  est  changé,  et  qu'il  y  a 
apparence,  que  nous  aurons  quatre  ou  cinq  jours  de  beau 
temps,  je  serois  d'advis,  que  nous  accouplassions  (3),  aujour- 

(\)  Auê  einem  fast  leeren  fas, 

(1)  Eine  Naarschnur  oder  einen  Preissnettel  zum  Mess- 
kramkanfen. 

(^)  Were  ich  der  meynung  wir  solten  heut  unser  schiaartz 
geteuch  zusammen  nehen  morgen  einlegen,  ûbermorgen  aufi- 
chûtten,  und  die  bauch  am  freytag  waschen,  dieselben  auffder 
Bûne  und  Gang  auff  die  seile  die  da  auff'gespannet  seind 
auffhencken. 


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4i0  REVUB  d'aLSACB 

d'huy  nostre  linge  sale,  rencuvelassîons  demain,  pour  jcller 
après  demain  la  lessive,  et  la  laver  Vendredi,  la  pendre  au 
grenier,  et  en  nostre  galierie  aux  cordes,  qui  y  sont  tendues. 

Yostre  conseil  n'est  pas  mauvais,  car  elle  pourra  bien 
sécher  le  samedi  et  dimanche,  si  cette  sécheresse  et  sérénité 
continue.  Je  diray  &  mon  serviteur  qu'il  lie  ferme  ses  bas  de 
ses  jarretières,  afin  qu'il  dure  (1),  s'il  veut  que  je  croye  que 
j'ay  en  luy  un  constant  amant. 

Croyez-vous  que  cela  y  serve  de  quelque  chose? 

Nenny,  mais  c'est  un  commun  proverbe  en  ce  pays-cy  ;  s'il 
vient  k  point,  nous  pourrons  replier  le  linge  sec  lundi  pro- 
chain et  le  resserrer  en  sa  place. 

Mon  mari,  mettez  la  main  à  la  bourse,  et  me  donnez  de 
l'argent  pour  acheter  des  cendres  et  du  savon  de  Venise  :  car 
le  savon  noir  (2)  sent  trop  mauvais.  Nostre  cendrier  (3)  est 
percé,  il  y  faut  mettre  une  pièce.  Nous  en  aurions  grand 
besoin  d'un  neuf,  cestuy-là  esté  autant  rappiécé  qu'un  man- 
teau de  gueux. 

Il  s'en  faut  encore  passer  pour  ce  coup.  Servante  n'oublie 
pas  de  mettre  nos  pots  de  chambre  dessous  la  cuve  k  lessive 
dans  le  eu  veau  (4),  quand  la  lessive  coulera  (5),  car  il  n'y  a 
rien  qui  nettoyé  mieux.  Avez- vous  desja  asseuréune  buan- 
dière  (6)  ou  lavandière? 

Ouy,  et  si  luy  ay  enchargé  de  se  pourvoir  d'une  femme  ou 
d'une  forte  fille,  pour  luy  aider  k  tordre  le  linge  et  porter  la 
buée. 

Commande-luy  bien  de  se  servir  plus  de  ses  mains  en 
savonnant  et  frottant,  que  son  battoir  en  battant  le  linge, 
car  il  en  est  beaucoup  plustost  usé. 

Qu'est-ce  que  l'on  donne  k  une  lavandière  pour  sa  journée? 


[1]  Coutume  encore  en  usage  aujourd'hui,  mais  ne  s'applique 
qu'aux  enfants  auxquels  on  le  dit  en  leur  faisant  remonter  les 
bas  mal  tirés. 

[2]  Schmierseif. 

[3J  Aeschertuch. 

[4]  Unter  die  bauch  butte  in  den  Kûbel. 

[5]  Wann  die  laug  durch  lauffen  oder  seijchen  wird. 

[()]  Bauchwœscherin. 


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LA   VIE  A  STRASfiOUBG  411 

Quelques  uns  luy  donnent  huict  sols  (1),  d'autres  neuf  ou 
dix,  avec  une  miche  de  pain. 

Combien  de  fois  leur  donne-on  k  manger  le  jour  ? 

Elles  font  quatre  repas.  On  leur  donne  du  potage  au  matin 
avec  quelque  autre  chose  et  un  gobelet  ou  deux  de  vin.  Au 
disner  on  leur  donne  tout  leur  saoul  de  chair,  avec  le  potage, 
quelques  fois  des  pois  uu  lard  ou  des  quartiers  de  pommes  (2), 
sans  oublier  le  dessert  de  fromage  et  fruict.  selon  la  sai- 
son. Vers  les  trois  ou  quatre  heures  on  leur  apporte  à  gouster 
à  la  rivière,  en  quoy  elles  emploient  bien  une  heure  ou  trois 
quarts  d'heure.  Le  soir  estant  venu,  et  la  buée  ou  lessive 
lavée,  celles  qui  ont  la  conscience  large  (3),  comme  la  manche 
d'un  Cordelier,  vont  jusques  en  leur  logis,  pour  y  changer 
d'habits,  comme  elles  disent  :  mais  à  la  vérité  le  principal 
sujet  et  d'y  porter  leur  larcin,  c'est  h  savoir  quelque  che- 
mise, une  serviette  (4),  ou  du  moins  un  maillot  d'enfant  (5), 
qu'elles  jureront  avoir  esté  emporté  par  l'eau.  Outre  cela  des 
morceaux  et  restes  de  savon,  des  quartiers  de  pain  et  des 
restes  de  vin.  Car  il  est  à  noter  que  telles  harpyes  apportent 
quelque  cruche  ou  pot  k  la  rivière,  dans  lequel  elles  vuident 
le  vin  des  flascons  et  en  demandent  d'autres.  Cela  fait,  elles 
vont  au  logis  de  celuy,  pour  qui  elles  ont  travaillé,  où  elles 
trouvent  la  table  bien  couverte,  sont  traictées  en  commissai- 
res, et  boivent  à  crèvepeau,  s'enyvrant  de  sorte  qu'il  les  faut 
remmener  par  dessous  les  bras  au  logis  chancellantes  (6)  : 
comme  de  fait  j'en  ay  veu  tomber  dans  le  ruisseau  (7)  en 
chemin. 


[1 1  La  valeur  du  son  de  Strasbourg  a  varié  de  1634  à  1682  enlre 
0rr33et0fr39. 

[2|  Aepfelschnitzen, 

[3J  So  ein  weites  Gewissen  haben  dasê  ein  fuder  hew  durch- 
fahren  kœnnte. 

[4]  Ein  tellertûchlein. 

[5]  Ein  KindstcindeL 

[6|  Dorckenld. 

[7]  Jn  die  lâche. 


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ii%  RBVUB  D'ALSiLGB 

CHAPITRE   VINGT-TROISIÈME 
De  rarithméticien 

D*où  venez-vous  avec  vostre  peau  d'asne  ? 

De  chez  rarithméticien. 

Apprenez-vous  h  conter  en  chiffres  ? 

Ouy,  et  aussi  avec  des  jectons  (1)  ;  mais  parcequ'on  se 
peut  aï8ém3nt  mesconter,  j'aime  mieux  m*accouslumer  a 
l'usage  des  marchands  allemands,  qui  est  asseuré  et  infailli- 
ble avec  chiffres. 

Cela  est  vray  :  car  encor  que  Ton  faille,  Terreur  se  descou- 
vre aisément  k  la  preuve  :  Comment  est-ce  que  vostre  maistre 
fait  les  preuves  ? 

Il  preuve  Taddîtion  par  la  soustraction,  et  cet  espèce  icy 
par  celle-lk  :  la  multiplication  par  la  divisision  et  au  rebours. 

Qu'est-ce  qu'on  appelle  la  règle  de  Trois  (2)  ou  des  Mar- 
chands ? 

C'est  une  disposition  de  trois  nombres  distincts,  séparez 
d'un  petit  intervalle,  par  laquelle  on  trouve,  si  un  fouder  de 
vin  couste  vingt  neuf  risdales,  combien  en  coustera  le  pot,  la 
pinte,  la  chopine,  demi-chopine,  ou  un  verre  :  et  au  rebours, 
si  un  verre  de  vin  couste  deux  liards,  à  combien  reviendra 
le  fouder.  Pareillement  si  une  pièce  de  draps  couste  quatre 
vingt  dix  neuf  florins,  combien  en  vaudra  l'aulne,  la  demi- 
aulne,  le  tiers,  le  quartier  et  ainsi  des  choses  qui  se  vendent 
au  poids. 

J'aurois  grand  besoin  d'aller  k  Tescole  avec  vous,  car  je  ne 
say  pas  encore  la  valeur  des  nombres  qui  s'escrivent  par 
lettres,  comme  ceux-cy  mdglxvi. 

Je  vous  les  donneray  à  entendre,  si  vous  voulez  m'escou- 
ter,  car  j'y  suis  tantost  maistre,  mon  maistre  a  desja  peur 
que  je  ne  luy  coupe  l'herbe  sous  le  pied,  et  luy  desbauche 
ses  escoliers. 


(i  "I  Rechenpfenn inge. 
(i)  Ifegul  de  tri. 


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LA  VIB   A   STRASBOURG  4t3 

Je  croy  que  voire  !  Preschez  donc  je  vous  escoule. 

M  signifie  mille,  parceque  c'est  la  première  lettre  du  mot 
et  s'escrit  aussi  gk)  ou  oo  ,  par  une  figure  corrompue  de  Tanti- 
que  H  des  latins.:  d  ou  i3  vaut  cinq  censt  parce  que  c'est  la 
moitié  de  cio  ou  mille  :  c  signifie  cent,  parce  que  c'en  est  la 
première  lettre  :  l  vaut  cinquante,  parce  que  c'est  la  moitié 
du  vieux  c,  qui  s'escrivoit  ainsi  [  :  v  vaut  cinq,  d'autant  que 
c'est  un  II  ou  îf  renversé  signifiant  aussi  cinq  en  grec  parce 
que  c'est  la  première  lettre  de  iibvte=:  cinq.  Cet  v  doublé  et  at- 
taché par  un  bout  représente  X,  etsignifie  deux  fois  cinq  on  dix. 
Un  I  ne  vaut  qu'un  h  cause  que  ce  n'est  qu'un  simple  traict. 
Tellement  que  mdglxvi  valent  1666  ou  mille  six  cens  soixante 
six.  Notez  aussi  qu'un  plus  petit  nombre  mis  devant  un  plus 
petit  le  diminue  d'autant,  ainsi  que  vous  le  pourrez  voir  en 
ceste  liste  de  nombres  : 

Un  1  I  Deux  2  ii.  Trois  3  m.  Quatre  4  iv.  Cinq  5  v.  Six  6  vi. 
Sept  7  VII.  Huict  8  viii.  Neuf  9  ix.  Dix  40  x.  Onze  il  xi.  Douze 
12  xii.  Treize  13  xiii.  Quatorze  14  xiv.  Quinze  15  xv.  Seize  16 
XVI.  Dix  sept  17  vxii.  Dix  huict  18  xviii.  Dix  neuf  19  xix. 
Vingt  20  XX.  Vingt  un  21  xxi.  Vingt  deux  22  xxri,  etc.  Trente 
30  XXX.  Quarante  40  xl.  Cinquante  60  l.  Soixante  60  lx. 
Septante  ou  soixante  et  dix  70  lxx.  Octante,  huictante  ou 
quatre  vingts  80  lxxx.  Nouante  ou  quatre  vingts  et  dix  90 
xc.  Cent  100  c.  Cinq  cens  500  d  ou  id.  Mille  1000  m  ou  cio  ou 
00 .  Cinq  mille  5.000  iod.  Dix  mille  10.000  ccioo.  Cinquante 
mille  50.000  iddo.  Cent  mille  100.000  cccirKK).  Cinq  cens  mille 
500.000  iDOOO.  Million  1 .000.000  ccgctodoo.  Milliar  1 .000.000.000 
CGCGCiDODOD.  Marquez  aussi  en  passant  que  quand  il  y  a  un 
traict  de  travers  sur  un  nombre,  il  le  fait  signifier  des 
milliers,  ainsi  ï,  mille  :  v  cinq  mille  :  x  dix  mille  etc. 
S'ensuit  la  table  de  multiplication  qu'on  appelle  une  fois  un. 


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414  RKVUB  d' ALSACE 

CHAPITRE    VINGT-QUATRIÈME 
Du  Barbier  (1)  et  chirurgien 

A  las  !  au  meurtre  (2),  k  l'aide,  mes  amis. 

Qu'y  a-il?  Qu'est-ce,  qu'est-ce  ?  Que  vous  faut-il?  A  qui  en 
avez- vous? 

Prenez-le,  prenez-le  I  ^ 

Il  est  trop  bien  enjambé  pour  Tattrapper.  Que  vous  a-t-il 
fait,  ce  fuyard  ? 

Il  m'a  fort  blessé:  menez  moy  vistement  chez  un  chirur- 
gien, pendant  que  je  puis  encore  marcher  :  je  ne  say  si  j'en 
eschapperay,  je  suis  blessé  k  mort,  la  perle  de  mon  sang  me 
fera  tomber  en  défaillance,  si  on  ne  Testanche  en  diligence. 

Nous  voicy  desjk  devant  la  maison  de  maistre  Philippes, 
frappez  k  la  porte. 

Toc  toc  loc,  holk  dormez-vous  desja  tous  Ik-dedans? 

Qui  est  Ik  ? 

Amis,  ouvrez  vistement. 

Qu'y  a-t-il  ?  messieurs. 

Approchez  la  chandelle,  vons  le  verrez. 

Hélas!  Monsieur,  qui  est-ce  qui  vous  ainsi  accoustré  ? 
Vrayement  vous  estes  mescognoissable  en  cet  estât  k  vos 
meilleurs  amis. 

Hastez-vous  de  me  secourir,  mon  maistre  :  car  les  longs 
discours  ne  sont  pour  l'heure  de  saison. 

Monsieur,  je  suis  tout  prest  :  incontinent  que  vous  m'aurez 
dit  où  et  par  qui  cela  vous  a  esté  fait,  je  mettray  la  main  k  la 
besogne:  car  nous  sommes  obligez  par  serment  d'en  faire 
rapport  au  Magistrat. 

Bien  donc,  je  vous  raconteray  tout  en  peu  de  paroles,  sans 
desguiser  la  vérité.  Comme  je  m'en  relournois  au  logis,  après 
avoir  soupe  en  ville,  j'ay  rencontré  un  soldat,  qui  avoitJai 


(i)  Balbirer. 
(%)  Mordio 


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LA   VIE   A  STRASBOURG 


41S 


emplette  de  vin,  et  mesme  de  vin  de  lion  (1).  Iceluy  criant 
comme  un  veau  de  dixme  (2),  ça,  ça,  ça,  je  luy  ay  dit,  à  qui 
en  as-tu  pays?  Quête  faul-il?  Surquoy  il  a  tiré  Tespée  fait 
violettes  (3)  et  respondu  :  Hé  que  t'en  soucies-tu  bec-jaune, 
grimau,  gratte  papier,  affamé,  mangeur  d'orge  (4).  Viençà 
Tespez  au  poing,  si  tu  en  as  une,  et  te  mets  en  défense, 
autrement  je  te  meurtriray  tout  de  coups  de  plat  d'espée. 
Moy  qui  suis  un  honneste  estudiant,  qui  ay  il  y  a  trois  ans 
déposé  les  cornes  et  passé  mon  année  de  bec-jaunage  (3),  et 
suis  depuis  environ  deux  ans  hors  de  Testât  d'innocence, 
(comme  on  dit)  me  sentant  si  rudement  attaqué  en  mon 
honneur,  j'ay  tout  incontinent,  tiré  Tespée,  en  intention  de 
chaslier  la  témérité  de  ce  fat.  Mais  Iks  I  au  premier  assaut  je 
Tay  trouvé  charmé,  et  dur  comme  une  enclume  :  car  luy  ayant 
tiré  une  verde  estocade  droit  aux  boutons,  mon  épée  s'est  cour- 
bée sur  sa  paillarde  poictrine  comme  un  arc,  sans  aucunement 
entrer.  Luy  d'une  prompte  riposte  m'a  donné  une  telle  estra- 
massade  sur  la  teste  que  je  la  pensois  fendue  en  deux  pièces. 
Le  sang  sortant  en  abondance  de  la  playe  et  me  découlant  sur 
les  yeux,  m'a  privé  de  la  veuë  et  en  mesme  temps  du  moyen 
de  me  défendre  et  ainsi  ay  esté  contraint  de  crier  h  l'aide.  Ce 
qu'entendans  ces  messieurs-cy,  qui  n'estoieht  qu'a  vingt  ou 
trente  pas  de  moy  et  me  recognoissant  k  la  voix,  ils  y  sont 
accourus,  mais  non  pas  si  viste,  qu'il  ne  m'ay  encoie  donné 
un  coup  dans  le  bras  qu'il  a  percé  de  part  en  part. 

Le  cognoissiez-vous  bien  ? 

Non  autrement  que  de  veue.  11  fait  souvent  la  garde  à  la 
porte  des  Bouchers. 

Vous  eussiez  mieux  fait  de  vous  taire,  et  le  laisser  crier. 
Ne  savez-vous  pas  qu'on  dit  en  nostre  langue  allemande. 


(4)  Der  sein  geld  an  nasse  wahr  gelegt  hatteund  einen  lœwen 
wein  gesoffen, 

(2)  Blerrte  wie  ein  merUen  Kalb. 

(3)  Hat  er  von  ledcr  gezogen,  in  die  stein  gehawen. 

(A)  Du  pénal,  Schulbiib,  bâchant,  blackscheisser,  hungerlei- 
der,  gerstenfresser. 

(5)  Der  ich  schon  vor  drey  Jahren  deponirty  mein  pénal  Jahr 
aussgert  atden  hab. 


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416  RisvuB  d'alsace 

qu'une  charrée  de  foin  doit  céder  et  faire  large  k  un  homme 
yvre  (1).  Il  y  a  environ  vingt  ans  que  je  suis  en  ceste  ville, 
durant  lequel  temps  j'ay  esté  de  nuict  par  les  rues  à  toutes 
heures,  mesmes  après  minuict,  mais  je  n'ay  jamais  rencon- 
tré  yvrogne,  qui  m'aye  querellé,  ni  patrouille,  qui  m'aye  fait 
un  masque  de  gant  de  maille.  La  raison  est  que  j'ay  laissé 
passer  ceux-là  sans  mot  dire,  et  donné  de  bonnes  paroles  à 
ôeux-cy.  Belles  paroles  n'escorchent  pas  la  langue  :  et  plus 
esteint  une  bonne  parole  qu'une  chaudronnée  d'eau.  Mais 
c'est  assez  sermonné  pour  ceste  heure,  à  chose  faite,  conseil 
est  pris.  Asseez-vous  là  dans  ceste  chaire,  s'il  vous  plaist. 
Garçon,  apporte  un  peu  d'eau  tiède  pour  laver  le  sang  du 
visage  et  des  cheveux,  et  du  vin  blanc  pour  nettoyer  la 
playe,  et  un  rasoir  (3)  pour  raser  les  cheveux  d'alentour.  0 
qu'elle  est  grande  !  Donne  moy  la  sonde  (4),  que  je  voye 
combien  elle  est  profonde.  Fay  de  la  charpie  (5)  d'un  vieux 
drapelet,  le  ratissant  ou  raclant  (6)  avec  le  trcnchant  d'un 
couteau  pour  en  faire  des  tentes.  Prends  la  boûette  aux  on- 
guents,*(7)  et  avec  une  espalule  estends  l'onguent  verd  dessus 
un  drapeau  pour  un  emplastre  au  premier  appareil,  et  ap- 
preste  les  bandelettes.  Certes  la  playe  est  bien  profonde  :  j'ay 
peur  que  le  test  ne  soit  offensé.  Si  cela  esloit,  il  vous  faudrait 
trépaner,  pour  en  oster  les  esquilles  :  car  autrement  le  cerveau 
s'apostumerait,  et  vous  causerait  infailliblement  la  mort. 
Voyons  ce  qui  en  est.  Dieu  soit  loué,  le  dommage  n'est  pas  si 
grand  que  je  pensais.  Toutesfois  pour  estre  plus  asseuré,  et 
ne  rien  bazarder,  il  faubra  faire  appeller  les  maistres  jurez, 
si  tost  que  le  jour  sera  venu.  Cependant  j'y  mellray  cet 
eitiplastré,  avec  une  compresse  dessus,  de  peur  que  rien  ne 
l'offense  en  dormant. 


(1)  Ein  fuder  hew  solle  einem  vollen  Mann  weichen, 

[2]  Lawlicht  Wasser, 

[3]  Scheermesser, 

|4]  SuchnadeL 

[5]  Carwey. 

[6]  Und  schabes, 

[7]  Bindbûchse. 


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LA   VIE   A    STUASBOURG  il" 

DE  LA   SAIGXÉE 

Bonjour,  Monsieur,  j'ay  veu  tant  \\  la  double  croix  de 
mon  Almanac,  qu'aux  bandelettes  (1),  qui  pendent  à  vostre 
fenestre,  qu'il  fait  aujourd'huy  bon  se  faire  tirer  du  sang. C'est 
pourquoy  je  suis  entré  céans  pour  me  faire  saigner,  a  cause 
que  la  gratelle  me  tourmente  de  sorte,  que  je  n'ay  repos  ni 
jour  ni  nuici,  la  peau  me  démange  si  fort,  qu'il  m'est  impos- 
sible de  me  tenir  que  je  ne  me  gratte,  après  quoy  elle  me 
cuit  comme  feu  :  action  qui  n'est  pas  seulement  fascheuse, 
mais  aussi  très  malséante  en  compagnie.  Mon  médecin 
impute  la  cause  de  ceste  démangeaison  k  la  chaleur  et  séro- 
sité de  mon  sang  :  pourtant  suis-je  d'advis  de  me  faire  ouvrir 
la  veine  pour  me  raiîreschir  le  foye  enflammé  de  boire  des 
vins  forts. 

Vous  devriez  donner  congé  au  vin  pour  quelque  temps,  et 
ne  boire  que  de  la  ptisane. 

De  quoy  la  fait-on  ? 

D'eau  de  fontaine  que  l'on  boult  avec  de  l'orge,  des  raisins 
de  Corinthe,  de  la  réglisse  (2)  et  quelque  peu  de  canelle. 
Asséez-vous  en  ceste  chaire. 

Apporleunbacin,garçon,deuxpalettes(3),unebandeletteet 
du  cotton,  comme  aussi  la  pièce  de  drap  rouge  pour  mettre 
sur  les  chausses  de  Monsieur,  qu'elles  ne  soient  tachées. 

A  quel -bras  voulez-vous  que  je  vous  saigne  ? 

Au  droict,  et  prenez  une  lancette,  car  depuis  que  j'ay  veu 
UQ  bras  tout  bleu  et  jaune,  je  ne  me  fie  plus  aux  flammettes, 
lesquelles  percent  quelques  fois  la  veine  de  part  en  part, 
quand  le  barbier  a  la  main  trop  pesante,  et  frappe  trop  fort  : 
dont  est  parfois  arrivé  qu'il  a  fallu  couper  le  bras  k  de  pau- 
vres personnes,  pour  sauver  le  reste. 

Vous  n'avez  que  faire  de  craindre  pour  cela  de  mon  costé  ; 
je  suis  assuré  de  mon  baston.  ïoutesfois  je  vous  serviray  h 
vostre  gré.  Tournez  donc  la  veue  ailleurs,  et  estendez  11»  hras, 
empoignant  ferme  le  pouce  avec  les  quatre  doigts. 

[i]  Lassbinden, 

[2]  Sitssholts. 

(3)  Ztoey  kœchletn. 


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4i8  RBVCE  b'alsace 

Dieu  vous  bénie  la  saignée,  Monsieur. 

Grand  merci,  Messieurs, 

Empoignez  ce  baston,  tournez-le  et  pliez  le  bras.  Toussez 
aussi  de  fois  à  autre,  afin  que  le  sang  coule  mieux  dehors. 

Que  vous  semble  de  ce  sang  ? 

i\  est  bien  corrompu,  il  est  bruslé,  il  y  a  beaucoup  de  co- 
lère et  de  phlegme.  Vous  avez  le  foye  fort  chaud. 

La  beuverie  en  est  cause.  Je  détremperois  mon  vin  d'eau 
comme  on  fait  en  France,  mais  le  vin  de  ce  terroir  ne  la  peut 
porter  :  car  pour  fort  qu'il  soit,  il  sent  les  rinccures  de  pintes, 
si  tost  qu*on  y  mesle  un  peu  d'eau. 

N'avez-vous  pas  encore  mal  au  cœur  ? 

Nenny,  je  ne  suis  pas  subject  aux  pasmoisons  ou  foiblesses 
de  cœur.  Tirez  m'en  beaucoup,  je  suis  fort  sanguin  et  sans 
gain. 

Vous  estes  aussi  sanglant,  je  ne  say  si  aussi  sanguinaire. 

Menny  :  je  laisse  cette  qualité  aux  damnables  exécuteurs 
du  massacre  de  Paris,  et  aux  bouchers  de  Lyon,  qui  n'eurent 
point  horreur  d'esgorger  des  troupes,  des  femmes,  enfans  et 
hommes  prisonniers  pour  la  religion,  lesquels  les  bourreaux 
ne  voulurent  attoucher. 

Vostre  sang  se  change,  il  est  temps  de  bouscher  le  trou  : 
la  trop  grande  saignée  vous  pourroit  faire  tomber  en  syn- 
cope. Ëstendez  le  bras  que  la  playe  se  referme.  Serrez  ferme 
la  bandelette  sur  le  cotton  et  la  nouez  bien.  Et  vous,  portez 
vostre  bras  en  escharpe  toute  ceste  journée,  et  le  choyez 
bien,  ne  faisant  rien  de  cette  main  avec  force,  de  peur  que 
la  veine  ne  se  r'ouvre.  Etaliez  manger  un  bon  potage,  humer 
un  couple  d'œufs  mollets,  puis  faire  une  promenade,  pour 
deschasser  le  sommeil  ;  car  le  sommeil  engendre  un  sang 
mélancholique.  Beuvez  de  bon  vin  mais  modérément. 

Laissez  faire  à  George,  c'est  un  homme  d'âge.  Tenez  Mon- 
sieur, voilà  un  teston  d'Espagne  pour  vostre  peine  et  si  voilà 
deux  sols  pour  le  vin  du  compagnon. 

Grand  mercy  Monsieur.  Revenez  bienlost  nous  voir,  nous 
vous  servirons  encore  mieux,  s'il  nous  est  possible.  Prenez 
en  gré  pour  ce  coup. 

Soyez  aussi  content  de  moy,  que  moy  de  vous,  tout 
ira  bien. 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  419 

Aide  à  Monsieur  k  reveslir  son  pourpoint,  remettre  son 
rabat  et  se  boutonner:  car  il  ne  se  peut  servir  de  la  main 
droicte.  A  ceste  heure,  mets-luy  le  manteau  sur  les  espaules. 

A  Dieu,  Monsieur. 

A  Dieu,  Monsieur,  Dieu  vous  face  bien  profiter  voslre  sai- 
gnée et  vous  rende  vostre  entière  santé. 

Je  le  prie  aussi  qu'il  vous  maintienne  en  la  vostre. 

DE  LA   TONSURE 

Voilk  Monsieur  despesché,  mais  pour  moy,  je  suis  venu 
pour  me  faire  faire  le  poil  :  car  mes  cheveux  sont  si  longs, 
qu'on  me  prendroit  pour  un  Egyptien,  si  j'avois  le  visage  ba- 
sané comme  eux. 

Garson,  aporte-moy  mes  ciseaux  et  un  peigne,  pour  faire 
les  cheveux  à  cet  honneste  homme.  Comment  voulez  vous 
avoir  les  cheveux  ? 

Longs  de  trois  doigts  et  égaux  partout.  Seulement  gardez- 
vous  bien  de  me  faire  des  eschelons. 

N'en  ayez  peur  :  je  ne  suis  pas  apprentif  en  mon  estât. 
Voulez-vous  pas  que  je  vous  laisse  une  moustache.  ? 

Nenny,  je  laisse  ces  queues  de  renards  aux  effeminez  dame- 
rets,  qui  ont  leur  vie  gagnée,  et  employent  la  moitié  de  la 
matinée  à  gauffrer  leurs  cheveux  et  friser  leurs  moustaches. 
Il  me  suffît  de  tenir  ma  teste  nette,  sans  crasse,  poux  et  lendes, 

Voulez-vons  qu'on  vous  lave  la  teste  avec  de  la  lexive,  et 
une  savonnette. 

Nenny,  parce  que  j'ay  souvent  ouy  dire,  qu'il  faut  souvent 
laver  ses  mains,  rarement  ses  pieds,  jamais  sa  teste.  J'ay  un 
peigne  de  fer  à  long  manche  que  je  chauffe  modérément,  et 
m'en  peigne  pour  dégraisser  mes  cheveux. 

L'invention  n'en  est  pas  mauvaise. 

Qae  savez- vous  de  nouveau,  mon  maistre? 

Je  ne  say  rien  pour  ceste  heure.  Je  n'ay  misd*aujo::r.!'huy 
le  pied  hors  du  logis. 

Aussi  n'est-il  besoin,  car  on  vous  apporte  les  nouvelles  en 
vostre  maison.  Ne  dit-on  pas  on  proverbe  que  :  Qvû  veut 


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420  RBVUB  d'alsage 

apprendre  des  nouvelles,  doit  aller  chez  un  barbier,  au  four 
bannal,  à  la  rivière,  k  la  boucherie. 

Regardez  dans  ce  miroir,  si  vos  cheveux  sont  bien  ainsi. 

Ouy  très  bien.  A  la  barbe  h  ceste  heure.  Faites-la  k  la 
mode  en  poincte  :  et  si  rasez  le  poil  des  jouëes  avec  un  rasoir, 
et  me  relevez  les  moustaches  avec  un  frisoir  ;  mais  gardez- 
vous  bien  de  les  brusler.  Me  voila  bien  :  espoussetez  un  peu 
mes  habits,  il  sont  tout  pleins  de  cheveux.  Frottez-moy  aussi 
un  peu  le  col,  et  me  soufflez  dans  le  dos,  je  sens  de  menus 
cheveux  qui  me  picotent.  Ostez-moy  aussi  Tordure  des 
oreilles  avec  un  curoreille. 


DE  ^ARRACHEMENT  DE  DENS 

Mon  maistre,  j*ay  une  dent  qui  me  fait  si  grand  mal  il  y  a 
bien  huictjours,  que  je  n'ay  repos,  ni  relasche  pour  dormir 
une  demi  heure.  Je  me  suis  servi  d'infinie  receptes,  qne  Mon- 
sieur Chascun  et  Madame  sa  femme  m*ont  ordonnées  pour 
appaiser  la  douleur,  mais  elles  ni*ont  plus-tost  rengregé  le 
mal.  C/est  pourquoy  j'ay  recours  au  dernier  et  asseuré 
remède  qui  est  de  la  faire  arracher  :  mais  je  voudrois  que 
vous  me  promissiez  de  ne  me  point  faire  de  mal. 

Monsieur,  pour  des  promesses,  tant  que  vous  en  voudrez  : 
mais  il  faut  chercher  autre  que  moy  pour  les  tenir.  Car  vous 
savez  bien  qu'on  dit  d'un  elTronté  menteur,  qu'il  ment 
comme  un  arracheur  de  dens,  parceque  pour  attirer  des  cha- 
lands, il  promet  l'impossible  en  plein  marché.  Puisque  la 
dent  vous  fait  mal  sans  y  toucher,  vous  pouvez  bien  penser 
qu'elle  vous  fera  encore  plus  mal,  lorsque  je  Tempoigneray 
avec  le  davier  ou  pélican,  et  que  je  l'arracheray  k  vive  force 
avec  la  racine  :  mais  le  meilleur  est  que  la  douleur  ne  durera 
qu'un  clin  d'oeil,  et  vous  serez  tout  k  fait  délivré  de  ceste 
continuelle  geine. 

Vous  avez  raison,  c'est  une  vraye  torture  :  pourtant  dit-on 
que  le  mal  des  dens  n'est  pas  une  maladie,  mais  une  rage. 
Faites  donc  vostre  mieux,  et  me  dites  comment  il  faut  (jue  je 
me  melle  :  je  seray  obéissant  comme  un  bon  enfant  et  patient 


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LA    VISA   STRASBOURG  421 

ainsi  qu'une  brebietle  :  cette  bourrelerie  m'a  rendu  doux  et 
souple,  comme  un  gant  de  chevrotin. 

Quelle  dent  est-ce  qui  vous  fait  mal  1 

Une  dent  meulière  de  la  maschoire  droicte. 

Asséez-vous  donc  à  terre  sur  ce  carreau  et  ouvrez  la  bouche 
si  grande  que  vous  pourrez,  comme  pour  y  fourrer  un  pain 
blanc  d'un  sol.  Est-ce  celle  cy  ? 

Ouy,  tirez  hardiment.  A  Iks  ! 

La  voilà  dehors. 

Ah  Dieu  soit  loué. 

Tenez,  rincez  vostre  bouche  avec  ceste  eau  fresche.  Laissez 
moy  un  peu  voir  ce  qui  manque  a  ceste  dent.  La  racine  est  k 
demi  pourrie.  Les  defluxions froides  tombans  dessus  causoient 
cette  douleur.  Or  pour  prévenir  un  autre  mal  et  desfourner 
cette  défluxion,  je  vous  conseillerois  de  vous  faire  faire  un 
cautère  au  bras. 

Comment  le  fait-on  ? 

On  y  applique  une  fort  petite  emplastre  faite  de  cantharides 
et  de  levain,  laquelle  fait  élever  une  ampoulle  ou  vessie  sur 
la  peau,  laquelle  estant  ouverte,  ladite  defluxion  sort  par  là, 
et  y  prend  son  chemin  ordinaire.  Or  de  peur  que  le  trou  ne 
se  referme,  on  y  met  un  pois,  que  l'on  y  change  tous  les  jours. 

ADDITION 

il  y  a  un  charlatan  (i),  qui  a  ordinairement  son  estau  au 
bout  du  marché  au  blé,  il  a  deux  sortes  de  drogues,  que  j'ay 
csprouvé  estre  très-bonnes. 

Qu'est-ce  donc  ?  On  tient  toutesfois  ces  gens  pour  trom- 
peurs de  monde  et  vendeurs  de  fumée. 

La  première  est  une  petite  bouêtte  d'onguent  blanc,  avec 
un  petit  cornet  de  poudre  blanche,  dont  on  met  un  peu  sur 
un  trenchoir  lequel  on  met  en  un  lieu  où  il  y  a  des  souris. 
Toutes  celles  qui  en  goustent  meurent  infailliblement,  et  les 
autres  s'enfuyent,  comme  je  l'ay  expérimenté  au  logis,  oii  je 
suis  à  présent.  Car  il  y  a  deux  ans  que  les  souris  s'y  prome- 

[1]  Marckschret/er,  quacksalber  oder  storger. 


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422  REVUE   D*ALSÀCE 

noicnl  tout  privôment  de  jour  par  la  cuisine,  le  poile  et  la 
chambre,  et  mesme  sur  la  table,  si  lost  qu'on  tournoit  le  dos. 
Ouand  on  estoil  assis,  on  les  sentoit  passer  et  repasser  entre 
les  jambes,  et  sauter  par  dessus  les  souliers.  Mais  depuis  que 
je  leur  ay  fait  présent  dudit  mets,  elles  se  sont  evanouyes. 
—  L'autre  est  un  onguent  verd,  nommé  Onguent  de  Suabe, 
duquel  j'ay  fait  Tespreuve  en  mon  garçon,  a  qui  j'ay  guéri 
un  trou  au  front  d'un  coup  de  pierre,  le  lavant  de  vin,  y 
appliquant  une  emplastre  de  cet  onguent,  et  graissant  les 
environs  de  blanc  d'Espagne.  Par  ainsi  j'ay  espargné  quatre 
ou  cinq  risdales  qu'un  barbier  m'eust  demandez  poursagué- 
rison.  Il  a  esté  guéri  en  peu  de  temps,  sans  que  le  feu  ni  la 
gangrène  s'y  soient  mis,  et  si  a  rendu  fort  peu  de  pus.  I/es- 
care  est  desjk  si  sèche,  qu'elle  tombera  aujourd'huy,  sans 
laisser,  comme  j'espère,  aucune  cicatrice. 

Me  pourriez- vous  bien  apprendre  la  raison  pourquoy  on 
appelle  Charlatan  tous  triacleurs,  distillateurs,  arracheurs  de 
dens,  vendeurs  de  poudre  de  serpens,  d'onguens  et  de  baus- 
me  par  les  places  des  villes  sur  une  table,  un  banc  ou  un 
eschafTaut  ? 

Ouy  dà,  Monsieur.  Ce  mot  Charlatan  est  k  dire  proprement 
un  homme  qui  par  belles  paroles  vend  une  mauvaise  mar- 
chandise, un  enjauleur,  un  babillard  de  droguiste,  commeestoit 
à  Paris  l'an  1023  un  nomé  Tabarin,  et  un  Italien  nommé 
Mont  d'Or,  qui  ayant  fait  dresser  un  eschafTaut  en  l'Isle  du 
Palais,  amassoient  la  populace  par  leur  musique  de  violons, 
et  farces  qu'ils  jouoient,  après  quoy  ils  se  mettoient  sur  la 
loiiangc  de  leurs  drogues,  et  en  disoient  tant  de  bien,  que  le 
sot  et  badaud  peuple  croyant  qu'elles  guérissoient  de  tous 
maux  et  de  plusieurs  autres,  il  y  a  voit  presse  à  qui  jetteroit 
le  plustost  son  argent  noué  dans  le  coin  d'un  mouchoir, 
ou  dans  un  gant,  sur  l'eschalTaut,  pour  avoir  une  petite 
bouëtte  d'onguent  enveloppé  dans  un  billet  imprimé,  conte- 
nant son  usage  et  la  façon  de  s'en  servir.  On  m'a  dit  que  ce 
boullon  devint  en  peu  d'années  si  riche  de  l'argent  des  fols, 
qu'il  acheta  une  seigneurie  près  Paris,  dont  il  n'a  guère 
longtemps  jouy. 

Pourquoy  cela  ? 


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LK   VtB  A   STRASBOUItG  423 

Parce  que  ses  voisins  qui  esloienl  gentilshommes  de  bonne 
et  ancienne  maison,  ne  pouvans  endurer  un  Pantalon  ou 
embabouineur  de  badauds,  un  fol  qui  avec  son  chapeau 
métamorphosé  en  mille  sortes,  en  avait  fait  rire  tant  d'autres, 
pour  leur  compagnon,  le  tuèrent  un  jour  k  la  chasse,  k  ce 
qu'on  m'a  dit.  Son  maistre  Mont-d'or  italien,  ne  luy  a  voit  pas 
bien  appris  le  proverbe  son  pays  :  A  cadaver  va,  chi  (rop- 
po  sale,  c'est  k  dire  :  Geluy,  qui  par  trop  haut  monte  de 
tomber  face  son  conte. 

Pourquoy  l'appeloit-on  Tabarin  ? 

Parce  qu'il  avoit  un  mantelet,  (qu'on  appelle  Tabarrino  en 
italien,  de  Tabarro,  manteau)  avec  lequel  et  son  fantastique 
chapeau,  il  faisoit  mille  singeries.  Il  y  en  a  eu  un  autre  qui 
s'est  nommé  Jean  Potage  et  a  joué  aussi  son  jeu  en  ceste 
ville  sur  la  Place  des  Deschaussez. 

Dites-moy,  sans  vous  desplaire,  d'où  vient  ce  mot  Charla- 
tan, car  j'ai  entendu  que  vous  estes  bon  etymologiste. 

Si  peu  que  rien,  je  voudrois  bien  estre  plus  habile  k  cher- 
cher les  origines  des  mots  :  si  j'avois  bonne  connoissance  de 
la  langue  hébraïque,  je  me  ferois  fort  d'y  trouver  les  ely- 
mologies  de  tous  nos  mots  François,  soit  immédiatement  soit 
médiatement  par  la  langue  latine  et  grecque.  Quant  k  char- 
latan, qu'on  dit  aussi  charlan,  il  vient  de  l'italien  ciarlare, 
babiller,  lesquels  l'ont  pris  et  corrompu  par  renversement  des 
lettres  de  l'hébreu,  racil,  c'est  k  dire  babil,  rapport  d'un  ba- 
billard ne  pouvant  célc  ce  qu'il  oit,  comme  l'expose  ce 
célèbre  Buxtorffius  :  ou  bien  de  rocel,  qui  signifie  un  ven- 
deur de  happelourdes  par  son  beau  babil  (1). 


[i]  L'étymologie  italienne  du  mot  que  donne  Martin  est  exacte. 


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424  REVUE  d'alsace 

CHAPITRE   VINGT-CINQUIÈME 
Du  Bec-jaune  et  pédant  (1) 

Dernièrement  j'ouys  lire  une  lettre  qu'un  jeune  docteur  en 
médecine  escrivoit  h  un  sien  ami,  en  laquelle  il  loûoit  fort 
la  vie  des  escoliers,  qu'il  estoit  contraint  de  quiter  pour  se 
fourrer  en  ménage.  A  votre  advis  est  elle  si  plaisante  que 
plusieurs  la  font? 

Ouy,  mais  deux  conditions  estans  posées,  savoir  est,  que 
la  bourse  soit  bien  garnie, etqueTonayepassé  la  maudite  année 
de  bec-iaunage,  car  il  n'y  a  rien  plus  misérable  que  la  vie 
d'un  Bec-iaune  es  universilez,  ou  les  excessifs  privilèges  ont 
ouvert  la  porte  à  toutes  friponneries  et  desbauches. 

Qu'appellez-vous  donc  un  Bec-jaune  ?  Est-ce  une  personne 
k  demi  oiseau,  que  vous  luy  attribuez  un  bec  et  les  allemands 
des  plumes  en  l'appelant  Pennal  ? 

Nenny  c'est  un  jeune  homme,  qui  n'estant  plus  grimau. 
mais  ayant  déposé  les  cornes  a  la  mode  d'Allemagne,  va  en 
quelque  Université  ouyr  les  leçons  publiques.  On  l'appelle 
bec-jaune,  parce  que  sortant  de  Tescole  comme  un  jeune  oi- 
seau h  bec  iaune,  il  est  niais,  folastre,  et  plein  de  vaine  arro- 
gance et  présomtion,  prenant  son  vol  fort  haut,  sans  consi- 
dérer la  faiblesse  de  ses  plumes,  dont  les  tuyaux  sont  encore 
mois  et  pleins  de  sang. 

D'où  vient  ce  nom  de  pénal,  qu'on  luy  donne  en  allemand? 

S'il  ne  vient  de  l'Hébreu  Nœpœl,  c'est  a  dire  avorton,  (par 
transposition  pfenœl)  par  ce  qu'il  s'imagine  une  doctrine  par- 
faite, par  laquelle  toutesfois  n'est  qu'un  embryon  presque 
sans  forme  :  je  le  croy  avoir  esté  corrompu  d'un  autre  mot 
hébreu,  qui  est  Nabel,  c'est  k  dire  faire  le  fol,  estre  fol  et 
vain,  comme  est  ordinairement  un  jeune  escolier,  ayant  le 
cerveau  vuide  de  sagesse  et  sciences,  et  plein  de  vaines  imagi- 
nations. Si  vous  en  transposez  les  lettres  vous  en  ferez  Benal, 
et  par  changement  de  B.  en  P.  Pénal.  Car  quant  aux  raisons, 

[IJ  Pénal  und  Schulfuvhs. 


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LA  YIB  A  STRASBOURG  425 

que  quelques  uns  mettent  en  avant,  pour  prouver  qu'il  vient 
de  penna,  elles  sont  légères]comme  plumes. 

Mais  que  vous  semble  de  tant  de  mocquerie  et  tourment, 
que  Ton  fait  à  ces  jeunes  gens  ? 

Rien  de  bon  :  car  encorque  du  commencement  on  se  soit 
gaussé  d'eux,  pour  leur  faire  concevoir  une  horreur  de  leur 
impertinence  et  indiscrétion,  selon  la  règle,  vexatio  dat 
inlellectum,  si  est  que  l'excès  qui  est  survenu  est  cause,  que 
le  sage  Magistrat  de  ceste  Ville  et  Université  en  a  osté  l'uz 
avec  l'abus  y  ayant  moins  de  danger  de  laisser  quelque 
temps  faire  le  fou  a  un  jeune  lourdaut,  que  d'endurer  qu'un 
tas  de  garnemens,  couverts  du  masque  d'estandians,  viennent 
donner  nuictamment  l'assaut  k  son  logis,  enfoncer  les  portes 
fracasser  les  vitres,  jetter  bas  le  fourneau  de  son  poile,  jetter 
ses  livres  par  la  fenestre  en  la  rue,  luy  donner  des  nazardes, 
le  contraindre  à  coups  de  pieds  et  d'esperons  de  se  cacher 
sous  la  table  ou  le  banc,  et  avec  tout  celk,  de  donner  k  ces 
enragez  censeurs  et  prétendus  réformateurs  de  mœurs,  deux 
ou  trois  jours  durant  à  manger,  et  trinquer,  bien  qu'ils  ne 
cessent  cependant  de  le  mastiner  et  appeller  par  surnoms  de 
moquerie,  crians  a  tous  coups  Huy  Rabschnabel,  trag  auf, 
schenckeitijdu  spuhlwurm,  schreckenbergêr  fayrpap-han, 
Zœllner  Fœndist,  Schwerdtengel,  Butz  das  Liechty  Ilerr 
Johannes  Domine  feudi;  toie  gefœllt  dir  das  Siudentenle- 
ben  Junger  Herr  Vrian,  Liechtbutzer,  Quando  venisti,  Do- 
mine Nicodeme  ?  Herr  Benedict,  Neoviste^  domine  Juvena- 
lis  ?  et  le  contraignent  de  respondre,  Ego  sum  quasi  modo 
genitus  studiosus  occasionalus,  Lucas  de  penna. 

Avez- vous  veu  ces  abominables  excès  ?  que  vous  en  parlez 
si  naïvement  ? 

J'en  ay  veu  une  partie  et  appris  l'autre  de  gens  dignes 
de  foy  qui  en  souvent  esté  spectateurs,  mais  non  approba- 
teurs. 

Sur  quoy  fondent  ces  fripons  une  telle  extorsion  ? 

Ils  disent  que  tout  jeune  levron,  venant  du  gjTon  de  sa 
mère  est  fourni  d'argent  mignon,  et  qu'il  doit  sa  bienvenue 
ou  son  bec-jaunage,  k  laquelle  ordonnance  s'il  ne  s'accorae 
volontairement,  ces  fripons  se  tournent  a  la  susdite 
vengeance. 


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426  REVUE  d' ALSACE 

Mais  celuy,  qui  de  son  plein  gré  fraye,  et  paye  la  morfe  à 
ces  messieurs,  est-il  puis  après  exempt  de  cesle  tyrannie 
barbaresque  ? 

Ouy,  moyenant  qu'il  charrie  droict  en  leur  compagnie, 
n'aflecte  point  la  première  place  k  table,  mange  avec  discré- 
tion sans  chercher  les  friands  morceaux  :  car  s'il  arrive  qu'un 
bec-iaune  retienne  les  roignons  d'une  longe  (qu'ils  appellent 
le  maire  ou  bourgmaistre)  ou  l'aile  d'un  chapon  rosti,  le  cou- 
vercle d'un  pasté  de  fine  paste,  la  langue  d'une  carpe  ou  qu'il 
escorche  un  oison  ou  cochon  rosti,  on  lui  présente  un  grand 
verre  ou  gobelet,  et  luy  dit-on,  Monsieur  le  Benest,  un  bon 
morceau  requiert  un  bon  breuvage  :  surquoy  toute  la  compa- 
gnie boit  le  reste  du  jour  et  de  la  nuict  a  ses  despens:  ou  bien 
remettent  la  partie  au  lendemain,  et  le  vont  voir  tous  d'un 
accord  en  son  logis,  lui  font  reproche  de  son  indiscrétion  et  le 
condamnent  à  payer  la  collation,  qui  se  convertit  en  un  ban- 
quet d'un  jour  et  d'une  nuict,  revenant  souvent  h  cinquante 
ou  soixante  risdales. 

A  quoy  bon  cest  horrible  degast  et  despense  d'argent  ? 

A  le  faire  sage  (disent-ils),  selon  le  proverbe,  dommage  fait 
sage. 

(A  suivre)  Charles  Nerlinger. 


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CHRONIQUE    DU    TRIMESTRE 


Manuscrits  de  Grandidier  à  Garisrhue,  tome  l^^^*  par  Tabbé 
Ingold.  —  Autel  à  deux  volets  de  Baldung  Grien  de 
Weyersheim,  canton  de  Brumath,  par  le  D^  Robert 
Stiassny.  —  Souvenirs  du  vieux  Belfort,  par  Henry 
Bardy.  —  Frères  d'Alsace  par  J.  de  Oaudran. 


I 


Le  tome  i«'  des  manuscrits  de  P.  A.  Grandidier,  découverts 
dans  la  bibliothèque  de  Carlsruhe,  vient  de  paraître.  Ce  tome 
est  un  in-8*  de  XIM50  pages,  sorti  des  presses  de  F.  Sutter 
et  C»«  de  Rixheim.  Il  est  accompagné,  en  tête,  du  portrait  de 
Grandidier  et  de  son  ex  libris  h  la  dernière  page.  —  Beaux 
et  frais  caractères  (n®  10)  pour  le  texte  inédit  ;  minuscules  un 
peu  fatiguées  pour  les  notes;  tirage  convenablement  soigné 
et  beau  papier  donnant  au  volume  des  dimensions,  en  hau- 
teur et  largeur,  égales  k  celles  des  Œuvres  historiques  iné- 
dites qui  parurent  à  Golmar  en  1865-67  (six  volumes). 

Le  tome  des  Nouvelle  œuvres  inédites  que  la  Revue  a  le 
plaisir  de  signaler,  se  trouve  aux  librairies  H.  Hûiîel,  Place- 
Neuve,  k  Colmar  et  A  Picard  et  fils,  82  rue  Bonaparte,  a 
Paris.  Prix  :  6  francs  le  Volume. 


Quand  parurent  —  il  y  a  trente-six  ans  —  les  six  tomes  des 
(Euvres  historiques  inédites  de  Grandidier,  le  Directeur  de  la 
Revue  d'Alsace  écrivait,  dans  un  avant-propos  de  ces  tomes, 
qu'il  fallait  réserver  son  jugement  sur  la  valeur  des  manus- 


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428  REVUE  d'àlsage 

crits  dont  il  s'occupait,  jusqu'à  ce  que  la  tâche  fût  a  peu  près 
remplie.  11  n'y  a  pas  lieu  de  faire  aujourd  hui  la  même 
réserve  h  rencontre  du  lome  1®^  des  «  Nouvelles  œuvres 
inédites  »  que  M.  Tabbé  Ingold  vient  de  mettre  au  jour  sous 
les  auspices  de  la  Société  industrielle  de  Mulhouse.  On  sait 
généralement,  parles  publication  précédentes,  que  les  parties 
encore  inédiles  de  la  succession  littéraire  de  notre  historien, 
sont  dignes  des  soins  et  des  encouragements  dont  elles  vien- 
nent d'être  l'objet. 

Le  tome  i®'  de  ces  nouvelles  œuvres  inédites  renferme  : 
L'éloge  de  Grandidier  écrit  par  Louis  Spa^ih  pour  la  Revue 
e/'J /«ace  de  l'année  1850;  Une  série  de  notes  et  des  dates 
commençant  en  1752  et  finisant  en  1787,  toutes  relatives  k  la 
naissance,  a  la  vie  et  à  la  mort  de  celui  qui  les  a  tracées  et 
que  l'éditeur  intitule  autobiographie,  laquelle  est  complétée 
pardes  indications  du  même  genre  pour  lesdixdernièresannées 
de  l'historien  ;  la  désignations  des  ouvrages  et  «  articles  » 
parus  du  vivant  de  l'auteur,  et  la  môme  liste  pour  les  œuvres 
et  articles  publiés  après  sa  mort  ;  ses  manuscrits,  sa  corres- 
pondance et  les  livres  annotés  par  lui  ;  Une  dixaine  de  notes 
concernant  des  extraits,  des  réflexions,  des  jugements  ou 
appréciations  personnelles  qui  sont  qualifiés  par  l'éditeur  : 
Esprit  de  Grandidier  ;  des  relations  de  voyage  dans  le 
Duché  de  Bade,  en  Suisse  et  en  Alsace  ;  une  dissertation  sur 
les  poésies d'Érchambaud, quarante  deuxième  évêque  de  Stras- 
bourg, et  qui  «  ne  fit  que  badiner  avec  les  Muses  »  ;  et  enûn, 
une  autre  dissertation  sur  la  nourriture,  l'habitation  et  l'habil- 
lement des  anciens  Alsaciens,  voilà  l'aperçu  d'ensemble  des 
matériaux  renfermés  dans  le  début  des  Nouvelles  œuvres 
inédites  de  Grandidier  que  M.  l'abbé  Ingold  a  l'honneur  d'offrir 
à  ses  compatriotes. 

Il  y  a  certainement  dans  ce  laconique  exposé,  de  quoi 
piquer  la  curiosité  des  amis  de  notre  histoire  de  l'Alsace-Lor- 
raine  ;  et  cependant  cela  est  loin  d'être  la  partie  la  plus  inté- 
ressante du  trésor  de  Carlsruhe  qui  arrive  au  jour  dans  ce 
premier  volume,  car  il  y  a,  dans  les  manuscrits,  des  pages 
achevées  par  Grandidier  pour  aller  à  l'imprimerie  et  faire 
suite  a  l'une  ou  l'autre  des  œuvres  principales  dont  l'édition 
était   commencée,  pages  qui  attendaient,  depuis  la  fin  du 


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CHRONIQUE  TRIMESTRIELLE  4^ 

siècle  dernier,  l'heure  de  la  délivrance.  On  se  demande  natu- 
rellement pour  quoi  M.  Ingold  n'a  pas  commencé  par  ces 
pages  au  lieu  des  particularités,  d'ailleurs  intéressantes,  qui 
alimentent  le  tome  de  début?  D'autres  diront  que  c'est  com- 
mencer par  la  fin  et  finir  par  le  commencement.  La  remar- 
que, pour  ne  pas  dire  la  critique,  paraîtra  d'autant  plus  jus- 
tifiée que  ces  bonnes  pages  sont,  dans  le  classement  de 
Carlsruhe,  reléguées  aux  derniers  chapitres  de  la  publication 
commencée.  Ainsi,  les  «  documents  »  concernant  l'acquisi- 
tion par  M.  de  Turckeim  ;  les  Personalia  ou  correspon- 
dances, panégyrique,  discours  etc  ;  les  Géographica  ;les 
Codex  ou  pièces  diplomatiques  embrassant  un  millier  d'an- 
nées, de  666  à  1600  «  ad  finetn  »,  arriveront  à  la  lumière 
avant  les  parties  que  nous  croyons — peut-être  à  tort  —  être  les 
bonnes  pages  traitant  de  l'histoire  générale  de  la  province, 
de  sa  Noblesse,  de  sa  vie  littéraire,  de  son  histoire  ecclésiasti- 
que séculière  et  régulière  et  enfin  de  l'histoire  de  Strasbourg. 
Si  ces  bonnes  pages  existent,  comme  nous  le  croyons,  bien 
que  nous  n'en  n'ayons  jamais  aperçu  un  feuillet,  il  estprésu- 
mable  que  les  premières  doivent  combler  les  lacunes  qui 
existent,  dans  l'édition  de  1865-67,  pour  le  XIII^  siècle,  c'est- 
à-dire  pour  le  temps  correspondant  aux  épiscopats  de  Henri 
de  Veringen,  Berlhold  de  Tec,  Henri  de  Stalec  et  Gauthier  de 
Gcroldsec.  On  aurait  donc  aimé  que  ces  bonnes  pages  parus- 
sent, ne  fût-ce  qu'à  ce  titre,  avant  la  mise  en  scène  des  par- 
cularités  dont  il  est  question  plus  haut. 

Nous  ne  garantissons  pas  que  ce  sentiment  n'a  pas  été 
aussi  celui  M.  Ingold,  alors  que  l'impression  était  déjà  avan- 
cée ;  car  il  fait,  dans  son  avant-propos,  des  efl'orts  sensibles 
pour  présenter  ce  tome  comme  préface  de  ceux  qui  suivront 
11  a  peut-être  raison.  Quand,  par  la  lunette  d'approche, 
l'objet  que  l'on  vise  apparaît  trop  rapproché,  on  retourne  la 
lunette  pour  voir  de  plus  loin  que  la  distance  réelle  ;  cela 
allonge  de  dix  pages  que  l'on  oublie  ou  que  Ton  supprime 
sans  inconvénient. — Et  puisque,  pour  finir,  nous  sommes 
sur  le  terrain  de  V avant-propos,  nous  devons  rectifier  une 
erreur,  qui  s'y  est  glissée. 

En  signalant  la  copie  de  «  quelques  liasses  des  manuscrits 
«  de  Grandidier,  faite  en  1832  par  M.  Métrot,  curé  de  Saint- 


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430  REVUE  d'alsàce 

«  Pierre-le-Vieux  de  Strasbourg  »,  M.  Ingoid  a  la  singulière... 
distraction  d'ajouter  :  «  Ce  sont  les  manuscrits  qui  ont  fait 
a  Vobjet  de  V importante  publication  de  M.  Liblin  »  Celte 
affirmation  se  prête  à  une  double  entente,  mais  la  simple 
vérité  est  préférable  à  Téquivoque. 

Les  manuscrits  qui  ont  servi  k  ce  dernier  sont  ceux  que  la 
ville  de  Strasbourg  a  acquis,  pour  sa  bibliothèque  de  Saint- 
Thomas,  d*abord  k  la  succession  de  M.  Reiner  et  ensuite  chez 
un  libraire  de  Leipzic,  ainsi  que  cela  a  été  souvent  écrit  dans 
cette  Revue,  sans  avoir,  jusqu'à  ce  jour,  été  contesté.  L'exis- 
tence de  la  copie,  de  Vamusette  de  M.  Métrot,  à  peine  connue 
de  quelques  uns,  ne  fut  divulguée  par  Thonorable  chanoine 
Ahlfeld,  qu'après  la  publication  des  trois  premiers  tomes  des 
œuvres  historiques  inédites  et  la  transcription,  avancée  déjà, 
des  autres  manuscrits  de  la  ville  par  la  plume  qui  a  l'honneur 
et  l'avantage  de  formuler  cette  affirmation, 

Suum  cuique  t  Laissons  à  chacun  ce  qui  lui  appartient, 
sans  rien  ajouter  du  Apôtre  au  labeur  véritablement  loyal 
et  tolérant  du  jeune  et  malheureux  théologien,  qui  faisait 
honneur  à  TEglise  de  Strasbourg,  au  siècle  dernier. 


II 


hdk  Gazette  des  Beaux-Arts,  qui  nous  arrive,  renferme 
une  étude  excellente  concernant  notre  artiste  alsacien  Jean 
Baldung,  dit  IlansGrien  de  Weyersheim,  canton  de  Brumath, 
arrondissement  de  Strasbourg.  Celte  étude  est  l'œuvre  d'un 
critique,  M.  Robert  Stiassny,  qui  sait  par  cœur  —  et  qui  sait 
bien  —  les  artistes  de  la  fin  du  XV«  et  du  commencement 
du  XVïe  siècles.  Jean  Baldung  est  surtout  l'un  de  ceux  qui 
attirent  particulièrement  l'attention.  La  ^ert/c  d'Alsace  a  déjà 
entretenu  ses  lecteurs,  en  i896,  p.  38  et  suiv.,  de  son  magistral 
album,  reproduisant  et  commentant  divers  cartons  de  l'artiste 
strasbourgeois.  La  nouvelle  communication  de  M.  Stiassny  à 
la  Gazette  nous  semble  accentuer  encore  le  relief  acquis  à  Bal- 
dung et  fixer  définitivement  le  rang  qui  lui  appartient  dans 
la  vie  artistique  de  son  temps.  On  lit  avec  plaisir  et  entrain 


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GHRONIQUB  TRIMESTRIELLE  31 

les  treize  pages  que  la  Gazette  consacre  îi  Tétude  hardie,  pro- 
fonde et  délicate  que  nous  aimons  signaler  et  nous  ajoutons 
que  Ton  se  compiaH  h  analyser,  avec  M.  Stiassny,  la  premiè- 
re reproduction  de  Tautel  à  volets  provenant  de  Téglise  — 
qui  n'était  point  cathédrale,  si  nous  ne  nous  trompons  —  de 
Ilalle-sur-la-Saal  où  le  martyre  de  Saint-Sébastien,  sur  le 
fond  et  sur  les  volets,  Saint-Christophe  et  un  diacre  lisant 
son  bréviaire,  à  l'intérieur  et  Sainte-Apollonie,  puis  Sainte- 
Dorothée  à  Textérieur,  ont  été  peints,  en  1507,  par  notre 
artiste  rhénan,  ami  d'Albert  Dur. 

Peut-être  y  a-t-il  dans  cette  étude  quelques  vues  secondai- 
res au  sujet  desquelles  on  peut  ne  point  partager  le  senti- 
ment de  M.  Stiassny  ;  mais  il  n'y  a  pas  lieu  d'articuler  la 
moindre  note  discordante  dans  cette  excellente  page  de  notre 
histoire  de  Tart  en  Alsace-Lorraine. 


111 


La  section  des  Hautes-Vosges  du  Club  Alpin  Français 
vient  de  publier  son  Bulletin,  no9,  pour  1896,  brochure  d'une 
certaine  élégance,  sortie  en  1897  des  presses  de  Devillers, 
23  et  25  rue  ïhiers  k  Belfort  et  se  composant  de  cent  trois 
pages  in -S*».  Outre  les  relations  habituelles  des  excursions 
faites  dans  l'année,  outre  les  programmes  des  excursions  k 
faire  et  les  indications  utiles  que  contiennent  d'habitude  ce 
genre  de  publications,  nous  trouvons  dans  celui  dont  il  s'agit 
un  Mémorial  particulier  que  nous  avons  lu  et  que  d'autres 
liront  avec  le  plus  grand  intérêt.  Ces  quelques  pages  sont 
écrites  par  un  Belfortain  de  race,  M.  Henri  Bardy,  notre 
collaborateur,  qui  évoque  avec  émotion  —  on  peut  nous  en 
croire  —  les  souvenirs  de  son  Vieux  Belfort.  L'estompe  qu'il 
trace  avec  une  douce  souvenance  du  «  joli  lieu  de  sa  nais- 
sance »  jusqu'en  1870,  offre  un  grand  contraste  avec  le  Bel- 
fort  de  nos  jours,  si  profondément  métamorphosé  par  les  con- 
séquences de  l'année  terrible.  L'esprit  du  Clubiste  éprouve 
quelquefois  une  certaine  lassitude  à  ne  voir,  sans  reldche, 
que  dans  le  présent  et  l'avenir;  il  est  bon  que  son  bulletin  lui 
offre  un  instant  de  repos  en  regardant  derrière  soi  pour  juger 


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432  RBVUB  d'alsace 

du  chemin  parcouru.  C'est  vraisemblablement  cette  pensée 
qui  a  dicté  à  M.  Bardy  Téloge  du  Vieux  Bef fort  qu'il  propose 
a  Messieurs  les  Clubistes  comme  station  recommandable 
pour  un  moment  de  repos. 

Frédéric  Kcrtz. 


IV 


Frères  d* Alsace,  —  Essai  sur  les  mœurs ^  V histoire  et  le 
régime  actuel,  précédé  de  souvenirs  du  siège  de  Bel  fort  y 
avec  gravures  hors  texte.  Montbéliard,  imprimerie  de  P.  Hof- 
fmann, 1897.  Tel  est  le  titre  d'un  charmant  volume  que  nous 
venons  de  recevoir  de  M.  J.  Degaudran,  professeur  au  Col- 
lège de  Gray.  Les  illustrations  représentent  les  monuments 
les  plus  pittoresques  de  TAlsace  et  ceux  auxquels  se  ratta- 
chent des  souvenirs  et  rehaussent  Télégance  du  livre.  L'auteur 
a  mis  à  profit  sa  proximité  de  la  frontière  pour  faire  quelques 
voyages  dans  le  pays  annexé.  Il  a  bien  vu,  a  su  saisir  la  note 
juste,  et  traduire  impartialement  ses  impressions.  Etranger  k 
TAlsace,  il  la  connait  comme  un  Alsacien  ;  son  cœur  a  parta- 
gé les  mêmes  douleurs,  il  s*est  pénétré  de  la  même  affection 
pour  cette  charmante  et  malheureuse  province.  Tous  les  alsa- 
ciens liraient  avec  plaisir  cet  hommage  rendu  à  leur  patrie 
par  un  champenois  ;  aussi  n'avons  nous  qu'un  regret,  c'est 
que  l'ouvrage  ne  soit  pas  mis  dans  le  commerce.  Quelques 
amis  seuls  en  bénéficieront. 

L'auteur  désire  surtout  faire  connaître  l'Alsace  à  ses  voisins 

qui  l'ignorent  trop  souvent. 

Aug.  Gassbr. 


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L'ALSACE^ 

AU 

commencement  du    XVIII®    Siècle 
d'après  rx 

MÉMOIRE   INÉDIT   DE   L'INTENDANCE 


AVANT.PROPOS 

Les  Intendants  des  Provinces  restaient  en  relations  cons- 
tantes avec  le  gouvernement  central  et  fournissaient  souvent 
au  roi  des  rapports  sur  la  situation  de  leurs  provinces.  Ceux 
d'Alsace  ne  manquèrent  pas  à  ce  devoir  et  c'est  ainsi  que  nous 
possédons  une  série  de  documents  précieux  pour  l'histoire  de 
notre  pays  au  XVIF  et  au  XVI1Ï«  siècles. 

Les  mémoires  ou  rapports  les  plus  connus  sont,  par  ordre 
chronologique:  le  mémoire  de  l'Intendant  Colbert  sur  l'Alsace 
en  1663,  que  M.  Gh.  Pfister  a  publié  dans  la /î^rwe  rfM/- 
sace  1895  p.  196  et  309  ;  le  rnémoire  de  M.  de  la  (îrange,  In- 
tendant d'Alsace  (1674-1698),  dont  il  existe,  dans  plusieurs 
bibliothèques,  des  copies  manuscrites,  et  qui  avait  été  de- 
mandé comme  aux  autres  Intendants  des  Provinces  de  France, 
pour  servir  h  l'instruction  du  Dauphin,  l'élève  de  Fénelon;  les 
/offres  écrites  h  la  cour  par  Baiiyn  d'Angcrvilliers  (  1716-1721), 
publiés  en  1878  parM.  L.Spach,  dans  le  Bulletin  de  la  Société 
pour  la  conservation  des  monuments  historiques  do  l'Alsace; 
un  abrégé  histov'iquc  d'Alsace  par  un  financier,  M.  Dupin,  h 
la  date  de  1726,  et  qui  n'est  que  l'introduction  d'un  rapport 
sur  l'organisation  financière  de  la  province,  malheureusement 
perdu.  Cette  introduction  a  été  publiée  dans  la  Reçue  d'Al- 
sace T,  9.  i858,  p.  541;  un  mémoire  hisforique  sur  le  Conseil 


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434  REVUE  D^ALSACE 

souverain  d'Alsace  ptir  le  Président  de  Corberon,  vers  i730, 
et  publié  également  dans  \h  Revue  d' A  sa  ce  T,  7.  1856,  p.  268; 
Afémoire  de  PelouXf  scrétairc  de  Feydeau  de  Brou  (1735), 
publié  par  M.  Aug.  Krœber  dans  cette  même  Reçue  T.  18, 
1867,  p.  302  et  337  et  concernant  tout  spécialement  l'industrie 
qui  avait  déjà  fait  des  progrès  considérables. 

Ces  mémoires,  rapports  ou  lettres,  prouvaient  que  les  In- 
tendants entrant  en  fonction  se  mettaient  inuTiédiatement  au 
courant  des  affaires  de  leurcirconscription  et  le  ministre  de  qui 
ils  dépendaient  se  rendait  ainsi  compte  de  leurs  capacités, 
en  leur  demandant  un  rapport  sur  la  situation  générale  de  la 
province.  C/est  ainsi  que  le  grand  Colbert  fit  faire  par  son  frère 
le  mémoire  cité  plus  haut  et  qui  concerne  la  justice,  la  police, 
la  finance,  l'administration  des  revenus  du  roi,  l'état  des  for- 
tifications des  places,  etc. 

D'autres  rapports  sont  restés  inédits,  et  s'ils  n'ont  pas 
l'importance  de  ceux  que  nous  venons  de  citer,  ils  méritent 
de  ne  pas  passer  inaperçus.  Celui  que  nous  publions  aujour- 
d'hui, viendrait  chronologiquement  après  le  mémoire  de  M. 
de  la  (îrange  ;  il  porte  la  date  de  1701,  et  d'après  une  note 
qu'on  trouvera  plus  loin,  c'est  au  mois  de  mars  qu'il  aurait 
été  écrit. 

Ce  rappoi't,  sans  nom  d'auteur,  a  été  fait  par  ou  pour  M. 
Le  Pelletier  de  la  lloussaye.  Celui-ci  venait  d'arriver  en 
Alsace,  fin  1700,  pour  succéder  h  M.  de  la  Fond;  il  garda  son 
poste  jus(]u'en  1716,  époque  à  laquelle  il  fut  nommé  contrô- 
leur des  finances,  M.  Baiiyn  d'Angervilliers,  dont  le  nom  est 
plus  connu,  lui  succéda  (1).  Il  est  intéressant  par  les  détails 
qu'il  donne  sur  les  places  fortes  de  l'Alsace,  sur  leurs  états- 
majors,  les  traitements  affectés  à  chaque  grade,  sur  la  no- 
blesse et  les  liefs  d'Alsace,  et  tout  particulièrement  sur  le 
chapître  de  la  cathédrale,  dont  M.  de  la  lloussaye  eut  à  s'occu- 
per tout  spécialement  à  propos  de  l'élection  du  prince  de 
Rohan  nommé  coadjuteur  de  l'évoque  de  Strasbourg.  Nous  y 
trouvonç  aussi  le  résumé  des  édits  publiés  depuis  1682  pour 
réglementer  les  corvées  imposées  par  les  seigneurs  à  leurs 
vassaux  et  pour  empêcher  les  abus. 

(i)  Voir  Revue  nouvelle  d'Alsace  Lorraine,  T.  III  page  4  et  73. 


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l\\LS.VCE   ait   commencement   du    XVIIl**    SIÈCLE  43â 

L'Intendant  M.  de  la  lloussaye  (Hait  depuis  trop  peu  de 
temps  en  Alsace,  pour  bien  connaître  le  pays,  aussi  son  rap- 
port présente-t-il  de  nombreuses  lacunes  ;  il  ne  dit  que  quel- 
ques mots  du  connnerce,  et  ne  parle  guère  de  Tindustrie. 
11  est  vrai  qu'à  la  (in  du  XVII'-  si(>cle,  l'Alsace  était  dépeuplée 
par  la  guerre  de  trente  ans,  (1018-1048),  par  les  incursions 
incessantes  des  Inq)f'Tiaux  et  les  mouvements  <!e  troupes  de 
la  guerre  du  l\alatinat  qui  sj  termina  en  1()97  par  la  paix  de 
Uyswîck. 

Aprùs  ce  traité  seulement,  la  situation  de  l'Alsace  fut  (Ixée  et 
les  habitants  purent  se  livrer  aux  occupations  industrielles 
qui  ne  peuvent  prospérer  qu'en  temps  de  paix  et  avec  une 
situation  stable. 

11  faut  ajouter  que  la  Province  était  partagée  (;n  un  grand 
nombre  de  fiefs  indépendants,  dont  les  péages  entravaient  le 
commerce  et  l'industrie.  (]e  n'est  qu'à  partir  du  moment  où 
le  roi  de  France  supprima  les  péages  et  inq)osa  des  lois  uni- 
ques pour  tout  le  pays,  que  l'.Msace  retrouva  sa  richesse  et 
devint  une  des  plus  belles  provinces  de  France. 

La  partie  géographique  du  mémoire  est  asscîz  écourt''e, 
et  ne  contient  que  quelques  mots  sur  .sa  situation. 
Landau  est  conq)ris  dans  la  basse  Alsa(*e,  l'ill  et  le  Uhin 
sont  brit>vement  décrits,  les  forets  intéressent  surtout  l'auteur 
à  cause  du  connnerce  du  l)ois.  ('ependant  après  la  réunion 
de  l'Alsace  à  la  France,  différents  auteurs  se  sont  occupés  de 
la  géographie  de  la  contrée  ;  nous  citerons,  entre  autres,  le 
premier  en  date,  P.  du  Val,  (jui  publia,  en  160:2,  une  descrip- 
tion de  l'Alsace  française,  reproduite  dans  la  liorue  d'Al- 
sacc,  ÏHWk  p.  37,  par  notre  ami  (Ih.  Norlinger.  (]et  auteur  ne 
fait  pas  figurer  Landau  dans  l'Alsace,  tandis  ((ue  le  mémoire 
dont  nous  nous  occupons  ici,  revendique  celte  ville  et  ses 
dépendances  pour  la  Franc(;,  en  reconnaissant  toutefois  (jue 
ces  territoires  étaient  contestés.  (1) 

Après  le  X'*  siècle,  il  s'était  formé  en  Alsaci»,  comme  dans 
tout  le  reste  de  l'Empire,  une  infinité  de  petits  souverains  in- 
dépendants les  uns  des  autres,  quant  au  gouvernement  inté- 


(i)  Voir  noie  page  203,  Revue  d'Alsace,  ^895. 


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436  REVUE   D*ALSACE 

rieur,  mais  tous  soumis   h  l'Empereur,  chef  du  corps  (ler- 
manique. 

11  y  avait  en  Alsace  deux  espèces  de  ces  petits  états  ;  les 
états  d'Empire  et  les  fiefs  des  gentilshommes,  qui  préten- 
daient jouir  à  peu  près  des  mêmes  droits. 

Parmi  les  États  d'Empire  ou  immédiats  on  peut  citer,  les 
évéchés  de  Strasbourg  et  de  Spire,  les  abbayes  de  Murbach, 
de  Lure,  d'Andlau,  de  Munster,  la  ville  libre  impériale  de 
Strasbourg,  et  hs  dix  autres  villes  impériales,  les  comles 
Palatins  de  la  Petite  Pien*e  et  de  llanau  etc. 

Les  autres,  dits  médiats,  appartenaient  à  des  gentilshom- 
mes qui  prétendaient  avoir  joui  autrefois  de  la  même  supé- 
riorité territoriale  que  les  vrais  États  de  TEmpire. 

En  somme,  TAlsace  représentait  en  petit  Tétat  de  TAllema- 
gne  il  y  a  une  cinquantaine  d'années. 

Les  divers  états  étaient  enchevêtrés  les  uns  dans  les 
autres,  chacun  jouissait  de  coutumes  spéciales,  et  de  péages 
qui  rendaient  tout  progrès  impossible.  Mais  après  l'annexion 
de  l'Alsace  k  la  France,  et  surtout  après  la  capitulation  de 
Strasbourg,  le  gouvernement  de  la  France  chercha  ù  simpli- 
fier tout  cela  et  h  donner  l'unité  à  la  province  en  supprimant 
d'abord  les  péages.  Il  est  vrai  que  cela  ne  se  fit  pas  sans 
opposition  de  la  part  des  seigneurs  et  gentilshommes  du 
pays,  soutenus  par  le  parti  d'Empire  de  l'autre  côté  du  Rhin, 
qui  n'avait  pas  vu  sans  déplaisir  l'annexion  de  l'Alsace  ii  la 
France.  Cette  question  de  l'Alsace  revint  encore  sur  le  tapis 
pendant  la  guerre  de  la  succession  d'Espagne,  mais  les 
traités  d'Utrecht,  de  Rastatt  et  de  Bade,  vinrent  mettre  fin  h 
cet  état  des  choses. 

On  remarquera  encore  que  le  rapport  ne  parle  pas  du  tout 
de  la  situation  religieuse  du  pays  ;  il  se  contente  de  cons- 
tater le  nombre  de  luthériens  et  de  calvinistes  qui  habitent 
l'Alsace,  et,  h  propos  de  l'Université,  de  dire  que  tous  les 
professeurs  étaient  luthériens,  ce  qui  ne  les  empêchait  pas 
de  conférer  des  gnades  aux  étudiants  catholiques. 

La  situation  religieuse  était  cependant  assez  tendue  ;  la 
capitulation  de  Strasbourg  qui  accordait  le  libre  exercice  de 
la  religion    n'avait  pas  et»»   respectée.    Louis  XIV  avait,  en 


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L'ALSACB  au   commencement   du   XVIII»   SIÈCLE  437 

1683,  n^voqu(5  I*ddit  de  Nantes  et  promulgu(^  celte  mesure  en 
Alsace,  mais  il  n'y  eut  pas  moyen  de  l'appliquer  sans  de  cer- 
taines restrictions.  Pendant  tout  le  XYllI®  siècle  cette  lutte 
sourde  contre  le  protestantisme  persista  et  il  fallut  la  révolu- 
tion de  1789  pour  rétablir  la  liberté  des  cultes. 

Le  silence  du  rapport  h  ce  sujet  ne  doit  pas  nous  étonner, 
la  politique  de  l'administration  fut  toujours  de  ne  pas  recon- 
naître l'existence  légale  de  la  religion  lutbérienne,  ou  calvi- 
niste, en  empiétant  toujours  sur  ses  droits,  et  en  favorisant 
au  contraire  les  catholiques  aux  dépens  des  protestants. 

Le  chapitre  relatif  aux  mœurs  des  habitants  est  très  court; 
ce  n'est  pas  en  quelques  mois  que  l'Intendant  pouvait  pré- 
tendre les  connaître  ;  et  cependant,  ces  mœurs  tellement 
différentes  de  colles  de  France,  devaient  frapper  et  même 
choquer  les  Français. 

Chaque  seigneurie  ayant  encore  son  administration,  sa  lé- 
gislation et  sa  justice,  l'intendant  ne  pouvait  en  faire  une 
étude  approfondie  ;  il  se  contente  de  décrire  ce  qu'il  a  sous 
les  jeux  c'est-à-dire,  l'administration  compliquée  de  la  ville 
de  Strasbourg,  avec  ses  différents  conseils. 

Il  existe  à  la  Bibliothèque  Nationale  deux  exemplaires  ma- 
nuscrits du  rapport  dont  nous  nous  occupons.  L'uft,  relié  à 
part  coté:  fr.  11473,  est  intitulé  Mémoire  sur  l'Etat  présent  de 
la  Province  d'Alsace  fait  et  dressé  en  l'année  1701,  paraît 
être  le  plus  ancien,  et  est  le  plus  complet,  sauf  le  feuillet  72 
qui  manque;  l'autre,  inséré  dans  le  Tome  IV  des  Mémoires  de 
France,  côté  F.  H.  4,285.  (]elui-ci  porte  par  erreur  sur  le  titre 
la  date  de  1699,  mais  cette  date  est  rectifiée  dans  le  texte. 
Les  deux  textes  sont  absolument  semblables,  sauf  quelques 
modifications  dans  l'orthographe  des  mots,  et  queltiues  omis- 
sions dues  il  l'inadvertance  du  copiste.  fiCs  deux  manuscrits 
reproduisent  d'ailleurs  les  mômes  erreurs,  comte  de  Salin  au 
lieu  de  comte  de  Salm,  la  ville  de  Betfort  au  lieu  de  Belfort, 
erreurs  sans  aucune  imj)ortance.  Une  i)lus  grosse  erreur  se 
trouve  dans  le  paragraphe  —  Ville  de  Strasbourg  — ,  où  le 
premier  manuscrit  attribue  3,000  livres  au  gouverneur  M.  de 
Chamilly,  tandis  que  le  second  lui  en  donne  9,000,  ce  qui  est 
la  vraie  version. 


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438  REVUE  d'alsace 

Nous  avons  cra  pouvoir  ajouter  quelques  notes  soit  pour 
rendre  le  texte  plus  clair,  soit  pour  expliquer  les  faits  dont 
parle  Tauleur  du  mémoire,  ou  rectifier  les  erreurs  qu'il  a  pu 
commettre. 

Le  mémoire  en  question  n'a  pas  passé  inaperçu  puisque 
M.  Rod.  Reuss  le  cite  p.  136,  (1),  du  Mémorial  de  Ueisseis- 
sen  ;  mais,  tromp(^  sans  doute  par  la  date  de  1699  qui  se 
trouve  par  erreur  sur  un  des  rapports,  M.  Reuss  ci*oit 
pouvoir  l'attribuer  à  la  plume  de  M.  de  la  Cirange.  Or,  d'après 
la  date  et  les  faits  signal(''s  par  le  rapport,  et  si  nous  rappro- 
chons la  mission  spéciale  dont  avait  été  chargé  le  nouvel  in- 
tendant par  la  cour  de  Fraaice,  des  détails  qu'il  nous  donne 
sur  le  chapitre  de  Strasbourg,  et  l'administration  del'évèché, 
il  est  hors  de  doute  que  celui-ci  a  été  fait  pendant  l'adminis- 
tration de  M.  Félix  Le  Pelletier  de  la  Houssaye,  Intendant 
d'Alsace  depuis  la  fin  de  l'année  1700.  En  est-il  lui-même 
l'auteur,  c'est  peu  probable  ;  mais  il  en  est  en  tout  cas  l'au- 
teur responsable.  M.  de  la  Houssaye  n'était  d'ailleurs  pas  un 
nouveau  venu  dans  la  carrière  :  ancien  conseiller  au  Chàtelet 
et  au  Parlement,  maftre  des  requêtes,  il  avait  ('té  nommé 
intendant  à  Soissons  en  février  1694.11  y  exerça  ces  fonctions 
durant  quatre  années, pendant  lesquelles  il  ne  resta  pas  inactif. 
Il  eut  entre  autres,  en  1697,  h  réprimer  des  émeutes  qui 
avaient  éclaté  h  Noyon,  la  Fère,  Marie  et  Chauny,  provo- 
quées par  la  chèreté  du  froment  et  l'accaparement  des  grains. 
Blâmé  pour  n'avoir  pas  été  assez  sévère  dans  ses  condamna- 
tions prononcées  contre  les  émentiers,  il  fut  peut-être  déplacé 
pour  cela,  en  1698,  et  envoyé  à  Montauban  d'avril  1698  à 
décembre  1699.  Revenu  h  Paris,  il  devait  jouir  d'un  certain 
crédit,  car  en  automne  1700  il  fut  nommé  intendant  en 
Alsace  avec  la  mission  secrète  de  faire  nommer  coadjuteur  de 
l'évoque  de  Strasbourg,  Armand-Cîaston  de  Hohan,  chanoine 
capitulairc  de  la  cathédrale. 

Le  7  juillet  1700,  M.  de  la  Houssaye  perdit  sa  femme, 
Marie-Madeleine  de  la  Houssaye,  qui  fut  enterrée  h  la  cathé- 
drale (2).  Après  avoir  réussi  dans  sa  mission,  M.  de  la  Hous- 


(1)  D'après  Legrcllc.  Louis  XIV  et  Strasbourg  4e  édition  p.  082  ni. 

(2)  Chronicjuc  de  Johann  Joncr  par  Julien  S?c  1873  page  67. 


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l' ALSACE   AU   COMMENCEMENT   DU   XVni«   SIÈCLE  439 

saye  resta  intendant  (i*Alsace  jusqu'en  1716,  comme  nous 
pouvons  en  juger  d'après  la  correspondance  publiée  par  M. 
Boilisle,  correspondances  des  contrôleurs  généraux  des 
Finances. 

M.  de  la  Houssaye  eut  à  s'occuper  plus  tard  des  différentes 
questions  exposées  par  le  mémoire.  Il  connaissait  les  relî- 
gionnaires  puisqu'il  avait  déjà  eu  à  sévir  contre  eux  à  Mon- 
tauban,  ce  qui  fut  peut-être  aussi  une  des  causes  de  sa  no- 
mination. 

La  correspondance  donne  de  lui  des  lettres  concernant  les 
impôts  et  capitations  (T.  Il  p.  162),  la  contrebande  des  mon- 
naies réformées,  (13  nov.  1701),  les  forets  (16  fév.  1702),  les 
mines  de  Giromagny  (29  déc.  1701)  etc. 

Dans  une  de  ses  lettres  il  consigne  un  fait  qui  est  encore 
vrai  actuellement:  c'est  qu'en  Alsace  on  ne  fabrique  pas,  pour 
le  vin,  de  petits  tonneaux;  que  ceux  qu'on  y  rencontre  ont 
servi  à  importer  des  vins  de  France,  et  que  pour  le  vin  du 
pays,  on  n'emploie  que  des  foudres,  souvent  très  grands,  qui 
sont  considérés  comme  immeubles. 

Nous  citons  cette  petite  note  parce  qu'elle  prouve  que  l'in- 
tendant avait  un  esprit  d'observation  juste,  et  qu'il  prenait 
ses  fonctions  au  sérieux. 

Docteur  II.  Weisgerber. 

MÉMOIRE 

SUR 

L'ÉTAT    PRÉSENT    DE     L'ALSAOE 


Situation  de  V Alsace 

La  province  d'Alsace  est  située  entre  l'Allemagne  dont  elle 
est  séparée  par  le  Rliin,  la  Suisse  qu'elle  confine  par  les  terres 
du  cinton  et  Evesché  de  Basle,  la  principauté  de  Montbé- 
liard,  la  Franche-Comté,  la  Lorraine,  la  Sarre,  le  Duché  des 
deux  ponts,  le  Palatinat  et  les  terre  de  l'Evesché  de  Spire. 

Elle  a  quarante  cinq  lieues  communes  de  France  de  long, 
depuis  Ferrette  proche  Betfort  (1),  jusques  à  Landau   sur 

(1)  Pour  Belfort;  cet  orthographe  est  évidemment  une  faute 
du  copiste. 


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440  REVUE  d'alsace 

douze  lieues  de  traverse  dans  sa  plus  grande  largeur,  comme 
depuis  Iluningue  jusques  par  de  la  Betfort,  et  depuis  le  fort 
Louis  du  llhin  jusques  à  Lichtemberg. 
Sa   d  iris  ion 

On  divise  l'Alsace  en  haute  et  basse. 

La  haute  sNHend  depuis  Schelestat  jusques  à  son  extrtf'miti' 
oppost^'e  vers  Betfort  et  Ferrette  du  cùtè  de  la  Suisse  et  du 
Montlx^iiard. 

La  basse  depuis  la  incme  ville  de  Schelestat  jusqu'à  Landau 
en  passant  par  Weissembourg.  Ce  passage  est  icy  reinarqur, 
parce  que  c'est  là  ou  les  dominations  commencent  à  cstrc 
contestées  jusqu'à  Landau  qui  est  éloigné  de  cinq  lieues  de 
Weissembourg. 

liC  Bailliage  et  préfecture  de  (îuermesheim  rendu  par  le 
traité  de  paix  de  MM'Eiecteur  Palatin  est  sur  la  droite,  les  terres 
du  Duché  des  deux  ponts  sont  à  la  gauche. 

La  province  se  divise  encore  en  trois  bureaux  de  recette 
sçavoir  : 

Colmar 

Strasl)ourg 

Landau. 

Dans  celuy  de  Colmar  il  y  a  treize  Bailliages  ou  seigneuries 
principales. 

Dans  celuy  de  Strasbourg  seize. 

J)ans  celuy  de  Landau  trente. 

Ce  qui  fait  en  tout  cinquante  neuf  Bailliages  ou  Seigneuries. 
Fleure  et  Itirières 

fiC  Rhin  cottoyc  toute  l'Alsace  du  côté  de  l'Allemagne  de- 
puis Iluningue  jusqu'à  Bonheim  une  lieue  au  dessous  du  fort 
Louis. 

De  toutes  les  rivières  qui  sont  dans  l'intérieur  de  cette  pro- 
vince, il  n'y  a  que  l'ill  qui  soit  navigable  et  elle  ne  porte 
bateau  que  depuis  Colmar  jusqu'à  la  Wantzencau  qui  est  un 
village  à  deux  lieues  au-dessous  de  Strasbourg. 

La  navigation  du  Rhin  est  très  dangereuse  en  descendant 
à  cause  des  arbres  qu'il  roule  et  qui  s'arrestent  dans  son  lit. 
Elle  est  très  difficile  en  remontant  à  cause  de  la  rapidité  de 
ses  eaux. 

iAt  fleuve  forme  des  isles  continuelles  par  l'inconstance  de 


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L*ALSAGE    AU   COMMENCEMENT   DU    XVII1«   SIÈCLE  441 

son  cours,  et  depuis  Huningue  jusqu'au  fort  Louis,  il  y  a  peu 
d'endroits  ou  l'on  voye  sa  longueur  (1)  enti(>re  d'une  rive  à 
l'autre  h  cause  des  bois  qui  croissent  dans  ces  isles  'qui  favo- 
risent en  temps  de  guerre  les  passages  que  l'on  veut  tenter, 
un  corps  de  troupes  pouvant  s'avancer  bien  h  couvert  proche 
du  lieu  ou  on  le  veut  f<iire  aborder. 

liC  Rhin  est  plus  fort  en  été  qu'en  hyver  grossissant  beau- 
coup par  la  fonte  des  neiges  des  montagnes. 

11  y  a  en  Alsace  deux  canaux  faits  h  main  d'homme,  l'un 
sur  la  Bruche  depuis  Soultz  près  Molsheim  jusques  à  Stras- 
bourg. liC  Roy  l'a  fait  construire  pour  servir  au  transport  des 
matériaux  nécessaires  pour  les  fortiffications  de  cette  place, 
l'étendue  de  ce  canal  est  de  quatre  lieues,  sa  largeur  de 
vingt  quatre  pieds,  et  sa  profondeur  de  huit.  L'autre  canal 
fait  aux  dépens  de  sa  Majest"  est  tiré  depuis  Alsbcrscheviller 
jusqu'il  Landau.  Il  a  été  construit  pour  le  transport  des  mate- 
reaux  nécessaires  pour  les  fortilTi cations  de  cette  place,  il  a 
cinq  quart  de  lieue  de  long,  et  est  un  peu  moins  large  (|ue 
l'autre. 

Forets 

Le  Roy  a  deux  forets  en  Alsace,  celle  de  la  hart  dans  la 
haute  qui  contient  environ  trente  mil  arpens  (2),  et  celle  de 
llagueneau  (^llaguenau )  (3),  dans  la  basse  qui  en  contient  en- 
viron trente  et  un  mil. 

Les  bois  de  la  forest  de  la  harf  ne  sont  bons  que  pour  le 
chaufTage,  le  fond  du  terrain  estant  trop  aride  pour  que  les 
arbres  y  puissent  croistre  d'une  belle  venue. 

Ceux  de  la  forest  de  llaguenau  dans  la  partie  qui  avoisine 
le  Rhin  sont  trop  gras  pour  estre  d'un  bon  user  en  fait  de 
charpente  et  de  menuiserie,  ils  se  pourissent  facilement.  Les 
chesnes  du  coté  qui  tire  (qu'ils  tirent)  le  plus  vers  la  mon- 
tagne sont  fort  bons  et  il  y  a  de  très  beaux. 

liCS  Isles  (llles)  du  Rhin  produisent  des  ormes  d'une  grande 
utilité  pour  les  all'us  (afus)  et  autres  équipages  de  l'artillerie. 

(1)  Pour  largeur  ;  Ce  régime  du  Hhin  quoique  1res  bref,  est 
cependant  bien  décrit. 

(2)  L'arpent  vaut  environ  34  arcs. 

(3)  Les  mois  entre  parenthèses  sont  la  version  du  premier 
manuscrit. 


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442  RBVUE   D*ALSACE 

Les  montagnes  qui  séparent  l'Alsace  de  la  Lorraine  sont 
couvertes  d'une  infinité  d'arbres  de  chesnes  (chesne)  beaux 
et  excellents  pour  le  service  de  la  marine  (compagnie)  suivant 
le  raport  qui  a  été  fait  par  des  gents  habiles  que  Ton  a  en- 
voyé les  visiter  h  cette  fin.  U  s'y  trouve  aussi  quantité  de 
sapins  qui  portent  jusqu'à  six  vingt  pieds  de  hauteur,  et  qui 
sont  très  propres  pour  en  faire  des  mats.  Ces  différents  bois 
appartiennent  aux  communautés  voisines,  ou  à  des  particu- 
liers, c'est  une  ressource  considérable  en  cas  de  besoin  pour 
les  vaisseaux  du  Roy  et  lorsque  l'on  aura  trouvé  des  facilités 
pour  les  faire  rendre  dans  les  ports  de  Sa  Majesté.  Le  plus 
grand  obstacle  qui  s'y  rencontre  vient  des  conventions  diffi- 
ciles à  régler  avec  les  seigneurs  des  péages  établis  en  grand 
nombre  sur  le  Rhin  (1). 

Récolte  ordinaire 

La  Récolte  de  Tannée  dernière  mil  sept  cens  plustost  bonne 
que  mauvaise  a  été  évaluée  en  muids  mesure  de  Paris  sui' 

(1)  Et  du  défaut  de  roules.  Comme  on  le  verra  plus  loin,  les 
travaux  publics  n'existaient  point,  sauf  pour  l'entretien  du  canal 
de  la  Bruchcet  de  celui  de  Landau, el  l'entretien  des  digues  ou  Epuôs 
du  Rhin. 

Celle  question  de  l'exploitation  des  forêts  continua  de  préoc- 
cuper l'intendant  «puisque  nous  trouvons  une  lettre  de  lui  sur  ce 
sujet  datée  du  16  Février  1702  et  qui  répond  au  mémoire  du  conseil 
du  commerce  sur  les  moyens  de  conserver  et  d'augmenter  les 
bois  (Boilisle  loc.  cit.). 

—Celte  province  est  dans  une  espèce  toute  différente,  les  travaux 
continuels  des  places  fortifiées  jettent  de  proche  en  proche  dans 
des  consommations  de  bois  souvent  si  inopinées  qnh  la  réserve 
des  forêts  d'Haguenau  et  de  la  Harte,  auxquelles  même  on  est 
obligé  de  toucher  dans  certaines  occasions,  il  ne  peut  être  ici  établi 
aucune  règle  certaine  sur  l'entretien  des  bois.  D'ailleurs,  il  y  en  a 
une  si  grande  quantité  sur  les  montagnes  qui  séparent  l'Alsace  de 
la  Lorraine,  qu'elle  est  regardée  comme  inépuisable.  Il  est  vrai 
riu'on  pourrait  se  les  procurer  encore  plus  à  la  main  par  des  ca- 
naux et  par  de  nouvelles  distributions  des  eaux  de  quantité  de 
ruisseaux  dont  l'Alsace  est  arrosée.  11  y  a  eu  sur  cela  des  proposi- 
tious  de  temps  en  temps,  dont  l'examen  et  rexéculion  ont  été  re- 
mis à  des  temps  plus  tranquilles. 

(Noie  sur  les  tonneaux  qui  est  encore  vraie).  On  ne  connaît 
que  les  pièces  qui  viennent  de  France.  Le  vin  se  met  dans  de 
grands  foudres  qui  sont  considérés  conmie  des  immeubles. 


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l'ALSACB   au   COIIMENGBMKNT   DU    XVIll®   SIÈCLE  443 

vant  les  Etats  que  l'on  a  retira». 
Sçavoir  : 

Froment,  quatorze  mil  huit  cens  muids. 

Espiotte,  qui  est  une  autre  espèce  de  froment  moindre  que 
le  premier  quinze  mil  quatre  cens  muids. 

(Seigle,  douze  mil  quatre  cents  muids). 

(Mrteil,  dix  huit  cent  cinquante  muids) 

((.)rge,  treize  mil  trois  cent  muids). 

(Avoine,  sept  mil  quatre  cent  muids  (1). 

Passages  pour  entrer  en  Alsace 

Les  principaux  passages  pour  entrer  du  cùt(^  de  la  France 
en  Alsace,  et  pour  y  conduire  des  armfM3S  et  des  voitures  sont 
celuy  de  la  vallée  de  Saint-Amarin  qui  entre  par  Dussang,  et 
de  là  à  Thanncs.  Le  val  de  Lièvre  et  de  Ste-Marie-aux- 
Mines  qui  aboutit  à  Schlestat. 

La  grande  route  de  Paris  à  Strasbourg  en  passant  par 
Phalsbourgetdelà  à  Saverne,  ce  deux  derniers  passages  sont 
bons,  et  le  dernier  meilleur  que  Tautre. 

11  y  (en)  a  un  quatrième  qui  passe  à  Ritche  et  àlnguillcret 
Hagucnau  (llagueneau). 

Le  dernier  est  celuy  de  la  vallée  des  deux  Fonts  qui  vient 
par  An vi lier  et  Landau. 

Mines 

11  y  a  des  mines  d'argent,  de  cuivre  et  de  plomb  dans  cette 
province,  sçavoir  à  Giromany  (2),  a  Sainte-Marie-aux-Mines, 
à  Steinbach  proche  Gernay  et  h.  Munster,  mais  on  ne  travaille 
qu'à  celle  de  Giromany,  quand  le  plomb  n'y  manque  pas,  et 
qu'il  y  a  assez  d'eau  pour  faire  tourner  les  machines  qui  épui- 
sent celle  qui  est  au  fond  des  mines.  L'on  y  peut  tirer  par 
annés  environ  seize  cens  marcs  d'argent,  et  vingt  quatre 
mil  livres  pesant  de  cuivre,  mais  la  dépense  pour  avoir  et 

(1)  Ne  figurent  pas  au  manuscrit  (Mémoires  des  IntendanU). 

(2)  Voir  le  rapport  de  M.  Picon  d'Andrezei  subdélégué  à  l'inten- 
dance d'Alsace,  au  contrôleur  général. 

Lettre  du  29  déc.  1701  de  M.  de  la  Houssaye,  concluant  à  l'aban- 
don des  mines  de  Giromagny  et  au  rétablissement  d'une  mine  de 
cuivre  située  dans  la  vallée  de  Munster  et  concédée  au  bourgmes- 
tre de  cette  ville,  Jeun-lJaptiste  Baudinot. 


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4 14  REVUE   D* ALSACE 

façonner  ces  mélaux  égale  presque  le  proffît,  M.  le  Duc  de 
la  Meilleraye  à  qui  les  mines  appartiennent  n'en  peut  tirer  que 
cinq  à  six  mil  livres  de  rente,  tous  frais  fails. 

Commerce 

L'Alsace  en  général  est  une  des  plus  fertiles  et  des  plus 
abondantes  provinces  du  Royaume.  Elle  produit  beaucoup  de 
grains  comme  il  a  déjà  été  remarqué,  des  foins,  des  vins,  des 
bois,  des  lins,  des  chanvres,  du  tabac,  des  légumes  et  des  fruits. 

Son  principal  commerce  est  celuy  du  tabac,  l'on  compte 
qu'il  s'en  fabrique  dans  la  ville  de  Strasbourg  cinquante 
mille  quintaux  par  an. 

La  poudre  à  giboyer  de  la  même  ville  est  aussi  en  grande 
réputation,  ainsy  que  les  graines  d'oignon,  de  pavost  dont 
on  fait  de  Thuille,  d'anis,  de  choux,  de  raves,  et  de  fenouil. 

L'on  faisait  autrefois  dans  cette  province  un  commerce 
considérable  d'eau-de-vie  et  de  vinaigre  que  Ton  transportait 
en  Allemagne  et  en  Hollande,  sous  le  nom  d'eau-de-vie  et  de 
vinaigre  de  Strasbourg,  ce  commerce  est  fort  diminué.  11  y  a 
en  quelques  endroits  de  la  province  des  manufactures  de 
cuir,  il  y  en  a  dans  Strasbourg  une  de  couvertures  de  laine, 
de  tapisseries  de  Bergamme  et  de  futaine. 

On  fabrique  aussi  dans  la  province  une  assez  grande 
quantité  d'étoffes,  moitié  laine,  moitié  fil,  nommées  tire- 
taines,  pour  l'usage  des  gens  du  pays. 

Mœurs  des  habitants 

Les  habitans  d'Alsace  sont  assez  portés  à  la  joye,  ils  n'ont 
aucune  ambition,  ils  sont  forts  adonnés  au  vin  et  c'est  un  de 
leurs  plus  grands  deffauts.  Ils  aspirent  volontiers  aux  magis- 
tratures des  corps  de  ville,  qui  sont  les  seuls  emplois  ou  ils 
bornent  leur  fortune,  mais  ce  n'est  pas  tant  pour  s'y  enri- 
chir, que  pour  se  donner  quelque  rdief  sur  les  autres,  ils  ne 
demandent  qu'à  vivre  avec  douceur  et  sans  embaras,  ils  ne 
s'inquiètent  point  pour  l'avancement  de  leurs  enfants,  les 
garyons  apprennent  des  mesliers,  et  les  filles  ne  se  marient 
qu'a  des  personnes  de  môme  profession,  elles  ont  beaucoup  de 
liberté  jusqu'à  leur  mariage,  mais  alors  elles  se  renferment 
dans  leur  domestique.  La  dot  des  enfants  des  plus  riches 
bourgeois  n'est  ordinairement  que  de  quatre  mil  livres,  un 


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L*ALSACE   AU   COMMENCEMENT   DU    WIIl^   SIÈCLE  445 

père  riche  de  cinquante  mil  écus  de  bien  suit  cet  usage  et 
jouit  de  ce  qu'il  a  jusqu'à  sa  mort.  A  Tégard  des  artisans 
ils  travaillent  toute  la  semaine  pour  aller  le  dimanche  au 
cabaret  h  la  promenade  et  k  la  danse. 

Les  femmes  ont  un  ou  deux  habits  h  l'allemande,  dont  on 
ne  voit  point  la  fin,  les  modes  ne  changeant  pas,  et  rien  ne 
peut  leur  i)roduire  aucune  augmentation  de  dépense.  Les 
nouveautés  troublent  ces  peuples,  et  ils  sont  grands  amateurs 
de  leurs  anciens  usages  bons  ou  mauvais. 

La  noblesse  s'habille  li  la  françoise,  et  si  elle  n'étcil  pas  si 
pauvre,  elle  aimerait  assés  à  paroitre,  ce  qui  empêche  bien  des 
gentilshommes  de  devenir  plus  riches,  est  la  délicatesse  qu'ils 
ont  de  se  conserver  en  elat  de  faire  entrer  leurs  enfans  dans 
les  chapitres  nobles  ou  l'on  n'est  receu  qu'en  produisant  ses 
preuves. 

Dénombrement 

On  compte  en  Alsace  distraction  faite  des  lienx  rendus  en 
conséquence  du  traité  de  paix  de  Riswick. 

Cinquante  six  villes  grandes  ou  petites. 

Neuf  cent  onze  bourgs,  villages  ou  hameaux. 

Quarante  cinq  mil  neuf  cent  soixante  dix  neuf  feux. 

Deux  cent  trente  cinq  mil  âmes  (1)  dont,  cent  cinquante 
six  mil  cinq  cent  catholiques  ;  soixante  six  mil  cinq  cent 
luthériens;  huit  mil  sept  cent  calvinistes  ou  anabaptistes,  et 
trois  mil  trois  cent  juifs.  Vingt  deux  mil  chevaux  et  dix  mil 
cavales,  d'une  petite  et  mauvaise  espèce;  cinquante  un  mil 
bœufs  ou  vasches. 

Eresches 

L'Alsace  est  pour  le  spirituel  sous  trois  Eveschez  savoir: 
Celuy  de  Str.isbourg  (2J. 

Ccluy  de  Basic  qui  embrasse  presque  toute  la  haute  Alsace. 
Celuy  de  Spire  du  cùf'  de  Landau  (3). 

(I)  Eu  d697  l'intendant  La  Grange  donne  le  chiffre  257003. 

(t)  L'évèque  de  Strasbourg  élait  alors  Wilbelm  Egon  de  Furs-. 
tcmberg  mort  en  1704,  88*  cvéqne.  . 

(3)  Cependant  l'évéché  de  l'archevêque  de  Besançon  avait  l'iné- 
peclion  de  Belforf,  de  Délie,  de  Floriniont  et  des  autre  endroils 
situés  sur  les  confins  de  la  Franchc-Couté,  formant  ensemble  Soi- 
xante paroisses. Kn  outrç  trois  paroisses  du  bailliage  de  Daho  étaient 
subordonnées  à  l'évèque  de  Metz,  ressortissant  à  l'archevêque  de 
Trêves.  (Almanachs  d'Alsace  par  OBEHLIN). 


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44G  REVUE   D^ALSAdK 

Eveaché  de  Strasbourg 

li*evosch(''  (le  Strasbourg  outre  son  revenu,  lequel  portt'^  à 
sa  juste  valeur  seroit  près  de  trois  cens  mil  livres,  est  encore 
très  considérable  par  deux  grands  baillages  qui  en  dépendent 
au  de  la  du  Rhin,  ou  l'Evèque  est  Prince  de  l'Empire,  et  jouit 
de  la  même  supériorité  territoriale  qu'ont  les  princes  d'Alle- 
magne les  plus  puissants  dans  leurs  Estats  sous  la  souverai- 
neté de  l'Empire  dont  ils  sont  membres. 

Chapih'e  de  la  cathédralle  do  Straabourg 

Le  chapitre  de  la  cathédralle  de  Strasbourg  est  un  des  plus 
nobles  de  l'Empire,  il  est  composé  de  douze  chanoines  capitu- 
laires  et  de  douze  domiciliaires. 

Les  capitulaires  sont  ceux  qui  ont  entrée  et  voix  délibéra- 
tive  au  chapitre,  le  revenu  de  leurs  canonicats  peut  estre 
estimé  à  six  mil  livres  année  commune. 

Les  Domiciliaires  n'entrent  point  au  chapitre,  et  ce  sont  pro- 
prement des  places  d'attente,  pour  parvenir  par  ancienneté 
il  celles  des  capitulaires,  lors  de  leur  vaccance,  on  leur  a  ac- 
cordé le  quart  du  revenu  des  canonicats,  pourvueu  qu'ils 
fassent  leur  résidence  annuelle  limitée  à  trois  mois  de  même 
que  celle  des  capitulaires. 

Les  uns  et  les  autres  sont  obligés  pour  estre  reçus  de  faire 
preuve  de  seize  quartiers  de  haute  noblesse,  huit  quartiers 
du  côté  du  père,  et  les  huit  autres  du  côté  de  la  mère  ;  cette 
haute  noblesse  exclut  les  sinqjles  gentilshommes.  11  faut  une 
extraction  de  princes  ou  comtes  de  l'Empire  pour  les  Alle- 
mands et  de  princes,  ducs  et  pairs  ou  maréchaux  de  France 
pour  les  Français. 

Les  douze  chanoines  capitulaires  ont  le  droit  d'élire  leur 
Evèque  en  cas  de  vacance  ou  de  démission,  lorsqu'ils  le  choi- 
sissent entr'eux  c'(»st  ordinairement  par  simple  élection  ou  il 
ne  faut  pour  la  rendre  valable  qu'une  voix  au  delà  de  la  moi- 
tié de  celles  des  chanoines  présents,  lorsqu'ils  nomment  un 
étranger,  ce  ne  peut  estre  que  par  postulation  et  dans  ce  cas 
il  faut  les  deux  tiers  des  voix  pour  la  validité  de  l'acte. 


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L* ALSACE   AU   (X)liMBNCEMENT   DU    XVIIl^   SIÈCLE  447 

Les  douze  chanoines  capitulaires  sont  Messieurs  (i)  Henry 
Oswald,  prince  d'Auvergne,  prevost  du  chapitre, 

Phi  lippes  Eherhard,  comte  de  Levestein,  prince  de  Mur- 
back,  doyen, 

Herniand  Frédéric,  comte  de  llohensollern, 

Ernest  Dominique,  comte  de  Manderscheidt-Falkenstein, 

Maximilien  comte  de  Manderscheidt-Falkenstein, 

(Iharles  (iohcii,  comte  d'Apremont  de  Ueikeim  (Ueikem), 

(luillaume,  comte  de  Salin, 

François  Gobert,  comte  d'Apremont  de  Hcnkeim  (Reikem). 

Jean-Ernest  comte  de  Levestein, 

Armand-Gaston  de  liohan,  prince  de  Soubise(2), 

Jean-Maurice-Gustave  comte  de  Manderscheidt  de  Blanck- 
neim, 

Frédéric  comte  de  Manderscheidt  de  Blanckneim. 

Les  douze  domiciliaires  sont  Messieurs  Hugues-François  de 
Konisgsegg  (Konigsegg),  Rotenfels, 


(1)  Les  noms  de  celle  liste  ont  élé  légèrement  estropiés  par  le 
copiste,  mais  nous  pouvons  les  rétablir  d'après  Grandidier,  (His- 
toire de  l'Eglise  de  Strasbourg  T.  IV,  p.  498). 

Henri-Oswalde  de  la  Tour  d'Auvergne,  grand  prcvot. 

ËrDCst-Dominiquc  deMandcrscheidt-Falckenstein,  grand  custos, 

Maximilicn-Philippe  de  Mandcrscheidt-Falckenstein,  grand  ca- 
méricr. 

Charles-Gobert  comte  d'Apremont  et  Heokheim, 

riiiillaume  comte  de  Salm, 

Jean-Ernest  comte  de  Lœvcnsteiu,  grand  érolàtre, 

Jean-Maurice  et  Frédéric  de  Manderscheidt  Blanckenheim. 

Les  autres  noms  sont  exactement  donnés. 

(i)  C'est  lui  qui  succéda  en  1701  à  l'évèque.  11  avait  été  noninié 
coadjutcur  de  Guillaume  IV  Egon  de  Furstemberg  dans  les  circons- 
tances suivantes  :  M.  de  la  Houssaye,  nommé  à  l'intendance  d'Al- 
sace, partait  pour  Strasbourg  sur  la  fin  de  1700.  avec  ordre  de  s'en- 
tendre avec  le  marquis  de  Huxelles,  maréchal  de  France  et  sei- 
gneur de  Rougemont,  (devenu  en  1713  gouverneur  de  la  province). 
Ces  Messieurs  devaient  favoriser  l'élection  du  prince  Armand- 
(iaston  de  Rohan,  c'est  ce  qu'il  exécutèrent  en  parlant  à  chaque 
chanoine  de  la  cathédrale  de  Strasbourg,  et  en  leur  déclarant  que 
le  roi  désirait  vivement  que  leur  choix  pour  le  futur  coadjutcur  se 
fixa  sur  le  prince.  L'élection  eut  lieu  dans  la  salle  des  archives,  & 
l'unanimité  et  elle  fut  confirmée  par  le  Pape  en  Avril  1701  (Gran- 
didier  loc.  cil). 


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448  REVUE  D'ALSACk 

Philippes-CIharles-Eriiest  co;nte  de  Furstemberg  Moskirch, 

lA»opol(l-Jean  comte  de  Truksès, 

Fï/Hléric  Constantin  prince  d'Auvergne, 

Woliïgang  Henry  comte  de  Manderscheidt  Falkenstein, 

Emanuel-Théodore  cardinal  de  Bouillon, 

Félix-Louis  de  (]russol  d'IIzès, 

Rulnian  comte  de  Salin, 

Jean-Guillaume  prince  Landgrave  de  liesse  Rheinfels, 

Christian  prince  Landgrave  de  liesse  Rheinfels, 

José  pli-Clément   prince  électoral  de  Bavière,   électeur  de 
Cologne, 
prince  d'Holsace  (4). 

Les  uns  et  les  autres  portent  lorsqu'ils  assistent  aux  offices 
de  la  cathédralle  sous  le  surplis  un  habit  de  velours  cramoisi 
doublé  de  fourrure  et  Taumusse  sur  les  épaules. 

Places  fortifiées 

Il  y  a  actuellement  en  Alsace  six  places  fortifiées,  sçavoir  : 

Stasbourg  et  la  citadelle, 

Le  fort  Louis  du  Rhin, 

Landau. 

Schlestat. 

Iluningue, 

Betfort. 

Trois  forts  sçavoir  : 

Le  mortier  vis  a  vis  le  vieux  Brissac  (Brisack). 

Landskron  entre  Betfort  et  Iluningue. 

Lichtcmberg  entre  Strasbourg  et  Landau  du  côté  de  la  Sarre. 

Les  six  places  fournies  de  canons,  de  munitions  d'arlillerie, 
et  de  la  mousqueterie  qui  leur  est  nécessaire. 

La  ville  de  neuf  Brissack  (Brisack)  que  l'on  construit  actu- 
ellement d'une  forlificalion  régulière  de  huit  tours  baslion- 
nées,  les  courtines  flanquées  de  huit  conlregardes,  de  huit 
demilunes  (demy  lunes),  avec  un  projet  d'ouvrage  cou- 
ronné sera  d'une  bonne  déffense  quand  les  ouvrages  seront 
achevés. 


({)    Nous   n'avons   pu   conlroler  les   noms  des  chanoines  do- 
miciliaires. 


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l'ALSACE   Al'   COMMENCEMENT   DU    XMII®   SIÈCLE  449 

La  maçonnerie  du  corps  de  la  place  est  presque  faite  et 
l'on  travaille  actuellement  avec  beaucoup  de  diligence  pux 
fondations  des  contregardes  et  des  demy  lunes. 

Il  y  a  des  casernes  pour  le  logement  des  troupes  dans  les 
six  places  dont  il  vient  d'estre  parlé,  celles  de  Strasbourg  et 
de  Schlestat  ont  été  faites  aux  dépens  des  babitans  de  ces 
deux  villes  qui  sont  chargées  de  l'entretien  de  ces  bastimens 
(bâtiments),  et  de  la  fourniture  des  lits,  la  ville  de  Strasbourg 
fournit  de  plus  le  bois  pour  le  chauffage  de  la  garnison,  et  le 
bois  et  la  chandelle  pour  les  corps  de  garde,  mais  elle  n'est 
point  chargée  de  ce  qui  regarde  la  citadelle,  ou  ses  entretiens 
et  fournitures  sont  sur  le  compte  de  Sa  Majesté. 

Le  Roy  fournit  le  bois  pour  le  chauffage  des  troupes  pen- 
dant cinq  mois  d*hiver,  commenceant  au  premier  novembre 
et  finissant  au  premier  avril  sur  le  pied  d'une  corde  et  demie 
par  compagnie  depuis  la  réforme  qui  les  a  réduites  k  trente 
cinq  hommes,  aux  garnisons  de  Landau,  le  fort  Louis,  llu- 
ningue,  la  citadelle  de  Strasbourg  et  le  fort  du  mortier,  à  1^ 
différence  des  troupes  campées  aux  environs  de  Neuf-Brisack 
auxquelles  Sa  Majesté  a  accordé  en  considération  du  travail 
deux  cordes  par  compagnie  pendant  six  mois  d'hiver,  et  une 
corde  et  demie  pendant  les  six  mois  d'été. 

Les  soldats  des  garnisons  de  Schlestat,  de  Betfort,  Lands- 
cron  et  de  Lichtemberg  s'en  pourvoyent  eux-mêmes  dans  les 
bois  les  plus  voisins,  mais  généralement  dans  toutes  les  pla- 
ces (hors  h  Strasbourg  pour  la  ville  seulement,  à  Landau 
et  h  Schlestat),  le  Roy  fait  la  dépense  du  bois  et  de  la  chan- 
delle des  corps  de  garde. 

Ces  fournitures  s'adjugent  au  rabais  h  l'expiration  des  mar- 
chés. Ceux  qui  subsistent  actuellement  sont  à  raison  sçavoir: 

Citadelle  de  Strasbourg  la  corde  de  bois  et  le  cent  de  fagots 
à  quatre  livres  quatre  sols  chacun,  la  livre  de  chandelle  huit 
sols  six  deniers. 

Le  Fort  Louis  du  Rhin  la  corde  de  bois  trois  livres  dix  sols, 
la  livre  de  chandelle  neuf  sols  six  deniers. 

Landau  la  corde  de  bois  sept  livres  onze  sols. 

Iluningue  la  corde  de  bois  six  livres  seize  sols,  le  cent  de 
fagots  six  livres,  la  livre  de  chandelle  sept  sols  quatre  deniers. 


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450  REVUE  d'alsace 

Belfort  la  corde  de  bois  quatre  livres  neuf  sols,  la  livre  de 
chandelle  dix  sols. 

Le  Fort  du  Mortier,  la  corde  de  bois  cinq  livres  quinze  sols, 
la  livre  de  chandelle  huit  sols. 

Landskron  (1)  dix-huit  livres  par  mois  pour  la  fourniture 
de  chacun  corps  de  garde  par  mois,  à  raison  de  deux  cordes 
de  bois  et  neuf  livres  de  chandelle  pendant  les  six  mois  d'hi- 
ver, et  moitié  pendant  les  six  mois  d'esté. 

Lichtemberg  la  corde  Je  bois  deux  livres  huit  sols,  la  livre 
de  chandelle  neuf  sols,  le  pot  d'huile  trente  sols. 

Les  camps  de  Neuf  Brisac,  la  corde  de  bois  cinq  livres 
quinze  sols,  la  livre  de  chandelle  huit  sols  six  deniers. 

Il  y  a  des  hôpitaux  pour  les  soldats  malades  entretenus  aux 
dépens  du  Roy  dans  les  villes  de  Srasbourg,  Le  Fort  Louis, 
Landau,  Schlestat,  Colmar,  Betfort,  lluningue  et  dans  le  fort 
de  Lichtemberg.  L'hôpital  de  Colmar  est  pour  les  soldats  des 
camps  du  neuf  Brisack,  Ton  traite  dans  l'hôpital  de  Sras- 
bourg les  soldats  attaqués  de  la  maladie  vénérienne,  privati- 
vement  aux  autres  hôpitaux,  et  le  Roy  a  trouvé  bon  qu'il  soit 
payé  quatorze  livres  dix  sols  monnoye  d'Alsace  au  chirur- 
gien major  pour  chaque  soldat  qu'il  guérirait  de  ce  mal  dont 
il  se  tient  des  estats  exacts. 

Le  chirurgien  major  s'appelle  le  sieur  du  Comte  (Du  conte) 
et  est  un  des  plus  habiles  hommes  de  sa  province  pour  tout 
ce  qui  regarde  la  chirurgie. 

Les  dernières  adjudications  de  la  fourniture  de  ces  hôpi- 
Uiux  pour  deux  années  finissantes  au  premier  janvier  1703, 
sont  k  raison  sçavoir  : 

Strasbourg  six  sols  neuf  deniers  pour  chaque  journée  de 
soldat  malade,  et  quatre  vingt  dix  livres  d'apointements  par 
mois  pour  l'entretien  des  infirmiers,  fraters.  blanchissage,  et 
autres  fournitures  que  la  subsistance  et  les  remèdes. 


(1)  Traité  fail  entre  le  Roi  cl  le  Marquis  de  Badcn-Dourlach, 
tourlianl  le  rhAteau  de  Landskron  on  Alsace  le  28  Mars  lt)63. 


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L*ALSACE   AU   COMMENCEMENT   DU   XVIII«   SIÈCLE  451 

Le  Fort  Louis.     .     .     .  Se.     6d.  50  ] 

Landau 5      il        90 

Schlestat 4        0        50  , 

Colmar 5      10        90  ^apo^ntements. 

Betfort ,4        9        50 

Huningue 6        0        50 

Lichlemberg  .     .  .     6        6        10 

Etats  Majors 

des  places,  leurs  noms,  leurs  apointements  et  autres  proffits  : 

Ville  de  Strasbourg 

M.  Le  Marquis  de  Ghamilly  gouverneur  ii  vingt  mil  livres 
d-apoinlements  du  Roy  et  la  ville  lui  paye  annuellement  neuf 
mil  livres  (3,000) 

M.  De  la  Bastie,  Lieutenant  du  Roy  a  quatre  mil  cinq  cens 
livres  d*apointements,  la  ville  lui  paye  trois  mil  livres. 

M.  de  Buffevant  major  a  trois  mil  livres  d'appointements, 
la  ville  lui  paye  deux  mil  livres,  sa  moitié  dans  le  proffit  des 
herbes  des  glacis  et  chemins  couverts,  dont  les  deux  aydes 
majors  ont  l'autre  moitié  peut  se  monter  à  sept  cens  cinquante 
livres  par  an. 

Messieurs  de  Bourbon  et  de  Vaudin  aydes  majors  ont  douze 
cens  livres  chacun  d'appointemens,  la  ville  leur  paye  à  cha- 
cun mil  livres,  il  peut  leur  revenir  de  leur  moitié  de  Therbe 
des  glacis  et  chemins  couverts  sept  cens  cinquante  livres 
qu'ils  partagent  également. 

Les  sieurs  Dufour  et  de  Belleuille  capitaines  des  portes  ont 
mil  quatre  vingt  livres  d'apointements,  la  ville  leur  paye  k 
chacun  six  cens  livres. 

Réduit  de  la  Porte  des  Pierres  de  Strasbourg 

M.  de  Bellespine  commandant  a  dix  huit  cens  livres  d*a- 
pointemens  et  la  cantine  de  ce  réduit  peut  luy  valoir  cent 
cinquante  livres. 

Réduit  de  la  Porte  blanche  de  Strasbourg 

M.  Coulon  commandant  h,  dix  huit  cens  livres  d'apointe- 
mens,  et  la  cantine  de  ce  réduit  peut  luy  valoir  cent  cin- 
quante livres, 


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452  REVUE  d'alsage 

Il  nV  a  aucun  autre  proffit  pour  les  officiers  de  l'Etatmajor, 
ce  que  la  ville  leur  paye  est  en  conséquence  d*un  règlement 
approuvé  par  Sa  Majesté,  eu  considération  de  ce  que  le  ma- 
gistrat jouit  de  la  cantine  et  du  produit  des  remparts  et  des 
fossés  de  la  ville,  qui  appartient  dans  les  autres  places  aux 
Gouverneurs  et  Lieutenants  du  Roy. 

Citadelle  de  Strasbourg  (1) 

M.  de  SifTredy  connmandant  a  quatre  mil  cinq  cens  livres 
d'apointements,  sa  moitié  dans  la  cantine  affermée  douze  cens 
livres,  dans  la  vente  du  sel  évaluée  h  trois  cens  livres,  dans 
rétablissement  de  la  boulangerie  évaluée  k  deux  cens  livres, 
dans  rétablissement  de  la  boucherie  évaluée  a  cent  livres. 

M.  deBergeretLieutenantduRoy  atroismil  livres  d'appoin- 
tements, son  quart  des  proffîts  énoncés  dans  le  précédent  ar- 
ticle peut  monter  à  quatre  cens  cinquante  livres. 

M.  de  Figeac  major  a  dix  huit  cens  (livres  d'appointements). 
Il  touche  les  deux  tiers  du  quart  restant  des  proffîts  cy-dessus, 
ce  qui  va  environ  a  trois  cens  livres. 

M.  Paillot  ayde  major  a  mil  quatre  vingt  livres  d'cppoin- 
tements,  et  cent  cinquante  livres  du  restant  des  proffîts  cy 
dessus. 

Le  sieur  de  la  Fregere  de  Coursonne  capitaine  des  portes  a 
neuf  cens  livres  d'appointements  et  nul  autre  proffît. 

L'herbe  des  remparts  peut  produire  seize  charriots  de  foin 
de  la  valeur  de  cent  sols  chacun,  Ils  se  partagent  enlre  Mes- 
sieurs de  Siffredy  commandant  et  de  Bergeret  Lieutenant  de 
Hoy. 

L'herbe  des  glacis  et  chemins  couverts  peut  produire  vingt 
deux  charriots  de  foin  au  môme  prix  de  cinq  livres  chacun 
ils  se  partagent  entre  Messieurs  de  Figeac  major  et  Paillot 
ayde  major. 

Fort  Louis  du  Ithiii 

M.  de  la  Vaisse  Gouverneur  a  sept  mil  livres  d'appointe- 
ments, sa  moitié  dans  la  cantine  affermée  présentement  qua- 
torze cens  livres  et  dans  un  bacq  (que  l'Etat  major  a  fait 
mettre  sur  le  Rhin  depuis  la  démolition  du  pont)  affermé  six 
cens  livres,  est  en  tout  de  mil  livres. 

(1)  Construite  en  1082  sous  la  direction  de  Vauban. 


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l'alsace  au  commknckment  or  \viii«  sièclk  453 

M.  de  St-Georges  Lieutenant  de  Roy  a  d'appointements 
trois  mil  livres,  sa  part  dans  les  proflits  ry-dessus  est  de  cinq 
cens  livres. 

M.  Paqueion  major  a  dix  huit  cens  livres  d'appointements, 
sa  part  dans  lesprofïitscy-dessus  est  de  trois  cens  trente  trois 
livres. 

M.  de  la  Roque  ayde  major  a  d'appointements  neuf  cens 
livres,  sa  moitié  des  dits  proflits  cy-dessus  est  de  cent  soi- 
xante sept  livres. 

Outre  celalesdits  sieurs  Paqueion  major  (et de  la  Roque  ayde 
major)  jouissaient  du  pot  major  réduit  à  une  chopine  par  ordre 
de  M.  De  la  Grange,  laquelle  chopine  par  mesure  de  vin  pro- 
duisait deux  sols,  ce  qui  faisait  par  chaque  année  deux  a 
trois  cens  livres,  selon  que  la  garnison  était  plus  ou  moins 
forte. 

Le  major  avait  les  deux  tiers  de  ce  proffit,  et  l'ayde  major 
l'antre  tiers,  maïs  ils  n'en  jouiront  plus  a  l'avenir  en  consé- 
quence des  nouveaux  ordres  envoyés  pour  la  supression  des 
droits  du  pot  major. 

L'herhe  des  remparts  et  fossés  apartenant  aux  Gouverneurs 
et  Lieutenant  de  Roy  ne  leur  vaut  pas  plus  de  trente  livres 
par  an  et  celle  des  glacis  ne  vaut  pas  plus  de  soixante  livres 
au  major  et  ayde  major,  le  terrain  étant  de  gravier. 

Le  sieur  do.  Saint-Martin  capitaine  des  portes  à  sept  cens 
livres  d'appointements. 

Landau 

M.  de  Melac  Gouverneur  a  quinze  mil  livres  d'appointe- 
ments,la  ville  luy  paye  douze  cens  livres  pour  son  ustoncile(i), 
sa  moitié  dans  la  cantine  afl*nrmée  deux  mil  quatre  cens  livres 
et  de  douze  cens  livres.  La  ville  luy  fournit  le  hois  de  son 
chauffage  lorsqu'il  est  dans  son  gouvernement,  ce  qui  ne  peut 
estre  évalué  précisément,  la  consommation  pouvant  eslre 
plus  ou  moins  grande,  la  corde  de  bois  se  vend  présentement 
sept  livres  dix  sols  ou  environ. 
\ 

(\)  L'uslancile,  ou  mieux  l'ustensile  était  le  droit  qu'avaient  les 
troupes  d'être  logées  et  entretenues  par  l'habitant. 


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4o4  REVUE   d'à LS ACE 

M.  Daoust  Lieutenant  de  Roy  a  trois  rail  livres  d'appoin- 
tements, la  ville  luy  paye  six  cens  livres  d'uotancile,  son 
quart  dans  la  cantine  est  de  six  cens  livres. 

M.  de  Roquefeuille  major  a  deux  mil  quatre  cens  livi'es 
d'appointements,  la  ville  lui  paye  quatre  cens  livres  d'us- 
tancile,  sa  part  de  la  cantine  est  de  quatre  cens  livres,  ses 
deux  tiers  de  Therbe  des  glacis  lui  vallent  deux  cens  livres. 

Il  retiroit  environ  trois  cens  cinquante  livres  du  pot  major 
ce  qui  est  supprimé. 

M.  de  Villeman  ayde  major  a  mil  quatre  vingt  livres  d'ap- 
pointements, la  ville  luy  paye  deux  cens  livres,  sa  part  de  la 
cantine  est  deux  cens  livres,  sa  part  du  droit  de  pot  major 
estoit  de  cent  quatre  vingt  livres. 

Le  sieur  de  la  Rousselière  capitaine  des  portes  a  neuf  cens 
livres  d'appointements,  la  ville  lui  paye  cent  livres  d'une  part 
pour  ustancile,  deux  cens  quatre  vingt  livres  d'autre  pour 
deux  portiers  qu'il  s'est  obligé  d'entretenir. 

Chasteau  de  Lichtemherg 

M.  de  la  Jonchère  commandant  a  deux  mil  cinq  cens  livres 
d'appointements. 

M.  de  Vole  (Voile)  major  a  douze  cens  livres  d'appoin- 
tements. 

M.  de  Clarclery  ayde  major  a  neuf  cens  livres  d'appoin- 
tements. 

Cet  Etat  major  ne  retire  aucun  prolTit  de  la  place,  l'herbe 
des  remparts  et  glacis  n'est  à  compter  pour  rien,  ne  valant 
pas  quarante  livres  par  an. 

Schlestat 

M.  de  Prescbacq  gouverneur  onze  mil  deux(cens)cinquante 
livres  d'appointements.  La  ville  luy  paye  six  cens  livres  d'us- 
tancile  et  luy  fournit  quarante  chariots  de  foin  valant  environ 
quatre  cens  livres,  cent  cordes  de  bois  pour  son  chauflage 
qui  peuvent  estre  évaluées  îi  deux  cens  livres,  sa  moitié  dans 
la  cantine  va  k  cent  cinquante  livres,  la  pesche  des  fossez  de 
la  place  peut  valoir  deux  h  trois  cens  livres. 

M.  de  Barege  Lieutenant  de  Roy  a  trois  mil  livres  d'appoin- 
tements, la  ville  luy  paye  quatre  cens  livres  d'ustancile,  et 


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l' ALSACE   AU    COMMKNCEHENT    DU    XVm«   SIÈCLE  455 

luy  fournit  douze  chariots  de  foin  dont  il  paye  la  façon  de 
trois  livres  dix  sols  pour  chacun,  sa  part  de  la  quantine  est  de 
soixante  quinze  livres. 

M.  Caries  major  a  dix  huit  cens  livres  d'appointements,  la 
ville  luy  fournit  six  charriots  de  foin  dont  il  paye  la  façon, 
l'herbe  des  glacis  dont  il  a  les  deux  tiers,  luy  vaut  près  de 
mil  livres,  le  droit  de  pot  major  suprimc  lui  valait  aussi  pour 
las  deux  tiers,  quatre  cens  cinquante  livres. 

M  de  Beauregard  ayde  major  a  neuf  cens  livres  d'appoin- 
tements, la  ville  luy  paye  deux  cens  livres  d'ustanciles  et  luy 
fournit  six  charriots  de  foin  dont  il  paye  la  façon,  son  tiers 
de  rherbe  des  glacis  luy  vaut  environ  cinq  cens  livres,  bon 
tiers  du  droit  de  pot  major  suprimc  étoit  de  deux  cens  vingt 
cinq  livres. 

Le  sieur  Giraud  capitaine  des  portes  a  sept  cens  livres 
d'appointements,  la  ville  luy  paye  cent  soixante  dix  livres 
d'ustancile  et  lui  fournit  trois  chariots  de  foin  dont  il  paye 
la  façon . 

Betfort 

M.  de  Morton  gouverneur  a  onze  mil  deux  cens  cinquante 
livres  d'appointements,  la  ville  luy  paye  six  cens  livres  d'us- 
tancile,  sa  moitié  de  la  cantine  affermée  mil  livres  est  de  cinq 
cens  livres. 

M.  de  la  Sablière  Lieutenant  de  Roy  a  deux  mil  quatre 
cens  livres  d'appointements,  lui  paye  quatre  cents  livres 
d'ustancile,  son  quart  de  la  cantine  est  de  deux  cens  cin- 
quante livres. 

M.  de  Fernanville  majora  dix  huit  cens  livres  d'appointe- 
ments, la  ville  lui  paye  deux  cens  livres  d'ustancile,  sa  part 
de  la  cantine  est  de  cent  vingt  cinq  livres,  sa  moitié  dans 
rherbe  des  glacis  affermée  quarante  cinq  livres,  est  de  vingt 
deux  livres  dix  sols,  le  droit  de  pot  major  suprimé  luy  valait 
cent  cinquante  livres. 

M.  de  Valmont  ayde  majora  neuf  cens  livres  d\i^»pointe- 
menis,  la  ville  luy  paye  cent  livres,  sa  part  de  la  cantine  est 
de  soixante  deux  livres  dix  sols,  sa  part  des  glacis  est  de 
onze  livres  cinq  sols,  sa  part  du  droit  de  pot  major  suprimé 
étoit  de  soixante  quinze  livres. 


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436  REVUE  D^ALSACE 

M.  (le  Pibalier  ayde  major  du  château  a  neuf  cens  livres 
d'appointements,  il  ne  touche  rien  de  la  ville,  sa  part  de  la 
cantine  est  de  soixante  deux  livres  dix  sols,  sa  part  des  glacis 
est  de  (onze  livres  cinqsols,  sa  partdu  droit  de)  pot  major  su- 
primé  étoit  de  soixante  quinze  livres. 

Iluningue 

M.  le  Marquis  de  Puysieulx  gouverneur  a  quinze  mil  livres 
d'appointements. 

M.  de  Senerie,  Lieutenant  de  Roy  a  deux  mil  quatre  cens 
livres  d'appointements. 

La  ville  ne  leur  paye  aucune  ustancile,  et  il  n'y  a  point  de 
cantine. 

M.  de  Bombelles  major,  a  dix  huit  cens  livres  d'appointe- 
ments, ses  deux  tiers  du  produit  de  Therbe  des  glacis  peu- 
vent aller  a  soixante  livres. 

M.  de  Montouer  (Monloûcr)  ayde  major  a  neuf  cens  livres 
d'appointements,  son  tiers  du  produit  de  l'herbe  des  glacis 
peut  aller  a  trente  livres. 

Le  sieur  de  Glinchamp  capitaine  des  portes,  a  neuf  cens  livres 
d'appointements. 

Neuf  Brisnck 

M.  de  Laubanie  gouverneur  a  quinze  mil  livres  d'appoin- 
tements- 

Le  Roy  n'a  point  encore  nommé  de  Lieutenant  de  Sa  Ma- 
jesté dans  cette  place. 

M.  de  Manas  majora  trois  mil  livres  d'appointements. 

L'Etat  Major  n'a  aucun  autre  profTit. 

Fort  du  Mortier 

M.  Darcy  commandant  a  deux  mil  quatre  cens  livres  d'ap- 
pointements. 

M.  Thorame  major  a  douze  cens  livres  d'appointements. 

M.  Félix  ayde  major  a  neuf  cens  livres  d'appointements. 

Le  major  et  l'ayde  major  ont  fait  labourer  un  vieux  glacis 
du  fort  des  cadets  démoly  qui  est  k  compter  pour  rien  a  cause 
des  innondations,  cehiy  de  la  place  ne  vaut  pas  mieux,  le 
terrain  étant  aride  et  fort  petit. 


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i/aLSACE   AC    commencement   du    XVIII*   SIÈCLE  457 

Souveraineté  du  Roy 

Avant  le  traité  de  Westphalie  signé  a  Munster  le  24  octo- 
bre mil  six  cens  quarante  huit,  l'on  reconnoissoit  en  Alsace 
trois  sortes  de  puissances  : 

Celle  qui  émanoit  de  la  simple  seigneurie,  à  peu  près  telle 
que  Font  en  France  les  seigneurs  de  paroisses. 

Celle  du  supériorité  territoriale  qui  approchoit  beaucoup 
plus  de  la  souveraineté  que  de  la  dépendance. 

Celle  du  suprême  Domaine  qui  est  la  véritable  souverai- 
neté. 

Le  droit  de  simple  seigneurie  étoit  exercé  par  les  seigneurs 
des  (iefs  qui  relevoient  d'autres  princes  ou  seigneurs  parti- 
culiers. 

La  supériorité  territoriale  appartenoit  a  tous  les  Seigneurs 
dont  les  terres  relevaient  immédiatement  de  l'Empire,  et  hors 
le  droit  de  faire  battre  monnoye  dont  même  quelques  uns 
étoient  en  possession,  ils  jouissoient  de  tous  les  droits  réga- 
liens avec  la  môme  indépendance  que  les  Princes  d'Allemagne 
les  plus  puissants. 

La  ville  de  Strasbourg  comme  République,  et  les  dix  villes 
impériales  scituées  en  Alsace  sçavoir,  Ilaguenau,  Colmar, 
Schlestat,  Weissenbourg,  Landau,  Obernheim,  Rosheim, 
Munster,  Keysersberg  et  Turckeim  jouissoient  de  la  môme 
supériorité  territoriale,  et  quelques  unes  étaient  même  on 
possession  de  faire  battre  monnoye. 

Le  Suprême  Domaine  étoit  la  véritable  souveraineté  appar- 
tenante il  tout  l'empire  donc  chaque  membre  participe  et  qui 
ne  réside  en  la  personne  de  l'Empereur  qu'en  tant  qu'il  est  le 
Chef,  mais  sans  qu'ils  s'en  puisse  servir  du  consentement  et 
pour  ainsy  dire  conjointement  avec  les  Princes  et  Etals  de 
l'Empire  dans  les  affaires  de  conséquence,  de  sorte  que  ceux 
qui  ont  la  supériorité  territoriale  étant  appelles  aux  Dièles, 
ou  par  eux  mêmes,  s'ils  s'ont  Régents,  ou  par  des  députés 
de  leur  ordre  s'ils  ne  le  sont  pas,  suivant  les  règlements  en 
forme  de  constitution  qui  ont  été  faits  à  ce  sujet.  Ils  ont 
l'avantage  outre  la  supériorité  territorialle  qu'ils  exercent 
chez  eux,  de  partager  jusques  à  un  certain  point  l'autorité 
souveraine  du  Suprême  Domaine  dans  tout  l'Empire. 


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458  REVUE  D' ALSACE 

Telle  étoit  la  scituation  de  l'Alsace  lorsque  par  le  traité  île 
Wetsphalie  elle  parut  estre  cédée  entièrement  au  Roy. 

Les  dispositions  des  paragraphes  Tèriio  Imperafor  et 
teneatiirRex  chrisiianissimus ont  eu  des  interprétations  dif- 
férentes, cependant  il  a  toujours  passé  au  moins  pour  cons- 
tant que  tout  ce  qui  appartenoit  en  propre  a  la  maison  d'Au- 
triche en  Alsace  ayant  été  par  elle  cédé  a  Sa  Majesté  avec 
toute  supériorité  territoriale  et  avec  souveraineté  par  Tinter- 
vention  de  l'Empire,  le  Roy  devoit  en  jouir  sans  aucune 
difficulté. 

La  principale  contestation  fut  par  rapport  à  la  préfecture 
d'Haguenau  qui  appartenoit  aussi  k  la  maison  d'Autriche 
et  aux  dix  villes  impériales  qui  en  dépendent. 

L'on  prétendit  de  la  part  de  la  France  que  la  préfecture 
dllaguenau  ayant  été  cédée  au  Roy  en  toute  souveraineté, 
ces  dix  villes  qui  en  dépendoient  dévoient  être  soumires  a  Sa 
Majesté  de  la  môme  manière.  L'on  soutint  au  contraire  du 
coté  de  l'Empire  que  le  droit  de  cette  préfecture  n'étoit  qu'un 
droit  d'advocatie  et  de  protection  honorahle  et  utile  jusqu'à 
un  certain  point  en  vertu  duquel  les  habilans  des  dix  villes 
impériales  presloient  à  la  vérité  le  serment  au  grand  Bailly, 
mais  que  ce  serment  étoit  réciproque  el  que  le  grand  Bailly 
leur  juroit  pareillement  de  les  maintenir  dans  leurs  privilè- 
ges, or  au  nombre  de  ces  privilèges,  celuy  de  jouir  de  la  su- 
périorité territoriale  et  des  droits  régaliens  sous  la  souverai- 
neté immédiate  de  l'Empire  étoit  regardé  comme  le  plus 
considérable. 

Quant  aux  autres  Etats  de  l'Alsace  qui  n'étoieot  point  du 
Domaine  de  la  maison  d'Autriche,  la  difficulté  fut  encore  bien 
plus  grande,  et  quoy  qu'il  parut  par  la  disposition  du  para- 
graphe Tertio  imperator  qu'ils  eussent  été  cédés  à  la  France 
avec  toute  souveraineté,  cependant  on  y  trouvoit  une  contra- 
diction si  apparente  dans  la  disposition  du  paragraphe  Te- 
nentur  lîex  christianissimus,  qu'elle  passoit  en  Allemagne 
pour  une  rétrac(tajtion  formelle  qui  maintenoit  ces  Etats  dans 
leur  possession  de  supériorité  territoriale  sous  la  souverai- 
neté de  l'Empire. 

Les  choses  étoient  dans  cette  ambiguïté  dont  chacun  se 
prévaloit  le  plus  qu'il  pouvoit  à  son  avantage  lorsqu'en  l'an- 


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l'alsacb  au  commencement  du  xviii«  siècle  4^9 

née  1680  par  deux  aresls  du  Conseil  supérieur  d'Alsace  séant 
alors  h  Brisack,  le  premier  du  22  mars  et  le  second  du  9« 
aoust  de  la  dite  animée.  Le  Roy  à  la  requeste  et  diligence  de 
son  procureur  général  a  fait  ordonner  la  réunion  h  sa  cou- 
ronne de  tous  les  lieux  exceptés  par  le  paragraphe  Teneatur 
Bex  christ ianissimus y  du  traité  de  Munster.  Cette  réunion  a 
produit  TExtinclion  de  la  supériorité  territoriale  dans  les  lieux 
qui  y  ont  été  compris,  etqui  forment  cegue  Ton  appelle  pré- 
sentement en  Alsace,  le  pays  de  nouvelle  domination  ou  de- 
puis Sa  Majesté  n  a  point  été  troublée,  au  contraire  la  guerre 
survenue  en  1688  ayant  été  heureusement  terminée  par  le 
traité  de  Riswick,  Tarticle  4  de  ce  traité  lève  pour  l'avenir  toutes 
difficultés,  car  comme  il  y  est  dit  que  Ton  rendra  en  particu- 
lier k  l'Empereur  et  h  l'Empire,  k  ses  Etats  et  membres  tous 
les  lieux  et  droits  scitués  hors  l'Alsace  qui  ont  esté  occupés 
parle  Roy  nonobstant  les  décrets,  arrests  et  déclarai  ions  qui 
demeureront  cassés  à  cet  égard,  il  est  une  conséquence  toute 
évidente  que  ces  arrests  n'ont  point  receu  d'atteinte  pour  les 
Etats,  lieux  et  droits  scituez  dans  l'Alsace,  lesquels  sont  sous 
entendus  délaissés  et  abandonnés  k  Sa  Majesté  pour  en  jouir 
suivant  le  dernier  estât  de  possesion  (1). 

A  la  vérité  les  bornes  de  l'Alsace  du  costé  du  Pilalinat 
n'ont  pas  encore  été  bien  précisément  décrites  ny  limitées, 
elles  ne  sont  sujettes  à  aucune  cont2slation  csmme  il  a 
déjà  été  remarqué  jusques  a  la  Rivière  de  Loutre  (2j  qui 
passe  k  Weissembourg,  mais  le  Roy  a  grand  intérest  de 
maintenir  sa  souveraineté  jusque  k  la  rivière  Quesche  qui 
passe  k  Landau,  et  qui  vient  se  rendre  dans  le  Rhink  Guers- 
mesheim. 

(k  Huivr/j  Docteur  H.  Weisoerbkr. 


(1)  Comparer  avec  le  mémoire  de  Colbert. 

(2)  Pour  Lauter.  Ces  lerriloirefl  contestés  furent  reconnus 
Français  en  1714  par  le  traité  de  Rastadt,  ils  le  restèrent  jus- 
qu'en 1815. 


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RELATION 


DE   LA 


PRÉSENTATION  A  LOUIS  XIV 


DE   LA 


MÉDAILLE  FRAPPÉE  par  ORDRE  de  la  VILLE  de  STRASBOURG 

après  rachèvement  de  la  rit  ad  elle 
en  i687 


Dès  1686  le  Magistrat  de  la  ville  libre  royale  de  Strasbourg 
avait  décidé,  sur  la  proposition  du  prêteur  Obrecht,  de  com- 
mémorerrachôvement  prochain  de  laCitadelle,  commencée  par 
Vauban  dès  le  lendemain  de  la  capitulation  de  1681,  par  la 
frappe  d'une  médaille  (1).  C'était  faire  sa  cour  au  roi,  dont 
Tun  des  faibles  était  de  vouloir  conserver  le  souvenir  de  tous 
les  événements  de  son  règne  par  une  série  de  créations  artis- 
tiques de  ce  genre,  pour  lesquelles  la  nouvelle  Académie  des 
Inscriptions  et  Belles-Lettres  fournissait  les  devises.  Cette 
médaille,  exécutée  à  Paris,  par  Bernard  (2),  est  bien  connue 
des  numismates  et  des  amateurs.  Elle  montre  h  Tavcrs  le  buste 


(1)  Voyez  les  procès-verbaux  du  Conseil  des  Treize,  18 
février  1687. 

(2)  Etait-ce  le  graveur  et  peinlre  Samuel  Bernard,  mort  peu 
après  le  21  Juia  1687,  h  Paris,  le  père  du  fameux  financier  de  ce 
nom  ?  Je  ne  saurais  l'affirmer. 


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PRÉSENTATION   A   LOUIS   XIV   d'uNB  MÉDAILLE  461 

bien  connu  du  monarque,  revêtu  de  la  cuirasse;  au  revers, 
Louis  XIV,  assis  sur  son  trône,  en  costume  romain,  tend 
une  couronne  crénelée  à  la  ville  de  Strasbourg,  agenouillée  h 
ses  pieds.  A  terre  gisent  un  bouclier,  un  casque  et  une  épéo. 
Derrière  le  roi  se  tient  une  Victoire,  qui  lui  pose  sur  la  tcte 
une  couronne  de  lauriers.  La  médaille  porte  pour  devise 
Urbis  (ranquillitnte  adserta.  et  h  l'exergue,  Argentorat. 
Ahat.  Meirop  (i).  Ce  n'est  pas  de  cette  pièce  alsalique  elle- 
même  que  je  veux  parler  ici;  j'ai  retrouvé  parmi  mes  papiers 
quelques  unes  des  lettres  échangées  a  cette  occasion  enlre  le 
Magistrat  de  Strasbourg  et  son  représentant  \  Paris,  et  que 
mon  excellent  ami,  feu  M.  Brucker,  archiviste  de  la  ville, 
avait  bien  voulu  copier  pour  moi,  il  y  a  bientôt  vingt  ans. 
Je  penss  qu'on  ne  lira  point  sans  quelque  intérêt  la  relation 
que  cet  agent  fit  parvenir  h  ses  commettants  sur  l'audience 
accordée  par  le  roi,  le  i«^  avril  1687,  afin  qu'il  pût  présenter 
les  hommages  respectueux  et  rofl"rande  de  la  ville  libre  k 
Sa  Majesté  Très  Chrétienne.  En  le  suivant  d'abord  à  la  Cour, 
puis  dans  ses  pérégrinations  officieuses  comme  distributeur 
des  médailles  strasbourgeoises,  on  peut  jejer  un  coup  d*œil 
rapide  sur  les  grands  seigneurs  de  Versailles,  sur  les  influ- 
ences puissantes  de  l'administration  supérieure,  sur  «  les 
bureaux  »  aussi,  comme  on  disait  alors  déjà,  et  leur  dictature 
latente.  N'est-ce  pas  un  détail  bien  caractéristique  (jue  Cor- 
reùr  juge  plus  nécessaire  de  distribuer  cinq  de  ces  médailles 
dans  un  même  bureau  que  d'en  offrir  une  seule  \\  Monsieur  ? 
Et  n'est-il  pas  intéressant  de  constater  que  le  valet  de  cham- 
bre de  Louvois,  lui  aussi,  affichait  du  goût  pour  la  numisma- 
tique ? 

Pour  bien  comprendre  d'ailleurs  l'attitude  bienveillante  de 


(1)  Voyez  Berstetl,  Mûnsgeschichte  des  Elsasses,  page  85  et 
Arthur  Engel,  Monnaies  alsaciennes  au  Cabinet  do  France  dans  la 
Revue  d'Alsace,  1874,  page  312.  Les  exemplaires  en  enivre,  &  lace 
unique,  tels  qu'il  en  existe  ini  exemplaire  dans  la  belle  collection 
de  médailles  alsatiques  de  mon  cousin  et  ami,  M.  Maurice  ilimly, 
à  Strasbourg,  doivent  être  des  imitations  d'origine  postérieure, 
puisque  nous  voyons  le  Magistrat  défendre  la  frappe  des  pièces  en 
cuivre. 


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^ 


462  REVUE  d'alsace 

Louvois  h  regard  de  Tagent  strasbourgeois,  altitude  qui  con- 
traste si  fort  avec  sa  brusquerie,  je  dirais  volontiers  sa  bru- 
talité ordinaire,  il  faut  savoir  que  Gorreur  (ou  Le  Correur) 
était  lui-même  un  ancien  «  commis  »  du  tout-puissant  minis- 
tre, et  que  celui-ci  tâchait  naturellement  de  bien  mettre  en 
Cour  le  nouvel  agent  de  Strasbourg,  qu'il  avait  certainement 
désigné  lui-môme  ou  fait  désigner  au  choix  du  préteur  royal 
et  des  Conseils.  Désigné  pour  ces  fonctions  en  août  i685, 
alors  que  le  vieux  «  résident  »  de  la  République  à  Paris,  Jean 
Beck,  en  fonctions  depuis  1644,  était  mort  ou  avait  été  mis  à 
la  retraite,  Correur  fournit  également  une  carrière  diploma- 
tique (si  tant  est  que  ce  mot  soit  encore  de  mise  après  i68i) 
assez  longue,  car  les  procès-verbaux  du  Conseil  des  Treize 
nous  le  montrent  encore  en  activité  de  service  vers  la  fin 
de  l'année  i710. 

RoD.  Reuss. 


Lettre  du  S^  Correur  (1),  agent  de  la  ville  de  Strasbourg 
à  Paris,  au  Magistrat  de  cette  ville, 

Paris,  ce  2«  avril  i687. 

Messieurs 

J'ai  reçu  la  lettre  du  23.  du  mois  dernier  que  vous  m'avés 
fait  l'honneur  de  m'écrire  ;  j'ai  été  bien  aise  de  la  ratification 
que  vous  m'avés  donnée  pour  l'exécution  de  vos  ordres  au 
sujet  de  la  médaille  du  Roy  ;  je  les  ai  suivi  régulièrement  et, 
je  crois,  à  votre  satisfaction .  Comme  j'ai  présenté  cette  médaille 
k  Sa  Majesté  hier  au  matin  avec  autant  d'agrément  qu'on  en 
pouvoit  attendre,  vous  voulés  bien,  Messieurs,  que  je  vous 
fasse  une  petite  relation  de  ce  qui  s'y  est  passé. 

Comme  vous  m'avés  ordonné  par  les  lettres  que  vous 
m'aviés  fait  l'honneur  de  m'écrire,  de  présenter  la  médaille 
au  Roy,  au  plutôt,  j'ai  tellement  pressé  M.  Petit  qui  trainoit 


(!)  On  trouve  le  nom  dans  les  pièces  odicielles  sous  la  forme  de 
Correur,  Le  Correur,  Le  Couvreur,  etc. 


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PRÉSENTATION    A   LOUIS   XIV   d'CNE   MÉDAILLE  463 

les  choses  en  longueur  (1),  que  vendredy  dernier  une  partie 
des  médailles  fut  achevée,  particulièrement  celles  d'or.  Je  ne 
manquais  pas,  le  lendemain,  d'en  aller  rendre  compte  k  Mgr 
de  Louvois,  qui  me  recommanda  de  me  trouver  le  lundi 
ensuivant  à  Versailles  où  il  me  présenteroit  au  Roy.  Je  n'y 
manquai  pas,  mais  mondit  Seigneur  n'ayant  pas  la  commo- 
dité cette  journée,  la  partie  fut  remise  au  lende- 
main ;  je  me  trouvai  a  la  sortie  du  cabinet  comme  il  alloit  au 
conseil  ;  il  me  dit  de  le  suivre  et  d'attendre  ses  ordres  dans 
l'antichambre  du  Roy,  où  je  fus  près  de  deux  heures.  Mondit 
Seigneur  sortit  ensuite,  et  m'ayant  fait  signe  de  la  teste,  il 
rentra  ;  plusieurs  personnes  de  la  première  qualité 
le  suivirent  et  la  porte  fut  fermée  ;  un  quart  d'heure 
après  elle  fut  ouverte,  et  un  huissier  du  cabinet  appelant 
hautement  :  «  L'agent  de  la  ville  de  Strasbourg  »,  je  m'avan- 
çai, et  je  fus  surpris  de  voir  que  le  Itoy  m'attendoit  dans  les 
formes.  Mgr  de  Louvois  éloit  k  son  côté,  et  les  principaux  de 
la  cour  faisaient  deux  haies  ;  j'allai  droit  k  Sa  Majesté  avec 
beaucoup  de  respect  et  de  soumission  et  après  lui  avoir  fait  le 
compliment  de  votre  part,  Messieurs,  suivant  le  model  que 
vous  m'en  aviés  donné  (2),  je  lui  présentai  la  médaille  qu'il  prit 
d'une  manière  très  gaie,  et  en  la  recevant  il  me  dit  ces  mesmes 
paroles  :  «  Je  la  reçois  avec  plaisir,  et  vous  pouvés  assurer 
Messieurs  de  Strasbourg,  que  je  leur  donnerai  dans  toutes  les 
rencontres  des  marques  de  mon  affection  (3)  ».  Je  remerciai 
Sa  Majesté  par  une  profonde  inclinalion  ;  j'allai  ensuite  dans 
l'apartement  de  Mgr  le  Dauphin,  qui  venoit  d'arriver  de  la 
chasse.  On  me  fit  entrer  lorsque  j'eus  dis  pourquoy  je  venois; 


(1)  Le  graveur  de  la  médaille  s'appelait  Bernard;  M.  Petit  était 
le  contrôleur  de  la  Monnaie,  «  le  maître  du  balancier  »,  comme 
on  disait  alors. 

(2)  Hcisseissen  dans  son  Mémorial  (p,  133)  mentionne  ce  «  com- 
pliment »que  le  Magistrat  avait  fait  rédiger  à  Strasbourg,  peut-être 
afin  que  le  Correur  ne  fut  pas  trop  dévotieux  en  son  nom. 

(3)  Messieurs  de  Strasbourg  ne  durent  pas  être  très  charmés 
quand  ils  reçurent  les  prochaines  «  marques  de  l'afTection  »  royale. 
C'est  en  effet  quatre  jours  plus  tard,  le  5  avril  1687,  que  Louis  XIV 
signa   la  lettre   de   cachet  qui  introduisait  Valiematire  dans  le 

sm^igistrat   (Keisseissen,  Mémorial,  p.  134). 


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464  REVUE   d' ALSACE 

je  lui  fis  un  petit  compliment.  Lorsque  je  lui  présentai  la 
médaille,  il  me  répondit  qu'il  vous  remerciait.  Je  fus  après 
chez  Mgr  de  Louvois  et,  comme  il  rentroit,  je  le  remerciai  de 
la  bonté  qu'il  avoit  eu  de  vouloir  que  la  médaille  eût  été 
présentée  au  Roy  dans  toute  la  cérémonie,  et  que  je  ne  man- 
querai pas  de  vous  rendre  compte,  Messieurs,  de  la  manière 
dont  la  chose  s'étoit  passée.  Je  lui  présentai  en  môme  tems 
une  médaille  d'or  et  deux  d'argent;  j'allai  ensuite  k  l'aparte- 
ment  de  M.  de  Barbezieux  (i),  u  qui,  après  un  compliment  de 
votre  part,  je  présentai  une  médaille  d'argent.  J'en  donnai 
aussi  une  k  M.  de  Junquières,  qui  est  celui  qui  le  conduit 
dans  les  affaires,  et  puis  j'en  fis  une  distribution  dans  les  bu- 
reaux. Je  commençai  par  M.  Dufresnoy,  qui  est  le  premier 
commis,  et  puis  j'allai  suivant  l'ordre  ;  il  en  a  fallu  cinq  dans 
le  seul  bureau  du  secrétariat.  Je  ne  pus  en  refuser  au  premier 
valet  de  chambre  de  M>^'.  de  Louvois,  qui  m'en  demanda  une. 
Faites-moi,  s'il  vous  plaft,  la  grâce  de  croire  que  dans  celle 
distribution  j'ai  fait  ce  que  j'ai  cru  être  k  l'avantage  de  la 
ville  de  Strasbourg.  J'ai  aussi  présenté  une  médaille 
d'or  k  Mgr.  le  Contrôleur  -  général  (2)  qui  me  témoi- 
gna d'avoir  beaucoup  de  ressentiment  de  l'honnêteté  que  je 
lui  faisois  de  votre  part  ;  il  me  dit  qu'il  vous  en  remercieroil. 
M.  l'intendant  Pelcticr  (3),  k  qui  j'en  ai  aussi  présenté  une 
d'or,  me  dit  que  vous  lui  faisiés  beaucoup  d'honneur,  et 
qu'il  làcheroit  de  vous  en  faire  paroitre  sa  reconnoissance. 
J'en  ai  distribué  aussi  dans  les  bureaux  de  ces  Messieurs  ; 
tous  les  commis  m'ont  prié  de  vous  en  faire  leurs  très  humbles 
remerciements.  Je  n'ai  pas  présenté  encore  celle  pour  Mgr. 
le  Chancelier  (4),  parce  qu'il  est  un  peu  incommodé  ;  j'espère 

(1)  Louis-Françols-Marie  Le  Tellicr,  marquis  de  Barbezieux,  se- 
cond fils  de  Louvois  et  son  successeur  au  niinislère  de  la  guerre 
en  1091.  Il  était  né  en  juin  1668  ;  c'était  donc  un  jeune  homme  de 
dix-huit  ans  auquel  l'agent  de  Strasbourg  se  croyait  obligé  défaire 
offîciellemont  sa  cour. 

(2)  C'était,  depuis  1683,  M.  Claude  Le  Peietier. 

(3)  11  est  sans  doute  question  du  frère  du  précédent,  Michel  Le 
Peietier  de  Souzy,  intendant  des  finances  de  1683  à  1701. 

(4)  Louis  BoucLerat,  chancelier  et  garde  des  sceaux  de  1665  à 
1691). 


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PRÉSENTATION    V    LOUIS   XIV  d'uNE   Mi^OAILLË  46o 

le  pouvoir  faire,  k  ce  qu'on  m'a  promis,  samedi  prochain. 
J'en  ai  présenté  une  d'argent  au  R.  P.  de  la  Chaise  (1)  et  k  M. 
Pélisson  (2),  qui  m'ont  chargé  tous  deux  de  vous  bien  remer- 
cier et  de  voustémoignerqu'iis  vouséloient  infiniment  obligée. 
M.  l'archevêque  de  Reims  (3)  ne  sera  de  retour  de  la  cam- 
pagne que  la  semaine  prochaine,  comme  aussi  M.  l'Evèque 
de  Meaux  (4).  Je  ne  manquerai  pas  de  suivre  les  ordres  que 
vous  me  donnés  k  leurs  égards  ;  j'ai  encore  quelques  dislri- 
butions  k  faire  k  la  Cour,  dont  je  ne  manquerai  pas  de  vous 
rendie  compte,  et  ensuite  je  ne  manquerai  pas  de  vous  en- 
voyer le  nombre  de  médailles,  que  vous  m'ordonnes  de  vous 
envoyer  et  même  davantage  si  je  puis,  avec  unsd'or,  etquani 
même  je  devrois  faire  faire  encore  une  augmentation  d'une 
douzaine  d'argent,  je  crois  qne  vous  ne  le  trouvères  pas  mau- 
vais, parcequ'il  ne  faut  pas  faire  de  jalousies,  et  pour  peu  de 
chose  on  contente  les  gens.  J'ai  suivi  les  ordres  de  Mgr.  de 
Louvois  k  l'égard  d'une  médaille  pour  Mgr.  (5),  mais  comme 
il  nem'arienditpourMonsieur(6jjeneluienai  point  présenté; 
cela  aussi  n'étoit  point  nécessaire.  Ainsi  il  n'y  a  eu  que  sept 
médailles  d'or;  celle  du  Roy,  qui  pesoitplus  de  deux  onces  de 
plus  que  les  autres,  étoit  extrêmement  belle  ;  les  autres  ne 
laissent  pas  d'être  aussi  très  belles,  comme  vous  le  verres,  s'il 
vous  plaft,  quand  j'aurai  l'honneur  de  vous  l'envoyer  avec 
celles  d'argent,  qui  sont  aussi  fort  belles.  M.  Petit,  le  mailre 
du  balancier  qui  fail,  comme  sçait  fort  bien  M.  Obrecht  (7), 
les  choses  comme  il  lui  plait,  a  fait  les  médailles  un  peu  plus 
pesantes  que  je  ne  lui  avois  dit,  disant  qu'on  ne  peut  pas  être 
si  juste,  mais  cela  n'excède  pas  de  beaucoup,  et  sans  un  grand 
soin  que  j'ai  fait  prend  re.  le  carré  de  la  figure  d  u  Roy  aurait  cassé 


(l)  Le  confesseur  du  Hoi. 

(f)  PauIPelissm  de  l'Académie  française,  historiographe  du  Roi, 
directeur  du  bureau  de  conversion  pour  les  réformés,  après  sa 
propre  abjuration  de  la  foi  protestante. 

(3)  Charles- Maurice  Le  Tellier,  frère  de  L')Uvois. 

(4)  Jacques  Bénigne  Bjssuet. 

(5)  Monseigneur,  tout  court,  c'est  le  Dauphin,  fils  de  Louis  XIV. 
((>)  Monsieur,  c'est  Philippe  d'Orléans,  frère  du  Roy. 

(7)  Le  prêteur  royal  de  U  ville  de  Strasbourg. 


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466  HEVUE  D*ALSACE 

11  est  vrai  que  le  graveur  auroil  été  obligé  d'en  faire  un  autre, 
mais  il  eut  fallu  Taltendre  longtemps.  VoiHi,  ^Messieurs,  les 
choses  comme  elles  se  sont  passées.  J'espère  que  vous  en 
serez  contents,  et  que  cette  médaille  que  vous  avez  fait  faire 
fort  h  propos,  et  qui  a  été  si  bien  reçue  de  tous  ceux  à  qui  je 
Tai  présentée,  ne  pourra  être  que  très  avantageuse  pour   la 
ville  de  Strasbourg.  Je  prie  Dieu  de  tout  mon  coeur  que  j'en 
puisse  bientôt  voir  des  marques.  J*ai  reçu  la  lettre  de  crédit 
que  vous  m'avez  fait  l'honneur  de  m'envoyer  sur  M   Tourlv^n 
pour  me  rembourser  des  avances  qus  j'ai  faites  à  l'égard  de 
la  médaille  (1)  ;  je  vous  suis  obligé  de  votre  ponctualité  ;  sur 
les  simples  ordres  qu'il  vous  plaira    me   donner,  je    ferai 
toujours  tous  les  frais  nécessaires  pour  tout  ce  que  vous  vou- 
drés  bien  m'ordonner,  puisque  je  suis  et  je  serai  toujours 
avec  baaueoup  de  respect  et  de  passion,  Messieurs,  votre  très 
humble  etc.  Signé  ConuKirn. 

P.  S.  —  J'oubliais  de  me  donner  l'honneur  de  vous  écrire 
pour  sçavoir  si  vous  von  lés  que  je  fasse  fraper  quelques  mé- 
dailles de  cuivre. 


Strasbourg  ce  9  avril  1687. 
Monsieur, 

Nous  avons  reçu  votre  lettre  du  2  de  ce  mois  par  laquelle 
nous  avons  appris  avec  beaucoup  de  satisfaction  l'heureux 
succès  avec  lequel  vous  avés  exécuté  la  commission  que 
nous  vous  avions  donnée  poui"  présenter  la  médaille  au  Roy; 
nous  vous  sommes  très  sensiblement  obligés  de  tous  les  soins 
que  vous  avés  pris  en  celte  affaire,  et  nous  tâcherons  à  la 
première  occasion  qui  se  présentera  de  vous  donner  des  mar- 
ques réelles  de  notre  reconnoissance. 

Vous  jugés  très  bien  qu'il  ne  faut  pas  s'exposer  à  aucune 
jalousie  en  épargnant  une  dixaine  de  médailles  qu'on  pourroit 
emploier  avantageusement  pour  la  ville,  en  les  offrant  h  des 

(l)  D'après  Ica  procès-verbaux  des  Treize  (S  novembre  16S7)  les 
frais  s'élevèrent  à  1,G23  livres. 


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PRÉSENTATION    A    LOIIS    XIV    d'uNE   MÉDAILLE  4G7 

personnes  qui  nous  peuvent  par  là  vouloir  du  bien  :  ainsi 
nous  vous  prions  d'augmenter  le  nombre  des  cents  que  nous 
avons  commandé  autrefois,  encore  de  dix  ou  de  douze,  selon 
que  vous  le  Irouverés  a  propos,  comme  aussi  de  faire  frapper 
encore  une  d'or,  outre  celle  que  vous  avés  déjà  et  de  nous  les 
envoyer  toutes  deux  ensembles  ici.  Nous  n'avons  rien  a  dire 
sur  la  distribution  que  vous  avés  faite  et  que  vous  ferés  encore 
si  ce  n'est  que  nous  vous  recommandons  particulièrement 
M.  Petil  qui  a  la  direction  du  balancier  et  M.  Frémin,  avocat 
au  Conseil,  qui  est  son  allié,  comme  aussi  Mad,  Le  Cor- 
reur  et  Mademoiselles  (sic)  vos  filles,  et  si  nous  vous  prions 
d'en  garder  une  pour  vous,  ce  n'est  que  pour  vous  laisser  un 
gage  de  notre  bonne  volonté,  que  nous  vous  donnerons  au 
plutôt  a  connoîlre  plus  efficacement  ;  du  reste  nous  ne  dési- 
rons pas  que  vous  en  fassiés  frapper  de  cuivre,  à  moins  que 
Mgr.  de  Louvois  ne  vous  l'ordonne  expressément.  En  atten- 
dant de  vos  nouvelles  sur  les  soixante  médailles  d'argent  et 
les  deux  d'orque  vous  nous  enverrés  ici,  nous  sommes,  etc., 

Les  Préteur,  Consul  et  Magistrat  de  la 
ville  de  Strasbourg. 

Paris  ce  3  may  1687. 

Messieurs, 

Depuis  la  dernière  lettre  que  vous  m'avés  fait  l'honneur  de 
m'écrire  j'ai  présenté  une  médaille  d'or  à  Mgr.  le  Chancelier, 
et  je  lui  ai  fait  le  compliment  que  je  lui  devois  fiiire  de  votre 
part;  il  a  reçu  la  médaille  et  le  compliment  avec  la  plus 
grande  honnêteté  du  monde,  et  il  m'a  chargé  de  vous  écrire 
qu'il  vous  éloit  bien  obligé  et  qu'il  nous  reiidroit  toujours  ser- 
vice de  bon  cœur,  quand  il  en  auroit  l'occasion.  J'ai  distri- 
bué régulièrement  des  médailles  d'argent,  suivant  ce  qu'il 
vous  a  plus  m'ordonner,  et  j'en  ai  donné  à  ceux  que  j'ai  cru 
pouvoir  vous  être  utiles  en  quelque  chose.  Je  vous  ai  beau- 
coup d^'obligation  de  la  bonté  que  vous  avés  de  vouloir  bien 
me  permettre  de  retirer  une  médaille  et  d'en  donner  aussi  a 
ma  femme  et  à  mes  tilles  ;  nous  les  garderons  comme  un  mo- 


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4G8  REVUE  D^LSAGU 

nuinent  éternel  de  la  bienveillance  que  vous  nous  témoignés 
et  nous  tâcherons  toujours  d'en  avoir  toute  la  reconnoissance 
qu'on  peut  avoir,  et  moi  particulièrement,  je  ferai  tout  mon 
possible  pour  exécuter  ponctuellement  tout  ce  que  vous  m'or- 
donnerés  et  que  rien  ne  se  fasse  au  préjudice  de  vos  intérêts 
auxquels  je  m'attacherai  avec  beaucoup  de  zèle. 

J'ai  mis  au  carosse  de  Strasbourg,  qui  partira  lundi  pro- 
chain, une boëte  cordée  et  cachetée  à  TadressedeM.  Obrechl; 
elle  doit  arriver  h  Strasbourg  le  15  de  ce  mois.  Il  y  a  dedans 
deux  médailles  d'or  et  soixante  cinq  d'argent  ;  elles  sont  belles 
et  bien  frappées  et  qui  ont  bien  été  reçues  à  la  cour  ;  elles 
seront  assurémenttrès  utiles  pour  l'intérêt  de  la  ville  de  Stras- 
bourg. Le  Roy  et  Messieurs  les  Ministres  en  ont  témoigné 
une  véritable  satisfaction  et  je  suis  persuadé  que  Sa  Majesté 
et  ces  Messieurs  s'en  resouviendront  dans  l'occasion.  En  at- 
tendant toujours  de  vos  commandemens,  je  suis,  etc.  Signé  : 

CORREIR. 


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A  TRAVERS  LE  PASSÉ 


SOUVENIRS  D'ALSACE 

PORTRAITS,    PAYSAGES 
(Suite  (i; 


Parmi  les  hommes  qui  ont  creusé  un  large  sillon  dans  le 
champ  des  études  alsatiques,  parmi  les  chercheurs  modernes 
qui  ont  fait  d'heureuses  trouvailles  et  publié  des  livres  qui 
resteront  comme  un  témoignage  de  leur  haute  culture  inteU 
lectuelle,  nous  devons  une  mention  d'honneur  îi  Charles  Gé- 
rard, avocat  à  la  cour  d'appel  deColmar,  ancien  sous-commis* 
saire  du  gouvernement  à  Altkirch  et  a  Saverne  et  ancien 
représentant  du  peuple  en  4848.  Originaire  de  Longwy  où  il 
est  né  le  24  janvier  1813,  il  habita  longtemps  Ste-Marie-aux- 
Mines,  celte  ville  moitié  lorraine  et  moitié  alsacienne  ;  il  résu- 
mait en  lui  le  génie  de  deux  races,  et  a  donné  de  bonne 
heure  la  mesure  de  ses  brillantes  qualités  d'esprit  et  de  ses 
rares  facultés  d'assimilation.  Il  eut  la  force  de  renoncer  au 
prestige  de  ses  positions  officielles  pour  revenir  a  Colmar  plai- 
der le  mur  mitoyen,  ce  qui  prouve  qu'il  n'était  Tami  ni  du 
galon  ni  du  panache.  Beau  parleur,  critique  sagace  et  souvent 
caustique,  profond  jurisconsulte,  possédant  des  notions  sur 
toutes  choses,  explorateur  consciencieux  des  arcanes  histo- 
riques, sachant  défricher  avec  méthode  les  landes  les  plus 

({)  Voy.  pp.  433-465  du  Irimeslre  Octobrc-Novembrc-Décembre 
1895;  pp.  24-50  du  trimestre  Janvier-Février-Mars,  pp.  156-207  du 
trimestre  Avril-Mai-Juin,  pp.  310-377  du  trimestre  Juillet- Août- 
Septembre  1896,  pp.  529-559  du  trimestre  Octobre-Novembre- 
Décembre,  pp.  104-128  du  trimestre  Jaavîer-Février-Mars  et  pp. 
145-184  du  trimestre  Avril-Mai-Juin,  p.  310-334  du  trimestre 
Juillet-Aoùt-Septembrç. 


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470  REVUE   D' ALSACE 

abstruses  du  passé,  il  avait  mis  toute  sa  passion,  toute  son 
ardeur  de  savant  a  se  créer  une  bibliothèque  exclusivement 
alsatique.  C'était  un  des  plus  fins  limiers  de  celle  chasse  au 
livre  a  une  époque  où  les  chercheurs,  encore  clairsemés,  re- 
venaient rarement  bredouille.  Bref,  par  acquisitions,  par 
échanges,  par  dons  gracieux  de  ses  amis,  il  eut  bientôt  accu- 
mulé sur  les  rayons  de  son  cabinet  de  travail  les  trésors  les 
plus  authentiques,  les  incunables  les  plusrares  de  notre  vieille 
histoire  provinciale. 

C*est  la  dedans  qu'il  a  puisé  les  matériaux  mis  en  œuvre 
dans  ses  diverses  publications  ;  c'est  la  cette  bibliothèque  qui 
représentait  un  vrai  patrimoine  de  famille  et  qui,  h  un  certain 
moment,  a  attiré  l'attention  de  l'Alsace.  Collection  amassée 
d'abord  par  pur  dilettantisme,  elle  est  devenue  plus  tard, 
sous  l'empire  de  certaines  circonstances,  un  capital  mobilisa- 
ble. De  là  sont  sorties  les  intéressantes  notices  publiées  par 
la  Revue  d'Alsace,  telles  que  la  bataille  de  Turckheimel  la 
bataille  d'Entsheim,  gagnées  par  Turenne  sur  les  Impéraux; 
puis  V Ancienne  Alsace  à  table,  livre  remarquablement  docu- 
menté et  écrit  avec  une  verve  gauloise  entraînante  où  figure, 
sous  une  forme  étincelanle  et  savoureuse,  la  description  des 
menus  historiques  de  nos  pères,  d'où  se  détachent  des  pages 
dignes  de  Brillât-Savarin;  ensuite  V Essai  d'une  Faune  his- 
torique des  mammifères  sauvages  de  V Alsace  description  de 
tous  les  fauv.es  vivant  en  Alsace  dans  les  temps  anciens  et 
modernes  ;  enfin  les  Artistes  de  V Alsace  pendant  le  moyen 
(ige,  œuvre  d'une  érudition  débordante  où  il  soutient  cette 
thèse,  que  d'aucuns  disent  paradoxale,  qu'Erwin  de  Steinbach 
le  merveilleux  architecte  de  la  cathédrale  de  Strasbourg, était 
d'origine  fançaise  et  s'appelait  en  réalité  Hervé  de  Pierre- 
fonds  ;  qu'en  exerçant  son  art  en  Allemagne  il  a  vu,  comme 
bien  des  artistes  du  moyen  Age,  son  nom  se  transformer  en 
celui  âErwin  von  Steinbach,q\i\eiil  la  traduction  littérale  du 
nom  français.  De  même  le  peintre  français  Roger  de  la  Pas- 
ture,  né  k  Tournai,  au  quinzième  siècle  n'est  plus  connu  au- 
jourd'hui que  sous  le  nom  flamand  de  Roger  van  der  Wey- 
den,  parce  qu'il  a  exercé  son  art  à  Bruges. 

Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  discuter  cette  question  qui  four- 
nirait matière  a  controverses  sérieuses.  Bornons-nous  à  men- 


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A  TBAVBRS   LE  PASSÉ  47i 

lionner  ce  fait  hors  de  conteste  c'est  que  la  grande  façade  de 
la  cathédrale  de  Strasbourg  porte  l'empreinte  de  l'architecture 
de  rile-de-France,  de  cet  art  prétendu  gothique  qui  a  été 
imité  dans  toute  l'Europe. 

On  dirait  —  c'est  Gérard  qui  parle  —  qu'Erwin  a  voulu 
laisser  sur  la  cathédrale  une  signature  qui  permît  k  la  posté- 
rité de  le  reconnaître,  le  blason  même  de  sa  nationalité.  Com- 
ment interpréter  autrement  la  présence  sur  le  grand  portail, 
au  cœur  même  de  l'œuvre  d'Erwin,  des  armoiries  françaises 
de  Saint-Louis  et  de  sa  mère  Blanche  de  Castille? 

En  effet,  parmi  les  scènes  sculptées  sur  le  grand  portail,  on 
voit  la  Résurrection  du  Christ  dont  le  tombeau  est  garni  de 
fleurs  de  lis  semblables  de  tous  points  h  celles  de  France  et 
alternant  avec  les  tours  de  Castille.  Fait  tout  aussi  digne  de 
remarque,  sur  le  même  portail  figure  la  statue  équestre  de 
Clovis,  roi  des  Francs. 

Ne  serait-ce  point  la  un  commencement  de  preuve  k  l'appui 
de  l'opinion  de  Gérard?  Je  sais  fort  bien  que  le  sculpteur 
alsacien  Friederich,  qui  avait  la  généreuse  toquade  de  tra- 
vailler gratis  pour  la  postérité  et  pour  la  gloire,  a  sculpté  une 
statue  d'Erwin  dont  il  a  fait  cadeau  au  village  de  Steinbach 
dans  le  duché  de  Bade,  confirmant  ainsi  la  légende  d'après 
laquelle  Erwin  serait  né  dans  cette  localité,  ce  qui,  paraît-il, 
n'est  établi  par  aucun  document  probant.  Ce  monument,  qui 
a  été  inauguré  le  30  août  i84i,  aurait-il  la  même  valeur  his- 
torique que  la  statue  du  prétendu  inventeur  de  la  poudre 
qui  fait  un  si  fulgurant  effet  k  Fribourg,  sur  la  jolie 
petite  place  des  Franciscains,  et  qui  est  l'œuvre  du  sculpteur 
badoisAloïsKnitlel? 

Pélrarque  et  d'autres  nous  apprennent,  en  effet,  que  la 
poudre  existait  déjk  en  Italie  en  1358,  longtemps  avant  Ber- 
thold  Schwartz,  dont  la  date  de  naissance  n*est  pas  certaine. 
Les  Anglais  aussi,  dit-on,  en  ont  fait  usage  en  1346  k  la  ba- 
taille de  Crécy.  Enfin  l'invention  de  la  poudre  k  canon  est 
attribuée  aussi  au  moine  anglais  Roger  Bacon  mort  en  1294. 

Friederich  eût  pu,  tout  aussi  bien,  offrir  sa  statue  au  vil- 
lage alsacien  de  Steinbach,  situé  entre  Cernay  et  Thann,  et 
le  gratifier  ainsi  d'un  grand  homme  tout  aussi  authentique 
que  celui  du  Steinbach  badois.  Il  n*en  faut  pas  davantage 


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472  REVUE  d'alsàge 

pour  accréditer  peu  à  peu  dans  Tesprit  des  masses  des 
erreurs  historiques  flagrantes. 

Erwin  n'apparaît,  semble-t-il,qu'une  seule  fois  avec  le  nom 
de  Steinbach,  et  cela  dans  Tinscription  qui,  jusqu'au  dix- 
huitième  siècle  se  trouvait  sur  le  portail  principal  de  la  ca- 
thrdrale.  11  est  admis  aujourd'hui  par  les  archéologues  que 
cette  inscription  était  apocryphe.  Au  congrès  archéologique 
qui  eut  lieu  h.  Strasbourg  en  1859,  M.  de  Schauenbourg  se 
prononça  en  faveur  de  la  commune  de  Steinbach  près  de 
Thann.  M.  Gérard,  après  avoir  dit  qu'une  opinion  ancienne  et 
presque  universellement  adoptée  lui  assigne  pour  patrie  le 
village  de  Steinbach,  dans  le  margraviat  de  Bade,  développe 
son  opinion  personnelle  qui  place  son  lieu  de  naissance  à 
Pierrefonds,  en  France.  Depuis  lors  le  docteur  Woltman  de 
Ikrlin,  qui  s'est  beaucoup  occupé  de  l'art  en  Alsace  et  a  écrit 
une  biographie  d'Erwin,  avoue  n'avoir  aucun  renseignement 
sur  le  lieu  d'origine  et  d'apprentissage  du  maftre  ;  «  seule- 
ment, dit-il,  la  façade  de  la  cathédrale  de  Strasbourg,  par  l'a- 
gencement de  ses  formes,  prouve  que  son  créateur  a  fait  ses 
études  dans  les  loges  maçonniques  de  France  »  (1  ).  Cette  opi- 
nion d'un  auteur  allemand,  très  connu  dans  le  monde  de  l'é- 
rudition par  des  œuvres  importantes,  n'est  pas  à  dédaigner 
et  nous  fait  comprendre  que  la  conception  hardie  de  Gérard 
ne  manque  pas  d'une  base  sérieuse. 

Ce. brave  Friederich,  un  peu  naïf  dans  ses  admirations  ré- 
trospectives, m'a  donné  les  épreuves  lithographiques  des 
deux  statues  offertes  par  lui  au  duché  de  Bade,  celle  d'Erwin 
et  celle  d'un  Christ  assis,  contemplant  un  crâne,  placée  au 
cimetière  de  Lœrrach  ou  de  Lahr,  qui  était  le'  lieu  d'origine 
de  sa  première  femme. 


Gérard,  ce  chercheur  passionné  avait,  à  un  haut  degré,  le 
.«sentiment  inné  de  l'art.  Il  possédait  d'instinct  et  au  bout  des 
doigts,  le  vocabulaire  sacro-saint  de  l'idéal,  et  il  l'a  prouvé  en 

(l)  ÀUfjemeine  deuUche  Diogranhie,  T.  VI.  p.  332. 


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A  TRAVERS   LE   PASSE  473 

écrivant,  dans  son  livre  des  Artistes  alsaciens,  la  biographie 
crilerrade  de  Landsperg,abbesse  de  Hohenbourg.Saluons  et  ad- 
mirons. Nous  sommes  devant  une  œuvre  unique  au  monde, 
le  Hortus  deliciarum,  le  jardin  des  délices,  résumant  le 
cycle  des  connaissances  humaines  au  moyen  âge,  écrite  et 
illustrée  de  miniatures  par  une  femme  «  la  plus  suave  figure 
du  moyen  âge  religieux,  le  type  le  plus  accompli  des  perfec- 
tions de  la  femme  monastique.  Elle  se  présente  à  nous  la  tète 
ceinte  de  la  triple  couronne  de  la  science,  de  la  poésie  et  de 
Tart,  et  cette  auguste  couronne  mériterait  d'être  envimnnéedu 
nimbe  de  la  sainteté  ».  Le  voilà,  crayonné  en  deux  lignes  par 
Gérard,  le  portrait  de  cette  magicienne  des  temps  gothiques, 
digne  de  devenir  la  Béatrix  d'un  Dante  qui  n'existait  pas 
encore. 

Née  vers  ii23,  sous  le  rî^gne  de  Frédéric  Barberousse,  l'em- 
pereur légendaire,  elle  devint  en  1167  abbesse  du  monastère 
de  llohenbourg,  sur  la  montagne  Sainte-Odile.  (]onsultée  par 
les  évèques  et  même  par  les  papes,  elle  était  considérée 
comme  une  des  lumières  et  l'honneur  de  son  siècle.  Elle  pos- 
sédait le  grec  et  parlait  le  latin  comme  un  docteur  de  l'Uni- 
versité de  Paris.  Elle  connaissait  Aristote,  Platon,  C.icéron, 
les  écrits  d'Ahélard  et  de  tous  les  hommes  célèbres  de  son 
temps. 

Le  Hortus  deticiarum  était  le  livre  destiné  à  l'éducation 
religieuse  et  renfermait  tout  ce  qu'lïerrade  jugeait  indispen- 
sable Il  l'éducation  de  la  femme.  C/était  le  cours  complet  et 
illustré  de  miniatures  des  études  suivies  à  llohenbourg.  On  ne 
connaissait  point  de  manuscrit  à  images  du  Xll^  siècle  qui 
présentât  des  peintures  aussi  grandes  que  celles  du  Hortus 
deliciarum. 

Qu'est  devenu  ce  trésor  entoun»  du  respect  et  de  l'admira- 
tion de  sept  siècles,  resté  intact  et  pur  dans  son  vélin  imma- 
culé, plus  âgé  et  honoré  que  nos  grandes  cathédrales  de  pierre, 
qui  avait  trouvé  son  dernier  abri  dans  la  bibliothèque  de 
Strasbourg?  Les  bombes  du  siège  de  1870,  en  incendiant  ce 
précieux  dépùt  historique,  ont  en  un  clin  d'œil  réduit  en  cen- 
dres l'œuvre  du  merveilleux  génie  d'ilerrade  :  elle  s'est  éva- 
nouie en  funi'^e  avec  le  musée  archéologique  et  la  galerie  de 
peinture,   avec  quatre  cent  mille  manuscrits  historiques   et 


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474  REVUE  d'alsace    • 

livres  incunables,  avec  les  antiquiti'^s  gallo-romaines  réunies 
par  Schœpflin  et  les  monuments  de  IVpoque  mérovingienne, 
laissant  une  traînée  douloureuse  de  plus  dans  Thistoire  des 
cruautés  humaines  et  un  regret  éternel  aux  amis  du  beau  !... 
Ceci  c'est  de  Thistoire  contemporaine,  un  fragment  de  chro- 
nique navrante,  une  date  néfaste,  14  août  1870. 


Par  un  de  ces  hasards  providentiels  qui  se  rencontrent  par- 
fois dans  l'enchaînement  des  choses  humaines,  la  postérité 
ne   sera  pas  entièrement  déshéritée  de  l'œuvre  d'IIerrade. 

Voici  comment  il  lui  est  devenu  possible  de  jouir  d'une 
partie  au  moins  des  planches  de  ce  livre  encyclopédique,dans 
lequel  Alexandre  et  (lésar  portent  l'accoutrement  des  cheva- 
liers du  XlRe  siècle  et  Cléopâlre  le  costume  des  châtelaines 
de  l'époque.  Quand  le  grand  Opéra  de  Paris  s'occupa  de  mon- 
ter Robert  le  Diable,  les  artistes  chargés  de  dessiner  les  cos- 
tumes furent  fort  embarrassés  de  se  procurer  des  modèles 
archéologiques  pouvant  s'adapter  à  l'époque  présumée  où  vi- 
vait le  prince  normand.  Or,  vers  1842,  la  ville  de  Strasbourg 
avait  envoyé  le  précieux  volume  dnf/orfus  deliciarumhune 
exposition  rétrospective  de  Paris.  Les  costumiers  de  l'Opéra 
saisirent  cette  occasion  de  copier  les  planches  les  plus  carac- 
t'^Tistiques  qui  leur  servirent  h  composer  la  mise  en  scène. 

L'attention  ayant  ainsi  été  appelée  sur  ce  chef-d'œuvre,  un 
des  plus  éuiinents  amateurs  de  Paris  et  grand  protecteur  des 
arts,  le  comte  Auguste  de  Bastard,  en  prit  un  certain  nombre 
de  calques  sur  papier  de  Chine,  planches  d'ensemble  et  figu- 
res isolées,  et  fit  reproduire  par  la  lithographie  en  manière 
noire,  toute  une  sTie  de  ces  planches  qu'on  peut  voir  au  dé- 
partement des  Estampes  de  la  Bibliothèque  nationale.  Elles 
remplissent  un  grand  atlas  de  cent  vingt-deux  feuillets  (1839- 
1842).  Il  y  a  \h  dedans  des  figures  mouvementées  et  expres- 
sives, des  compositions  d'une  puissante  originalité,  comme  la 
chute  des  mauvais  anges,  la  grande  courtisane  de  l'Apoca- 
lypse, le  combat  des  vertus  et  des  vices,  l'arbre  de  Jessé,  ré- 
vélant un  art  curieux  au  possible.   La  Gazette  des  Beaux- 


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A    TBAVERS    LE   PASSÉ  475 

Arts,  en  publiant  en  1873,  un  article  de  M.  Ch.  Cournault 
sur  le  Mus^e  de  Nancy  et  les  collections  d'Alsace-Lorraine,  a 
reproduit  la  planche  des  Supplices  de  l'enfer.  Elle  est  vrai- 
ment typique  cette  planche  h  fond  noir  parsème  de  larmes, 
où  se  tordent  les  damnc^s  toilurds  par  les  drmons.  L'un  des 
compartiments  est  consacré  au  supplice  des  soldats  (arma// 
milites)  et  des  Juifs  (Judei),  On  voit  dans  deux  grandes  mar- 
mites entourées  de  flammes,  d'une  part,  un  groupe  de  soldats 
costumés  comme  ceux  de  Guillaume-le-Conquérant  sur  la  ta- 
pisserie de  Bayeux;  de  l'autre,  de  malheureux  sémites  tout 
nus,  ayant  comme  signes  distinctifs  leurs  bonnets  jaunes  poin- 
tus. De  grands  diables  armés  de  fourches,  les  retournent 
dans  cette  rôtissoire  de  Satan.  N'est-elle  pas  étrangement  sug- 
gestive cette  scène,  dessinée  au.  douzième  siècle  par  des  reli- 
gieuses, dans  le  silence  et  le  recueillement  de  leur  cloître  de 
Ilohenbourg?  Elle  nous  montre  qu'à  cette  époque  si  reculée 
les  reîtres,  ces  ravageurs  de  provinces,  partageaient  avec  les 
enfants  d'Israël,  ces  financiers  cosmopolites,  les  rancunes  po- 
pulaires les  plus  ardentes,  llerrade,  la  sainte  femme,  ne  pou- 
vait moins  faire  que  de  leur  donner  une  place  privilégiée 
dans  un  coin  épineux  de  son  Jardin  des  délires. 

Rappelons  encore,  pour  l'édification  complète  de  nos  lec- 
teurs, que  cet  incomparable  trésor  a  attiré  de  tout  temps  l'at- 
tention des  savants,  comme  s'ils  avaient  eu  le  pressentiment 
de  sa  disparition  dans  une  catastrophe.  On  s'efl'orçait  de  re- 
produire en  fac  simile  quelques  unes  de  ses  planches  les 
plus  caractéristiques,  pour  en  conserver  au  moins  un  reflet 
approximatif.  Ainsi,  en  1818,  l'Alsacien  Christian-Moritz 
Engelhardt  publia  à  la  librairie  Cotta,  de  Stuttgart,  un  in-8® 
de  deux  cents  paîjfiîs  ave-.  Album  in-fol.  de  douze  planches 
coloriées  à  la  main  et  intitulé  :  Iferrad  von  Lindsperg, 
.-Ebtissin  eu  Hohenburg  odar  St-Odilien  irn  Elsass^  und 
i/ir  Werrk:  Hortus  deliciarum  (I). 

Peu  de  temps  apr^s  la  guerre  franco-allemande,  la  S)ciét'» 
pour  la  conservation  des  monuments  historiques  d'Alsa«*e  pu- 
blia à  Strasbourg,  chez  TrQbner,  sous  le  titre  /fortus  delicia- 
rum parl'abbesse  llerrade  de  Fiandsperg,  la  reproduction  hé- 

(1)  Bibliolhèquc  ChautTour,  àCoImar. 


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I 


476  REVUE  d'alsacx 

liographique  d'une  série  de  miniatures  calqui^es  sur  l'original 
avec  texte  explicatif  par  MM.  les  chanoinesStraubetG.  Keller, 
(deux  fascicules  in-fol.)  (i).  Les  planches,  parues  en  1879, 
sont  exécutées  d'après  des  calques  appartenant  à  l'Œuvre 
Notre-Dame,  à  la  Bibliothèque  municipale  de  Strasbourg,  à 
M.  Straub  et  à  M.  le  comte  de  Bastard. 

J'avais  toujours  eu  d'excellentes  relations  avec  Charles 
Gérard. Quelque  temps  avantsamortàNancy,  où  il  s'était  retiré 
après  la  guerre,  il  m'envoya  comme  souvenir  un  ouvrage  in- 
fol.  d'Albert  Durer  intitulé  ;  Etliche  Underricht  su  Befesli- 
gurifj  der  Stett,  Schloss  und  Flecken  (Instruction  sur  l'art  de 
fortifier  les  villes,  châteaux  et  bourgs),  réimprimé  en  1708 
chez  Jérùme  Formschneyder  à  Nuremberg,  et  orné  de  nom- 
breux dessins  gravés  par  le  maître.  C'est  une  épave,  non 
sans  valeur,  des  recherches  de  l'éminent  bibliophile  et  mon* 
trant  les  faces  multiples  du  génie  de  Durer  k  la  fois  peintre, 
graveur  et  ingénieur  militaire. 

Berlin  possède  aujourd'hui  la  grande  bibliothèque  alsali- 
que  de  Gérard.  Mais  après  la  vente  de  celle-ci,  il  était  parvenu 
à  en  composer  une  seconde,  un  peu  moins  importante  mais 
tout  aussi  intéressante  qu'il  a  cédée,  à  beaux  deniers,  a  la 
ville  de  Mulhouse. 


XLIV 

Le  retable  de  Luemschwiîler.  —  Fresques  de  Burnkirch.  — 
Charles  Grad.  —  Gustave  Lambert  et  le  Pôle-Kord.  — 
Excursions  extra-terrestres.  —  Un  grand  voyageur.  — 
L'Isthme  de  Panama.  —  Le  coton  en  Algérie. 

Dans  un  coin  des  dernières  ramifications  jurassiques,  do- 
minant la  pittoresque  vallée  de  l'Ul,  aux  environs  d'Altkirch, 
sur  une  éminence  d'oii  la  vue  s'étend  sur  la  chaîne  des 
Vosges,  se  cache  le  petit  village  de  Luemschwiller  entouré 
de  vignes  et  de  carrières.  Schœpflin  le  cite,  «ans  son  Alsatia 


(1)  Bibliothèque  Ch'iufTour,  &  Colmar. 


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A   TRAVERS    LE    PASSÉ  477 

illustraia,  comme  produisant  du  6o/2t/7/i  vinumrubrum,  un 
aimable  petit  vin  rouge  ayant  une  certaine  parenté  avec  le 
Suresnes  ou  TArgenteuil.  Depuis  peu  la  renommée,  d'ailleurs 
très  discrète,  de  ce  produit  du  cru  se  trouve  éclipsée  par  une 
belle  œuvre  d'art  longtemps  ignorée  et  subitement  mise  en 
lumière.  Le  temps  y  a  mis  sa  patine  fumeuse  ;  n'empêche 
qu'on  y  devine  un  artiste  de  tempérament,  un  de  ces  précur- 
seurs comme  en  ont  produit  les  Flandres,  l'Allemagne  et 
l'Italie. 

C'est  un  retable  ù  huit  sujets,  de  la  fin  du  XV®  ou  du  com- 
mencement du  XVI«  siècle,  placé  depuis  l'époque  de  la  Ré- 
forme dans  l'église  de  ce  petit  village.  Les  deux  vantaux  de 
ce  retable  recouvrent  un  triptyque  composé  de  trois  figures 
en  bas-relief  :  au  milieu  la  Vierge  et  l'enfant,  a  droite  et  h 
gauche  deux  images  de  sainles,  le  tout  très  médiocrement 
sculpté. 

Donnons  ici  la  parole  à  la  légende  qui  s'est  perpétuée  de 
père  en  fils  chez  les  habitants.  Aux  temps  troublés  de  la 
Réforme,  vers  1525,  la  ville  de  Bâle  possédait  un  certain  nom- 
bre de  couvents  renfermant  des  trésors  artistiques  dont,  k 
juste  titre,  il  étaient  jaloux.  Dans  l'un  d'eux  vivait  un  frère 
Lai,  nommé HagenbachjOriginairedu  village  de  Luemschwiller; 
Le  supérieur  du  couvent,  voulant  mettre  à  l'abri  le  beau 
retable  dont  il  est  question  ici,  chargea  Hagenbach  d'aller  le 
cacher  dans  son  endroit  natal  où  il  était  parfaitement  on 
sûreté  ;  les  archiducs  d'Autriche,  maîtres  du  pays  de  Ferrettc, 
ayant  par  leurs  règlements  draconiens,  su  maintenir  tout  le 
Sundgau  dans  le  giron  de  l'église  catholique. 

Les  moines  bâlois,  dispersés  par  la  tourmente,  ne  songè- 
rent point  à  revendiquer  lefidéi-commis-et,  le  temps  aidant,  la 
précieuse  épa\\?  fut  recueillie  dans  l'église  du  village  et  expo- 
posée  a  l'admiration  naïve  d'une  population  rurale  incapable 
d'en  apprécier  la  valeur.  Pendant  des  siècles  elle  échappa 
aux  recherches  des  amateurs  d'objets  d'art.  Dans  ces  derniers 
temps  l'église  de  Luemschwiller  a  été  reconstruite  et  le  reta- 
ble placé  aumilieu  de  la  nef.  Henner  l'a  vu  à  sa  nouvelle  place. 
Avec  ce  (Magnostic  sûr,  acquis  dans  l'étude  des  vieux  maîtres, 
il  a  reconnu  dans  ce  monument  l'œuvre  d'un  peintre  de 
grand  mérite. 


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478  REVUE  d'alsace 

Il  serait,  certes,  téméraire  de  vouloir  inscrire  un  nom 
quelconque,  sous  cette  composition.  Autant  elle  sVloigne  des 
lignes  austères  et  des  formules  hiératiques  de  Martin  Schon- 
gauer  et  de  ses  contemporains,  autant  elle  semble  se  rappro- 
cher de  la  facture  de  certains  artistes  flamands.  Peut-être 
pourrait-on  trouver,  dans  ce  faire  mouvementé,  une  Gcrtaine 
parenté  avec  le  talent  si  personnel  de  Hans  Holbein  le  vieux. 
Mais,  en  l'absence  de  documents  écrits,  toute  attribution  con- 
jecturale risque  de  faire  fausse  route,  et  c'est  toujours  Va 
recueil  contre  lequel  viennent  buter  les  investigations  criti- 
ques poussées  dans  le  domaine  des  peintres  primitifs.  Ti'op 
souvent,  hélas  !  ils  oubliaient  de  signer,  même  d'un  simple 
monogramme,  leurs  fières  compositions. 

Bornons-nous  donc  h  décrire  l'œuvre  en  quelques  lignes 
d'après  les  photographies  prises  sur  place.  Le  triptyque  a 
1  mètre  17  c.  m.  de  haut  sur  1  m.  75  de  large.  11  s'agit,  on 
le  voit,  de  figures  d'assez  petites  dimensions,  puisque  ce 
modeste  cadre  renferme  huit  compartiments:  l'Annonciation, 
la  Visitation,  la  Nativité,  La  Circoncision,  l'Adoration  des 
Mages,  la  Présentation  au  Temple,  La  Fuite  en  Egypte,  la 
Mort  de  la  Vierge. 

On  remarque  l'originalité  de  composition  de  la  Nativité, 
oiî  l'àne  se  met  à  braire  pendant  que  le  bœuf  lèche  les  mains 
de  l'enfant  Jésus.  N'est-ce  point  là  une  note  fantaisiste  d'un 
peintre  en  rupture  avec  la  formule  étroite  de  ses  prédéces- 
seurs ?  Dans  la  mort  de  la  Vierge,  les  attitudes  des  personnages 
groupés  autour  du  lit  sont  très  osées  et  du  caractère  le  plus 
original.  Un  détail  à  relever  encore  :  toutes  les  draperies  sont 
traitées  avec  cette  exubérance  de  plis  chiffonnés  et  cassés  à 
la  manière  de  l'école  de  Bruges  dont  le  type  s'est  transmis, 
le  long  duHhin  jusqu'à  BcVle,aux  diverses  écoles  allemandes. 

(]e  n'est  pas  là,  certainement,  une  de  ces  œuvres  maîtresses 
devant  lesquelles  l'admiration  se  donne  libre  carrière  ;  mais 
du  moins  ce  monument  nous  ofîre-t-il  un  grand  intérêt  histo- 
rique. Remontant  à  une  époque  très  éloignée,  il  nous  révèle 
le  tempérament  d'un  artiste  novateur,  affranchi  des  entraves 
gothiques  et  plantant  bravement  sa  palette  indépendante  sur 
seuil  du  temple  grandiose  de  la  Renaissance.  En  somme  ces 


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A   TlUVEHS   LE   PASSÉ  479 

vieilles  peintures  sont  dignes  de  tous  nos  respects,  car  elles 
font  partie  du  patrimoine  artistique  de  TAlsace. 


Dans  le  voisinage  de  Luemschwiller,  au  point  précis  où  la 
Largue  se  jette  dans  TIll,  h,  Illfurlh,  près  du  gué  ou  Fu?*th  de 
la  rivière,  se  trouve  une  antique  église  qui  porte  le  nom  de 
Burnkirch,  nom  d*un  hameau  disparu  et  aussi  d'une  an- 
cienne famille  noble  d'Altkirch.  Dans  le  choeur  de  celle 
petite  église  on  voit  des  fresques  à  moitié  effacées  dont  les 
figures  naïves  rappellent  les  débuts  de  Tart  en  Alsace,  au 
commencement  du  XV«  siècle.  Elles  sont  antérieures  à  celles 
du  Beau  Martin  de  Golmar  et  accusent  une  certaine  parenté 
avec  Tart  flamand  d'où  est  sortie  la  technique  de  Gaspard 
Isemann  et  de  ses  contemporains  qui  semble  avoir  rayonné 
sur  toute  la  rive  gauche  du  Rhin. 

A  ce  cycle  historique  de  la  peinture  il  faut  rattacher  les 
nombreuses  Danses  macabi^cs  que  la  première  moitié  du 
XV«  siècle  a  vu  surgir  dans  toute  l'Europe  a  la  suite  de  la 
terrible  peste  de  1439.  Celle  de  Bàle,  peinte  sur  le  mur  du 
couvent  des  Dominicains,  a  été  exécutée  par  Hans-Hug  Kluber, 
a  l'époque  où  se  tint  le  Concile  de  Bàle  qui  dura  de  1431  à 
1448.  Elle  n'a  rien  de  commun  avec  les  dessins  si  remarqua- 
bles et  si  c('lèbres  de  la  Danse  des  morts  de  Hans  Holbein  lo 
jeune.  Les  moines  Dominicains  semblaient  avoir  la  spécialité 
d3  ces  œuvres  de  morlification,  de  ces  spectacles  saisissants  de 
la  mort  s'attaquant  à  toutes  les  conditions  humaines,  four- 
nissant un  tlioine  toujours  émouvant  à  leurs  prédications  : 
Vanitas  vanifatum  !  quelle  mine  inépuisable  de  donations 
et  d'œuvres  pies  avaient  trouvée  l?i  les  bons  Pères  pour  enri- 
chir les  trésors  de  leurs  cloîtres  !  Soldats  de  la  foi,  gardiens 
des  dogmes  catholiques  de  par  l'investiture  du  Pape,  le  glaive 
séculier  était  h  lour.s  orJriîs.  L'3ur  bienveilla:iC3  était  re- 
cherchée par  les  grands  et  par  les  humbles  parc3  qu:î  cha- 
cun tremblait  dpvant  leur  bras  puissant.  Être  inhumé  dans 
leur  église  ou  dans  leur  cloître  était  pour  ceux-ci  une  fa- 


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480  REVUE   d' ALSACE 

veur  précieuse  mais  toujours  coûteuse.  C'est  ce  ([ui  ex.plique 
l'appareil  de  mort  dont  ils  s'entourèrent. 

A  Strasbourg,  dans  ce  fameux  Temple  neuf,  devenu  si  tris- 
tement célèbre,  dans  celte  ancienne  église  des  Dominicains 
construite  par  eux  en  1254  et  dont  ils  restèrent  en  possession 
jusqu'à  la  Réforme,  ils  firent  peindre  une  danse  des  morts 
sur  tout  le  pourtour  de  la  nef.  Au  moment  de  leur  dispersion, 
l'église  convertie  en  magasin  d'approvisionnement  de  guerre, 
paraît  être  restée  vide  pendant  longtemps.  Est-ce  à  cette  au- 
ix)re  des  temps  nouveaux  que  la  danse  des  morts  fut  recou- 
verte d'un  badigeon  ?  Toujours  est-il  qu'aucun  document  des 
archives  n'est  venu  jeter  un  peu  de  lumière  surcette  question 
de  la  création  et  de  la  suppression  dj  ces  peintures  murales. 
Toutes  les  recherches  imaginables  faites  dans  las  archives, 
bibliothèques  et  manuscrits  étaient  demeurées  stériles  :  ni 
Specklé,  ni  les  autres  choniqueurs  n'en  ont  fait  mention. 


r4ettc  longue  éclipse  se  prolongrîait  indélinhnjnt  loi^quc, 
en  1824,  au  cours  de  quelques  réparations,  M.  Auguste 
Arnold,  architecte  de  l'édifice,  fit  effectuer  des  grattages  qui 
amenèrent  la  découverte  d'une  partie  de  ces  vieilles  fresques. 
En  poursuivant  l'opération  avec  soin  on  mit  à  nu  une  suite 
complète  de  la  danse  des  morts.  Dans  une  notice  allemande^ 
intitulée  le  Temple  neuf  à  Strasbourg,  et  imprimée  en  1825 
chez  J.-H.  Heilz,  le  pasteur  Fréd. -Guillaume  Edel,  a  consacré 
une  longue  description  à  cette  découverte  qui,  alore,  avait 
produit  une  grande  sensation.  Sa  notice  est  accompagnée  de 
planches  lithographiques  dessinées  avec  beaucoup  de  soin 
par  Auguste  Arnold  et  imprimées  chez  M.  F.  Bœhm.  à  Stras- 
bourg. Les  groupes  de  personnages  ont  une  belle  allure  ré- 
vélmt  une  main  habile  :  ils  portent  le  costume  du  XV®  siècle, 
ce  qui  donne  une  date  à  l'œuvre  anonyme.  Sous  ses  formes 
multiples,  la  mort  n'est  plus  le  hideux  squelette  au  rictus  ma- 
cabre que  nous  voyons  ailleurs.  Couverte  d'un  linceul, s&  sil- 
houette est  celle  d'un  homme  d'une  extrême  maigreur  ayant 


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A    TRAVERS   LE   PASSÉ  481 

enveloppe  charnue  et  toute  l'aisance  de  ses  mouvements.  Il  y 
a  loin  de  la  aux  formes  hiératiques  et  raides  de  nos  peintres 
alsaciens  et  allemands  du  XV®  siècle,  ce  qui,  étant  donné  une 
certaine  élégance  de  dessin,  permettrait  de  supposer  que  la 
longue  série  de  ces  tableaux  funèbres  a  été  peinte  par  un  ar- 
tiste dominicain  venant  d'Italie  ou  des  Flandres,  nouveau 
Fra  Angelico  qui  savait  draper  les  corps  sans  les  envelopper 
dans  les  plis  cassés  si  chers  à  nos  artistes  du  nord. 

Le  Temple  neuf,  complètement  détruit  avec  sa  fresque 
macabre,  par  suite  du  bombardement  de  1870,  a  été  remplacé 
par  une  église  entièrement  nouvelle,  construite  d'après  les 
plans  de  M.  Salomon,  architecte,  et  inaugurée  le  4  octo- 
bre 1877. 


Au  printemps  de  l'année  4868  je  reçus  la  visite  d'un  jeune 
homme  d'une  vingtaine  d'années,  portant  lunettes,  et  ayant 
l'air  timide  etgôné  de  sa  personne  comme  un  jeune  écolier. 
C'était  Charles  (irad  de  Turckheim,  alors  attaché  comme 
secrétaire  particulier  à  M.  Antoine  Herzog,  le  grand  indus- 
triel du  Logelbach.  Ancien  élève  du  Gymnase  catholique  de 
Colmar,  lesté  du  bagage  littéraire  et  scientifique  qu'il  avait 
pu  conquérir  dans  cet  établissement  dirigé  par  des  prêtres 
fort  instruits  mais  d'un  libéralisme  très  mitigé,  il  travailla 
avec  acharnement  k  perfectionner  lui  même  ses  études  à 
peine  ébauchées.  Doué  d'un  remarquable  esprit  d'assimila- 
tion et  d'une  dose  non  moins  remarquable  d'ambition,  il  eut 
le  bonheur  de  trouver  dans  les  établissements  industriels  du 
Logelbach  un  centre  d'activité  qui  lui  fournit  les  moyens 
d'explorer  et  de  cultiver  le  vaste  champ  d'études  où  l'appelait 
sa  grande  activité  intellectuelle.  Nouveau  Pic  de  la  Mirandole, 
il  s'occupa  de  omni  re  scibili  et  quibusdam  aliii .  L  se  voua 
spécialement  à  l'étude  de  la  botanique,  de  la  minéralogie,  de 
l'histoire,  de  la  géologie,  de  la  géographie,  de  la  cosmogra- 
phie, de  la  physique,  de  la  chimie,  de  la  géométrie,  de  l'al- 
gèbre, de  l'hydrographie,  de  l'hypsométrie,  de  l'orographie, 


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48:2  REVUE   D* ALSACE 

de  la  météorologie,  de  raslronomie,  de  la  sylviculture,  de  la 
statistique,  do  la  mécanique,  de  l'économie  politique  et  des 
questions  agricoles,  industrielles  et  sociales,  y  compris  les 
questions  religieuses,  qui  furent  de  sa  part,  Tobjel  de  cons- 
tantes et  mystiques  préoccupations. 

D'autres  auraient  peut-être  trouvé  ce  programme  un  peu 
chargé,  mais  un  esprit  encyclopédique  comme  le  sien  ne  re- 
culait pas  devant  les  tâches  les  plus  écrasantes.  Et  ne  croyez 
■  point  que  j'exagère  :  il  se  trouvait  à  Taise  dans  ce  monde  de 
l'érudition  et  de  la  pensée  souveraine.  Tils  de  ses  œuvres, 
sans  rien  devoir  h  l'éducation  classique  des  grandes  écoles, 
il  avait  tout  appris  de  lui-même  par  los  livres  et  par  les 
voyages,  appliquant  à  la  lettre  le  proverbe  :  Fabrirondo  fit 
faber,  11  avait  au  plus  haut  degré  l'esprit  d'observation  et 
d'analyse  avec  le  don  séduisant  de  trouver  la  note  émouvante 
et  de  provoquer  l'intérêt  du  lecteur  par  le  charme  de  son 
style.  Son  jardin  scientifique  offrait,  on  le  voit,  un  riche  en- 
semble de  plantes  rares  indigènes  et  exotiques,  qu'il  cultivait 
toutes  avec  un  égal  entrain. 


Comment  se  fait-il  que  le  cerveau  humain  puisse  coordon- 
ner et  mener  de  front  l'étude  de  tant  de  matières  différentes 
qui  hurlent  de  se  trouver  ensemble?  Ce  type  d'une  organisa- 
tion extraordinaire  devient,  en  effet,  par  sa  grande  rareté,  un 
intéressant  sujet  d'étude.  On  est  tenté  de  se  demander  si  l'é- 
branlement physique  qu'il  a  éprouvé  à  l'Age  de  huit  ans  en 
tombant  d'un  arbre  où  il  poursuivait  un  écureuil,  et  qui  a 
réagi  à  la  fois  sur  son  cerveau  et  sur  son  cœur,  n'est  pas  pour 
beaucoup  dans  le  développement  et  la  sensibilité  excessifs  des 
lobes  de  son  encéphale,  dans  son  état  nerveux  toujours  in- 
quiet, toujours  surexcité,  dans  cette  soif  ardente  de  tout  voir, 
de  tout  approfondir,  d'effleurer  toute  la  création,  de  surpren- 
dre la  nature  dans  ses  plus  intimes  arcanes.  Poussé  sans 
trêve  ni  merci  par  son  démon  intérieur  dans  des  chemins 
inaccessibles  où  d'autres  auraient  risqué  de  culbuter  cent  fois, 


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A   TRAVERS   LE   PASSÉ  483 

allant  du  Sahara  au  Spitzberg,  en  passant  par  le  Sinaî  et  le 
Vésuve,  plongeant  dans  le  monde  noir  des  houillères  du 
Lancashire  et  dans  le  blanc  royaume  des  salines  cristallisées 
de  Pologne  —  cette  évocation  des  mille  et  une  nuits  — 
pourvu  par  dame  nature  d'un  estomac  d'autruche  et  de  jar- 
rets d'acier,  dînant  d'un  morceau  de  pain  et  d'une  pomme 
après  des  courses  folles,  ce  sybarite  à  rebours  a  résolu  le  pro- 
blème de  promener  dans  le  monde  entier  l'ennemi  intime 
rivé  à  son  être,  cette  maladie  de  cœur  qu'un  innocent  écureuil 
avait  plantée  dans  son  organisme  comme  un  ver  dans  un  beau 
fruit.  Et  ce  ver  rongeur,  contre  lequel  il  luttait  désespéré- 
ment. Ta  conduit  par  tous  les  labyrinthes  de  la  vie  jusqu'au 
point  d'interrogation  final,  ce  signe  mystérieux  et  cabalisti- 
que dont  aucun  savant  n'a  encore  deviné  l'énigme. 

A  en  croire  la  légende,  Pascal  aussi  aurait  subi,  dans  sa 
jeunesse  un  ébranlement  qui  aurait  développé  les  étonnantes 
facultés  de  son  cerveau.  Il  voyait  sans  cesse  un  goulTre  ou- 
vert à  ses  côtés,  éprouvant  la  pénible  sensation  d'un  homme 
qui  va  s'y  précipiter,  et  sa  courte  existence  fut  cruellement 
attristée  par  ce  singulier  état  d'àme. 


Pour  se  distraire  de  ses  études  abstruses,  Grad  s'occupait 
aussi  d'histoire  locale,recueillant  nos  gracieuses  légendes  alsa- 
ciennes dont  il  cherchait  k  expliquer  le  sens  souvent  énigmati- 
que.  Muni  de  sa  boUe  de  botaniste  et  armé  de  son  marteau 
casse-pierres,  il  explorait  tous  les  recoins  de  nos  montagnes 
vosgiennes,  escaladait  leurs  sommets  les  plus  abrupts,  interro-/ 
geait  le  passé  préhistorique  de  ces  rochers  témoins  des  périodes 
antédiluviennes,  allait  s'asseoir  au  foyer  des  pâtres  et  des 
marcaires  des  Hautes-Chaumes  qui  vivaient  là  haut  séparés, 
pour  ainsi  dire,  du  monde  et  lui  racontaient  les  vi^'illes  lé- 
gendes ;  puis  il  rentrait  riche  d'observations  et  de  collections 
qui  servaient  de  canevas  à  d'intéressantes  études.  Ces  étu- 
des qu'il  communiquait  volontiers  aux  revues  et  aux  jour- 
naux scientifiques  et  littéraires,  étaient  pour  lui  un  moyen  de 


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-48-4  REVUE   D*ALSAGB 

propagande  d'autant  plus  précieux  qu'il  y  gR.srnait  la  satisfac- 
tion d'être  nommé  membre  correspondant  de  certaines  socié- 
tés savantes.  C'était  la  première  étape  sur  le  grand  chemin 
de  la  renommée . 

Charles  Grad  était  donc  venu,  en  sa  qualité  de  correspon- 
dant de  la  société  de  géographie,  m'infornier  que  le  capitaine 
de  vaisseau  Gustave  Lambert  désirait  faire  prochainement 
une  conférence  h  Golmar  sur  le  projet  hardi  qu'il  avait  conçu 
d'aller  explorer  le  Pôle-Nord  dans  des  conditions  nouvelles 
qui  paraissaient  devoir  lui  assurer  le  succès.  Grad  s'étant 
chargé  d'organiser  la  partie  matérielle  de  cejtte  conférence, 
venait  me  prier  de  lui  en  faciliter  les  moyens  en  intéressant 
le  maire  à  cette  œjvre  nationale,  ce  que  je  m'empressai  de 
faire,  étant  moi-même  très  enthousiaste  de  tout  ce  qui  pou- 
vait étendre  le  domaine  de  la  géographie. 

Un  comité  alsacien,  sous  la  présidence  de  M.  Dollfus-Ausset, 
de  Mulhouse,  le  savant  explorateur  des  glaciers,  s'était  formé 
pour  organiser  les  conférences  et  faire  circuler  les  listes  de 
souscription.  Le  15  avril  1868,  Grad  publia  dans  la  Revue 
d'Alsace  une  petite  étude  sur  la  question  du  Pôle  dont  la  so- 
lution préoccupait  depuis  longtemps  les  hardis  navigateurs 
anglais  et  américains.  D'accord  avec  Lambert,  il  préconisait 
la  possibilité  d'arriver  au  pôle  par  le  Détroit  de  Behring  que 
cet  explorateur,  dans  un  premier  voyage  sur  un  vaisseau  ba- 
leinier avait  visité  déjà.  Grad  partageait  avec  lui  la  convic- 
tion de  l'existence  d'une  mer  libre  dans  les  régions  glacées 
du  pôle.  Déjà  en  1866  il  avait  fait,  à  ce  sujet,  une  communi- 
cation k  l'Académie  des  sciences.  «  J'ai  montré,  dit-il  avec 
une  superbe  assurance  que,  contrairement  aux  idées  géné- 
ralement admises  et,  en  me  fondant  sur  des  observations  posi- 
tives, il  n'y  a  pas  de  calotte  de  glace  unie,  continue,  aux 
pôles.  Dans  le  nord  et  dans  le  sud,  la  mer  se  dégage  chaque 
année  de  son  manteau  de  glace,  comme  dans  nos  climats  les 
arbres  perdent  leurs  feuilles  aux  approches  de  l'hiver.  Ce 
fait  est  prouvé  par  la  double  navigation  de  Iloss  dans  l'Océan 
austral,  par  les  découvertes  de  Parry  et  de  Kane  dans  les 
mers  arctiques.» 


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A   TRAVfiUS   LB   PASSÉ  485 


Le  navire  le  Boréal  devait  être  installé  dans  des  condi- 
tions toutes  spéciales,  sous  la  direction  du  capitaine  Lam- 
bert et  devait  partir  dans  le  courant  de  Tété  1870.  Une  somme 
de  600,000  francs  était  demandée  à  une  souscription  nationale 
pour  assurer  la  réalisation  du  projet.  La  conférence  eut  lieu 
dans  la  salle  du  théâtre  où  un  nombreux  auditoire  applaudit 
aux  plans  hardis  exposés  par  le  savant  officier.  Hélas  !  la 
guerre  survint,  le  Boréal  resta  ancré  dans  le  port  et  le  capi- 
taine Lambert  se  joignit  aux  vaillantes  troupes  de  marine  qui 
contribuèrent  à  la  défense  de  Paris.  Cet  homme  énergique, 
toujours  le  premier  au  feu,  fut  blessé  k  mort  àBuzenval,  dans 
une  des  sorties  meurtrières  qui  eurent  lieu  vers  la  fin  du 
siège  et  où  périt  aussi  un  artiste  de  grand  avenir,  Henri  Re- 
gnault.  Ainsi  s'écroula  ce  projet  si  intéressant  qui,  pendant 
trois  ans,  a  passionné  l'opinion.  Gustave  Lambert  avait,  un 
des  premiers,  émis  l'idée  de  l'existence  d'une  mer  libre  de 
glaces  dans  l'axe  môme  du  pôle  et  comptait  y  arriver  par  le 
détroit  de  Behring.  Victime  de  son  dévouement  à  la  patrie,  il 
dut  laisser  là  son  rêve  grandiose  qui,  depuis,  a  été  repris 
par  d'autres  et  ne  semble  pas  prêt  k  se  réaliser. 


Gustave  Lambert  avait  écrit  et  fait  distribuer  une  brochure 
remarquablement  documentée  contenant  tout  l'historique  des 
tentatives  faites  depuis  les  temps  anciens  jusqu'à  nos  jours 
par  de  hardis  aventuriers  pour  résoudre  le  grand  problème 
géographique.  Toutes  les  chances  bonnes  ou  mauvaises  des 
divers  itinéraires  k  suivre  y  étaient  étudiées  avec  la  compé- 
tence d'un  homme  qui  avait  personnellement  exploré  les 
régions  boréales  et  s'était  rendu  compte  des  moyens  k 
employer  pour  arriver  k  cette  mer  libre  qui,  selon  lui,  devait 
exister  au  sommet  de  la  calotte  polaire.  Les  phénomènes 
météorologiques,  la  géodésie  de  ces  parages,  le  magnétisme 
terrestre,  la  formation  des  glaces  et  leur  rupture,  l'action  du 


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486  REVUE   d'alsagb 

gulf  slream  et  des  courants  sous-marins,  les  marées,  la  vie 
végétale  et  animale  plus  active  qu'on  n'est  porté  k  le  croire 
clans  ce  monde  h  peu  près  inconnu,  forment  une  suite  de  cha- 
pitres qui  en  rendent  la  lecture  très  intéressante.  Ce  travail  t'a 
savant  physicien  et  géographe  est  accompagné  d'une  carie 
des  régions  polaires  boréales,  dressée  d'après  V.-A.  Malte  Brun. 
Nordenskiold  et  Nansen,  que  Paris  a  fêtés  depuis  lors,  ont 
serré  de  très  près  la  solution  du  mystère  polaire.  Nansen, 
après  des  efforts  surhumains,  étant  parvenu  au-delk  du  86* 
degré  de  latitude,  il  ne  restait  plus  à  franchir  qu'environ  quatre 
degrés  pour  assurer  à  la  fin  de  notre  siècle  cette  conquête 
sur  l'inconnu.  Nature  énergique  comme  pas  une  et  savant 
marin,  ce  jeune  norwégien  est  décidé  à  reprendre  la  lutte  en 
profitant  de  l'expérience  acquise  dans  son  premier  voyage 
d'où  il  est  revenu  sain  et  sauf  avec  la  satisfaction  de  n'avoir 
perdu  ni  son  navire  ni  aucun  de  ses  dévoués  compagnons. 


Pour  prévenir  le  retour  des  inondations  qui  avaient  plu- 
sieurs fois  désolé  l'Alsace,  M.  Antoine  Herzog  avait  conçu  le 
projet  d'établir  de  gi;^nds  réservoirs  d'eau  dans  les  vallées 
tributaires  de  l'Ill.  Grad  fut  chargé  d'étudier  le  projet  et  il 
resta  k  la  hauteur  d'une  tâche  aussi  considérable.  Il  voulut 
visiter  lui-même  les  ouvrages  historiques  exécutés  dans  la 
plupart  des  pays  de  l'Europe.  De  Ik  des  séjours  prolongés 
en  Angleterre,  en  Pologne,  en  Italie,  en  Espagne,  en  Orient, 
dans  le  Nord  de  l'Afrique  jusqu'k  l'intérieur  du  Sahara  et  du 
Soudan  égyptien  sur  le  Nil  (1). 

D'où  la  publication  d'une  série  d'études  :  Essai  surVhydro- 
logie  du  bassin  de  l'Ill,  Essai  sur  le  climat  de  l'Alsace  et 
des  Vosges,  L'hypsométrie  de  la  chatne  des  Vosges,  Consi- 
dérations sur  la  géologie  et  le  régime  des  eaux  du  Sahara 
algérien. 


(1)  Vie  et  Œuvres  de  Charles  Grad,  par  M.  l'abbé  Celly. 


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A   TRAVERS    LE    PASSÉ  487 

Déjà  en  1850  un  syndicat  s'était  formé  entre  les  industriels 
des  vallées  de  Kaysersberg,  d'Orbey  et  du  Logelbach  pour 
l'endiguement  du  lac  Blanc  et  du  lac  Noir,  afin  de  permettre 
de  régler  le  débit  de  la  Weiss  et  de  la  Fecht  selon  les  besoins 
des  établissements  industriels  combinés  avec  ceux  de  l'agri- 
culture de  la  région.  Ce  grand  travail  dont  l'initiative  a 
été  prise  par  les  chefs  des  établissements  llerzog  et  Lefébure 
h  Orbey  fut  confié  à  la  haute  direction  de  M.  César-Au- 
guste Jeanmougin,  chef  comptable  de  ces  établissements, 
qui  avait  été  nommé  directeur  du  syndicat.  Il  fut  ter- 
miné, paraît-il,  en  1860  et  rendit  de  grands  services  au 
pays. 


Charles  Grad,  ce  buveur  d'azur,  cet  assoiffé  d'idéal,  voué 
à  l'étude  des  sciences  dans  ce  qu'elles  ont  de  plus  positif  et 
de  plus  matériel,  offrait  un  singulier  mélange  de  choses  qui 
n'ont  point  l'habitude  de  frayer  ensemble.  Ce  penseur  qui, 
d'une  envolée  superbe,  savait  s'élancer  dans  l'infini,  sonder 
l'incommensurable  et  l'inconcevable  des  mondes  stellaires, 
dont  notre  système  solaire  n'est  qu'un  mince  fragment,  avait 
foi  dans  la  vertu  merveilleuse  de  l'eau  de  Lourdes  et  allait 
s'agenouiller  dans  la  grotte  où  les  pèlerins  de  tous  pays  vien- 
nent naïvement  chercher  le  remède  a  toutes  les  misères  hu- 
maines. Il  y  a  dans  certaines  existences  de  ces  contrastes 
inexplicables  au  premier  abord  et  dont  il  faudrait  peut-être 
rechercher  les  causes  dans  l'atavisme,  cette  formidable  puis- 
sance qui  domine  l'être  tout  entier  et  oblitère  souvent  la 
clairvoyance  de  la  raison.  Un  savant  superstitieux  est  une 
rareté  comme  le  merle  blanc. 

La  guerre  de  sécession  en  Amérique  avait  porté  un  coup 
terrible  à  l'industrie  cotonnière  en  Alsace.  Les  métiei's  at//- 
(ictingy  habitués  jusqu'alors  à  filer  sans  relâche  les  blancs 
flocons  de  l'Alabama  et  de  Mobile,  allaient  épuiser  leur  stock 
et  chômer  au  grand  détriment  des  producteurs  et  des  con- 
sommateurs. C'était  une  grève  générale  à  courte  échéance.  Il 


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488  REVUE  d'alsace 

fallait  aviser.  La  mai  son  Ant.  Hertzog  dont  les  filatures 
consommaient  d'énormes  quantités  de  coton,  avait  conçu  le 
projet  de  créer  des  plantations  (le  ce  précieux  textile  en  Al- 
gérie. 11  fallait  trouver  des  terrains  appropriés,  pourvus  de 
cours  d'eau  susceptibles  d*étre  canalisés.  Autant  que  je  puis 
me  rappeler,  Grad  fut  chargé  d'aller  explorer  la  province 
d'Oran.  Ses  connaissances  géologiques  et  agricoles  le  ren- 
daient particulièromet  apte  h  remplir  une  pareille  mission. 

Après  un  séjour  de  quelques  mois  dans  la  colonie  africaine, 
séjour  qu'il  mit  à  profit  pour  la  parcourir  et  l'étudier  en  tous 
sens  et  pour  pousser  jusqu'à  Laghouat,  à  la  frontière  du 
Sahara,  il  acquit  pour  la  maison  Hertzog  une  grande  surface 
de  terrains  incultes  où  les  essais  de  plantation  de  coton  don- 
nèrent de  bons  résuttats.  Avec  les  documents  qu'il  rapporta, 
complétés  par  les  importants  travaux  de  M.  Léon  Lefébure, 
M.  A.  Hertzog  publia  une  longue  notice  où  la  question  si  in- 
téressante de  la  culture  du  coton  en  Algérie  était  étudiée  aux 
points  de  vue  théorique  et  pratique. 

N'étant  pas  h  môme  d'apprécier  la  valeur  de  ce  travail,  je 
n'insisterai  point,  et  cela  d'autant  moins  que  le  projet  est 
demeuré  sans  suite,  le  coton  des  Indes  Anglaises  étant  venu 
combler  le  déficit  du  coton  des  Etats-Unis. 


Ch.Grad  a  publié,  dans  la  Hevue  d'Alsace,  d'intéressantes 
légendes  alsaciennes  et  des  récits  de  ses  excursions  dans  les 
Vosges.  H  savait  donner  une  large  part  h  l'élément  pittoresque 
de  ces  excusions,  et  la  note  sentimentale  y  dominait  quand 
il  était  question  de  promenades  au  clair  de  lune  dans  les  rui- 
nes du  petit  château  de  Hageneck  près  Wintzcnheim.  Nature 
mystique  et  enthousiaste,  poussant  jusqu'à  l'exaltation  ses 
idées  religieuses,  il  a  concentré  dans  un  article  intitulé  :  Une 
soirée  au  flageneck,  son  système  de  la  vie  future,  cherchant 
à  explicjuer  «  quelle  devait  être  celte  vie  éternelle  des  élus, 
que  Vœil  de  V homme  n'a  pas  rue,  dont  son  oreille  n'a  pas 
entendu  parler,  que  son  cœur  a  tant  de  peine  d  compren- 


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A   TRAVERS    LE   PASSÉ  489 

dre.  »  C'est  toute  une  dissertation  soutenue  avec  le  baron  Ma- 
gnus  et  les  daines  de  la  famille,  dont  il  n'est  pas  difficile  de 
reconnaître  les  types  sous  le  voile  tra nsparent  des  nonns  d'em- 
prunt. 11  entre  en  scène  sous  le  nom  de  Karl  et  s'appuyant 
sur  un  texte  superbe  de  Saint- Augustin,  il  en  tire  des  conclu- 
sions qui  provoquent  l'étonnement  de  Magnus,  homme  posi- 
tif, et  pratique,  peu  sympathique  au  mysticisme  dans  lequel 
il  voyait  avec  peine  plonger  son  jeune  ami  «  le  savant  de  la 
maison  »  comme  Karl  avait  la  modestie  de  s'appeler  lui- 
même. 

(A  suivre)  Charles  Goutzwiller. 


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HISTOIRE  D'UNE  VILLE  D'ALSACE 


ET   DE 


SES  ENVIRONS 


PAR 


a.     DURRW^ELL 

DEUXIÈME   PARTIE 

(Suite)  {{) 
V 

BOLLVILLER 


Souvenirs  d'enfance.  —  Ancienne  origine  de  Bollwiller.  —  Les 
seigneurs  de  Bollwiller. —  Le  château.  —  Étymologic  du  nom.  — 
Marque  de  la  commune.  —  Bollwiller  moderne:  ses  établissements 
d'horticulture.  —  Notice  sur  les  familles  de  Rosen,  de  Broglie  et 
d'Argenson^  anciens  seigneurs  de  Bollwiller. 


Entre  tous  les  endroits  qui  avoisinent  ma  chère  petite  vilio 
natale,  c'est  Bollwiller  qui  tient  incontestablement  la  première 
place  dans  mes  souvenirs  :  C'est  là  que  j'ai  laissé  mes  plus 
vives  affections,  affections  de  famille  et  d'amis,  les  unes  et 
les  autres  si  précieuses  et  si  bonnes,  qui  vous  accompagnent 

(1)  Voy.  pp.  335359  du  trimestre  Juillet-Aoùt-Septembre  1897. 


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HISTOIRE   d'une   VILLE   d'aLSACE  ET   DE   SES   ENVIRONS         491 

et  VOUS  soutiennent  partout  dans  la  vie  et  que  l'on  n'oublie 
jamais. 

Bollwiller  !  Je  m'y  vois  encore  tout  enfant,  dans  la  grande 
maison  familiale,  entre  un  vieux  brave  médaillé  de  Sainte- 
Hélène,  qui  était  le  père  de  mon  père  et  la  bonne  et  douce 
femme  qui  lui  servait  de  compagne.  Demandez  aux  anciens 
du  pays  s'ils  se  souviennent  encore  de  lui  «  vieux  maire  », 
de  ce  type  robuste  et  saine  honnêteté,qui,  après  avoir  vaillam- 
ment gagné  ses  épaulettes  sur  les  champs  de  bataille  du 
premier  Empire,  était  revenu  vivre  et  mourir  au  milieu  des 
siens,  dans  son  cher  coin  d'Alsace  ;  pas  un  certainement  ne 
l'a  oublié.  Pour  moi,  je  le  vois  toujours,  droit  comme  un  I, 
taillé  sur  le  patron  dont  on  faisait  jadis  les  grenadiers  de  la 
vieille  garde,  usant  son  activité  dévorante,  à  courir  de  sa  vigne 
àson'jardin,  de  sa  forêt  àsa  rivière,toujours  occupé  et  toujours 
joyeux.  Il  y  a  cependant  bien  longtemps  de  cela.  La  maladie 
qui  semblait  n'avoir  aucune  prise  sur  ce  grand  corps,  l'a 
abattu  en  quelques  heures;  et  le  solide  vieillard,  plus  qu'oc- 
togénaire, est  parti  subitement  pour  le  grand  voyage,  en  4867, 
assez  tôt  pour  ne  pas  assister  à  la  terrible  catastrophe  qui 
aurait  déchiré  son  cœur  de  patriote.  La  mère  s'en  est  allée  à 
son  tour,  et  celui  qui  aimait  tant  ses  deux  vieux,  qui  les 
entourait  d'une  affection  si  touchante,  ne  leur  a  survécu  que 
de  quelques  années,  et  le  vieux  domaine  paternel  est  entre 
des  mains  étrangères.  La  mort  n'a  pas  plus  épargné  mes 
autres  affections  de  Bollwiller  :  un  autre  homme  de  bien,  qui 
restera  toujours  pour  moi  l'exemple  de  l'honnêteté  et  de  la 
droiture,  a  aussi  prématurément  disparu.  C'est  au  milieu  de 
la  famille  dont  il  était  le  chef  aimé,  dans  cette  grande  mai- 
son hospitalière  alors  si  animée  et  si  joyeuse,  que  se  repor- 
tent mes  meilleurs  souvenirs  d'enfance  et  de  jeunesse.  Ils 
m'ont  suivi  partout  depuis  mon  départ  d'Alsace  et  ne  s'effa- 
ceront jamais  de  mon  cœur. 

Que  ceux  qui  me  lisent  me  pardonnent  cette  longue  digres- 
sion :  ils  comprendront  tous  les  sentiments  qui  l'ont  dictée. 
Voyons  maintenant  de  près  l'histoire  de  ce  cher  pays. 

Bollwiller  est  un  gros  vilage  de  plaine  situé  a  sept  kilomè- 
tres de  Guebwiller  et  à  quatre  kilomètres  de  Soultz,  sur  la 
route  de  Mulhouse,  et  sur  la  grande  ligne  de  chemin  de  fer 


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492  aEvuE  o'alsace 

de  Strasbourg  à  Bàle  :  c'est  de  là  que  part  l'embranchement 
qui  dessert  notre  vallée. Son  origine  très  ancienne,  remonte  à 
la  période  francique  :  la  première  mention  qui  en  soit  faite  se 
trouve,  en  effet,  dans  une  charte  de  donation,  datée  de  728, 
et  où  il  est  cité  sous  le  nom  de  villa  Baltowilr,  De  villa,  il 
est  devenu  village,  puis  petite  ville,  pour  redescendre  plus 
tard  au  rang  de  simple  village.  G*est  dans  la  période  qui 
s'étend  entre  le  XIll®  et  le  XIV^  siècle,  que  BoUwiller  parait 
avoir  joui  de  sa  plus  grande  prospérité.  Toutes  les  chartes  de 
cette  époque  qui  s'y  rapportent,  le  qualifièrent  en  elïet 
d'oppidum  :  le  plus  remarquable  de  ces  documents  est  l'acte 
par  lequel  les  deux  frères  Pierre  et  Burcard  de  BoUwiller  ont, 
en  1295,  offert  en  lief  h  l'église  de  Strasbourg  leur  ville  de 
Bollewilr  (oppidmn  Bollewilr). 

BoUwiller  était  jadis  le  chef-lieu  d'une  seigneurie,  apparte- 
nant aux  seigneurs  de  ce  nom;  le  dernier  d'entre  eux  étant 
mort  sans  descendance  mAlc,  le  domaine  passa,  en  1617, 
entre  les  mains  du  comte  Jean  Ernest  de  Fiigger,  par  son 
mariage  avec  Marguerite  de  BoUwiller,  et  resta  dans  cette 
maison  jusqu'en  1649,  époque  a  laquelle  Louis  XIV  le  donna 
au  général  Suédois  Renaud  de  Rosen,  lorsque  celui-ci  passa 
au  service  de  la  France.  Sa  fille,  Marie-Sophie,  hérita  de  la 
seigneurie  de  BoUwiller,  et  l'apporta  en  dot,  en  1660,  à  son 
parent  le  maréchal  de  France,  Conrad  de  Rosen.  Ce  dernier, 
pour  assurer  déflnitivemcnt  ses  droits  sur  BoUwiller  et  sur 
Masevaux,  qui  avait  été  également  soustrait  aux  Fûgger, 
paya,  en  1680,  à  cette  famille,  avec  le  consentement  du  roi, 
une  somme  de  40.000  livres  pour  leurs  fiefs  et  de  60.000 
livres  pour  leurs  allodiaux;  il  compléta  plus  tard  cet  acte  de 
réparation  en  ajoutant  encore  13.000  livres  auj  premières 
sommes  versées.  En  1729,  la  terre  de  BoUwiller,  qui  avait 
été  érigée  en  baronnie  sous  les  empereurs,  fut  transformée  en 
Marquisat.  La  petite  fille  du  maréchal  ayant  épousé  le  duc 
Charles-Viclur  de  Broglie,  transmit  BoUwiller  à  cette  famiUe; 
puis,  par  second  mariage,  au  comte  Voyer  d'Argenson,  dont 
les  descendants  ont  encore  des  propriétés  dans  la  commune. 

La  seigneurie  de  BoUwiller  comprenait,  avec  le  chef-lieu, 
le  village  de  Feldkirch,  fief  de  la  maison  d'Autriche;  celui 
de  Pulversheim,  sous-fief  des    Ribaupierre   qui  le  tenaient 


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HISTOIRE   D*UNE   VILLE   D* ALSACE   ET    DE   SES    ENVIRONS         493 

eux-mêmes  des  comtes  do  Wurtemberg  ;  les  deux  tiers  du 
village  allodial  d'Ungersheim,  acheté  aux  lleinach  en  i554  ; 
Reguisheim,  vendu  aux  Barons  de  BoUwiller  par  les  Mœrs- 
perg,  en  1555  ;  les  deux  villages  du  Sundgau  de  Heimsbrunn 
et  de  Fiachsland  provenant  de  la  succession  du  comte  de 
Masevaux,  en  4578  ;  et  enfin  le  domaine  du  Bollenberg  qui 
paraît  avoir  été,  dès  l'origine,  un  bien  particulier  de  la  fa- 
mille de  BoUwiller. 

La  petite  ville  que  les  Chartres  du  XIV«  siècle  désignent 
sous  le  nom  d'oppidum,  occu^^aii  certainement  remplacement 
sur  lequel  s'élève  le  château,  actuellement  transformé  en  ma- 
nufacture. L'étang  qui  entoure  le  vieux  manoir,  et  le  pont- 
levis  qui  y  donne  accès  datent  du  milieu  du  XIII®  siècle  ;  ce 
large  fossé  a  été  creusé  k  cette  époque  par  les  habitants  de 
la  ville  de  BoUwiller  pour  se  mettre  k  Tabri  des  pillages  et 
des  incendies.  Le  château  a  servi,  pendant  la  Terreur,  de 
maison  de  détention. 

L'étymologie  probable  du  nom  de  BoUwiller  nous  est  don- 
née par  Messieurs  Aug.  Stœbcr  et  de  Ring  (1);  elle  est  évidem- 
ment la  même  que  celle  de  Bollenberg  ou  montagne  de  Bol- 
/f/i,  qui  était,  comme  nous  venons  de  le  voir,  une  des  dépen- 
dances parlicuUères  de  la  maison  seigneuriale  de  BoUwiller. 
La  tradition  désigne  cette  montagne  comme  un  des  lieux  af- 
fectés jadis  au  culte  de  Baal,  Bélus  ou  Bélénus,  nom  sous 
lequel  Apollon  était  adoré  dans  nos  contrées  occidentales. 
Quand  le  christianisme  vint  se  substituer  aux  anciens  usages 
religieux,  il  dût  conserver  le  Bollenberg  comme  lieu  du  culte, 
en  remplaçant  toutefois  le  dieu  païen  par  une  divinité  plus 
moderne,  Sainte  Polonaou  .\pollona,  \\  laquelle  la  chapelle 
qui  domine  le  vallon  d'Orschwihr  est  encore  dédiée.  Or,  d'a- 
près une  légende,  cette  Sainte  Polona  serait  précisément  la 
(llle  du  chef  de  la  race  des  BoUen,  devenus  plus  tard  seigneurs 
de  BoUwiller. 

La  marque  de  la  commune  de  BoUwiller  consistait  en  trois 
cercles. 


(1)  Bulletin  de  la  société  pour  la  conservation  des  monuments 
de  l'Alsace.  Notice  sur  le  Bollenberg.  t.  111.  p.  219-225;  par  M.  de 
Uing  ;  et  Klsa^ssiches  Samstagsblatt,  1850  p. 51 


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494  REVUE  d'alsagb 

Bollwiller  est  aujourd'hui  un  grand  village  industriel  et 
agricole,  auquel  son  importante  station  sur  la  ligne  d'Alsace 
donne  beaucoup  d'animation.  Ses  magnifiques  établissements 
d'horticulture  et  les  vastes  pépinières  qui  en  dépendent,  sont 
tout  particulièrement  remarquables.  Plus  de  deux  cents  ou- 
vriers y  sont  journellement  employés,  et  l'activité  que  déploie 
tout  ce  pettt  monde  de  braves  gens  fait  plaisir  à  voir.  Divisés 
en  équipes  conduites  par  de  vrais  chefs,  rompus  au  métier, 
tous  les  ouvriers  ont  leur  besogne  de  chaque  jour  régulière- 
ment répartie  et  bien  déterminée.  Les  uns,  armés  de  pioches 
ou  de  bêches,  se  rendent  en  files  aux  pépinières  ;  les  autres 
sont  employés  h  la  culture  plus  délicate  des  plantes  de  jardin 
ou  de  serre,  et  chaque  époque  de  Tannée  apporte  sa  tâche 
spéciale  à  ce  sain  travail  de  plein  air.  Ici,  c'est  l'atelier  de 
menuiserie  ;  plus  loin,  les  magasins  d'emballage  ;  voici  efin 
les  bureaux  placés  sous  la  vigilante  direction  d'un  vaillant 
comptable  enjuponné  qui  rendrait  des  points  à  Barème.  Cha- 
que année,  en  automne,  arrive  le  grand  travail  de  l'expédi- 
tion :  arbres  et  plantes,  soigneusement  enveloppés  de  mousse 
et  de  paille,  étiquetés  et  ficelés,  prennent  le  chemin  de  la 
gare  pour  être  dirigés  de  Ik  sur  tous  les  pays  environnants,  i 

d'où  ils  reviennent  transformés  en  beaux  écus  laborieusement 
gagnés.  «  0  fortunatos  nimitim  t  »  disait  le  poète  mantouan;  i 

ce  qui  était  vrai  alors  l'est  bien  encore  aujourd'hui  ;  et  il  n'est  [ 

pas,  à  mon  avis,  de  métier  plus  indépendant  ni  plus  beau. 

L'industrie  proprement  dite  est  également  représentée  h 
Bollwiller  par  une  importante  manufacture  installée  dans 
l'ancien  château:  métiers  et  broches  ronflent  et  tournent  dans 
ses  vastes  salles  et  font  revivre  de  leur  activité  toute  moderne 
le  vieux  manoir  des  nobles  seigneurs  de  Bollen. 

Les  monuments  sont  clairsemés  a  Bollwiller.  L'église,  de 
consttrucion  relativement  récente,  a  remplacé  l'ancienne  pa- 
roisse de  Feldkirch  qui  a  desservi  Bollwiller  jusqu'en  4850. 
Une  belle  synagogue  a  été  élevée  par  la  colonie  juive  dont  le 
village  est  un  des  centres  les  plus  importants. 


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Histoire  d'une  ville  d*alsace  et  de  ses  environs      493 

NOTICE  SUR  LES  FAMILLES  DE  ROSEN 
DE  BROGLIE  ET  D'ARGENSON 


La  famille  de  Rosen  est  d'origine  livonienne  :  il  en  est  fait 
mention  dans  des  lettres  du  roi  de  Suède,  Charles  XFI  et  de 
Pierre  le  Grand.  Elle  a  fourni  de  nombreux  hommes  de 
guerre.  L'armée  suédoise  amena  en  Alsace,  pendant  la  guerre 
de  Trente-Ans,  trois  frères  de  Rosen,  Voldemar,  Reinold  et 
Jean,  fils  d'Otton  de  Rosen,  seigneur  de  Gros-Ropp. 

Voldemar,  vulgairement  nommé  «  der  toile  Rosen  »,  l'au- 
dacieux, fut  tué  devant  les  murs  de  Thann  en  1638. 

Jean,  surnommé  (kder  Krumme  Bosen»,  le  boiteux  fut 
nommé  gouverneur  de  Thann  en  1639,  après  la  prise  de  cette 
ville  par  le  duc  Bernard  de  Weimar,  sur  les  troupes  lorraines 
qui  la  défendaient. 

Reinold  ou  Renaud  de  Rosen  est  celui  qui  a  fait  souche  en 
Alsace,  D'abord  général  de  cavalerie  dans  l'armée  suédoise, 
il  passa  au  service  du  duc  de  Weimar,  puis,  en  1649,  à  celui 
de  la  France.  C'est  alors  que  Louis  XIV  le  nomma  lieutenant 
général  et  lui  fit  don  de  la  seigneurie  de  Bolwiller  ;  trois  ans 
après  il  fut  nommé  gouverneur  de  la  province  d'Alsace  pen- 
dant l'absence  du  comte  d'Ilarcourt. 

Renaud,  marié  à  Strasbourg  en  1637  avec  Marguerite Epp. 
eut  deux  filles,  Marie-Sophie  et  Jeanne-Renée,  qui  épousè- 
rent, la  première,  le  maréchal  Conrad  de  Rosen,  seigneur  de 
Klein  IIopp,  auquel  elle  apporta  en  dot  la  seigneurie  de  Boll- 
willer;  la  s^iîonde,  Christophe  de  Rosen.  Conrad  de  Rosen 
se  retira  h  Bollwiller  ou  il  mourut  en  1715,  en  laissant  pour 
fils  aîné,  ReinholJ-Charles,  marquis  de  Bollwiller,  qui  devint 
plus  tard  lieutenant-général  du  royaume  et  épousa  une  com- 
tesse de  Grammont.  De  ce  mariage  naquit  Armand  de  Rosen 
qui  succéda  à  son  père  dans  le  titre  de  marquis  et  dans  le 
grade  de  lieutenant-général  ;  son  alliance  avec  la  famille  de 
Vaudrey-Saint-Remy  lui  donna  la  seigneurie  de  Rougemont 
et  la  terre  de  Mont-sous-Vaudrey,  en  Franche-Comté.  C'est  la 


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490  REVUE  d'alsagb 

fille  d'Armand  de  Rosen,  Sophie,  qui  épousa  le  prince  Victor- 
Claude  de  Broglie,  député  de  la  noblesse  de  Colmar  aux 
Etats  Généraux  de  89,  qui  refusa  d'émigrer  et  périt  sur  l'é- 
chafaud  révolutionnaire  le  10  juillet  1794.  La  princesse  So- 
phie, jetée  dans  la  prison  de  Vesoul,  s'en  échappa  et  se  re- 
tira en  Suisse.  Elle  rentra  en  France  après  la  chute  de 
Robespierre  et  se  maria  en  secondes  noces  avec  le  comte 
Marie-René  Voyer  d'Argen^on,  qui  fut  un  des  chef  de  l'oppo- 
sition sous  la  Restauration  et  mourut  en  1842.  Le  prince 
Victor  de  Broglie,  ministre  de  Louis-Philippe,  père  du  duc  de 
Broglie  actuel,  était  le  fils  de  la  princesse  Sophie  de  llosen. 

(A  suivre.)  G.  Dukrwbll. 


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LA  VIE  A  STRASBOURG 


AU 


commencement  du  XVII®  siècle 

Satie  ii) 


Ouy,  mais  ils  s'abusent  et  abusent  de  ce  proverbe,  car  le 
sage  pore  reçoit  le  dommage  plustost  que  le  fils  indirect,  et 
mesme  plusieurs  jeunes  hommes  simples  et  craintifs  ou  peu 
ri^solus  en  deviennent  hebetez,  elourdis  et  parfois  hypochon- 
driaques  et  ennemis  des  lettres,  (''est  ce  qui  a  esmeu  la  Sei- 
gneurie de  ceste  ville  ii  retrencher  tant  de  pernicieux  privi- 
lèges, qui  ouvrent  la  porte  à  tous  vices,  et  îi  retenir  entre  leurs 
mains  le  camorre  (2)  des  escoliers,  afin  d'imposer  amendes 
pécuniaires,  les  emprisonner,  chastier,  bannir  et  supplicier, 
selon  la  qualité  de  leurs  delicts  et  crimes.  Parce  qu'on  oyoit 
à  tous  coups  parler  de  meurtres  commis  en  d'autre  académies 
privilégiées, lesquels  demeuroient  impunis  par  la  négligence, 
pusillanimité  en  faveur  des  recteurs  laissaus  eschapper  les 
assassins.  Ce  qui  cstoit  cause  que  plusieurs  pères  et  mères 
faisoient  difficulté  de  faire  estudier  leurs  enfans,  craignant, 
qu'ils  ne  se  ruinassent  de  corps  et  d'ame  au   milieu   d'une 

(i)  Voy.  pp.  78-103,  du  trimestre  de  Janvier-Février-Mars,  1897  ; 
pp.  243-281  du  trimestre  Avril-Mai-Juin,  1897  ;  pp.  387-426  du  tri- 
mestre Juillet-Août-Septembre,  1897. 

(2)  Sprungriemen. 


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498  IIEVUK    D  ALSACE 

elsouruie  de  tels  ribleurs,  qui  font  meslier  de  rôder  toute  la 
nuict  les  rues,  beugler  comme  taureaux  furieux,  aller  en 
garoûage,  etc. 

Voulez-vous  donc  dire  que  ceste  Université-cy  soit  tout  à 
fait  exempte  de  telle  vermine? 

Nenny-dk.  Mais  la  bourgoisie  estant  si  grande  et  puissante, 
ils  ne  la  peuvent  pas  maistriser,  gourmandcr,  et  manier  en 
courbettes,  comme  ils  font  celles  des  villetles  où  ils  surpas- 
sent les  bourgeois  en  nombre.  Les  rudes  camorres  et  morai- 
les  qu'on  met  icy  aux  mauvais  chevaux.  L's  engardent  do 
mordre  et  ruer,  et  les  rendent  souples  comme  gants  de  che- 
vrolin  et  apprivoisent  de  sorte  que  de  loups  ils  deviennent 
douces  brebieltes,  ayant  quitte^  leur  rage.  En  considération 
de  ce,  on  y  envoie  les  jeunes  estudiansde  tous  costez,  comme 
au  plus  fleurissant  lycée  ou  athénée  d'Allemagne,  fort  asyle 
et  unique  retraicte  des  Muses  effarouchées  par  les  foudres  de 
Mars.  Il  y  a  encore  d'autres  raisons  de  ceste  affluence  d'esco- 
liers,  sçavoir  est,  le  voisinage  de  la  France,la  commodité  d'ap- 
prendre divers  langages,  et  les  exercices  pour  les  estudians, 
comme  faire  ou  jouer  de  la  pique,  manier  l'enseigne  ou  le 
drapeau,  monter  îi  cheval,  iouêr  du  luth  et  de  la  mandore. 
D'ailleurs  l'aimant  ou  calamité  des  calamiteux  et  pauvres  es- 
ooliers  est  le  bon  moyen  de  gagner  leur  vie,  et  s'entrenier  en 
enseignant  h  lire  et  k  escrire  aux  enfans  des  bourgeois. 

Que  leur  donne-on  par  semaine? 

Neuf  ou  dix  sols  et  une  repue  franche. 

Peuvent-ils  bien  vivre  de  ce  petit  gain  ? 

()uy,car  chascun  a  cinq  ou  six  tels  escoliers,  qui  lui  payent 
environ  un  risdale  ou  deux  florins  par  semaine,  dont  ils  se 
peuvent  tellement  quellement  entretenir. 

Comment  est-il  possible  ? 

Je  vous  le  diray.  Il  y  a  force  gens  de  mestier.  qui  prennent 
trois  ou  quatre  bats  par  semaine  pour  le  couchage  d'un  tel 
pauvre  drolle.  et  le  boQillon,  qu'ils  luy  dressent  sur  sa  soupe: 
et  de  \h  sont  appeliez  estudians  de  trois  bats.  Au  reste  ils 
acheltent  leur  pain  chez  le  boulenger,  et  vont  quérir  leur  vin 
en  la  Profonde  cave,  ou  chez  le  tavernier  au  long  bras,  et 

(I)  A  us  Iftiren  ein  handirerck  mnchen. 


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LA    VIE  A   STRASBOURG  499 

chez  Monsieur  du  Puits,  ou  de  la  Fontaine,  lequel  vin  s'ap- 
pellent vin  d'Anbach,  de  Beinchemveyer,  de  Wasserheim, 
Wetterweirij  et  Rheinischerwein.  C'est  un  vin  pur,  non 
soulphré,  ne  montant  nullement  à  \n  teste,  ne  brouillant  point 
le  cerveau,  et  pourtant  très  propre  pour  les  gens  d'estude. 

Pour  quelle  raison  les  appelle-on  en  allemand  Kalmaûser  ? 

Il  y  en  a  qui  disent  qu'ils  sont  ainsi  appelez  a  calamitaie 
7nusarum,n\b\%  ils  se  trompent.  Je  tiens  que  ce  mot  vient  de 
THébreu  Kal,  c'est-à-dire,  vil,  l(*ger,  et  muêar,  discipline, 
érudition  :  parce  que  ces  gens  n'ayans  de  quoy  se  fournir  de 
livres  nécessaires,  ni  le  loisir  de  les  lire,  quand  bien  on  leur 
en  presteroit,  estans  occupez  quasi  toute  la  journée  à  ensei- 
gner des  enfans,  et  la  nuict  uianquans  de  chandelles  pour 
veiller,  ils  demeurent  quasi  tous  tels  qu'ils  estoient  en  sor- 
tant des  classes,  et  n*ont  autre  chose  qu'une  importante  et 
fascheuse  pédanterie,  une  légc^re  et  vile  science,  consistant 
en  un  peu  de  latin  :  dont  advient  qu'estans  devenus  barbus 
et  philosophes  seulement  au  menton,  ils  sontpourveus  d'une 
cure  par  pitié,  non  pour  bien  paistre  les  brebis,  mais  pour 
estre  nourris  par  icelles.  Alors  ils  prennent  la  poste,  c'est-à- 
dire  postulent  ou  apprennent  par  cœur  un  presche  tiré  d'une 
postille,  qu'ils  récitent  par  après  en  l'église  ainsi  qu'une 
leçon. 


CHAPITRE  VINGT-SIXIEME 


Du  Changeur 


J'ay  une  lettre  de  change  addressante  à  un  marchand  de 
ceste  ville  nommé  N...  Est-il  solvable?  Est-ce  une  bonne 
paye? 

Il  a  bien  de  quoy  payer,  mais  il  ne  paye  pas  volontiers 
comme  en  court  le  bruit  :  car  pour  moy,  je  n'ay  jamais  eu  à 
faire  à  luy. 

J'en  ay  aussi  quelque  soupçon  :  car  j'ay  esté  trois  ou  qua- 
tre fois  en  son  logis  sans  avoir  le  moyen  de  parler  à  luy. 


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50()  HEVUË  d'alsack 

Je  croy  qu'il  se  foit  celer.  Sçait-il  donc  bien  |)ouquoy  vous 
y  venez  ? 

Ouy ,  car  le  serviteur  de  la  boutique  m*ayanl  demandé  la  pre- 
mière fois  que  c'estoit  que  jeluy  voulois,je  répondis  que  j 'a  vois 
une  lettre  de  change,  qui  s'adressoit  k  luy.  Depuis  ce  temps  là  il 
est  invisible  en  sa  bontique.  Si  j'y  vay  à  huit  heures  du  ma- 
tin, il  est  allé  au  presche  ;  si  j'y  retourne  à  midi,  le  pensant 
trouver  au  lever  de  table,  il  disne  en  ville.  C'est  pourquoy  je 
m'y  en  vay  de  ce  pas,  quoy  qu'il  ne  face  encore  guère  clair, 
afin  qu'un  ne  puisse  dire  avec  quelque  rai.-joii  qu'il  soit  sorti. 
S'il  est  encore  au  licl.j'attendray  qu'il  soit  levé,  et  habillé,  et 
y  deussé-je  perdre  une  couple  d'heures  pour  en  savoir  le 
court  ou  le  long. 

Toc  toc  toc. 

Que  demandez-vous  si  matin.  Monsieur? 

Je  voudmis  bien  parler  à  vostre  maistre,  s'il  estoit  levé. 

Il  est  bien  levé,  mais  non  pas  encore  habillé. 

Je  l'attendray  en  la  boutique  que  le  garçon  commence  à 
ouvrir.  Dites-luy  qu'il  face  tout  a  son  aise  sans  se  haster. 

Le  voiscy  qui  descend  desja. 

Bon  jour  Monsieur. 

Et  k  vous  aussi.  Quel  bon  vent  vous  p^jusse  si  matin  en  ces 
quartiers  ? 

Monsieur,  il  y  a  quelques  cinq  ou  six  jours,  que  je  vous 
cherche  tant  le  matin  que  le  soir,  sans  vous  pouvoir  ren- 
contrer pour  la  multitude  des  aflaires,  qui  vous  font  courir 
ça  et  là.  Voila  pourquoy  je  suis  venu  si  matin,  de  peur  de 
vous  manquer. 

Vous  avez  bien  fait,  car  d'icy  à  une  demie  heure,  vous  ne 
m'eussiez  plus  trouvé  au  logis  :  mais  qu'y  a-t-il  ? 

J'ai  reçu  une  lettres  de  Nuremberg  de  Mr.  N. ..  en  laquelle 
estoit  enclos  cecy,  qui  s'adresse  k  vous.  Je  croy  que  ce  sera 
une  lettre  de  change  (1).  Je  suis  venu  voir,  si  vous  la  voulez 
accepter  et  me  délivrer  l'argent. 

Voyons  ce  qu'elle  chante.  Elle  porte  que  je  vous  doy  con- 
ter deux  cens  risdales  en  espèces,  mais  je  ne  puis  :  ils  sont 
trop  mal  aisez  à  recouvrer  à  présent . 

(i)  Voir  l'intéressant  chapitre  sur  les  Kanqucs  dans  Hanauer 
l.  p.  551  à  587. 


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LA   VIE   A    STRASBOURG  501 

Comment  doy-je  donc  faire?  Renvoyeray-je  ce  change  k 
N. . .  aux  frais  du  sort? 

Faites  ce  qu'il  vous  plaira,  je  ne  suis  pas  obligé  a  certaines 
espèces,  Je  liiy  suis  bien  redevable  d'autant,  mais  payable 
en  florins.  Partant  si  vous  voulez  recevoir  des  ducats,  des 
florins  d'or,  des  Philippes-dales,  des  ducatons,  ou  bien  des 
pièces  de  six  sols,  je  vous  feray  vostre  somme  dans  deux  ou 
trois  jours. 

Ce  m'est  tout  un  quel  argent  j'aye,  moyenant  que  vous  ne 
me  le  donniez  pas  k  plus  haut  prix  que  l'ordinaire  et  que  je 
le  puisse  mettre  sans  perte. 

N'ayez  peur  de  cela,  et  mesme  je  ne  vous  donneray  rien, 
qui  ne  soit  de  poids  et  de  bon  aloy. 

Quand  vous  plaira-il  de  me  donner  quelque  chose? 

Mes  créanciers  m'estranglent  et  ne  me  laissent  aucun 
repos. 

Quels  créditeurs  avez-vous  donc,  qui  sont  si  affamez? 

Mon  hoste,  mon  tailleur  et  mon  cordonnier. 

Si  vous  voulez,  je  vous  conteray  trente  ou  quarante  florins 
en  quarts  d'escu,  et  demi-quarts  d'escu. 

J'en  suis  très  content,  ce  sera  pour  m'acquitter  de  mes 
menues  debtes,  qui  font  plus  de  bruit  que  non  pas  les  grandes. 

Tirez,  trois  quarts  d'escu  font  un  risdale. 

Jl  est  vray,  0  qu'il  y  en  a  de  petits  î  ils  ont  passé  par  les 
mains  des  juifs  incirconcis,  ou  baptisez,  ils  sont  rognez. 

Ceux  qui  sont  petits,  sont  d'autant  plus  espais  :  toutesfois 
s'il  s'en  trouve  quelqu'un,  que  vous  ne  puissiez  mettre,  rap- 
portez le-moy,  je  vous  le  feray  bon,  et  vous  en  donneray  un 
autre.  Voilk  donc  vingt  risdales,  qui  font  trente-deux  florins. 

H  est  vray,  je  l'escriray  sur  mes  tablettes. 

Et  moy  dans  mon  livre.  Venez  quérir  le  reste  d'icy  k  trois 
ou  quatre  jours,  je  le  tiendray  prest  et  vous  m'en  ferez  une 
quittance. 

Bien  Monsieur,  vous  me  ferez  plaisir  et  me  donnerez  sujet 
de  me  louer  de  vous  h  mon  marchand  de  N... 


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502  RBVUE  d' ALSACE 

CHAPITRE  VINGT-SEPTIÈME 
Du  charcutier  et  rostisseur  (1} 


Ou'esl-ce  qu'on  appelle  charcutier  k  Paris? 

C'est  un  vendeur  de  bouilli  ou  chair  cuite,  pourtant  seroit- 
il  plus  raisonnable  d'escrire  chaircuitier.  Ceux  qui  vendent 
la  chaire  rostie  s'appellent  rostisseur.  Or  par  ce  que  le  bouilli 
et  le  rosli  ne  s'accordent  pas  mal  ensemble,  nous  les  marie- 
rons ensemble  en  ce  chapitre. 

Qu'est-ce  que  nous  roslirons  aujourd  hui?  C'est  une  grande 
feste.  quaresme  prenant,  carneval,  mardi  gras. 

11  n'y  a  si  chétif  savetir,  revaudeur  ou  crocheteur  (2)  qui 
ne  vueille  manger  du  rost,  quoy  qu'il  couste. 

Il  nous  faut  rostir  un  gigot  de  mouton,  un  lièvre,  un  co- 
chon de  laict,  un  chapon,  etc.  Voyez  le  reste  aux  chapitres 
du  boucher  et  du  coquetier.  Pour  larder  plus  aisément,  il  faut 
refaire  la  chair  en  eau  chaude  ou  sur  le  gril. 

Apprestez  les  lardoires  (4),je  couperay  des  lardons  (5).  Puis 
plumez  ceste  volaille,  et  ces  oiseaux  et  les  vuidez. 

Où  sont  les  marmitons? 

Ils  font  le  feu.  L'un  va  quérir  du  bois  et  l'autre  du  char- 
bon. 

Il  seroit  beaucoup  plus  commode  et  de  moindre  despense 
d'avoir  des  tourne-broches  h  ressorts  ou  à  contre-poids,comme 
on  en  a  en  Allemagne  et  mesme  des  fusils.  Car  quand  on  a 
embroché  le  rost  et  monté  le  tourne-broche,  on  peut  vaquer 
k  d'autres  affaires.  Ce  pendant  la  viande  se  rostit  également 
partout,  sans  estre  bruslée  ou  hazic  d'un  costé  et  demi-crue 
de  l'autre.  Couchez  au  feu,  il  est  temps,  et  mettez  les  léche- 

(I)  Garkoch. 

(i)  Schuhbletser,  Strumpfflicker  oder  KrœUtrœger. 

(3)  Hammelschleyel  oder  ScheosketL 

(4)  Spicknadel. 

(5)  Spickfett. 


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L\    VIE   A   STRASBOUnC  603 

frites  (l)dessous.Ne  tirez  rien  delà  broche,  qu'il  ne  soit  rendu 
ou  que  je  sois  revenu,  je  m'en  vay  un  peu  en  ville.  Voyez  au 
chapitre  de  la  cuisinière. 

CHAPITRE  VINGT-HUITFÈME 
Du  coquetier  (2) 

Qu'elle  sorte  d'homme  nommez-vous  coquetier? 

C'est  un  homme,  qui  vient  au  marché  avec  des  coqs,  poul- 
ies, poullets,  coqs  d'Inde,  coqs  de  bruyère,  chapons:  et 
mesme  vend  des  oyes,  jars,  oisons,  canards,  canes,  faisans, 
perdrix,  beccasses,  pluviers,  poulies  de  bois,  poulies  d'eau, 
pigeons,  pigeonneaux,  pigeons  ramiers,  tourterelles,  merles, 
grives,  estourneaux,  cailles,  alouettes  et  tels  autres  oiseaux, 
qui  appartiennent  aux  grasses  cuisines  et  qui  se  vendent  or- 
dinairement en  plume  :  partie  vifs  et  apportez  dans  des  vo- 
lières, parties  tuez  avec  des  dragées  ou  pris  aux  filez  et  glu- 
aux.  Voyez  les  autres  oiseaux  au  chapitre  de  l'Oiseleur. 

CHAPITRE  VINGT-NEUVIÈME 

De  la  femme  au  laict 

Qui  veut  du  laict? 

Madame,  voilà  la  femme  au  laict  qui  passe  devant  notre 
maison. 

Appelle-la  et  luy  dis  qu'elle  entre  et  monte  cy-haut  il  nous 
faut  du  laict  pour  faire  du  papin,  ou  de  la  bouillie  à  l'enfant. 

Bonjour,  Madame,  voulez- vous  acheter  du  laict? 

Guy,  s'il  est  bon,  et  nouvellement  traict  et  non  escremé. 

A  Dieu  ne  plaise  que  je  face  ce  tort  aux  pauvres  enfançons: 
il  est  d'aujourd'huy  au  matin  et  tout  jaune  de  crème,  comme 
vous  voyez. 

(i)  Bratpfannen. 
(i)  Hiihnervofjt, 


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304  REVUE   d' ALSACE 

Combien  vendez-vous  la  potée  ? 

Cinq  creuizers  en  un  mot,  car  je  n'ay  pas  le  loisir  de  long- 
temps barguigner. 

Ce  seroit  assez  d'un  bats. 

Ouy  si  c'estoit  un  pot  de  jardinier,  mais  c'est  un  pot  de 
paysan  qui  est  plus  grand  de  beaucoup. 

Hé  bien  voilk  ce  que  vous  demandez.  Mais  pour  n'avoir  pas 
la  peine  de  marchander  tous  les  jours  :  voulez-vous  faire 
marché  avec  moy,  combien  je  vous  doy  donner  de  la  potée 
tant  en  hyver  qu'en  esté  ? 

Ouy-dà  Madame. 

Oue  vous  en  donneray-je  donc? 

Un  schilling  ou  trois  sols. 

Ce  seroit  trop.  Je  vous  en  donneray  deux  sols  et  trois 
liards  (1). 

Je  ne  sçaurois  autrement.  Vous  y  aurez  encore  plus  grand 
avantage  que  moy  :  car  en  hiver  on  la  vend  souvent  quatre 
sols  et  quatre  sols  et  demi. 

Vous  aurez  donc  les  trois  sols.  Apportez-moy  une  taille, 
quand  elle  sera  pleine  de  coches  nous  conterons  ensemble, 
la  raclerons  et  je  vous  payeray. 

C'est  bien  dit,  je  vous  apporteray  du  laict  de  deux  joure 
en  deux  jours,  comme  j'ay  coustume  de  faire  à  mes  autres 
chalandes.  S'il  se  tourne,  je  le  reprendray  :  mais  donnez  or- 
dre que  vostre  servante  tienne  ses  vaisseaux  nets,  et  princi- 
palement le  pot  au  laict,  et  son  poilon,  l'escurant  bien  et  n'y 
laissant  point  de  gratin. 

CHAPITRE  TRENTIÈME 

Du  pasticier 

D'où  venez-vous  si  matin  avec  les  souliers  poudreux  ou 
gris  de  poussière  ? 

Je  viens  de  faire  une  promenade  hors  de  la  ville,  pour  pas- 
ser mon  mal  de  teste,  que  je  gagnay  hier  au  banquet  d'adieu 
deN... 

(1)  V.  Hanauer  El.  écon.  H  à80-29r>. 


LA   VIE  A   STRASBOURG  505 

Vous  avez  aussi  sans  doute  gagné  de  Tappétit. 

Vous  Tavez  deviné.  J*aiderois  volontiers  un  bon  amy  à  es- 
trangler  une  douzaine  de  pastez  d'un  sol,  qu'on  appelle  A  la 
mode. 

Venez  donc  avec  moy,  je  vous  meneray  en  bon  lieu,  où  Ton 
ne  hache  pas  les  mouches  avec  la  chair  chargé  d*asrises  (1). 

II  y  a  longtemps  que  je  n*ay  esté  chez  aucun  pasticier,jc  ne 
sçay  où  il  fait  le  meilleur.  Par  cy-devant  celuy  de  la  ruelle 
des  sorcières  (2)  avoit  bien  la  vogue . 

11  est  bien  vray  :  mais  maistre  Lucas  de  Montbelliard  luy 
desbausche  fort  ses  chalands  avec  ses  pastez  a  la 
mode. 

Comment  sont-ils  faits"? 

Comme  les  autres,  hormis  qu'ils  sont  plus  grands  et  de 
plus  flne  paste.  Allons-y,  il  demeure  tout  près  d'icy  devant  la 
Crue,  auprès  de  la  Douane,  joignant  la  cave  de  la  Gabelle  (3). 
Voicy  la  porte,  entrons  sans  cérémoniefL 

Soyez  les  bien-venus,  Messieurs.  Voulez-vous  dcsjuner? 

Ouy,  avez-vous  des  pastez  faits? 

Ouy,  en  voil^  une  douzaine  sur  la  pœle  prests  à  enfourner. 
Montez  là-haut  au  poile,  on  vous  les  portera  incontinent 
qu'ils  seront  cuits. 

Comment  î  Ne  les  mettez-vous  au  four  que  quand  on  les 
demande  ? 

Non  Monsieur,  car  il  les  faut  manger  tous  chauds.  Si  tost 
qu'ils  sont  froids,  c'en  est  f?iit  :  c'est  un  pauvre  manger  que 
de  pastez  réchauffez. 

Envoyez-nous  donc  quelques  gasteaux  feullettez,  ou  dario- 


(i)  Miic/cengeschmeiss. 

(2)  Celte  rue  n'est  pas  mentionnée  dans  Schmidt  ni  dans 
Sej'both. 

(3)  Nœchat  vorm  Gî'an  nit  weit  vont  Kaufhauss  neben  dem 
Zollkeller,  Aujourd'hui  rue  de  la  Douane.  La  cave  de  la  gabelle 
était  épiscopale  ;  on  y  enfermait  le  sel,  surtout  de  Marsal  en  Lor- 
raine. En  face^  le  magistrat  fit  construire  en  1358  le  bâtiment  de 
la  Douane  qui  existe  encore.  A  côté,  \k  ort  se  trouve  aujourd'hui  la 
maison  de  la  caisse  d'épargne,  on  avait  établi  une  grande  grue 
pour  décharger  les  bateaux  ;  elle  est  déjà  mentionnée  en  1404. 
(Schmidt  /.  c.  149). 


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506  REVUE   n'ALSACK 

les,  avec  une  pinte  de  vostre  vin  sauge  (1\  pour  attendre  plus 
patiemment. 

Bien,  Messieurs.  Tenez,  voilà  de  quoy  donner  de  Texercice 
aux  maschoires.  Ils  sont  tout  bouillans.  Gardez-vous  devous 
eschauder  la  langue,  le  palais  et  la  gorge.  Voulez-vous  pas 
aussi  une  couple  de  pains  blancs  (2)? 

Nenny,  crouste  de  paslé  vaut  bien  pain.  La  pasticerie  est 
ma  vie.  Si  j'avois  les  moyens,  comme  quelques  uns  ont,  je 
ne  vivrois  d'autre  chose.  Tantost  je  mangerois  d'un  pasté  de 
lièvre,  tantost  de  truictes,  tantost  de  pigeonneaux,  tantost 
d'un  pasté  de  ménage  fait  d'une  pièce  de  bœuf  bien  grasse, 
lardée  et  picotée  de  doux  et  de  canelle,  tantost  d'un  pasté 
haché,  qui  est  une  bonne  viande  pour  les  edentez,  principa- 
lement si  la  crouste  est  si  fine,  qu'elle  se  fond  en  la  bouche. 

Que  voulez- vous  d'avantage  ?  Je  suis  saoul  de  pastez, comme 
de  trois  bouillies  le  jour  (3). 

Faites  apporter  des  tartes  en  pommes,  de  prunes  et  raisins 
de  corinthe,  des  oublies,  du  massepin,  des  maquarons  et  du 
biscuit. 

J'aimerois  mieux  une  eschaudé(4)  pour  faire  trouver  le 
vin  bon. 

Et  moy  une  tarte  d'amandes. 

Vous  estes  friand  comme  comme  un  chat. 

CHAPlTaE  TRENTE  UNIÈME 

Du  mercier 

Montrez-moy  un  peu  la  rue  mercière  (5),  je  vous  prie.  J'ay 
quelque  mercerie  h  acheter,  comme  une  escharpe,  des  jarre- 

(1)  Spanisch  brod  oder  Flœdlein  mit  einer  halben  mass 
Salbey  Wein, 

(2)  Weissbrodt  oder  Weckle. 

(3)  Ich  bin  der  Pasleten  mùde  als  vann  ichs  mit  lœfflen 
gessen  hœtte. 

(4)  Flottei^kuche.n. 

(5)  La  rue  mercière  qui  existe  aujourd'hui  encore  est  mention" 
née  déjà  en  UOQ.Elle  porta  successivement  les  noms  de:  Interslalio- 


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LA   VIE  A   STRASBOURG  507 

tières,  des  roses  ou  rubans  de  souliers  et  des  aiguilleltes  (i). 

La  voilà,  Monsieur  :  mais  pour  trouver  ce  que  vous  deman- 
dez, vous  feriez  mieux  d'entrer  en  ceste  boutique  contre  le 
Palais  joignant  le  Carquan  (2).  Ce  mercier,  qui  a  aussi  vis-à- 
vis  de  sa  boutique,  une  grande  boutique  de  draperie,  est  si 
bien  assorti  et  fourni  de  tout,  que  hormis  les  souliers  et  le 
linge-blanc,  il  peut  habiller  un  homme  de  pied  en  cap.  Et 
mesme  il  parle  indifféremment  François  et  Allemand,  et  par- 
tant a  la  chalandise  de  la  plus  part  des  estrangers. 

Je  m'y  en  vay  donc  tout  d  roi  et. 

Dieu  vous  gard',  Monsieur. 

Vostre  serviteur,  Mr.  que  vous  plait-il  de  bon  ? 

Je  voudrois  bien  avoir  un  bon  chapeau  avec  une  bande  de 
marroquin  (3)  et  une  coeffe  de  taffetas. 

Tenez  voilà  un  bon  feutre  de  laine  d'Espagne  :  voilà  aussi 
un  chapeau  de  poil  de  couin  et  un  fin  castor,  avec  un  cordon 
brod^  d'or  et  de  perles. 

Cette  marchandise  est  trop  chère  pour  moy:  monstrez-moy 
quelque  chose  de  bon,  mais  à  meilleur  marché. 

Hé  bien,  voicydes  chapeaux  de  Paris,  de  Lyon  et  de  Metz 
de  très  belle  forme  et  bien  foulez,  il  ne  faut  pas  craindre  que 
'a  pluye  les  perce.  En  voilà  aussi  de  Sainte-Marie  et  de  ceste 
ville  de  grosse  laine  avec  des  cordons  de  faux  or  et  faux  ar- 
gent, pour  les  paysans  et  valets  ou  compagnons  de  mes- 
tiers. 

Dites-moy  en  un  mot  combien  vous  voulez  vendre  cestuy-là 
à  large  bord.  Ne  le  surfaites  pas,  car  je  ne  barguigne  pas  vo- 
lontiers longtemps,  j'ay  quasi  aussi  tost  acheté  que  mar- 
chandé. 


tores,  inler  mercatores,  sub  mercatoribus,  unter  Kremern,  unter 
Koufflûlen,  inter  institores,  Kramergasse.  (Schmidt  i0i-i03.  Sey- 
both  Dar  alte  Strassbg  14i.  Au  siècle  dernier  elle  s'appelle  rue  des 
Bouquets  ou  Blumengasse  et  sous  la  Révolution  rue  du  Mont- 
Blanc  et  rue  du  18  floréal  (Seyboth  Strasbg.  historique  p.  161.) 
(\)Feldbtnde^Hosenbendel,  Schuhrosen  oder  Bendel  und  Nés  tel, 

(2)  11  s'élevait  près  de  TaDcienne  Pfaltz  en  face  de  la  rue  des 
Hallebardes  actuelle. 

(3)  Mit  einem  SchweUsband  von  Cordowan, 


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508  REVUE  o'alsage 

Bien  donc,  je  vous  le  diray,  car  je  suis  aussi  de  vostre  hu- 
meur. Vous  m'en  donnerez  deux  risdales  et  demi. 

Tenez  en  voilà  deux  risdales  en  deux  pièces. 

Vrayement  c'est  trop  bon  marché,  j*y  perdrois.  Si  je  débi- 
lois  toute  ma  marchandise  de  la  sorte,  il  me  faudroitbientost 
fermer  ma  boutique  et  aller  au  saffran  (1). 

Voilà  le  commun  langage  des  marchands,  ils  perdent  sur 
chasque  chose  qu'ils  vendent  et  toutes  fois  deviennent  riches, 
comme  vous  en  donnez  un  notable  exemple  en  vous-mesme. 
Ne  me  laissez  pas  allez  ailleurs.  Argent  contant  porte  méde- 
cine. 

Venez,  venez,  Monsieur.  Je  n'ay  encore  rien  receu  aujour- 
d'huy,je  ne  veux  pas  refuser  mes  estrenes.  Regardez  s'il  y  a 
encore  quelque  chose  en  ma  boutique  qui  vous  duise  :  je  vous 
en  feray  bon  marché. 

Aveignez-moy  cest  estuy,  qui  pend  là-haut.  Quelles  pièces 
y  a-t-il  dedans? 

Tenez,  le  voilà,  regardez-y.  Voicy  premièrement  des  ci- 
seaux, puis  un  coutelet,  qui  se  démonte,  une  fourchette,  un 
poinçon,  un  petit  compas,  un  ganif  canivetou  trenche-plume, 
un  cure-dent,  un  curoreille,  un  perce-lettre,  au  manche  du- 
quel on  peut  faire  graver  un  cachet  :  voilà  aussi  une  petite 
place  pour  une  petite  cuillier  d'argent. 

Combien  le  faites-vous  1 

Deux  florins,  il  les  vaut,  entre  deux  frères. 

Uuy,  si  on  vous  croid.  Je  vous  en  donneray  un  florin. 

Vous  vous  gaussez.  Je  voy  bien  que  vous  n'avez  pas  envie 
de  l'avoir.  Nous  ne  sommes  pas  à  Paris,  où  l'on  ofl're  d'une 
chose  la  moitié  de  ce  qu'elle  vaut.  Monstrez  que  vous  avez 
envie  d'acheter,  et  en  ofl^rez  raisonnablement. 

Je  n'en  ay  pas  grandement  à  faire  :  si  je  ne  le  puis  avoir 
pour  deuxquarts  d'escu,  je  n'en  veux  point. 

Donnez-en  vingt  bats  ou  quarante  sols. 

Je  n'en  feray  rien  d'aujourd'huy,  je  ne  sçay  si  je  me  r'a- 
dviseray  demain. 

Mettez-y  encore  trois  bats  et  demi. 


(1)  Banckrot  spielen. 


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LA    VIE   A   STRASBOURG  509 

Pour  VOUS  moDslier  que  je  ne  regarde  pas  h  peu  de  chose, 
je  vous  en  donneray  douze  schillings  ou  dix  huict  bats,  qui 
font  trente  six  sols. 

Prenez-le,  afin  que  le  bon  marché  vous  face  revenir  une 
autre  fois  à  inoy.  Qui  veut  s'achalander,  se  doit  contenter  de 
petit  gain.  Je  fais  a  la  Parisienne,  là  où  les  merciers  aiment 
mieux  vendre  en  un  jour  cent  pièces  de  mercerie,  avec  un  gain 
dé  trois  ou  quatre  sols  sur  pièce  que  d'en  gagner  cinq 
ou  six  et  n'en  vendre  pps  le  quart.  Si  vous  avez  à  faire 
de  (luehjue  autre  chose,  vous  n'avez  qu'à  le  dire,  nous  avons 
tout  ce  que  vous  sauriez  de'sirer.  Il  ne  vous  faut  pas  arrester 
à  ce  qui  pend  en  parade  ;  ce  ne  sont  que  vieux  garde-bouti- 
ques décolorez  et  mangez  de  la  tigne.  La  belle  et  bonne  mar- 
chandise est  empaquetée.  Nous  avons  des  bas  d'estame  (1) 
de  toutes  couleurs,  des  bas  d'Angleterre,  de  Paris.  Bas  d'hom- 
mes, de  femmes  et  d'enfans.  Des  bas  de  soye,  de  fleuret  et 
de  colton.  Des  jarretières  tissues  et  de  taiïelas  tant  renforcé 
que  de  Genève.  Des  gants  de  cerf,  de  chien,  de  chevrotin,  des 
gans  lavez.  Des  miroirs,  estuys  à  peigne,  avec  le  peigne  d'y- 
voire,  de  bois  de  rosmnrin,  de  genevre,  de  buys,  de  corne, 
la  brosse,  la  brosselte,  le  relève-moustache. Nous  avons  aussi 
des  ramonnettes,vergeltes  ou  epoussettes  pourespousseterou 
nettoyer  les  habits.  Il  y  a  aussi  dans  ce  panier  des  pendans 
ou  port'espées  avec  des  ceintures  pour  les  vieillards  et  gens 
de  longue  robe  :  comme  aussi  des  baudriers  de  cuir  simple, 
des  brodez  de  soye,  d'argent  et  d'or.  Des  escharpes  simple- 
ment orlées,  et  d'autres  bordées  de  dentelles  d'or  avec  des 
papillotles. 

J'aurois  bon  besoin  d'acheter  une  calotte  de  marroquin.  En 
avez- vous  ? 

Ouy-dà  Monsieur.  En  voilà  une  demi-douzaine,  choisissez 
et  essayez  celle  qui  vous  sera  le  plus  propre. 

Celle-cy  me  joint,  comme  si  elle  avoit  esté  jettée  en  moule. 
Qu'en  donneray-je? 

H  n'y  a  pas  grand 'recousse  en  cela  :  le  marroquin  me 
couste  un  demi  florin  ;  donnez-moy  deux  bats  pour  la  façon, 
c'est  en  tout  neuf  bats  et  demi. 

(1)  (restrickte  Slriimpf. 


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510  REVUE   d'aLSACE 

Tenez,  en  voilà  un  quart  d'escu. 

Vous  aurez  donc  la  façon  pour  rien,  ou  du  moins  pour 
un  sol. 

Vous  m'en  contez  de  belles.  Monstrez-moy  k  cette  heure 
des  aiguillettes  de  large  ruban  noir. 

Il  n'y  en  a  point  de  faites  ;  mais  si  vous  voulez  patienter 
une  demie-heure,  je  vous  en  feray  ferrer. 

Qu'est-ce  que  me  coustera  la  douzaine? 

Trente  six  sols,  ayant  une  aulne  de  longueur.  De  quelle 
couleur  voulez  vous  les  fers  ? 

De  jaune  ;  mais  faites  les  despescher. 

Monsieur,  il  n'y  aura  point  de  faute. 

CHAPITRE  TRENTE  DEUXIÈME 
Du  messager 

Mon  amy,  n'est-ce  pas  là  un  messager  juré  de  Srasbourg.? 

Ouy  :  comme  vous  pouvez  aisément  le  voir  h  la  livrée  qu'il 
porte,  laquelle  est  un  hoqueton,  mi-parti  de  blanc  et  de 
rouge,  et  a  sa  boûette,  qu'il  a  sur  le  cœur,  où  sont  les  armoi- 
ries de  la  ville. 

Je  m'en  vay  donc  l'aborder  et  parler  h  luy. 

Avez-vous  le  loisir  de  faire  un  message  h  trois  liefles 
d'icy  ? 

Ouy  Mr.  Où  est-ce  ? 

C'est  à  Dorlesheim  près  de  Moltzheim. 

Il  est  bien  vray  que  je  suis  encore  bien  las  et  harrasé  d'un 
long  voyage,  dont  je  revins  hier  au  soir,  mais  trois  lieues 
sont  peu  de  cas,  c'est  à  faire  h  une  demie-journée. 

Quand  pourrez-vous  partir. 

Tout  à  l'heure,  et  quand  il  vous  plaira  me  donner  mes  des- 
pesches. 

Le  plus  tost  sera  le  meilleur,  car  l'aflFaire  est  d'importance, 
il  y  a  du  danger  au  delay,  pourlant  requiert  il  diligence. 

Hé  bien,  je  m'en  vay  chausser  mes  gamaches  et  quérir  mon 
brin  d'estoc  ou  baslon  h  deux  bouts. 


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LA    VIE   A   STRASBOURG  5il 

El  moy,  je  m'en  vay  en  mon  logis  en  la  rue  du  Monsiier 
dans  la  ruelte  sans  issile  où  demeur  le  sieur  K  ..  pour  ca- 
cheter ma  lellre  qui  est  desia  escrite  et  pliée.  Elle  est  escrite 
en  chiffres  ou  charactères  incognus,  qu'on  ne  sçauroit  déchif- 
frer de  peur  qu'elle  ne  soit  interceptée  et  mon  secret  déscou- 
vert  ;  car  elle  s'adresse  k  un  homme  qui  manie  de  grandes 
affaires,  et  que  j'adverlis  de  choses  de  grande  conséquence. 

Ne  meltrez-vous  point  d'addresse  sur  le  dos  de  la  lettre  ? 

Si  feray,  mais  une  fausse  :  toutesfois  je  vous  diray  si  bien 
la  part,  où  il  sera,  que  vous  ne  sçauriez  manquer  à  le  trou- 
ver, et  lui  faire  tenir  ma  lettre.  Venez-moy  seulement  trou- 
ver, quand  vous  serez  prest,  vous  trouverez  chez  moy  une 
pinte  de  vin,  du  pain  et  du  fromage  sur  un  coin  de  table, 
pour  vous  fortifier  les  jambes  et  resjouyr  le  cœur.  Quant  k 
voslre  loyer,  nous  en  conviendrons  bien  ensemble. 

Je  ne  demande  que  l'ordinaire.  Si  quelque  honneste  homme 
me  donne  d'avantage,  je  le  prends  pour  mon  vin  et  l'en  re- 
mercie, et  me  sens  obligé  de  le  servir  encore  plus  prompte- 
ment  uneaule  fois. 


CHAPITRE  TRENTE  TROISIEME 


Du  pescheur 


Du  temps  que  j'allois  au  collège,  ou  en  classe,  j'estois  fort 
adonné  h  la  pesehe  des  petits  poissons  (i)  comme  ablettes, 
goujons,  chevanes,  hotlus,  chabots,  frames,"rossettes, perches 
et  petites  liuicles. 

Comment  est-ce  que  vous  les  preniez  ? 

Je  peschois  h  la  ligne. 

(1)  V.  ds.  Hnnaiicr  la  liste  des  poissons  que  l'on  trouvait  dans 
les  cours  d'eau  d'Alsace  (Il  213  et  suiv). 

Ci)  Weissfiechleiriy  Kressen,  Fàrn,  Nasen,  Kroppen,  lirasem, 
liottlen,  ffersinr/.  Pour  plus  de  détails  sur  ces  différentes  espèces 
il  faut  recourir  an  travail  de  F.  Heibcr.  Histoire  nalurelle  des  eaux 
slrasbourgeoises  de  Léonard  Balduer. 


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51:^  REVUE    d' ALSACE 

Qirest-ce  que  vous  appeliez  une  ligne? 

Ce  sont  des  crins  blans  de  cheval  tors  ensemble,  auxquels 
on  attache  un  haim  ou  hameron,  et  un  pied,  ou  un  pied  et 
demi  plus  haut  on  attache  un  tuyau  de  plume  de  la  longueur 
du  doigt  avec  un  morceau  de  liège,  qui  s*enfonçant  en  Teau 
par  y  un  des  bouts  monstre  que  le  poisson  mord,  ou  a  desjk 
avallé  rhaim  :  ceste  ligne  est  attachée  par  Tautre  bout  k  une 
perche  de  coudrier,  ou  autre  bois  ayant  une  pièce  de  coste- 
de-baleine  pour  cyme. 

De  quelle  amorce  vous  serviez-vous  ? 

Pour  les  poissonnets,  j*attachois  des  mouschos  ou  vermi- 
reaux  h  mon  haim.  Pour  les  moyens,  j'amorçois  avec  des  ce- 
riseSjOu  faisois  de  l'amorce  avec  du  pain  de  chenevi  ou  de  na- 
vette, avec  de  la  folle  farine  et  du  miel,  que  je  pétrissois  bien  en- 
semble, puis  en  faisois  des  boulettes  de  la  grosseur  d*un  bou- 
ton de  pourpoint,  en  jettois  quelques  vingt  ou  trente  vers  le 
soir  en  un  lieu  coy  de  la  rivière  de  Meuse,  où  je  croyois  y 
avoir  du  poisson,  et  le  lendemain  y  allois  dès  le  malin  pescher 
îi  fond,  ou  sans  liège  et  tuyau  de  plume. 

Par  ce  moyen  avez-vous  parfois  fait  une  pesche,  qui  valut 
la  peine  ou  le  temps  que  vous  y  perdiez  ? 

Bien  près.  Je  n'y  ai  jamais  pris  autres  poissons  que  ceux 
que  je  vous  ay  nommez,  et  ce  en  petite  quantité  à  la  fois. 

Vous  estiez  donc  un  pauvre  pescheur? 

Guy,  et  quand-et-quand  un  pauvre  pescheur,  au  lieu  que 
je  devois  soigneusement  estudier  pour  devenir  prescheur  et 
pescheur  d'hommes,  selon  le  dessein  et  intention  de  mon 
bon  père,  au  desçeu  duquel  je  faisois  ces  belles  corvées. 

Avec  quoy  est-ce  que  les  pescheurs  prennent  les  estur- 
geons, saumons,  saumonneaux,  brochets,  brochelons,  car- 
pes, carpettes  ou  carpillons,  anguilles,  lamproyes,  barbeaux, 
barbillons,  tenches,  merlus,  harengs,  morues  (i),  soles  et 
plies. 

Je  ne  sçay,  si  ce  n'est  avec  des  filez  ou  nasses. 

Et  les  huistres  à  l'escaille,  moules,  escrcvices  et  gam- 
ma res?  (2) 

(4)  Lapperdau.  Ziingen,  und  Platetsen, 
(2)  Me^Threbse. 


L.\    VIE   A    STHASUOL'Hi;  51. '< 

J'en  ai  veu  prendre  à  la  main,  j(î  ne  s^ay  si  on  a  encore 
quelque  autre  invention.  Pour  les  grenouilles  on  les  pesche  a 
la  ligne  aven  un  niorcelot  de  drap  rouge. 

Comuienl,  mange-on  i:es  vilaines  bestes  :* 

i)  qu'ouy,  c'est  un  manger  de  friands,  on  coupe  les  quar- 
tiers de  derrière  ou  cuisses,  puis  on  les  escorche  et  fricrasse- 
on,  alors  elles  ont  un  goust  délirât  comme  de  jeunes  pou- 
lets. 

J.a  friandise  fait  trouver  tout  bon,  jus(|ues  aux.  villains  et 
baveux  escargols.  1)^,  con\bien  de  sortes  de  poissons  y  a-il  1 

Il  y  a  des  poissons  de  uier  qu'on  appelle  marée  et  les  hom- 
mes qui  les  mènent  de  lieu  en  autre  sur  des  chevaux,  chasse- 
marée.  Puis  il  y  a  des  poissons  d'eau  doiïce,  comme  ceux  de 
rivière,  estang,  vivier,  lac. 

Uart)ntez-m(»y  un  peu  les  plus  communes  parties  d'un 
[toisson. 

Il  y  a  les  ouyes,  les  escailles,  les  nageoires,  les  arestes,  la 
laictance,  les  ceufs,  la  teste,  le  ventre  et  la  queiie. 

Comment  faut-il  accoustrer  le  poisson,  pour  estre  bon  a 
manger  ? 

Il  faut  prendre  un  poisson  non  pasmé,  mais  vif  sautellant 
et  se  débattant,  l'escailler,  l'éventrer  et  s'il  est  grand,  le  cou- 
per en  tronçons,  le  bouillir  en  un  chaudronnet  ou  le  frire  en 
une  paele.  Si  vous  le  voulez  rostir  sur  le  gril,  laissez-le  entier. 
Le  poisson  salé  doit  estn;  détrempé  en  eau  claire  pour  le 
dessaler,  hormis  les  sorez  et  les  harengs  que  les  escoliers 
allemands  mangent  cruds  avec  de  l'huile  d'oUve,  du  vinaigre 
et  des  oignons  découpez. 

Diles-moy  quelques  proverbes  pris  des  poissons. 

H  fait  bon  pescher  en  eau  trouble,  c'est  à  dire  que  les  gar- 
nemens  font  leur  main  et  s'enrichissent  durant  les  troubles 
et  guerres  civiles.  Toujours  pesche  qui  en  prend  un,  c'est  h 
dire  que  peu  de  gain  vaut  nueux  que  rien  du  tout.  Les 
grands  poissons  mangent  les  petits.  I^a  sauce  couste  plus  que 
le  poisson  et  la  corde  que  le  fardeau  ou  la  baie  (1). 

(1)  In  t7*ûbem  Wasiicr  ist  gui  fischen.  Wer  einen  Kressen 
fangt,  fangt  aiich  eincn  Fisch  :  das  ist  ein  Pfenning  oder 
krfiutser,  ist  doch  hesser  als  gar  kein  gewinn  oder  es  ist  hesser 
ein  Lauss  im  Kraut  als  gar  kein  fleisch.  Die  grossen  Fische 
fressen  die  kleinen.  Die  briihe  kostet  ?nehr  dann  der  Fisch, 


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0i4  UEVCE   D*ALSACE 

CHAPITRE  TRENTE-QUATRIÈKK 
Du  Teincturier 

J'ay  un  manteau  de  couleur  Triste-amie  (ou  selon  aucuns 
Triste-mine)  qui  est  tout  plein  de  taches  :  je  le  ferois  volon- 
tiers reteindre  s'il  y  avoit  icy  des  teincturiers  capables, 
comme  en  France. 

N'en  doutez  point,  j'en  cognois  un  qui  ne  cède  à  aucun 
François  :  je  l'ay  esprouvé  plusieurs  fois.  Une  fois  il  m'a  teint 
un  manteau  gris  en  tané,  et  puis  en  noir,  et  des  iarretières 
bleues  et  des  jaunes  en  rouge,  incarnat,  incarnadin  d'Espa- 
gne. Il  n'y  a  couleur  si  estrange,  qu'il  ne  cognoisse,  comme 
minime,  gris-brun,  gris-argenlé,  gris  de  perle,  verd,  verd- 
naissant,  verd-gay,  verd-brun,  verd  de  mer,  pers,  violet,  gris- 
meslé,  fueille-morte,  cramoisi,  orangé,  gris  enfumé,  gris  de 
lin,  couleur  de  Roy,  flammette,  nacara,  fleur  de  seigle,  cou- 
leur de  foye,  couleurs  de  pensée,  couleur  de  chair,  couleur 
de  fleur  de  pescber,  pourpre,  escarlatte,  couleur  d'amaran- 
tbe,  couleur  de  céladon,  rosc-seche,  couleur  d'Isabelle,  gin- 
geolin  ou  zinzolin,  ventre  de  biche. 

Je  le  feray  donc  porter  a  la  Teincture. 

Vous  ferez  bien.  Ce  qu'il  teint  ne  se  descharge  point,  ni 
ne  tache. 

Quels  sont  les  plus  ordinaires  ingrédiens  de  la  teincture? 

Le  paslel  ou  guede,  le  saffran  bastard,  la  graine,  la  coupe- 
rose et  la  noix  de  galle  (1). 

Puisque  nous  sommes  en  train  de  parler  des  couleurs, 
racontez-moy  aussi  les  autres,  qui  ne  s'approprient  pas  aux 
eslofles,  draps  ou  soye. 

Le  visage  d'un  malade  estpalleet  blesme  :  les  joues  d'un 
homme  sain  sont  vermeilles  comme  une  rose.  Le  poil  d'un 
taureau  ou  autre  beste,  les  cheveux  d'un  homme  sont  roux, 
la  barbe  est  rousse  et  un  tel  homme  s'appelle  rousseau  (2). 

(1)  Weyde,  icilden  Sa/frariy  Scharlachheer,  Kup/fer-wasser^ 
und  ynllœpfel. 

(2)  RothkopfT, 


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LA    VIK   A    STHASBOIUG  515 

Les  cheveux  qui  ressemblent  aucunement  au  lin,  ou  au  chan- 
vre se  disent  blonds,  et  la  barbe  blonde.  Le  pain  de  ménage 
est  grisâtre  et  s'appelle  Bis  (l).  Quant  aux  diverses  couleurs 
des  chevaux  il  en  est  parlé  au  chapitre  du  maquignon.  Les 
six  couleurs  propres  aux  armes  ou  armoiries  des  nobles  sont 
ceiles-cy  :  d'argent  =  blanc,  d'or  =  jaune,  de  sable  =^  noir, 
d'azur  =  bleu,  de  sinople  =  verd. 

CHAPITRE  TRENTE-CINQUIÈME 
Du  Tonnelier  (i) 

Quelles  fripes  ou  vieux ^ineubles  sont-ce  là?  Quelle  escrire 
est-ce  là  ? 

Ce  sont  les  outils  d'un  tonnelier,  (jui  mourut  il  y  a  six 
semaines. 

Approchons-nous  en,  je  vous  prie,  et  me  les  nommez  par 
leurs  noms. 

Voilà  premièrement  une  aissaite  ou  essette,  que  d'autres 
appellent  esseau.  Puis  un  sergeant,  un  lirefond,  un  maillet,  un 
tastevin,  un  barroir,  un  forêt,  une  vrille.  Voilà  un  soufflet  à 
bec  crochu,  et  la  buisine  de  cuir  (3),  tant  pour  descharger  le 
vin  de  dessus  un  char  en  la  rile,  dans  autre  fruslaille,  pipe, 
muy  ou  tonneau  qui  est  en  la  cave,  que  pour  frelatter  le  vin, 
qui  est  faire  passer  le  vin  d'un  tonneau  en  un  autre,  pour  le 
séparer  de  sa  lie,  dont  on  fait  de  l'eau  de  vie. 

Ce  mot  frelatter  me  semble  cstrange,  d'où  peut-il  venir  ? 

Il  vient  de  la  corruption  dii  mot  grec  parallatteiriy 
qui  est  à  dire  changer. 

Le  vin  se  peut-il  bien  garder  sans  lie?  ne  se  tourne-il-pas? 

Pourveu  que  le  tonneau  soit  bien  soulphré,  c'est  à  dire, 
parfumé  d'une  confection  dont  le  principal  ingrédient  est  du 

(1)  Schwartzbrod. 

(2)  Bàttner  oder  Bender. 

(3)  Ein  Kûfermeaser  oder  Bmidmesser,  hemach  eine  Kûfer- 
zang,  ein  Ftistbodenschraub,  eineKohe  oder  Klàpfel,  ein  heber, 
ein  borer,  ein  bœrerlein. 


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516  nEVL'E  d'alsace 

soiilphro,  il  ne  se  tourne  pas,  el  tant  plus  vieux  est  le  ton- 
neau, et  plus  enduit  de  tartre,  tant  plus  long  ton^ïs  s'en  garde 
le  vin. 

Nommez- moy  un  peu  aussi  les  parties  d'un  tonneau. 

H  y  a  les  douves,  les  fonds  et  les  cercles.  Le  grand  trou 
au  milieu  de  la  douve  d'en  haut  s'appelle  bondon,  comme 
aussi  le  bois  avec  quoy  l'on  le  bouche.  Le  petit  qui  est  à  costé, 
el  par  où  l'on  donne  air  au  tonneau,  s'appelle  faulset  :  celuy 
qui  est  fait  au  bas  du  fond  est  pour  y  coigner  une  broche  ou 
robin  ou  robinet,  pour  tirer  le  vin. 

CILVPITRE    THENTE-SIXÏKME 
Du  marchand  de  vin 

D'où  venez-vous  Monsieur? 

Je  viens  de  l'Estapefi  ),  y  pensant  trouver  de  bon  vin:  mais 
je  n'y  ay  trouvé  que  du  ginguet,  du  vinot,  du  vin  verd,  et 
petit  ce  qui  se  peut,  comme  rinceurs  de  pinte,  en  somme, 
du  vin  de  marché,  comme  l'appellent  les  paysans. 

D'où  peut  bien  venir  ce  nom  au  petit  vin  ?  et  pour  quel 
sujet  l'appelle-on  ainsi? 

Un  bon  homme  estant  entré  en  la  maison  d'un  vigneron  et 
marchand  de  vin,  et  ne  trouvant  au  poile  que  sa  iiliette,  luy 
demanda  ou  estoit  son  père.  La  fille  ayant  répondu  qu'il 
esloil  en  la  cave,  et  faisoit  du  vin  de  marché,  cet  homme 
voulut  sçavoir  comme  il  faisoit.  La  pauvre  simplette  et  inno- 
cente, ne  pensant  à  aucune  meschancelé,  respondit  qu'il 
versoit  une  cuvellée  d'eau  dans  chasquc  tonneau  avec  un 
grand  entonnoir  de  bois  à  la  mode  du  pays.  Or  la  raison 
pour  quoy  ils  baptizent  ainsi  le  vin,  qu'ils  amènent  vendre 
au  marché,  est  que  la  populace  et  les  gens  de  mestier,  qui  ont 
des  valets  et  servantes  à  ((ui  ils  sont  tenus  de  donner  du  vin 
h  chasque  repas,  en  veulent  avoir  à  bon  marché  et  ne  se  sou- 
cient pas  qu'il  soit  petit  ou  verd  ;  pourveu  qu'il  aye  le  nom  et 
quelque  petit  goust  (le  vin.  Car  si  les  paysans  le  laissoient 

(1)   Weinmarkt. 


LA    VIE   A    STRASBOURG  517 

pur,  outre  ce  qu'il  seroit  plus  cher,  la  valetaille  se  trouveroit 
moins  propre  à  la  besogne  par  la  fumée  du  vin,  qui  leur 
monteroit  à  la  teste.  Sur  ce  subiect  il  me  prend  envie  de  vous 
raconter  un  plaisant  tour,  qui  fut  il  y  a  quelques  années  joué 
par  un  régent  de  nostre  cullc^ge  à  un  tel  gaste-vin. 

Preschez  donc,  je  vous  escouteray  attentivement  sans  inter- 
rompre vostre  propos  et  vous  laisseray  dire  jusques  h  amen. 
Ce  régent,  dont  je  sçay  très  bien  le  nom,  s'en  alla  un  ven- 
dredi, qui  est  le  jour  du  marché(i),  sur  la  place  des  Cordeliers 
où  se  tenoit  l'Eslape,  où  ayant  gousté  ou  taslé  le  vin  d'un 
tonneau,   qui  tenoit  environ  six  ou   sept    mesures,    qu'on 
appelle  ornes,  il  dit  au  paysan,  pour  luy  tirer  le  vers  du  nez  : 
Escoutez  mon  amy,  je  liens  de  petits  pensionnaires,   qu'on 
envoyé  icy  pour  estudier,  or  j'ay  ordre  de  leurs  parens,  et 
pères  et  mères  de  leur  donner  du  vin  h  table,   pour  ne  trop 
refroidir  leurs  estomacs  en  beuvant  de  l'eau  toute  simple  : 
mais  ils  veulent  qu'il  soit  détrempé  d'eau,  de  peur  qu'il  ne 
leur  enflamme  le  foye  et  que  la  fumée  leur  montant  à  la  teste, 
ne  les  rende  mal  disposez  h  l'estude.  \oi\h.  pourquoy  je  verse 
lousjours  quelque  partie  d'eau  dans  le  vin  que  j'achète,  s'il 
n'y  en  a  point  encore.  Or  est-il  que  pour  cause  d'un  défaut 
de  goust,  je  ne  puis  pas  bien  taster  le  vin  et  suis  un  pauvre 
gourmet,  dites-moy  je  vous  prie,  combien  vous  avez  versé 
d'eau  dans  ce  tonneau,  de  peur  que  je  ne  legaste  tout  k  fait, 
si  j'y  en  mettois  d'avantage,  dites  franchement,  je  vous  pro- 
mets de  prendre  vostre  vin  au  prix  que  vous  avez  dit.   Le 
lourdaut  de  pied-gris  esmeu  par  ces  b(»lles  paroles  confessa 
qu'il  en  avoit  versé  une  caque,  lié  bien  dit  le  régent,  il  n'im- 
porte, vous  m'avez  relevé  de  la  peine  de  le  faire:  donnez-moy 
vostre  marqueou  méreau(2),  (|uejo  l'acquitte  de  la  gabelle(3). 
Le  brouille-vin  le  tire  de  sa  poche,   le  luy  donne,  on    mène 
le  vin  devant  la  maison  de  l'cichcteur,  les  encaveurs  de  vin 
deschargent  le  tonneau  avec  un  poulin,  le  dévallent  en  la 
cave  avec  des  cordes  et  le  mettent  sur  les  chantiers.  Mais  le 
diantre  fut  bien  aux  vaches,  lorsqu'il  fallut  venir  au  paye- 
ment car  ledit  régent  ne  voulant  point  payer  la  caque  d'eau 

(1)  Encore  actuellenient  mais  il  ne  se  lient    plus  place  Kléber, 
mais  près  du  Château. 

(2)  Zeichen. 

(3)  Ungelt. 


518  REVUE    D*  ALSACE 

pour  une  caque  de  vin,  comme  de  raison,  le  trompeur  qui 
avoit  esté  tromp(S  parloit  des  grosses  dens,  sacramentoit, 
maudissoit,  diablassoil  :  mais  le  fin  et  rusé  foile-cul  Tayant 
menacé  du  consul,  et  de  grande  amende,  s'il  le  contraignoit 
d'en  aller  faire  ses  plaintes  à  la  justice,  mon  pied-gris  s'en 
alla  escumant,  fumant  et  bouffant  de  colère,  grinçant  les  dens 
rongeant  son  frein,  honteux  et  camus  comm^  un  fol  tondu  ou 
un  fondeur  de  cloches,  pour  s'estre  laissé  si  aisément  passer  la 
plume  par  le  bec  et  se  voir  dupé  par  un  qu'il  prenoit  pourdupe. 
Voilîi  une  plaisante  histoire,  elle  n'est  pas  tombée  en  un 
pot  percé,  je  la  releveray  bien  et  en  feray  rire  d'autres. 

CJlAriTKE    TRENTE-SEPTIÈME 
Du  Vendangeur 

D'où  venez-vous  avec  ces  raisins  dans  vostre  panier? 

Je  viens  de  nostre  vigne,  où  j'ay  esté  voir  si  les  raisins 
seront  bien  tust  meurs,  pour  vendanger  :  et  j'ay  trouvé  qu'ils 
le  sont  desjà.  Tenez,  en  voila  une  grappe,  tastez  qu'ils  sont 
doux  comme  miel. 

Ouy  vrayement,  il  se  faut  apprester  à  la  vendange  :  ils  se 
sont  bien  meuris  depuis  quinze  jours,  qu'ils  estoient  encore 
surs  comme  aigret,  dont  on  fait  le  verjus. 

J'en  sçay  bien  la  raison,  c'est  qu'on  a  espampré  ou  effueillé 
la  vigne,  et  que  le  soleil  a  depuis  luit  dessus  tous  les  jours, 
et  qu'il  a  fait  de  petites  pluyes  tiedes  la  nuict. 

Avez-vous  tout  ce  qu'il  faut  pour  la  vendange? 

Je  ne  sçay  pas.  Pour  le  moins  avons-nous  un  pressoir,  des 
cuves,  des  paniers  et  hottes,  des  serpettes  ou  sarpettes  (i). 

(Jue  faites-vous  du  sarment,  après  qu'on  a  taillé  les  seps 
de  vigne  ? 

Nous  en  faisons  des  fagots  pour  brusler. 

Et  des  asnes  ou  du  marc  des  raisins  pressurez? 

Nous  en  faisons  de  la  beuvette  ou  piquette,  qu'on  appelle 
piscautine  (2). 

(4)  Eine  Trotte^  Bûtten,  A'cprô,  Stœndel  tmd  liebmesser 
{i)  Traberwein  oder  Traberhur. 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  319 

Quand  vos  vendangeurs  auront  vendangé,  j'iray  grapiller 
ou  au  grapillage. 

De  combien  de  sortes  de  raisins  avez-vous  ? 

Je  n'en  cognoisque  ceux-cy,  les  blancs,  les  rouges,  noirs, 
jaunes  et  muscades  ou  muscats,  et  de  ceux  qui  n'ont  point 
de  pépins. 

Pour  moy,  je  n'en  ay  jamais  veu  de  ces  derniers  :  ma  patrie 
n'est  pas  un  pays  de  vignoble. 


CHAPITRE    TRENTE-HUITIÈME 
Du  baigneur 

J'ay  deux  mauvais  accidens  qui  m'incommodent  fort, 
sçavoir  est,  une  défluxion  froide  sur  les  dens  et  une 
autre  sur  les  yeux. 

H  y  a  bon  remède  a  tous  deux.  Allez- vous-en  en  une  estuve 
vous  faites  ventouser  sur  le  haut  des  espaules  après  avoir 
bien  sué  :  c'est  h  faire  k  deux  sols  pour  le  maistre  de  l'estuve, 
deux  liards  au  gardien  d'habits,  qui  au  sortir  de  l'estuve 
donne  un  linge  à  essuyer  les  pieds,  et  essuyé  la  teste  en  la 
frottant  d'un  frottoir  blanc  et  arrouse  d'eau  d*anis. 

Je  suyvray  vostre  advis,  et  vous  en  remercieray  si  je  m'en 
trouve  bien. 

Si  vous  voulez  estre  bien  et  habilement  servi,  il  vous  faut 
promettre  et  donner  le  vin  aux  valets  de  bain,  c'est  ainsi  que 
j'en  use.  * 

Je  ne  prend ray  pas  garde  à  un  sel,  moyenant  qu'ils  me 
traictent  bien.  Mais  comment  feray-je?  Je  n'ay  ni  manteau  de 
bain,  ni  brayer,  ni  ventouses,  ni  pierre-ponce  pour  frotter  la 
crasse  de  dessus  ma  pauvre  peau  :  car  je  ne  veux  pas  qu'un 
valet  me  vienne  (selon  l'ordinaire)  gratter  avec  ses  ongles 
longues  et  trenchantes,  bordées  de  veloux  noir  et  pleines  de 
la  villainie  de  quelque  rogneux  ou  demi-ladre. 

Je  vous  fourniray  de  tout  cela. 

A  vostre  advis,  combien  de  ventouses  me  doy-je  faire 
appliquer? 


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520  REVCE   D*ALSACE 

Pour  le  moins  dix,  quatre  sur  le  dos,  deux  sur  les  reins, 
deux  au-dessus  des  deux  coudes,  et  deux  sur  les  deux  cuisses 
au-dessus  des  genoux. 

A  (juelle  fin  est-ce  que  quelques  uns  s'en  font  appliquer 
sur  la  veine  du  fessier  ? 

Je  ne  sçay  si  ce  n'est  pour  peter  plus  clair. 

Ne  sent-on  pas  une  grand'douleur  quand  on  picotte  et 
déchiquette  ainsi  la  peau  avec  la  flammette?  (1). 

Si  fait,  si  l'on  est  insensible,  et  ladre  verd  et  parfait.  Il  fait 
un  peu  moins  mal  (pie  d'eslre  fustig'*  et  hor-mis  l'infamie,  je 
croy  qu'il  y  a  fort  peu  h  dire.  Mais  qu'y  feroit-onf  11  faut 
passer  par  Ti  ou  par  la  feneslre.  On  endure  bien  parfois  une 
colli(iue  (qui  est  une  vraye  torture;  et  un  mal  de  dens  qui  est 
plustost  une  rage  qu'une  maladie. 

11  est  vray,  j'en  sray  bien  des  nouvelles. 

En  quels  jours  chaufTe-on  les  esluves? 

Le  lundi,  le  m3rcredi  et  le  samedi. 

Elles  sont  donc  chaudes  aujourd'huy.  En  la([uelle  est-on  le 
mieux  accommodé  ? 

Il  n'y  a  pas  grand  choix  :  car  potir  les  hommes,  il  n'y  en  a 
que  deux,  l'estuve  de  la  Rose,  où  je  vay  d'ordinaire  et  celle 
de  Spire.  Les  trois  autres  assavoir,  celles  de  la  JJe.  du  Cercle 
et  de  la  Plante  sont  assignées  aux  femmes,  depuis  peu  d'an- 
nées :  car  j)ar  cy-devanl,  hommes  el  f(Mnmes  s'y  baignoient 
pesle^uiesle,  mm  sans  scandale  ;  mais  le  sage  magistrat, 
induit  par  l'esprit  de  saincle  chasteté,  a  refornié  ce  villain  el 
impudicpif'  désordre  (:2).  En  la  ville  de  {].  les  femmes  se  bai- 


(I)  Mit  (fer  Fieten. 

(i)  L'ordouauce  à  hupielle  lait  allusion  Martin  est  de  Hi34. 
Auparavant  Icsij^ens  aisés  se  baignaicol  dans  des  vannes  en  bois  et 
le  peuple,  hommes  ci  femmes,  «lans  des  réservoirs  murés  cl  dallés 
(Pilon  Slrasbg.  ill.  II  i5')-15i).  Dansées  bains  on  rasail,  saignait 
et  appliquait  des  vcolouses  ;  deux  bassins  en  cuivre  jaune  autour 
desquels  flotaient  des  bandeaux  en  drap  éo.arlate,  formaient  leur 
enseigne.  Ces  étuves  (stuhae,  bnlfiet\  badestuben)  fort  en  vogue 
au  moyen  âge,  étaient  la  pbijjart  du  temps  propriété  de  nobles  ou 
de  palriciensLiui  les  louaient  à  des  entrepreneurs  de  bains.  Le 
matériel  d'exploitation  était  assez  primitif  :  quelques  cuves   en 

s,  des  lits  de  repos,  du  linge  el  Aes  ventouses.  Comme  dans  la 


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LA    VIE    A    STRASBOURG  521 

gnent  aussi  à  part  des  hommes,  mais  d*aiilre  pari  elles  ont 
une  abominable  coustume  qui  est  que  les  femmes  n'ont 
aucune  vergogne  de  monslrer  leur  vergogne  les  unes  aux 
autres,  ains  entrent  en  l'esluve  toutes  nues,  comme  le  dos  de 
la  main,  ou  comme  un  ver,  ainsi  qu'elles  sont  v(Miues  au 
monde  sans  braver  h  la  Margajalte. 

Pensez-vous  que  cela  soit  vray  ? 

Encorque  je  Teusse  souvent  ouy  dire,  si  l'ay-je  tousiours 
tenu  pour  un  conte  fait  h  plaisir,  et  vray  comme  une  histoire 
escrile  au  livre  des  Qucnotiilles.  chapitre  des  fuseaux,  jus- 
ques  k  ce  que  un  mien  aniy  et  escolier  en  la  langue  franroise, 
docteur  en  droict,  natif  de  Francfort,  de  grand'preud'hommie 
et  de  la  foy  duquel  je  ne  doute  nullement,  m'a  obligé  de  le 
croire  et  confess»'»  qu'estant  à  (!.  mesme  (où  il  a  estudié  quel- 
ques années)  il  n'en  pût  jamais  rien  croire,  (bien  qu'il  l'oûist 
dire  tous  les  jours)  jusque  à  ce  (ju'il  s'en  fust  informé  de  son 
hostesse  mesme,  qui  estoit  sa  cousine,  laquelle  confessa  le 
tout,  et  dit  que  la  cause  pourquoy  elle  y  alloit  si  rarement, 
n'esloit  autie  chose,  que  la  honte  de  tenir  descouvert,  ce  que 
la  nature  mesme,  par  un  certain  instinct,  commande  de  cou- 
vrir et  cacher.  Et  comme  il  iuy  demanda,  s'il  n'estoit  pas 
permis  à  celles,  qui  vouloienl,  de  se  couvrir,  elle  dit  que  non, 
et  que  si  quelcju  une  entroit  dans  l'esluve  avec  quelque  linge 
d<*vanl  elle,  los  autres  le  Iuy  arrachcroient  par  force.  C'est 
(hmc  merveilh'  que  les  onze  mille  vierges  se  sont  rendfles 
vers  de  telles  (affrontées  i\  ). 


nr  BAL\  FROID 

Il  fait  untj  insupportable  chaleur,  je  me  haignerois  volon- 
tiers en  la  rivi(>re,  si  je  s^-avois  un  lieu  seur,  sans  goulTre  et 
tournant,  ou  je  me  pusse  nojer. 


boutique  du  barj)ier,  les  oisifs  attendaient  leur  tour  en  pinçant  du 
luth  on  de  lu  guiterne  ou  bien  se  livraient  à  d'interminables  par- 
lies  de  trictrar.  Pour  Thisloire  de  rcs  différents  bains  voir  Sovbolh: 
Strasbg.  hisl.  et  pitt.  15,  221,  278,  3Î)3,  395,  440,  455  etc..  ^ 
(1)  Il  est  sans  doute  question  de  Cologne. 


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522  REVUE  d'alsace 

Venez  avec  moy  derrière  nostre  maison,  il  y  passe  un  bras 
du  Rhin,  où  j'ay  pied  partout  si  d'adventure  le  Rhin  n'est 
dësbordé. 

Ce  bras  est-il  large  ? 

Nenny,  je  le  puis  bien  passer  en  vingt  escouses. 

Vous  sçavez  donc  bien  nager  comme  j'entends. 

J'en  sçay  assez  pour  me  sauver  la  vie  en  un  besoir,  j'ay 
souvent  passé  Tlsle  (1)  à  la  nage.  Quand  je  suis  las  de  nager 
sur  le  ventre,  je  me  tourne  et  nage  sur  le  dos.  Je  say  bien 
aussi  le  plongeon  et  nage  entre  deux  eaux.  Et  vous  ?  En  sau- 
riez-vous  bien  faire  autant  ? 

Hëlas  !  nenny,  je  nage  comme  une  hache  desmanchée . 
Comment  avez-vous  fait  pour  apprendre? 

J'ay  acheté  des  nageoires  de  jonc,  et  une  couple  de  ves- 
sies enflées  de  vent  et  liées  ensemble  (2),  que  j'attachois  sous 
mes  aisselles,  quand  je  voulois  me  coucher  tout  plat  sur 
Teau  pour  me  débattre  et  pousser  des  pieds  et  des  mains. 
Quand  on  est  un  peu  de  temps  accoustumé  h  se  coucher  har- 
diment et  estendre  pieds  et  mains,  on  le  peut  faire  sans 
nageoires  et  vessies,  et  si  on  n'enfonce  pas,  pourveu  qu'on 
remue  tant  soit  peu  les  bras  et  jambes. 

Quand  bien  je  sçaurois  nager  aussi  bien  que  vous,  je  ne 
me  voudrois  pas  bazarder  en  un  lieu  profond,  où  je  ne  pusse 
prendre  pied  en  cas  de  nécessité  :  car  si  la  crampe  me  sur- 
prenoit  toute  ma  science  et  expérience  ne  me  serviroit  de 
rien.  Pour  cesle  cause  dit-on  que  les  meilleurs  nageurs  sont 
noyez. 

CHAPITRE  TRENTE-NEUVIÈME 

Du  Boucher 

D'où  venez-vous  commère  Anne-Ursule? 

Je  viens  de  la  boucherie  madame  ma  commère. 

Y  a-t-il  force  chair? 


({)  L'ill. 

(2)  Ce  moyen  d'apprendre  à  nager  est  encore  en  honneur 
Strasbourj^. 


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LA   VIE   A   STRASBOURG  523 

Pas  une  livre.  Nostre  voisine  Dorothée  m'a  fait  faire  une 
corvée,  m'ayant  fait  à  croire  que  nostre  boucher  M.  M.  avoit 
hier  une  douzaine  de  bœufs  gras  tuez,  habillez  et  pendus  au 
croc  en  la  voûte  de  la  tuerie. 

Mais  n'y  a-il  point  d'autre  chair? 

Nenny,  les  estaux  sont  nets,  comme  s'ils  avoient  esté 
ramonnez.  11  pend  seulement  une  fressure  (1)  de  porc  à  un 
croc,  laquelle  on  fait  vingt  quatre  sols  :  et  un  quartier 
d'agnelet,  qu'on  veut  vendre  vingt  sept  sols.  0  que  bien  heu- 
reux sont  maintenant  mes  compatriotes,  qui  trouvent  les 
estaux  charges  de  toutes  sortes  de  chair,  de  bonnes  testes  de 
veaux  avec  la  fraise,  de  longes  avec  les  roignons,  de  poictri- 
nes,  de  membres  ou  gigots,  d'espaules  de  moutons,  de  quar- 
tiers d'agneaux  et  de  cabris,  de  costellettes  de  porc,  de  tétine 
de  vache  grasse,  de  bonnes  costes  de  bœuf.  Si  lost  que  quel- 
qu'un entre  en  la  boucherie  (2)  l'un  l'appelle  d'un  cost^, 
l'autre  le  tirasse  de  l'autre,  en  criant  :  Venez  h  moy.  Madame 
la  doctoresse,  receveuse,  etc.,  ma  chair  est  tout  fraischement 
tuée,  il  n'y  a  point  encore  d'assises  dessus,  tant  s'en  faut 
quelle  corne.  Que  désirez-vous  d'avoir  Madame  l'advocate  ? 
Regardez  quel  bon  morceau  vous  plait,  je  vous  en  feray  bon 
marché.  Si  vous  n'avez  point  assez  d'argent  sur  vous  je  vous  en 
feray  crédit.  Je  croy  volontiers  aux  gens  de  voslre  sorte,  je  sçay 
qu'il  n'y  a  rien  h  perdre.  Notez  qu'on  ne  vend  pas  la  chair  h  la 
livre,  mais  qu'un  morceau  est  cher,  ou  à  bon  marché  selon  qu'il 
est  gras  ou  maigre,  d'un  bon  ou  mauvais  endroict.  Ce  qui  est 
bien  plus  raisonnable  que  de  faire  payer  à  uue  pauvre  per- 
sonne disgraciée  dix-huict  sols  pour  six  livres  de  chair  où  il 
y  aura  trois,  ou  trois  et  demie  d'os  sans  mouëlle,  comme  une 


(i)  Schweimgehenck, 

(2)  La  Boucherie  dont  on  trouve  dès  1282  une  mention  (statio 
carnificiim  juœta  piscatoresy  under  MeUigern)  se  trouvait 
au  bas  de  la  rue  du  Yienx-Marché-aux-Poissons  actuel,  près  du 
pont  du  Corbeaux.  Chaque  boucher  avait  là  son  étal  entre  lesquels 
il  y  avait  un  étroit  passage.  En  1586  seulement  on  éleva  les  bâti- 
ments actuels  de  la  Grande  Boucherie.  A  côté  se  trouvaient  les 
abattoirs.  En  1621  on  construisit  les  Petites  Boucheries  derrière  la 
place  Kléber  actuelle.  Elles  durèrent  jusqu'en  1838  et  furent  rem- 
placées par  la  Halle  actuelle. (Piton  1, 261 ,  Schmidt  116,  Seyboth  525). 


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524  RBVUE  û' ALSACE 

pièce  de  teste  :  et  d'autre  part  donner  une  pièce  de  chair 
grasse  et  sans  os,  pour  le  mesme  prix  k  un  autre,  que  le  bou- 
cher favorise  (1).  Nonobstant  celîi,  il  y  a  si  grand'presse 
autour  des  bouchers  vendans  à  la  livre  qu'il  est  une  fois 
arriva  qu'une  servante  voulant  empoigner  la  chair  pendant 
que  le  boucher  la  découpoit,  receut  un  coup  de 
fendret  sur  le  poignet,  qui  lui  trancha  la  main  toute  nette. 


CHAPITRE    QUARANTIEME 
Du  Bourreau 


Quelle  rue  est-ce  icy  ? 

r/est  la  rue  des  livres  (:2),  la  où  entre  autres  demeure  ordi- 
nal riment  le  bourreau,  exécuteur  de  la  haut'î  justice  ou  le 
maistrc  des  hautes  œuvres,  lequel  les  allemands  aijpellent 
pendeur,  arrière-juge  ou  trenchant-juge. 

Quel  est  Toffice  <le  cest  homme  d'honneur? 

Son  office  est  de  pilorier  les  criminels  ou  nralfaicteurs,  les 
mettre  au  carquan,  les  fustiger  ou  rafreschir  les  espaules 
avec  un  éventail  de  bouleau,  les  fleurdelizer,  ps^oreiller,   les 


(1)  Voyez  rintéressant  chapitre  sur  la  viande  dans  Hanauer 
VA.  écon!!  11  ii^^^'tU. 

(i)  Bûchergaise  ou  Hue  de  la  Fontaine  d'après  le  n''  2qui  porte 
le  nom  de  Maison  de  la  F'ontainc  d'or.  Le  nom  allcniand  est  une 
comiplion  de  Bicker(ja%$e  (128(>,  l!à!)5,  i4K5).  Ih'ef/f/erffnsse  (i'MU. 
\M)\)).  Au  bout  de  la  rue  près  des  Ponls  (iouvertc  se  trouvait  la 
tour  du  bourreau.  D'après  Schmidt  /.  c\  le  mot  biegger  est  une 
corruption  de  beghnrd  analogue  au  français  bougre  et  bigre  (pii 
est  une  corruption  du  nom  de  bulgare  que  Ton  donnait  à  la  secle 
des  albigeois  que  l'on  accusait  de  mener  une  vie  honteuse.  Un 
arrêté  du  magistrat  de  1409  autorisait  dans  celte  rue  des  maisons 
pour  les  femmes  de  mauvaise  vie.  En  1466  et  4469  elle  est  nommée 
Under  Sundern.  Le  bourreau  y  fut  obligé  de  demeurer  et  le  peu- 
ple lui  donna  le  nom  de  la  rue.  Aujourd'hui  encore,  dans  le  dia- 
lecte populaire  le  mot  bieker  et  bigger  désigne  un  homme  méchant 
et  dangeureux.  (Schmidt  p.  37-38). 


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LA    VIK    A    STRASHÛLKC 


oio 


gesner  ou  torturer,  ou  leur  (Jonner  la  geiue,  la  torture  ou  la 
question,  les  pendre  haut  et  court,  les  brancher,  les  noyer 
sur  un  noyer,  les  faire  danser  sous  la  corde,  leur  donner  le 
moine  par  le  col,  les  faire  regarder  par  une  feneslre  de  corde, 
les  estrangler,  qui  est  la  sauce  :  leur  trancher  la  teste,  les 
décapiter,  décoller,  on  faire  cardinaux  en  Grève,  accourcir 
d'un  denii-pied  :  rouer,  tenailler,  t rainer  sur  une  claye, 
escarteler,  tirer  à  quatre  chevaux,  couper  le  poing,  brusler, 
brusler  vif,  hrusier  a  petit  feu,  enfumer,  exposer  aux  hestes, 
estrapader  ou  leur  donner  l'estrapade,  les  empaler,  griller  ou 
rostir  sur  un  gril  comme  fut  Sai net-Laurent,  escorcher  vif, 
comme  Saincl-Harlhélemi,  lapider  comme  Sainct-Eslienne, 
crucifier  (1). 

Quels  sont  les  outils  plus  ordinaires  1 

La  verge,  h'  carquan,  l'eschelle,  le  gibet  ou  la  pottmce,  la 
corde,  la  trenche-Ole,  une  espée  large  et  trenchante  comme 
un  rasoir,  ou  un  coutelas  affilé,  une  roue,  des  tenailles  (2). 

Quelle  chourme  est-ce  là  ? 

Ce  sont  de  fort  bon nestes  gens  les  villains.  L'un  a  laissé 
les  oreilles  en  Gascogne,  pour  avoir  mis  le  bien  d  autruy  avec 
le  sien.  Le  père  de  Tautre  est  mort  du  haut  mal  ou  du  mal  caduc, 
sa  mère  est  morte  du  chaud  mal  ou  a  esté  noyée  dons  des  espines, 
pour  s'estre  trop  estroii;tem(*nt  accointée  au  grand  Guillaume, 


(1)  /Mn  armPH  Siinder  triUrn,  in  fUfs  Ifri/sfisen  stei/en,  steu- 
pen  oder  ùôer  den  Besrn?7iark  spntcieren  fii/tren,  mit  einem 
ùrandmahl  cpichnen.  dia  Ohren  ahschnfiiden,  foltern  oder  stre- 
f -A- fin  y  an  lierhlen  (ÀaUnni  henrhen^  fni/fLnifpfen,  oder  den 
Miinc/t  hff/m  ffah  cie/ten,  ri  m  ha  nf se  il  enrùrf/en,  hœpffen- 
ent/iauptrn,  Uin!f  t'inenkop/J' hiïrfcer  machen.  zum  Dielentrtvger 
machen,  nedern  oder  radbrechen.  mit  ca/if/en  /ifetsen  oderrwi- 
cAvvi,  îichl(pi//\'n  oder  sc/fleppen,  riertheilen^  mit  rier  f*ferdten 
zerreisen,  die  Itnnd  (thhairen^  lehenditj  rerbrennen^  schmœi- 
ehen,  ru  Tod  ùerœiw/ten,  den  wilden  Thieren  vonrerffen^ 
icippeny  spisuen,  braten  trie  S.  Lnurentr,  tebend if/  sc/t inden  m'e 
S,  liartholomœus,  steinig^^n  trie  S,  S  te/fan,  creutcigen  etc. 

(t)  Die  Rate,  das  Halseisen,  oder  Pranger  die  Leijter,  der 
On  If/ en,  der  Strick  oder  Stranf/,  dar  inirgschnâriein,  ein 
8charpfes  Sc/nverdt  ein  Jlad  und  Zange. 


526 


KBVUE   D  ALSACE 


l'autre  a  eu  la  langue  percée  pour  avoir  blasphème  et  mau- 
grée, l'autre  a  eu  le  poing  coupé,  pour  avoir  donné  un  soufflet 
a  un  advocat  dans  le  Palais,  Tautre  a  eu  le  fouet  pour  estre 
receleur  de  larrecins  :  ce  grand  pendard  a  eu  la  geine,  pour 
soupçon  de  sorcellerie,  mais  il  a  eu  bonne  bouche  (i). 

(A  suivre)  Charles  Nerlixger. 


(1)  Voir  pour  plus  de  détails  l'excellent  travail  de  M.  Reuss  :  La 
justice  criminelle  et  la  police  des  maeurs  à  Strasbourg  au  XVIe  et 
au  XVI1«  siècle. 


NOTES  &  DOCUMENTS 

POUR   SBRVTR  A 

L'HISTOIRE    DE    LA    PRESSE 

EN  ALSACE-LORRAINE 

Suite  (i) 


VIII 

Liste  des  Périodiques  de  la  Heurthe 

Journal  de  Lorraine  et  Barrois,  avec  cette  épigraphe: 
Colligit  et  Spargat.  On  souscrit  à  Nancy  chez  Babin, 
libraire,  rue  Saint-Georges,  n**  252.  De  l'Imprimerie  de  C.  S. 
Lamoi^,  près  des  R.  11.  P.  P.  Dominicains,  n®  i76,  avec  per- 
mission du  Roi.  Publié  in-S®,  48  cahiers  en  deux  volumes;  le 
1er  a  244  p,  \q  2«  294  p.  Le  privilège  du  roi  est  de  décembre 
1777  et  le  i«'  n»  du  2  janvier  suivant.Thérin,  rédacteur,  1778 
et  1779. 

Journal  de  Nancy,  avec  cette  épigraphe  :  Vires  acquirit 
eundo.  Nancy,  C.  S.  Lamort  in-12  1870.  L'année  suivante  il 
y  a  cette  épigraphe  : 

Mentiri  nescio;  librum 
Si  malus  est,  nequeo  laudare 

(Jui\  Sat,  3). 

(1)  Voyez  p.  234  et  suiv.  des  périodiques  de  la  Moselle. 


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oi8  ncvuE  d'alsace 

Le  24«  volume  de  celle  secoinle  série  se  lermiiie  en 
avril  i788. 

Le  Journal  du  département  de  la  Menrthe,  jeudi  de 
chaque  semaine.  Cahier  de.  10  p.  in-8*\  Fonini  el  Lalande, 
évèijue  constilulionel,  rédacleur;  après  le  14  juillel  1790, 
Sonini  le  divisa  en  Irois  parties,  Administration,  Littéra- 
ture, Érènements.  Rauxin  de  Ligny  y  écrivit.  Le  journal 
prit  fin  en  1792. 

Le  Journal  des  Frontière:!. ']mt\  179:2,  rédacteurs  Duqucs- 
nois  el  Duplan  Valut'.  E  V^^  Bachot  imp. 

Le  Patriote  de  la  Meurt/te,  rédiiçé  par  Claude  ïhiéhaul 
de  Verdun. 

Journal  de  la  Meurlhe,  puis  on  ajoute  plus  tard  et  des 
Vosges,  fondé  en  l'an  IV  par  Thiébaut,  Nancy.  Rédacteurs  : 
(luivard,  Lepage  el  Lemachois,  ïn-ï'\  1790-1870,  74  vol. 

Le  G  mai  1814,  on  le  timbre  (iourernement  de  la  Lorraine 
30  centimes.  Du  âO  mars  au  15  juillet  (?).  Il  porte  le  titre  île 
Journal  de  la  Lorraine  et  du  liarrois. 

Le  patriote  de  la  Meurthe.  rédacteurs  :  Eudes  Dugaillon, 
puis  Lalire,  Nancy,  Dard,  13  février  1832  au  !«'' janvier  1851, 
in-fo  supprimé  par  le  coup  d'État. 

Lhnpartial  de  la  Meurthe  et  des  Vosf/es,  Nancy,  Hinze- 
lin,  1838-1870. 

L'Espérance,  courrier  de  Nancy,  rédacteurs:  Foblant,  Gory 
de  Landrian,  Nancy,  Wagner  in-fo  1840-1870.  Tous  ces  jour- 
naux paraissent  tous  les  jours  sauf  le  lundi. 

Journal  de  la  cour  d'appel  de  la  Meurthe,  de  la  Meuse  et 
des  Vosges,  pour  les  tribunaux  de  son  ressort,  depuis  le  14 
août  1807  (n^l)  juscprau  24  juin  1808  (n»  59)  par  Psaume. 
Nancy,  VigneuUo,  in-8<>.  Un  vol. 

Recueil  d'Arrêts  rendus  par  la  cour  royale  de  Nancy,  etc.. 
Nancy,  Ilisselte,  1825,  in-8o.  Rédigé  par  MM.  Chatillon  et 
Laurent,  avocats.  Un  vol. 

Asmodée,  journal  de  la  littérature,  des  arts,  des  théâtres 
et  des  modes.  Nancy,  Dard,  M™^  Lalire,  rédactrice,  6  septem- 
bre 1846  au  12  mars  1848.  Un  vol.  in-f",  lithographies  des 
presses  de  Digout. 

Le  Littérateur  lorrain.  Nancy,  llinzelin  1836  et  1839,  le 
30  de  chaque  mois,  in-8o. 


tlISTOini^.   DE   LA    PRESSK  5^9 

La  Lorraine  arfisfù/ue,  journal  fondé  par  la  Société  des 
amis  des  arts,  In-4o,  lithographies,  Juin  1849. 

VAmi  du  peuple,  Nancy,  Wagner.  1853-1856,  le  ven- 
dredi. 

L'Écho  de  la  Seille,  feuille  d'annonces,  Vie.  \^^  Ancillon, 
1853-1858,  une  fois  par  semaine. 

Le  Mussipojitain,  feuille  d'annonces.  PonUk-Mousson, 
Toussaint,  1848-58,  id. 

UEslafette  lorraine,  journal  littéraire  et  anecdotique. 
Nancy,  Hinzelin,  parait  le  samedi,  1859-1870. 

La  Récréation  des  fa  m  il  les,  Recueil  hebdomadaire.  Nancy,  . 
Hinzelin,  1859  h  18(K). 

La  semaine  religieuse,  historique  et  littéraire  de  la  Lor- 
raine. Nancy,  Guntz,  in-8",  1864,  jusqu'à  nos  jours. 

L'indicateur,  journal  d'annonces,  affiches  et  avis  divers 
de  l'arrondissement  de  Sarrebourg.  Sarrcbourg,  Gabriel  fils, 
parait  le  dimanche,  1824-1870. 

Journal  judiciaire  et  administratif  d'affiches,  annonces, 
elc.  Vie,  Gabriel  père.  Paraît  le  dimanche,  1833-1833. 

Petites  affiches  de  l'arrondissement  de  Luncville.  Luné- 
ville,  1828,  Cuibal  père;  1836,  Pignatel  ;  1868,  Ed.  Majorelle 
in-f«. 

Les  Petites  affiches, '^onvual  de  Lunéville  et  de  l'arromlis- 
sement,  1869-1870. 

Journal  d'annonces,  d>vis  de  l'arrondissement  de  Toul. 
Toul,  J.  Carrez,  1828-1831. 

Le  Courrier  lorrain,  juillet,  1831,  lin  1832,  tous  les  deux 
jours,  221  n<^»;  Boiselle,  abbéMirguet,  G.  de  Dumast,  rédac- 
teurs, petit  in-f". 

L'Instituteur  et  le  père  de  famille,  le  l^"*  de  chaque  mois. 
Nancy,  Vidart,  1837. 

Journal  littéraire.  Annonces,  etc.  Toul,  Bastien,  1837- 
1838,  le  mercredi. 

Feuilles  d'annonces,  et  avis  divers  de  la  Meurthe.  Nancy, 
Grimblot  et  Ray  bois,  puis  Petites  affiches,  journal  des  Ins- 
criptions légales  pour  les  arrondissements  de  Nancy,  Toul  et 
Vie,  1840-1847. 


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530  REVUE  d'alsage 

L'Omnibus,  feuille  d'annonces  et  grandes  affiches  de  la 
Meurihe  et  des  Vosges.  Nancy,  Hayen,  484^1844. 

Les  veillées  de  fa  Lorraine.  Nancy,  Hinzelin,  le  diman- 
che, 4843-1847. 

Le  Moissonneur,  S'-Nicolas  de  Port,  Treutlel,  le  samedi, 
i847-1848. 

La  Commune,  journal  politique  el  agricole.  Napc}',  Gantz. 
fiérant,  H.  de  Bouvier  et  J.  Lejenne  ;  le  Samedi,  i868-i870. 

Le  Moniteur  de  la  Meurthe,  Nancy,  lîi  izclin,  i852-i870. 

L'Indicateur  générai,  journal  placard  de  rOffico  de  publi- 
cité universelle. 

Journal  des  inscriptions  légales  pour  tout  le  déparlp- 
ment.  Nancy,  Lepage,  1847,  in-f^. 

Journal  de  Nancy,  feuille  d'annonces.  Nancy,  Hinzolin, 
jeudi,  1867. 

L7wrf/V«/e«r  .^/^W(frr// des  déparlements  de  TEsl.  Nancy, 
Lorentz,  une  fois  par  semaine,  1852. 

La  Bibliothèque  populaire,  journal  littéraire,  paraissant 
le  dimanche.  Nancy,  Collin.  Rédacteur  Ed.  Noilet,  le 
dimanche,  1865-1866. 

La  Sécurité,  journal  des  Sapeurs-pompiers.  Le  l®*"  et  le  3*^ 
dimanche  de  chaque  mois.  Rédacteur,  Fitoy,  1866-1867. 

L*Utilité,  journal  spécial  d'agriculture  et  d'industrie. 
Nancy,  Lepage.  Rédacteurs  :  Chrétien  et  H.  Lepage  ;  le 
maixii,  1846, 

Le  Petit-Poucet,  journal  littéraire  Nancy,  1865,  le  diman- 
che. Gérant,  Pierson. 

Le  Travailleur,  Gérant  Joasem,  mardi,  jeudi,  samedi, 
1849-1850. 

Revue  ecclésiastique,  scientifique  et  littéraire  de  Nancy 
é»/5fïln^Z>lV,  Nancy.  Grimblot  1840-1841.  Un  vol  208  p.p. 
Le  curé  Michel,  rédacteur. 

UÉcho  de  la  Lorraine,  devenu  ensuite  le  Spectateur  de 
fa  Lorraine.  14  août  1825  au  5  mars  1826.  D'  Malgaisfne, 
rédacteur. 

Journal  de  Nancy  et  des  frontières,  publié  par  les  Amis  de 
la  Constitution.  Nancy,  1791. 


tlIStOIQE   DB:   L\   PIIESSI^.  SîH 

Journal  des  frontières  pour  nnstruclion  des  gens  de  la 
campagne.  Nancy,  V*«  Bachot,  rédacleur,  Du  plan,  aîné,  1792. 

Le  Bon  cultivateur.  Recueil  publié  par  la  Société  d'agri- 
culture de  Nancy.  Nancy,  Grimblot,  puis  Sordoillet,  in-8*^, 
tou.s  les  mois,  1839-1870. 

Le  Bélier^  journal  d'agriculture  pour  le  Nord-Est  de  la 
France.  Nancy,  Pâté,  rédacteur;  une  fois  par  semaine,  1870. 

Bulletin  delà  Société  régionale  d' Acclimatât  ion  Jondéeh 
Nancy  pour  la  Z(5ne  du  Nord-Est,  1856,  57,  59,  62,  65,  68,  70. 
Nancy,  Grimblot,  6  vol.  in-8*^. 

Bulletin  de  Ihxstruction  primaire,  de  la  Meurthc.  Nancy, 
N.  Grosjean,  gérant,  tous  les  mois,  18i6-1870. 

Le  Rovillien,  Revue  agricole  et  industrielle  de  la  Lorraine 

du  Nord-Est  de  la  France.  Nancy  , Chrétien 

rédacteur,  1846-1850. 

L'ami  des  Sourds-et-Muefs,  Journal  de  leurs  parents  et  de 
leurs  instituteurs,  utile  h  toutes  les  personnes  qui  s'occupent 
d'éducation  ;  tous  les  deux  mois.  Rédacteur,  Piroux,  1828- 
1846.  Prospectus  en  1828  et  en  1832. 

Revue  de  renseignement  élémentaire  dans  l'Académie  de 
Nancy.  Grimblot,  Raybois  et  O^,  le  25  de  chaque  mois, 
1838-1845. 

L'Instituteur.  Gérant  Vincenot,  tous  les  mois.  Nancy, 
1838-1842. 

Bulletin  de  la  Société  d'Archéologie  lorraine.  Nancy, 
Lepage,  in-8«,  1850-1868,  8  vol. 

Mémoire  de  la  Société  d'Archéologie  lorraine,  id.  in-8o, 
1859-1870,  12  vol. 

Journal  de  la  Société  d'Archéologie  lorraine,  et  du 
Comité  du  Musée  lorrain.  Nancy,  Lepage,  1852-1870, 18  vol. 

Annales  agricoles,  de  Roville  ou  mélanges  d'agriculture, 
d'économie  rurale  et  de  législation,  par  J.-C.  Mathieu  de 
Dombasle,  in-8«,  Paris,  1825-1828. 

Revue  de  Lorraine,  (Meurthe,  Meuse,  Moselle,  Vosges), 
1835-1836,  2  vol.  in-8o  Cholet,  rédacteur.  Nancy,  liissette, 
Thomas,  443,  310  p. 

Mémoire  de  la  Société  royale  des  Sciences  et  belles  lettres 
de  Nancy.  Nancy,  P.  Antoine,  4  vol.  in-12, 1754-1755  etl 759. 


53â  AEVUE   D ALSACE 

Précis  analytique  des  (travaux  de  la  Société  des  Sciences, 
Lettres  etArtsde  Nancy,  pendant  le  cours d(î  l'An  XII.  Nancy, 
J.-B.  Vjgneulle,  in-8o,  i804-i8i2. 

Précis  des  travaux  de  la  Société  roi/aie  des  sciences, 
lettres,  arts  et  agriculture  de  Nancy.  Nancy,  C.-J.  Hissetle, 
1817-1818,  in-8o. 

Précis  des  travaux  de  la  Société  royale  dos  Lettres, 
Sciences  et  Arts  de  Nancy.  Nancy,  C.-J.  llissetle  1825-1833. 
En  tout  12  vol.  in-8o. 

^fémoire  de  la  Société  royale  des  Srii^nces,  Lettres  et 
Arts  de  Nancy.  Nancy,  Ilissette,  Grimblot,  183o-18o2,  13 
vol.  in-8o. 

^Mémoires  de  Vacadémie  de  Stanislas.  Nancy,  V*''  Raybois, 
1853-1870-1871,  18  vol.  in-8^ 

Journal  de  médecine  du  département  de  la  Meurthe, 
rédigé  par  une  Société  de  médecins.  Nancy,  F. -A.  Bachot, 
1825-1826,  2  vol.  in-8o. 

Compte-rendu  des  travaux  de  la  société  de  médecine  de 
Nancy,  1842-1849,  7  fascicules  in-8o. 

Recueil  de  documents  sur  l'histoire  de  Lorraine.  Nnncy. 
Lepage  1855-1870,  15  vol.  in-8«. 

Almanach  7'oyal  de  Lorraine  et  Barrais,  Nancy,  J.-B. -11. 
Leclerc  in-10,  1762-17()5,  5  vol. 

Almanach  de  Lorraine  et  Rarrois.  Nancy,  V^''  CharloL 
S.  Lamort,  1766-1790,  25  vol.  in-16. 

Almanach  des  départements  de  la  Meurthe.  de  la 
Mozelle  (sic),  de  la  Meuse  et  des  Vosges,  qui  se  partogcnt 
les  anciennes  provinces  de  Lorraine  et  Barrois,  année 
1791.  Nancy,  C.  S.  Lamort  1791,  in-32,  144  p. 

Ahnanach  du  département  de  la  Meurthe,  année  1792. 
Nancy,  id.  in-32,  198  p.  —  Année  1793,  l'an  IV  de  la  Répu- 
blique française,  Nancy,  id.  168  p. 

Annuaire  du  département  de  la  Meurthe  pour  la  rin- 
qiiiùme  année  de  la  République  française,  an  1797  (vieux 
.style).  Nancy,  Ilissette,  Thiébaut,  puis  Guivard  ;  ans  XI  et 
XÎI,  in-32. 


HISTOIRE    DE   LA    PRESSE  533 

Almanarh  du  citoyen,  pour  le  déparlement  de  la  Meurthe, 
ans  VI,  X,  XI,  X.-B  Vigneulle,  an  IX,  H.  Hœner,  in-32. 

Annuaire  de  la  4^  division  militaire,  comprenant  les 
départements  de  la  Meurthe,  des  Vosges,  diocèse  de  Nancy, 
et  de  la  Meuse,  pour  Tan  XI  de  la  République  française,  par 
C.  ïhiébaut,  in-32,  124  p. 

Almanach  nouveau  pour  Tan  du  seigneur,  1703,  h  la 
commodité  des  personnes  qui  font  leur  résidence  dans  les 
Ktatsde  S.  A.  R.  Évéchés  et  frontières,  ou  qui  y  ontaffaire, 
avec  une  liste  de  N.  N.  S.  S.  les  conseillers  d*État,  etc.  Nancy, 
Paul  Barbier,  petit  in-S®,  62  pp. 

Almanach  de  Lorraine  pouv  l'année  bissextile  de  1720, 
où  se  trouvent  les  pronostics,  pour  chaque  lunaison,  etc. 
Nancy,  J.-B.  Gusson,  1720, 1722, 1724, 1725, 1730, 1731, 1732. 
J.-B.  Ousson,  in-32,  1734,  1738,  1739,  V^e  Cusson. 

Almanach  de  Nancy,  utile  et  nécessaire  pour  toutes  per- 
sonnes qui  voudront  se  pourvoir  de  bonne  heure  à  la  dépense 
de  leur  maison.  Nancy,  François  Balthazard,  in-32,  1746. 

Almanach  du  Palais,  Nancy,  François  Balthazard,  1746, 
1749,  1752,  1754  à  1761,  in-32. 

Annuaire  statlstlf/ue  du  département  de  la  Meurthe, 
rédigé  au  Secrétariat  de  la  préfecture  et  publié  par  ordre  du 
Préfet.  Nancy,  J.-B.  Vigneulle,  in-8",  1803-1804,  1804-1805, 
1806-1807. 


Almanach  de  la  cour  d'Appel  des  départements  de  la 
Meurthe,  de  la  Meuse,  desVosges  et  des  tribunaux  de  son  res- 
sort. Nancy,  J.-B.  Vigneulle,  1807,  in-S®  jusqu'en  1832;  tour 
à  tour,  Almanach  de  la  cour  impériale  et  de  la  cour  royale. 
Nancy,  C.-L.  Leseure. 

-l//«rt/mcA  judiciaire,  civil,  militaire,  ecclésiastique,  elc, 
des  défjartemens  de  la  Meurthe,  des  Vosges  et  de  la  Meuse, 
contenant  les  arrondissemens  de  la 4** Division  militaire,  de  la 
Cour  impériale  et  du  diocùse  de  Nancy.  Nancy,  Guivard, 
1813,  m-%\ 


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534  REVUE  d' ALSACE 

Annuaire  ad  min  ist  rai  if  du  dépeLtiemeni  de  la  Meurihe, 
puis  Annuaire  du  département  de  la  Meurthe,  puis  Annu- 
aire adtninisfratif,  commercial  et  industriel  du  départe- 
ment de  la  Meurihe.  Nancy,  Bontoux,  C.-J.  Hisselte,  Grim- 
blot  el  Raybois.  Rédigé  par  Michel  dans  les  premières  années; 
i822  à  1849,  29  vol.  in-8o.  Les  trois  premières  années,  in-12. 

Annuaire  administratif,  statistique,  historique  et  com- 
mercial de  la  Meurihe,  par  H.  Lepage.  Nancy,  A.  Lepage, 
1846-i848,  3  vol. 

Le  même  Annuaire  paru  en  1850  par  MM.  II.  Lepage  et 
George  Grimblot  à  1870,  20  vol.  in-8o. 

Annuaire  général  des  départements  de  l'Est  et  du  diocèse 
de  Nancy.  Toul  pour  1866.  Nancy,-  Collin,  rédigé  parL.  Mou- 
genot.  11  y  eut  procès  avec  H.  Lepage, 

A Imanach  de  Lorraine  pour  1851.  Conciliation,  Nancy, 
Grimblot,  Hinzelin,  in-16,  128  p. 

Étrennes  mignones  de  Nancy,  curieuses  et  utiles.  Nancy, 
F.  Ballhazard,  1754,  in-32. 

Almanach  spirituel  pour  Vannée  \1Â6,  etc.  Nancy,  Fran- 
çois Midon,  1746,  in-32. 

Étrennes  de  robe  et  dépee,  utiles  et  curieuses,  Nancy, 
Chariot,  1761-1762,  ln-32. 

Almanach  royal  de  la  cour  du  roi  de  Pologne  pour 
Tannée  1762  par  M....  Lunéville,  Messsuy,  1761, 1762, 1766. 

Compte-rendu  des  travaux  de  la  Société  scientifique  et 
Littéraire  de  Dieuze,  par  Tabbé  Masson.  Nancy,  Wagner, 
1847,  in-8o,  23  p. 

Le  Messager  des  Villes  et  des  Campagnes  pour  1859. 
Almanach  utile  et  curieux.  Toul,  Baslien,  in-i», 
68  pages. 

Almanach  du  Comice  agricole  pour  l'arrondissement  de 
Toul  ;  pour  année  1860,  l'®  année.  Toul,  A  Bastien,  in-4<>, 
72  pages. 

Annuaire  agenda  judiciaire  administratif,  statistique, 
industriel  et  commercial  des  départements  du  ressort  dtj 


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HISTOIRE   DB    LA    PRESSE  535 

la  cour  royale  de  Nancy.  Meurthe,  Meuse  et  Vosges,  Nancy, 
1846,  in-8o262p.  lliozelin. 

Lt  Postillon  lorrain f    moral    historique   et   récréatif, 
i838-i870.  Nancy,  Kaybois,  puis  Wagner,  in-4«. 

L* Étoile    des   Bergers,    almanach    etc.,    i869.     Nancy, 
Wagner,  in-4". 

Arthur  Benoit. 


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SIÈGE  Ëï  l'RlSE  DE  FAUt'OGNËV 


V\n   LES 


FRANÇAIS     EN     1674 


Le  P.  Charles-Eugène  Schmidt,  Capucin  Alsacien 

SuHe  (i  I 


Outre  la  garnison  et  la  population  de  Faucogney,  la  place 
avait  encore  pour  défenseui*s  ses  élus.  Ceux-ci  étaient  des 
volontaires  désignés  par  leurs  concitoyens  pour  défendre  le 
pays  en  cas  d'invasion.  On  les  avait  répartis  sur  tous  les 
points  culminants  de  la  montagne  qui,  vers  Tesl,  domine  la 
ville  et  principalement  sur  le  grand  et  le  petit  Uochenoz.  Là, 
sur  des  rochers  presijue  inaccessibles,  armés  de  fusils  et  ae 
mousquets,  excellents  tireurs,  étant  presque  tous  chasseurs 
ou  braconniers,  ils  se  disposaient  à  faire  aux  assiégeants  le 
plus  de  mal  possible.  Le  général  français  évalue  leur  nombre 
à  4000,  mais  ce  chiffre  paraft  exagéré. 

Dès  son  arrivée,  il  envoya  un  trompette  pour  sommer  le 
gouverneur  Ilavira  de  livrer  la  place  qui  n'avait  pas  d'artille- 
rie et  qui  était  sans  espoir  de  secours.  On  le  fit  prendre  à  la 
porte  d'Amont  et  on  lui  banda  les  yeux  pour  l'introduire  dans 
la  ville  où  il  fut  reçu  par  le  capitaine  de  la  Chaux  et  dom 
Fernandès,  qui  lui  dirent  que  le  gouverneur  Ravira  repous- 
serait la  force  par  la  force  et  qu'il  était  disposé  a  se  défendre 
aussi  vigoureusement  qu'il  serait  attaqué.  Cela  dit,  on  banda 

(1)  Voir  pp.  374-386  du  trimestrç  Juillet-Aoùt-Seplembre  1897. 


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SIÈGE   ET   PRISE   DE    KAtCOGNEY 


537 


de  nouveau  les  yeux  au  Imnipelle  que  l'un  reconduisit  aux 
avant-postes. 

Aussitôt  (|u'iirut  lixr  il  cet  ôgard,  le  marquis  d**  Kosiud, 
accompngiH'  du  sieur  de  Chasserand  et  du  major  de  Mas- 
siclte,  (jui  depuis  Lure  était  prisonnier  sur  parole,  vouhil 
faire  la  reconnaissunre  de  la  place  ;  mais  en  approchant  du 
petit  Rocheiioz  ils  furent  salut^s  par  une  grèie  de  balles,  le 
major  eut  ses  habits  perc<''s;  toutefois  il  ne  fut  pas  blessé. 
Avant  que  les  élus  aient  pu  rechargei'  leurs  armes  M.  de 
Chasserand  mit  pied  k  terre,  avec  une  partie  dt*  l'escorte  et 
se  précipitèrent  h  l'assaut  de  Rochenoz  ;  les  volontaires  ayant 
prit  peur,  voulurent  remonter  au  grand  Rochenoz,  mais  les 
rochers  étaient  trop  abrupts;  quelques  uns  funmt  tués  et 
.d'autres  faits  prisonniers. 

Restaient  les  élus  de  cette  dernière  montagne,  au  nombre 
de  quatre  ou  cinq  cents,  (ju'on  ne  pouvait  déloger  et  qui,  par 
leur  feu  de  mousqueterie»  incommodaient  beauct)up  les  Fran- 
çais. Il  était  donc  nécessaire  de  les  déloger  tout  d'abord  de 
leur  poste  pour  pouvoir  faire  les  approches.  On  n'en  voyait 
pas  le  moyen  lorsqu'on  s'avisa  de  se  servir  des  prisonniers 
que  l'on  venait  de  faire;  un  de  ces  derniers,  pour  avoir  la 
vie  sauve,  consentit  à  servir  de  guide  (1). 

On  détacha  trois  cents  hommes  du  régiment  de  Navarre 
pour  cette  expédition.  11  fallut  faire  au  moins  deux  lieues  par 
des  sentiers  de  montagne.  oiVsouvent  on  ne  pouvait  aller  qu'a 
la  lile  indienne  au  milieu  des  rochers,  liordés  de  précipices. 
Enfin  on  arriva  à  prendre  les  volontaires  à  dos  au  moment 
où  ils  s'y  attendaient  U)  moins,  et,  après  avoir  retju  quelques 
décharges  de  inous(pH»tei'ie,  ils  disparurent  comme  par 
enchantement;  on  en  avait  fini  avec  eux. 

On  put,  dès  lors,  com[)léter  l'investissement  de  la  |)lace, 
mais  ce  ne  fut  pas  sans  peine»  car  les  élus  avaient  encore 
conservé  cfuchpies  postes  dominant  la  ville  d'où  ils  couvi'aient 
de  pi'ojectiles  les  assiégeants.  I.e  capitaine  de  Pies  né  du  régi- 
ment de  Cliampague  et  le  sieur  de  Floris,  capitaine,  comman- 


(1)  H  se  nomuiail  Tisserand,  et  aujourd'hui  encore  ou  reproche 
ce  fait  à  ses  descendants?. 


538  REVUE   d' ALSACE 

dant  la  place  de  Vesoul,  furent  tués  en  les  attaquant  avec  bon 
nombre  de  soldats. 

Pour  les  déloger,  on  envoya  le  lieutenant  de|Grisoles,  avec 
quarante  hommes  de  Champagne  et  le  lieutenant  de  Brulart 
avec  trente  hommes  de  Navarre,"pour  s'emparer  de  tous  les 
postes  extérieurs  et  isoler  les  assiégés.  Cette  opération  se  fil 
sans  grande  difficulté,  car  les  volontaires,  après  avoir  déchargé 
leurs  armes,  se  dispersèrent  en  un  clin  d'œil,  ne  pouvant 
lutter  contre  des  troupes  régulières. 

Faucogney  était  enfin  investi  et  ne  pouvait  plus  attendre 
de  secours  que  de  Dieu  et  de  son  épée.  La  veille,  en  effet, 
les  messagers  expédiés  k  Strasbourg,  près  du  duc  de  Lorraine 
pour  lui  réclamer  des  secours,  étaient  revenus  avec  de  mau- 
vaises nouvelles.  Toutefois  le  moral  des  défenseurs  n'avait 
pas  été  trop  affecté,  car  le  P.  Schmidt  soutenait  les  courages 
en  prédisant  la  victoire. 

La  lutte  allait  donc  s'engager  sérieusement,  lutte  ardente, 
implacable,  avec  tous  les  éléments  de  succès  d'un  côté  et  tous 
les  désavantages  de  l'autre.  Le  château  ne  pouvait  protéger 
la  ville,  car  il  était  sans  artillerie.  Peut-être  avait-il  quelques 
fauconneaux  en  mauvais  état  (1),  tandis  que  les  assiégeants 
venaient  de  mettre  en  batterie  leurs  deux  pièces,  Tune  de  16 
et  l'autre  de  24,  les  mêmes  qui  venaient  de  trouer  les  murs 
de  l'abbaye  de  Lure. 

Quant  à  la  ville,  sa  muraille,  élevée  depuis  plus  de  six  cents 
ans.  était  en  bien  mauvais  état,  puisqu'on  avait  dû  en  répa- 
rer les  brèches.  Édifiée  avant  l'invention  de  la  poudre,  elle 
n'était  plus  à  même  de  résister  avec  succès  au  canon,  d'au- 
tant plus  que  dans  la  partie  que  rartillerie  allait  baltre,  il  y 
avait  des  maisons  adossées  intérieurement  k  celte  muraille. 
Les  quelques  tours  que  dominaient  l'enceinte  étant  trop 
éloignées  les  unes  des  autres,  le  P.  Schmidt  avait  dû  faire 
construire  un  cerlain  nombre  de  tourelles  en  bois,  faisant 
saillie  sur  le  mur  pour  y  suppléer,  afin  de  dominer  l'ennemi 
lorsqu'il  opérerait  la  descente  du  fossé. 


(1)  Les  relations  n'en  font  pas  mention,  mais  nous  avons  vu 
chez  M.  Lanoir,  amateur  d'antiquités,  à  Sainte-Marie-en-Chanois, 
un  fauconneau  venant  du  chôteau  de  Faucogney. 


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SIÈGE  ET   PRISE   DE   FAUGOGNBY  539 

Le  château,  qui  appartenait  au  prince  d'Aremberg,  ancien 
gouverneur  de  la  province,  était  situé  sur  la  pointe  d'un 
rocher  peu  accessible.  11  n'y  alors  avait  pour  y  monter  qu'un 
petit  chemin  taillé  en  serpentant  autour  du  roc.  La  muraille 
avait  trois  mètres  d'épaisseur  h  la  base  et  allait  en  diminuant 
jusqu'au  sommet,  où  elle  était  encore  de  deux  mètres.  Ses 
casemates  étaient  voûtées  dans  le  roc,  de  sorte  qu'il  était  bien 
difficile  d'y  attacher  le  mineur,  et  sa  vaste  citerne  était  k 
répreuve  de  l'artillerie.  Toutefois  il  était  un  peu  petit  et  Ji 
l'intérieur,  on  y  avait  construit  de  nombreux  logements  don- 
nant sur  la  cour  ce  qui  la  rendait  fort  étroite. 

L'investissement  étant  complet,  le  canon  commenta  son 
œuvre  de  destruction.  La  batterie  fut  établie  entre  le  Breuchin 
et  le  bief  du  moulin  de  Maulans  et  elle  ouvrit  son  feu  vers 
midi.  Son  objectif  fut  un  point  de  la  muraille  près  de  la 
maison  du  mayeur  Pierre-Baptiste  Henrion,  point 
situé  k  peu  près  où  se  trouve  l'hôtel  de  ville  actuel. 
Ce  pan  de  mur  eut  à  essuyer,  dans  cette  journée,  soi- 
xante seize  volées  de  canon,  qui,  si  elles  ne  firent  pas  brèche, 
endommagèrent  considérablement  le  revêtement  extérieur  de 
la  muraille. 

Pendant  cette  canonnade,  les  Faucognois  faisaient  sur  les 
assiégeants  un  grand  feu  de  mousqueterie,  tant  de  dessus 
les  murs  que  du  haut  des  tours  et  des  postes  avancés.  11  y 
eut  dans  celte  journée  beaucoup  de  tués  et  de  blessés  parmi 
les  Français  ;  les  assiégés,  mieux  abrités,  n'accusent  que  deux 
blessés,  dont  un  étranger.  Ce  fait  démontre  que  les  assié- 
geants ne  s'adressaient  qu'aux  murailles  et  non  aux  défen- 
seurs de  la  place.  En  1870,  les  ennemis  n'ont  pas  agi  avec 
la  même  humanité,  tant  s'en  faut. 

Le  château  les  prévenaient,  du  reste,  lorsque  l'artillerie 
allait  faire  feu.  Dès  que  les  sentinelles  voyaient  que  les 
canons  étaient  chargés  et  que  la  mèche  était  allumée,  elles 
avertissaient  les  défenseurs  de  la  ville  au  moyen  d'une  clo- 
chette et  ceux-ci  s'abritaient  tout  aussitôt  de  manière  a  éviter 
les  projectiles.  Pendant  le  siège  de  Belfort,  en  1870-71,  on 
remit  ce  mode  d'avertissement  en  usage,  au  moyen  de  la 
tromj)e. 


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540  iiisvLE   d'alsace 

A  la  nuit,  rartillerie  cessa  de  tirer,  mais  la  mousquelerie 
continua  de  part  et  d'autre  jusqu'au  jour.  Parmi  les  assiégés, 
un  capucin  fut  tué.  Le  P.  Schmidt  proflta  de  ce  temps  de 
répit  pour  faire  entasser  près  du  point  attaqué,  tous  les 
matériaux  qui  pouvaient  servir  à  fermer  la  brèche  qui  ne 
devait  pas  tarder  à  s'ouvrir.  On  sentait  que  la  journée  du  len- 
demain allait  être  décisive. 

En  effet,  dès  l'aurore  de  ce  malheureux  jour,  le  canon  reprit 
son  œuvre  de  destruction  et  les  détonations  étaient  bien  plus 
précipitées  que  la  veille.  Vers  sept  heures  du  matin,  le 
premier  boulet  pénétra  dans  la  ville  et  vers  dix  heures, 
la  brèche  était  ouverte  sur  une  longueur  de  trois  pieds,  Cun 
mètre). 

Le  marquis  de  Resnel  choisit  ce  moment  pour  envoyer  un 
second  parlementaire;  il  pensait  que  les  défenseurs  de  la 
place,  jugeant  désormais  la  défense  impossible,  saisiraient 
avec  empressement  l'occasion  d'éviter  une  plus  longue  effu- 
sion de  sang,  mais  il  avait  compté  sans  le  P.  Charles-Eugène. 
Pour  cette  mission,  il  choisit  le  11.  P.  gardien  du  couvent  des 
capucins  de  Faucogney,  qui  était  situé  extra  muros.  Cet 
homme  de  paix,  étant  bien  connu,  fut  introduit  sans  dilïi- 
culté  ;  amené  devant  le  mayeur,  le  P.  Schmidt  et  le  conseil  de 
défense,  il  leur  dit  :  «  Messieurs,  je  viens  ici  h  la  prière  de 
monsieur  le  marquis  de  Resnel,  général  commandant  les  trou- 
pes qui  sont  devant  votre  ville,  lequel  m'a  chargé  de  vous 
dire  qu'il  louait  votre  vaillance,  que  vous  avez  fait  jusqu'à 
présent  tout  ce  que  de  braves  bourgeois  pouvaient  faire  et 
que  si  vous  vouliez  vous  rendre,  il  vous  donnerait  telle  capi- 
tulation que  vous  voudriez  ». 

Après  avoir  pris  les  avis  des  membres  présents,  le  mayeur 
président,  lui  répondit  :  «  Mon  révérend  père,  {\\x'ï\  vous 
plaise  de  dire  a  M.  le  Marquis  de  Resnel  que  dom  Krancesco 
Ravira  est  commandant  du  ChAteau  et  de  la  ville,  et  cela  par 
mandat  de  dom  Francisco  Gonzalès  d'Alveyda,  gouverneur 
de  la  province  pour  le  roi  d'Espagne;  que  notre  ville  ne  fait 
pas  la  fortification  de  ce  lieu,  mais  bien  le  château  ;  que  le 
sieur  commandant  a  résolu  de  bien  se  défendre,  nonobstant 
que  la  ville  tomberait  en  la  puissance  des  ennemis;  qu'en 
conséquence  il  lui  plaise  de  diriger  les  attaques  contre   le 


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SIWÎE   ET    PRÏ>R   DE    FAtCOGNEY  541 

rhî\leau  et  dès  que  celui-ci  sera  forcé,  la  ville  capitulera  aux 
mornes  conditions  que  les  autres  places  de  la  province  ». 

Au  retour  du  parlementaire,  l'artillerie  recommença  h 
tonner  et  h  onze  heures  la  brèche  s'agrandissait  h  vue  d'œil  ; 
depuis  le  malin,  on  avait  tiré  cent  quatre  vingt  trois  coups 
de  canon,  et  h  midi  la  hrèche  était  praticable,  elle  avait  alors 
trois  tûis(^s  (six  mètres)  d'ouverture. 

Le  père  Schmidt  se  montrait  partout  où  le  danger  était  le 
plus  grand  et  dès  que  la  brèche  fut  ouverte,  on  le  vit  travail- 
ler lui-même  avec  une  ardeur  fébrile  h  la  fermer.  «  11  y 
mettait  do  ses  mains  du  fumier,  il  y  voulait  des  pièces  de 
bois,  il  y  jettait  dos  fascines,  il  y  fixait  dos  palissades,  il  cré- 
nelait les  maisons  voisines  qui  pouvaient  la  flancjuer.  En 
même  temps,  il  joignait  la  parole  à  l'exemple,  et  excitait 
les  défenseurs  à  mourir  sur  la  brèche  pour  la  défense  de  la 
patrie  et  de  la  religion  ». 

Sous  sa  direction  la  brèche  fut  épcronnée,  et  1  on  construi- 
sit en  arrière  une  sorte  de  cavalier  formant  un  angle  rentrant 
derrière  l'ouverture.  En  véritable  homme  de  guerre,  il 
avait  choisi  cette  disposition  comme  étant  la  plus  favorable 
h  la  défense  par  la  grande  masse  de  feux  convergents  qu'elle 
permet  d'utiliser.  C'est  grâce  à  cette  habile  disposition,  qu'il 
sut  opposer  en  temps  utile  h  l'assaillant,  que  la  brèche  ne  put 
être  forcée. 

Le  moment  était  venu  de  donner  l'assaut  au  corps  de  la 
place:  cependant  avant  d'en  venir  à  cette  extrémité,  le  mar- 
quis de  Itesnel  voulut  faire  faire  aux  assiégés  une  troi- 
sième et  dernière  sommation.  Mais  sa  déniarche  fut  inutile, 
car  coux-ci  no  voulurent  pas  même  entendre  son  parlemon- 
lîiire  qui  fui  n^cu  a  coups  de  mousquet. 

Comme  l'assaut  était  imminent  et  que  ni  le  commandant 
Ravira  ni  la  garnison  du  chAteau  n'avaient  encore,  en  rien, 
coopéré  îi  la  défense  do  la  ville,  le  mayeur  lui  envoya  un 
messager  pour  lui  réclamer  du  secours  et  il  fut  bien  étonné 
d'en  recevoir  une  réponse  négative,  l'n  second  message  eut 
le  même  sort.  Ce  ne  fut  que  sur  une  scunmation  du  mayeur 
(jui  los  rendait  responsable  du  dommage  qui.,  par  sa  faute, 
pourrait  arriverai  la  ville,  (ju'il  so  décida  h  donner  h  l'on- 


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542  REVUE  d'alsagk 

voyé,  qui  était  le  sieur  de  la  Vernotte,  frère  du  capitaine  de 
la  Chaux,  douze  soldats  pour  parer  à  Tattaque  qui  se  prépa- 
rait. Ces  soldats,  après  avoir  bu  à  la  santé  de  leur  roi,  pri- 
rent un  poste  avantageux  et  bien  abrité  à  proximité  de  la 
brèche. 

Celle-ci  avait  k  ce  moment  pour  défenseurs,  outre  les  bour- 
geois de  Faucogney,  les  restes  des  milices  franc-comtoises 
qui  étaient  venus  défendre  la  dernière  place  où  flottait  le 
drapeau  de  l'Espagne.  Ces  soldats  se  montrèrent  dignes  de 
leurs  chefs,  qui  presque  tous  furent  blessés  dans  cette  terri- 
ble lutte  ;  le  capitaine  Maçon  d'Esboz  reçut  pour  sa  part  sept 
blessures.  Le  clergé  s'y  distingua  aussi  d'une  manière  toute 
spéciale.  Nos  ecclésiastiques,  dit  le  P.  Charles-Eugène,  firent 
paraître  dans  cette  occurence  autant  de  zèle  pour  le  service 
du  roi  et  de  la  patrie  qu'ils  en  avaient  témoigné  auparavant 
pour  leur  saint  ministère  ». 

Tous  les  efforts  du  marquis  de  Resnel  pour  amener  une 
capitulation  ayant  été  inutiles,  il  fut  forcé  de  faire  donner 
l'assaut  et  il  fallait  y  marcher  à  découvert,  car  on  n'avait  pas 
pu  faire  de  tranchées  à  cause  de  l'eau  qui  affleurait  presque 
le  sol.  C'est  le  régiment  de  Champagne  qui  fut  désigné  pour 
marcher  à  l'attaque  ;  la  colonne  d'assaut  se  composait  d'un 
bataillon  sous  les  ordres  des  lieutenants  de  Coulouvre  et  de 
Gisol.  Us  devaient  être  précédés  de  trente  hommes  com- 
mandés par  le  lieutenant  de  Saint-André,  désignés  pour  faire 
l'office  de  grenadiers.  Us  devaient,  en  effet,  une  fois  sur  le 
bord  du  fossé,  jeter  à  la  main,  des  grenades  sur  les  défen- 
seurs de  la  brèche,  afin  de  les  écarter  et  de  permettre  au  gros 
de  la  colonne  d'aborder  la  position. 

Enfin  le  signal  de  l'assaut  est  donné.  Champagne  s'élance, 
mais  parvenu  au  premier  fossé,  qui  est  à  moitié  rempli  de 
boue,  le  désordre  se  met  dans  ses  rangs  et,  arrivé  à  une 
petite  portée  de  mousquet  de  la  muraille,  il  reçoit  un  feu  si 
violent  et  si  meurtrier  qu'il  est  obligé  de  se  replier  avec 
perte.  Une  seconde  tentative  ne  fut  pas  plus  heureuse. 

Voyant  cet  échec,  les  officiers  des  corps  formant  la;  maison 
du  roi,  composée  de  cavalerie,  vinrent  prier  le  général  de  les 
autoriser  ît  mettre  pied  à  terre  et  à  leur  laisser  prendre  part 


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SIÈGB   ET   PRISE   DE   FAUCOGNEV  543 

à  la  lutte,  ce  qui  leur  fut  sur  le  champ  accordé.  Les  gardes 
du  corps  furent  désignés  pour  soutenir  Champagne  ;  ils 
réclamèrent  comme  c'était  leur  droit,  rhonneur  de  marcher 
les  premiers.  Ils  se  firent  précéder  de  leurs  valets  au  nombre 
d'environ  une  centaine  qui,  au  signal  convenu,  s'élancèrent 
en  avant,  porteur  chacun  de  deux  fascines  pour  combler  les 
fossés. 

Entre  les  assiégeants  et  les  assiégés,  ]il  en  existait  deux, 
le  premier  ou  l'avant  fossé  était  peu  profond  et  rempli  à 
moitié  par  la  vase,  mais  le  second  qui  était  creusé  au  pied 
de  la  muraille,  était  un  obstacle  plus  sérieux.  Il  était  profond 
de  six  pieds  (2  mètres)  et  large  de  quarante  (13  mètre  1/3). 
J/eau  du  Breuchin  y  coulait  avec  grande  rapidité  et  le 
remplissait  aux  deux  tiers  au  moins. 

Le  premier  fossé  rempli  de  fascines  par  les  valets,  fut 
franchi  au  pas  de  course,  mais  arrivé  au'  second  les  fascines, 
dont  les  français  s'étaient  munis,  ne  purent  leur  servir  de 
rien,  car  le  courant,  trop  violent,  les  entraînait  au  fur  et  h 
mesure  qu'on  lés  y  jetait.  Un  mouvement  d'hésitation  se  pro- 
duisit alors  parmi  les  assiégeants  et  peut-être  allait-on  reculer 
encore,  lorsque  cinquante  chevau-légers  et  cinquante  gen- 
darmes arrivèrent  h  la  rescousse.  Les  premiers  étaient  sous 
les  ordres  du  marquis  de  Chauvalon  et  les  seconds,  sous  ceux 
du  lieutenant  de  Visé. 

Pendant  ce  temps,  les  soldats  de  Navarre  et  deChampagne 
qui,  dès  la  veille,  avaient  pris  position  sur  les  rochers  à  l'est 
de  la  place  et  surtout  ceux  du  petit  Rochenoz,  dirigeaient 
sur  le  château  et  sur  la  ville  un  feu  épouvantable. 

Les  gardes  du  corps  se  sentant  soutenus,  sans  s'occuper 
d'avantage  dj  leurs  fascines,  se  jetèrent  résolument  dans 
le  fossé,  ayant  de  l'eau  jusqu'à  la  poitrine.  Us  pureift  ainsi 
arriver  jusqu'au  pied  de  la  brèche,  mais  celle-ci,  dont  le 
pied  avait  été  nettoyé,  était  si  escarpée  et  si  vivement  défen- 
due, qu'il  était  presque  impossible  d'y  prendre  pied.  Au  fur 
et  h  mesure  que  les  assaillants  se  découvraient,  ils  étaient 
renversés,  soit  dans  le  fossé  où  ils  se  noyaient,  soit  sur  le 
talus  de  la  brèche. 

Si  les  bourgeois  de  Faucogney  et  les  volontaires  francs 


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oil  REVUE   D*ALSACE 

comtois  se  ballaienl  comme  des  lions;  il  n*en  (Hait  pas  toute- 
fois de  même  des  douze  soldats  étrangers  que  le  gouverneur 
avait  mis  sous  le  commandement  du  sieur  de  la  Vernolle. 
Trouvant  qu*il  faisait  trop  chaud  dans  le  voisinage  do  la 
l)rèche  ou  on  les  avait  placés,  bien  qu'on  eût  eu  le  soin  de 
les  abriter  derrière  des  madriers,  et,  pris  d'une  panique  sans 
nom,  ils  lâchèrent  pied  dès  la  première  attaque. 

Leur  chef  parvint  cependant  k  les  rallier  et  îi  les  ramener 
il  leur  poste;  mais  dès  qu'ils  virent  que  le  nombre  des  assail- 
lants grossissait  et  qu'ils  descendaient  dans  le  fossé,  pour 
engager  une  lutte  corps  a  corps,  ils  prirent  la  fuite  une 
seconde  fois  sans  que  rien  pût  les  retenir.  Ils  coururent  sans 
s'arrêter  jusqu'au  cheUeau  où  ils  allèrent  rejoindre  leur  brave 
commandant. 

Cette  lâche  défection  n'abattit  pas  cependant  le  courage 
des  assiégés  et  le  résultat  de  l'attaque  était  h  ce  moment  bien 
incertain.  Les  Faucognois  n'avaient  pas  encore  rompu  d'une 
semelle,  la  brèche  et  le  cavalier  étaient  couverts  de  défenseurs 
ardents,  tandis  que  les  assaillants  paraissaient  mollir.  Le  P. 
Schmidt  était  rayonnant,  car  il  croyait  être  certain  du 
succès,  lorsque  tout  à  coup  une  étrange  rumeur  vint  circuler 
dans  les  rangs  des  défenseurs;  rennemi,  disait-on,  était  dans 
la  ville. 

Et  ce  qui  était  beaucoup  plus  grave,  c'est  que  le  fait  était 
vrai  ;  un  hasard  heureux  pour  les  Français,  venait  de  leur 
en  donner  l'accès.  Pendant  l'assaut  quelques  soldats 
entrés  dans  le  fossé,  obéissant  au  mouvement  du 
courant,  longeaient  le  mur  d'enceinte  lorsqu'ils  aperçurent, 
à  une  centaine  de  mètres  de  la  brèche,  une  porte  h  claire- 
voie  qui  donnait  accès  dans  un  jardin  h  l'extrémité  duquel 
on  apercevait  une  maison.  L'attaquera  coups  de  crosses  d»» 
mousquet  et  briser  la  serrure,  fut  Taflaire  d'un  instant.  Aux 
cris  de  :  Victoire  !  Victoire  t  Ville  gagnée  !  poussés  par  les 
premiers  venus,  les  Français  se  rallièrcMit  et  entrèrent  dans 
la  place. 

C'étaient  ces  cris  de  triomphe  (jui  venaient  de  porter  le  trou- 
ble dans  l'àme  des  défenseurs  de  la  ville.  Déjà  même,  ils 
apercevaient  des  femmes  et  des  enfants  qui  fuyaient  devant 


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SIEGE   ET    FUISE   DE    FAUCOOXKY  54'i 

les  envahisseurs.  C'en  était  fait  de  Faucogney  ;  de  peur 
d'être  pris  k  revers,  il  fallut  abandonner  la  brèche  qui 
n'avait  plus  sa  raison  d'être  défendue,  ce  qu'on  fit  en  frémis- 
sant. On  se  replia  en  bon  ordre  et  sans  précipitation  sur  le 
chAteau . 

Les  Français  n'avançaient  (jue  lentement,  car  il  fallait  en 
quelque  sorte,  faire  le  siège  de  chaque  maison  que  les  défen- 
seurs ne  quittaient  que  pour  passer  dans  la  maison  voisine. 
Fatigués  de  combattre  un  ennemi  acharné  et  invisible,  quel- 
ques soldats  s'avisèrent  de  mettre  le  feu  à  l'hôtel  de  ville 
dont  on  avait  fait  une  sorte  île  citadelle.  Ji'incendie  se  pro- 
pagea avec  une  grande  rapidité  et  les  assiégés  durent  batt''e 
en  retraite  devant  les  flammes  et  devant  l'ennemi. 

Voyant  la  ville  prise  et  tout  en  feu,  les  ncn-combattants, 
femmes,  filles,  enfants,  profilèrent  d'une  porte  dérobée  dans 
la  muraille,  pour  s'échapper.  Us  allèrent  se  réfugier  au  cou- 
vent des  Capucins  situé,  comme  nous  le  savons,  hors  des 
murs.  Us  n'y  furent  nullement  inquiétés,  ni  à  ce  moment  ni 
plus  tard. 

Les  blessés  s'étaient  réfugiés  dans  l'église,  avec  quelques 
combattants  attardés  et  quelques  vieilles  femmes  qui  avaient 
eu,  dit  le  P.  Schmidt,  h  subir  la  brutalité  du  soldat  (1).  Pour 
les  protéger,  le  curé  de  Faucogney  s'était  placé  sur  les  mar- 
ches de  l'autel,  le  Saint-Sacrement  à  la  main,  mais  il  ne  put 
empêcher  la  profanation  et  la  dévastation  du  lieu  saint  d'au- 
tant plus  que  le  feu  s'y  communiqua  bien  vite  depuis  les 
maisons  voisines. 

Le  prêtre  en  sortit  alors  emportant  avec  lui  le  Saint-Sacre- 
ment, le  ciboire,  les  calices  et  autres  ornements  d'église.  L'n 
cavalier  des  gardes  du  corps,  étant  arrivé  dans  ce  moment, 
fit  tous  ses  efTorts  pour /(?  ro//r/'/r  de  sa  protection,  U  prit 
la  lanterne  d'une  main  et  un  cierge  atlumé  de  l'autre  en 
criant  :  «  Place  Messieurs  !  Place  au  Saint-Sacrement  !  ». 
Toutefois,  et  malgré  tous  les  efforts  de  son  protc^tnir,  k  la 


(i)  Si  nous  entrons  dans  des  <lélails  minutieux,  c'est  pour 
rétablir  la  vérité  des  faits  qui  ont  été  singulièrement  altérés 
par  la  légende  et  presque  tous  les  auteurs  francs-comtois. 


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o46  REVTB   d'aLSACK 

sortie  de  l'église,  des  soldats  moins  scrupuleux,  dévalisèrent 
les  poches  du  brave  curé. 

Le  sieur  de  Sainl-Reux,  ayant  eu  une  jambe  brisée  par 
une  balle  sur  la  porte  de  réglise,  il  en  résulta  des  représail- 
les à  l'égard  des  individus  qui  y  étaient  réfugiés.  Ainsi,  le 
tambour  de  ville,  Azyle,  dès  qu'il  vit  entrer  les  Français,  se 
jeta  a  genoux  comme  s'il  adorait  le  Saint  Sacrement,  mais  son 
baudrier  le  trahit,  il  fut  reconnu  comme  combattant  et  tué 
d'un  coup  de  hallebarde. 

Le  recteur  de  Faucogney  (l'instituteur i,  Joseph  Janney. 
après  avoir  sonné  le  tocsin,  s'était  caché  dans  le  clocher, 
mais  au  moment  où  le  feu  y  éclata,  il  fut  forcé  d'en  descen- 
dre. Il  fut  alors  reconnu  et  tué  h  coups  d'épée. 

Un  blessé,  Nicolas  Maire  et  un  malade  nommé  Charles, 
qui  s'étaient  réfugiés  dans  Téglise,  y  furent  tués,  après  le 
coup  de  feu  tiré  de  Tintérleur  sur  Saint-lieux. 

Deux  autres  bourgeois  cachés  dans  un  confessionnal  en 
furent  tirés  et  conduits  sur  le  cimetière  où  ils  furent  fusillés. 
Un  fusil  déchargé  avait  été  trouvé  près  d'eux.  Sur  ce  même 
cimetière,  une  femme  et  un  enfant  furent,  dit-on,  mas- 
sacrés. 

Deux  vieilles  femmes  périrent  aussi  dans  l'incendie  de 
l'église  avec  d'autres  personnes  sans  doute,  car  l'embrase- 
ment ayant  gagné  le  clocher,  les  cloches  furent  fondues  tant 
le  feu  fut  violent,  puis  tout  s'affaissa  sur  les  malades  et  bles- 
sés qui  n'avalent  pu  s'éloigner. 

L'incendie  de  la  ville  fut  épouvantable;  après  coup,  il  ne 
restait  debout  à  Faucogney  que  le  couvent  des  Capucins, 
hors  des  murs  et  trois  maisons  de  la  rue  du  Pont.  L'hôtel  de 
ville  eut  le  même  sort  que  le  reste  de  la  ville  ;  sous  ses 
décombres  on  retrouva  de  nombreux  cadavres  qui  tous 
étaient  français,  sauf  celui  de  Jacques  Bouhier,  qui  avait  été 
tué  sur  la  brèche.  Cela  explique  pourquoi  on  y  avait  mis  le 
feu,  on  avait  voulu  en  déloger  les  défenseurs  qui  décimaient 
les  assaillants. 

Nous  avons  vu  que  les  défenseurs  de  Faucogney  avaient  dîl 
abandonner  la  ville  pour  opérer  leur  retraite  vers  le  château. 
Cette  manœuvre  ne  se  fit  que  lentement,  car  l'ennemi  n'était 


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SIÈGE   BT   PRISE   DE  FAUCOGNEY  54? 

pas  pressant  et  on  voulait  lui  envoyer  une  dernière  balle 
avant  de  se  replier  définitivement.  Mais  enfin,  pour  éviter 
l'incendie,  il  fallut  chercher  un  refuge  dans  la  forteresse 
dont  les  portes  demeuraient  fermées.  Ce  n'est  qu'après  avoir 
longtemps  parlementé  que  le  commandant  Ravira  se  décida 
a  donner  un  asile  aux  défenseurs  de  la  place.  Le  canon  que 
l'on  dirigeait  alors  contre  la  forteresse,  fit  une  victime,  le 
sieur  Henri  Hory  y  fut  tué. 

C'était  le  moment  pour  dom  Francesco  Ravira  de  raffer- 
mir les  courages  et  de  dominer  la  situation  qui,  certes, 
n'était  pas  désespérée.  Si  Ion  avait  été  battu  c'était  avechon- 
neur  et  par  suite  d'une  circonstance  malheureuse,  sans 
doute,  mais  fortuite.  C'était  une  belle  occasion  pour  le  gou- 
verneur de  Faucogney  de  continuer  l'héroïque  défense  de  la 
ville.  Tout  le  monde  y  comptait  bien,  y  compris  le  F. 
Schmidt;  mais  ils  avaient  compté  sans  leur  hôte. 

Or,  cet  hôte  était  dom  Francesco  Ravira  qui,  dans  ce 
moment,  pris  d'une  panique  insensée,  voulait  .se  rendre  sans 
délai.  Un  incident  assez  futile  en  était  le  prétexte.  L'incendie 
de  la  ville  avait  communiqué  le  feu  aux  broussailles  dont  le 
rocher,  qui  supportait  le  château,  était  couvert  ;  il  en  était 
résulté  beaucoup  de  fumée,  ce  qui  avait,  jusqu'à  un  certain 
point,  incommodé  les  assiégés.  Le  gouverneur  qui  n'enviait 
nullement  la  couronne  du  martyr  Saint-Laurent,  avait  peur 
d'être  rôti  tout  vivant. 

Aussi  lorsque  le  mayeur,  avec  les  défenseurs  de  la  ville, 
parvint  à  pénétrer  dans  le  fort,  il  y  trouva  le  sieur  Ravira, 
pale,  tremblant,  défait  et  dans  un  état  à  faire  pitié.  11  allait 
envoyer  un  parlementaire  aux  Fran^*ais  pour  leur  proposer 
de  leur  livrer  la  place.  Le  P.  Srhmidt  eut  beau  employer 
toute  son  éloquence  pour  lui  remonter  le  moral,  cette  fois 
il  y  perdit  son  latin.  Le  château  de  Faucogney  était  pour  lui 
maintenant  une  tunique  de  Nessus,  dont  il  voulait  se  débar- 
rasser h  tout  prix.  Tout  ce  que  l'on  put  obtenir  de  bii,  ce  fut 
qu'il  attendrait  au  moins  une  sommation,  qui  ne  venait  pas 
assez  vite  à  son  gré. 

Enfin  un  trompette  se  fit  entendre  et  demanda  la  reddition 
de  la  forteresse,  qui  immédiatement  arbora  le  drapeau  blanc 


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548  HEVUE   D*ALSACK 

et  battit  la  chamade.  Le  marquis  de  Resnel  dépêcha  au  gou- 
verneur deux  de  ses  officiers  avec  ordre  d'en  linir  promple- 
ment,  en  accordant  toutes  les  conditions  compatibles  avec 
l'honneur.  En  conséquence,  on  se  mit  bien  vite  d'accord  ;  il 
fut  convenu  que  la  garnison  serait  prisonnière  de  guerre, 
qu'elle  sortirait  avec  armes  et  bagages,  mais  qu'elle  dépo- 
serait ses  armes  au  camp  français,  les  officiers  conservant 
leurs  épées. 

Le  commandant  Ravira  était  si  pressé  de  conclure  et 
d'être  prisonnier,  qu'il  avait  oublié  dans  sri  capitulation  les 
défenseurs  de  la  ville;  il  fallut  que  le  maycur  le  lui  rappelât. 
Ceux-ci  craignaient  pour  leurs  femmes  et  leurs  filles  qu'ils 
croyaient  aux  mains  des  vainqueurs  ;  d'un  autre  côté,  ils 
tenaient  à  faire  remettre  en  liberté  un  certain  nombre  des 
leurs  qui  étaient  prisonniers  et  enfin  il  fallait  que  le  sort  dt* 
la  ville  fut  fixé.  C'est  pourquoi  on  r'ouvrit  les  négociali(uis 
sur  ce  chapitre. 

Elles  ne  furent  pas  longues,  car  les  délégués  français  se 
montrèrent  très  larges;  il  fut  déclaré  et  entendu  que  l'hon- 
neur des  femm'es  serait  respecté,  que  les  libertés  de  la  ville 
seraient  conlii  mées,  que  la  religion  serait  protégée.  Quant 
aux  combattants,  il  fut  convenu  que  ceux  qui  étaient  de  la 
province  devraient  réintégrer  leur  domicile,  h  moins  qu'ils  ne 
préférassent  demeurer  à  Faucogney  et  les  bourgeois  de  la 
ville  avaient  à  cet  égard  aussi  liberté  pleine  et  entière, 
personne  ne  pouvant  être  inquiété  ou  molesté  pour  opinions 
ou  faits  de  guerre  ;  mais  cette  dernière  clause  ne  s'appliquait 
qu'aux  seuls  Francs-Comtois. 

Le  motif  de  cette  restriction  était  la  conduite  des  Capucins 
pendant  le  siège.  Obéissant  a  l'impulsion  donnée  par  le  P. 
Schmidl,  ils  avaient  été,  en  effet,  les  plus  ardents  a  combat- 
tre contre  les  Français  et  ceux-ci  digéraient  difTicilement  des 
capucins  guerriers  et  les  traitaient  en  conséquence. 

Aussi  un  des  gardes  du  corps  apercevant  le  P.  Eustache, 
au  moment  où  il  se  repliait  sur  le  chAteau,  lui  lira  un  coup 
de  pistolet  qui  le  blessa  à  la  poitrine.  Puis  l'ayant  fait  pri- 
sonnier, il  lui  lia  les  deux  mains  derrière  le  dos  et  le  traîna 
sous  les  halles  (»ii  on  avait  déposé  des  blessés  français  et  lui 
donna  Tordre  de  les  confesser. 


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SIÈGE   ET   PUISR   DE   FAL'COGNEY  549 

Le  P.  Norbert  qui  était  venu  de  Vesoul  pour  exercer  sou 
ministère  pendant  le  siùge,  fut  frappé  h  coups  de  hallebarde 
au  moment  où  il  emportait  sur  ses  épaules  un  blessé  qu'il 
sauvait  du  feu  et  qu'il  soutenait  un  ecclésiastique  blessé  sur 
la  brèche  pendant  l'assaut.  Il  fut  aussi  fouillé  et  dévalisé  par 
les  soldats. 

La  capitulation  fut  immédiatement  ratifiée  par  le  marquis 
de  Resnel.  Alors  le  mayeur  Pierre-Baptiste  Uenrion  sortit  du 
château  Vépée  an  côté  droit,  k  la  tête  de  ses  bourgeois,  sans 
recevoir  aucune  insulte  ni  injure  de  la  part  des  vainqueurs. 
Ayant  appris  que  les  non-combattants  s'étaient  réfugiés  au 
couvent  des  Capucins,  situé  hors  des  murs,  tous  ces  braves 
s'y  rendirent  et  y  retrouvèrent  les  membres  de  leurs  familles, 
sains  et  saufs. 

11  y  a  loin,  comme  on  le  voit,  de  ces  faits  qui  sont  réels, 
certains,  positifs,  à  la  légende  qui  dit  que  toute  la  population 
de  Faucogney  fut,  par  un  vainqueur  impitoyable,  passée  au 
fil  de  l'épée.  Il  est  môme  à  remarquer  combien,  dans  cette 
circonstance,  la  conduite  des  soldats  fut  modérée  ;  cela  vient 
sans  doute  de  ce  que  Ton  avait  à  faire  k  des  régiments 
d'élite,  tels  que  ceux  de  la  maison  du  roi. 

Et  cependant  ses  pertes  étaient  cruelles,  car  elle  perdit  a 
elle  seule  cent  trente  hommes  tiés  ou  qui  moururent  de 
leurs  blessures.  Dans  ce  nombre,  on  comptait,  les  officiers  du 
régiment  de  Champagne,  le  comte  de  Saint-Paul,  avec  les 
sieurs  de  Saint  But,  de  Saint  Arnould,  de  Saint  Amand  de 
Bavisiés,  de  Verginal  et  le  chevalier  de  Saint-Nizier. 

(Juanl  h  l'infanterie,  les  pertes  les  plus  fortes  furent  sup- 
portées par  Champagne,  qui  y  perdit  deux  capitaines  et 
plusieurs  lieutenants.  Navarre,  placé  sur  les  hauteurs  qui, 
vers  l'est,  dominaient  la  place,  eut  peu  a  souflVir;  sa  part  se 
borna  h  quelques  hommes  tués  pendant  l'assaut  par  le  feu 
du  château,  qui  alors  répondait  a  sa  mous(iueterie. 

II  y  eut,  dit-on,  dans  ces  deux  régiments  trois  cent  morts, 
y  compris  les  valets  d'armée  qui  avaient  précédé  la  maison 
du  roi.  Le  total  serait  donc  de  418,  mais  ce  chiffre,  donné 
par  Me  P.  Schmidt,  paraft  exagéré  ;  il  ne  pourrait,  selon 
nous,  s'expliquer  que  par  un  grand  nombre  d'hommes  noyés 
dans  le  grand  fossé,  ce  qui  semble  bion  improbable, 


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550  REVUE    D*ALSACE 

Toutefois,  il  y  avait,  selon  lui,  quelques  jours  après  k 
Uemiremont,  où  Tarraée  française  se  trouvait,  deux  cent  six 
blessera  mais  «  tous  si  bien  frappés,  dit-il,  et  a  si  bon  endroit 
qu'il  en  est  déjà  mort  une  grande  partie  en  attendant  que  le 
reste  suive  ».  On  voit  que  le  P.  Charles-Eugène,  prison- 
nier alors,  devenait  féroce. 

Parmi  les  blessés  notables,  on  remarquait  le  lieutenant  des 
gardes  du  corps  de  Visé,  qui  avait  reçu  trois  coups  de  feu  ; 
une  l)alle  lui  était  entrée  dans  la  bouche  et  lui  avait  cassé  la 
mâchoire.  C'est  lui  qui  avait  conduit  les  gendarmes  à 
l'assaut.  Saint  Reux,  qui  avait  eu  une  jambe  brisée  par  une 
balle  venant  de  Téglise,  était  aussi  alors  sur  son  lit  de 
douleur. 

Le  butin  fait  à  Faucogney,  par  les  Français,  ne  fut  pas 
considérable,  car  on  ne  l'estima  qu'à  dix  mille  ecus  (30000 '''). 
Cela  se  comprend,  puisque  tout  ce  qu'il  y  avait  de  plus 
précieux  fut  consumé  dans  l'incendie,  qui  fut  si  violent  que 
les  cloches  furent  fondues,  d'où  il  résulta  que  la  ville  n'eut 
pas  à  les  racheter  (4).  Toutefois  les  vainqueurs  en  empor- 
tèrent le  métal,  ainsi  que  tous  les  ustensiles  en  cuivre  et 
jusqu'aux  plaques  de  fonte  des  cheminées  :  c'était,  selon  leur 
usage,  la  part  de  l'artillerie. 

Après  avoir  laissé  une  garnison  au  château,  les  Français 
s'étaient  dirigés,  par  le  Mont-de-Fourches,  sur  la  Lorraine  et 
nous  avons  vu  qu'ils  y  occupaient  Uemiremont.  Le  duc  au 
service  de  l'Empire,  avait  bien  reçu  l'ordre  de  secourir  la 
Franche-Comté,  mais  Turenne  commandait  en  Alsace  l'armée 
d'observation  et  Charles  IV  n'était  pas  de  taille  h  se  mesurer 
avec  lui  :  ses  sujets  étaient  alors  à  In  merci  de  ses  ennemis. 


(l)  yuand  on  prend  une  jilace  (|ui  a  sontîert  le  canon,  l'usage 
est  ({u'on  oblige  les  habilanls  h.  rachelcr  les  cloches  des  églises  et 
les  ustensiles  de  cuivre  eî  autre  mêlai  qui  se  trouvent  dans  la  ville  ; 
r'est  ce  qui  s'appelle  le  droit  de  cloches.  Tout  l'argent  qui  en  pro- 
vient, appartient  de  droit,  au  grand  maître  de  l'artillerie,  qui.  en 
dispose  à  son  gré  ;  souvent  il  en  abandonne  une  partie  k  son  lieu- 
tenant commandant  rarlillcrie  du  siège  et  aux  ofTiciers  qui  ont 
servi  sous  ses  ordres  (Saint  Rémi,  tome  1  p.  38). 


SIÈGE   ET   PRISE  DE   FAUCOGNEY  551 

Quant  aux  pertes  des  Faucognois,  elles  furent,  si  Ton  en  croit 
les  relations,  bien  peu  considérables  en  hommes,  puisqu'on 
ne  compte  que  douze  ou  treize  morts,  mais  ici  nous  croyons 
encore  que  Ton  a  voulu  cacher  la  vérité  et  atténuer  les  pertes. 
On  ne  se  bat  pas  si  longuement  et  si  vivement  sans  faire  de 
nombreuses  victimes  de  part  et  d'autre. 

Mais  les  dommages  matériels  furent  importants,  la  ville 
tout  entière  fut  incendiée;  maisons,  mobilier,  bétail,  récoltes, 
tout  fut  perdu.  Faucogney  eut  bien  de  la  peine  h  se  relever 
du  coup  fatal  qui  lui  avait  été  porté.  On  espérait  que  le  roi 
d'Espagne  prendrait  en  considération  les  malheurs  de  celle 
place,  victime  de  son  dévouement  à  la  patrie  espagnole.  Mais 
rincurie  du  gouvernement,  composé  d'un  roi  enfant  et  d'une 
régente  presque  imhécille,  dominée  par  un  jésuite,  avait 
autre  chose  h  faire  que  de  s'occuper  de  Faucogney. 

Du  reste,  le  traité  de  Nimègue,  conclu  quatre  ans  plus 
tard  (1678),  vint  adjuger  la  Franche-(]omlé  à  la  France  et 
enlever  leur  dernier  espoir  aux  habitants  de  Faucogney.  La 
seule  compensation  qu'ils  recourent  leur  vint  encore  de  la 
France,  qui  démantela  le  château  el  en  enleva  la  garnison. 

Nous  avons  quelque  peu  et  h  dessin,  oublié  le  P.  Schmidt 
qui  s'était,  avec  les  autres  défenseurs  de  Faucogney,  réfugié 
au  château.  Des  ordres  particuli  ts,  paraft-il,  avaient  été 
donnés  h  son  égard,  car  il  fut  considéré  comme  prisonnier  de 
guerre  et  dirigé  d'abord  sur  Rémi  remont,  puis  ensuite  sur 
Paris  ;  là,  Louvois  l'envoya  h  la  Bastille  où  il  resta  pendant 
quat'^e  années  qu'il  dut  trouver  singulièrement  longues. 

(^e  n'est  qu'après  la  paix  de  Nimègue,  qui  assurait  à  la 
France  la  possession  paisible  du  comté  de  Bourgogne,  qu'on  se 
décida  h  le  mettre  en  liberté,  et  encore  en  liberté  condition- 
nelle, car  on  le  lit  partir  pour  la  Pologne  nù  ses  talents  mili- 
taires allaient  de  nouveau  être  mis  à  profil.  L'Europe,  en  ce 
moment,  était  menacée  par  les  Ottomans  et  toute  la  chrétien- 
ncté  faisait  des  vœux  pour  le  succès  de  Sobieski,  qui  allait 
défendre  Vienne  contre  les  Infidèles. 

Le  P.  Charles-Eugène  prit  une  part  active  à  sa  défense  et 
son  artillerie  porta  souvent  des  ravages  dans  les  rangs  de 
l'armée  turque  qui,  à  la  lin,  fut  obligée  de  lever  le  siège. 
Toutefois  notre  capucin  ne  vit   pas  la  défaite   définitive  des 


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i>.)2  REVUE   D  ALSACE 

enueiiiis;  coiix-ci  ayant  pén(''tr(^,  dans  une  attaque  de  nuit, 
jusqu'à  ses  batteries,  se  préparaient  à  les  enlever,  lorsque  le 
P.  Schmidt  accourut  avec  des  renforts  et  repoussa  les  Turcs. 
Mais  à  ce  moment,  il  fut  atteint  d'une  balle  en  pleine  poitrine 
qui  l'ensevelit  dans  son  triomphe  (1683). 

Ainsi  périt,  h  l'àgc  de  52  ans,  un  des  plus  vaillants  cham- 
pions de  l'indépendance  franc-comtoise.  Nul  n'a,  en  effet, 
défendu  notre  province,  à  cette  époque,  avec  autant  d'achar- 
nement et  d'énergie  que  le  P.  Charles-Eugène.  Peu  connu  en 
Alsace,  son  pays,  où  sa  vie  d'aventures  n'a  pas  laissé  de 
traces,  c'est  aux  Francs-Oomtois,  qu'il  a  si  vivement  défen- 
dus, h  le  mettre  en  relief. 

Du  reste,  dans  ce  récit,  nous  ne  pouvions  le  passer  sous 
silence,  car  la  défense  héroïque  de  Faucogney  ne  se  com- 
prendrait pas  sans  lui,  qui  en  fut  h  la  fois  le  promoteur  et  le 
héros.  Quel  que  soit  le  motif  qui  l'ait  guidé  dans  son  œuvre 
de  défense,  nous  ne  pouvons  nous,  Francs-Comtois,  que  lui 
èlre  grandement  reconnaissants,  des  glorieux  efforts  qu'il  fit 
pour  défendre  nos  pères  et  leurs  cités  envahies  par  un  voisin 
trop  puissant. 

Notre  province,  sous  la  tutelle,  plutôt  nominale  qu'effective, 
de  l'Espagne,  jouissait,  en  réalité,  d'une  grande  somme  de 
liberté  et  se  gouvernail  par  elle-même.  C'est  pourquoi  elle 
défendait  alors  si  résolument  son  indépendance,  même  contre 
la  France,  sa  patrie  naturelle,  oij  tons  ses  intérêts  la  con- 
viaient d'enlrer  et  dont  elle  allait  former  un  dos  plus  beaux 
(leurons  de  sa  rouronn<\ 

N.  PoiA. 


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LE  DUEL  A  STRASBOURG 

d  après  M.  ERICHSON  (») 


I 


Le  duel  app»irail  en  Allemagne  en  1562.  Les  nombreux 
étudiants  nobles  qui  affluaient  alors  k  Strasbourg  (2),  en 
introduisirent  bientôt  Tusage  dans  cette  ville  où,  dès  octobre 
1568,  les  jeunes  seigneurs  de  Lichtenstein  et  de  Hutten  se 
provoquent,  se  blessent  et  sont  condannés  chacun  par  les 
scolarques  h  une  amende  de  trois  livres  (3).  En  juillet  1583, 
il  y  eut  une  ivncontre  plus  grave  ;  l'un  des  combattants 
expira  le  jour  môme  dans  les  bras  du  vicaire  Rottmann,  de 
Saint-Nicolas,  qui  avait  été  appelé  pour  le  communier  et  qui 
ne  consentit  h  rinbumerchrétiennement  que  sur  les  instances 
du  sire  de  Hohenbourg,  suzerain  du  défunt. 


(l)  Das  Duell  im  alten  Strassburg,  Fréd.  Bull,  I8Î)7,  rinquan- 
Ic-neuf  pages.  Cp.  Reuss,  La  justice  criminelle  et  la  police  det 
mœurs  (Strasb.  ISSTi),  p.  160-1(>3  ot  V.  Below,  Zur  Entslehiinf/s- 
fjeschichte  des  Duells  (Munster  1806). 

(â)  Jean  Sturtn  compta  une  fois,  parmi  ses  auditeurs,  3  princes, 
24  comtes  et  barons  et  200  nobles. 

(3)  La  valeur  de  la  livre  strasbourgeoise  diminua  dams  une  pro- 
gression assez  rapide,  ce  qui  explique  les  estimations  si  diver- 
geantes des  différents  historiens.  Dans  son  Guide  monétaire  pour 
V histoire  d* Alsace  (Rixheim,  1891),  Hanauer  la  taxe  &  plus  de  30 
francs,  tandis  qu'elle  ne  vaudrait  que  le  tiers  de  cette  somme 
d'après  (ibarles  Engel  (L'ancienne  école  de  Strasbourg,  dans  la 
Revue  internationale  de  l'Enseignement  1896  et  1897). 


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554  REVUE  D* ALSACE 

Emu  par  la  gravité  du  cas.  le  convent  ecclésiastique  fit 
une  démarche  auprès  du  magistrat  qui,  le  4  novembre  sui- 
vant, promulgua  contre  le  duel  des  peines  sévères,  renouve- 
lées en  1609  et  reudues  plus  rigoureuses  encore  en  1650.  Six 
ans  après  cette  dernière  date,  faisant  réimprimer  son  édit  (1), 
le  magistrat  ordonna  qu'il  fut  affiché  «  in  iocis  pubiicis  und 
sonderlich  an  dem  CoUegio  ».  En  1671,  le  port  de  l'épée  fut 
interdit  aux  commis,  apprentis  et  valets  d'étudiants,  sous 
peine  d'une  amende  de  '^0  schillings  (2).  Quant  aux  étudiants 
eux-mêmes,  les  statuts  de  1604  (3)  leur  défendaient  déjà 
d'aller  aux  cours  en  armes,  et  cette  prohibition  fut  renouvelée 
en  1695,  k  la  demande  du  prêteur,  qui  désirait  même  Tinter- 
diction  absolue  du  port  d'armes,  surtout  pour  les  théologiens. 
Mais  ceux-ci  tenaient  k  leur  privilège  au  point  qu'en  1739  le 
Convent  dut  leur  rappeler  l'inconvenance  qu'il  y  avait  k  aller 
au  temple,  pour  y  prêcher,  en  ayant  l'épèe  au  cùté. 

Pour  qu'aucun  duel  ne  pût  échapper  à  la  vindicte  publi- 
que, l'ordonnance  de  1757  imposa  aux  médecins  l'obligation 
de  signaler  k  la  police  toutes  les  blessures  de  provenance 
suspecte  qu'ils  auraient  k  soigner. 

La  rigueur  de  ces  édits  successifs  enraya  certainement  b 
mal,  mais  ne  réussit  pas  k  le  supprimer.  Les  chroniques 
d'Osée  Schad  et  de  Stœdel  (manuscrits  k  la  bibliothèque 
municipale)  et  celle  de  Reisseissen,  plus  connue  grâce  k  M. 
Reuss,  citent  différents  cas,  dont  voici  un  exemple.  En 
1613,  deux  beaux-frères  de  Zuckmantel  etdeSeebach,  étaient 
compères  a  un  baptême.  Echauffés  par  le  vin,  ils  se  prennent 
de  querelle,  croisent  le  fer  près  la  Porle-Neuve  et  paient 
chacun  50  florins  d'amende. 


(1)  Connu  dans  toute  TAllemagne  au  point  que  nous  le  trou- 
vons  imprimé  à  la  suite  d'un  sermon  prononcé  à  Rostock  en  1640 
aux  funérailles  d'un  étudiant,  tué  en  duel  par  son  meilleur 
ami. 

(2)  La  livre  strasbourgeoise  comptait  20  schillings,  comme  la 
livre  tournois  comptait  20  sols  ;  et  de  même  que  le  sol  valait  12 
deniers,  le  schilling  valait  i2batzen. 

(3)  Publiés  pur  Engel  et  Fournier  dans  la  4©  partie  des  Statuts 
et  privilèges  des  universités  françaises,^ 


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DE   DUEL   A   SRTASBOURG  555 

Le  recueil  manuscrit  de  Jacques  Wencker,  intitulé  Varia 
A rgentoratensia  historico-politica  noiifi  a.  conservé  le  défi 
adressé  par  U  comte  de  Hanau  k  Georges-Thierry  de  Wangen 
et  la  réponse  que  celui-ci  écrivit  à  Mas3vaux,  le  19  novem- 
bse  1620.  M,.  Reuss  a  publié  ces  deux  curieux  documonls 
dans  VAlsatia  de  1873  (p.  407j 


II 


La  capitulation  de  1681  ne  modiQa  pas lasituation,  l'article 
4,  confirmé  par  Tordonnancvî  royale  du  26  février  1685,  lais- 
sant au  magistrat  la  juridiction  civile  et  criminelle.  Les 
mesures  prises  par  lui  contre  le  duel  ne  furent  que  corrobo- 
rées par  rentrée  en  vigueurde  Tédit  royal  d'août  1679,  des- 
tiné à  «  maintenir  les  défenses  du  duel  et  combats  particuliers 
et  punir  sévèrement  ceux  qui  ont  contrevenu  h  une  loi  si  juste 
et  si  nécessaire  pour  la  conservation  de  notre  Noblesse  ». 

Les  duels  dans  Tarméfî  relevaient  de  tribunaux  particu- 
liers, mais  étaient  soumis  à  la  décision  suprême  du  Conseil 
Souverain.  D'ailleurs,  la  limite  des  juridictions  civiles  et  mili- 
taires ne  doit  pas  avoir  été  fixée  dès  rabord,d*une  manière  suffi- 
samment nette.  Car  en  1740,  une  rencontre  qui  eut  lieu  en 
pleine  rue,  et  à  laquelle  un  officier  de  Royal-Piémont  se 
trouvait  môle,  suscita  entre  les  deux  pouvoirs  un  conflit  qui 
se  termina  par  cet  arrêté,  que  les  conseils  de  guerre  seraient 
seuls  compétents  des  cas  relatifs  à  la  garnison,  mais  que  le 
juge  du  lieu  où  la  rencontre  s'était  effectuée  introduirait  la 
procédure,  sauf  à  livrer,  dès  la  première  réquisition,  délin- 
quants et  dossiers  k  la  justice  militaire. 

Ces  duels  d'officiers  ou  de  soldats,  les  plus  fréquents  en 
somme,  se  reproduisaient  souvent,  en  dépit  de  toutes  les 
ordonnances.  Les  Extraits  du  registre  du  Conseil  Souverain 
et  les  Notes  d'arrêts  de  ce  même  Conseil,  publiées  à  Colmar  en 
1742,  signalent  17  cas  graves  en  un  demi-siècle  (1685-1732). 
Un  autre,  assez  caractéristique  pour  mériter  d'être  reproduit, 
est  raconté  par  Madame  d'Oberkirch  (L.  p.  53)  : 

«  Il  y  eut  un  duel  h  Strasbourg  auquel  nous  prîmes  beau- 
coup de  part,  connaissant  fort  la  partie  intéressée.  Le  baron 
de  Firch,  d'une  haute  famille  de  Poméranie,  était  passé  au 


556  REVUE   d' ALSACE 

service  de  la  France.  Homme  d'un  grand  mérite,  d'une  ins- 
truction immense  et  destiné  a  un  bel  avenir,  il  a  composé 
plusieurs  ouvrages  de  tactique  fort  estimés.  IL  était  alors 
capitaine  au  régiment  d'Anhalt  et  prétendait  avoir  le  secret 
des  manœuvres  et  de  la  tactique  du  roi  de  Prusse,  ce  qui 
l'avait  mis  en  grande  faveur  auprès  du  duc  d'Aiguillon,  pré- 
décesseur du  maréchal  de  Nuy.  Un  de  ses  camarades,  jaloux, 
assure-t-on,  de  ses  talents  et  de  ses  protections,  lui  chercha 
querelle  et  le  blessa  dangereusement.  Il  n'en  mourut  pas 
néanmoins  et  son  adversaire  n'en  recueillit  que  la  honte  et 
les  reproches  de  tous  ceux  qui  le  connaissaient.  Cette  rage  de 
duel  a  fait  couler  bien  des  larmes  en  France  ». 

La  Révolution  môme  n'arrêta  pas  cette  «  rage  »,  puisque, 
dans  un  sermon  adressé  aux  soldats  (Argos,  23  février,  1793), 
Euloge  Schneider  sentit  le  besoin  de  montrer,  une  fois  de 
plus,  la  folie  et  la  barbarie  de  cet  usage. 


III 


Après  l'armée,  c'était  l'université  qui  fournissait  le  plus 
fort  contingent  de  duellistes.  Nous  avons  dit  que  la  première 
rencontre  dont  il  soit  fait  mention  à  Strasbourg,  eut  lieu 
entre  étudiants.  Une  autre  fut  celle  des  jeunes  de  Bechtold  et 
de  Flekenslein  (1609).  Une  troisième  entre  un  gentilhomme 
framjais  et  le  (ils  d'un  seigneur  du  llolslein,  est  nîlatée  dans 
la  chronique  de  Jacques  Trausch. 

On  le  voit,  ce  sont  toujours  des  nobles.  Des  gtMis  roturiers 
n'apparaissent  qu'en  1690;  et  pourtant  Strasbourg  était  un 
terrain  bien  propice  aux  amateurs  de  la  lame,  gn\ce  à  ses 
excellentes  et  nombreuses  salles  d'armes.  Son  vieux  maître 
d'escrime,  Jean  Wolf,  était  fameux  dans  toute  TAIlemagne  en 
1687,  au  dire  du  patricien  Sachs  de  Lœvvenheim,  dont  le 
le  Journal  de  voyage  est  conservé  k  la  bibliothèque  de  sa 
ville  natale  de  Breslau.  Et  un  successeur  de  Wolf,  Martin, 
qui  s'intitule  «  maître  en  fait  d'armes  de  l'Académie  de  Stras- 
bourg »,  dédie  au  préteur  Klinglin  son  manuel  :  Le  mnitre 
d'armes  ou  Vabrégé  de  l'exercice  de  Vépée  (^1737).  Aussi, 
pour  ne  pas  trop  induire  les  étudiants  en  tentation,  leur 
avait-on  interdit  l'accès  des  salles  d'armes.  Ils  ne  pouvaient 


IM   DL'EL    A   STRASBOURG  557 

prendre  de  leçons  qu*îi  leur  domicile,  sous  peine  (bei  derpœn) 
de  30  schillings  d'amende. 

Rappelons-ÎL'i,  pour  motiver  la  sage  prévoyance  des  auto- 
rités, qu'à  répoque  qui  nous  occupe,  tout  combat  singulier 
pouvait  amener  une  mort  d'homme.  Car  on  ne  connaissait 
pas  alors  ces  appareils  protecteurs,  qui  ont  tant  contribué,  de 
nos  jours,  à  propager  l'usage  des  Mensuren,  surtout  depuis 
l'emploi  du  traitement  antiseptique.  Ou  plutôt,  on  les  con- 
naissait, mais  on  en  laissait  l'usage  aux  bretteurs  de  foire, 
pour  leurs  exhibitions  professionnelles.  Voici,  en  effet,  ce 
qu'on  peut  lire  au  Journal  des  voyages  de  M.  de  Moncomjs, 
conseiller  du  Roy,  (\M\\m\jà^\XQ,9bo\xvg  en  janvier  1664  et 
publia  son  Journal  k  Lyon  deux  ans  après  : 

«  Nous  entrasmes  dans  le  lieu  oii  l'on  escrimoit  avec  des 
espadons,  des  demy  piques  et  de  certains  couteaux  de  bois, 
dont  ils  se  frappent  si  fort  qu'il  y  en  eut  un  qui  eut  la  teste 
iendue,  dont  il  saignoit  bien  fort  :  pour  parer  tous  ces  coups, 
ils  avaient  de  gros  gants  rembourrés  comme  des  coussinets, 
qui  alloienl  jusques  au  delà  des  coudes  ». 


IV 


Comment  les  autorités  universitaires  et  ecclésiastiques  el, 
en  général,  l'opinion  publique  envisageaient-elles  la  question 
du  duel? 

Les  statuts  de  1()04  ne  pouvaient  l'aborder,  puisque,  la 
haute  Ecole  n'ayant  pas  encore  les  privilèges  d'une  univer- 
sité, les  étudiants  n'étaient  pas  en  dehors  du  droit  commun 
et  avaient  à  se  conformer  comme  tout  le  monde,  au  décret 
municipal  de  1583.  Mais  lorsqu'en  février  1621,  à  la  demande 
de  l'électeur  de  Mayence  et  du  landgrave  de  ITesse,  Ferdi- 
nand Il  eut  enfin  accordé  ces  privilèges,  grâce  auxquels  Stras- 
bourg put  désormais  créer,  non  plus  seulement  des  bache- 
liers et  des  maîtres-ès-arts,  mais  des  licenciés,  des  docteurs 
et  des  poètes  —  faveur  qui  coûta  à  la  ville,  1100  florins 


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558 

d'or  (i) —  il  fallut  donner  aux  statuts  de  Tacadéraie,  devenue 
Université,  Textension  que  comportait  ce  rang  nouveau  et 
prendre  position  aussi  dans  la  question  du  duel.  Un  récent 
arrêté  (1617)  de  Tempereur  Maihias  avait  fllétri  et  prohibé 
cette  coutume.  Il  n'y  avait  donc  qu'à  suivre  la  voie  tracée 
déjà  par  le  magistrat  dans  ses  édits.  Ces  nouveaux  statuts, 
promulgués  aussitôt,  ne  furent  imprimés  qu'en  1659,  dans  le 
«  Programme  »  du  recteur  Conrad  Dannhauer  qui,  le  plus 
célèbre  prédicateur  strasbourgeois  du  XVII«  siècle,  combat 
lui-même  fréquemment  le  duel  dans  ses  différents  recueils  de 
sermons  (â),  comme  l'avait  fait  déjà  auparavant  son  collègue 
Jean  Schmidt,  prédicateur  k  la  cathédrale,  professeur  de 
théologie  et  président  du  Convent  (3j. 

D'autres  voix  encore  se  joignirent  aux  leurs  :  celle  de 
Spenev  (TheologischeBedenken,  Halle,  1712),  qui  témoigne 
qu'en  1675  les  duels  étaient  rares  à  Strasbourg,  grâce  a  la 
sévérité  du  magistrat  ;  celle  de  Mathias  Bernegger  dans  la 
cinquante-unième  de  ses  Ex  Taciti  Gcnnania  Quœstiones 
(1640);  celle  enfin  du  romancier  Moscherosch,  aussi  bien 
dans  ses  additions  au  Gymnasmn  de  exercitiis  Academico- 
rum  (4)  que  dans  ses   Vigiomt  de  Philandre  de  Sittewald 


(1)  Voir  Alfred  Erichson,  Das  Sirassburger  Universitœtsfest 
wom  Jahr  1621,  paru  chez  Fiéd.  Bull  en  1884  et  traduit  par 
Tabbê  A.  Martin,  sous  ce  litre  :  Une  fête  à  l'ancienne  Université 
de  Strasbourg  (Naocv,  1897).  Pour  les  autres  ouvrages  de  M. 
Krichson,  voir  Revue  d'Alsace,  1896,  p,  250,  et  Amtales  de  l'Est 
1893,  p.  334. 

(2)  Homiliœ  Academicœ  (1665),  Der  Christlichen  Kirchm 
Schutrengel  (1687),  Catechismusmilch  (1673),  Festpredigten 
(l«77). 

(3)  Un  des  55  sermons  quMI  publia  en  1635  s'occupe  exclusive- 
ment du  duel.  Fragmenta  Schmidiana  parurent  à  Francfort 
en  Mî»». 

(4)  Publié  à  Strasbourg  en  1621  sous  le  voile  de  l'anonymat  par 
un  syntlic  de  Ratisbonne  et  dédié  au  comte  Eberhard  de  Ribau- 
pierre.  Moscherosch  en  fit  paraître  une  2©  édition,  qu'il  augmenta. 


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LE   DUEL  A   STRASBOURG  5S9 

(Strasbourg,  1650-65).  A  ces  noms  alsaciens  on  pourrait 
même  ajouter  celui  du  Champenois,  Pierre  Aubry,  qui  vécut k 
Strasbourg  jusqu'en  1666  et  qui  burina  dans  son  Spéculum 
corne/mnt/w  (Cornélius  était  alors  le  type  de  l'étudiant  dis- 
solu) 28  gravures  destinées  à  inspirer  Thorreur  du  duel  (1). 


Th.  Schokll 


(I)  Un  comple-rendu  de  la  monographie  de  M.  Erichsoa  a  été 
fail  par  Ë.  Ménégoz,  dans  le  Témoignage  du  17  juillet  dernier. 


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SOCIETES  SAVANTES 


Comité  des  travaux  historiques,  scientifiques  et  des 
Beaux-Arts  du  ministère  de  Tlnstruction  publique.  — 
Précis  analytique  des  travaux  de  l'Académie  des  Sciences 
Belles-Lettres  et  Arts  de  Rouen  —  Progranmie  des  prix 
à  décerner  en  1898  par  la  Société  Industrielle  de  Mul- 
house. —  Histoire  de  Belfort,  extrait  du  «  Bulletin  de 
la  Société  d'Émulation.  ».  —  Les  correspondants  de  Gran- 
didier. 


1 


Le  comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques  du  Afinis- 
(ère  de  V  Instruction  pubfû/ne  et  des  Beaux-Arts  y  vient  de 
faire  paraître  la  fin  de  son  Bulletin  de  1896.  Cette  seconde 
partie,  jointe  a  la />re//i/^rtf,  parue  à  la  fin  de  rann«?e  1895, 
et  dont  la  Reçue  d'Alsace  a  rendu  compte  dans  sa  première 
livraison  de  1896,  page  136-137,  forme  un  volume  de  883 
paî^es,  contenant  les  travaux  du  Comité  pendant  les  années 
1895  et  1896.  Ces  travaux  consistent  dans  les  réunions  pé- 
riodiques des  membres  du  comité,  les  procès-verbaux  de 
ses  séances,  Texamen  des  mémoires  et  des  pièces  qui  lui 
sont  soumis  par  les  Sociétés  savantes,  des  départements, 
(le  Paris  et  de  l'étranger  ;  par  les  rapports  dont  ces  com- 
munications sont  Tobjet,  par  les  décisons  du  comité,  soit 
en  faveur  d'une  analyse  sommaire,  soit  en  faveur  d'ex- 
traits de  ces  communications  à  consigner  dans  le  Bulletin, 
soit  enfin  en  faveur  de  la  publication  intégrale  dans  ledit 
Bulletin  de  la  pièce  ou  de  la  notice  communiquée.  Le 
Comité    est,   en  outre,    chargé  de  donner  son  avis  sur  les 


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SOClKTIiS   SAVANTES 


561 


Subventions  accordées  et  à  accorder  aux  Sociétés  savantes 
des  départements  et  de  Tétranger. 

Ce  volumineux  recueil  est  une  source  excellente  h  consul- 
ter au  point  de  l'histoire  générale  du  pays  et  spécialement 
au  point  de  vue  de  l'histoire  particulière  de  nos  provinces. 
Nombreux  sont  les  cas  qui  le  prouvent,  mais  nous  n'en 
remarquons  aucun  qui  se  rattache  directement  à  l'Alsace, 
sinon,  peut-être,  un  citoyen  Bâlois,  Michel  Wensler,  qui 
figure  a  la  fin  d'une  superbe  page,  imprimée  à  l'abbaye  de 
('hiny  en  caractères  gothiques,  rouges  et  noirs,  à  la  date  du 
22  janvier  1494.  Mentionnons  encore  l'image  photographique 
d'un  charte  fort  curieuse,  mais  arguée  de  faux,  relative  à 
l'organisation  du  val  d'Andore,  sous  Charlemagne. 

Comme  la  première,  cette  seconde  partie  du  Bulletin  du 
Ministère  de  l'instruction  publique  se  trouve  chez  Ernest 
Leroux,  éditeur,  rue  Bonaparte,  n'^  28  à  Paris. 


II 


Moins  classique  que  l'exploration  précédente,  sera  celle 
que  Ton  fera  dans  le  Précis  analytique  des  travaux  de 
V Académie  des  sciences,  belUes-lettres  et  arts  de  Rouen, 
pendant  l'onnée  1895-1896  ;  in-8«  de  489  pages,  paru  il  y  a 
quelques  semaines,  de  l'imprimerie  Cagnard  (Léon  Gy  suc- 
cesseur) et  qui  se  trouve  à  Paris  chez  A.  Picard,  rue  Bona- 
parte, 82. 

Sans  sortir  du  domaine  des  sciences  et  des  arts.  Messieurs 
les  académiciens  de  la  Normandie  savent  donner  un  attrait 
particulier  aux  travaux  qui  remplissent  le  Bulletin  annuel  de 
la  Compagnie.  Quelques  indications  sommaires  en  donneront 
une  idée. 

Gomme  h.  l'Académie  française,  il  y  a  discours  du  récipien- 
daire et  réponse  au  discours.  Celui  que  nous  trouvons  dans 
les  quatre-vingt  douze  premières  pages  du  Bulletin  est  un  tra- 
vail que  l'on  ne  se  borne  pas  k  parcourir,  mais  que  l'on 
savoure  de  la  première  à  la  dernière  ligne  :  c'est  l'exposé  his- 
torique et  lauien  table  des  Procès  de  sorcellerie  en  Norman- 


562  REVUE   D 'ALSACE 

die,  d'après  les  excellentes  publications  qui  ont  paru  sur  ce 
sujet,  complétées  par  de  précieux  détails  puisés  aux  archives 
de  la  Seine-Inférieure.  L'auteur  est  M.  le  docteur  Giraud. 
Discours  et  réponse  sont  suivis  par  les  rapports  concernant 
les  prix,  récompenses  et  encouragements  que  l'Académie  est 
chargée  de  distribuer  chaque  année,  en  vertu  de  fondations 
dont  elle  est  investie.  Telles  sont  les  matières  qui  font  les 
frais  de  la  séance  publique  de  l'Académie  en  1896. 

Si  maintenant,  en  sortant  de  la  séance  publique,  on  pénètre 
dans  le  cadre  des  travaux  de  l'année,  on  rencontre  dans  la 
Classe  des  sciences  dix  sept  communications  concernant  le 
bois  fendu  et  le  bois  durci,  les  variations  et  les  vicissitudes 
des  forêts  de  la  Bretagne  depuis  un  siècle,  la  vie  animale  et 
l'Institut  Smithonien  fondé  en  1846. 

Si,  dans  la  Classe  des  Belles-Lettres  et  Arts,  les  commu- 
nications faites  à  l'Académie  ne  sont  pas  plus  nombreuses  que 
celles  de  la  Classe  des  sciences,  elle  occupent  dans  le  Bulletin 
trois  fois  plus  de  place  que  les  premières.  Il  n'y  a  rien  qui 
doive  étonner  dans  cette  dis|>roporlion  :  on  est,  en  effet,  plus 
libre  et  plus  fécond  dans  l'une  de  ces  deux  classes  que  dans 
l'autre,  ce  qui  ne  veut  pas  dire  que  l'une  l'emporte  sur  l'autre  ; 
toutes  deux  ont  leurs  raisons  d'èire.  Une  excellente  étude 
sur  la  Peste  a  Rouen  au  XYI^  et  au  XVI1«  siècle,  ouvre  la  mar- 
che dans  la  section.  A  notre  avis,  ce  travail  de  M.  le  Docteur 
Boucher  avait  sa  place  naturelle  dans  la  classe  des  sciences  ; 
mais,  eu  égard,  sans  doute,  à  ses  qualités  historiques,  on  l'a 
rangé  dans  la  classe  des  Lettres.  Une  visite  de  Louis  XVI  à 
Rouen,  le  28  juin  1786,  avec  deux  planches  représentant  le 
Roi,  et  sa  suite,  donnant  audience  aux  membres  de  la  Cham- 
bre de  Commerce,  plus  deux  autographes  de  Leroonnier, 
administrateur  de  la  manufacture  royale  des  Gobelins,  occu- 
pent la  seconde  place  dans  le  Bulletm  et  sont  suivies  par  le 
rapport  du  docteur  Pelletan  sur  le  cœur  du  Dauphin,  puis 
par  un  épisode  de  la  guerre  de  1870,  puis  enfin  par  des 
noies  d'un  grand  intérêt  prises  sur  des  parchemins  remon- 
tant k  1474  et  finissant  en  1585.  Une  note  concernant  un 
opuscule  du  sieur  de  Croismare  et  la  relation  ou  cueillette  de 


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SOGIISTKS   SAVANTES  563 

«  menus  faits  de  l'histoire  de  Normandie,  de  1678  k  1722  » 
termine  l'intéressante  publication  de  TAcadémie  de  Rouen 
pour  l'année  1895-1896. 


III 


On  sait  généralement  que  la  Société  industrielle  de 
Mulhouse  met,  chaque  année,  au  concours  beaucoup  de 
questions  ou  de  problèmes  k  la  solution  pratique  desquels 
4es  prix  et  des  encouragements  sont  destinés.  Dans  son 
assemblée  générale  du  26  mai  dernier,  la  société  a  fixé  le 
nombre  et  la  valeur  de  ces  prix  ou  encouragements  pour 
l'année  prochaine  1898,  et  en  a  formulé  le  programme  qui 
nous  occupe  et  qui  vient  d'être  distribué.  Il  ne  contient 
pas  moins  de  douze-douzaines  de  propositions  ou  144  ques- 
tions k  résoudre,  k  étudier  et  aux  quelles  correspondent 
autant  de  prix,  d'encouragements  et  de  mentions  honorables 
q«*il  y  aura  lieu  d'accorder.  Le  champ  du  concours  a,  comme 
on  le  voit,  une  grande  étendue,  surtout  sur  le  terrain  indus- 
triel et  commercial.  Les  arts  chimiques  et  mécaniques  ;  l'his- 
toire naturelle  et  Tagriculture  ;  Le  Xîommerce,  la  statistique 
et  la  géographie;  l'Utilité  publique  et  les  Beaux-arls  sont  les 
principales  divisions  du  programme.  Il  est  adressé  k  toute 
personne  qui  en  fait  la  demande  au  secrétariat  de  la 
société.  «  Les  mémoires,  dessins,  pièces  justificatives  et 
échantillons,  doivent  être  adressés  franco,  avant  le  15 
février  1898,  au  président  de  la  société  k  Mulhouse,  en 
même  temps  qu'un  pli  cacheté  renfermant  le  nom  exact  et 
l'adresse  du  concurrent  ». 


IV 


Le  Bulletin  de  la  Société  Belfortaine  d'Émulatton  qui 
qui  paraîtra  prochainement  promet  d'èlre  intéressant.  Outre 
la  suite  ou  la  fin  du  glossaire  de  l'idiome  patois  de  Châtenois, 


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564  REVUE  d' ALSACE 

canton  de  Belfort,  avecVocables  des  autres  localités  du  Terri- 
toire, voici  la  première  partie  d'une  remarquable  étude  criti- 
que de  rhistoire  de  Belfort  au  XIII®  et  au  XIV®  siècle  dont  un 
tirage  à  part  de  75  pages  in-8®  est  sous  nos  yeux.  Elle  est 
Tœuvre  de  Tun  des  premiers  collaborateurs  de  la 
Revue  d* Alsace,  M.  Henri  Hardy,  demeuré  Tun  de  ses  bons 
amis.  Nous  aurons  donc  l'occasion  de  parler  assez  longuement 
de  cette  étude  lorsque  la  dernière  partie  aura  vu  le  jour.  En 
attendant,  on  ne  peut  que  féliciter  M.  Hardy  d'avoir  repris 
en  sous-œuvre,  la  concentration  et  Texamen  critique  de  ce 
que  l'on  a  écrit  sur  les  origines  et  l'histoire  de  sa  ville  natale, 
étude  à  laquelle  ses  concitoyens  et  ses  compatriotes  ne  peu- 
vent manquer  de  prendre  le  plus  vif  intérêt. 


Le  champ  épistolaire  des  Correspondants  de  Grandidier 
nous  donne  aujourdhui  encore  une  gerbe  littéraire  dont  la 
richesss  et  la  saveur  surpassent  le  goût  de  toutes  les  javelles 
glanées  précédemment  sur  le  même  terrain.  C'est  un  charmant 
fascicule  ~  Veuf  du  non  de  l'imprimeur  -  in-8®  de  i09  pages, 
bien  imprimées  et  annotées.  L'initiative  de  ces  intéressantes 
bribes  ae  la  vie  d'autrefois  est  due  i\  M.  l'abbé  Ingold  qui  est 
parvenu  à  faire  revivre,  un  mom3nt,  de  bien  chères  souvenirs 
et  k  associer  k  son  louable  entraînement  notre  collaborateur 
M.  Auguste  Gasser  et  M.  l'abbé  Louvot  de  Besançon.  Le  fasci- 
cule dont  il  s'agit  contient  trente-six  lettres  du  Père  Joseph 
Dunand,  gardien  des  capucins  d'Auxonne,  plus  tard  aumô- 
nier de  l'état-major  de  Besançon,  et  vingt-six  réponses  de 
(jrandidier  aux  questions  du  Capucin,  qui  lui  survécut  et 
de  beaucoup  l'afné  de  notre  historien,  né  à  Strasbourg  le 
29  novembre  1752  et  non  d'origine  belfortaine,  comme  cela 
est  répété,  note  i,  page  o,  du  fascicule  qui  porte  le  n<>  X 
de  la  série,  et  dont  il  est  le  plus  important.  N'y-a-t-il 
pas  erreur  dans  ce  numérotage  ?  Cela  semble  résulter   de 


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SOCIÉTÉS   SAVANTES  565 

la  liste  établie  à  la  dernière  page  de  la  couverture  où  le 
n®  VI  fait  défaut.  Mais  cela  est  sans  conséquence  et  n'em- 
pêche pas  d'attendre  avec  impatience  le  second  volume 
de  l'œuvre  inédite,  dont  le  tirage  doit-être  aujourd'hui 
très  avancé. 

Frédéric  Kurtz. 


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TABLE  DES  MATIERES 

Année  1897 


JANYIEP-FÉYRIER-MARS 


Pafoa 


Rodolphe  Rblss.  —  Coup  d'oeil  sur  les  manuscrits 
incendiés  en  1870.  —  Catalogue  analytique  de 
ceux  qui  sont  aujourd'hui  k  la  nouvelle  biblio- 
thèque de  la  ville  de  Strasbourg    .     .  .     .         5-31 

J.  LiBLiN.  —  Note  relative  aux  deux  listes  de  Pério- 
diques publiées  dernièrement  par  la  Revue  .     .  32 

Charles  Goutzwiller.  —  Histoire  de  la  Presse.  — 
Hebdomadaire  de  Colmar  en  1792.  —  Le  docteur 
Morel  ancien  maire  de  Colmar  et  les  désastres  de 
la  guerre  entre  Verdun  et  Longwy.  —  PfeflFel  et 
son  entourage.  —  La  Marseillaise  traduite  en 
allemand 33-38 

Arthur  BENorr.  —  Emeute  de  la  piquette  h  Colmar 
en  1833.  —  État  des  esprits.  —  Le  ministre 
Humann.  —  Le  directeur  de  Croismar.  —  Le 
poète  Laurent.  —  Le  préfet  Bret.  —  Assaut  de 
la  maison  Metzger.  —  Arrestations.  —  Procès. — 
Acquittement 39-61 

Th.  Schoell.  —  Ingwiller  au  XVH*  et  XVHle  siècle. - 
Année  de  malheurs.  —  Coutumes  religieuses.  — 
Prosélytisme , 62-77 


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TABLS  DBS    MATIERES  367 

Page. 

Charles  N«rlingkr.  —  La  vie  à  Strasbourg  au  XVÏI* 
siècle.  —  Le  Parlement  nouveau.  —  Daniel  Mar- 
tin. —  Du  maftre  d'école.  —  Du  boulanger.  — 
Du  Vivandier.  --  Du  cabaretier,  etc   .     .     .     .     78-103 

Ch.  GouTzwiLf^R.  —  A  travers  le  Passé.  —  Portraits. 

—  Paysages.  —  Zellenberg.  —  Monument  Brnat. 

—  Au  lac  Blanc.  —  Guerre  du  Mexique.  —  Finan- 
ciers et  Gogos.  —  Trois  Épis.  —  X.  Mosmann. — 
Bartholdi  à  San-Francisco,  etc 104-128 

G.  DuRRWBLL.  —  Murbach.  —  Son  histoire.  —  Ses 

environs 13^136 

Henri  Bardy.  —  Arrestation  du  duc  d'Enghien.  — 

Document  inédit 137-139 

Fréd.  Kurtz. —  Sociétés  savantes. —  Ministère  de 
l'instruction  publique.  —  Emulation  Belfortaine. 

—  Académie  de  Rouen.  —  Société  historique  de 

rOrne 140-144 


AYRIL-MAI-JUIN 


Gh.  Goutzwiller.  —  A  travers  le  Passé.  —  lïugot. — 
Thomas.  —  Mossmann.  —  Jean  Macé.  —  Leurs 
travaux.  —  A.  Bartholdi.  —  Liberté  éclairant  le 
monde.  —  Réveil  de  Tesprit  public.  —  Fiefs  alsa- 
ciens. —  Chiens  d'une  princesse.  —  Conférences, 

—  Localités  protestantes.  —  Exposition  de  18G7. 

—  Hôtels  suisses,  etc.  —  Régions  éthérées.  — 
Police  ombrageuse  .  —  Victor  -  Chaufîour  - 
Keslncr.  —  Un  peu  de  législation.  —  Chalmel- 
Lacour.  —  Gharras.  —  Rochefort.  —  Pèlerinage 
légitimiste.  —  Musée  de  Colmar,  etc  .     .     .     .    145-184 

Rodolphe  Reuss.  —  Les  manuscrits  de  la  nouvelle 
bibliothèque  de  la  ville  de  Strasbourg.  — -Cat. 
analytique.  —  Suite  et  fin,  —  Conclusion   .     .    18Ô-214 

Arthur  Benoit.  —  Notes  sur  Tancierine  résidence 
d'Ensisbeim  des  princes  souverains  d'Autriche.— 


S68  REVIS  d'alsac£ 

A  propos  de  la  conspiration  de  Belfort.  -  Armand 

Carrel.  —  Le  colonel  Carron 215-222 

F.  R.  Baltzwbiller.  —  Trois  lettres  inédites  à  A. 
Pfeffel,  d'Aug.  Ring,  le  fils  menuisier,  du  poète 
Lamey  et  de  Gœsnitz,  Tami  de  jeunesse  .     .     .   223-233 

Arth.  Benoit.  —  Notes  et  documents  pour  servir  k 
rhistoire  de  la  presse  en  Alsace-Lorraine.  — 
Périodiques  de  Metz  et  du  département  de  1771 
kl870 234-242 

Ch.  NerlinIser.  —  La  vie  a  Strasbourg  au  XVII*  siècle. - 
(Suite).  —  La  dépensière.  —  La  fruitière,  —  Le 
garçon.  —  La  servante.  —  Le  fripier.  —  L'hôte- 
lier. —  La  poste.  —  Le  voyageur.  —  Le  soldat. - 
L'anatomie.  —  L'architecte 213-282 

D'  H.  Weisgbrber.  —  Le  Rebs,  ou  Hypocras  de  l'Al- 
sace. —  Son  historique.  —  Sa  fabrication.  — 
Recette  de  famille  pour  sa  fabrication.  .     .    282-285 

Frkd.  Kurtz.  Chronique.  —  A.  et  B,  Correspondants 
et  manuscrits  de  Grandidier.  —  C.  Noël  Alsacien- 
lorrain.  —  D'  Brocomagus  par  :  Ingold,  Charles 
Nerlinger  et  Paul  Ristelhuber 286-288 


JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 


Tti.  ScHOKLL.  —  Les  Alsaciens  dans  l'histoire  de 
Nancy.  —  Aperçu  des  liens  qui  rattachent  l'his- 
toire de  Nancy  k  l'histoire  de  IWlsace.     .  .    289-296 

AuG.  Gasser.  Reproduction  dans  la  Revue  d'Ahace 
des  manuscrits  de  Grandidier  et  du  Docteur 
Méglin,  publiés  en  1817  et  conservés  dans  les 
archives  de  la  ville  de  Soullz 297-309 

Ch.  GouTzwiLLER.  —  A  travers  le  Passé.  —  Le  doc- 
teur Jœnger.  —  Des  Vosges  au  Rhin.  —  Le 
Sternsée. -r- Ballon  de  Giromagny. —  Concours 
régional.  —  Lac  de  Constance,  —  Suisse  alle- 
mande et  suisse  romande.  —  Rois  des  Ribauds.- 


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tABLE    DES    MATIÈRES  o69 

Pages 

Hanap  et  bibliothèque  des  Comtes  de  Ribau- 
pierre.  —  Guillotine.  —  Fourches  patibulaires.  - 
Dernières  pendaisons  à  Altkirch.  —  Chemin  de 
fer  de  Colmar  au  Rhin.  —  Biidstein.  —  Seel- 
bourg.  —  Christophorus.  —  Charles  Gérard.  — 
Herwin.  —  Hoilus  deliciarum 310-334 

G.  DuRRWELL.  —  Histoire  d'une  ville  d'Alsace  et  de 
ses  environs.  —  De  Cernay  à  Rouffach.  —  Cernay 
et  Uiïholtz.  —  Wattwiller  et  Herrenfluh.  — 
Soultz.  —  lungholtz.  —  Thierenbach  et  Sainte- 
Anne.  —  Wuenhein  et  Freudnstein.  —  Ollwiller, 
Ilartmanswiller,  Bernwiller  et  le  Weckenthal     .    333-359 

Ch.  GouTzwiLLER.  —  llistoire  de  la  Presse.  —  Le 

Glaneur  d'Altkirch  et  ses  changements  de  titre.    360-362 

J.  LiBLiN.  —  Le  Glaneur  du  Haut-Rhin.  —  Ses 
fondateurs,  (]hr(Hien-Frédéric  Meyer  et  Alexandre 
Richart.  —  Ses  divers  rédacteurs.  —  Sa  dispari- 
pari  ton.  —  Sa  réapparition.  —  La  guerre.  —  Son 
testament.  —  Prisonnier  de  guerre.  —  La  prison 
de  la  rue  du  (il  ii  Strasbourg.  —  M.  Casron, 
directeur  des  Contributions  directes  du  Haut- 
Rhin.  —  Le  conseil  de  guerre.  —  La  citadelle 
d'Ober-Wésel.  —  Les  prisonniers  français  et 
allemands 363-373 

N.  PoLY.  —  Siège  et  prise  de  Faucogney  en  1674.  — 
Le  colonel  alsacien  Charles-Eugène  Schmidt, 
puis  capucin 374-386 

Ch.  Nerllnger.  —  La  vie  h  Strasbourg  au  XV1I«  siè- 
cle. —  L'architecte.  —  Le  tailleur.  —  L'astrolo- 
gue. —  Le  cocher.  —  Le  batelier.  —  Le  brasseur. 
—  La  lavandière.  —  De  rarithméticien.  —  Le 
barbier,  étc 387-426 

Fréd.  Kl'rtz.  —  Le  tome  l^^'des  manuscrits  de  Carls- 
ruh  par  l'abbé  Ingold.  —  Baldung  Grien  par 
Robert  Sliassny.  —  Le  vieux  Relfort  par  Henri 
Bardy 427-431 

AuG.  Gasser.  —  Frères  d'Alsace  par  J.  Degaudran   .    432 


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5/0  REVUE   D  ALSACE 


OCTOBRE-NOYEMBRE-DÉCEMBRE 


p«««» 


D'IL  Wbisgerber.  — L'Alsace  au  commencement  du 
XVIH®  siècle,  d'après  un  mémoire  inédit  de  Tin- 
tendance.  —  Avant-propos.  —  Situation  de  l'Al- 
sace. —  Fleuves  et  rivières,  Forêts.  —  Récoltes.  — 
Mines.  —Commerce.  —  Mœurs,  etc.,  etc.     .     .    433-459 

RoD.  Reoss.  —  Présentation  k  Louis  XIV  de  la  mé- 
daille frappée  en  1687,  par  ordre  de  la  ville  de 
Strasbourg,  après  l'achèvement  de  la  Citadelle    .    460-468 

Ch.  Goutzwillkr.  —  A  travers  le  passé.  —  Portraits. - 
Paysages.  —  Charles  Gérard.  —  Ses  recherches. - 
Ses  artistes.  —  Erwin  de  Steinbach.  —  Hortus 
déliciarum.  —  Luemschwiller  et  Saint-Apoli- 
naire,  Rétable  et  Fresques.  —  Charles  Grad.  — 
Panama.  —  Coton  en  Algérie.  —  Danse  maca- 
bre. —  Écolier  portant  lunettes.  —  Cerveau 
humain. — Dolfus-Hausset.etc 469-489 

G.  DuRRWELL.  —  La  commune  de  Bollwiller.  —  Les 

familles  de  Rosen,  de  Broglie,  d'Argenson  .    490-496 

Ch.  Nerlinger.  —  La  vie  à  Strasbourg^  au  commen- 
cement du  XV1II«  siècle.  —  Changeur. —  Charcu- 
tier. —  Rôtisseur.  —  Coquetier.  —  Laitière. — 
Pâtissier.  —  Mercier.  —  Messager.  —  Pescheur, 
etc.,  etc.  —  Marchand  de  vin.  —  Vendanges  et 
Baigneur,  etc.  —  Boucher.' —  Boureau.     .     .       497-526 

Arth.  Benoit.  —  Notes  et  documents  p(»ur  servir  h 
l'histoire  de  la  presse  en  Alsace-Lorraine.  — 
Liste  des  périodiques  de  la  Meurthe.     .     .      .    527-535 

N.  PoLY.  ~  Siège  et  prise  de  Faucogney  par  les  Fran- 
çais en  1674.  — -Charles-Eugène  Schraidt,  capu- 
cin alsacien.  —  Suite  et  fin 536-552 

Th.  Schokll.  —  Le  duel  h  Strasbourg.  —  Son  appari- 
tion en  1552.  —  La  capitulation  de  1681.  — 
L'Université. —  Universitaires  et  Ecclésiastiques. 
—  V.  Alfred  Erichson  .      ......     ,553-559 


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TABLE   DES   MATIÈKPS  571 

Pagct 

Frèd.  Kurtz.  —  Sociétés  savantes.  —  Bulletin  du 
Ministère  de  l'instruction  publique.  —  Académie 
des  sciences  et  belles-lettres  de  Rouen.  —  Société 
industrielle  de  Mulhouse. — Émulation  de  Belfort 
Correspondants  de  Grandidier 560-565 

Table  SoMMAinE  des  Matières 566-571 


belfort*  —  Imprimerie  Nouvelle 


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pC^uy^V--